NE SERVIR A RIEN , NE SERVIR DE RIEN
Ne servir à rien nie que l'objet soit bon à quelque chose , capable de recevoir aucune destination. Ne servir de rien nie qu'il soit d'aucun secours, d'aucune ressource, qu'on puisse s'en servir comme d'un instrument pour un but qu'on se propose. La première locution est plus générale et marque l'inutilité , la vanité , la futilité ; la seconde est plus particulière et dénote l'inefficacité.
« Faute de savoir demander ce qu'ils ne savent pas , les enfants en liberté ne font presque jamais que des questions Ineptes qui ne servent A rien. » J. J. « En Dieu une intelligence destituée de volonté , comme le conçoit Spinosa , serait une chose absurde, paroe que cette intelligence ne servirait à rien. » Volt, c Les coupables furent condamnés aux travaux publics , attendu que les morts ne servent A rien. » Id. « lï iw sert d rien de craindre Dieu, si nous ne le craignons pas
PREMIËBE PARTIE
préférablement à tout. » Bottid. « Dangeau donna à Pompadoar sa place de memn de Monseigneur , qui ne lui servait àrien. » S. S. « Le cochon a dés parties dont il ne peut faire usage, des doigts dont tous les os sont parfaitement formés, et qui cependant ne lui tervent à rie», » Bovf. « La plume des moineaux ne sert à rien, et leur chair n'est pas bonne à manger. » Ib. «
Mais dans les phrases suivantes ne 9e trouve plus que ridée d'inutilité relative, d'inefficacité; et ce qui le prouve déjà, c'est que, au lieu que ne servir à rien se dit absolument, sans addition d'aucun déterminatif , on dit bien qu'un objet ne sert de rien à ou pour telle chose. < Un tel discours ne servirait de rten à la bonté de cette cause. » Volt. « Les chœurs chez les Grecs ne servaient de rien à l'action.» Lar. « Cela ne sert de rien à faire entendre comment Dieu connaît les choses particulières ; cela ne sert de rien pour expliquer la prescience divine. > Boss. « H était jaloux à Texcès : il ne me servait de rien , pour m'accommoder à sa faiblesse , de me contraindre jusqu'à n'oser envisager un homme. » Les. A une personne qui pleure la mort d'un parent, vous direz: Il ne sertderien, et non il ne sert à rien, de pleurer; car pleurer peut servir, sinon à faire revivre les morts, du moins à fléchir un ennemi, à implorer un pardon, à soulager la douleur.
Ce qui ne sert à rien ne peut être employé à rien, ne vaut rien du tout; telle est la plume des moineaux , telle semble la vie à ceux qui souffrent beaucoup. Ce qui ne sert de rien n'est d'aucun secours pour un but spécial , ne vaut rien pour telle ou telle chose : tels étaient les choeurs par rapport à l'action dans la tragédie grecque, et telles sont les complaisances d'une femme pour tranquilliser un mari jaloux.