‹ Dictionnaire des synonymes de la langue françaiseChapitre 26 sur 444 · INTRODUCTION. LI · texte numérisé non relu

INTRODUCTION. LI

s'en sam qu'avec tine grande précaution , car fl n'en est pas qui prête davan* lage à Farlritraire et aux conjectures forcées.

Ce trandl préparatoire achevé , chacun des mots synonymes pris séparément ayant été ramené à sa valeur propre , ou tout au moins édairé par Tune de ses aceeptions, la distinction doit S'opérer avec une grande facilité. Un simple rapprodiemeni fera ressortir les influences diverses exercées sur Fidée commune par des termes dont les propriétés seront désormais évidentes : il ne restera plus qo^â justifier et à corroborer par Tusage les différences ainsi obtenues.

L'usage parié ne saurait faire autorité : ou il est insaisissable, ou rien ne prouve

que celui que chacun est à portée de recueillir soit le plus général et qu'il ait

des chances de durée. < (Test aux bons auteurs, a dit Montaigne, d'enchaîner et

de douer la langue à leurs livres ^ » Au point de vue où nous nous sommes

phcé, nous ne pouvons faire cas que de Tusage écrit. Nous travaillons pour Tin*

stmction des contemponain^ , en puisant nos leçons dans les monuments d'une

langue fixe, soit qu'elle doive longtemps encore continuer à être en vigueur, ou

bien se défigurer promptement au point de devenir simplement classique et de

n'toephis étudiée qu'à titre de langue morte. Tous les écrivains que nous con-

sahoDs ont vécu avant le xit* siècle ; en deçà du xviii*, nous ne reconnaissons

point éd gmde, si ce n'est le Dictionnaire de TAcadémie pour ce qui regarde les

phrases usuelles qtd ont cours depuis longtemps. Du reste , avec cette manière

toute positive et tout empirique de concevoir la tâche des synonymistes, l'emploi

des citations acquiert une importance qu'il ne pouvait avoir jusque-là. n ne

s'a^ plus, comme au temps de Girard, de deviner par goût, et à force de saga-

c^ky Tusage actuel, mais de constater par la pratique des grands mattres, et les

pièces en maôn, Ytasage ancien, qu'il soit ou non passé présentement; il s'agit de

fiire pour la hugne française ce que Doederlein vient d'exécuter avec tant de

bonbear pour la langue latine. En assurant à cette étude le caractère et l'avenir

(Pane sdence , Roubaud et M. Guizot ont vu combien elle devait s'appuyer sur

des exemples tirés des écrivains classiques ; mais à cet égard , le dernier n'a

donné que le précepte, et si le premier y a joint l'appUcation, ce n'a Jamais été

f une maniëre large et générale ; il était trop préoccupé des détails de l'étymo-

logie et de sa polémique avec les précédents synonymistes, pour produire autre

chose que des essais en tout genre.

L'usage peut être ou commun ou particulier, ou renfermé dans des phrases et &s locutions partout reçues et employées , ou emprunté de tels ou tels auteurs caaircs. Gonune 11 rend au philologue un service inégal sous .ces deux formes, 3 convient tfen traiter séparément.

Vusage commun fournit une instruction plus décisive ; il ne vient pas seule-

1. c n fnt alnôbiBiMit s'en tenir à la mioiSère dont les l>ons auteurs ont parlé une langue; et ^■Aea a un nombre suffiaent d'auteurs approuvés, la langue est fixée.... Il me semble que, lors- Vfoaa eu dans un siècle un nombre suffisant de bons écrirains, deyenus classiques, il n'est plue gBère permis d'employer d'autres expressions que les leurs , et qu'il faut leur donner le môme sens* ou likn dans peu de temps k siècle présent n'entendrait plus le siècle passé. » Volt.

Page 1