‹ Dictionnaire des synonymes de la langue françaiseChapitre 81 sur 444 · AISÉMENT, A L'AISE · texte numérisé non relu

AISÉMENT, A L'AISE

L'un est pour l'action, l'autre pour l'état : on fait quelque chose aisément; on repose à Taise dans un fauteuil.

Et quand même tous deux se disent en parlant des actions , l'adverbe a seul un caractère de subjectivité toujours facile à reconnaître. Si une porte ne s'ouvre pas aisànenty ceux qui entrent sont obligés de la pousser avec effort; si elle ne s'ouvre pas à Vaise , elle est mal faite , mal posée ou arrêtée par tm obstacle. Où vous marchez aisément ^ TOUS marchez sans peine; où vous marchez à Vaise ne se trouve rien qui vous embarrasse ou vous gène. « Aplanir le chemin du ciel et y Uxn marcher d Vaise les âmes lâches. » Boaan.

3* La phrase adverUaie élaot eompoiée d'un mbitintif abstrait et de la préposition en. Abondamment ^ em abondance f e/feetipemsni , en effet ; rè^lemtni . an réalité f totoiement , en totalité g comiqmemment ,

Il faut d'abord répéter ici la remarque fiûte au commencement de l'article précédent , c'est que le changement de préposition dans la phrase adverbiale substantive n'en produit aucun de bien sensible dans le rapport de cette phrase explicative avec l'adverbe qu'elle sert d'ordinaire à définir. Ainsi , en rt^«ir , à la rigueur et avec ri" gueur paraissent différer de rigoureusement à peu près de la même manière; ainsi, qu'on dise verser des pleurs en abondance ou avec abondance ^ cela revient au même , on peu s'en faut , par rap-

«le hais mortéUment à vous parler de tout | port àvener des pleurs obondammeia. Une peut

SYNONYMES QUI ONT LE MÊME RADICAL

ésx encore y avoir ici entre r&dyerbe et son ezpSation d'autres différences que celles qui tiensect au double caractère verbal et adjectif de fadrerbe. On ne se prive d'aucune lumière en ne tenant ]K)int de compte du sens particulier de la préposition en.

AB0!II>A]I1IENT, EN ABONDANCE. Beaucoup.

Aboflid4iiU, d'où vient abondamment ^ n'est point un adjectif qui se distingue et s'éloigne par sa tenoicason du substantif abondance; il a , au contraire, sous tous les rapports, la plus grande ressèZBbiance avec lui. Leur valeur primitive se troare donc aussi pure , aussi entière dans T^djccîif , et par conséquent dans l'adverbe , que dans k substantif. Il s'ensuit que toute la différence quiî peut y avoir encore entre l'adverbe abondamment et la phrase adverbiale substantive en ébiyndance est celle qui se tire du rdle grammatical de l'adverbe , de son intimité avec le verbe , eeile de Taccident à l'être , du subjectif à l'objectif.

L'adveibe convient mieux en parlant de ce qui arrlTe : boire (Les.), suer (SÊv.) abondamment. la phrase adverbiale se dit seule en parlant de ce qui est : les mets étaient en abondance sur la table (Les.);

Je prèienâs que ches moi tout soit en ahondanee, Dest. L'adverbe se rapporte au phénoménal essentielkment marqué par le verbe ; la phrase adverbiale se r^>porte à l'être essentiellement exprimé par le substantit.

Cependant la différence n'est pas toujours aussi grande , et en abondance se dit aussi , comme abondamment y des choses qui se passent oa arrivent. Sais abondamment les qualifie en rapport avec le sujet, et en àbondanu les représente en rapport avec l'objet. On pleure abondamment : c Ce n'est pës qu'Achille n'ait pleuré abondamment , et que cela n'arrive aux héros avec bienséance. » Làf. Od verse des pleurs en abondance : « Ce vieillard lui fit connaître, par les larmes qu'il versait en c^ifondane4j qu'à ressentait xme vive douleur. » Las. '

On ne peut se servir que d'abondamment quand l'esprit se représente seulement un sujet et non pas un objet, une matière en grande quantité : suer abondamment : il fournit obondamment à tous nos besoins (Les.) ; Dieu se suffit abondamment à lui-même (Mal.); pour produire (àfondamment , il faut être nourri large- E3éQt (BuFF.).— En abondance , au contraire , est le mot propre, quand l'idée prédominante est celle de la chose, d'une matière qui est abondante. «Le maigre, loin d'échauffer la nourrice, lui fûoniit du lait en abondance. » J. J. « Nous n'a- TôQs qu'à nous tourner vers Dieu , il nous donnera de quoi nous nourrir en abondance. » Kac. À moins d'être abondamment pourvu de certaiaes choses, on ne peut les donner en abondance. iToir du vin abondamment, c'est en avoir beaueoap sous le point de vue subjectif, c'est-à-dire i souhait , de quoi satisfaire pleinement son envie de boire : avoir du vin en abondance , c'est en avoir beaucoup sous le point de vue objectif, c'est-à-dire en grande quantité et dans tm grand BOfflbre de vaisseaux.

On dit biai ses pleurs coulaient abondamment

et en abohdanee; mais eH dboHâaneê présente distributivement , et comme on le ferait pour les parties d'un tout , les pleurs sur lesquels abondamment n'appelle pas ainsi l'attention. L'adverbe aie sens de beaucoup, sans détail; il énonce le fait , mais ne décrit pas la chose ; c'est par rapport à celle-ci une expression vague, abstraite , Idéall-' sée , par cela même qu'elle en détourne l'esprit .pour le fixer sur le sujet qui agit ou sur son action. Ce n'est pas que abondamment soit impropre à marquer la succession et l'étendue , mais il la marque dans le fkit et non dans la chose; il a plus de rapport au temps et à la force qu'à l'espace et au nombre. Il pleut abondamment, quand il pleut longtemps et d'une manière forte , remarquable ; la pluie est tombée en abondance , quand elle est toiid)ée en grande quantité , de manière à inonder les routes et les plaines, à faire déborder les fleuves , à tremper profondément la terre.

EFFECTIVEMENT, EN EFFET. Ces expressions s'emploient pour confirmer ou pour rectifier, pour appuyer ou pour corriger ce qui a été vu , conçu ou avancé.

Mais effectivement se dit dans l'ordre des faits, et en effet dans l'ordre des idées. Effectivement ajoute ou oppose la réalité , ce qui arrive , se passe ou a lieu dans le monde des phénomènes ; en effet ajoute ou oppose la vérité , ce qui est , ce qui est en soi ou essentiellement. Ces choses sont effectivement telles qu'elles peuvent ou doivent être ; ces choses peuvent ou doivent être en effet telles qu'elles sont. Une chose , dont on n'a pas fait voir encore qu'elle est epctivemerUy n'existe que dans l'esprit , dans l'imagination , en idée ou en projet; ce n'est qu'une fiction, une promesse, une hypothèse : une chose, dont on n'a pas encore démontré qu'elle est en effet , n'est qu'en apparence, elle n'est pas de droit, légitimement ou véritablement. Effectivement est pour ainsi dire un terme historique dont se sert un homme qui en appelle à l'expérience , à l'existence physique et actuelle; en effet est l'expression logique ou abMraite qu'emploie un homme qui ne regarde qu'à l'idée, àl'essenoe, aux principes, à ce qui doit être.

Une grftce effectivement suffisante (Pasc.) et une grâce suffisante en effet (Id.) suffisent, ne sont pas suffisantes que de nom , n'ont pas que l'air d'être suffisantes. Mais la grftce e/fecttrement suffisante suffit de fidt , il lui arrive de suffire; et la grftce suffisante en effet suffit au fond , en soi , quant à sa valeur essentielle , elle doit suffire. — Cette récompense vous est due ; vous Vnret effectivement méritée par votre conduite : cet emploi vous est dû; vous en êtes en effet digne par vous-même , par ce que vous êtes (et non par ce que vous avez fait), par votre capacité , par vos qualités.

« Cela est arrivé e/feeHvemenf . » Acad. c Une preuve qu'il y a d'autres sujets de poime que la colère d'Achille , c'est que j'en ai trouvé effectivement (Homère), a» Pi». « Diogène condamna ce| homme parce qu'il avait e/fecttuement volé ce dont on l'accusait. » In. «Toutes ces choses se peuvent rencontrer dans les animaux et s'y rencontrent effettiwment. > Mal. « L'impénétrabilité des corps

Page 1