‹ Dictionnaire des synonymes de la langue françaiseChapitre 264 sur 444 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

▼ieillards (dans la république), on n'en aura pas .non plus pour les pères : les maris ne méritent pas plus de déférenee^m les maîtres plus de soumission, s MoNTRSQ. « Des souverains eurent pour Salomon des égards et des déféTence$ qu'ils ne devaient pas à sa couronne.» Mass. «Certaines personnes de piélé, pour lesquelles il est juste d'avoir beaucoup de respect et de déférence , con* damnent ces sentiments. • Mal. « Donner des règles et des bornes précises de la déférence qu'on doit à l'autorité. > P. R. « Nous rendons à Dieu des déférences extérieures. » Boss. « Luther, qui avait parlé aux évêques avec quelque sorte de déférence^ se repent de sa modestie. • In. « Les Inférieurs se distingueraient par leur subordination et leur déférence. » D'Ag. « Cette docilité , ce respect, cette déférence avec laquelle les jeunes magistrats écoutaient, de leur temps, les suffrages de ceux qui avaient vieilli avec honneur dans la magistrature. » In. « Le peuple, par estime et par déférence pour le sénat, lui remit le choix de ces deux sortes de gouvernement. » Ykbt. c Antoine dit qu'il avait cru être obligé de faire sentir à Octave la subordination qu'il devait y avoir entre un simple citoyen et le premier magistrat de la république , mais qu'il était prêt i lui redonner toute son amitié pourvu que, dans la suite , il se conduisit à son égard avec la déférenu qu'il devait à son ftge et à sa di- ^ gnité. » In.

La condescendance est le fiait de celui qui condescend, c'est-à-dire qui descend au niveau d'un inférieur {deseendere cum , descendre avec) , qui se &it son égal. Ce qui la caractérise d'une manière décisive, c'est que, à la différence de la déférence, elle a toujours lieu du supérieur à l'inférieur. Elle a pour principe l'indulgence , et consiste i ne pas user de rigueur, à déroger & la loi. « Rien n'est plus nécessaire à ceux qui sont dans les hautes places , et qui ont en main quelque partie de l'autorité publique, que d'user quelquefois de condescendance, » Boss. User de certaines condescendances et ménagements (Id.). « Les chrétiens ne méprisaient pas moins les condescendances que les rigueurs de la politique romaine. » Id. « J. C. ne pouvait s'abaisser que par condescendance , pour s'approcher de nous. » In. « Les lois de l'Eglise sont pleines de sagesse , de charité et de condescendance. Il faut souvent relâcher de ses règles pour mieux entrer dans ses intentions. » Mass. « Le roi eut la condesa^dance de dire à celte princesse que.... » Volt. « L'empereur Julien eut la condescendance de permettre que les Juifs achetassent le droit de bâtir leur temple. » In. « Je n'ai pas eu avec toi toute la condescendance qu'un aîné devait à son cadet. 9 In.

La complaisance fait que nous nous empressons d'acquiescer aux sentiments et aux volontés d'autrui par désir de lui plaire; la déférence, que nous y cédons ou que nous n'osons pas y résister par respect , par égards ou par crainte ; la condescendance , que nous voulons bien , que nous daignons nous y rendre par ménagement ou par concession.

La complaisance tient plus de la politesse; la

déférence, de l'honnêteté; la condesceiidafiee, de

l'affabilité , de la popularité.

Sans complaûance, OH est au moins indifférent, sinon rude et bourru ; sans déférence , on est arrogant ou fier ; sans condescendance , on est inflexible, rigoureux.

La complaisance a une sphère très-étendae. On a de la compîaisanu pour toute personne qu'on veut se rendre favorable , dont on reut gagner l'affection. Nous nous en devons tous les uns aux autres , afin de rendre la société agréable et la vie plus commode.— Nous devons de la délérence à nos supérieurs, i l'autorité (P. R.), inos parents (Mol., Mass., Rbgn.) , à nos maîtres (J.J.), aux personnes pieuses (P. R. ), aux grands (Mass.). Une femme doit en avoir pour son mari. A Sparte , la déférence était prescrite aux jeunes gens envers les vieillards. — Nous avons de la condescendance pour nos inférieurs. « Où trouverons-nous une plus grande condescendance pour les faibles , pour les pécheurs qu'en J. C.7 » Boss. Bossuet, Montesquieu, Vertot et Rollin s'accordent à louer dans la république romaine la juste, la paternelle condescendance du sénat pour le peuple. Les jésuites sont fameux par leur coupable condescmdance pour leurs pénitents. « C'est nous-mêmes qui, par la dureté de nos oœuis, forçons en quelque sorte les ministre^ de J. C. à avoir pour nous ces condescendances et ces ménagements, dont nous répondrons encore plus qu'eux. » Bouan.

La synonymie est peu étroite entre facilité eX les trois autres mots. C'est dans l'occasion et de plein gré , quelquefois même par calcul , qu'on a de la complaisance , de la déférence et de la eoadescendance, La facilité, au contraire, est une qualité permanente et naturelle : c'est par une espèce d'entraînement ou de facilité inhérente â sa nature , qu'un homme a de la facilité ou qu'il en montre. De sorte que la facilité, étant dans le caractère et ne consistant point dans un mouvement ou un acte accidentel , est comme le principe commun de la complaisance, de la déférenu et surtout de la condescendance. La focitile', d'ailleurs, suppose seule des sollicitations , d^ obsessions, auxquelles on ne sait pas résister. Avec cette qualité , qui est presque toujours un défaut contraire à la fermeté et voisin de la faiblesse , on se montre facile , on se laisse gagner sans peine , on cède à toutes les demandes. « la faiblesse d'Assuérus fait pitié.... La facilité du roi va faire périr cent millions d'hommes en un moment. Que les princes doivent prendre garde à ne se pas rendre aisément ! s Boss. « Charles YII répondit que , s'il accordait aux Anglais ce qu'ils demandaient , les princes eux-mêmes s'opposeraient à sa trop grande facilité, » In. « Le consul dit au peuple : Pendant votre retraite sur le Mont-Sacré, vos vœux, vos requêtes et vos prières se' bornaient à obtenir l'abolition des dettes; à peine vous eût-on accordé une si grande grâce, que vous vous fîtes comme un nouveau droit de la facilité du sénat pour demander la création de deux magistrats de votre corps. » Vbbt.

COMPTER , CALCULER , SUPPUTER. Travailler d'esprit pour arriver à connaître un nombre,

SYNONYMES À RADICAUX DIVERS

combien on a ou combien il y a de choses ou d'une ehoee.

I^ homme aeemnxilait

n païaait les nuits et les Jonrs

I têmpter^ eaiemfer, supputer sans relâche. Lav.

c Le bien hon tous aime , et tous conjure d'être toujours habile , comptante , taleulante et twppufaille, car c'est tout; et qu'importe d'avoir de l'argent , pourvu qu'on sache seulement combien il est dû 7 > Siy.

II existe d*abord une différence évidente et aisée à concevoir' entre compter et caUuUr.

Compter est le mot vulgaire; caUuUt est le terme savant. Compter se rapporte aux choses communes, aux affaires d'intérêt, d'administration, de commerce, de finance : on compte la recette et la dépense, une maîtresse de maison ecMRpfe on ne compte pas avec sa cuisinière ; on dit les oomptet d'un marchand, d'un régisseur, d'un caissier. Hais le cdUvl est une science : l'astronojne calcule les éclipses et le retour des comètes; le géomètre ealade l'infini ; l'arithmétique est l'art de eolcwier ; on dit les cakuU astronomiques, algébriques, calcul différentiel, calcul intégral. Tout homme, ayant nécessairement à compter ^ doit savoir coJUuler jusqu'à un certain point. — Compter exprime une opération , non-seulement commune, mais facile , celle qui consiste à ajouter l'unité à elle-même un certain nombre de fois; con^ter l'heure, compter les suffrages, tompter les vaisseaux qui sont dans le port; on eoeipfe sur ses doigts , avec des jetons ; on a trou- Té, dit-im, en Amérique des sauvages qui ne sa- Taient compter que jusqu'à trois. Calculer, au contraire, signifie, en fait de travail mental sur les nombres, quelque chose de difficile , quelque ebose qui s'exécute par des procédés ou des méthodes, et la plume à la main : le calcul n'est pis une simple énumération , c'est un raisonnement. Trois enfants qui ont reçu un certain nombre de fruits pour se les partager, les comptent et se les distribuent un à un; par le calcul^ c'est-àdire ici au moyen d'une division , on serait arrivé d'abord à leur indiquer combien il en fallait donner à chacun. — De plus, compter est matériel on concret, et calculer est formel ou abstisît : on compte des choses réelles qu'on a ou qui sont U; on caUuU en spéculant par hypothèse sur des idées , sur ce qu'on pourrait avoir on sur ce qui pourrait arriver. Polyphème tampte ses brebis et ses chèvres ; Perrette ou la laitière de Lafontaine calcule combien elle vendra son lait et combien elle pourra acheter de choses avec le prix qui lui en reviendra.

Reste supputer.

Au fond, il a même étymologie que compter : il est formé de tub , sous ou sur , et de putare , examiner, estimer, compter; et compter vient du même verbe pulore, et de cum^ avec, ensemble. Mais supputer rappelle parfaitement son origine et laisw apercevoir ses deux éléments, au lieu que ceux de compter sont fondus l'un avec l'autre ft ne peuvent être retrouvés qu'avec peine. C'est pourquoi supputer est visiblement un verbe composé, tandii que compter est regardé et traité comme un verbe simple , comme un pur radical ,

ainsi que calculer (de ccUeulus^ petit caillou , les petits cailloux étant ce avec quoi on compta d'abord).

Or, parce que supputer est seul un verbe cotnposé , il marque une action faite avec plus d'attention et de soin, a Vous aimerez bien autant ces détails qu'une supputation exacte du nom des bataillons et de chaque compagnie des gens détachés, ce que M. l'abbé Dangeau ne manquerait pas de rechercher très-curieusement. » Rac. « Il faut pour cet aîné tel office. T a-t-il de quoi en faire les frais? c'est ce qu'on examine avec toute l'attention nécessaire. Restera-t-il assez de fonds pour toutes les autres dépenses ? c'est ce que l'on fuppvUe très-exactement. » BoaRO. < Dans ce système égoïste de l'amitié , nous eupputeront avec soin les émoluments, les plaisirs, les services que nous pourrons tirer de nos amis. > P. A.

Ensuite, supputer, compter sous, en sousordre, ou sur, désigne une seconde action ou une action secondaire, suppose des données qu'on compare et qu'on combine. Ainsi , on compte , en mettant eiuem&te , en mettant unité avec unité pour former un nombre ; on suppute des sommes, des nombres déjà connus pour en avoir le total. « L'homme qui a de l'ostentation , quand il parle à des inconnus, leur fait prendre des jetons, compter le nombre de ceux à qui il a fait des largesses; et après avoir supputé les sommes particulières qu'il a données à chacun d'eux , il se trouve qu'il en résulte le double de ce qu'il pensait » Labr. < Un soldat romain , s'étant avisé de considérer de près le mur de Syracuse avec attention , après en avoir compté les pierres, avoir examiné à vue d'oeil la mesure de chacune , et avoir supputé par estimation la hauteur du mur, le trouva de beaucoup plus bas qu'on ne le croyait, et conclut qu'avec de médiocres échelles on pouvait facilement monter dessus.» Roll. « En supputant les pertes dont les gros joueurs se plaignent le long de l'année , il s'est trouvé des gens qui, à leur dire, avaient perdu plus d'un million, et qui, en effet, n'avaient jamais perdu cinquante mille livres. » S. S. — En général, suppurer, c'est se servir de nombres ou de documents divers, les confronter, les peser, les balancer pour arriver à un résultat total. « Le moyen de supputer combien les exhalaisons de la terre et des mers pouvaient fournir d'eau aux nuages T » Volt. « De savants chronologistes ont suppute qu'une seule famille, après le déluge, étant oécupée à peupler , il se trouva en 250 ans beaucoup plus d'habitants que n'en contient aujourd'hui l'univers. » In. « Supputer le nombre des habitants d'un pays par celui des baptêmes. » In. Suivant Hérodote, on supputa le nombre de tous les peuples qui suivirent Xerxès en les faisant passer par divisions de dix mille dans une enceinte qui ne pouvait tenir que ce nombre d'hommes très-pressés (Id.). Les Juifs avaient défendu par une loi de supputer les jours du Messie (Boss.).

Le compte est faux , quand la somme n'y est pas; le calcul est faux, quand l'opération a été mal faite; la supputation est fausse, quand les

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