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PREMIÈRE PARTIE

Le ton impérieux est d'un homme qui commande en maître; le ton impératif signifie le commandement.

TBRBfflNAlSONS EUX BT EUR.

Vétilku» , vétiUeur. Amoureux , amateur

(amant).

Eux se joint à une base nominale pour former un adjectif qui signifie , plein d'une certaine qualité. Eur ne se construit qu'avec des bases verbales et sert à. marquer celui qui fait l'action, qui a pour habitude ^ pour profession , de la faire. Les adjectifs en eux qualifient intrinsèquement , présentent la qualité comme inhérente au sujet , outre qu'ils la supposent forte , abondante , habituelle. Les adjectifs en eur qualifient eztrinsëquement ou présentent la qualité comme développée par le sujet.

VÉTILLEUX , YÉTILLBUR. Qui s^amuse ou s'arrête à des vétilles , à des misères , à de petites difficultés.

Vétilleux^ en vertu de sa terminaison complétive , dit plus que vétilleur , en ce yens qu'il annonce de plus petites difficultés, des choses plus insignifiantes, des chicaneries plus misérables.

Ensuite , le vétilleux est plein de vétilles , c'est la qualité qui lui est propre; le vétilleur vétille, fait l'action de vétiller. Le premier mot qualifiele sujet par rapport à ce qu'il est; le second le qualifie par rapport à ce qu'il fait , on le voit à l'œuvre. Là, c'est un défaut inhérent au sujet et qu'on se borne à considérer en lui ; ici , c'est une habitude ou une manie qui le porte à agir de telle façon.

AMOUREUX, AMATEUR. Qui est passionné, qui a beaucoup d'attachement pour quelque chose , la gloire , la peinture , etc.

Amoureux, plein d'amour, est relatif à la réalité du sentiment, à sa plénitude; Vamoureux n'est rien moins qu'indifférent. « Voyez-vous de quelle sorte saint Bernard fuit le monde , devenu extraordinairement amoureux du secret et de la solitude? 9 Boss. « Hommes follement amoureux de la valeur et de la gloire. » Mass. « Gentil Bernard était amoureux par-dessus tout du plaisir et de la table. » JLab. -^ Amateur, d'amare , amatum , aimer, celui qui aime, signifie, celui qui fait profession d'aimer, qui se donne et est connu pour aimer ; l'idée qui domine dans ce mot est celle du choix déclaré, prononcé, d'une chose comme objet de notre admiratiou'et de nos poursuites. Après la mort de Richelieu , Séguier , magistrat éclairé et amateur des lettres (FéN.,LAF.), prit la protection de l'Ac&démie française (Fên.). « L'empereur Kang-hi était un prince amateur de tous les arts de l'Europe.» Volt. « Les dieux sont amateurs de la paix.» Fén.

Vamoureux aime, et beaucoup ; Yamateur aime, et ne s'en cache pas.

La qualité peut être poussée jusqu'à l'excès chez l'amoureux et chez V amateur; chez l'amoureux , s'il s'éprend trop fortement pour des choses qui n'en valent pas la peine ; chez Vamateur , si le goût qu'il professe l'engage à des démarches

ou à des dépenses extravagantes *. Amateur a sf peu de i^pport à la force et à l'inhérence du sentiment et il en a tant à la profession qu'on en fait , que parfois il se prend en mauvaise part pour désigner celui qui , par mode ou par bon ton , prend des airs de connaisseur à l'égard d'une chose et en affecte le goût.

TERMINàlSON ABLE.

Vrai y véritable»

Able, latin àbilis, est une lerminaison qui correspond exactement à la terminaison t^ dont elle exprime le contraire. Toutes deux sont à base verbale et signifient \me disposition, une aptitude; mais t/ désigne la puissance, la faculté de faire, àble la possibilité, la capacité d'être fait ou de devenir; et, comme à l'une convient la dénomination de facuUative active^ Tautrepeut s'appeler facultative passive. Il n'est personne qui ne comprenne par comparaison , dans les exem* pies suivants , la valeur de l'une et de l'autre dê-i sinence : pénitratif ^ pénétrable; imaginatif, imaginable; justificatifs justifiable; expliaUif, explicable; eommunieatif, communicable.

VHAI, VÉRITABLE. Qui n'est pas faux, qui est conforme à la vérité.

Ces deux mots ont évidemment le même radical , «eruf , vrai , d'où veritas , qui a servi à tôtmer véritable. Contrairement à l'analogie, véri' table est à base nominale , ce *qui n'empêche pas sa terminaison de conserver son sens général

La différence des deux mots se tire de cette double considération , que le premier n'a pas de terminaison significative , le second en ayant une, et que véritable veut dire proprement, non pas vrat , mais qui a de la disposition , de l'aptitude à être vrai. Elfe peut s'énoncer sous cette forme générale : vrai est absolu et objectif; vérit^lf^ relatif et subjectif; l'un se considère ensoi,tft ordine ad «e , l'autre relativement à nous , tn ordine ad nos; l'un regarde la chose en elle-m^> dans sa nature, l'autre l'allégation ou l'affinnation et reflet produit sur nous. Ce qui est vr» est tel qu'on le dit; ce qui est véritable esi ^^ tel qu'il est et ne trompe point.

Girard, Roubaud et Condillac ont aperçu «| signalé de la même manière le caractère spécial de vrai y mais diversement la relativité dévêtithle. Girard et Roubaud ont vu que véritable* rapporte à la vérité de l'affirmation ou du récit, ce que Girard fait bien comprendre par l'exemp» suivant : « Quelques historiens soutiennent qu " n'est pas «rat qu'il y ait eu une papesse Jeanne, et que l'histoire qu'on en a faite n'est pas rerttable.9

Mais, de son côté , Condillac a reconnu que us

4 . Jnuuu, dans une acception figurée, reuea^ fort à amateur f car tous deux signifient P*'^^""^' claré, et non pas, conmie amourtmg, homme epn* de telle chose. La différence consiste en ee que '^ ■enlimenl de Vamaiu est toujoart calme et moa«r«> el ne va jamais jusqu'à la passion, ju»q»»**i'*"*2!î ment. « M. de Belloy était un homme de pets» '^'^ de la vertu. » Buv.

SYNONYMES QUI ONT LE MÈNE RADICAL

choses féritàbltt sont, non-seulement celles qui ( scûl dites, rapportées, alléguées par l'homme, z.2i5 encore toutes celles qu'on regarde comme C'-aformes à ce que les hommes en pensent , comme à*. ïts trompant point. Et cette idée plus générale e: plus large de la relativité de véritable , il l'a transportée avec raison dju sens primitif des deux mots à leur sens dérivé. Voici en propres termes comment il s'en explique :

« Cette histoire n'est pas véritable , c'est un vrai roman. Cet exemple suffirait pour faire sentir que vrai ne se dit que du fond de la chose y et que vériiabk se dit de la chose considérée sous quelque rapport II me paraît même que ces mots conservent toujcurs cette différence. Par une vraie histoire, un rrai aooor, one traie amitié , on entend seulement q'ie ces choses sont ce qu'elles doivent être : par une véritabU histoire , un réritable amour , une véritabUuùiié, on entend que ces choses ne trompent point. Cest un véritable gentilhonmie , c'est un cTui' gentilhomme , ne signifient pas absolument Il mtffle chose. Le premier se dit de celui qui joint la noblesse des sentiments à la noblesse de Unissante, c'est-à-dire qui réunit en lui tout ce qu'on est en droit d'exiger d'un gentilhomme. Trai se rapporte à la chose considérée en ellemême et comme ayant tout ce qui est nécessaire à son essence, tout ce qui est nécessaire pour <pi elle soit parfaitement ce qu'elle doit être : miDieu, vrai bien, «rai repos, vrai or, vrai ml-is, frai portrait , etc. En pareil cas , véritable ^ serait pas bien. Celui-ci fait envisager la chose »judeux points de vue, c'est-à-dire en ellei&éme et par rapport à nous. Je dirai qu'un homme «>t frsi, lorsque je le considère en lui-même ttOi aucun ra|^rt particulier , et cela signifie qa il est incapable de déguisement , qu'il aime la vcfiti pour la vérité : je dirai qu'il est véritable , lorsque je le considère dans ses propos , dans ses ><^cas , et cela signifia qu'il ne veut pas tromper. ^^\ qui est vrai est nécessairement toujours WriioUe; mais rien n'empêche que celui qui 3 est pas frai ne soit quelquefois véritable. »

Auisi, en résumé, vrai qualifie les choses en elles-mêmes, d'une manière absolue, et signifie qu elles sont ce qu'elles doivent être , 11 regarde te yni idéal, essentiel; véritable les qualifie relativement i nous , et signifie qu'elles sont dites ^ ttoos ou qu'elles sont par rapport à nous xnune il faut pour qu'il n'y ait pas mensonge ; "^ ^rde cette vérité morale en quelque sorte qui ^t qu'on dit vrai , qu'on ne ment ni ne trompe.

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