DEUXIÈME PARTIE
comme on dit, on homme aveuglé par sa douceur ou par sa confiance. Un badaud est un gobe-mouches , ou , comme nous disons aujourd'hui, UTï flâneur y qui est à l'affût de tous les spectacles , qui trouve tout beau , étonnant , mineuleux. — Ou , pour le dire en moins de mots, niait et nigaud désignent une sotte et ridicule naïveté; benéf^ une sotte et ridicule bonté; et badaud, une sotte et ridicule curiosité.
Dadais , dandin. — On est dadais dans la manière dont on se tient, et dandin dans la manière dont on se meut ou dont on marche. En effet , dandin est formé probablement, comme le veut
ciale , suivant laquelle il désigne le minqu it cette qualité si estimée du beau monde.
J'aime i vivxe aiaéme»! ; et, ésos Irai ce q&'k dU,
Il but se trop peiner pour avoir de l'eiprit;
C'est une aoôbiUon qne Je n'ai poiiH en iMe.
Je me trouve fort bien, ma mère, d'èire hAe;
Et j'aime mieux n'avoir que de commoni prop«i,
Que de me tourmenter pour dire de beaux mou. (Henrietle dans les Fernnut mvmus). ]Iol>.
L'dne est une héU ignorante.* Apparemment qm parmi les animaui celni qu'on a appelé de et nom a été considéré comme le plus indocile à tous, comme le plus incapable d'être iBstnà
Pasquicr, par imitation du son des cloches agi- ; Outre cela, l'iiu a ub eaiactère bien particaller tées qui vont deçà et delà comme les dandtM. j a démit être savant, et II ne l'est pas; il a eta D'ailleurs, le verbe se dandiner ne se dit guère dié, et n'a pu rien apprendre. Cette quilifioîi:: des personnes en repos , mais de celles qui s'agi- - - « •- - —
tant sur leurs jambes ou qui marchent. Ensuite, quoique les deux mots soient également familiers, dadais semble convenir davantage à un homme de campagne , étranger à la bonne société et sans façon , et dandin , à un jeune fat qui veut se donner des airs ; n'est-ce pas pour se donner des airs qu'on se dandine? Dans le Bourgeois gentilhomme y Nicole, servante de M. Jourdain, lui dit pour déprécier les nobles : « Nous avons le fils du gentilhonmie de notre village qui est le phis grand malitorne et le plus sot dadaû que j'aie jamais vu. » Mais Rabelais d'abord, puis Lafontaine et Racine ont donné le nom de dandin à un homme de justice.
IV. Béte (abruti), âne {ignorant), huse, hutor {balourd^ lourdaud), cruche, mdchotre, ganache
Tous ces mots ont cela de commun avec ceux de la classe précédente, qu'ils sont familiers. Mais ils en diffèrent beaucoup sous d'autres rapports.
Grammaticalement , ce sont des substantifs , et non pas des adjectifs, comme tous les autres mots contenus dans cette famille de synonymes. Ces substantifs sont ici pris au figuré ; ils représentent au propre des animaux ou des objets auxquels on assimile les personnes que ces mots servent ensuite à désigner ou à qualifier. Mais ce qui les caractérise par-dessus tout, c'est que ce sont, non plus des termes comiques, mais des termes injurieux : ils marquent le mépris , ils attribuent une sorte de dégradation intellectuelle, et font partie de cette myriade d'insultes qui retentissent si souvent dans les marchés, dans les carrefours, et qu'on s'est même permises autrefois dans les disputes de l'école.
Bête , du latin bestia , qui a été employé dans la même acception par forme d'injure, est de tous ces termes le plus général; il en est comme le type. La béte est l'homme mis au rang des animaux , l'homme qui n'a pas ou qui a en petite quantité ce qui nous élève au-dessus de la nature qui végète et qui broute. C'est le mot dont on lait le
revient de préféveoce à l'homme igaonat qa devrait savoir, va son titre, sa profession oa a qu'on dit de lui.
Ma foiy de tels saranle sont des ^k» Use fiûii.
Vol
« Voa dnes de Sorbonne osent examiner Bofloa^. Montesquieu. » V<».t. « Je voudrais savoir si ee Gauehat n'est pas un de ces énes de Sorbenat qu'on appelle docteurs. » In. < H. lUseta, greffier dont j^étaia clerc , me traitait ftvec isépris, me reprochant sans cesse ma faétise.se répétant tous les jours que mon oncle l'anil » sure que je avais, tandis que je ne savais ne£; qu'il lui avait promis un joU garçon, et qo^ilo^ lui avait donné qu'un dne, * J. J.\
La buse et le butor sont deux oiseam de p^ qu'on ne peut dresser pour la fauconoerie. a: figuré, le mot buse n'a rapport qu'à l'esprit eil< représente surtout comme dépourvu de jo^
4, A béte se rapporte abruti. Mais entre cesdaa mots il y a d'abord la différence de béte et de hna (toj. Jtumal, béte^ brute, p. 3M). Ensile, «^ ne peut pas s'employer comme sabstanlif : on oc àl point , un abruti^ un grand abruti, comme oo (lii. une béte, une grande béte. Enfin, abruti éiaot lu filicipe annonce une qualité acquise ou produite, s éiat dans lequel on s'est mis ou on a été mis, us altération, une dégénérescence, a Les athées, liâmes abrutis et corrompus dans l'esprit et dus \i cœur. » Mass. « Le seas humain abnU ae pofiT^à plus s'élever aui ofaoee» inteUectueUesietlesboBmes ne voulant plus adorer que co qa'iis rovuâii, l'idolâtrie se répandait par tout ruoiven. « &* « Moïse était envoyé pour réveiller, par des récoffifea* ses temporelles, les hommes sensueii et ahrutù.tl»^
5. Entre ignorant et due la différence est cap^ V ignorant ne sait pas, voilà tout. Vdne ne nii p>> et, de plos , il étudierait on plutôt même il t éta'i* sans fruit. Ce qui manque à l'un, c'est tkofAeaea^^ fait d'avoir appris; ce qui manque à l'aoïre, e'ertii disposition naturelle à apprendre. Nous nsissoosua ignorants,- l'honmie est toujours igm)rant^rt^ à Dieu : il n'y a A'dnes parmi les hommes qœ <^ qui , Anne d'apUtude , n'ont pas profité des kf^ qu'ils ont reçaes et qui par conséquent ne sont pif savihts comme ils devraient l'être. < Soeitte iliui
plus fréquent usage. U parait répondre exactement à celui d'esprit : sans esprit, on est propre- ^® maison en mais(m dire an maître «(s'il étsit* ment béte. Et comme espril , nonobsUnt sa wi» attpi^ceptew'qtt'i» étaituniii^. et io[KitiiJ»^ grande étendue de signification, exprime parfois l''^ qui était un, ^«,r««.. Volt. Dailleor^^^ TAttP miAlit^ hi>i il •*>«•«...• fc.* i-LuI.- i*»»*^" non- seulement CuniUer, mais iniuneux; cesi » cette qualité brillante qui fait les hommes sptrt- terme de mépris qui nLus ravakjnsqn'â celui «Jiuels et qui se développe surtout en société dans animaux qui est réputé le dernier, le Uos inielfr lea oonveisatioiia, béte a aussi son acception spé- gent, le plus vil, et le jouet de tous les irtrts.
SYNONYMES À RADICAUX DIVERS
tent. « Vous croyez encore que je vais disant ne sottise dont tous m'accaafttes à Paris, qui est 9 dire, comme une Imse, que ma fille est malade irce qu'elle a trop d'esprit : ah 1 yraiment, je s dis point de ces fsdaises-là. » Sbv. « U but re bute pour aller vifre en AngteCacra mal >ulu du peupla anglaiai > J. J.
Je rois qu'on tous abuse.
Et que TOtre nevea was prand pour une ImM,
Disr« Un gros garçon qui erère de 8ant6 , Mais qui de sens a bien moins qu'âne àust , De m'altaquer a la témérité.... J. B. Rouss.
On tppeUe bute un homme très-simple , qui se isse surprendre. » Volt. -« Quant à Vesprit , qui manque au butor , c'est la finesse. « A le ir et k l'entendre à Tordinaire , Furstemberg jaissait un butor , mais approfondi et mis sur politique et les affaires , il pasnit la mesure dinaire de la capacité, de la finesse et de Vinistrie. » S. S. « N'ae-tu point de honte à% deeurer court à si peu de chose? Tu ne saurais }uver dans ta tête quelque ruse galante , quelle honnête petit stratagème pour ajuster tos aires ? Fi l Peste soii du hulor / • (Four hertes de apin, Scapin à Sylvestre). Mol. c Bt mon bur, sans soupçonner cette manœuvre, Ta touirs prudenunent son train, toujours ignorant 'on se moque de lui. Que de stupidité pour it de finesse 1 » J. J. Mais butor sa rapporte Bsi à la manière d'agir et la dépeint comme Lladroite et comme un peu brutale. « Hé bienl voilà pns l'étourdie 1 Vous me payerez mon :re.... Voyez cette maladroite, cette bouvière, te butorde/... »MoL. c Cet homme était si ior^ si bote, et se comporta si brutalement s je me permis de le plaisanter. » J. J. < Cour- 1 , intendant de Rouen , était un butor, brutal , orant , etc. » S. S. c Que ne se fait^il aimer ce or-là ?» (La femme d'un valet jaloux, parlant son mari). Dcst. ^ bruche exprime le comble de la stupidité ^ ou
. L*Académie définit de même le halcmrâ et le ir .* personne grossière et stupide. Mais, quoique utor et le balourd soient dénués l'un et l'autre finesse d'esprit, leur grossièrelé extérieure ou rtion n^est pas la même. Celle du balourd consiste lement dans un manque de légèreté ou de grâce , s une contraTentlon aux règles de l'usage ou du
ton , laquelle Tait dire ou faire des balourdises g t la gaucherie de l'âne qui veut caresser son Ire.
De ce lourdaiêd qui s'en vient lourdement.
Lève une corne ton le usée, a lui porte au menton fort amoureusement. Lav. grossièreté du butor approche plus de la brutalité ; t un manque de procédés , de ménagements , qui ient pas seulement du défaut d'éducation, mais a rudesse du caractère. -—Quant au lourdaud, il 'essemhle ni au balourd^ car il n'est pas sCupide, 3 de béte qae l'air, ni au hiuar, car sa grossièreté sonsiste pas à rudoyer ou à mallraiter, mais à se enter d'une manière gauche. « Le duc de la Jaque n'avait pas moins d'esprit, d'art et de capaque son père; mais son extérieur torlu, grossier,
et laid démentait toutes ces qualités. II vint 'gé d'un compliment an roi , et il parut à tout le ide un gros vilain lourdaud, -m S. S.
plntdt la nullité intellectuelle complète. On peut encore supposer à la htiw et au butor, qui vivent , au moins, quelque peu d'intelligence ; mais il n'y a pas trace de cette faculté dans une cruche. L'homme ainsi qualifié est une matière arrangée , revêtue d'une forme, mais au dedans il n'y a rien ; c'est une tête vide , c'est quelque chose de creux , qui n'est pas même animé. On dit aussi dans le même sens , bête comme un pot, « N'y aurait-il pas moyen de réveiller un peu le Deux- Cents ? S*il ne voit pas ici son intérêt , ses men»bres ne sont que des er%kches, » J. J. Dans la faUe qui a pour titre Ui Oreilles du lièvre , un lièvre annonce au grillon, son voisin, qu'il va quitter le domaine du lion irrité contre les bêtes à oomes; il craindrait qu'on ne prit pour des cornes ses longues oreilles.
Le grillon repartit :
Cemea celai vous me prenes pour cruche! Lav.
II semblerait résulter de ce dd^nier exemple que, comme notis assimilous les hommes de peu d'esprit aux animaux, il convient par analogie de donner aux animaux les plus stupides des noms d'objets inanimés.
Restent enfin màdlMnr9 et ganat^.
La principale diflereoce entre l'homme et les animaux par rapport à la tête, qui est le siège et l'oi^^ane de la pensée , c'est que chez l'homme la partie supérieure , le firent , s'avance autant que le menton et le reste de la face , au lieu que chez les animaux le front pen développé fuit en arrière et ne laisse voir que la partie inférieure , les deux mâchoires et la bouche. C'est pourquoi, comme on dit d'un homme d'esprit médiocre , qu'il a peu de cervelle ou qu'il n'en a pas , on dit de même qu'il n'a que mâchoire , que c'est une mâchoire. On l'appelle aussi gouache, du nom qu'on donne à la mâchoire inférieure du cheval. Et la qualité d'esprit dont ces deux dénominations populaires servrat à marquer le défaut est précisément celle qui peut naturellement f^pper le peuple , c'està-dire le talent. Traiter quelqu'un de mâchoire ou de ganache^ c'est donc lui reprocher en termes méprisants son ineptie.
Mais , comme ganaclU est pris de l'animal , et d'un animal particulier, il semble enchérir sur mdchoire et se dire surtout relativement à queL ques actions particulières :*la ganache est une grande iii4c/to<re dans un eertaia art ou par rapport à sa conduite dane une certaine circonstance. « M. le duc (FOrléans était ensorcelé par Ndai^es, Effîat, Canillac, jusque par celte mdchoire de Besons. » S. S. Besons était de tout point incapable. Quand une personne vient de mal faire une chose, on l'apostrophe vivement et avec dépit en rappelant ganache : la ganache I quelle panache/
Donc, la béte manque proprement d'esprit; Vdne, de savoir; la ftuse, de jugement; le butor, de finesse dans la pensée , d'adresse et de douceur dans la manière d'agir; la cruche , de toute espèce d'entendement ou de qualité mentale ; la mâchoire, d'habileté en général, et la ganache^ de l'habileté même la moindre et la plus vulgaire dans un art ou dans une ceilaine action.
S0BOKDnUTIOll , DÈPBmAIf CE , AS8CJBTTIS-