PREMIÈRE PARTIE
cas , ils tiennent sous quelque rapport des caractères du verbe ; ou nominaux , ce que le corps du mot fait Toir à la première inspection , et alors u revient à eux^ qu'il abrège, en le contractant, il est , par conséquent , réplétif.
Enfin , plusieurs adjectifs en u ont été formés , encore par contraction, des adjectifs latins en via : tels sont, ardu , assidu , continu , eoniigu , exigu , ingénu , superflu. Ces derniers expriment rélat, la manière d'être, la qualité simplement, sans accessoire remarquable, et peuvent passer pour n'avoir pas de terminaison significative.
TORS, TORDU. Qui va en tournant, au lieu d'aller droit.
Deux mots faciles à distinguer , parce que le premier n'ayant pas de terminaison significative, il n'y a qu'à leur appliquer la règle qui sert à trouver la différence entre deux adjectifs synonymes, dont l'un est et dont l'autre n'est pas un participe passé , pris adjectivement.
Tors daigne lé sujet tel qu'il est , par sa constitution ', tordu le représente tel qu'il est devenu, tel qu'il a été fait : le premier ne suppose pas , comme le second , changement survenu dans l'état naturel , modification reçue.
Bossuet a bien rendu cette différence. « Â considérer , dit-il , les fibres et les filets dont le cœur est tissu , et la manière dont ils sont tors, on le reconnaît pour un muscle. Et on prétend que ces fibres ne sont pas mues selon leur longueur prise en droite ligne , mais comme tordues de côté , ce qui fait que le cœur, se ramenant sur luimême, s*enfle en rond.»
Que si tors ne se dit pas seulement des choses naturellement teUes , comme les jambes et le cou (AcAD.), les cornes de certains animaux (Buff.), la barbe de certains honmies qui la portent longue ^OLT.); m .is aussi des choses qui ont été faites telles , comme le fil , la soie et un certain genre de colonnes et de cannes (Labr.) , c'est moins comme ayant été faites que comme étant ce qu'elles sont, que comme ayant telle qualité , qu'on les représente. Si , au contraire , tordu peut s'appliquer , même aux choses que la nature rend telles , ce root n'en garde pas moins son rapport à l'action ou À révénement de tordre , et ne rappelle pas moins l'effort , la force qu'il a fallu pour faire éprouver au sujet tel effet, pour changer sa direction propre et primitive.
MINCE, MENU. Petit, qui manque de grandeur.
Menu vient de minutus , participe de minuere , diminuer, racine minus ^ moindre , plus petit; et mince , de minutius , mintius , comparatif de minutus.
Menu reproduit assez fidèlement le mot latin, minutus^ d'où il dérive, et son caractère originel de participe; de sorte que, minuere signifiant ôter de la grandeur dans tous les sens , menu indique un manque de volume ou de grosseur. Ifenu plomb , grêle menue (Acad.). « Ces mines étaient en grains assez menus. » Buff. c Cette défense d'ivoire avait dix-neuf pouces de circonférence ; les autres étaient plus menues,»lD, — Mais minu ne conserve plus aucun rapport avec son primitif; il est redevenu un radical pur,
représentant une partie de l'idée de tn«nu, celle qui apparemment était exprimée d'abord par le radical même de minus , savoir un manque d'épaisseur, c. Cette membrane est aussi mtnee qu'une feuille de chêne. » Marm. A travers une cloison fort mince on entend ce qui se dit dans une chambre voisine (Montesq.).* Dans le fœtus d'un mois les vaisseaux sont menus comme des fils , et la peau est extrêmement mtnce et transparente.» BarF. ■.
Au figuré , menu et mtnee se disent des choses peu considérables, de médiocre conséquence. Maiâ menu contient une qualification de fait, et mtnce une qualification de nature. L'un est uoe épithète , l'autre un attribut : en vous 'servant de l'un , vous faites entendre de quoi vous parlez, la menue dépense; en tous servant de l'autre, vous ne rappelez pas une qualification faite, établie , reconnue , mais vous en créez une , vous affirmez , vous prétendez que la chose a peu de valeur ou de mérite : il fait une mince dépense. " C'est pourquoi menu fait partie d'un grand nombre de locutions dans lesquelles il se met toujours avant le substantif, menu* frsds, menu détails, menus plaisirs; au lieu que mina^ qui d'ordinaire a sa place après le substantif, entre dans les propositions où l'on déclare de son chef que la chose mérite peu de considération. En disant, le menu peuple, vous n'exprimez point une opinion, comme en disant de quelqu'un, que c'est un homme bien mince , ou même simplement , sa mtnce personne. Là , vous employez une expression usitée, qui a reçu sa forme; ici, un mot sans détermination et auquel vous ea donnez une. — D'ailleurs mtnce se prend plus positivement et plus fortement en mauvaise part. Ce q iest menu manque de grandeur et d'importance: ce qui est mtnce manque de force et de solidité. De menues pratiques de religion (Boohd.), de menus vers (L4F.), de menu* détails (J. J.^Moîitbsq). de menus faits (Fén.) sont petits, rien de plus. Une mtnce dispute (Montesq.) , un mince mérite fin.) , une mtnce figure (J. J.), un mtnce coUfichet (Id.) , sont vils et à dédaigner.
CONFUS, eONFONDD. Brouillé, mêlé ensem ble; figu rément, déconcerté, interdit. Ce sont deux. participes passés d'un même verbe, confundere , confondre.
Cependant le premier a été calqué sur le participe latin confusus , et le second formé du verbe français. De là leur différence. En nous servant de confondu y nous sentons mieux son origine verbale. Au contraire j comme confus est le participe d'un verbe étranger, son rapport avec le verbe nous échappe , et il nous semble un simp'^ adjectif à terminaison indifiTérente. Ce qui est confus , est tel; ce qui est confondu , a été fait tel.
r n en est de même des deux parUcipes résolu ei résout du verbe résoudre. Résolu, Utin raolutus.i tous les sens du verbe qu'il rappelle pwfalteroeou Résous, sous sa forme contractée et anonMic, «» une sorte de radical nu , représentatif seulement de la signification physique cl première : brouillard résous en pluie; sans compter que dans ceue acception même , qui lui est commune avec résolu , il iD«rque l'élat sans faire penser aussi expressément à ricuoQ qui l'a amené.
la propre , on dit eonfut du tout qui résulte delà réimioiL des parties : amas confus; le chaos n'éuît qu'un assemblage confus des éléments; c'est-à'dire que coh/îm exprime l'efTet sans aucun rapport à la anse et à l'action. Mais confondu qualifie les parties mêmes qui entrent dans le tout , qui on! subi l'action de la cause qui les a mêlées : daia le chaos tous les éléments étaient confofubu.
Au ligarè, csmfus montre le sujet dans tel état , et presque toujours en Tertu d'une cause qui lui est propre. «Elle s'aperçut , à mon air confus , que j'aTiii qnelque reproche à me faire. » J. J. L'Amour l'érdÛant < Tit la pauvre Psyché qui , toute «m/i», tenait sa lampe. « Laf.
Le eoibeso , honteux et confus y Jon, wm 00 pea tard , qu'on ne l'y prendrait plus.
lo.
ePwrle roi (François !•') , on ne peut exprimer, ni eoffibien il fat aigri contre l'empereur , qui •Tifc abusé si visiblement de sa trop facile croyaoce, ni combien il fut confus en lui-même le s'être laissé tromper. > Boss. « Tboas ainsi iQstoqoa son coup , et s'en retourna tout confus, »
ROLl.
le tfiole aux pieds de Dormène , et je sors , ^^/^y soumis y pénétré de remords. Volt.
ConfiméiA présente le même état comme TefTet d^nncoup frappé, de l'action d'une cause exténeore. Confus revient à honteux , plein de eon- Mm et d'embarras. Confondu se rapproche plus ^nisi, stupéfait, renversé; il marque le résultat d'une impression reçue et un plus grand désor4t« d'esprit. On demeure confondu d'une réponse qui étonne au dernier point. Du lutrin sort ^oiseau:
l^sas la main de Boirode il éteint la lumière. Us gnerricrs é ce eoup demeurent confondus f Bi regagnent la nef, de frayeur éperdus. Boil.
<Iq entendant cette histoire , quel était le trouble ^ aint Augustin \ Il se sentait rongé au fond 4a cour, confus et confondu. » P. A. « Harlay 'lit aux jacobins : Il ne me convient pas d'entrer m d'iUer prier Dieu chez des gens de la robe de TQiif Jacques Clément. Et tout de suite il leur tourna le dos et les laissa confondus. » S. S. *n ya trente ans, dit Xantippe, que je crie iprésSocrate; et quand j'ai bien crié, il m'en '^pose, je suis toute confondue: est-ce qu'il y aanit dans cette ftme-là quelque chose de supérieur à la mienne ? » V(m.t.
TERMINAISONS U et EUX.
forta, tortueux. Charnu ^ chameux. Herhu^
herbeux.
TOIC , TORTUBCX. En latin , torluf , tortuofvf. Oui ne va pas droit , mais de travers : un cbemîD, un sentier toriu ou tortueux.
Quoique participe passé du verbe latin (orquere, ^ofinier, faire tourner, tortu est par rapport à '^^^veas un radical , auquel s'ajoute la désinence ^''Snentative ou réplétive eux. Si bien que lor- *^^*** signifie tout lorlu, qui fait beaucoup de ^^^ et retours, qui 4 plusieurs reprises et en
différents endroits se détounae pour revenir sur lui-même , ainsi qu'un serpent.
Ce qui est tortu n'est pas droit : un bftton à moitié plongé dans l'eau paraît tortu (Montaior., Boss.). Ce qui est tortueux va et vient de côté et d'autre, est sinueux : un escalier tortueux (S. S.); le rampement tortueux du serpent (Boss.); « le chemin de la justice n'est pas de ces chemins tortiieux qui ressemblent à des labyrinthes. > Boss.
De même au figuré : l'esprit tortu manque de justesse; une conduite foftueu«e est pleine de dé* tours.
GHABIfU, GHARNEUX. Où la chair abonde, prédomine.
HERBU, HERBEUX. Où il y a beaucoup d'herbe.
Ici les terminaisons sont l'une et l'autre à considérer : eux ne s'ajoute point, comme dans l'exemple précédent , à un adjectif en u qui puisse passer pour radical pur ; mais, eux et u sont deux désinences jointes à un même radical , charn , et herb,
La difficulté semble grande au premier coup d'oeil : u est une abréviation et eux une traduction du latin osus , a , um , et tous deux signifient en conséquence l'abondance, la grande quantité. Cependant u s'éloigne davantage du type commun et se rencontre surtout à la fin d'adjectifs appartenant à la langue vulgaire , qui expriment une plénitude apparente et grossière : .joufflu , ma' melu , ventru , pansu , menibru , chevelu , branchu, touffu.
Charnu se dit donc du corps ou d'une partie du corps, où la chair se trouve ou se montre en grande quantité, qui forme comme une masse de chair. Chameux ne s'emploie qu'en médecine pour qualifier les parties du corps où il y a quantité de chair , c'est-à-dire plus de chair que d'autres matières , mais non pas de façon à frapper par le volume apparent : on oppose les parties chameuses aux parties osseuses. Ce mot est plus déterminatif qu'expressif. -^ Il en est de même d'herbeux par rapport à herbu : il croît de l'herbe dans une clairière herbeuse; et Ton en voit à foison dans un champ herbu.
Chameux et herbeux sont des termes plus ou moins scientifiques , calqués sur le latin carnosus et herbosus , qui n'ont que cent ans de date et ne se rencontrent guère dans le langage commun. Charnu et herbu , au contraire , sont des mots de tous les styles, même du plus familier, aussi vieux que notre langue et qui signifient , bien fourni ou tout couvert de chair et d'herbe.
TERMINAISONS U et É.
Tortu ^ tortue {tordu , tortillé). Fourchu ^
fourché.
TORTU , TORTUi. Ils se disent tous deux d'un corps qui , au lieu d'être droit , comme il devrait l'être , est de travers , contrefait , mal tourné.
Mais l'un est le participe du verbe latin torquere, tortum; l'autre, le participe du verbe français tortuer; ce qui fait que le dernier a plus rapport à l'action et à l'événement d'être rendu tel. Tortu indiquera donc l'état habituel ou la di-