‹ Dictionnaire des synonymes de la langue françaiseChapitre 179 sur 444 · TERMINAISONS EUX BT EUR · texte numérisé non relu

TERMINAISONS EUX BT EUR

VéHlku» , véiilleur. Àmourtux^ amatewr

(amant).

Eux se joint à une base nominale pour former un adjectif qui signifie , plein d'une certaine qualité. Eur ne se construit qu*ayec des bases verbales et sert à. marquer celui qui fait l'action , qui a pour habitude , pour profession , de la faire. Les adjectifs en eux qualifient intrinsèquement , présentent la qualité comme inhérente au sujet , outre qu'ils la supposent forte , abondante , habituelle. Les adjectifs en eur qualifient eztrinsèquement ou présentent la qualité comme développée par le sujet.

VÉTILLEUX , TÉTILLEUR. Qui s^amuse ou s'arrête à des vétilles , à des misères , à de petites difficultés.

Vétilleux, en vertu de sa terminaison complétive , dit plus que vétilleur , en ce sens qu'il annonce de plus petites difficultés, des choses plus insignifiantes, des chicaneries plus misérables.

Ensuite, le vétilleux est plein de vétilles, c'est la qualité qui lui est propre ; le vétilleur vétille , fait l'action de vétiller. Le premier mot qualifie le sujet par rapport à ce qu'il est ; le second le qualifie par rapport à ce qu'il fait , on le voit à l'œuvre. Là , c'est un défaut inhérent au sujet et qu'on se borne à considérer en lui ; ici , c'est une habitude ou une manie qui le porte à agir de telle façon.

AMOUREUX, AMATEUR. Qui est passionné, qui a beaucoup d'attachement pour quelque chose , la gloire , la peinture , etc.

Amoureux , plein d'amour , est relatif à la réalité du sentiment, à sa plénitude; Vamaureux n'est rien moins qu'indiffèrent. « Voyez-vous de quelle sorte saint Bernard fuit le monde , devenu extraordinairement amoureux du secret et de la solitude?» Boss. a Honuues follement amoureux de la valeur et de la gloire. » Mass. « Gentil Bernard était amoureux par-dessus tout du plaisir et de la table. » ÎLah. -» Amateur, d'amare , amatum , aimer, celui qui aime, signifie, celui qui fait profession d'aimer, qui se donne et est connu pour aimer ; l'idée qui domine dans ce mot est celle du choix déclaré, prononcé, d'une chose comme objet de notre admiratiou'et de nos poursuites. Après la mort de Richelieu, Séguier, magistrat éclairé eX amateur des lettres (Fan., Laf.), prit la protection de l'Ac&démie française (Fén .). « L'empereur Kang-hi était un prince amateur de tous les arts de l'Europe. «Volt. « Les dieux sont amateurs de la paix. > Fân.

Vamoureux aime, et beaucoup ; Y amateur aime, et ne s'en cache pas.

La qualité peut être poussée jusqu'à l'excès chez Vamoureux et chez l'amateur; chez l'amoureux , s'il s'éprend trop fortement pour des choses qui n'en valent pas la peine ; chez Vamateur , si le goût qu'il professe l'engage à des démarches

ou à des dépenses extravagantes *. Amatemr a s( peu de i^pport à la force et à l'inhérence du sentiment et il en a tant à la profession qu'on eo fait , que parfois il se prend en mauvaise p&rt pour désigner celui qui , par mode ou par boa ton , prend des airs de connaisseur à l'égard d'une chose et en affecte le goût.

TERMINàlSON ABLE.

Fra», vériteMe.

Able, latin àbilis, est une terminaison qui correspond exactement à la terminaison if dont eUe exprime le contraire. Toutes deux sont à base verbale et signifient \me disposition, une aptitude; mais t/ désigne la puissance, la faculté de faire, àble U possibiUU, la capacité d'être fait ou de devenir; et, comme à l'une convient U dénomination de facultative active, l'autre peut s'appeler facultative passive. Il n'est personne qui ne comprenne par comparaison , dans les exemples suivants, la valeur de l'une et de l'autre dê^ sinence : pénétratif, pénétrable; tmaginatif^ imaginable; justificatif, justifiable; espUcaUf, explicable; eommunicatijf, communicable.

VHAI, VJnUTABLE. Qui n'est pas &ux, qui est conforme à la vérité.

Ces deux mots ont évidemment le même radical, verus, vrai, d'où veritas, qui a servi à former véritable. Contrairement à l'analogie, t^table est à base nominale, ce 'qui n'empêche pis sa terminaison de conserver son sens général.

La différence des deux mots se tire de cette double considération , que le premier n'a pas de terminaison significative , le second en ayant une, et que véritable veut dire proprement, non pas vrai , mais qui a de la disposition , de l'aptitude à être ifrai. Elle peut s'énoncer sous cette forme générale : vrai est absolu et obiectiS]vériU^^ relatif et subjectif; l'un se considère en soi, «s ordtne ad se , l'autre relativement à nous , m or* dtfie ad nos; l'un regarde la chose en elle*m^> dans sa nature, l'autre l'allégation ou l'affinnation et l'effet produit sur nous. Ce qui est vro» est tel qu'on le dit; ce qui est véritable ts\à\ tel qu'il est et ne trompe point.

Girard, Roubaud et Condillac ont aperçu et signalé de U même manière le caractère spécial de vrai , mais diversement la relativité de véritable. Girard et Roubaud ont vu que véritable» rapporte à la vérité de l'affirmation ou du récit, ce que Girard fait bien comprendre par l'exemp» suivant : « Quelques historiens soutiennent qu >1 n'est pas vrai qu'il y ait eu une papesse Jeanne, et que l'histoire qu'on en a faite n'est pas vérxtable. »

Mais , de son côté , Condillac a reconnu qofl va

i, Anumi, dans une acception figurée, resseoble Tort à amaieutg car tous deux signifient partisan «• clarè, et non pas, conmie amoureux, homnie epn> de telle chose. La différence eonsisie en ce qQ<j« •entimenl de Vamtuu est toijjoars calme et modère, et ne va jtmaU Jusqu'à U passion, jusqu'à ,l'en«o]WJ ment. « M. de BeUoy était un homme de paix, ^f"^ de la vertu. * Buv.

SYNONYMES QUI ONT LE MÈNE RADICAL

Ui

choses téritables sont , non-seulement celles qui sont dites , rapportées , alléguées par Thomme , mais encore toutes celles qu'on regarde comme ccnfonees à ce que les hommes en pensent , comme Là les trompant point. Et cette idée plus générale et plus large de la relativité de véritable , il Ta transportée arec raison du sens primitif des deux mots à leur sens dérivé. Voici en propres termes comment il s'en explique :

« Cette histoire n*est pâs véritable , c'est un vrai roman. Cet exemple suffirait pour faire sentir que vrai ne se dit que du fond de la chose , et que véritable se dit de la chose considérée sous quelque rapport. n me paraît même que ces mots conservent toujcan cette différence. Par une vraie histoire, un traiaiDoar, une t?rat> amitié , on entend seulement que ces ciioses sont ce qu'elles doivent être : par une téritabU histoire , un véritable amour , une v^rtfo^/f imitiez on entend que ces choses ne trompent point. C'est on véritable gentilhonmie , c'est un nai /jentilhoDune, ne signifient pas absolument i| mené chose. Le premier se dit de celui qui joÎLt la noblesse des sentiments à la noblesse de laaaissance, c'est-à-dire qui réunit en lui tout ce qu'on est en droit d'exiger d'un gentilhomme. Frai se rapporte à la chose considérée en elleméme et comme ayant tout ce qui est nécessaire isoD essence, tout ce qui est nécessaire pour quelle soit parfaitement ce qu'elle doit être : rret Dieu, vrai bien, «rat repos, vrai or, vrai nuis, vrai portrait, etc. En pareil cas, véritable se serait pas bien. Celui-ci fait envisager la chose sottsdeox points de vue, c'est-à-dire en elle- 9^e et par rapport à nous. Je dirai qu'un homme est vrai y lorsque je le considère en lui-même ans aucun rapport particulier, et cela signifie qcilest incapable de déguisement, qu'il aime la mérité pour U vérité ; je dirai qu'il est véritable , lorsque je le considère dans ses propos , dans ses ictoDs , et cela signifia qu'il ne veut pas tromper. ^loi qui est vrai est nécessairement toujours tmtobie; mais rien n'empêche que celui qui Q'est pas trot ne soit quelquefois véritable. »

Ainsi, en résumé, «rat qualifie les choses en elles-mêmes , d'une manière absolue , et signifie quelles sont ce qu'elles doivent être , il regarde le Trai idéal, essentiel; véritable les qualifie relativement à nous , et signifie qu'elles sont dites ptr nous ou qu'elles sont par rapport à nous conime il faut pour qu'il n'y ait pas mensonge ; ^regarde cette vérité morale en quelque sorte qui ^t qu'on dit vrai , qu'on ne ment ni ne trompe.

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