PREMIÈRE PARTIE
Le premier de ces adjectifs qualifie èxtensÎTement et le second intensivement : Tun marque dans le sujet l'existence d'une grande quantité de force qui transpire et se répand à Textérieur ; l'autre fait connaître dans le sujet une grande irritai)ilitë et une grande activité , mais solitaires et non relatives. Violent enchérit donc en un sens sur vif, «Un sentiment vifei violent. » D'Al. « Cette pâture , loin de calmer la faim du lion y la rend plus vive et plus violente, » Hass. «Il faut des passions dans les comédies , il en faut de vivet et de violentes, » Nie.
On est violent pour les autres, ou tout au moins extrinsèquement , en largeur, pour ainsi dire; on est vif ea soi et pour soi. On sent vivement, et non violemment; on combat vivement; mais dire, combattre violemment, serait faire un pléonasme. Violent, ayant la terminaison d'un participe , doit,' par cela seul, et quel que soit le verbe d'où il dérive , signifier l'exercice de la force et son effet au dehors ; vif n'a aucun caractère verbal, il exprime uniquement dans le sujet une propriété active. Donc l'honune violent est enclin à sortir de lui-même , à commettre des excès, à faire essuyer de mauvais traitements, à rompre toutes les digues; l'homme vif est prompt à prendre feu , à entrer en émoi , à s'animer , il se porte aux choses avec ardeur. « Le style de J. B. Rousseau est plus violent que vif, et tient, si j'ose m'exprimer ainsi, de la bile qui le dévore. » Volt.
Une querelle violente suppose du trouble , du tumulte , de fortes oppositions , des cris , dés injures , et quelquefois des coups donnés et reçus ; une vive querelle ne suppose que du feu , de l'action , et un grand intérêt pris de part et d'autre à ce qui en est le sujet. Une douleur violente a plus d'ampleur et apporte dans l'âme plus d'agitation; une douleur vive se distingue plutôt par l'intensité ; si elle s'étend moins , elle pénètre da yantage , elle est plus aiguë , plus piquante. Les passions violentes sont d'un homme violent , fouguei^x , emporté ; et les passions vives sont d'un homme vif, qui se passionne aisément.
TERBIINAISON IDE.
En latin idus, a, um. Les adjectifs ainsi terminés sont à base nominale. La chose au nom de laquelle ils s'ajoutent , ils la désignent comme ayant la qualité marquée par leur radical : humide, qui a de l'humeur; sapide, qui a de la saveur; rigide^ qui a de la rigueur; ludde, qui a de la clarté, latin lux, ucis; et ainsi des autres. Ils sont placés entre deux substantifs, l'un concret , d'ordinaire en eur , latin or , qui sert à les former, l'autre abstrait en té, latin tas, qu'ils servent à former, et qui a une signification semblable à la leur. Par exemple , en latin , acor , aeidus, aciditas ; timor, timidus, timiditas; 4tupor , stupidus , stupiditas. Ce qu'il faut surtout remarquer , c'est qu'ils ne sont point entés sur le verbe qui leur correspond quelquefois quant à l'origine , et que leur sens n'en dépend en aucune sorte : tels sont timidus , stupidtu , hicidiif, à l'égard de timere^ stupere^ lucere.
C'est-à-dire qu'ils sont bien en effet à base no* minale. De là leur ressemblance avec les adjectifs en etuc, sauf l'idée de plénitude, et delà l'existence en latin de synonymes en osus et en idus : fumosusy fumidùsi herbosus, herbidw.
TERMINAISONS IDS bt ABLE,
Valide , valable,
VALIDE, VALABLE. Qui a les conditions requises par la loi pour produire son effet : un contrat fait par un mineur n'est pas valide ou valable.
Ce qui e^vaUde , a telle qualité, la valeur; ce qui est valable , est devant avoir tel eflîet, celui de valoir. A un acte valide, il n'y arien à ajouter pour qu'il ait toute sa foroe ; un acte valable sen reçu , accepté ; à cet égard , il n'y a rien à craindre. De sorte que vaUde fait considérer la ciiose en elle-même , comme étant revêtue de tontes les formalités nécessaires, et valable la représente hors d'elle-même , en rapport avec l'avenir et l'effet qui s'ensuivra, celui d'être admise. L'on est de droit, l'autre de fait au futur. Ce qui est vaHde est bon , il a toutes les qualités qu'il faut; ce qui est valable est bon, il ne manquera pv d'avoir son effet.
Valide convient mieux quand il s'agit d'une chose qui a une valeur absolue, essentielle, qui doit être reconnue sans condition, partout et toujours. €c Depuis que J. G. a fait du mariage un sacrement, et qu'il lui en a^ donné la verta , » sacrement porte avec soi un caractère d'iminutabilité. Est-il une fbis reconnu valide, c'est pour toujours, » Bonfin. — Valable, au contraire, est propre à attribuer une valeur de fait, relative, admissible seulement dans certains cas , par rapport à certaines choses ou à certaines personnes. « Lorsque le père n'instituait ni exhérédait son fils , le testament était rompu ; mais il était voler ble, quoiqu'il n'exhérédât ni instituât safiUe.» MozfTESQ. c Quelques ecclésiastiques indignes de leur profession, supposèrent de faux titres; ils tirèrent de la poussière de vieux testaments, nuls selon les anciennes lois , mais valables selon les nouvelles. » Volt. — Une chose est vaiidt ou no Test pas; une cliose est valable devant Dieu 00 devant les hommes , devant tel ou tel tribunal. « Puis-je présumer alors que votre pénitence ait en cette bonne foi, cette sincérité qui la doit rendre valable devant Dieu ? > Boonn.
Valide , latin validus , est un terme de jurisprudence qui ne.se dit guère que des contrats ou autres actes; hors de là, il s'emploie surtout dans le langage de TSglise en parlant des sacrements. Mais valable appartient à la langue co0mune. « Cette pureté ne vous peut être d'ellemême un titre valable pour ne pas conununier souvent. » Bourd. « Si les oraisons des saints pour nous étaient valables par elles -mêmes, quelle serait notre hardiesse de demander qu'elle» fussent reçues t * Boss. Valable, et non valide. sert à qualifier des choses qui n'ont aucun rapport au droit ni à la liturgie, telles que des raisons, des excuses, des conclusions. « De tant d'assertions il n'y en a point dont on puisse tirer
SYNONYMES QUI ONT LE MÊME RADICAL
contre noo sentiment qaelqa« conclusion volabie, » J. J.
TERMINAISON IME.
TerminaisoD imitée de la latine , imus , a, «m, et destinée & marquer le superlatif : illustrislime, rtekimsie, c'est-à-dire très-illustre, trèsriche. Dans QOtre langue , tout analytique , où la plupart des rapports sont représentés par de petits mots séparés, et non par des modifications ou des fleDOfls du mot principal, nous exprimons presque toas les superlatifs latins, en imus. par l'adjectif simple , précédé de très, fort, bien. Il y a tofltefiMs des exceptions , minime , infime , svprAw, et autres. En lui-même, imuiy a^um^ est im «jjjectif ayant une acception propre ; il signifie ce qu'il y a dans une chose de plus profond OQ de plus élevé , son extrémité haute ou basse : Mimi mare , le fond de la mer.
TERMINAISONS IME et SUR.
Intime , intérieur,
ornSB, nrÉRIBUR. On se sert de ces deux mots en parlant des parties d'une chose, qui sont en dedans , intra , par opposition à celles qoi sont en dehors , extra : on étudie ou on connaît la nature intime et la nature intérieure de rbomme ; le sens intime , le sentiment intérieur.
Mais si mh'ilie est un superlatif et signifie, le plm en dedans , intérieur D*est qu'un comparatif, et signifie , plus en dedans qu'une certaine autre chose, cette coutume des Latins, de terminer les comparatifs en or, venant sans doute de la Boblesse inhérente chez eux à cette désinence. Mature intime de l'homme , revient donc à , natare de Vbomme jusque dans ses profondeurs, SCS replis et ses recoins ; la nature intérieure est amplement opposée à la nature extérieure , au corps. Sans de profondes observations , HoRère et Labmyère ne seraient pas parvenus à connaître U nature intime de l'homme : la psychologie & pcnr objet l'étude de notre nature intérieure; et Tanatomie , celle de notre nature extérieure.
En appelant la conscience, sens intime , on veut faire entendre combien cette manière de sentir s'éloigne de l'extérieure , de celle qui s'opère n moyen des organes , on veut spiritualiser le BK>t leiu; mais , comme celui de sentiment exprime déjà par lui-même quelque chose de spiri- |seK il n'est pas besoin de l'accompagner d'une épithète aussi rigoureuse , et on se contente de l'ai^ectif intérieur.
TERMINAISONS IME (ITIME) kt àL,
Légitime y légal itemnE, 'LÉGAL. Conforme aux lois. Ra-
1^ terminaison de légitime , comme celle de centime et de finitimus en latin, est exactement l&méme que la précédente ime, devant laquelle on a mis , par euphonie apparemment , la syllabe *• Or ime yient du latin imus ^a^um^ qui si- Sniflele haut, et par conséquent à la fin des mots
(TM. FRÀHC-
le superlatif, puis le bas ou le fond , puis une extrémité quelconque, le bout ou le bord. De sorte que légitime veut dire, qui est au bout, au bord ou le long de la loi, qui y touche, qui ne s'en écarte pas ; mcmtime , qui se trouve tout à côté ou au bord de la mer; finitimus, qui se trouve tout à ,<ait sur les confins , fines , qui est* voisin, limitrophe.
Une chose est légitime , qui se tient tout près de la loi , et ce rapport avec la loi est essentiel ; une chose est légale , suivant la force de la terminaison , quand elle n'a avec la loi qu'un rapport éloigné , un rapport de forme.
« C'est le droit qui rend la chose légitime; c'est la forme qui rend la chose légale. Une pui.^sance est illégitime si elle exerce la force san'> droit , contre notre droit ; une élection est illégale y si l'on n'y observe pas toutes les conditions requises par la loi. La disposition de vos biens , quoique légitime et conforme à la loi de la propriété, n'est pourtant valide qu'autant qu'elle est faite d'une manière légaU. Une condamnation bien légale n'est pourtant pas légitime , si elle tombe sur un innocent. L'intérêt légitime de l'ai gent est celui qu'on est en droit de prendre selon les principes de la morale ou de la justice ; l'intérêt légal est le taux établi par la loi. » Roan.
On peut avoir contre quelqu'un de légitimes sujets de plainte sans avoir le moyen d'intenter une action légale contre lui.
a Gabriel dit à Daniel que le libérateur amènerait la justice éternelle, non la légale, mais l'étemelle. » Pasc. A la place à'étemelle , légitime produirait la même opposition. Car non-seulement légitime a plus de rapport à l'essence de la loi , et légal à sa forme , mais encore légitime marque plutôt conformité avec la loi naturelle , l'équité , la raison , et légal conformité avec la loi positive : désir légitime , incapacité légale,