PREMIÈRE PARTIE
Tautre resardo uniquement les motiCs de la con- Yiction, et ne s'emploie guère qu'avec connaître et savotTé Aussi ne pourrait-on substituer avec certitude à certainement dans ce vers du Misanthrope :
Voilà certainement des douceurs que J'admire.
Mais si la subjectivité de Tadverbe et l'objectivité de la phrase adverbiale mettent souvent entre eux une telle distance , que leur confusion soit véritablement impossible, quelquefois aussi certainement se prend dans le sens &*Qvec certitude et accompagne également les verbes connaître et tanoir. Dans ce cas, il se distingue toujours par la même circonstance; il conserve un reste de subjectivité et se considère in ordine adnoij au lieu que avec certit%ide se considère in ordine ad se om ad res : savoir cerlatnemeni , c'est savoir de manière à être certain , à ne pouvoir douter; savoir avec certitude^ c'est savoir de manière que les choses sues soient certaines, inébranlables et dégagées de toute obscurité. « Si j'étais dans une ville, dit Pascal, où il y eût douze fontaines, et que je susse certainement qu'il Y en eût une empoisonnée , etc. » Certainement , c'est-à-dire de manière à en être sûr ou pleinement convaincu. Ailleurs il dit : « Quand l'Écriture même nous présente quelque passage dont le premier sens littéral se trouve contraire à ce que le sens ou la raison reconnaissent at>ec certitude , il ne faut pas entreprendre de les désavouer. » Avec certitude^ c'est-à-dire ^ de manière à n'avoir plus besoin de preuves , et à ne pas redouter les contradictions. « On voyait Luther parler si certainement de la ruine prochaine de la papauté , que les siens n'en doutaient plus. > Boss. Si certainement , c'est-à-dire d'une manière si convaincue. « Ce qui intéresse le plus Orosmane, c'est de savoir avec certitude si Zaïre est coupable ou non. » Lab. Avec certitude, c'est-à-dire d'après des rapports ou des renseignements convaincants. —On dit croire certainement (FÉR.), et voir ou discerner avec certitude (Id.), la croyance étant tout intérieure et considérée dans le sujet seul , au lieu que la vue et le discernement nous supposent en rapport avec les objets et dépendent des objets. C'est pourquoi on dira aussi plutôt connaître a/vec évidence (Nie.) que connaître évidemment : l'évidence est ime qualité des choses, et non un état de l'esprit.
Au reste , la subjectivité de l'adverbe est si manifeste et si incontestable , que plusieurs philologues, Ménage, Beauzée, Court de Gébelin et Roubaud , n'ont pas hésité à faire dériver la terminaison de l'adverbe du latin mente, ablatif de menf , esprit , àme , pensée , intention ; en sorte que sagement, ardemment, attentivement, par exemple , reviendraient à sajnenti mente, ardenti mente , attenta mente , c'est-à-dire avec une âme ou une disposition intérieure sage , ardente , attentive. Ovide dit forti menti; Staee, honestd mente; TibuUe, tacitd mente, etc. Lta Espagnols terminent de même leurs adverbes , et quand ils en ont deux à mettre de suite , ils n'appliquent qu'au dernier la désinence mente, segura y libre' mente , sûrment et librement.
Mais l'advertM ne se diatiague paa lettlSBaent par sa subjectivité de la phrase adverbiale sul»stantive. Pour découvrir toutes ses nuances caractéristiques , il ne suffit pas de considérer son rôle dans le discours , il fout de plus consulter son origine. Or, l'adverbe est formé de l'adjectif, et souvent il n'en diffère que par sa terminaison : tels sont proprement et sensément par njuport à pràpre et à sensé. En conséquence de cette dé> rivation , l'adverbe tient quelque chose de Tadjeetif. Il correspond bien au substantif qui sert â l'expliquer dans la phrase adverbiale substantâve ; mais, en passant par l'adjectif, sa valeur fondamentale s'est altérée, et d'ordinaire elle a perdu de sa force , elle s'est atténuée.
Sagement vient de sage , qui signifie; conforme à la sagesse , ayant rapport à la sagesse , qui tient de la sagesse ; de sorte que se conduire sagement , ce n'est pas toujours précisément se conduire arec sagesse , mais d'une manière qui a rapport à la sagesse , qui approche de la sagesse, et c'est pourquoi au lieu de définir sagementpve , avec sagesse , il vaut mieux et on préfère quelquefois lui donner pour équivalent , d'une manière sage; et de même d'un grand nombre d'adverbes. Toutes les acceptions détournées , métaphoriques , approximatives que reçoit l'idée radicale dans l'adjectif se réfléchissent dans l'adverbe. Il ne saurait dès lors y avoir parité entre lui et une locution dans laquelle cette même idée a conservé toute sa valeur primitive. Ainsi furieusement ne signifie pas avec furçur , mais heauùOfuip, énormément, de même que l'adjectif furieu» dans un furieux menteur , une ^riexue dépense. Passionnément et affed'ueusement n'équivalent point à anec passion , avec affection; passionnément , c'est-à-dire en homme passionné , tout particulièrement possédé par ime passion; affectueusement, c'est-à-dire en homme affectueux , plein d'affection , et de cette affection qui se marque par de petits soins, conformément à la valeur de l'adjectif.
Te^es sont , à notre avis , les deux seules différences qui se puissent trouver entre l'adverbe et sa définition. Cependant Beauzée et Roubaud en ont proposé une autre , que nous avions nousmême adoptée dans la première édition de cet ouvrage , moins par conviction que par déférence. De nouvelles réflexions nous y font renoncer absolument.
Suivant ces deux philologues , l'adverbe exprimerait une modification du verbe ou de l'action , qu'il signifie, habituelle, constante, générale, au lieu que la phrase adverbiale désignerait cette même modification dans un seul cas. Ainsi se conduire sagement , par exemple , se dirait pour caractériser toute la conduite d'un homme , et se conduire avec sagesse n^&a^ ferait connaître qu'une particularité , un fait , une seule action.
Nous pensons , au contraire , que l'adverbe n'est point du tout propre de sa nature à marquer la constance et l'habitude. Platon et Aristote , ces grands maîtres en matière de langage comme en beaucoup d'autres choses, ont réduit toutes les parties du discours à deux mots , seuls essentiels , le substantif et le verbe , désignant , l'un les choses permanentes ou qui demeurent , l'autre
SYNONYMES QUI ONT LE M&ME RADICAL
kidioses flueales ou qui passent. Rien de plus coisunt que ce caractère du verbe , d'indiquer les (aits, des phénomènes , des accidents, quelfw chose de contingent et de passager. Comment se pouirait-il donc que Tadverbe , qui tient incoQtestablement du verbe, portât un caractère op{K»è? Il n'y a à cela nulle jq)parence.
Se oQDdaire sagement veut-il dire montrer par sa conduite qu'on est sage , qu'on possède toujours la sagesse? Non, mais montrer par une actioa qo'on est sage en tant que faisant cette actùs. et rien de plus. En effet, n'est-ce pas par aIfau»D à une seule action qu'on dit à quelqu'un : T«s avez fait sagement (Acàd.)?
Je me tais.
Yous ferez sagement. Mou
< Qons rendit ce pays à Gondebaud. Il fit sagemeat.9 Com>. « Ils ont tcigement compris que.... > ToLT. Mais ooec sagesse se rapportera plutôt à toate la conduite. « La répubfique de Marseille Bèpitniva jamais ces grands passages de l'abaisse- Bieat à la grandeur; aussi se gouverna-t-elle tMijours avec sagesse. » Montbsq. « La puissance mitigée que les évèques de Home exercent aujourdliai axée sagesse, » Volt.
11 le reçut froidement (Acad.), il m'a répondu frotdemflit (Acad.), se disent bien dans l'occasioD. « Tu as raison , répondit froidement la moQclie.» FÉN. Avec froideur conviendra mieux fil est question de quelque chose d'habituel.
< Ud grand honome qui verrait tous les jugements qvon £ût de lui s'apercevrait que plusieurs repniâit ses belles qualités avec froideur. » Nie.
« Un jour que le parlement' tenait une assemblée, le roi, Henri II, s'y rendit. Deux conseillers recommandèrent éloquemment la réforme des moeurs et la tolérance des religions. » Volt.
< Il est beau de parler anec éloquence et de toueber le cœur. > In.
L'opihion de nos deux devanciers nous paraît donc plus fausse que vraie , et M. Guizot a fait sagement de ne la point admettre dans sa compilatîos. D'ailleurs , ne fût-elle qu'incertaine , nous devrions encore la retirer d'une théorie où nous croyons n'avoir rien avancé que d'incontestable.
t* La phrase adverbiale étant composée d'un snbalaniif alMirait el de la préposition a avec ou sans Tartiele. Liuéralement f à la lettre; ri^ureusemeni , a la rigaemrf uma»imement, à l'unanimité ; /bUe" ^, k lafaHéf excessivement ^ a l'excès; ete.
Le changement de préposition ne fait pas varier ^jBue manière notable le rapport de l'adverbe à la phrase adverbiale. Quelquefois même celle-ci eomiaence indifféremment, ou peu s'en faut, par à oa par avec : rigoureusement^ à la rigueur ou MK rigueur; foUement , à la folie ou avec folie; tuestivement , à V excès ou avec excès. La présence oa Tabsence de l'article est aussi une circonstance trop accessoire pour mériter attention. Devant les grands éléments de différence les petits disparaisseat Pour arriver à des éclaircissements considérables en même temps que certains, il faut «Dcore s'attacher à l'adverbe et voir la double inflaence qu'il subit . et de la par^du verbe , dont il est comme le satellite grammatical , et de la part
de r^ectif , d'où il dérive. On doit s'attendre , par conséquent, à trouver d'ordinaire dans l'adverbe subjectivité et dans la phrase adverbiale objectivité; de plus, il arrivera souvent que l'idée exprimée avec toute sa force ou toute sa valeur primitive par le substantif de la phrase adverbiale sera modifiée dans l'adverbe de la même manière que dans l'adjectif d'où l'adverbe a été formé.
LITTÉRALKMENT , À LA LETTRE. Selon la lettre , selon la valeur des paroles ou des mots.
Dans cet exemple la différence de l'adverbe et de la phrase adverbiale dépend du sens de l'adjectif qui a servi à former l'adverbe. Littérale' . ment y d'une manière littérale, signifie, en conséquence de la terminaison adjective cU, d'une manière qui a rapport à la lettre , mais quant k la forme , sous le point de vue extérieur ou grammatical. À la lettre veut dire , au contraire , conformément à la valeur du discours considéré intrinsèquement, quant à l'esprit ou à l'idée. «Il ne faut pas prendre littéralement ce qui ne se dit que par métaphore ; il ne faut pas prendre à la lettre ce qui ne se dit qu'en plaisantant. » Roub. Prendre, entendre, expliquer, traduire quelque chose littéralevMnt ne regarde que l'interprétation logique et grammaticale ; prendre , entendre , accomplir, exécuter quelque chose à la lettre regarde l'interprétation et la signification des mots fondamentales, essentielles. Les écoliers et las conunentateurs sont exposés à entendre les textes trop littéralement; les domestiques auxquels on donne des conunissipns ou des instructions , les gens prévenus ou qu'on complimente sont exposés à entendre trop à la lettre ce qu'on leur dit. La haute poésie demande souvent k n'être pas rendue littéralement; si vous êtes chargé pour quelqu'un d'ordres importants , il faut les rendre d la lettre. En un mot , littéralement est pour le sens formel, et à la lettre pour le sens intrinsèque.
D'un autre côté, littéralement marque plutôt une action et rappelle un agent , au lieu que souvent à la lettre s'emploie en parlant d'un état. Un traducteur traduit littéralement un texte, et ce texte porte telle ou telle chose à la lettre (d'Al.).
RIGOUREUSEMENT, À LA RIGUEUR. Avec beaucoup de sévérité , sans faire aucune grâce.
Rigoureusement se considère relativement, et d la rigueur absolument, en soi. Rigoureusement exprime la manière d'agir en rapport avec le sujet dont il rappelle la qualité et les sentiments : celui qui punit rigourewement punit en homme rigoureux. À la rigueur fait abstraction de l'agent ; il ne le présente ni sous un jour favorable, ni sous un jour défavo.rable. Vous ferez à quelqu'un un mérite ou un tort d'avoir agi rigoureusement; vous vous en prendrez à son caractère ; celui qui agit d la rigueur va jusqu'où la règle lui permet d'aller. De là vient qu'on se sert plutôt de rigoureusement avec les verbes traiter, punir, pour déterminer et caractériser la conduite qu'on tient envers les autres , et de d la rigueur quand il est question d'aolions abstraites , spéculatives : observer ou expliquer une loi, juger une opinion d la rigueur.-^ D'ailleurs, rigoureusement dit plus, parce que l'adjectif rigoureux signifie plein de rigueur, qui a beaucoup de rigueur. Une vé-
rite rigovreusement démontrée l'est en toute rigueur
UN AlflMElIElft, A LimANnnTÉ. D*un eommun accord , d'une commune yoii. On conclut quelque chose unanimement y ou à ^unanimité dans une assemblée.
A Vunanimité représente absolument et en soi cette circonstance du &it*, unanimement la représente en rapport arec les sentiments dont sont animés ceux qui donnent leurs suffrages. Toutes les fois qu'un parti de coalition vote d VunanimOét il ne vote pas unanirAernent , tant s'en faut. L'unanimité d'unanimement suppose union et harmonie de tous les sentiments , de toutes les opinions ; à Vunanimité suppose seulement rencontre de toutes les voix, s Tout le genre humain conspire unanimement à attester telle chose. » d'Ag. Il est rare qu'une décision soit prise à Vunanimité.
FOLLEMENT , À LA FOUE. Aimer foUement ou d la folie une personne ou une chose , c'est l'aimer beaucoup ^ extraordinairement.
FoUement signifie cette manière d'aimer en rapport avec le sujet qu'elle représente comme fou ou comme un fou ; c'est à son égard une qualification vitupérative : à la folie la désigne en soi , objectivement , comme forte , comme extrême , et rien de plus. Ensuite follement y d'une manière folle, qui tient de la folie, est une expression moins stricte et moins rigoureuse; l'idée radicale s'y trouve affaiblie comme dans l'adjectif correspondant.
EXCESSIVEMENT, À L'EXCÈS. Outre mesure.
Excessivement est comme furieusement , horriblement y terriblement y prodigietuement , infiniment , un de ces mots hyperboliques qui ont bien perdu de leur valeur originelle à cause de leur dérivation adjective. À Vexcès se prend , au contraire , à la rigueur; il dégage , il met à nu l'idée commune et la fait sentir dans toute sa force. Cest au point que excessivement ne signifie plus guère que beaucoup ; au lieu que à Vexcès marque l'excès ou le trop d'une manière nette et positive. « On dit que la reine pleura excessivement en disant adieu au roi. » Sév. « Voilà les extrémités où vont quelquefois des âmes timides à Vexcès ou trop inquiètes. » Bourd.