‹ Dictionnaire des synonymes de la langue françaiseChapitre 14 sur 444 · UIT INTRODUCTION · texte numérisé non relu

UIT INTRODUCTION

à celui de Rouband qa*il juge saqs doute indigne d'être rapporté. ITest-ce pas » d'ailleurs, s'attribuer sur ces auteurs le droit le plus étendu que de les faire connaître seulement par extraits , comme on le pratique constamment à l'égard de Roubaud? N'est-ce pas les mutiler? N'est-ce pas pécher contre la fidélité historique à laquelle on parait tenir si fortf Donc , puisqu'il faut toujours en revenir à soumettre à sa propre appréciation les écrits anciens qu'on entreprend de renouYeler, à s'établir juge de leur yaleur» autant vaut le faire d'une manière ouverte et indépendante : on ne donne rien de plus à l'arbitraire, et le public y gagne beaucoup. «

Avec ce respect pour les noms et pour les admirations du passé on se condamne à n'estimer que la forme et la lettre dans des matières où le fond et l'esprit méritent seuls attention. D*où suit une conséquence funeste relativement aux travaux dont l'éditeur dispose, c'est qu'il ne lui est pas permis d'en tirer tout le parti possible. Nos synonymistes , même les meilleurs, ne rencontrent pas toujours juste : parmi leurs distinctions, il s'en trouve d'évidemment mauvaises ou faibles ; néamnoins on les reproduira par égard pour des écrivains si considérés. Pareillement , si deux synonymistes traitant un même sujet ont obtenu pour résultat la même diiférence , on devra préférer le travail du plus célèbre , bien que celui de son rival lui soit peut-être supérieur sous plus d'un rapport. Ainsi des synonymes de Girard plusieurs ont été refaits avantageusement, et pourtant sans changement fondamental , par l'Encyclopédie : les idées y sont exprimées d'une manière plus philosophique ou plus appropriée à notre temps, les exemples mieux choisis; n'importe, on privera le public de ces per* fectionnements, on donnera la préférence à la forme ancienne sur la forme nouvelle uniquement pour rendre hommage à la gloire de Girard. Que si ce maître habile, mais non pas inCedllible, se trouve sur un point combattu quelque part, dans Roubaud, par exemple, soit directement, soit par occasion, on rapportera peutêtre la réfutation, mais, quelque concluante qu'elle soit, elle n'empêchera pas de rapporter aussi l'article convaincu de fausseté. A plus forte raison ne daignera-t-on point prendre conseil des synonymistes étrangers. Que de lumières cependant on pourrait leur emprunter ! Tous ont commencé par imiter Girard en distinguant les synonymes de leur langue correspondant à ceux de la nêtre que Girard avait distingués ; mais ils l'ont seulement imité, et parfois à ses observations ils en ajoutent dont l'examen doit faire revenir sur les premières. L-avantage est bien plus évident quand il s'agit de synonymes qui n'ont point encore été traités chez nous. Contre cetteréciprocité de services entre les langues on objectera, nous le savons, la différence de leur génie particulier. Mais cette différence n'est pas si grande que les synonymistes de deux nations ne puissent au moins se donner des avis. S'il faut user de ce moyen avec précaution, ce n'est pas une raison pour se l'interdire. Les mots main et écriture sont synonymes dans le sens où l'on dit d'un homme qui écrit bien, qu'il a une belle main ou une belle écriture. Nos synonymistes ne les ayant point encore examinés, celui qui voudra le faire trouvera dans l'article d'Eberhard intitulé £rand,5cArt/t, d'utiles indications ; car pour qui sait un peu d'allemand, il

iNTRODUGTION. XXV

e^ évident qa^il y a entre les deux mots des deux langues une correspondance parfoite. On ne consultera pas non plus sans fruit le même écrivain relativement aux £ffér«nces à établir entre assister et être préteni^ et entre beaucoup d*auf res synonymes pour nous jusqu'à présent indistincts.

Voilà donc ce que devint le ricbe héritage de synonymes transmis par le xmi* siècle au xix*. Au point où en était cette ^tude, il. eût fallu les fondre dans un dictionnaire, tel que Tentendait Beauzée, c'est-à-dire, dans un livre bien ordonné, où ils fussent tous rangés en familles en raison de leur idée générale. On ne le fit pas. On se contenta d'en donner la collection sans utilité pour le public, déguisant sous l'ordre alphabétique le plus complet désordre. Mais l'oeuvre d'organisation, qui devait mettre en valeur tous ces travaux partiels et divers, ne pouvait être plus longtemps ajournée. Le besoin en était devenu d'autant plus grand, d'autant plus sensible, que, le nombre des synonymes expliqués augmentant, il se trouvait aussi plus d'articles qui se rencontraient, se contredisaient ou Edsaient double emploi. Je n'ai pu manquer d'éprouver ce besoin, moi surtout qui , outre les essais déjà connus et ce qu'y ont ajouté M. Guizot et Laveaux, ai en à ma disposition les synonymes de Gondillac et ceux de Leroy, sans compter les synonymes latins de Dœderlein , les italiens de Romani et les aDemands dUberhard , dont on peut souvent faire et dont on n'a jamais tenté de fdre à notre langue une heureuse application. En conséquence, j'ai pensé que, mettant à profit tout ce qui avait été produit en ce genre, en France principalement. Je devais substituer enfin à une compâlation informe, composée de pièces de rapport et contenant des articles disparates , contradictoires , dont les auteurs suivent, les uns une pratique , les antres une autre , un livre fait sur un même plan et d'une seule main , lequel se distinguât surtout par l'ordre et par la distribution régulière des mots.

Reprenant la tAche à ce nouveau point'de vue, et la considérant d'abord d'une manière générale, j'avais pour premier devoir d*en reconnaître les parties, de me demander si tous les synonymes sont du même genre et peuvent être traités de même.

m. QaéUes sont les principales espèces de synonymes , et à combien de sortes de recherches

donne lien par conséquent l'étude de leurs différences?

Les synonymes se divisent en trois classes, eu égard à la nature de leur difftrence, et à la source d'où elle se tire. Les uns n'ont pas le même radical, et'Ia difKrence s'obtient par la considération attentive de la signification primitivevaoïi inhérente au radical de chacun d'eux. Tels sont : Abattre^ renverser^ rutwer, détruire; Paresse^ indolence^ nanchalance^néffligenee; AppaSy attraits^ charmes. Les autres ont le même radical, mais différemment modifié parce qu'ils sont soumis à des influences grammaticales différentes ou parce qu'ils n'ont pas le même conmiencement ou la même terminaison , et l'on arrive à saisir leur difiéreoce en déterminant la valeur de ces diverses modifications. Exemples : dé^

XXVI INTldraCTiOM.

tailf détails; grain^ graUne; cher y chéri; commencer à^ eommeaeer de; passer ^ dépasser y surpasser; caquet, eagueiage, caqueterie; grofMur^ grognon^ grogstani» Les derniers enfin, faoiqu*iIs ressemblent anx premîens en ce que d'ordinaire ils ne contiennent pas la même racine, et aux seconds en ce qu'ils n'ont pas la même forme grammaticale, ne doivent leur difiEènence princii^ale d'aceeptioa ni à l'un ni & l'autre de ces doux i^aractëres, mais bien à œ que tirant leur origine de langues qui jouissent dans la nôtre d'une plus ou moins haute estime » 36 appartiennent à diSérentes sortes de langages, scientifique ou commun, poéti^ gue ou prosaïque , propre ou figuré. A cette dasse se rapportent hypothèse et supposition; hyperbole et exagération ; épithète et adjectif; sacerdoce et prêtrise^ Euménides et Furies; épigraphe^ tnseripêhn eiicriteask,

Les synonymes de la première classe ne sont soumis à aucun principe général de distinction. Gonuaae les radicaux varient suivant les exemples particuliers, la différence trouvée entre tels synonymes ne donne aucune lumière sur celle qui doit exister entre tels autres. En ce <qui les concerne le synonymiste doit {procéder de manière à les prendre et à les traiter par groupes séparés , et donner le résultat de ses diverses recherches, partielles dans un dictionnaire où, iaute de mieux, sera suivi l'ordre alphabétise, comme oa l'a pratiqué dans tous les travaux de ce genre publiés jusqu'ici. On peut bien, à l'imitation d'Ëberhard et de M. Guizot, prescrire une méfhode générale d'investigation pour tous les synonymes de cette espèce, les plus ncwihreux et les seuls dont les philologues se soient sérieusement occupés , mais non pas les réduire an catégories dans lesquelles chaque exemple con^rte la même règle de distinctioii que le précédent et éclaire à son tour sur la différence qui se trouve dans le suivant.

Il n'en est pas de même 4es spaonymes de la seconde dasee. Ceux-ci ayant le même radical ne peuvent différer qu'en raison des modifications que ce radical éprouve dans l'un d'eux ou dans tous, soit en vertu de la diversité des circonstances grammaticales où ils sont placés» soit en vertu de la diversité de leurs préfixes ou de leurs teraûnatsons. De là la possibilité, la vakar de ces modifications assez peu nombreuses étant connue , de faire servir la différence trouvée dans un exemple particulier à la distinction de tous les autres qui présentent la même modification comme seul élément de différence. Ainsi , deux mois sjaionymes ayant le inême radical, soni; l'im du masoiMu, l'autre du féminin, comme grain et graine, mont et montagne, cerveau et cervelle, ou l'un au singulier, l'autre au pluriel, oonune déù»l eidéiaiis, ruine et ruines, ou l'un adverbe et l'autre expression adveiUale, comme prudemment et aurm prudence , littéralement et à la Mire , en réunissant beauomip de synonymes qui extér^rement ne difièrent que par cette même mixiification , du genre , du nombre , etc. , on arrivera par leur comparaison à découvrir l'influence générale de cette modification sur le sens , et on en mduira une règle sûre pour la distinction de tous les synonymes de même radical et dont la différence dépend de cette seule modification. De même, deux mots synonymes ayant le même radical se terminent, l'un en mentj l'autre en iim^ renoncement et remmeiaiien^ par exemple : si je

INTRODUCTIOli XXVII

farneos à troorver leur différoncei n'auraîs-je pas un moyen de trouver celle de lois les synonymes <pn xnatérieUement di£Eèrent de môme , de dissmiimmt et iiuammj de retKnweUemeMi et réna^aiion » etc. ? Ou plutôt rassemblant tous les substantib synonymes qni, pria deux à deux, ont le même radical et se terminent, ceax-là en mtetU et Geux*€i «n tion , ne pourra-t-on pas, en approfondissant la ndeur exacte de tous les {u:emiers et en Topposant à ceUe de tous les seconds, découTrir la modification de sens imprimée aux substantifs par la ternûaisan maU , d*im côté^ et la tfyrxninaison ii4m, de Famlref et de là tirer une ri^.gûièrale pour la distinction de Ioub les synonymes semblables, de telle sorte foe tous les exemples seraient pour chacun un moyen d'éclaircissement par rapport à la diflTérence cherchée ? Lorsqu'on aura déterminé ainsi , c'estnàfire par rexamen oonoparatif d'un grand nombre d'exemples, l'efTet produit pour le sens sur des sjoonymes de m6me radical, non-seulement par toutes les difiEé*rentes diconstaiioes.grammaticales où ils peuvent se trou'wr placés^ non-seulemenl par toutes les différentes terminaisons qu'ils peuvent avoir, mais encore p»r les préfixes de di£Eârentes espèces qui peuvent y précéder le radical, il en rtaUen pour tous les synonymes de la seconde, classe des distinctions et des régici de AstiacÉkiii aasvées. G'^st ce qu'on trouvera dans la première partie du présentdkrtiûonaire, dans celle qui avait pu d'abord être publiée seule, sous forme de traité, parce que , seule , elle forme un tout à part , un ouvrage spécial se comprenant par lui-même et se suffisant à lui-même.

Quant aux synonymes de la troisième classe, ils ne sauraient, comme ceux de la seconde, fournir la matière d'un traité particulier, et il n'y a pas de raison soBkBBaie pour en foire dass le dictionnaire ime catégorie distincte. Les laïques auxquelles la sMre (hit des en^muits sont en petit nombre, et les règles qui détcnoinent les npiporls 4es)mdts qui en dérivent, peu nombreuses eUes^mômes, soDf dams ; jocootealable^, et ne servent à distinguer qu'une petite quantité de spwDjmes. Cens-ci, d'aiiieiirs ayant presque toujours des radicaux divers, il arrive rarement que iMIe leur différence tienne au plus ou moins de noblesse de lesv origine.

0 n'y a donc en réalité que deux sortes principales de synonymes : les uns à radicssxidenliqQes etàdiffi§pencesgramm«ticales,lesautresà radicaux divers et àdiff^reneesprovenaiilde œttediversilémême. Les^remiers, doublement semblables, qwità la signification d'abord, puis quant à la forme jusqu'à un certain points Kpeaient difTéner encore qœ fiar des nuances légères, par le mode et non par leisBi; œ qui fût queée deux mots synonymes à la manière de ceux-ci fun s'emploie beaiicoop pins ordinairement que Tautre et tend à le Cuire oublier; 1k seconds n'ayant rien de commun que le sens dans lequel ils se rencontrent et

l.Le traité dts^Bonymes^recs d^Ammonius ne contient ^ère que des synonymes de cette première oçèee; tant est réelle Tanalogie qui les réunit en un groupe séparé. On pourrait le^ appeler *ynoel homonymes, tout ensemble : synonymes, à cause de la ressemblance de signification; et , à cause de la reswsManee de forme. Aussi M. Pfflon a intitulé le livre d'Ammonius ,

XXVill INTRODUCTION.

doués de valeurs originelles spéciales peuvent différer essentiellement et appartenir à des ordres d'idées qui ne soient point du tout les mêmes. Ceux-là, qu'on pourrait avec raison appeler synonymes grammaticaux^ sont sujets à des règles générales de distinction qui obligent à les ranger en classes suivant la sorte de modification grammaticale constituant leur différence extérieure et contenant i elle seule leur différence intrinsèque : ceux-ci, les synonymes étymologiques on à radicaux divers^ se distinguent chacun À sa manière en vertu du sens primitivement attaché à son radical, et, au lieu de pouvoir, comme les précédents, entrer dans un traité méthodique, ils n*ont place que dans un dictionnaire proprement dit où ils se trouvent seulement distribués en fkmiUes en raison de leur signification commune.

J'insiste sur cette opposition, parce qu'elle est fondamentale et qu'elle seule justifie Fun des principaux changements que j*ai apportés dans les travaux relatifs aux synonymes. Il consiste à avoir retiré du dictionnaire des synonymes , tel qu*il était avant moi, tous les synonymes grammaticaux pour les soumettre à des règles générales de distinction qu'ils servent eux-mêmes à établir dans une science inductive, science nouvelle , quoique déjà pressentie et préparée par des essais partiels antérieurs, certaine dans ses résultats comme dans ses procédés, et voisine de la grammaire à laquelle elle renvoie encore plus de lumière qu'elle ne lui en emprunte. '

IV. Méthode à suivre pour rendre leur valeur propre aux mots prétendus synonVines.

Le caractère commun à tous les synonymes est contenu dans leur définition : ils semblent avoir absolument le même sens , les uns d'autant plus qu'ils n'ont qu'un seul et même radical, les autres quoiqu'ils aient des radicaux divers, n y a encore ceci de commun à tous, que les philologues qui s'appliquent à l'étude des uns ou des autres admettent également que cette identité n'est que partielle et relative : d*où il suit qu'elle a des degrés, et que plus elle approche ou paraîl approcher de l'identité entière et absolue, plus les mots sont synonymes, plus par conséquent il devient nécessaire de mettre entre eux un certain intervalle. ' Y a-t-il des mots tout à fait synonymes ou n'y en a-*t-il pas? Problème placé au point de départ de ces recherches et dont la solution intéresse leur existence même. Aussi Girard n'a pas manqué de se le proposer d'abord* Il ne pouvait hésiter à le résoudre dans le sens négatif. Son opinion sur ce point avait été celle de Fénelon, et, après Girard, elle devint celle de Dumarsais, de Blair et d'un grand nombre de philologues, notamment de la plupart de ceux qui sur ses traces ont parcouru la même carrière.

Toutefois la question a besoin d'un nouvel examen , car elle en contient trois particulières qui n'ont point été démêlées et qui doivent l'être, si l'on veut avoir sur ce point une doctrine précise.

V Une langue doit -elle avoûr des mots absolument synonymes? Personne n*oserait l'affirmer à moins qu'il ne confondit la superfluité avec l'abondance. En

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