DEUXIÈME PARTIE
olympiques , fait des contes aux Grecs assemblés comme une vieille à des enfants. » Id. « L'Odyssée n'est qu'un amas de eontet de Tieilles* * (Achille à Homère). FéN.
Le roman est un conte compliqué , une suite d'aventures habilement disposées. « Télémaque demande quel est cet étranger. Eumée lui répète en peu de mots le roman que lui a fait Ulysse. » Fi». •
Fable se dit surtout des foits historiques, contes des récits de vive voix , et roman des systèmes qu'on bfttit, qu'on arrange à sa fantaisie. « Ce fondement étant posé , tout le roman de la philosophie épicurienne disparaît en un moment. » FÉif . c L'esprit de Descartes était trop porté à l'invention. Le premier des mathématiciens ne fit guère que des romans de philosophie. » Volt. a La métaphysique est souvent le roman de Tesprit. 9 lo. a On lit volontiers Malebranche à Paris ; il s'est fait quantité d'éditions de son roman métaphysique, a lo. « Tant de raisonneurs ayant fait le roman del'ftme, Locke en fit modestement l'histoire. » Id.
FABRIQUE, MANUFACTURE. Stablissement industriel.
FàMquey de faber, ouvrier, a naturellement rapport aux ouvriers^et à leurs occupations. Les ouvriers d'une fabriqtu (Acad.). « J'étais bien sûr qu'il n'y avait peut4tre pas deux hommes dans cette fabrique qui ne fussent initiés dans le complot. » J. J. «Aux Paquis , aux Eaux-Vives (quartiers de Genève) , le bruit et l'aspect des fabriques d'indienne et de toile peinte semblent vous trans porter à Zurich. » Id. On dit plutôt fabriquer que manufacturer. — Manufacture , ce qui résulte de Faction de faire avec la math , ou , suivant les termes de Nicod , façon de quelque ouvrage fait à la main , est relatif aux produits , aux ouvrages et à leur commerce, c La mani«/ac(ttre d'ustensiles de fer battu et étamé , qui est étid>lie au faubourg Saint-Antoine , offre des moyens faciles de substituer dans les cuisines une batterie moins dispendieuse et aussi commode que celle de cuivre. » J. J. Dans telle fabrique on travaille tant d'heures par jour, et de telle manufacture sortent des objets plus ou moins estimés, plus ou moins bons. Les industriels, les ouvriers disent fabrique là où le marchand dit manufacture.
De plus , et c'est ici la principale différence , le mot fabrique représentant l'ouvrier à l'ceuvre , ne se dit guère qhe des petites industries , de celles qui fournissent des objets cooununs et d'un usage vulgaire : fabrique de bas , de bonnets , de chocolat, d'allumettes , d'horlogerie. Au contraire, manufacture , dont la terminaison est collective , désigne un établissement considérable soit par le nombre des hommes qu'on y emploie et des opérations auxquelles ils se livrent, soit par la quantité , par le prix ou par la délicatesse de façon des objets qu'on y confectionne : manufacture de glaces , de porcelaines , de soie , de tapisseries. <( Avant Léopold et Joseph P% la vie était dure en Allemagne , point de jardins , point de manufacture de choses précieuses et de go(U. » Volt. Il y a des manufactures et non des fabriques royales ou impériales. —On dira une fabrique de draps
grossiers, eiMnemanufacture de draps superfini — < Le czar Pierre avait établi à Olnitz des /bbriques d'atmes. » Volt, c M. Gau a porté notre manufacture des armes blanches à un grand pomt de perfection. » Buff. — « Le czar Pierre sM donner ses ordres lui-même aux directean da fabriques de corderies et de voiles, desbriqu»* teries, des ardoises, des manufactures dt toiles.... Un Français forma une manufacture detrès-iteilo glaces à Pétersbourg. Un autre fit travailler à des tapisseries de haute lisse sur le modèle de celle des Gobelins; et cette manufacture est eocore aujourd'hui très-encouragée. » Volt.
Or , comme le mot manufacture fait coosidérr en grand les travaux de l'industrie, c'est on met de haut style , et qui convient seul en pariant de la prospérité des Etats et des progrès de la cin* lisation. « Colbert avait mis les finances, laioirine, le commerce , les manu/bcmres , les lettre même , au plus haut point. » S. S. c II y a dias cette ville de l'industrie, des arts, des matufutures. s> J. J. « Les protestants, chassés de Fraace par Louis XIV, allèrent porter chez les étrangers les arts , les manufactures , la richesse. > Volt.
FACHÉ, REPENTANT; — HABRI. L'idée MBmune à ces trois mots est celle d'une dooleorde l'âme ressentie par quelqu'un.
Fâché et repentant diffèrent beaucoup. Opot fdché de tout ce qui est fâcheux ^ de ce (pii if; fecte ou afflige, d'un accident, de tout ce qv peut arriver de désagréable , d'un contre-temps, d'un obstacle ; on est repentant de ce qu'on a tait
Qui est fâché ii*eai pas bien aise , est cootiarié: les choses ne se passent pas comme il voudraid ou ne se sont pas passées comme il aurait tooIb- « Vous m'avez fait plaisir de me l'apprendre, «I je suis fâché seulement de ne l'avoir pas sa pin tôt. » Pasc. a Le p. Castel éuit fâché àe me Toir consumer ainsi sans rien faire. » J. J' *^*^ véritablement fâché hier, de savoir que vousanei été ici , sans que j'eusse pu vous voir. » Fsi- « Votre sang n'est point échauffé : j'en suisbia aise pour une raison , et j'en snis fâchée pour o» autre.» SÉv.— Qui est repentant est contrit. confus, déplore ses égarements, J'abusquiii fait de sa liberté. < Nous demandons à ces pécheurs s'ils sont préparés , c'est-à-dire vénW ment contrits et repentanU , s'ils ont une douleur , sincère de leur conduite passée. » Bourd. «><mo un changement remarquable dans le prodi^^ • la longue suite de ses malheurs l'ayant fait rentrer en lui-même , il retourne enfin i son p^repentant et affligé de tous ses désordres. » oo»- , « Régnier-Desmafais avait fait une traducUon ce V Iliade, dont le peu de succès empêcha lautwf d'en faire mention dans la liste de ses ^^^^^ i comme d'une production dont il était un peu M»" | teux et repentant, » D'Al. j
Lors la pauvre nonnain, Qui Jusque -li, confuse et repentant*, N'osait branler, et la vue abaissait, Lève les yeux. '^^'
« Je puis bien être fâché d'avoir la 1^^^^^^ d'être aveugle , mais non pas me repenU^^ ces maux, lorsqu'ils me viennent m»'g^^' Mais si je mens , si je suis injuste ou 0^
SYNONYMES À RADICAUX DIVERS
et qaej'en sois fdehé^ cette douleur est un repentir que je puis avoir et n'avoir pas. » Boss.
Que si quelquefois fdehé se rapporte aussi à la conduite passée , il suppose , non pas des désordres graves , mais seulement des fautes , ou même des fautes légères ou involontaires, c On est fâché de ses fautes plus que de celles d*un autre.» FéK. < Je suis fâché de vous dire des choses si dures , mais c'est vous qui m'y forcez. » Volt. Au contraire, on est repentant d'une grande £iute, d'un crime ou de toute une suite de crimes; ce n'est pas seulement un mouvement de déplaisir , un petit mécontentement qu'on éprouve, mais un grand regret et souvent des remords. « Je laissai le duc d'Orléans fort pensif et fort repentant d'une si lourde faute. » S. S. s Cela ne sent pas sa criminelle assez repentante. » Laf. « Les législateurs , qui établirent les mystères et les expiations, voulurent également empêcher les coupables repentants de se livrer au désespoir et de retomber dans leurs crimes. » Volt. « Vous en serez fâché dans la suite; vous en aurez du chagrin ; vous vous en repenttrex. » Boord.
Jf arri veut dire la même chose que fâché. Seulement il est vieux, et, avant d'être totalement désttsité , il ne se disait que dans le style épistolaire ou familier. Il se trouve, avec la signification précise de fâché ^ dans les Prootnctalee , dans les Lettres de Descartes , dans celles de Racine, dans Lafontaine, dans Sganarelle ainsi que dans le Médecin miUgré lui de Molière , et dans l'J^n^tde travestie de Scarron. Lesage s'en est servi dan* son Don Quichotte, « Je suis très-/(lch^que tu ne sois qu'un ignorant, dit don Quichotte.-- J'en isttis aussi fâché que vous , monsieur , répliqua Sancho ; je voudrais avoir étudié , non pas pour connaître les médailles , car je serais marrt d'avoir pris tant de peine pour si peu de chose , mais pour savoir compter juste. » De même Voltaire , dans son drame intitulé Chariot :
Notre jeune marquis , qne la bonne a nourri , 'Situa gnmd garnement, et j'en suis bien marri.
Et dans le conte des Trots maniires :
Avec Téone ils (les juges] avaient fi : Avec Apamis ils pleorèrent; J'ignore, et j'en suis bien marri ^ Quel est le ïainqueur qu'ils nonunèrent.
FÂCHERIE , HUMEUR ; — BOUDERIE. Léger mécontentement.
La fâcherie et Yhumeur sont des états de l'&me ; iDûs la fâcherie est objective , elle a sa cause hors de nous, elle est excitée en nous par la coni^uite de quelqu'un qui nous a piqués ou blessés , et l'humeur est purement subjective , elle tient à notre nature particulière , à un fonds d'aigreur. U y a du dépit dans la fâcherie , et quelque chose de la mélancolie dans Vhumeur.
Comme les passions, la fâcherie dépend des
'^pressions , elle est provoquée. « Les grands et
^^ petits ont mêmes accidents , mêmes fâcheries
^t mêmes passions. » Pasg. « La douleur que nous
'^use une colique, la fâcherie que nous donne
^Xielqne perte de nos biens. » Boss.
CLKAimns.
Mais avec cette brusquerie »
Initie, de moi le séparer 1
Mzacuai.
Le beau snjet û^/âeherie/ (Amphitrjron^. Mol.
Il m'a, droit dans ma cbamore , une botte jetée Qui renferme une lettre en poulet cachetée. J'ai voulu sans tarder lui rejeter le tout; Mais ses pas de la rue avaient gagné le bout. Et Je m'en sens le cœur tout gros Ae fâcherie. (Isabelle dans Y École des maris). 1d. c Usant des choses selon la nature , nous n'en recevrons aucune fâcherie. » Cbarr. c Le duc d'Orléans se fftcba (de mon refus des finances au conseil). La fâcherie se tourna en mécontentement si marqué, que je le vis moins assidûment. » S. S. c Je suis mortifié que vous soyez assez leibnitzien pour imaginer que vous avez une raison suffisante d'être en colère contre moi. Je crois que votre fâcherie.... » Volt.
Comme le caprice et la misanthropie, l'humeur est spontanée , elle n*a pas de raison ou de fondement hors du sujet , elle est reflet du tempérament ou du caractère. « Une femme prude suit son humeur et sa complezion. » Labr. « Quel* ques-uns sont ainsi faits par raison et avec fondement , et quelques autres par tempérament et par humeur. » lo. « Cette femme est toute pétrie â*humeur et de caprice , et dans l'enceinte de sa maison personne ne peut compatir avec elle. » Mass. « Ce fonds d'oppositions qui vous rend votre frère si insupportable , n'est-il pas plus en vous, c'est-à-dire dans votre orgueil, dans la bizarrerie de votre humeur^ dans rincompatibilité de votre caractère, que dans le sien propre? 9 In. c Crébillon renonça presque entièrement au commerce des hommes , non par hun^eur ou par misanthropie , mais par amour pour la liberté. »
D'ÂL.
Quant à la bouderie , elle diflère notablement de la fâcherie et de l'humeur. Ce n'est point un sentiment ou un état intérieur de l'Ame; c'en est l'expression. Elle consiste à marquer du mécontentement , à témoigner par son silence , la froideur de ses manières ou son éloignement momentané, qu'on est fâché ou qu'on a de l'humeur, a Le maréchal d'Huzelles boudait de honte et ne sortait de chez lui que pour le conseil depuis son aventure du traité d'Angleterre. Dubois fit entendre à son maître (le régent) qu'il ne fallait pas prendre garde à la mauvaise grâce ni à la Inmâerie. » S. S. Et ce qui prouve que la bouderie est autre chose que la fâcherie et l'humeur, c'est que celles-ci pourraient être contenues de façon à ne point paraître, à ne point aboutir à la bouderiestandis que , d'autre part , on peut bouder sans fâcherie et sans humeur réelles , par coquetterie ou par manège.
Lorsque la bouderie se prend abusivement pour le mécontentement lui-même, comme elle n'en exprime primitivement que le témoignage ou le signe extérieur , elle ne signifie qu'un accès extrêmement superficiel et passager , un instant de brouillerie. « J'ai eu un petit moment de bouderie (avec le roi de Prusse) ; mais l'explication a bientôt tout raccommodé. » Volt. « Gela eût été pris en pique et en bouderie. » S. S. « Cette affaire avait plus l'air d'une bouderie que d'une rupture. » J. J. c Nous ne permettons point la bott'
DEUXIËME PARTIE
derie.,.. Nous ne voulon» jamais que nos amis restent brouillés plus d*un quart d'heure. » Mark .
FADB , INSIPIDE. Défectueux ou imparfait sous le rapport de la saveur.
Fade^ du latin fatum ^ dont le sens est le même Y se dit des aliments qui n'ont pas assez de goût ou qui ont un goût plat, douceâtre, sans vivaeité , qui ne pique pas. « Nou» trouvons et DOQs devons trouver Teau tiède agréable, lorsque la soif nous presse; mais dès que nous sommes déssltérës, nous la trouvons fa4ê et dégoûtante.» Max. Bans sa satire ui, sur un repas ridietdê^ Boikatt parle d'un vin qui , rouge et vermeU^
Mais /luU et doucetenz , N'avait rien qu'un §eat pîal, el' qu'un déboire affreux.
Insipide^ de tn, particule négative, et de copere, avoir du goût , de la saveur , se dit de celles qui n'oat point de goût, qui en manquent absolument, a Cela est insipide , cela ne sent rien. » ACAD. Suivant Labruyère, « les honomes s'ennuient des choses qui les ont charmés dans les commencements; et le nectar, avec le temps, leur deviendrait intipida. »
fin un sens , imipide enchérit sur fade , puisque la fadeur cause une sensation faible, et que ViimpiéUë n'en excite aucune. Aussi dit- on bien fade et insipide (Boss», Labr.» Boil., Marm.). Mais, à considérer la chose d'un autr^ point de vue, c'est fade qui dit plus qu'titst]nde, puisque la sensation causée par la fadewr est désagréftble et que celle produite par i'ineipidité n'est que oulle. <e La chair des moutons (engraissés d'une certaine façon), loin d'avoir acquis des sucs et pris de la fermeté , n'en est souvent que plus insipide et plus fade, » Buff.
C'est ce secoyad point de vue qui prédomine et ficappe le plus au figuré , c'est-à-dire quand on se sert de ces deux mots pour qualifier les manières» les pensées , l'esprit , le caractère : la fadeur provoque une certaine répugnance, dégoûte, soulève le cœur; ïinsipidiU n'entraîne que l'ennui, la froideur , rindiffêrence. Un fade compliment (Acai).,.Rbgii.) déplaît; une vie insipide et ennuyeuse (BouRD.) est vide de peine comme de plaisir. Boileau , dans une apmttpnphe à l'£qui- Toque , dit simplement :
Le lecieur ne sait plus admirer dans Voilure
De Um froid jeu de mois Vinsipith figiire.
Mais ailleurs, il exprime par fade quelque chose de positivement désagréable et fastidieux ;
Tout ee qu'on dil de trop etijmtk et rebulanti
L'esprit rassasié le rejelle à l'insiant.
« Cet attachement me rendit toute autre dissipation superflue et insipide. » J. J. « Bile ose se plaindre que Dieu rabandonne , qu'elle n'en iQcoit rien , qu'elle ne sent rien , que tout lui devient tfistpide. » BûURO. « filles méprisent le juste milieu comme un défaut de goût et comme un état tnstpide. » Fén. -^ « Gardez-vous d'aller faire le fade louangeur. » J. J. «J'étais excédé de sots bons mots, de fades minauderies. » lo. « Tant de douceurs nous parurent fadeê. » Fâm. m.LieM poètes ont rendu les spectacles languissants, fades et doucereux comme les coBians. »
FAIBLE , DÈBILB. Qui manque de ibrcei Faible^ d'une étymologie incertaine , est Vapression commune , cdle qui signifie prèdsimcat le contraire de fort, Débile^ latin debiUs^ tieai de son origine un caractère de nobkssse, qui suffit quelquefois pour le faire préférer à soa synonyme. Ainsi, d'ordinaire, on dit une vue fo*- Ue (ÂCAD.); mais, en poésie, c'est Tépithète de débile qu'on JAMUt à vue :
Penser que rien n'échappe à sa dèbiU vue. Boa. Et de mâme dans le style soutenu : • Ces abime sent trop profonds poux notre débile vue.» Volt. Voix feÀÙe ou faible voix est une express» commune. DébiU voLx sera préféré dans U toag^ die:.
O dleez es ma psiiie:
Dkuaprtts à eancoaibcv sous une teete inpie! C'est pour voes-néme lei que ma difbiU loix Vous implore aujourd'hui pour la dernière (où. (Zopire dans le Fanatisme), Volt.
Ou bien débUe , toujours parce qu'il a été pris di latin, convient mieux en termes de médecim; c'est pourquoi apparesunent on dit plutôt us » prit ou une raison fa/ible (ACAn.) , et un csneu débile (Agas.» Boss.)»
Mais une différence bien plus considérable lésuite de la composition du mot débile. débUà, de de habiUs^ veut dire proprement qui , par bm décadence, une dégradation, un décket, onéé' clin, a perdu son habileté, son aptitude, «( devenu inepte ou incapable de remplir sas ù» tions. On peut être faible par eonstitutioo, par un défaut de naissance, ou parce qu'on a'a p» encore aoquis assez de force ; on n'est propranMot débile que par la perte de la force qu'on afHl Montesquieu appelle les invalides des gusnrieo d^6tles, et en latin de^t^ a parfois le sens et mutilé, beiteuz, mandbol« Voltaire était aé foble (Volt.); quand il vint à Paris pour la àanière fois , après un long exil et dans un i^ avancé, « le débile et dernier effort qu'il faisait pour plaire y Srine , fut apidaudi comsie raoit été Zaïre. » MikRii. L'enfance est feibky It vieillesse débile, « Nous naissons faibles, nm avons besoin de force, » dit J. i. Bousseau; mais dans l'OresIe de Voltaire , Ipbise, à qui o& demande ce que fait le vieillard Pammèoe, répond:
II a, dans nos dangers proMaBttf
Ranimé la lenteur de ses dèbiUs ans.
On mettait à mort, dans l'antiquité, les enfta» faibles et difformes; chez les sauvages, 1^^' lards débiles. Que vous ayez les jambes /s<M^' l'estomac faible, cela marque simplom^^ Q» état ; mais que vous les ayez débiles, eeia suppoie une altération. « Si vous faites i"*"^^ esprits (animaux) un cours différent, ^^^ tions de l'esprit se sentent à leur tour « cet» altéraUon; et l'âme, aussi dibUe que la <^^ n'a que des fonctions faibles et langui^ssotc^ '
Du reste, drf/>iie a une sphère <*'*PP**^ bien moins étendue. Il se dit seulement "'*,tJ, et de l'âme, et quelquefois des arbres, ^^ dire , dans tous les cas , de choses ^*^JJ*^L ont des fonctions à remplir et qui mb^ dsiiV^
SYNONYMES À RADICAUX DIVERS
!e quelque fiçon que ce soit impropres ou inha- >//0S à les remplir. Mais une foule d'objets, ;otJJme un soutien , un appui , un moyen , un «s sort, un mur, une poutre, une monnaie, un lu'^rage, un discours, un raisonnement, etc., pev3Tent recevoir la qualification de faibîet, et aoKi celle de débiles.
VAIBLB, FRAGILE, FKÉLE. Incapable de se so^jtenir et de résister.
Ce qui est faible manque de fbrce , est feeile i raiincre; ce qui est ^agile ou frêle manque de solidité, est aisé à rompre. Un agent est faible, c'est-à-dire mou , lâche, sans énergie; un objet, tel qu'un rase ou un édifice, est fragile ou frêle, c'est-à-dire continuellement en danger d'être détmft. On dit une faible résolution, et une fortune fragile. La faiblesse fait qn^on cède , et la fragilité qu'on tombe. Le paresseux cfaercbe une excuse dans la faiblesse humaine, et le pécheur dans la frugilitë humaine. Vous direz des femmes que c'est un faible sexe , si vous Toulez faire entendre que d'ordinaire elles ne se défendent pas arec assez de courage contre les séductions; et que c'est un sexe fragile , si vous avez égard à la fréquence de leurs chutes. Une faible santé est débile ou sans rigueur; une santé fragile ou frêle est caduque, sans cesse menaçant cbu^e ou ruine. Fragile et frêle semblent équivaloir tout à fait Fun à Tautre ; car ils viennent Tun et l'autre du latin fragilis, fhigile, cassant, qui peut être brisé, rompu, fracassé.
Cependant, comme fragile reproduit exactement le latin fragilis et qu'il rappelle sensiblement le primitif frahgere^ fraetus^ d'où sont tirés nos mots français fracas et fracasser, aussi bien que fragile et frêle , fragile convient daran* tage au propre ou quand il est question de choses qu'on peut se représenter comme sujettes à être réellemem brisées et détruites. Un corps fragile (RoLL.), et une santé frêle (àcad.); un bien (Rac), une union (Labr.) fragile, et une frêle espérance (Volt., S. S.). Le rerre et la porcelaine sont fragiles, ils cassent aisément; les plantes sont frêles, elles plient, elles succombent, sans qtfil y ait rupture complète et séparation des parties, c'est-à-dire destruction réelle.
La forme du radical ayant considérablement changé dans frêU, le sens y a perdu de sa rigneur. Une frêle barque, un frêle édifice, n'ont gaère de solidité; une barque fragile, un édifice frwjtîe n'en ont point En parlant de la santé, tf(k est préférable à fragile, parce qu'on ne conçoit pas la santé comme rompue ou brisée. Je Tiis d*Qn mot d'écrit lui mander que son âge, Qaett/rtT^ santé répugne au mariage. Rbom.
Si pourtant on reut se servir de fragile en païwî cas, on remarquera qu'il dit plus que frêle : un riea suffit pour déranger une santé frêle, mais elle se rétablit; un rien suffirait pour détruire me santé /irogife, et, une fois détruite, ce serait ponr jamais. « Il est encore fluet, délicat et d'une mté iT^fragile, » Feu. la chose frêle est susceptible de trouble, d'ébranlement, d'altération; la chose fragile est périssable.
PAOLITE , BANQUEROUTE. État d'un commerçant qui a Gesse ses payements.
Faillite, de faiCHry manquer, se trouver en déficit, dans l'impuissance de faire honneur à ses affaires, exprime la chose simplement. Banque» route y ajoute l'idée de circonstances qui la rendent plus ou moins odieuse. Ce mot vient de l'italien bmco rotto, ou banca rotta, banc rompu: en Italie, chaque banquier ou négociant avait son banc dans la place du change, et ce banc était brisé lorsque celui à qui il appartenait se déclarait fàllito.
Le failli suspend ses payements, quelle que soit la cause du dérangement de ses affaires. Le banqueroutier est un failH qui a été téméraire ou de mauvaise foi. La faiUite peut âtre forcée , innocente, malheureuse; la banqueroute est toujours coupable et déshonorante : « C'est être incons^ déré que de parler de banqueroute au milieu d'une famille où il y a cette tache. » Labr. Le failli peut être un homme à excuser et à plaindre ; le banqueroutier est nécessairement un homme à punir. Aussi , notre code de commerce , qui fait très-nettement cette distinction , ne parle d'aucune peine cootne les faillis, et en prescrit de différedtes sortes contre les banqueroutiers , suivant que la hanquerouie est ou simple ou firauduleuse. D'ordinaire le failli est un homme miné qui , au lieu de fuir ses créanciers , se met à leur merci en leur abandonnant ce qui lui reste de bien; le banqueroutier t^X un homme qui, sentant sa faute ou son crime, se dérobe ou ne désire rien tant que d'échapper aux poursuites de ses créanciers qn'il ruine.
FANE, FLÉTRI. Ces mots expriment l'état de langueur et de dépérissement d'une fleur , d^une herbe, d'une plante; et, au figuré, une diminution d'éclat dans le teint, la beauté et autF» choses semblables.
Flétri enchérit sur fané, « Flétrir, dit l'Académie , c'est faner entièrement. » Ce qui est fané a perdu de sa firalcbeur, comme le foin (de fenum, d'où fenaison et faner) ; ce qui est flétri ( de flectere, courber, plier, fléchir), est flasque, tombe, n'a plus ni fraîcheur, ni suc, ni vie. Une femme sur le retour commence à se fttner, mais elle peut plaire encore ; une femme ftétrie est vieille, a des rides, et n'est plus recherchée pour sa beauté, (c II y a des femmes déjà flétries qui , par leur complexion, sont la ressource des jeunes gens qui n'ont pas assez de bien. Je ne sais qui est plus i plaindre, ou d'une femme avancée en âge qni a besoin d'un cavalier, ou d'un cavalier qui a besoin d'une vieille. » Labr.
Une chose fanée ne vaut plus autant : « Une fille, c'est une fleur qui se fane, si elle n'est cueillie dans sa saison ; c'est un quartaut de viu de Champagne qui jaunit, s'il n'est bu dans sa primeur. » Régit. Une chose flétrie ne vaut plus rien : « Les abeilles continuent à ramasser, à entasser jusqu'à ce que les fleurs de ce nouveau canton soient épuisées ou flétries, j> Buff.
Il y a plus : ce qui est fané peut quelquefbîs ' se ranûner et reverdir. Faire reverdir des lauriers qui commençaient à se faner (Rou..).
Venez la téie couronnée
De lauriers, de myrte et de Oeurs;
fit que ma muse un ^eajhnée
DEUXIËUE PJIRTIE :
Se ranime par les eottleurs
Dont votre jeunesse est ornée. Volt.
Mais ce qui est flétri est mort, ne saurait repousser, c Après I*hiver, le soleil revient vers nous, et à mesure que les fruits d*uuo saison se flétriisent et se sèchent , il en mûrit de nouyeauz qui leur succèdent. » Roll.
On arrose une plante fanée (Marm.) afin qu'elle revienne ; le figuier stérile, desséché par Jésus- Christ , fut trouvé le lendemain , non pas seulement fané , mais flétri (Boss.)*
c Quel fut Tattendrissement de Nelson de voir les roses de la jeunesse fanées sur ses belle joues, et le feu de ses yeux presque éteint. Venez , dit Juliette à son frère, tranquilliser Tesprit de cette enfant et la guérir de sa mélancolie. • Hàru. Hais Regnard, dans une de ses comédies, fait dire à une vieille fille par sa suivante :
II faut se marier : vous êtes dans on temps
Où les tLppMjiàtris s'effacent pour lonstempt.
FATAL, FUNESTE. Epithètes applicables à quelque chose de triste et de nuisible : amour fatal ou funeste , guerre fatale ou funeste.
Mais fatal, de fatum, destin, a rapport à Tévé- Dément , à la cause du fait ; et funeste, de funus, funérailles , mort , ruine , perte , a rapport à sa nature. Ce qui est fatai arrive fatalement , est Teffet du malheur ; ce qui est funeste n'arf ive pas funestement (ce dernier mot ne se dît guère), mais est mauvais , pernicieux , désastreux. Ce qui est fatal est bien fâcheux, car on ne l'a point inérité , on y est condamné par son malheureux sort, c'est une fatalité; ce qui est funeste est bien fâcheux , car il en résulte beaucoup de mal. Une maladie héréditaire , ou à laquelle on n'avait pas lieu de s'attendre , est fatale ; une maladie mortelle ou quasi mortelle est funeste. C'est un amour fatal que celui de Phèdre. Sa confidente lui dit :
Vous aimei ; on ne peut vaincre sa destinée ; Par un zhsxm% fatal vous fûtes entraînée. Bac.
Mais c'est un amour funeste que celai d'Atalide pour Bajazet , dont il cause la mort :
Ciel , aurais^tu permis que man/unetu amour Exposât mon amant tant de fois en un jour?
(Atalide.) Rac.
Une guerre fatale est ainsi qualifiée eu égard à son origine, et une guerre funeste eu égani aux pertes qu'elle occasionne. Voltaire dit au sujet de la guerre des Français contre les Anglais dans l'Inde (1757-1763) : « Quelques ambitieux préci-
> pitèrei^t la France dans cette guerre fatale,.,, L'Etat jTerdit, dans le cours de cette funeste guerre, la plus florissante jeunesse, sa marine, son commerce , son crédit. »
Fatal se dit particulièrement du lieu et de l'époque, choses qui ne peuvent être considérées comme des sources de maux , mais bien comme déterminées par le sort : occurrence foXaU (BouRD.); moment falal (Rac, FtécH.); depuis
* cette fatale époque (Agad., Babth.). Ce lieu fatal où tant de gens ont péri (Acad.).
Prince, l'heure yâfa/0 est enfin arrivée Qu'à votre liberté le ciel a réservée.
(Roxane i Bajaxet). Rac.
Funeste convient & une foule de choses mauvaises
ou dangereuses, mais q^i ne dépendent en rien du hasard : conseil (Agad.), dessein (Bois., d'Al.), présent (Rac), préjugé (Volt.) fancilf; la guerre, art nécessaire et funeste (d'Al.); k funeste révocation de l'édit de Iftotes (lD.).«Sili médisance est à craindre partout, elle n'ajuuis de plus funestes effets que lorsqu'elle vieat d«$ grands. » Bodrb. « Bayle devait examiner (pel est le plus dangereux , du fanatisme ou de IV théisme. Le fanatisme est certainement mille fois plus funeste; car l'athéisme n'inspire point de passion sanguinaire , mais le fanatisme en inspire. » Volt*
Les adverbes de quantité s'emploient jM. avec funeste qu'avec fatal : une chose est ou n'est pasfatoie simplement, suivant qu'elle a ou qu'eilf n'a pas la destinée pour cause ; mais une chose est plus ou moins funeste, peu ou Xrèi-funtiU, suivant la quantité de mal qui en découle.
!• FAUX, FALLACIEUX, MENTEUR, MESSOJI 6ER; — 2« TROMPEUR, LNSiDlEUX,aPTlEa Qui est propre ou qui tend à jeter dans l'errer
Faux, fallacieux j menteur et mensonger qj. pour effet de faire croire , et , comme on dit familièrement, de faire gober quelque cliose;b s'adressent à la crédulité. Mais trompeur, iwdieux et captieux tendent à nuire par des irtiJ ces, à surprendre des imprudents, à les altraper, à les faire tomber dans le panneau. C'est la mèoe différence qui existe en latin entre faUerttXàcipere.
L'homme faux ou menteur débite des fables, on ne doit pas se fier à ce qu'il dit-, un hoow trompeur ou captieux cherche à entraîner èm quelque inconvénient, il faut prendre garde i ses manœuvres, à ses entreprises. Un argument fmdeux vous fait croire mal à propos, à tort; œ argument capiteux vous prend en défaut, l» fausse espérance n'est pas fondée, vous faiiattfldre ce qui n'arrivera point ; une espérance trmpeuse vous déçoit, se joue de vous, lait de tobj une dupe.
!• Faux, fallacieux, -- menteur, wnsongtr^
Faux et faUadeux, d'une part, "»<**^rr mensonger, de l'autre, diffèrent comme lag»seté du tnensonflie. Faux et fallacieux sont objectifs, se disent des choses eu ont rapport aui eusses; menteur et mensonger sont 5"^®^*''^' l^j vent à qualifier les personnes ou se rapport aux personnes. Il ne faut pas se fier aux proffl»ses fausses ou fallacieuses d'un oracle tnen^ ou d'un art fneiMon^er. Une fausse hbtoire d^ pas vraie, on ne doit point l'admettre; une b^^ toire mensongère n'est pas vériuble, onnco point s'en rapporter à U parole du nar«|* j - Outre cela , faux et fallacitux d«s^J un défaut de plus grande conséquence. u«^ bien la menteuse renommée (VoLT.Jt *» j« teuse antiquité (J. J.), Vaii ^^^^.^ poètes et des peintres (1d.), sans ^^^f^ià^ épithètes aucune idée fâcheuse; f^^^^j^u ne se prêtent pas à cette sorte de m^^^*^. ^ fausse religion n'enseigne que des ^f^^ menfeuse antiquité s'amuse à conter û«»"^Jj.
Faux ex fallacieux diffèrent beaucoup^ «^ tre que fallacieux, du Utin fafios, /«**<»«*
SYNONYMES A RADICAUX DIVERS
ne s'emploie que dans le style élevé , il signifie trèsr-fatup, plein de fausseté , et d'une fausseté ardente , acharnée. Un esprit faux ne se laisse pas deviner; un esprit fallacieux cherche continuellement i faire acA'oire le contraire de la vérité. « Le rampement tortueux du serpent était une vive image des dangereuses insinuations et des détours fallacieux de l'esprit malin. » Boss. Un /bus serment , une fausse espérance poussent et déterminent i l'erreur beaucoup moins activement et fortement qu*un serment fallacieux (Corn») 9 qa'nne espérance fallacieuse (Boss. , Yadv.). cLe serpent artificieux promet à nos pères que , s'ils mangent du fruit défendu, ils auront la science du bien et du mal ; et Adam se laisse prendre à ses promesses fallacieuses. » Boss. < Nous avons encore, sinon des incrédules à convaincre, au moins des sophistes adroits et fallaeieux à confoddre. » Mark .
Menteur et mensonger ont été distingués l'un de Tautre dans la 1'* partie , page 39. 2* Trompeur j insidieux, captieux.
Trompeur est comme le positif dont insidieux et ci^ltetu; sont les superlatif : ce qui est insidieux ou captieux est plein de tromperie. «Erreur proposée sous la forme trompeuse d'avertissements utiles, et déguisée sous des termes captietiâ; et pleins d'artifice.» Bouan.
Insidieux, insidiosus , à*insidix , embûches , se dit de ce qui tend à faire tomber dans des embûches. Captieux, captiosus, de captare, chercher à prendre, qualifie ce qui tend à prendre, à prendre comme dans des filets. Le premier de ces mots suppose plus de subtilité , car les embûches sont toujours cachées; le second suppose plus d'arrangement , car les filets sont quelque chose de compliqué qu'on dispose d'une certaine façon. — Un écrit insidieux est patelin , insinuant', un écrit captieux est équivoque et tourné de manière i embarrasser. — Feinte insidieuse (J. J.)î ^^^ captieux {F Èjn.). — c Leur politesse insidieuse, traîtresse , couvrait du miel des éloges le fiel de la satire et le poison de la calomnie. 9 J. J. Mais Voltaire dit du sphinx , dans Œdipe :
D'un sens embarrassé dans des mots captieux , ' Le monstre, chaque jour, dans Thèbe épouTantée, Proposait une énigme avec art concertée.
Une différence plus nette encore consiste en ce que insidieux est pratique , et captieux théorique. Insidieux se dit de toutes les manières d'agir, pratiques, manèges, caresses, flatteries. «Quand cette manière de procéder serait aussi juste et permise, qu'elle est insidieuse et perfide.... *J.J. «L'explosion de l'or fulminant pourrait s^exercer d'une manière plus insidieuse que celle de la poudre à canon, parce qu'il ne faut ni feu, ni même une étincelle. » Buff.
Les cris affreux du Tanalique N'épouvantent plus la Raison; VinsiMetue Politique N'a plus ni masque ni poLion. Yolt.
Captieux , au contraire , n'est usité qu^en parlant de discours, de raisonnements, et des hommes qui en font de tout propres à tromper. Discours, argument, raisonnement, mensonge, article, raisonneur, homme capiteux; clause, proposi-
tion, déclaration, critique captieuse, « Mettre dans un traité de paix des termes ambigus et captieux, » Fén. « C'est une chose indigne de la théologie d'user de mots équivoques et captieux sans les expliquer.* Pasg. — Souvent il suffit d'une caresse insidieuse pour opérer ce que les r^sonnements les pkis captieux n'ont pu produire.
FAUX , FABULEUX ; — FEINT. Qui n'est pas vrai ou réel , qui n'a qu'une existence ou une valeur apparente ou factice.
Ce qui est faux est empreint de fausseté; ce mot se dit duis l'ordre des idées : une proposi* tion fausse, une fausse maxime. Ce qui est fabuleux tient de la fable , du conte , du roman ; ce mot se dit dans l'ordre des faits : Bacchus est un conquérant fabuleux (Roll.). Ce qui est faux n'a aucun caractère de certitude ; i ce qui est fabuleux manque le caractère historique. Un spectateur ne peut pas toujours savoir « si ce qu'on lui représente est fabuleux ou historique. » Volt.
Toutefois , au lieu que fabule%uc ne se dit jamais dans l'ordre des idées , on emploie bien faux en parlant de faits. Mais alors même il diffère de son synonyme. Une fausse histoire est une fausseté , quelque chose de controuvé , et un faïue témoin est un imposteur; une histoire fdbuleuse est comme celles que débitait la menteuse antiquité , un conte , et un héros fabuleux est un héros romanesque. Ce qui est faux est un piège ou contient un piège dressé à la raison ; ce qui est fabuleux est une création arbitraire et innocente. Les /aux miracles de Mahomet; les aventures fabuleuses de Télémaque, de Robinson, de don Quichotte. Les récits de la médisance ou du charlatanisme sont faux; ceux de la mythologie et des historiens primitifs , tels qu'Hérodote , sont fabuleux, « Mon amour de la vérité , dit J. J. Rousseau, ne veut jamais être faux, quoiqu'il soit souvent fabuleux. » Ce qu'il explique en disant qu'il ne ment jamais pour tromper, mais seulement quelquefois pour amuser une compagnie dans une conversation oiseuse.
Ainsi, faux emporte nécessairement l'idée de tromperie ou d'imposture. « Les gens faux sont sobres , et la grande réserve de la table annonce assez souvent des mœurs feintes et des âmes doubles . » J. J. « Jamais il n'y eut rien de plus authentique que les miracles de l'abbé Paris; et cependant jamais rien de plus faux , de plus ridicule et de plus universellement méprisé. » Yolt.
Je renonee i Tancrède, au reste des mortels; Ils sontySuMC ou méchants ; ils sont faibles, cruels, Ou trompeurs ou trompés. Id.
Fabuleux, au contraire, ne se prend pas en mauvaise part ; il indique une simple imagination ou un jeu de l'esprit. « Au théâtre , on a le cœur tout ému du récit de l'infortune d'un héros fabuleMX. » Mass. « La vertu magique du rémora est depuis longtemps reconnue pour fabuleuse» » Roll. « Le griffon et l'ixion sont des animaux fabuleux. » Volt.
Feint est le participe de feindre. Il rappelle l'action d'un verbe : ce qui est feint a été fait ou rendu faux ou fabuleux.
L'homme , qui est né , qui a été élevé dans un
eo6
DEUX1ÈII£ PAaTIE :
pays idolftAre , suit une fàutse religion; Thypocrite n'a qu'une religion feinte. En disant fiuix zèle, /Snu^e humilité, fausse modestie, fausse Tertu , vous annoncez le défaut de réalité de ces qualités ; en disant zèle feini , Inmiilité feûUe , modestie feinte, vertu feinte^ vous exprûnez les efforts d'un sujet pour paraître ce qu'il n'est pas, son affectation. Un homme naturellement timide, qui n'ose pas laisser percer la bonne opinion qu'il a de lui-même, n'a qu'une fausse modestie; un homme qui se déprécie sans ceaae, afin qu'«n l'élève , n'a qu'une feinte modestie.
D'autre part , ce qui est feint est l'effet de i'aotion de feindre , c'est-à-dire de faire des choses fabuleuses. Ce qui est fabukux a tel caractère : les tyrans fabuleux de l'antiquité (Volt.); ce qui est feint est l'oeuvre d'un autetir, d'un poète (de iroictv , faire) : « J^e faéros du poème de Butler ( Hudibras ) n'était pas un personnage feint , comme le don Quichotte; c'était un chevalier baronnet très-réel. » Volt. On se remplit l'esprit de lectures fabuleuses (Mass.) ; la tragédie excite la compassion par des malheurs feints (7. J. ,D'Afi.).
FAVEUR, CRÉDIT. Faculté d'user de la puissance d'un autre : un homme bien en cour est en faveur ou en crédit; les ambitieux aiment, recherchent , craignent de perdre la faveur ou le crédit; faire agir, pour avancer, pour parvenir à un but quelconque , la faveur ou le tréiit.
1" Duclos a proposé une première différence, qui n'est ni la seule véritable,, ni même la principale. Suivant lui , on obtient par la fanewr pour soi-même, et par le crédit pour les autres. «Persuadé que ses services devaient lut donner la plus grande part à la faveur, Condé ne se trouvait jamais assez récompensé. .«. Ses valets taisaient un crime au cardinal tf azarln de tout ce qu'ils n'obtenaient pas par le cr^dil de leur maître. » COND.
2* La faveur est une faculté ou disposition plus générale et moins prochaine. Avec de la faveur on est bien voulu, bien venu, favorablement regardé; avec du crédit on peut : une personne en faveur a le crédit de se faire donner telle chose, c De là plus que jamais occupée de faveur et d'ambition , Mme de Soubise entretenait son commerce de lettres avec le roi.... Je ne sais par quelle fatalité son crédit, qui emporta tant de choses si étranges, ne put obtenir celle-là (un duché-pairie). » S. S. a Ces sortes de retours (à un ministre renvoyé) sont toi^mus si accompagnés de fa/ceur, que ce nouveau crédit pourrait remettre son fils en place«» In. — En conséquence, le crédit est quelquefois l'effet de la faneur, « L'honneur peut être pris pour le crédit et l'autorité que donnent les emplois, les charges, la faveur des grands.» Boss. Lorsque les deux mots sont mis ensemble , crédit doit venir à la suite de faveur, « Dans un Etat despotique , on craint et respecte plus la faveur et le crédit que les lois. » CoNo. « Ladislas déteste un rival dans le duc , qui déjà lui était assez odieux par sa faveur et son crédit auprès du roi. » Lah.
3* Saint-Simon dit du duc de La TrémoiUe : < Jl était sans crv'dit de faveur.* Il y a donc un or^tt qui n*a pas la faveur pour cause, c'est celui qui
dépend, non du Qoùi du prinoe , mais de l'ââiiuj qu'on lui inspira^ de l'ascendant qu'on exeiceinr lui. Si vous avec de la faveur, vous êtes/scoh, on vous aime,' et par suite on est bien dispoié peur vous; si vous avez du crédit, on voiu considèie, -vous kn^sez , on ne saurait vous refuser oe que vous demanderez — La faveur se gagne, le cr>édit s'aoquiert. Les complaisances , les Menés , les aduiations, le dévouement à la personie gagnent la fas>ewr par k retour; les lumières, k talent, les services, les vertus acquièrent le endit par la bonne opinion et la ooi^umce qu'ils jdspirent. Ou gagne la faneur du peuple, qui s'engoue capricieusement; on aoquiertdu cfédàùm une aasemUée , où le mérite a la plus grande ilfiueuce. On peut avoir la faveur de la fortuoe, mais non du crédit sur la fortune; ses prédils* tioDs sont aveugles, -elle n'a aucun é^id tu qualités. La maîtresse ou le favori d'an roi eS eo faveur et par conséquent en crédit. Un sÛDistre nécessaire , comme RicbeUeu, un général tecommandable, comme Catinat, ont du crédit, mi avoir iMsoin de faveur, — > Faveur fait peoKrâ oekiiqui a la puissance en main; aussi dil-onli faveur, et non le cr^dtl , du prince ou du peupk. Crédit , «n oontraire, appelle l'attention sur cek: qui a besoin de la puissaace pour lui-mèioe os pour un autre. Quand vous êtes en /'wei<r,k> bienfaits du prince dépendent de son boa vouloir. de raftectiou, du faible quil a pour vous; q^ vous êtes en crédù, ils dépendent de rempirc que vous exencez sur lui et qui l'oblige eaîe.*^ vous à des égards.
FAYORABLE, PROPIGE, PROSPÈRE, VÊSS Qui est pour quelqu'un , qui lui procure en pirtit ou entièrement raccomplissement de ses àssm et de ses désirs.
Favorable vient du latin favor, intérêt, inclination à aider, à bien faire. IVoptce, latin pnpitiits , a été formé de propé , auprès , et sigoiie qui est auprès de quelqu'un pour l'assister oak protéger conune un dieu ou un génie tutéUire.
Favorable dit moins que propice; il expriffle quelquefois une simple disposition, de la bienveillance , plutôt qu'un secours effectif : des sentiments favorables (Acin. , Bourd.)- < J^ ^V*^ pas sûr qu'ils aient pour moi de favorables ëi^ sitions. 9 Bouan. Et quand favorable marque également bienfaisance, service actuel etrd, auquel cas seulement il est synonyme de pff* piee^ il annonce quelque chose de moins piu>sant et de moins décisif. Ce qui nous est fatifn' ble concourt au succès dé nos desseins; ceqm nous est propice nous fait réussir tout à iait pi^ soi-mâme, d'une manière souveraine et entière. L'occasion nous est favorable , le desUn ou le ciei propice. Un client prie un patron de lui être {<worabk; le pécheur prie Dieu de lui être propi^- Favorable se dit proprement des choses, des circonstances, de ce qui est simplement tuiili»"*» et propice, de ce qui par soi seul dctennine lèvénemeat, de Dieu, de la Fortune, d'un ê^oi^y d'un roi. .
Que si par extension on emploie anssi [atmble en parlant de la divinité ou de q«elfl"« *r; grande puissance , et propice en parlant de» cû
STNONYMSS À BAI^ICAUX AIYERS.
, des causes secondaira , de ce qui exerce ttae influence peu conûdénible, il n*ea reste pas moins eDti« les deux mots une dtffivanoe aiialsgue à la première.
Les persûimes ou les dioses, queUee qu'eUfls soient, nous sont favonMiM dans les situations ordinaires; elles nous sont propices dans les cas majeurs, dans les dangers, quand il s'agit de notre salut ou de quelque grave iotérât. Favorable est opposé à contrairo; propice , à fa* neste. Nous nous rendons la dÎTinité om une personne favorable d'indifférente qu'elle était; nous nous la rendons propim d'ennemie ou de courroucée qu'elle était, a De douter que..., c'est douter que le corps et le sang de J. G. ne sciant an objet agréable à Dieu , qui nous le cende favorable; c'est douter que le méine J. C. , qui intercède pour BOUS, par cette action ne l'apaise, et ne nous le rende propice. » Boss. Il suffit, pour m'étre favorable , que tous vous intéressiez à ce qui me toudie , à l'une quelconque de mes affaires; il faut, pour nous être propice, qu'on nous tire d'un pérU ou qu'on nous fasse avoir un grand bien. Voltaire» ayant parlé des persécutions essuyées par les Juifs au moyen âge , ajoute : « Les derniers temps leur ont été plus favorables. » C'est-à-dire qu'on a été moios mal disposé à leur égard, rien de plus. Hais dans Temarède^ le héros de ce non Tient oflrir , pour détendre Aménalde , c un bras propice à l'ionocence , » c'est-édire un secours positif, qui doit mettre hors de danger lavie et l'honneur d'une infortunée. Vous reocTez quelqu'un ou quelque choie d'une manière favorable et obligeante (Fax.); tous donnez à une peisonne des conseils propices (Mol.)i c'est-à-dire salutaires. Une saison favorable est propre pour la chose; la saison propice est le temps propre de la chose. U couTient d'agir dans le temps favorable^ et si on ne le fait, on manque une bonne occasion; il faut agir dans le temps proptce , sans quoi on est perdu ou on fait une Cotte.
Frospèriy latin proiperut, qui signifie aussi heureux , n'est guère usité qu'en poésie et dans le style soutenu. £n outre , à la différence de favorable et de propice., U ne se rappoote jamais à un mal à éviter ou qu'on éTite; mais il indique toujours un éTénement heureux. Qui a toutes choses favorables ou propices échappe aux inconvénients, aux écueils, aux dangers, aux malheurs de toutes sortes ; qui a toutes choses pro- A'pérff réussit en tout, n'éprouve que du bonheur. Du reste, prospère est rarement synonyme des autres mots de cet article , parce que d'ordinaire il est relatif à Teffet et non pas à la cause. On dit proprement une occasion favorable ou propice (iiCAD,), et un succès prospère (Goan., Mol.). Ce qui nous est favorable on propice nous aide, nous seconde; il faut en profiter:
Le moment est propice , il faut en profiter. V<Kflr.
Ce qui nous est prospère est quelque chose pour Qous de bon et d'avantageux; nous le goûtons :
Goùlons en nous aimant un sort tox^oon prospère.
Volt.
Le destin, considéré comme agissant, comme
concourant au succès de nos projets , de nos désirs , nous est favorable ou propice :
Ovi, iMBsieur, d'autant jmieux que le destin pnypics M'offre i me hien venger en tous rendant serrice.
Mol.
Mais le destin, ou plutôt la destinée, qui nous est prospère^ est une suite d'événements heureux pour nous :
Ces JoillL...
Pendant qu'ils n'adoraient que le Dieu de leurs
pères, Ont TU bénir le cours de leurs deslins prospères.
Rac.
«Le remords a'endort durant un destin prospère. * J. J.
J^^nin se dit peu. U semble rappeler Fastrologie judiciaire , et sert à désigner les influences du soleil, des astres, des éléments.
GoDti, dont le mérite, svant-conrrier des ans» A' des astres béaûu épuisé les présents. Lap.
c Aimable plante , arbre chéri de celui qui le rend fécond par ses regards favorables , comme un soleil hien&isant; croissez à l'ombre de sa bonté, et nuTrez-TOus à ses bénignes influences. > Boss. < Dès que cette ardeur (de la terre) se fut attiédie , une chaleur bénigne et féconde succéda par degrés au feu dévorant qui s'opposait à toute production. • BOFF.
FBGOND, JPBRTaE. Termes relatifs à la propriété de produire certaines choses en abondance.
Fécond, fœcundus^ a pour racine /beo, qui vient du grec çûw , j'engendre, ainsi que foetus, fruit , portée , et foemina , femme ou femelle. Il ne se dit proprement que des femelles des animaux; au lieu que fertile est une qualification applicable seulement aux terres. « Lorsque Moïse propose aux Juifs cette loi charnelle, il leur promet, s'ils l'observent, que leur terre sera fertile^ que leurs troupeaux seront féconds. a> Mal. « Les mariages des Gaulois étaient très- féconds. De là des émigrations , parce que le trop grand nombre des habitants surchargeait une terre qui était pourtant l'une des plus fertiles du monde entier.» RoLL.-— Puis, par extension , fécond s'applique métaphoriquement à certaines choses qui , comme par voie de génération, en produisent hors d'elles-mêmes d'autres qui leur ressemblent et dont elles contiennent le germe ou la matière. Source féconde y mine féconde; science ou vérité féconde. (C Dieu est infiniment fécond. » Fén. ^ On dit : Cette méthode , ce principe , ce sujet est d'une grande fécondité, et non pas d'une grande fertilité ;ldL raison en est qu'un principe, un siget, une méthode, produisent des idées qui naissent les unes des autres , comme des êtres successive, ment enfantés; ce qui a rapport à la génération.* Volt.
Mais fécond s'emploie aussi en parlant des terres. C*est alors qu'il devient synonyme de fertile, tout en conservant néanmoins quelque chose de sa signification primitive. « Fécond est le synonyme de fertile , quand il s'agit de la culture des terres : on peut dire également un terrain fécond et fertile, fertiliser et féconder un champ. » Volt.
Une terre féconde a en soi le germe et la vertu
BEUXIËME PARTIE :
de la production; une Une fertile (déferre, porter] porte effectiTement la production. Des terres fécondes sont propres à produire abondamment; elles sont grosses , eh quelque sorte , de tels pro* duits; des terres fertiles produisent abondamment , soit que leur fertilité résulte de leur fé' condité naturelle , soit qu'elle soit due aux soins de la culture. Un sol est gras et fécond; un pays est riche et fertile. Les œufs, les grains, les semences , les pépins sont féconde , lorsqu'ils ont la vertu de produire ; un champ , un arbre , une année sont fertiles , lorsqu'ils rapportent abondamment.
La fécondité est virtuelle ou potentielle , c'est plutôt une faculté ; la fertilité est réelle ou effective, c'est une qualité de fait. «Rome etConstantinople ne sont pas des pays comparables pour la fertilité à celui de l'Ukraine. Mais les hommes n'y ont pas secondé la nature , vivant de fruits que produit une terre aussi inculte que féconde.v Volt. « C'était une simplicité à nos pères d'estimer l'argent stérile de sa nature; l'avarice a su le rendre fertile (lui faire rapporter). Elle le regarde comme une terre féconde (capable de rapporter) , le présentant à qui le veut pour attirer celui d'autrui. a> Boubd. « Tout ce que la terre produit se corrompant rentre dans son sein et devient le germe ^'une nouvelle fécondité. Ainsi la corruption des plantes et les excréments des animaux qu'elle nourrit , la nourrissent elle-même et perpétuent sa fertilité. > Fén.
Les engrais fécondent donc réellement la terre en lui apportant des principes de fécondité. Mais c Triptolème apprit aux Grecs à fendre la terre et à la fertiliser en déchirant son sein. » Fên. Le soleil /«fconde la nature; car il la rend, par sa chaleur vivifiante , capable de produire , il augmente sa (acuité de produire. L'industrie humaine fertilise même les rochers , les déserts et les marais. La taille ne rend pas les arbres féconds ^ elle les rend fertiles en fruits.
Les idées de cause et d'effet sont si propres , l'une à la fécondité, l'autre à la. fertilité , qu'il est d'un usage très- ordinaire de donner aux causes l'épi ihéte de fécondes, et aux effets celle de fertiles, exclusivement. Nous disons une pluie, une chaleur féconde , parce que la pluie , la chaleur , donne ou augmente la force de produire. « Dieu est infiniment fécond , lors même qu'il ne lui platt pas d'exercer cette puissance féconde. » FéN. Mais nous disons des vendanges, des moissons fertiles, lorsque les produits sont abondants, a Le limon du Nil est si fécond, que les anciens Égyptiens recueillaient les moissons les plus feraies. V RouB.
Oride fut
SaYant, utile, ingénieux, profond.
Riche, en un mot, s'il était moin» /kond,,.,
. Le grand Virgile
Au laboureur, par des leçons utiles, Fait de Gérés hâter les douM fertiles.
J. B. Rouas. *
Au figuré , la différence est la môme. Un auteur ou un génie est fécond; il crée , il tire de son pro^ire fonds. « Dans les sciences humaines , la Ucf^di^ inépuisable de l'esprit produit conti-
nuellement, et ses inventions peuvent être tout ensemble sans fin et sans interruption. > Pasc. Un simple écrivain , un commentateur est fertXiiil produit beaucoup , mais rien de neuf, c La commentateurs sont fertiles ^ abondants et chargés d'une vaine érudition dans les endroits cliin.» Labr.
« Le mot fécond convient plus au génie ({u'iU plume.» Volt. « Le génie suppose un esprit étendu , et il est actif, fécond. » Vadv. Kais oa dira plutôt une plume fertile qu'une plume fieonde.
BieoheDreox Scudéri, dont WftrtUe plume...!
Bon»
Un esprit est fécond en rêveries (Bon..), fimt en impostures (In.) ; il les tire toutes de lui. même. Une famille est féconde en grands hommes (AcAn.); ils sortent de son sein. Mais \n temps (Rac.) ou un règne (Mass.) est fertik^ miracles; la vertu de ^iroduire ces miracles n'est ni dans le temps ni dans le règne, qui ne fait q« les porter, que les présenter. Il en est de mèiK d'un discours fertile en bons mots (Boil.).
Dans les expressions, imagination ou fetne/ifconde ou fertile; esprit ou homme fécond on /ierftle en ressources, en expédients : fécond maqi» plus d'originalité , et il exprime plutôt i&capaciti que son développement actuel. On a l'imagiaitive féconde , et l'imagination fertile. On cbercttt un homme d'une grande fécondité d'esprit: es rapporte ce qu*a dit ou fait un homme d'aa grande fertilité d'esprit, c Cherchons un homiK en qui la subtilité de la main égale la /ecoBdib du génie. J'ai parmi les hommes de ma maisos un honmie de ce caractère. VL s'est signalé pL* mille tours de souplesse , qui lui auraient attb plus d'une fois le dernier supplice, si, ebaiv de la nouveauté de ses inventions et d« Is fertim de son esprit , je ne lui eusse Ciit grâce.* Les.
Enfin, comme fécond signifie la vertu prodoctive, il a plus de rapport à l'avenir. Lemanaa donne aux terres de la fécondité pour plusieurj années (Bufp.). « Rendez féconde en saioU. a mon Dieu , une nation qui autrefois en a t3U donné à votre ÉgUse. » Mass. Fertile, suçatraire, désignant la production effectif, e. | d'ordinaire relatif au présent ou au passe. « w , apercevait les moissons dorées qui couvraient ce fertiles campagnes. » Fén.
L'ÉgUse était eXon/ertiU en grands <^°'*^
FEINDRE, FAIRE SEMBLANT, SïMCtERî' DISSIMULER. Faire eu sorte qu'on ait stu ^ qui nous regarde une fausse croyance.
Une même différence sépare les trou Pff»^ verbes du dernier : c'est celle qui a été *J«^
quée entre etmuler et <ï««****'*^' ^ùi' I" partie , p. 187. La etmutotioii ou 1» \rm croire à ce qui n'est pas : elle suppose w ^ ^ trouve. La dissimulQ.tion empêche de croi^ qui est : elle cache ou supprime. ^^^^^ une maUdie ou des sentiments f^^^JujûiAi que vous les avez : vous les ^*'''* i^rt^jencroire que vous ne les avez ?**• * V''LiSiB« tiaire sait /«mire le caractère le W **"
SYNONYMES À RADICAUX DIVERS
ce
^nea qu'il a, et para!tr$ tel qu'il a intérêt
les autres croient qu'il est en effet.... Une au-
fois il dissimule ce qui ne doit pas être su. »
j^^^R. « Il n'y a pas de déguisement qui puisse
Ion ^temps feindre Tamout où il n'est pas , et le
cac ^er' où il est. vLaroch. — On feint par ruse
ou :i)ar artifice : c'était l'art d'Ulysse et du don
]usL n de Molière, c'est celui des imposteurs , des
caLcsmuiateurs et de» hypocrites. On dissimule
par- prudence, par réserve ou par politique : la
pudeur commande à toutes les femmes de dissi-
mvLier; Tibère et Louis XI sont fameux par leur
profonde dissimulation, — Pour réussir à fêin-
dre^ il faut de l'inTention et un esprit fécond en
ressources; pour être capable de dissimuler , il
ne faut que de la discrétion et de l'empire sur
soi-même.
Feindre , faire semblant^ simuler, — Faire en sorte qu'on ait sur ce qui nous regarde une fausse croyance, en faisant accroire, en controuyant, en faisant paraître ce qui n'est pas , et non en cachant ce qui est.
Feindre , de fingere , faire, former, imaginer, donne l'idée d'un travail de l'esprit; c'est un terme abstrait. On feint de croire une chose, d'être d'un autre pays que le sien ^ ou autre chose semblable. « Lorsque les hommes veulent persécuter la vertu , ils feignent de croire qu'elle est fausse.* Làroch. « Ceux mêmes qui ne sont pas dans ce doute croient qu'il leur est glorieux de feindre d'y être. » Pasg. « Il feignit que le vin dont il faisait un usage ordinaire lui était nuisible , et il se fit apporter des vins de Rhodes et de Lesbos. » Labr. « Ulysse feignit d'être de l'tle de Crète, » Fém. « On feignit d'avoir oublié son affaire.» J. J. a On feignit que Sextius allait en cette ville de Numidie pour en amener des vi- Très. > Roix.
£t ne eraignez-voas point qu'à mon tour Je m'irrite Qae vous connaissiez mal quel est votre mérite, Oufiigniisz de ne pas savoir Qael est sur moi voire absolu pouvoir?
(L'Amour à Psyché] . Mol.
Fatre semblant, au contraire , c'est faire mine, se donner une apparence , et par conséquent ce mot est tout concret, tout relatif aux manières, à l'extérieur, à la montre. On /ait «em&IaiU de dormir, le renard fait que.lquefoi8 semblant d'être mort. « Oq a prétendu que Dieu et les deux anges qui Tinrent chez Abraham ne mangèrent point , mais firent semblant de manger. > Volt. « Voici cette seconde lettre dont il fit semblant d'être irrité jusqu'à la fureur. » J. J. Nabopharzan dit à Télémaque dans les enfers : « On mit hier avec pompe • mes cendres dans une urne d'or; on pleura; on I arracha les cheveux; on fit semblant de vouloir se jeter dans les flammes de mon bûcher pour mourir avec moL » F^ir. « Démodocus se met à chanter. 11 commence au moment que les Grecs mirent le feu à leurs tentes , et firent semblant de se retir^ sur leurs vaisseaux. » In, Deux petits libertins, qui mangeaient des cerises,
I. A la place de cacher, ion synonyme diuinuUer conviendrait tout aussi bien*
STN. FRJUig
Vinrent contre Harpagème , à diverses reprises , Riant , chantant, faisant semblant de badiner.
Laf.
— Pour amener une personne à vouloir ce que nous voulons, nous feignons de l'aimer, d'entrer dans ses sentiments; nous faisons semblant de l'aimer en lui prodiguant des démonstrations d'amitié. — L'hypocrite feint d'être religieux, et fait semblant d'être dévot. — Vous entrez dans une maison où les gens se trouvant à table vous prient de dtner ; mais voulant refuser l'invitation , vous feignex d'avoir dîné avant de venir, c'est une /letton, une fable, un expédient que votre esprit vous suggère; des acteurs, assis autour d'une table sur la scène , font semblant de manger, c'est un simulacre ou un jeu. — Feindre, étant plus relatif à l'esprit , à sa finesse , à ses intentions fallacieuses, se dit bien absolument pour signifier un vice ou une habitude de l'espnt : savoir feindre i avoir l'art de feindre. Mais faire semblant ne marque jamais qu'une expression ou une action extérieure passagère , accidentelle, et ne se dit que dans des cas particuliers : il a fait semblant de m'applaudlr , d'être gai , etc.
Simuler vient de similis . semblable , de même que faire semblant, 11 a tout à fait le même sens dans le langage ordinaire; seulement il s'emploie dans des cas où il est impossible, selon l'usage, de mettre faire semblant , c'est-à-dire au participe passé , et & l'infinitif devant un substantif pour complément direct. Dévotion , réconciliation , paix , indignation simule'e ; mépris , changement simulé. Simuler un combat ou une attaque.
FÉLiaTER, CONGRATULER. Témoigner à quelqu'un qu'on prend part à la joie qui lui est causée par quelque événement heureux.
De ces deux mots, congratuler, latin eongratulari, est le seul qui ait été d'abord usité; c'est le seul qui se trouve dans Nicod. Féliciter a commencé à se dire au tempe de Vaugelas seulement, et , malgré la répugnance de la cour , qui le tenait pour barbare , il a fini par être l'expression ordinairement et presque uniquement employée. Ainsi s'est réalisée hi prédiction de Balzac, qui avait entrepris d'accréditer ce mot en sollicitant pour lui les sufi'rages , et qui avait écrit dans une de ses lettres : « Si le mot féliciter n'est pas français, il le sera l'année qui vient; et M. de Vaugelas m'a promis de lui être favorable. » c II a pris la place de congratuler, dit Voltaire, parce qu'il est d'une prononciation plus douce et plus sonore. * C'est aussi parce qu'il signifie exactement la même chose; autrement, il se serait établi sans exclure son synonyme.
Au surplus , on se sert encore de congratuler ; mais ce n'est plus qu'en badinant. Ce mot a éprouvé le sort qui est réservé, au moins en France, à tout ce qui vieillit; il a pris une teinte de ridicule, et, comme les vieux habits, ceux surtout qui ont appartenu aux hommes de la haute société, ne sont plus portés à la fin que par les domestiques en livrée , ou par les acteurs qui jouent les comiques , ou par les jeunes fous qui se livrent aux divertissements du carnaval , congratuler a cessé de figurer dans le style sérieux ,