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XLVIII INTRODUCTION

posée au synonymiste , il &ut aussi prescrire la manière dont il doit procéder pour opérer entrelessynonymes de chaque famille des distinctions toujours vraies. *

Or, les synonymes dont se compose chaque famille peuvent être de trois sortes, eu égard à la nature de leurs différences : ou grammaticaux, comme variation et variété^ imposition et impôts improuver et réprotiver; ou étymologi- * ques, comme bête et sot^ esprit et génie; ou tout ensemble grammaticaux et étymologiques, comme douleur et souffrance^ fortuné et heureux^ découvrir et révéler.

Les synonymes grammaticaux se divisent à leur tour en deux espèces, les uns simples, les autres composés, suivant qu'ils diffèrent par une seule circonstance grammaticale, le commencement, la terminaison, le genre, le nombre, l'article, etc., ou bien par plusieurs de ces circonstances à la fois. Les synonymes grammaticaux simples sont examinés dans la première partie de ce Dictionnaire, laquelle est proprement un traité. Nous avons ci-dessus indiqué la méthode à suivre pour en découvrir sûrement les différences, et ces différences étant effectivement exposées, décrites et justifiées dans l'ouvrage lui-même, la deuxième partie, qui est plus particulièrement un dictionnaire, ne fera que les rappeler, au besoin, se bornant à renvoyer pour les détails à l'endroit du traité où elles se trouvent. Que si dans la première partie avaient été omis quelques synonymes grammaticaux simples, les règles de dictinction qui y sont établies fourniraient toujours le moyen d'en saisir promptement les traits caractéristiques. Il suffit également de consulter ces mêmes règles pour trouver^en quoi diffèrent, quant à la signification, les synonymes grammaticaux composés. Veut-on savoir, par exemple, les nuances distinctives de bassesse et d! abaissement^ d^assujetiissemeni et de sujétion^ on y parviendra sans peine par la connaissance des valeurs assignées dans le traité à la particule prépositive a ou ad et aux désinences ment et esse^ d'une part, ment et ton, de l'autre. Sur quoi il est à propos de remarquer que les synonymes de cette sorte, du reste peu nombreux, tirent leur principale et souvent leur unique différence d'une seule des circonstances grammatioiles qui les caractérisent extérieurement , Tautre ou les autres n'exerçant sur leur acception aucime influence notable. C'est pourquoi plusieurs, tels que quitté et acquitté f insigne et signalé^ sanglant et ensanglanté^ où la valeur de la particule prépositive a été négligée, ont pu être admis dans le livre consacré aux synonymes grammaticaux simples.

Passons enfin à la méthode de distinction applicable aux synonymes étymologiques ou à radicaux divers. Et d'abord, la divisant en deux parties, l'une d'investigation, l'autre d'exposition, suivant qu'elle apprend à trouver les différences ou à les faire connaître et comprendre, commençons par la considérer sous le premier point de vue.

Si le dictionnaire ordinaire définissait convenablement les mots , il serait facile de les distinguer, même alors qu'ils se rencontrent en une idée commune. Gomme les définitions en contiendraient la valeur essentielle, en comparant, en développant et en pressant les définitions de deux ou plusieurs mots synonymes,

INTRaDUCTION. XUX

à quelque degré qu'ils le fussent, on parviendrait toujours à reconnaître en chacun une spécialité de signification. Car ce qui convient au tout convient nécessairement à la partie, ou, autrement dit, on peut juger d'une acception par* Meulière d*un mot par son sens général. Deux termes synonymes sont entre eux comme les cercles A et I (fig. 4, p. xxxix) : ils ont une partie commune C; mais malgré cette rencontre de leur compréhension , la partie commune se ressent des caractères particuliers à cliacun des deux termes en vertu de sa valeur naturelle; elle a un tour, un air, un aspect différent suivant qu'on l'exprime par l'on ou par l'autre. Le sens, tel qu'il résulterait d'une bonne définition, par cela même qu'il serait essentiel, devrait se réfléchir et se retrouver dans toutes les acceptions du mot.

Hais à cet égard, loin que le synonymiste puisse compter sur les dictionnaires ordinaires, son travail doit avoir, entre autres effets, celui de suppléer à leur insofiSsance et à leur inexactitude. Puisque les dictionnaires font défaut en ce qui concerne les valeurs propres et naturelles, c'est au synonymiste à y pourvoir, et c'est à quoi il doit travailler avant tout, puisque c'est de là seulement que peut jaillir la lumière. Donc il examinera chaque mot en lui-même, isolément, s'efforçant d'en découvrir la signification essentielle, et le moyen qu'il emploiera d'ordinaire sera l'étymologie. L'étymologie, en effet, donnant le sens primitif et radical, lequel est presque toujours identique au sens propre ou essentiel, conduit à de bonnes définitions, point de départ nécessaire de toutes les recherches qui ont pour objet les synonymes de ce genre. Telle est la méthode de Roubaud : elle consiste, comme il le dit lui-même, « à tirer les différences qui distinguent les termes synonymes de leur sens propre et naturel par le moyen de rètymologie. »

Il y a deux sortes d'étymologie qu'il ne faut pas confondre : l'une, positive et réservée, se tient, autant que possible, dans les limites de la langue à laquelle appartient le mot donné ; l'autre, aventureuse et conjecturale, lui cherche des . analogues dans les langues étrangères, d'où elle tire des inductions presque toujours fuitastiques. La première a été pratiquée par Doederlein, la seconde par Roubaud ; et ce qui prouve déjà combien la première est préférable à la seconde,, c'est le succès inégal de ces deux philologues pour ce qui regarde la partie étymologique de leurs ouvrages. Au reste, on s'explique aisément pourquoi leur ^ valeur n'est pas la même. Toutes choses égales d'ailleurs, l'opinion qui rapporte an mot à un autre mot de la même langue est toujours plus probable que celle qm le tire d'un mot d'une autre langue, surtout si cette dernière est très-anôenne, conune le sanscrit ou le celtique ; car rien de plus concevable et de * mieux attesté historiquement que la transformation et le développement der mots de chaque langue en particulier, tandis que souvent les rapports de pareoté sont obscurs et douteux entre telle langue moderne et telle langue anoenne dont on la rapproche. Ensuite, les deux dérivations fussent-elles vraisemblables au même degré, la première fournirait une instruction plus sûre, on pourrait plus hardiment conclure du sens originel ou primitif au sens essentiel

ou propre. En eSet» les mots éprouTeat souvent de graves changements en passant d'une laague 4 u^ aulre. Ainsi, nos mots htamaniié et nUhutri^ n'ont plus le sens des mxA& latins humanita» et induttria^ d'où ils tirent ieuir origine.

Ce n'est pas à dire cep^idant que les mots conserrenl une signiiBcation invariable tout le temps qu'ils sont employés dans la même langue : ils s'altèrent moins fréquemment» moins profondément» mais ils s'altèrent; ce qu'ils représentent à une certaine époque n'est plus exactement ce qu'ils représentaient à une époque précédente : autres temps, autres mœurs et autres usages ; autres mœurs et autres usages, antres acceptions attachées aux mots qui s'y rapportent. Mes expressions, bel e^prit^ honnêtes gens^ brave hotnmey gentil^ prude^ libertin^ pé^ éant et pédagogue n'ont pas toujours eu leur signification d'à présent. Cest pourquoi, lorsque le synonymiste est arrivé à une étymologie certaine , soit en recourant à une langue étrangère , soit en restant dans les limites de la même langue , il cie doit &ire servir la valeur primitive à d^rminer la valeur propre qu'après avoir vérifié la première par l'histoire du mot, par la connaissance des modifications qu'il peut avoir subies à di£Eèrent€S époques.

L'étymologie met en possession du sens essentiel, et naturel tout d'un coup et comme d'emblée ; mais on peut aussi le trouver a posteriori , & l'aide d'un procédé moins expéditif; on peut, en rassemblant et en comparant les différentes acceptions et les applications usitées d'un mot, parvenir à saisir ce qu'elles ont de commmi , c'est-à-dire l'idée propre et essentielle de ce mot , puis faire servir la notion ainsi obtenue à caractériser le mot dans une acception spéciale où il tend à se confondre avec un auire* C'est toujours aller du clair, du connu et du certain à l'obscui-, à l'inconnu et à l'incertain en expliquant la partie par le tout, en établissant, dans une définition préparatoire, un type, une idée dont les traits essentiels doivent ètxe empreints dans le mot, quelles que soient ses applications.

Il y a plus : il n'est pas besoin, pour avoir le sens d'un mot dans une certaine application , de l'examiner dans toutes les autres , afin d'apercevoir ce qui s'y trouve de commun et d'en former l'idée ou le type dont le mot est le signe ; il suffit parfois d'en constater la valeur précise dans une seule de ces antres applications, et alors, au lieu d'éclairer la partie par le tout, une acception particulière par la signification générale, on éclaire une partie par une autre, on interprète une acception sipguUère par une autre , se fondait sur les rapports communs que les accq[)tions d'un même mot ont nécessairement ensemble. C'est ainsi qu'à chaque instant on puise dans la considération du seas propre et physique des indications relativement au sens figuré et moral ; d'autres fois même le contraire a lieu» c'est le figuré et le moral qui révèlent les caractères dislinotifs djUL pr(9pre et du physique,

Eni^n, un dernier moyœ d'instruction consiste dans la connaissance des onomatopées, c'est-à-dire des mots qui rappellent, par leur son, les objets ou les actious qu'ils désignât Mais, outre qu'il est rareOMiit paraticable, on ne doit

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