‹ Dictionnaire des synonymes de la langue françaiseChapitre 199 sur 444 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

a3rant une signification qui lui foit propre. 'Hais, suivant qu'elle se trouve ajoutée à une base ou verbale ou nominale , cette désinence se ramène à la désinence ihle , dble , ou à la désinence al.

Ainsi , d'une part , docile , docilii , de docere , instruire, enseigner, est pour docibilis, qui même a été employé par Térence; fragilis, facilis , ductilis , voUUilis , hdbilis , ne sont pas moins évidemment des formes abrégées de frangibilis , facibilis^ d'uetibilis^ volatihilis^ hahihilis. D'un autre côté , l'identité des terminaisons il et al , quand elles finissent un adjectif composé, à base substantive , est attestée par l'habitude où est la langue latine de se servir indifféremment de l'une ou de l'autre : témoin , juvenilis et juvenalis , de jeune homme , juvénile ; vernilis et vernalis , d'esclave , servile. Donc , les adjectifs en il équivalent aux adjectifs en ible dans le premier cas , et aux adjectifs en al dans le second.

Toutefois , si les désinences il et al signifient absolument la même chose à la fin des adjectifs à base nominale , les désinences il et ible , à la fin des adjectifs à base verbale , diffèrent quelque peu sous le rapport du sens. Ible marque dans le sujet la possibilité d'être fait ou rendu tel: c'est une désinence toute passive ; t{ est ou actif ou passif: actif dans aijile, reptile ^ versatile ^ par, exemple, passif dans docile, facile, ductile.— En outre , môme étant passif, t7 désigne plus que la possibilité, la simple capacité , et suppose une plus grande disposition à être fait tel. Ce qui est facile , fragile , utile , est plus que faisable , frangible , usabl^. En latin , docibilis se dit d'un homme sur qui les leçons ont quelque empire , et doct{t5 de celui qui s'y prête bien volontiers. On peut consacrer cette difi'érence , en disant que les adjectifs en ible sont facultatifs passifs , et ceux en il , facultatifs dispositifs.

TERJHNAISONS ILE et IF.

Mobile , motif,

MOBILE, MOTIF. Ce qui meut la volonté et porte à faire quelque chose. « L'argent est son unique mobile. L'intérêt est le seul motif qui le fait agir. • Acad. Ces deux mots sont formés du verbe latin movere , mouvoir.

Mobile , mobilis , pour movibilis , se prend ici dans le sens actif: c'est ce qui peut mouvoir, ce qui a une disposition à mouvoir; moft/ signifie bien , ce semble , la même chose , oar c'est ce qui a vim movendi , la faculté de mouvoir. Cependant ils diffèrent , et à peu près comme sensible et sensitif; ce qui doit être.

Mobile n'exprime pas aussi purement la faculté , n'est pas aussi exclusivement potentiel et indé- * pendant de l'acte même *, le mobile peut mouvoir et meut effectivement avec facilité. Le motif peut mouvoir, et rien davantage: c'est son. plus ou moins de valeur sous ce rapport qu'on considère en lui. Le mobile est une impulsion qui entraîne ; le motifs quelque chose qui est capable de porter à tel parti , et que l'esprit pèse , compare , pour savoir le cas qu'il en doit faire. L'argent est l'unique mobtie de celui que partout et toujours la vue de l'argent pousse k agir. L'intérêt est le seul motif

qui fait agir celui dont l'esprit, parmi plusieurs raisons' d'agir , trouve toujours son intérêt h meilleure et la préférable.

On se représente le mobile comme quelque chose qui pousse : c'est un désir, une passion, un appétit, un mouvement sensible quelconque qui pèse sur la volonté en quelque sorte et h détermine. <c Dans ce monde imaginaire les passions sont comme ici le mobile de toute action. > J.J. Pour mener les enfants, il faut employer quelquefois le mobile de la gourmandise (In.). Henri VIU d'Angleterre était emporté : c On savait que la fougue de ses passions était d'ordinaire le mo6iif de ses démarches. » Cohd. « Développer dans un écrit la force et les effets de l'émulation . ce mbile moral si puissant et si nécessaire. > Lab.

Le motif est une vue de l'esprit, une conception des avantages, de la convenance, de la justice d'un parti pris ou à prendre; c'est une raison d'agir, un principe d'action éclairé et réfléchi , qui influe. non plus sur la partie sensible , mais sur la partie intelligente de notre nature. Quel «loh/. c'està-dire quelle raison avez - vous eu pour tous conduire ainsi? « Les raisons qui m'ont retenue dès le conmiencement prennent chaque jour de nouvelles forces , et je n'ai pas un motif de parler qui ne soit une raison de me taire.» J.J. «I^ raison de vous approcher de moi, donn«''e pour seul motif de votre retraite , aurait un ridicule qui ne convient point. » Boss. « Le motif le plus puissant que pussent employer les généraui pour animer les troupes à bien combattre, était de leur représenter que , la guerre qu'ils faisaient étant juste , ils pouvaient certainement compter sur la protection des dieux. » Roll.

Le mobile est plus ou moins fort, on y cède; b motif, plus ou moins plausible ou décisif, on s y rend après délibération.

Ensuite, motif ayant rapport au travail de l'esprit, qui délibère, qui apprécie les direr«s raisons d'agir, se dit plutôt de ce qui détermine' à une action particulière ; au lieu que mob»/^ signifie plutôt ce qui fait tenir toute une conduite.

TERMINAISONS II et lOW-

Cixiily civique.

CIVIL, aVIQUE. De cit?w, citoyen; qui «"• cerne les citoyens. En latin , titnlis et ^^^^\

La première de ces qualifications est extn • sèque, et la seconde intrinsèque. Cmt, q"'|: cerne les citoyens, tels qu'ils sont en reaine^ dans le temps et dans l'espace : guerre cio lois dxÀUs. Citique, qui concerne ^«s cj^* ^j^

comme appartenant à un ««^^ '/^^ Lliie* citoyen, ou le citoyen quant a se» 4»

essentielles. jnés

Les droits civils, civiliajura. sont ^eterm' par les lois civiles, lesquelles diffèrent de pj pays ; les droits civiques , civica jura^ ^^^f^-^;^ quant à leur nature et à leur étendue, oe ^ ^ qu'on se fait du citoyen, et sont étranger* considération des temps et des lieux. ^^

Les vertus civiles regardent la ^^^^^^l^s cicitoyens se comportent entre eux, d*J^ jgj tés, avec leurs mœurs et leurs insUtunou ,

SYNONYMES QUI ONT LE M&HE RADICAL

Tertus ctpîfiies sont les -vertna constitutives du citoyen, demeorent toujours les mêmes, et une libéralité cwique (Lah.)^ un désintéressement tkiqut (Beâsm.) témoignent du civisme, montrent ([u*OB se conforme k ce que doit être et Caire le citoyok absolument.

La mort eiriie détruit les droits ctvtls; la dégradatioD cteigiitf enlève les droits civiques, et fait qo'os m réalise plus en soi le type du citoyen. Les Rooaios appelaient couronne ctvt^e une eouroane de chêne , accordée à celui qui , dans on comiiet, avait sauvé la vie à un citoyen, vmiJast oirquer par là que celui qui l'obtenait fniwMmîiit en sa personne l'idée du citoyen.

TERMINAISON OIRE.

(Mrv, latin orivf , a, um, parait une terminaifOB composée de or , français eur , qui marque cebi qui agit , et de tiM , a , um, abréviation de inu, «, «m, qui signifie à quel genre une chose est relative. D'après cela, otre annoncerait un tdjeaif d'adjectif, un adjectif désignant un rapport à quelque chose qui est tel ou tel , et ce rapport senit celui d'une chose à une certaine sorte d'agent. Ainsi hUuphémataire , cmtradictoire ^ oraiohre^ rénunérataire , vexatoire , se disent de ce qui a rappart , de ce qui appartient essentiellement à un blcLsphémateur ^ à un contradicteur ^ à nn onKeitr , à un rémunérateur , à un vexateur.

D'an autre côté , la terminaison or , grec <i>p , fut en possession, chez les Romains, de représenter les professions les plus nobles, les états les plus élevés : témoin , dictator , imperator , prxtor, 9nior, triumphator.

De là vient peut-être aux adjectifs en orius , a , «ai. le privilège de s'employer surtout en termes de jurisprudence , pour indiquer à quels genres d'agents se rapportaient les choses mises en discussion. Qu'on l'explique de cette fiiçon ou d'une tntie , le C&it n'en restera pas moins constant , et il «remarque davantage encore dans notre langue, où la plupart des adjectifs en otre ne sont usités qu'au palais.

QuQt aux substantifs de cette désinence, ils expriment tout naturellement ce qui appartient par excellence aux agents, c'est-À-dire leurs instruments, les choses dont ils se servent pour leur profession. (Voy. Otr, page 196.)

TERMINAISONS OIRE et ÀNT.

Diffamatoire , diffamant.

I^IFFAHATOnUB, DIFFAMANT. Qui attaque la datation.

Un libelle ou un écrit diffamatoire est essen- ^tUemeat , et quant à son genre , un libelle ou im écrit de diffamateur; diffamatoire en fait coq- ^trt la nature , et c'est de ce mot qu'on se servira devant les tribunaux pour le caractériser, ponr le ranger dans la classe à laquelle il apparient, et pour déterminer en conséquence ce que iD^rite son auteur. Diffamatoire est uniquement destiné & qualifier des choses susceptibles d'être déférées à la justice , et punissables ou supposées telles, un libelle ou un écrit

Ce qui est diffamant produit l'eflet marqué par le verbe , dont diffamant est le participe , et ce mot convient surtout en parlant du danger que peuvent avoir certaines choses , des actions (CoKD.) , des faits (Bourd.) , des bruits (Fén.) , relativement à la réputation, a C'est une chose diffamante pour une veuve de qualité d'épouser un homme au-dessous d'elle. » Las.

TERMINAISONS OIRE et EUR.

Déclamatoire , décîamateur,

DÉCLAMATOIRE, DÉCLAMATEUR. Où il y a de la déclamation. Discours, ton d^clainalotre ou déclamateur.

Déclamatoire^ qui a rapport au déclamateur, qui en tient , s'éloigne davantage du sens du verbe déclamer , et se dit particulièrement bien du style (Lab.) et de la diction (In.) : « Ce qui nuit le plus au Siège de Calais de du Belloy , c'est le ton déclamatoire qui trop souvent y domine. » Lah Déclamateur, qui déclame, qui fait l'action de déclamer , rappelle cette action à la rigueur et convient quand il s'agit, non d'une personne qui écrit , mais d'une personne qui parle : « Ah ! mon fils , poursuivit Sangrado d'un ton douloureux et déclamateur, quel changement dans la médecine!» Les.

Ensuite, déclamatoire caractérise : il. qualifie d'une manière générale et vitupérative , en apprenant que la chose appartient à un genre mauvais.* La Ri forma d'Italia est un ouvrage trop déclamatoire. » Volt. « Je ne suis point contente de l'ouvrage de M. Gibbon, il est déclamatoire, oratoire.» Dudefp. Déclamateur fait plutôt connaître quelque chose de particulier ou d'accidentel , et ne blÂme pas aussi formellement ni aussi absolument, c II y a des morceaux éloquents dans le Système de la nature, nnais il faut avouer que ce livre est difi'us , et quelquefois déclamateur. » Volt.

TERMINAISONS OIRE, ANT, EUR et IF,

Consolatoire , consolant , consolateur^ consolatif.

CONSOLATOIRE , CONSOLANT, CONSOLATEUR , CONSOLATIF. Qui console.

Consolant et consolateur viennent directement du verbe consoler et se rapportent davantage à l'e/Tet; ils qualifient ce qui console.

Consolatoire et conwiatt/ sont plus proprement adjectifs, parce qu'ils s'éloignent plus du verbe; ils se disent de ce qui est de nature à consoler. Mais consolatoire , de consolateur , à la manière des consolateurs, indique le genre de la chose; consolatif, qui a la force de consoler, en marque la propriété, la vertu. Un discours consolatoire appartient à la classe des discours qui consolent; c'est là une qualification littéraire qui n'atteste en aucune sorte l'efficacité du discours pour consoler, laquelle est spécialement exprimée par consolatif. a Je vous envoie la lettre consolatoire de Plutarque à sa femme. » Montaigm. Consolatoire est vieux, mais il mérite d'être rajeuni. M. Villemain parle , dans ses Cours , « d'une soirée où un poète sifOé arrive et est accueilli par la maîtresse '

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