M. TURCARET
«Quelle ingénuité l Ce garçon-là, madame, st bien niais, »
LA BARONIIE.
« Il se déniaisera dans vos bureaiA. > Lbs.
Nigaud parait être le même mot que niais. «Le etit cormoran a reçu le surnom de shagg , niais u nigaud. » Bufp. Seulement la terminaison de igaud étant familière , populaire même , et an onçanl des qualités de campagnards, de peronnes de basse condition , c'est à de telles gens u'on donne surtout cette épithète. Le nigaud est lonc un gros niais qui manque d'usage propreaent plutôt que d'expérience, c Virgile a fait l'Énée un dévot larmoyant, un peu timide et un teu niais. » Mark. Dans cet exemple, nigaud ne onviendrait point du tout. C'est le contraire [ans les suivants. « Il m'est venu un épouseur lu pays allemand , par le coche de Berne. C'est in grand nigaud timide , non de cette aimable imidité qui vient de la crainte de déplaire , mais le l'embarras d'un sot qui ne sait que dire.» J. J.
Vemi-je d'un œil sec déchirer par lambeaux Par tant de campagnards , de pieds-plats, de ni-
gaudt^ Une Buccession qui...? RaoR.
Il joue ; et, qui plus est, il y fait bien son compte; Car il va mettre à sec un tnne provincial, Au moins aussi nigaud qu'il me paraît brutal.
DiST.
).ns la fable : le Meunier ^ 'son fils et rdne, le neunier , monté sur sa hèu et suivi de son fils à ûed , est rencontré par trois filles dont l'une dit :
G^est grande honte Qu'il faille voir ainsi clocher ce Jeune fils. Tandis que ce nigaud, comme un'évêque assis, Fait le veau sur son ane. Lav.
( Un génie supérieur , qui se met en condition , le fait pas son service matériellement comme un ligaud : il entre dans une maison plutôt pour ;ommander que pour servir. » Lbs. — Ensuite , ;omme la terminaison aud est quelquefois dimilutive , nigaud peut se dire en badinant et sans conséquence entre personnes intimes. Voltaire icrit à un de ses amis les plus familiers : « Vous ^tes un grand nigaud ^ de n'être pas aux Délices )u à Femey. »
Benêt , autrefois hened , a été formé par abré- Mation d'un nom propre , Benedietut , d'où vient russi le nom de Benoît. Sa racine est le latin )ene , qui signifie bien. Ls henét trouve que tout îstbien (bene est). Il est si bon qu'il en est béte. 1 se prête à tout ce qu'on veut; il se laisse aiséuent dominer et mener par le nez. Tels sont en )articulier ces maris h^ntfi# qui poussent la )onté et la facilité jusqu'à la faiblesse , jusqu'à ms extrême docilité. Tel est Chrysale dans les Femmes savantes. Henriette, sa fille, le priant ie ne pas se relâcher de U résolution qu'il a
prise d'être homme enfin à la barbe des gens , il lui répond :
Comment! me prenez-vous ici pour un Iffnét ? L'autre (femme), pour se purger de sa magnificence , Dit qu'elle gagne au jeu l'argent qu'elle dépense; Et le mari benêt, sans songer à quel'jeD , Sur les gains qu'elle fait rend des grâces à Dieu.
Mol.
Et je sus me contraindre i tant de complaisance Que le pauvre hênêt (son mari) crut que je l'aimais
fort El qu'il me confia ses billets. Dest.
Les femmes sont sans Trcin, et les maris Sont des benêts. Tout va de nis en pis. Volt.
« Nos Lucrèces se jettent avidement sur les viandes, tandis que le henét ^ qui devait payer l'écot, s'amuse à contempler sa Luisita ; c'est le nom de la beauté dont il était épris. » Les.
Badaud^ du mot latin barbare hadaldus^ ou plutôt de l'italien hadare^ provençal &ada, faire attention, regarder, s'arrêter, perdre son temps, se dit d'un honmie qui est toujours à contempler les choses bouche béante , bayant aux corneilles , toujours ébahi ^ ouvrant de grands yeux, bras pendants , témoignant par toute sa physionomie une admiration grotesque , et poussant de temps en temps les exclamations les plus risibles. « Ce goût si vif (de curiosité) leur a fait donner le nom de bayeuri ou badauds. » Bartv. Il y a des badauds partout, principalement dans les grandes villes , et à Paris plus qu'ailleurs , apparemment parce qu'il y a plus de monde à Paris qu'ailleurs , et par conséquent plus de gens inutiles et désœuvrés qui s'attroupent pour voir le premier objet auquel ils ne sont pas accoutumés. Les badauds de Paris (Volt. , Dbst.).
U 7 croit des badauds (i, Paris) autant et plus qu'ailleurs. Gobn.
J. J. Rousseau décrit ainsi ce qu'il appelle son badaudage : c Non-seulement une parade de foire, une revue, un exercice, une procession m'amuse ; mais la grue , le cabestan , le mouton , le jeu d'une machine quelconque, un bateau. qui passe , un moulin qui tourne , un bouvier qui laboure, des joueurs de boules ou de battoir, la rivière qui court, l'oiseau qui vole, attachent mes regards. Des colifichets en étalage, des bouquiiis ouverts sur les quais , des images contre les murs , tout cela m'arrête et m'amuse. » ■ Les rossignols , dit Buffon , sont curieux et même ba^ dauds : ils admirent tout et sont dupes de tout. Le chant de leurs camarades , le son des instruments de musique,, celui d'une belle voix, tout cela les fait venir» »
Le tout boisé , verni , blanchi , doré , Et des badauds à coup sûr admiré. Volt» Lorsqu'en un bois quelque jeune imprudent Voit une ruche , et , s'approchant , admire - L'art étonnant de ce palais de cire , De toutes parts un essaim bourdonnant Sur mon badaud s'en vient fondre avec rage; Un peuple ailé lui couvre le visage. lo. Ainsi , un grand niais ou un grand nigaud est un grand enfant ; il a d'un enfant l'ignorance et l'innocence, malgré son âge; et de là un contraste fort plaisant. Un grand benêt est d'une grande bonhomie, c'est un grand bon eniiuitt