‹ Dictionnaire des synonymes de la langue françaiseChapitre 297 sur 444 · EXPRIMER, ÉNONCER, RENDRE, SIGNIFIER · texte numérisé non relu

EXPRIMER, ÉNONCER, RENDRE, SIGNIFIER

Représenter, faire connaître quelque chose de vive voix ou par écrit.

Exprimer, de premere ex, presser fortement une chose de manière à en tirer le suc ou une empreinte , indique une action vive , forte , firappante , qui fait beaucoup d'impression , une manifestation sensible ou esthétique (du grec ala6dvsvOai, sentir). Énoncer, enuntiare, exposer, déclarer, révéler, marque une action tout intellectuelle, une manifestation par laquelle on fait entendre ou concevoir, et non sentir. Exprimer convient pour le langage naturel , celui des gestes, des cris, des mouvements de la physionomie , des soupirs , aussi bien que pour la parole; Yénoneiation, au contraire, est toujours parlée ou écrite. Or le langage naturel est, comme on sait, plus expressif, plus énergique , plus animé que celui de la parole. L'un s'adresse à l'imagination, à la sensibilité , au cœur; l'autre, à l'esprit. Exprimer a rapport au côté ou à la partie poétique , pittoresque ou oratoire de la pensée ; et énoncer, au côté ou à la partie logique. On exprime surtout des sentiments et des situations intéressantes; on énonce une proposition, un théorème, un article dans un contrat ou un traité.

Qui s'ea^rtme bien est éloquent, entraînant, persuasif, fort ou beau , pathétique ou touchant.

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DEOXiEttS PAftTIR :

<e Le prineîpal en tioquenfie cenaiste à co&QdT<nr forteuHRkt le» ehoses , el à lei exprimer •& lorte qu'on en porte dan» Fesprit de» avâiteiira nae image vive et lummense, qnî ne présent pas seulement ces chose» tontes nues, mai» «lasi les mouvements avec lesquels on les eonçoft. » P. R. c Cet auteur (Ihtgnet>n'a pa»eii le talent de ^exprimera comme les anciens, arec cette imagination qui anime tout. » Lab. c lorsque les anciens étaient sollicités par le besoin à* exprimer tîtoment un trait de caractère , une pensée neuve et han^ , leur style s'éleraît jusqu'au tim le plus haut. 3> Mark. « De tous le» éerivain» , c^est chez les poètes que le génie des langues s'exprime le plus vivement 9 Cond. — Qui s'énonce bien est clair , précis^ formel ,. et accessoirement pur , élégant , agréable;

Ce que Ton conçoit bien s'énont* dairement. Boil. « Si on saisissait bien le progrès des férhés , il serait inutile de chercher de» raÉsonaements pour les démontrer, et ce serait assez de les énoncer. V CoND. « Le système de la Tùùm en Dieu de Malebranche mène jusqu'à faire de Tentendement humain une faculté passive , sans qu'il Vénonee positivement ou même qu'il s*en aperçoive. 3» Lah.

<e Le contrasta entre Orbassan et Tancrède est eceprimé par Yoltaira avec des nuances qui ont autant d'intérêt que de délicatesse..,. Hais pourquoi Orbassan ne veut-il combattre qu'avec la promesse d'être aimét Pourquoi même énoncet-il cette prétention peu conforme à la fierté dont il se pique? » Lab. « M. de Morville, avocat du j roi au Châtelet dès l'flge de vingt ans , ne pai at jeune que par la grftce avec laquelle il s*énonçait,,.. Devenu membre de l'Académie» et chargé de recevoir un académicien , il craignit que son éloquence n*expfimàt que fiiiblement ce que son cosur sentait. » D'Al. < Je suis surpris, en écoutant cette bonne âme , de la manière dont elle s'explique : quel feu anime se» paroles 1 Elle s'e • nonee avec une facilité que riea n'arrête; elle s'exprime en des termes qui me font concevoir les plus haute» idée» de l'Etre divin, des grandeurs de Dieu.... v Boobd*

Uendre, redonner, est relatif, non plus à la forme on à la clarté , mai» à l'exactitude : on rend plu» ou moins fidèlement , et ce mot se dit surtout d'un imitateur, d'un traduoteur, d'un rapporteur, on d'un peintre qui dépeint, qui pÀnx d'après nature. « Souvent rien n'est plus trompeur que les livre», et ne rend moins fidèlement les sentiments de ceux qui les ont écrit». » J. J. « A-t-on jamais mieux rendu l'effet du tonnerre dont le son se prolonge dans l'éloignement que dans ce vers admirable :

£i la foudre en {rondant roule dans l'étendue? »

Luc.

« M. de La Mothe n'a point rendu toutes ces beautés; aussi, son dessein n'a pas été de traduire, mais d'imiter Homère en l'abrégeant. » Roll.

Signi^tr, se servir d'un signe, marque une manière de s'exprimer particulière, savoir par un seul mot, et non pas par tout un discours» par une phrase ou une proposition. « La plupart des auteurs ont employé aao» Atstinistif^ Iq Qom de

ginweet cehiide pldtre poux sigfnftr la mène chose. » BuvF. « Il ne faut employer dans la défimtion que de» terme» qui désignent cUiiement l'idée qu'oa veut tignifUr par le mot (ja'on définit. » P. R.

BITIRPSR » DÉSAdKEtt. Détacher une piaule du aol; au figuré, détruire des vices ^ des aLii$ ou autxes ehoaes semblables.

SxHrper^ de eXj hors de, et tUrpi, soacbe, c'est OMittre hors de terre une souche, une tige et les racines ; déraciiier, c'est seulement défaiic le» raeiBas, le» mettre à nu, les tirer ou lesroopre, san» extraire ou Ôter la souche ou le corps lui-même. On extirpe en enlevant le corps de la place à laquelle il tenait; on déracine en déliant le eoTf» simplement y mais sans lui faire quitter le lieu où il est fixé. Le chirurgien exttrpe ace loupe, un polype; le vent ou l'eau d'un torrent d^actue un arbre. On d^actne un cor an pied en cernant le calus tout autour, pour l'exlirpr après. Quelquefofe , un dentiste déracine m dent avant de l'eo^tirper. De même, on (Gt que des murailles sont déracinées (RKGN.),qttaQdeH6 ne sont que déchaussées.

Mai» le plu» grand emploi de ces mots est an figuré.

On extirpe en arrachant tout d'un coup, avec force et entièrement, de &çon que la chose ne rpousse plus. « Dieu trouve en nous une foi iaculte , aride , infraetueuse , et il conclut à l'e^per tout & fait. » Dotrim. « Sa Majesté D'atteod pas »ettlemenf one décieioii prompte, maisescoe digne dn aaint-aiége, et qui donne le dernier coup à une secte toujours renaissante; en sotte qu'il n'y ait phis rien à désirer ni à faire ici posr Vextirper tout à fait. » Boss. a Pourquoi n'a-too osé dire que cet amour naturel, dont l'exclasisB fait le ooBihIe de la perfection, pût être entièrement extirpé? < In. c Paul IIl avait déclaré qo'il assemblait un concile à Mantoue poar extifpf l'héfésie luthérienne. » Gond, c Le grand desscii de Caton. c'était d*extirper entièrement le lue.* RoLL. « Une foule d'arrêts du conseil parut coap sur coup (sou» Loui» XIV), pour extifpw 1» reste» de la religion proecrite. » Volt. < Ladifproportioo entre la pttoe et le sahiire est un isal qui se reproduit sans cesse plus ou moins, et qu'on ne peut qu'atténuer. Celui qui s'imagioe qu'on peut Vextirper est un ignorant. > Lab.

On déracine peu à peu, en brisant, pour aiosi dire, une à une chaque racine ou chaque fibre, et cela se dit ordinairement de choses qui ont jeté des racines, même des racines profondes. qui se sont étendues ou invétérées. « De toutes les passion», il n'en est point qui s'imprime pltt> profondément que la haine , ni qu'il soit plus difficile de déraciner. » Bouas. « Les pénitences doivent être médicinales, pour déraciner \» mauvaises habitudes du pénitent. » lo. « Tout cela insensiblement a déraciné de son coeur les principes de religion où il avait été éleré. > l^- « Le reste de ce décret ne regarde que les évéques et le soin qu'ils doivent prendre de dérati^ ner la superstition, les gains illicites etiesaba» qui se pourraient trouver dans la dispensaliop et l'usage des indulgences. » Boss. « Im aocitt*

SYNONYMES À RiiDlCAUX DIVERS.

attachements quB Yons avez rompus, sans les avoir afiaiblis et comma dératinét de votre cœur p» la mortificatioii, repousseront sans cesse. » llAss. « Charles V avait voulu dénuin^r l'ancien ^HK des guerres particutièris des seigneurs, abus qui passait pour une loi de TÊtat. » Volt. « Les jansénistes ne contiibuèrent pas peu k dénwtMT insensiblement , dans Tesprit de la nation, la plupart des fausses idées qui déshoaoment la religion dnrétienne« » In. « U est très-aisé de éirmimr par degrés toutes les su-

perstitions qui nous ont abrutis. > lo. « Il faut travailler à détruire , à déracinef , au moins à aifaibltr dans un enfant un germe de malice fortifié par l'habitude. » Mabm.

D'ailleurs, asptirpsr, à*ixtirpare\, est tout latin et par conséquent propre au style élevé ou scientifique; il convient particulièrement au langage de l'Bglise et à celui de la médecine. Déraciner, formé du français racine, est le met de la langue commune. Vtgiirpaiion d'une hérésie» d'un , canœr; le deiaciiiemir%t d*un arbre.

FABLB, GOlfTB, ROUAN. Divers récits de faits on d'aventures imaginaires. « Les fables mêmes qui ressemblent aux conUi des fées ont je ne sais qudi qui plaît aux hommes les plus sérienz : on redevient volontiers enlknt pour lire les aventures de Baucis et de Philémoa, d'Orphée et d*Eurydice. fiais pour les héros des romans , ils s'ont rien de haturel : ils sont feux, doucereux et fhdes. Fén.

Fable j latin fo&wto, de forî, parler, conter, signifie en général toutes les fictions que nous connaissons de Tantiquité, mais spécialement celles qui se rapportent à la mythologie. « Les divinités de la Fable, » AcAn. « La fable d'Am phion. 9 TÈn. Ce mot d^gne aussi de petits récits dlégoriques dont l'antiquité savante nous a laissé le modèle , et qui consistent dans des scènes où agissent et parlent pour Tordinaire des animaux et même des êtres inanimés pour apprendre aux hommes à se conduire : telles sont les fables d'£sope, celles de Phèdre et celles de Lafontaine. < Les fictions qui ont un objet moral s'appellent apologues ou fables... * Il est d'autres fictions purement oiseuses, telles que sont la phipart des contes et des romans , qui, sans renfermer aucune instruction véritable, n'ont pour objet que Tamusement. » J. J. Homère dit à Ësope dans un dialogue de Fontenelle : « En vérité , toutes les faMes que vous Tenez de me réciter ne peuvent être assez admirées; il faut que vous ayez beaucoup d'art pour déguiser ainsi en petits conter les instructions les plus importantes que la morale puisse donner. » •

It conte a un but plus ftivole et une origine moins noble. Son but est d*amuser , et non pas d'instruire. Il doit être plaisant. C'est le récit d'une aventure fabuleuse dent le sujet est pris d'ordinaire dans la vie commune. Le conte est vulgaire, ainsi que le mot qui l'exprime : il ne tum vient pas , comme la fable , des Grecs et des Homains. mais de TAsie et particulièrement des ^bes. C'est dans les temps imodemes surtout t^u'il a été cultivé sous son propre nom ou sous Celui de nouvelles. Les fables empruntent et rapt^Uent à chaque instant les idées de la mythologie grecque et romaine; on trouve dans les contes ^es fées des revenants , des sorciers , des magiciens, des enchanteurs.

Le roman se dietingoe par son éteadua : il est pins long que la fable , plus long même que le cenfe. C'est un poème fantastique en prose, ayant une intrigue et des épisodes , c'est un composé et une suite d'aventures supposées qui tiennent plus du conte que de la fable. Car le mot de roman a une origine vulgaire comme celui dé canfe. les premiers romans, les romans de chevalerie, ayant été écrite en romain , langue parlée par le peuple à une époque où l'SgUsa, les tribunaux et les éooles s'exprânaient encora en latin. « Ces Confessions n» sont qu'un journal de bonnes fbrtunee. une histoire sans suite, un roman sans intrigues, un ouvrage qui ne laisse rien dans Fesprit. » Volt. « LoVélémofpiedo H. de Cambrai est, sous le nom du fils d'Ulysse , un roman instructif pour Ugr le due de Beurgogne. » Boss.

Ainsi diffèrent ces trois mots dans ie sens littéraire. Mais lia signifient aussi dans le langage commun difiérentes sortes de fictions.

Fable rappelle fabuleUs, et eonie cofifef . Fable exprime des événements controuvés, en indiquant ce qu'il» sont, o'est-A-dire fabuleux, mensongers. Conte les exprime en marquant qu'ils se conlenl, qu'ils se débitent. Fable a rapport à la qualité , et conte au fth. • César voulait , dit-on , promulguer une loi qui donnait aux femmes le droit de prendre autant de maris qu'elles voudraient. C'est là un conte populaire et ridicule , inventé pour rendre César (Mlieux. Il ressemble A cet autre confe qu'un sénateur romain avait proposé de donner permission à César de coucher avec toutes les femnfes qu'il voudrait. Il est triste que Montesquieu ait ajouté foi à cette fable. * Yolt. La fable est un mensonge historique ; le conl^ est un bruit qui court, une nouvelle, une anecdote, un propos qui se débite dans les conversations. Un historien intéressé donne des fables pour des vérités; un historien crédule, comme Hérodote, accueille et débite des eontes : « Hérodote rapporte les contes qu'il a entendus. » Volt.

s De plus , le mot conte étant d'origine vulgaire etfunilier désigne parfois des fables qui circulent parmi le peuple , fables absurdes , ridicules , et telles qu'elles ne peuvent être crues que par des enfants. » Volt. « La mythologie est-elle un re cueil de coi^tes puérils indignes de la gravité de nos mœurs? » lo. «Kollin nous berce de tous les contes d'Hérodote. » In. « Hérodote, aux jeux

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