XX INTRODUCTION
du dictionnaire de Boiste , de simples extraits de Girard , de Beauzée et de Roubaad.
Fontanes et M. Guizot avaient-Qs donc réalisé l'excellent dictionnaire annoncé par Beauzée? Il s*en faut bien. A part une introduction où la fermeté du style le dispute à l'intelligence des choses, et où le traité des synonymes grammaticaux est pour ainsi dire esquissé ; à part plus de cent cinquante articles nouveaux fournis par l'éditeur et apparemment extraits, pour la plupart, avec modifications , de Touvrage inédit de Mlle de L'Espinasse , le dictionnaire de H. Guizot ressemble tout à fait à celui de Fontanes ; il va même jusqu'à en reproduire les fautes d'impression parmi lesquelles il s'en trou^ d'énormes ^ Si aux diffê-
1. J'en avais cité dans aia pramière édition qoelqaes-unes des plas frappantes. Hais la coxnpila- • tion de M. Guizot ayaat été réÎQiprimée depuis, en 1859, il était à présumer que ces fautes auraient fini par disparaître. Quelle ne fut pas ma surprise lorsque je consultai le livre pour m'en assurer ! D'abord le libraire éditeur avait annoncé avant, pendant et après la publication une édition entièrement refondue; mais on trouve, immédiatement après le titre, un court avertissement dans lequel M. Guizot déclare, au contraire, que l'ouvrage , pour ce qui concerne son propre travail, n'a subi aucun changement j et, à la lecture, on s'aperçoit bientôt que tous les articles de tous les auteurs sont restés distincts et n'ont pas plus été fondus ensemble qu'avec ceux de tf. Guizot. D'autre part, on devait espérer que M. Guizot, dont le nom continue à figurer seul dans le titre, aurait revu luimême ce premier essai de sa jeunesse. Il n'en est rien. A peine le lecteur passe-t-il au delà du titra qu'il a le déplaisir d'apprendre que les changements apportés à l'œuvre primitive dans cette dernière édition ne sont pas dus à la plume de tf . Guizot, et qu'il en a chargé H. Victor Figarol , sous-éditeur à qui, du reste, il laisse franchement toute responsabilité. Hais au moins, grâce à cette procuration, l'ouvrage, objet cette fois de soins réels et particuliers, aura été purgé de ses incorrections les plus choquantes. Point du tout. Les mêmes que J'avais déjà signalées comme étant communes aux compilations de Fontanes et de H. Guizot se retrouvent pour la plupart dans celle de M. Guizot réimprimée en 1859. On y lit encore, à l'article Accorder, concilier, « concilier les autree^ » (ce qui n'a pas de sens en cet endroit) pour, «concilier les auteur»; »à l'article Adreue, souplesse, etc., cil faut qu'un négociant soit adroit, «pour, c il faut qu'un négociateur soit adroit; » à l'article Alarmé, effrayé^ épouvanté, « danger pressant, » pour, < danger présent; » à l'article Bonheur, félicité, •lehonhoMT pris indécisivement , » (barbarisme) pour , « le bonheur pris indéfiniment; » à l'article Changement ^ variation, variété, « un être conndéré solidûiremeni , * pour, un être considéré solitairement; • à l'article Choisir, élire; c Je ne mets ces deux mots au rang des synonymes que parce que notre dictionnaire les a définis r un pour l'autre, » an lieu de, c les a définis l'un par l'autre; » à l'article Mrogation, abrogation, « confirmer V expérience {de la loi dérogeante), »pour, «en confirmer Yexistence; »à l'article Esprit, raison , etc. , « selon cette idée première, » pour, « selon cette idée particulière; » à l'article Hors, hormis, excepté, « ce que la proposition aurait compris dans cette addition, > pour, < ce que la proposition aurait compris sans cette addition, • etc. , etc. Bien plut, il arrive parfois à M. Figarol d'augmenter pour sa part le nombre de ces imperfections matériéllea qui, multipliées comme elles le sont ici, défigurent un texte au point de le rendre tout autre ou véritablement inintelligible. En voici un exemple pris au hasard. Les précédentes éditions, à la fin d'un article Éloge, louange, de d'Âlembert, portuent : Tel auteur a donné une louange bien fine 4 son ami. D'Alembert. Le nouvel éditeur supprimant l'avant-demier point change la phrase en cette autre : Tel auteur a donné une louange bien fine à son ami d'Alembert. Même inexactitude pour la. signature des articles : il s'en trouve encore qui ne sont pas signés et d'autres qui sont attribués à des auteurs auxquels ils n'appartiennent pas , au moins en entier. Ainsi, l'ouvrage présentant tonjoun les mêmes fautes que celui de Fontanes et même un caractère à présent plus marqué encore d'incertitude et de confusion , tout ce que j'ai dit contre ces deux recueils dans ma première édition subsiste.
HfTRODUCTIOrC. xXl
renoes précédentes on ajonle un peu plus de discernement datis les emprunts fûts à Rouhaud , on aura tout ce qui distingue le nouveau du premier dictionnaire des synonymes. Là où le jeune philologue a mis la main se reconnaît le sceau de son génie ; et s'il Teùt mise partout^ s'il s'était fait réellement Tautem* et non le simple éditeur de la presque totalité du dictionnaire qui porte son Dom , je n*aurais certainement pas à diriger contre son litre et contre celui de sou prédécesseur une critique commune K
fls se réduisent l'un et l'antre au recueil de Beauzée» rendu à Tordre alphabétique pur et augmenté d'analyses de Roubaud. Au lieu de considérer les premmrs synonymes comme des ébauches imparfaites » comme des matériaux qui ont besoin d'être remis à l'oeuvre et de ressentir l'effet du progrès de la science pour entrer en harmonie avec les autres , les éditeurs juxtaposent des résultats disparates, ceux de Girard acceptés sur parole avec ceux de Roubaud obtenus et vMfiés par Tétymologie. A la force de vérité qui peut être dans ceux-là comme n'y être pas et qui se sent , pourquoi n'avoir pas ajouté l'autorité incontestable et manifeste de la méthode? Encore si on cherchait à mettre quelque liaison entre ces éléments d'origine diverse » à en marquer les rapports. Mais point : deox ou plusieurs articles ont beau traiter des sujets qui soient les mêmes ou au moins semblables, on n'en tient nul compte, on ne les réunit pas sous un même dief, on ne les rapproche pas, on ne renvoie seulement pas des uns aux autres. Au contraire, les éditeurs semblent s'attacher à l'ordre alphabétique uniquement parce qu*il leur donne moyen de placer à de grandes distances les articles où les mêmes synonymes sont distingués. En appelant dictionnaire l'ouvrage dans lequel tous les travaux des synonymistès viendraient , non pas s'accumuler, mais se ranger et s'ordonner de manière à composer comme un édifice, Beauzée n'avait point entendu qu'on y laisserait régner une pareille incohérence ; la preuve eu est dans la manière dont il en use lui-même relativement aux synonymes de Girard : il les dispose, autant qu'il le peut, d'après l'analogie des matières, ayant soin , outre cela , de marquer par des renvois les rapports qu'ils ont entre eux ou avec les articles nouveaux contenus dans le second volume. Au fait , si , malgré cette indication , on se borne à entasser confusément les articles , poiu*qnoi donner le nom de dictionnaires à de tels ouvrages? Girard et Roubaud ont intitulé les leurs simplement , Synonymes français , bien qu'ils y observent aussi Tordre alphabétique.
ITon-seulement le désordre est le caractère de ces compilations indigestes, mais encore les doubles emplois et les contradictions y abondent ; ce qui était inévitable dans des livres composés de pièces de rapport auxquelles on se fait scrupule de toucher. Ainsi on y rencontre souvent des articles portant le même titre. Or, s'ils contiennent une seule et même dist'mction , l'un des deux est inutile , U
1. «La lecture des articles de M. Guizot m*a fait regretter que, se contentant d'être l'heureus imitateur de Girard, de Beaa2ée et de Roubaud, il n*eût pas reru, disons même amélioré les articles <pii ne lui appartiennent pas; il a certainement senti la nécessité de cette révision. » (Pieatre, iaSptonptiiê françaiH , 2 vol ia-i2, iyon, 1310. Arertissement, tiu.).
XXII IMTRODUCTim.
lisillalt le<relràiicher;«t, dais le cas contraire, dans le cas où ils sont en désaeciirtf, il fallait prendre parti, admettre Fun et rejeter Fantre. Mais à Tègard de ces imperfections 9 les éditeurs ne se permettent qu'une chose , c'est de les dissimuler en éloignant, autant que possible, à la faveur de Tordre alphabétique, les articles qui en sont entachés. Par exemple , à la lettre F se trouve de Girard L'artida Facile j oif^, et à la lettre A le même article répété et suivi d'un autre de Rouhatid qui réfute le premier. Il en est de même pour Charge^ fardetm et faix; Lâchée pottnm; Étarmemmt et turprise; Change^ échange, troc et pemrntaHon; Eœeepté^ hore ei hormis; Animal y bête et brute; Contentement et êatisfiutien; et pour une foule d'autres. Ce qui importe dans ces sortes de travaux^ ce n'est pas , cemme on semble le croire , la multiplicité des articles , et le plus ou moins d'esprit , de finesse et de sagacité développé par les auteurs , mais la Vérité sur le foui des choses ; et , la vérité étant une , les mêmes synonymes ne pemveut pas être traités de vingt manières également vraies. Loin de diminuer la confasion , ft airive parfois à M. Guizot de l'augmenter. Girard avait fait un article , Projet , deeeeiMy et Roubaud un article Très, fort, bien. A une grande distance de ces ar^ tidies, J'édileur en fournît deux autres de sa composition. Dessein, projet ^ en^ trepHse , «t Fort , tràs , sans ch^*dier à les concilier avec les précédents. Le nombre des articles synonymiques' ne constitue pas plus une richesse que cehti des mots synonymes, si on n^en marque nettement les rapports*
De là viffit à ces recueils lenr peu d'utilité. Ds sont plus propres à jeter lé trouble 'dans l'esprit qu'& axer les idées. Le lecteur ordinaire 7 va dieidier^ comme en des dictionnaires et en des manuels , non pas une diversité d'opinions qu'il n'a pas le tenvps ou le talent de discuter et qm ne lui laisse qu'incertitude, non pas des éléments de solution, mais des décisions bien arrêtées, des solutions toutes fiâtes , et c'eet aux éditeurs à les lui fournir en s'aidarat des travaux des synonymistes comme de simples mémoires. Or, à chaque instant il se voit déçu. Veut-4l connattre, par exemple, en quoi diffi^nt la méfiance et la rWfiance? Il trouve sur ce scrjet et l'un & la suite de l'autre 4leux artides qui eneeîgnenrprédsément le contraire : qu'aura-4-fl gagné à cette lecture? Mais son embarras augmente lorsque les mots dont les différences l'intéressent font partie de nombreux artides. Pour apprendre, par exemple, les caractères opposés de Yépouvante et de V effroi, il devra consulter quatre articles empruntés à diflfêrents synonymistes où les rapports des deux mots à distinguer sont obsciffcis par leur union avec d'autres mots. S'appliquera-t-il à les dégager et à les comparer et saura-t-il tirer de cette comparaison un résultat qui le satisfasseT N'était-ce pas un devoir de lui épai^er ce travail long et diffldle? MflSdle, disons^ nous, et c'est sans doute à cause de cette difficulté même que l'éditeur trop modeste ou trop pressé a mieux aimé donner le tout que de choisir le meilleur. Mais il n'y a pas de milieu entre rapporter fidèlement tous les essais des synonymistes , sans presque aucun avantage pour le public , et se les approprier de manière k s'on servir comme de matériaux pour composer un livre utile où il y ait unité de plan , ensemble et accord , dût l'ëditear ne pas toujours faire entne
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ces essais le <^ioix le plus raisonnable. Sncore sera-4-il plus capable à eet égard, qne la grande majorité des lecteurs tout à fait étrangère à ces recherches. Que si on se borne à recneilln* ces travaux da tentes mains , on ti*en formera qu*un pèto^nèle, mi chaos an m^îeu desquels il ne sera pas possible de s*oilenter. Pour les rendre profitables, il tmt qu'un même esprit ait le courage et ht patience de les soumettre à un remaniement général. N'est*-ce pas ainsi qu'en usent les ai>teors de traités scientifiques à l'égard des mémoires présentés à l'InstiCutî lis n'm donnent pas la collection ; ils les consultent. Assimilation d'une entière justesse , car un livre de synonymes n'est potnt une œuvre littéraire où le fenfl soit inséparable de la forme , mais pIutM un traité dont on peat présenter en d'autres on en de moindres termes une idée très-exacte.
Ce travail de conciliation et de fusion, qui consiste à réduire en une seule fiimffle divers articles impliquant évidemment la même idée commune, doit pn>dnire pour la science ellennéme un grand avantage : en rapprochant des molb synonymes auparavant isolés , il aura pour effet d'en opérer la distinction et de rendre inutiles à leur égard des recherches ultérieures. Dans le dictionnaire de M. Goizot , le mot malheur fait partie de deux articles : on le trouve ici à cdté d'aeeideni et de désasirey là avec calamité et infortmiê. La lecture de ces deux arficles apprend bien la ^Kfférence qu'il y a entre malheur^ acHdeni et déaasire^ d'une part; entre maMaïf, calamité et infortune^ de Fautre; mais uMi pas celle qui existe entre accide^i et désastre, d'une pairt, calamité et infi^rtune^ de Tantre; et c'est ce que Ton connattratt, si des deux artides on n'en eût fait qu'un où les cinq mots, matheur, accident, désastre^ calamité et infortune eussent été traîKls ensemble et caractérisés chacun par rapport à ions les autres ^
Quelle peut donc être dans nos éditeurs la raison de oe respect superstitievK pour des oeuvres si diverses, où nécessairement le faux se trouve parfois à côté du traîT Ne serait-ce pas que , les considérant comme des modèles d'en genre littéraire, modèles consacrés par une longue approbation, on se croirait coupa*ble et comme sacrilège d'y dianger quoi que ce f&t? Mais qu'on se e'y trompe point : nos éditeurs se permettent cette irrévérence ; ils ne se réduisent point au rttie pur et simple de rapporteurs ; ils'font souvent acte dHndépendance bon gré^ mal gré , tant ils se sentent & l'étroit dans les limites d'une tâche si infructueuxsèment servile. Ainsi, parmi les synonymes répandus dans rEncydopédie* îb re^ coeiDent les uns et négligent les autres, apparemment parce qu'ils jugent ceuxlà bons et ceux-ci mauvais. Et ce qu'ils jugent mauvais , un autre le trouverait peut-être bon ; un autre accorderait peut-être une place à ce qu'ils ont eiodtt , et, par exemple, aux synonymes, Emhrassement et embrassade. Fleuve ei rMère^ iempir^ sangM, gémissement, etc. Os retranchent deux articles oontenua dans Seauzée; ils en donnent de l'Encyclopédie que Beauzée avait omis. Quelquefois deux synonymistes étant arrivés sur un même article, enchainèment et encMêssnp, par exemple, au même résultat, ils suppriment le travail de l'un des deux. M. Guizot, en particulier, stdDsëtue un article, X^^ijtie, dtaleetàque^ de sa fiaçon
1 Voy. MeXheur, infortune, €tc. , p. TBS et floiv.