‹ Dictionnaire des synonymes de la langue françaiseChapitre 82 sur 444 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

fait conceToir que le mouvement se peut communiquer par impulsion, et l'expérience prouve qyi^eflectivemeni il se commimique par cette voie.» Id. « Les hommes se font des idées de vertu qu'ils ne pratiquent jamais effectivement, > Nie. Dans tous ces exemples , effectivement revient à dant le fait ou de fait , réellement. Dans ceux qui suivent , en effet équivaut à dam le vrai , au /bnd, en toi, m. On s'accordait par complaisance et en paroles , sans se bien entendre en effet. » Boss. < Ils veulent paraître dire quelque chose , lorsque en effet ils ne disent rien. » Mal. « Ce cri instinctif est de toutes les langues et de toutes les conditions, comme en effet il en doit être. » lo. « Cela parait impossible , et cela Test en effet; car.... » In. a Que n'appelle-t-on simplement mauvais ce qui est tel en effet? » Nie. « Les hommes croient qu'on leur doit la civilité , et on la leur doit en effet selon qu'elle se pratique dans le monde. » In.

S'agit-il d'une preuve à l'appui d'une assertion , effectivement convient quand on invoque des faits , et en effet quand on invoque des principes. En effet se place presque toujours au commencement d'une démonstration fondée , non sur des vérités de fait , sur des expériences , mais sur des axiomes ou sur des vérité» déjà prouvées. Nous faisons plutôt usage de l'adverbe dans les sciences d'observation; et, au contraire, nous préférons en effet pour annoncer une preuve déductive et métaphysique.

RÉELLEMENT, EN RiALITÉ. Effectivement , de (ait ou dans le fait.

Réellement se dit plutôt en parlant des choses qui arrivent, se font, se disent, se croient, et en réalité des choses qui existent et qui paraissent telles ou telles. Avez-vous réellement fait le voyage d'Italie? Cet homme parait être heureux; l'est-il en réaXité? Dites de certaines choses qu'elles existent réellement^ vous les présentez comme faisant l'action de durer et de vivre ; si vous dites qu'elles existent en réalité^ vous les qualifiez d'une manière absolue, sans rapporta la durée et à sa continuation, simplement, en opposition aux choses imaginaires.

D'ailleurs , le caractère verbal , le caractère de subjectivité de réellement se témoigne d'une autre manière encore : si vous dites qu'une chose ou une personne est réellement telle ou telle , le mot réellement a on certain rapport à vous et à votre affirmation ; si vous dites qu'elle est telle ou telle en réalité y cela signifie absolument et en soi qu'elle n'est pas telle ou telle qu'en apparence.

TOTALEMENT, EN TOTALITÉ. Ils servent i marquer le degré le plus élevé d'une modification ; ils annoncent un changement on ne peut pas plus grand.

Mais l'un regarde le sujet ou Faction ou Tévénement, l'autre l'objet ou la chose soumise i l'action , changée par l'événement. La maison que le propriétaire rebâtit totalement à neuf, est rebâtie à neuf en totalité, quand on la considère en elle-même. Vous payez totalement , quand vous ne laissez plus de payement à faire ; vous payez en lotoh'f^, quand, au fond , en elles-mêmes, toutes vos dettes se trouvent éteintes.

CONSKQUGMMENT, EN CONSEQUENCE. Par une

suite raisonnable et naturelle , selon quelque chec d'antérieur.

Conséqriemment rappelle l'idée de l'action d se conformer , de céder , d'obéir à quelqu chose d'antérieur; en conséquence exprime 1 rapport essentiel, absolu, qui existe entre o qu'on fait ou ce qu'on dit et la chose laite 01 dite antérieurement. L'un est dans l'ordre de faits ce que l'autre est dans Tordre des idées Tai promis de vous servir, j'agirai conse'quem ment; quand, dans la soustraction, on emprunte une dizaine sur le chiffre suivant, ce chiffn est diminué en contéquence. On dit conséquemment d, comme conformément d, et en conséquence de, comme en vertu de : l'un repré.ente la manière dont les choses se font , et l'autre 2a manière dont elles sont en soi. — Il en est de même des locutions apparemment et en apparence; l'une est pour les événements et relative i nous : apparemment il viendra , c'est-à-dire , il viendra , autant que nous en pouvons juger d'après les apparences. Cet homme est câline en apparence , c'est-â-dire , non pas que nous le voyons , mais qu'il se montre calme extérieurement : < Sans la charité toutes les vertus ne sont telles qu'en apparence. » Mal.

CONFIDBMMENT , EN CONFIDENCE. De façoo i ne vouloir pas que la chose soit sue.

Confidemment regarde plutôt la manière d'agir ou d'arriver, et en confidence la manière d'être : voilà ce qu'il m'écrivit confidemment l'année dernière ; un honnête homme doit toujours se taire sur les choses dites en confidence. Et quand l'adverbe et sa définition se disent également en parlant des actions, confidemment en marque une circonstance en rapport avec le sujet dont il exprime la confiance ; au lieu que en confidence signifie cette même circonstance en soi , d'une manière absolue , sans aucun retour vers le sujet.

c Personne n'entretient confidemment son valet d'amour ou de mariage. » Lah. « Ils pouvaient être certains de Mlle Choin et de Mme b duchesse, et de ce qui, en hommes, approchait le plus confidemment de Monseigneur. » S. S. « Cet amour fait que l'âme , ne se contentant pas d'être instruite par les hommes, mais s'adressant ellemême confidemment au Verbe , lui adhère constamment. » Boss. — c Je vous dis tout cela en confidence; n'allez pas me trahir et me brouiller avec lui. » Dbst. « Thiamis dit aux chevaliers, comme en confidence , que le roi était fort en colère contre eux. » Les.

CONFIDENTIELLEMENT, EN CONFIDENCB.

Même idée commune que pour les précédents.

Mais confidentiellement , par rapport k en coi^ fidence et à confidemment, atténue, a moins de rigueur, parce qu'il est formé de l'adjectif coa|^ dentiel qui, à cause de sa terminaison, signifie, qui tient de la confidence. Ce que eon/fdemmesl et en confidence expriment positivement , eon/îdestiellement ne le fait entendre que d'une manière approchante, détournée, affaiblie. Ce qu'on dit confidentiellement n'est point dit officiellement et ne doit point être publié ; ce qu'on dit en confidence ou confidemment est dit sous le sceau du secret et ne doit point être révélé.

SYNONYMES QUI ONT LE MÊME RADICAL

PERSONNELLEMENT, EN PERSONNE. Moi- ■ème, vous-même, lui-même.

PersonneUetnent est formé de Tadjectif Personal, propre ou relatif à la persomie, qui la regarde, qui y tient. Ce doit donc être , par rapport à en. penonne^ une expression moins propre, moins ligoureuse, et plutôt significative de la personne morale et abstraite. Être personneUe- «ent responsable d'une chose; s'obliger personneUeaiatf. Fj étais , il s'y rendit , le roi commandait en jpenoime.

PIOŒSSIONNELLEMENT, EN PROCESSION.

En sBÎTant Perdre exprimé par le mot proeeuion. L'idreibe signifie moins précisément ce que en fnœmom marque en toute rigueur. On ne peut se Knir de la phrase adverbiale que quand il s'agit â'mie procession véritable , d'une sorte de promenade faite en chantant par le clergé et les Sàèks soit dans Téglise soit hors de ses murs. lais on dira qu'un certain nombre de citoyens se rassemblèrent et se rendirent procestionfielle- •CRf chez un personnage pour le féliciter; c'est ce qui arrive assez fréquemment à Londres.

4* la phrase adverbiale étant composée â*Qn sabstan- Cir alMnil et de la préposition d* oti par, Foreâmtnt, d€ m^farfhreeç préjérablemmi y de OU par prèfè^ êastmdtpewtent , par instinct f accidânteïle~ ndrmeuUntemeni f par miracle f i, par provision.

Les différences à trouver entre l'adverbe et la phrase adverbiale substantive sont toujours les mêmes et dépendent toujours des deux seuls principes posés en commençant , que la préposition de la phrase adverbiale soit avec ou à ou en. Il ifimporte pas non plus , ou il importe fort peu , qu'elle soit de , par , ou toute autre : tout se réduit toujours, pour distinguer Tadverbe de son explication, à considérer le caractère contracté par l'adverbe dans la société du verbe et le sens piécis de l'adjectif d'où l'adverbe a pris nais-

Ainâ , de ou par force est donné par nos dietiomiaîres comme explication de forcément; de même de ou par préférence à l'égard de préférer hUment : de même par instinei , par accident , par miraeU, par provision, à l'égard d'ttwlinc- Utement, d'accidentellement, de miracrUevuement et de profisotremetil.

Xais fiyrcément , préférablement , instinctivement et ks autres conviennent mieux pour marquer de qoeQe manière un fait s'est passé ; de force , de préférence, par instinct, etc., se diront plutôt poer exprimer de quelle nature , de quelle sorte eiken elle-même l'action énoncée, indépendamment des temps et des personnes.

Lorsqu'on vous contraint de faire une chose , 10QS la faites , il vous arrive de la faire forcéwmd; les actes faits de force ou par force ne aoat point imputables. — On dira d'une manière narrative et historique : il a aimé les biens de la ^mpréféroMemeni à son salut étemel (Bourd.); le disciple Ananie fût choisi préférablement à tout antre (In.); la nature a doué certains esprits pr^fénhUment aux autre» d'un peu plus de finesse PI de Sens. etc. (J. J.)- Mais on dira absolument,

théoriquement en quelque sorte : si je vois mon eimemi même dans une nécessité plus pressante , je dois le secourir par préférence k tout aut«e (Bourd.); il y a une véritable politesse à laisser parler les autres par préférence (J. J.); la coutume de Brabant est favorable aux fiUes d'un premier mariage par préférence aux mâles d'un second lit. (FéN.). — Nous faisons une foule éPaetions , nous respirons , nous remuons à chaque instant les paupières instinctivement; les actes faits par instinct ne sont pas accompagnés de conscience , ils se remarquent rarement. — « Ces petits morceaux de fonte ont été formés sans doute acddenteUement par lé feu des volcans. » BuFF. a II ne faut pas confondre ce qui est mal par sa nature avec ce qui ne souffre le mal que par accident. » J. J.

D'autres fois , ce qui distingui Tadveibe , c'est une nuance d'indétermination et de vague qu'il a puisée en passant par l'adjectif. Miraculeusement ne veut pas dire tout à fait par miracle, mais d'une manière miraculeuse , qui tient du miracle , comme par miracle. Dans provisoirement en rapport avec par provision , l'idée est aussi atténuée : cet adverbe ne suppose ni prévoyance , ni prudence , ni précaution , comme le fait encore un peu la phrase adverbiale. Il signifie d'une manière toute générale et vague , en attendant , et comme par provision.

S IT. Adverbe et phrase adverbiale adjective.

4* La phrase adverbiale étant composée d*un adjectif pris subslantivement et de la prépcaition à. jivea^ glémenty k l'aveugle; ètourdiment, a l'étourdie f ainiablementy à l'amiable i légèrement, a la légère f présentement f à présent; préalablement , au préalable; etc.

Jusqu'à présent les différences entre l'adverbe et sa définition ont dû être puisées à deux sources. Puisque l'adverbe tient du verbe par sa destination et de l'adjectif par son origine, il fallait examiner ce qui rteulte de cette double dépendance pour la valeur comparative de l'adverbe par rapport k celle de la phrase adverbiale. Quelle nuance de signification est en général imprimée à l'adverbe par l'influence qu'il subit de la part du verbe? Voilà ce qu'il s'agissait d'abord de déterminer. Ensuite, tel adjectif particulier, d'où vient tel adverbe, a-t-il une terminaison qui modifie sensiblement l'idée représentée purement et sans altération par le substantif de la phrase adverbiale, et cette même modification n'est-elle pas aussi sensible dans l'adverbe correspondant? Telle était la seconde question. En cherchant à résoudre l'une et l'autre on arrive et nous sonunes arrivés à deux sortes d'éclaircissements applicables, l'une à certaine exemples, l'autre à d'autres, et quelquefois toutes deux aux mêmes.

Or , l'un de ces deux moyens d'investigation et de distinction nous échappe maintenant : c'est le dernier. De ce que l'adjectif, d'où dérive un adverbe, a telle ou telle' terminaison qui modifie de telle ou telle manière l'idée radicale , on ne peut rien conclure relativement à la différence de

.RUBlf l£RE PARTIE :

Tadverbe et de la phrase adTeitlale; car celle-ci contient cet adjectif lui-même pris substantiyement : léger emerU, à la légère; définitivement ^ en définitive y ete. Il n'y a donc plua, pour obtenir quelque indication , qu'une seule chose à considérer, c'est le caractère de contingence et de subjectiyité communiqué à Tadverbe par le verbe; et il était nécessaire de rassembler dans une catégorie à part tous les exemples où l'adverbe se trouve opposé à une phrase adverbiale renfermant sous forme substantive Tadjeçtif même qui .a servi i former l'adverbe.

AVEUGLÉMENT, À L'AVEUGIiE. iTOUKPIMENT, A L'ÉTOURPIE, AMIABLEMEMT, i L'AMIABLE.

LÉGÉBEUENT, X LA LÉGÈIUB. Ces synonymes se réunissent naturellement en im même groupe, à cause de leur commune analogie,

Tous servent k modifier une action avec rapport Aune qualité de l'agent. Mais l'adveite néanmoins ne le fait pas absolument de la même façon que la phrase adverbiale. H représente comme propre et inhérente au sijget, comme concentrée en lui , la qualité qui apparaît dans la phrase adverbiale comme quelque chose de constitué hors du sujet, comme une mode A laquelle il participe de loin. L'adverbe et la phrase adverbiale modi* fient l'action en montrant l'agent , l'un sous l'empire d'une qualité fondamentale, dont il est pénétré, l'autre sous l'influence d'une qualité d'emprunt, qui n'est en lui que superficielle.

AYBCGLSMEEilT, À L'AVEÇGLB. N'y voyant pas.

Mais oMugUmmU eiprim« vae dispositioa du svjet, et à VaneugU un état de l'objet. Qui agit oMugUment s'aveugle, ferme les yeux, est duis la résolution de n'y point voir; qui agit à VanoeugU n'y voit pas, manque de lumière, se trouve placé en &ce d'un objet qui n'est pas dans un assez grand jour.

Quand quelqu'un agit a/œugUment^ c'est toujours à lui qu'il faut s'en prendre. « Que de démarches il avait faites pour les convaincre de son amitié , jusqu'à se porter aoeuglément A tout ce qu'ils avaient voulu 1 » S. S. « La soumission absolue et aveugle en toute rigueur était inexcusable : je ne pouvais, en matière de foi, me soU" mettre aveuglément, contre ma persuasion, aux décisions de deux hommes capables de me trom* per. » FÂH. c Soyons toujours oMuglément soumis oux ordres de Dieu , et mettons là toute notre eagessê. » Boas, «c Richelieu entendait par esprit de suite la soumission qui suit aceugùmeni les ordres d*an supérieur. » Volt. « Je te mets le fer k la main... J'écris à mes femmes de t'obéir aveuglément ;e\lM tomberont devant tes regards.» MoHTBSQ. — Quand quelqu'un agit à Vaoeugle^ la faute en est souvent à l'objet seul, qui n'est pas aases éclairé. « En tout ceci je marche à faneugU et à tâtons; car je ne sais ni ne soupçonne sur qui cette critique peut tomber. * PéH. « Jésus veut prendre des hommes dans le monde; mais quoique cette eau soit trouble, U n'y pêche pas d ToiMu^le. » Boss. « La nature du feu n'étant pas connue, on travaille à Vaioeugle^ et l'on ne peut arriver qu'à des résultats obsours.9 B'jrv. « On jugeait de ces choses à Vmftugkf

on ne savait trop ce qu'on devait penoettxe oa défendre. » Cond.

Toutefois Ja différence n'est pas toujours aussi grande , et à V<weugle peut n'être pas dénué de tout caractère de subjectivité; mais la subjectivité dont il est capable ne ressemble point à celle qui est propre à l'adverbe weuglément et ne s'élève jamais au même degré. Aveuglément équivaut presque à en aveugle ; à Vavevigle , à la manière aveugle , signifie proprement , à la manière des gens aveugles. Qui agit aveuglément agit en aveugle qu'il est; qui agit à Va^œugle agit à la manière des gens aveugles, comme s'il était aveugle : l'un ne veut point voir, l'autre ne regarde point assez pour y voir. C'est, d'une part, un défaut qui tient à l'&me, et, de l'autre, une simple faute de réflexion ou d'examen, « Quelqu'un qui, libre de choisir entre deux partis, aime mieux qu'on le détermine que de délibérer lui-même , se laisse aveuglément mener : quelqu'un qui, pressé de s'en aller, reçoit sans examen la marchandise qu'on lui présente, la prend à Vor veugle. » Roup. — Aveuglément aimonce un renoncement à sa propre volonté et se dit surtout avec obéir (Moutesq., Coirn.) , se soumettre (Boss., Fis.) , s'abandonner (Fbn.) , exécuter (Montbsq.) ou suivre (Volt.) des ordres ; àVawugle ne nsarque que de l'inattention et convient partioulièrement avec croire (Boss.) et juger (Win. , S. S. , Gond.).

ÉTOURDIMENT et À L'ÉTOURDIS différent absolument de même ; tout détail serait superflu*

AMIABLEMENT, À L'AMIABLE. Avec douceur.

ÀmiaJblement s'emploie avec les adverbes de comparaison pour désigner une manière d'agir propre à l'agent et qui jmplique un fond de douceur plus ou moins grand. « Mél^chton manda à Bacon qu'il trouvait Luther plus traitable , et qull commençait 4 parler plus amiablement de lui. » Boss. a On lui enfonce le trait dans l'Ame d'autant plus avant et plus sensiblement, qu'on paraît le faire plus charitablement et plus amiablement. » Id. « J'avais traité si amiablement avec lui des raisons de réprouver ces ouvrages, » In. «Elle a toujours écouté fort amiablement les propositions que je lui ai faites.» Dest. à V amiable se dit absolument pour exprimer une manière ordinaire d'arranger les choses, à laquelle l'agent se conforme comme tout le monde , mais sans que la douceur s'étende au delà du procédé. «Luther dénonçait de terribles jugements de Dieu aux deux partis, s'ils ne convenaient à Vamiable. « Boss. « Il y eut des troubles entre les débiteurs et les créanciers; Selon fut élu pour terminer toutes choses à Famioble, » Fis. «A cette époque les disputes entre les patriciens et les plébéiens se pacifiaient à Vamiable. » Rou.. « Veuillez encore arranger d Vamiable ma rente, mon dû et les arrérages avec l'intendant de M. de Richelieu» » VoifT. — On termine une affaire amiablement et à ramiahle : amiablemeni, en vertu d'un esprit particulier de bienveillance et de conciliation; à Vamiable, c'est-à-dire par voie de douceur et de oonciliation, comme cela se pratique communément dans les affaires où l'on ne plaide pas, où on n'en vient pas aux armes.

UtoBUMSMT, À LA IMtn, Ces exprassions

SYNONYMES QUI ONT LB MÉMS RADICAL

mt tfooofmm an propre et au figarft. Considèrons-I«8 d*abord au Qguré, c'est-^-dire en tant qu'elles signifieat inconsidérément ou lestefnent,. eatant qu'elles dénotent ou un défaut de réflexion , d'eiamsn, de jugement, ou un défont d'égards, de ménagementa, de bienséance.

Qui igit légèrement agit en homme léger qu'il «t;qiiiagità la légère, agit à la manière des gens légers, oomxne s'il était léger, c'est-à-dire que la UgMé est présentée, d'une part, commç inhénate au sujet, et, de l'autre, comme ne lui conroaat q|ue par participation à une manière d'agir coastituée hors de lui. J/yéremeiK est donc plis grave, parce qu'il est. plus subjectif.-* D'aillmrs, et par la même raison, I4gèremen$ se dit phudt aTec lea ?erbes qui expriment les opé-, raiîoiis de r&me : croire (Boss., FâN.), juger (Fn.}, soi^>çozmer (In.), se déterminer (Acad., J. J.) légèrement. Â la légère se joint plutôt à ceax qui signifient la conduite : parler, entrepraodre ou faire quelque chose à in Ugèr$, « I«es prophéties que Virgile a faites assez à la légère te fils de Pollion. » Bon.. Dans Lafontaine, le re^ BKd sorti du puits sermonne le bouc qui y resta i ai k dtl i*eet, dli-U, donné per ezcellenee àatem de Jugement que de bwbe su menlOQ, ,

Tu n'aoïeis pes, « ^ légère, Ikerttém dans oe pniu.

àm propre , noua disons armé, Têtu légèrement ea A le légère, Maia légèree^nt eiprime une ma^^ Bière de se mettre propre au si^et et produisant sur hd tel eflet ; à la légère représente une manière de se mettre eommunément usitée et abatraction fiûte de ce qui en résulte pour le eaieU Dn soldat ou un général légèrement armé a dei armes et dee vêtements qui ne le chargent point : «Le roi des Scythes s'avance seul, légèrement araié.... » Volt. Les soldats armée à la légère ont ime espèce particulière d'armes et de vétmaent : c Chariea VIII en Italie n'avait que âûO oavaliers armés à la légère,..,^ Volt.-- On est vêtu légère-, meut, afin de n'avoir pas trop chaud; ou est vêtu à la légère quand on porte un habillement d'été.^

nÉSEXTEmurr, À préseict. Dans le moment prèseat , dans la partie du temps où nous sommes.

De même que îégiremewt, amiablement, ete., «tprÔDeat une modification verbale résultant d'une qûlité du aujet considéré dans le sujet seul , et miépendamment de toute manière d'agir sem- Uâble usitée hors de lui et avant lui ^ de même préMnteffienl arrête les yeux de l'esprit sur le fait Mol qu'il sert à modifier. Il désigne un présent essenûei, dreonsorit, abeolu, indépendant de tsat ce qui précède. Bt comme à la légère , à Va- «teUa, modifient l'aetion en rapport avee un ■ode d'agir établi d'ailleurs, et sans exprimer la qealité dans le sujet d'une manière aussi réelle et ansei fondamentale , ainsi à v^étent est moins strict, moins rigoureux que pr^lMNlemenl, et, en oetre, il est presque toujours relatif k un temps SBlirieur. Nous disons, tOM< préisiilemml, pour, àfinstant même.

liais favtis médité tantôt un coup 4e matire, Hem terni mitmtêmtemt Je veux volr lea eflMa.

Mob

« Au moins , Je voua ordonne d'aller fout présentement rompre l'engagement que vous avez avec le père. » Regn. Le sens de pr^entement est encore celui-là, quand on l'emploie seul. Dans la préface de la Becherehe de la vérité, Malebranche parle de l'ouvrage qu'il donne pr^en^emenl au public.

Je tais homme à saisir les gêna par leurs paroles , Et J'ai présentemmt besoin de cent pisloles. Mol.

«Partant reste toujours six cents livres, que Je vous prie de me donner pr^entem^nt.» Regn. Une maison est à louer présentement, dans le temps même où Técriteau est apposé, pour le terme présent.

Au contraire, lea exemples suivants montrent bien ce qu'il y a de relâché et de relatif dans d présent.

Non, non cœur k prét&u vous déteste. Mol. Non, ma mère ; Je change a vrèseiu de pensée. In

Eh bien ! es-tn Sosie à présent ? In. La maison a présent , comme savez de reste , Au bon monsieur Tartufe appartient sans conteste. le Ahf ma foi, me voUà de son trouble éelairci ; Sa surprise k présent n^étonne plus mon âme. le. Esi-ee doue pour s'aimer qu'on a'épouse k préteat?

BaoM.

Bt voilà votre montra enfin leeeommodée $ Elle aonne à présent. lu.

Je vous prenais, monsieur, pour un homme de bien s Mais Je vois k présent que vous ne valea rien. Id. «Nous avons assez monté, descendons à présent. 9 ICONTBSQ,

Comme à prêtent désigne un présent étendu, qui se prolonge, on dit bien : à présent que , encore à présent; on ne dit guère ; présenteîneni que , encore présentement,

A présent qne Tamoursoccéde à la colère. Goaii, « A présent que Je suis assis dans la chaire de J. G. et de ses apôtres. 9 Boss. « Cantiques employés par tous les anciens, et encore à présent par cer« tains peuples. » In. « Le Capitule et la citadella gardent encore à présent des marques que les ennemis s'en sont rendus maîtres. » Mal*

PRÉALABLEMENT, AU PRÉALABLE. Auparavant, avaQt toutes choses.

L'UQ convient mieux dans le récit, quand on rapporte ce qui s'est passé. < Charles-Quint cède l'empire à son frère \ il demande préMblement l'agrément. du saint-siége. 9 Volt. « Les huguenots qui se convertirent furent préalablement bien instruits.» S. S. Au préalable se dira plutôt dana le didactique ou le théorique, quand il s'agira de fixer des conditions, de marquer ce qui doit ou devrait être. Cette conclusion ne serait légitime qu'autant que, au préalable, telle proposition aurait été démontrée. « H fiaut au préoMU voir si....» Acad. «Je ne prétends point qu'il se marie, dit un médecin de Molière en parlant de M. de Pourceaugnac, qu'au préalable il n'ait satisfait à la médecine. »

FAUSSEMENT, i FAUX. On accuse quelqu'un faïuesement ou à faux, c'est-à-dire sans raison suffisante, sans être fondé à le faire.

Faussement regarde plutôt l'accusation et l'accusateur 1 à faux l'accusé. D'une part, on songe à celui et à la'dÎHMsition de celui qui , sans le savoir on le •aebant peut^tre, dit des choses contraires

FREMIËRE PARTIE

à la vérité; de l'autre, on se représente celui qui est l'objet de l'accusation comme éprouTant un tort , comme blessé dans son honneur ou dans ses biens. Le calomniateur accuse fauisement ; l'innocent est accusé à faux. L'adverbe a plus rapport au fait, et la phrase adverbiale au droit. Aussi à faux, et non pas faussemerU, peut s'employer dans des cas où il n'est pas question d'action ni d'agent , d'accusation ni d'accusateur. < Ce n'est pas un ministre de J. C. , c'est un usurpateur qui porte à faux ce titre honorable. » Hass.

ÉTROITEHENT, À L'ÉTROIT. De manière à avoir peu de place et de liberté.

.Étroitement exprime cet état en rapport avec une action ou un agent qui y met. a Son père la mit en un de ses châteaux, gardée ^rottemenl par des gens du duc d'Hanovre. » S. S. a Les deux princes furent enlevés et conduits à Leipsick où on les enferma étroitement, » Volt, à Vétroit désigne le même état , mais absolument : être à Véif oit (Laf. , Dbst.) , être logé (Acad.)ou assis (Les.) à Vétroit, — On dit bien cependant, selon l'Académie , être logé étrottemefit et à Vétroit, Mais où vous êtes étroitement logé eu égard à vous, vous êtes logé à Vétroit eu égard au local. Quand vous êtes étroitement logé, vous souffrez, vous êtes gêné, mal à l'aise, votre condition et vos goûts sont contrariés ; quand vous êtes logé d Vétroit , le lieu que vous habitez est trop resserré, il faut ou le quitter ou l'agrandir. On est , on se trouve à Vétroit, comme on est, comme on se trouve au large , et ces deux expressions sont moins relatives aux sentiments éprouvés dans les états qu'elles rappellent , qu'à la constitution des choses qui produit ces états.

OEDINAIREMENt, À L'ORDINAIRE , se disent en parlant de ce qui a souvent lieu.

Hais ordinairement se borne à exprimer ique l'action marquée par le verbe se passe ou arrive souvent; à Vordinaire, selon la manière ordinaire , rappelle une habitude établie , qui a déjà une existence indépendante du fait dont on parle et conformément à laquelle il a lieu. Ordinairement est purement phénoménal et fixe toute l'attention sur l'action dont il s'agit; àVordinaire se rapporte à quelque chose d'objectif, à une habitude , à une règle déjà constituée antérieurement. Dire qu'on fait une chose ordinairement , c'est dire qu'on la fait fréquemment , qu'on a coutume de la faire; dire qu'on fait une chose à Vordinaire, c'est dire qu'on fait dans un cas particulier une chose qu'on a coutume de faire et comme on a coutume de la faire. Ce qui arrive ordinairement a coutume d'arriver (tolet) : ce qui arrive à Vordinaire arrive à la manière accoutumée {ut tolet).

Ici se présente l'occasion naturelle de vérifier ce que nous avons plusieurs fois supposé, savoir que le sens particulier de la préposition ne fait rien au rapport de l'adverbe à la phrase adverbiale, et qu'on peut n'en tenir aucun compte dans la détermination de ce rapport. Si cela est, comme nous l'avons cru et admis jusqu'à présent , il faut que nous découvrions la même différence , par exemple , entre ordinairement et à Vifrdinaire^ entre ordinairement et d'ordtnotre.

et entre ordinairement et pour Vcfdinaire , c'està-dire celle qui résulte du caractère veibal de l'adverbe. T a-t-il donc la même opposition entre ordinairement et chacune de ses trois prétendues explications , à Vordinaire , d^ordinaire et pour Vordinaire ? Examinons attentivement.

Ordinairement est seul phénoménal; il signifie seul ce qui arrive et ne signifie que ceU. Les trois phrases adverbiales, au contraire, représentent, non ce qui se passe ou a lieu effectivement, mais ce qui est en soi, de droit, dans le vrai ; elles se dbent dans l'ordre des idées et non dans l'ordre des faits. Quand vous dites, les femmes sont ordinairement inconstantes, vous racontez; mais quand vous dites, telle femme est inconstante à Vordinaire , ou bien , d^ordinaire on powr Vordinaire les femmes sont inconstantes, vous rappelez ou vous énoncez théoriquement, didactiquement une règle ou un principe. Là vous êtes historien , vous foites le récit de ce qui se passe et se voit réellement; ici vous êtes dogmatiste , vous prononcez une sentence ou une maxime : là vous rapportez une observation, ici vous exprimez une idée. Les ambitieux hantent ordtnairement la cour, c'est-à-dire que c'est là ce qui arrive et ce qui se voit : d'ordtfiatre eu pour Vordinaire les ambitieux hantent la cour, c'està-dire, règle générale, indépendamment des temps et des lieux et abstraction faite de la réalité, c'est tme vérité, une loi que les ambitieux hantent la cour. Quand je dis, tous les états violents ne sont pas d^ordinaire (ou pour Vordinaire) do longue durée (P. R.) , je ne fais allusion à rien d'effectif, à rien qui se soit passé, j'affirme que cela est daxis le vrai , idéalement , et que , si par hasard il vient à se trouver des états violents, ils ne seront pas de longue durée. Aossi les phrases adverbiales se prennent-eUes d'une manière absolue pour indiquer, non pas ce qui arrive ou est arrivé, mais ce qui doit Ou devrait, ce qui peut ou pourrait arriver. « Il donne l'assurance de n'agir point d^ordinaire sans consulter. V FÉN.

Tu sais que d'anUnaire, Quand ramour vent parler, la raison doit se (aire.

Reon.

« Voici la conduite que pour Vordinaire tu dois tenir. » Mal. « Il faut que le monde prédestiné serve et gémisse pour Vordinaire sous l'oppression des méchants. » Boss.

Ordinairement désigne quelque chose qui se fait; d^ ordinaire et pour Vordinaire signifient quelque chose qui est. Je vais ordinairemevU dans une maison où je vais souvent, où il n'est pas rare de me voir , où vous avez pu me rencontrer ; d^ordinaire ou pour Vordinaire je dtne ou passe mes soirées dans une maison, c'est-à-dire que c'est pour moi Une habitude formée , un pli pria , une loi. Ce que j'exprime par ordinairement , c'est l'action , le phénomène et la fréquence du phénomène ; ce que j,'exprime par dl ordinaire et pour rordtîiatre, c'est l'habitude en soi, et non aa manifestation , la chose et non le fait.

Donc les trois phrases adverbiales, malgré la diversité de leurs prépositions, sont dans le même rapport d'opposition à l'égard de l'adverbe.

irétiiDoiiu cette même diversité leur donne à chacaoe, quand en les considère entre elles , une niiaziM propre et caractéristique ; en sorte que , après les avoir séparées toutes trois de Tadverbe , lans tenir compte du sens particulier des prépositions, rien ne noua empêche de les distinguer à préseat entre elles en cherchant avec soin les lè0TcsiDodificatî<»is de sens attachées àd , à de et à pow. (?est même , à le bien prendre , une di^ gression indispensable.

A rsricMtre rappelle vaguement une habitude établie, coofonnément à laquelle on agit; éPoT' dmàn et potir Tordifiatre déterminent préciséme&lqne c'est une habitude de faire telles choses. SiDsé f ordinaire^ à produit un effet tel, que Viàèt de rhabitude vous frappe peu ; dans éPùréamn et pour f ordinaire^ de et pour énoncent, tet remarquer , apprennent que c'est une habitade de faire telle espèce d'actions. Avec à Vordimm on fkit allusion i ce qui est généralement su '.avec dwrdinaire et pour rordinotre on déclare spécialement , particulièrement , que la coufKme est de flaire ceci ou cela.

Le pasteor éudli eôté.

Si técitail, à l'ordinaire^

Maintet dévotes oraisons.

Le galani done investit Lucrèce Qui ne manqna de flaire la tigresse ui l'ordimûre. Ix>.

Lav.

« Riez , Zélie , soyez badine et Iblâtre à votre or^ dàaire. » Labr.

D'autre part, pour V ordinaire est plus rigoureux que<fordtfiatre, conformément à la différence générale des prépositions de et pour; et ce qui le prouve encore, c'est que pour, et non pas ir, nécessite l'emploi de l'article. Pour ^ ordinaire désigne une coutume passée en loi ^ une babîtade devenue règle générale ; c'est une expression de légiste et de formaliste qui nie plus positivement les exceptions. «La diversité des temps est pour Pordtfiatre commime à tous les verbes. » P. R. s Pour Vordinaire^ les noms latins terminés en «s , s'ils ne sont que de deux syllabes . on ne les change point , comme Cyrru , Crésue , Po- > Yauo. Bossuet dit en parlant de la milice ro- « Pour Pordinaire on ne comptait plus les IHisooniers parmi les citoyens «et on les laissait aux ennemis. >

9* La phrase adverbiale étant composée d'où adDecdf pris sobslantivement et de la préposition en. En^ ùèrem^Ht^ en entier ; vainemeni^ en 9ainf swrète^ , en eetreti publiquement , en publie/ ete.

Entre l'adverbe et la phrase adverbiale adjective la différence est toujours la même , quelle que soit ht préposition qui , dans la phrase adverbiale , précède le substantif. En conséquence de ce qui Tient d'être démontré , que cette préposition soit i ou en ou toute autre , il n'importe ^ la phrase adrèrbiale adjective est toujours à l'égard de l'advexbe dans le rapport de l'objectif au subjectif, de Fètre an phénomène , de ce qui est à ce qui se fait M arrive; et c'est là seulement ce qu'il faut considérer, si on veut arriver à saisir en quoi , dans le cas dont il s'agit, l'adverbe se distingua de sou c^piintion.

JBNTIEREMENT, EN ENTIER.

c Yous désignez par là une exécution parfaite , une consommation totale, un achèvement absolu, une chose à laquelle il ne manque rien, d'où l'on n'a rien ôté , où il n'y a rien à ajouter. »

« EfttiéremenI modifie le verbe, l'action exprimée par le veihe; en etUter modifie la chose, l'objet sur lequel tombe cette action. Quand vous avez fait entièremetsi une chose , la chose est faite en entier; vous n'avez plus rien à y faire , et il n'y a plus rien à y faire. J'ai lu entièrement cet ouvrage , c'est-à-dire que ma lecture est achevée; je l'ai lu en entier, c'est-àrdire que j'ai lu l'ouvrage tout entier. Yous direz entièrement quand il s'agira de marquer l'étendue de votre action , et en entier lorsqu'il faudra proprement déterminer l'étendue de l'effet ou de la chose. Yous avez entièrement compté une somme ; la somme est en entier dans le sac. Yous ne direz point que vous ave; compté en entier; et il ne faut pas dire que la somme est entièrement à cette place. Une personne change entièrement d'avis; on ne dira pas qu'elle change en entier : c'est la personne qui change et non l'avis. La peste a cessé entièrement et non en entier; la peste en elle-même ne se drvise pas comme un tout qui a plusieurs parties ; mais son cours ou son action a plus ou moins de force et passe par divers degrés d'affaiblissement jusqu'à son entière cessation. » Roub.

Il y a beaucoup d'autres choses qui , comme la peste, étant abstraites, non divisibles à la manière des corps, et inappréciables sous le rapport de la quantité, permettent qu'on emploie, quand on en parle , l'adverbe entièrement , mais jamais la phrase adverbiale en entier, a La vie commence à s'éteindre longtemps avant qu'elle s'éteigne entièrement, > Boff. « Ma mémoire est entièrement éteinte.» J. J. «Dieu ne voulut pas que son nom fût entièrement aboli. » Boss. «Puisse la discipline ecclésiastique être enttérement rétablie. » In. U en est de même à l'égard des personnes, si on les considère quant à leur àme , et non quant à leur corps : être entièrement à la dévotion de quelqu'un (Laf.) , à la merci de ses gens (J. J.)» ^ livrer entièrement à l'étude (AcAD.); renoncer entièrement au monde (Boss.), à son salut (Bourd.); un roi entièrement tourné à U guerre (Fin.); ignorer entièrement qu'on a une àme (Mal.}. Mais on dira en entier quand il sera question de choses composées de parties et qu'on ne voudra marquer aucun rapport à un sujet qui agit ou à son action. « Cette montagne est en entier composée de telle matière. » Boff. « Le corps de presque tous les animaux quadrupèdes est en entier couvert de poils. » ID. « Il est difficile de lire de suite , et encore plus de lire en entier vingt volumes. » Lah.

VAINEMENT, EN YAIN, s'emploient en parhmt d'une action, d'une tentative qui échoue.

Mais ils représentent l'insuccès , l'un par rapport au sujet qui perd son temps et sa peine, l'autre par rapport au but qui est manqué. C'est la distinction de Girard. « On a travaillé vainement, dit-U, lorsqu'on n'est pas récompensé de son travail , ou qu'il n'est pas agréé; on a travaillé m wn , lorsqu'on n'est pas venu à bout dç

PBEMIËRE PARTIE :

ce qu'on voulait foire. > Il y a donc la même différence entre ces deux expressions qu'entre entièrement et en entier. D'après cela , vainement con- Tiendra bien avec les verbes se tourmenter, se fatiguer , s'efforcer , chercher , poursuivre , tenter , parce qu'ils marquent l'empressement, l'attente et l'espoir du sujet dont ils font ressortir d'autant plus la déception.

Toutefois Roubaud propose un nouvel aperçu qui complète le précédent plutôt qu'il ne le contredit; car il a comme celui-ci son fonde* ment dans le caractère verbal de l'adverbe. Suivant lui, vainement regarde l'ouvrage et en vain l'objet; le premier marque l'inutilité du travail, et le second l'inutilité de la chose à laquelle on a travaillé. Quand je n'ai pu faire ma tâche, j'ai travaillé i'atnCTitertl; quand j'ai fait ma tâche, mais que ce qui en résulte n'est pas bon , avantageux , profitable , j'ai travaillé en vain. Vainement est qualificatif d'un fait, en vain qualificatif d'un objet , d'une chose faite , étant telle ou telle. Quand on travaille vainement , il n*y a pas d'effet produit ; quand on travaille en vain , l'efiet produit n'est pas ce qu'il devrait être. Dans Girard vainement est subjectif, car il fait songer au sujet qui échoue; en vain est objectif, car il rappelle essentiellement l'objet qui reste inachevé , inaccompli : ce sont les deux faces d'une même chose. Dans Roubaud vainement est subjectif, ou , s! l'on veut , verbal , car il appelle l'attention sur l'ouvrage ou la tâche du moment, sur ce qui est de fait , effectif, sur ce qui dépend de l'action du sujet; en vain est objectif, car il se rapporte à ce qui résulte de l'ouvrage , à la partie qui ne dépend pas de l'action et a en soi , au fond , telle ou telle qua- Uté.

Hais bornons-nous & considérer la théorie de Roubaud seule. Vous purltz vainement à un sourd , vous ne pouvez vous en faire entendre. Vous ne parlez pas vainement , mais en vain , à un obstiné , car vous vous en faites bien entendre, mais les choses que vous Ini dites sont inefficaces , impuissantes à le persuader. Au contraire , im père réprimande vainement, mais non pas en vain son fils , qu'il veut tout d'un coup faire renoncer à des liaisons dangererises , quand ce fils, sans y renoncer en effet, songe au moins â les rendre moins étroites et pliis choisies. Qu'on agisse vainement où en vain, il y a toujours déception. Hais, d'une part, la déception provient de l'impuissance de l'effort relativement à un acte spécial, &un effet immédiat; de l'autre, elle résulte de l'insuffisance de laction par rapport à un but ultérieur. Vous travaillez vainevfient à une chose , quand vous ne pouvez venir à bout de la faire; vous y travaillez en vain, si cette chose, après qu'elle aura été faite , ne doit servir de rien à im but éloigné que vous vous proposez. Là, vous échouez dans votre action ; ici , dans votre dessein. Là, vous êtes déçu comme agent, et ici en raison de la qualité de l'objet ou de la chose foite. c Si le Seigneur n'élève pas l'édifice , ceux qui rélèvent auront travaillé en vain, in vanum, comme dit le texte , et non vxiinement. Ils n'auront pas travaillé vainement , car ils auront élevé Védifica ; ils auront travaillé m fjain , car ils n'au-

ront fait qu'un vain édifice qui ne tabetsiera pas. 9 RoDB. c Celui qui ne fait que des choses vides de sens, de raison, de vertu, consume vainement le temps; celui qui foit des choses utiles, mais inutilement , ou sans qu'on en profite , l'emploie en vain, » In. Vainement se dit de ce qui manque d'arriver ; et en vain de ce qui est arrivé , mais sans fruit. Vous demandez vainement la grâce, vous ne pouvez l'obtenir, malgré vos prières; vous la recevez en vain (Boss.), vous l'avez obtenue , mais vous n'en profitez pas. Des assiégés tentent vainement de fermer les portes, ils ne peuvent y réussir; ils les ferment en vain (Volt.) , si cette fermeture n'empêche pas les ennemis de pénétrer dans la place. Quand vous agissez vainement^ ce qui est vain, c'est votre action, elle échoue; quand votis agissez en ratn, ce qui est vain , c'est votre oeuVre , la chose faite, elle n'est pas bonne ou utile.

SBCRÈTEMEI^T, EN SECRET servent à qualifier des actions qui ne sont pas sues ou aperçues.

Mais en disant secrètement^ vous présentez comme secrète l'action , quant à la manière dont elle se passe , et en employant en tecret , vous la présentez comme secrète en elle-même. Secrètement si^niûe, à la rigueur, de manière à n'être pas vu, de peur d'être vu foisant l'action, et ce mot suppose presque toujours l'intention , le soin d'échapper aux regards; en secret, à part, sans être vu , qualifie ce qui est, et non ce qui se £ait , l'action comme étant dételle ou telle sorte. Ce que vous dites ou faites secrètement, vous en faites un secret; ce que vous dites ou faites en secret est secret. Dans Molière , Lubin dit à Georges Dan-r din : «On m'a enchargé de prendre garde que personne ne me vit. Je suis bien aise de faire les choses secrètement , comme on m'a recommandé. » Et un peu plus loin : < Vous êtes donc on causeur, et vous allez redire ce que Fon vous dit en secret, » Ce que l'on vous dit en secret , c'esl-à-dire les choses en elles-mêmes secrètes qu'on vous dit* a Voêt accusait Descartes d'être un athée , et même d'enseigner finement et searètement l'athéisme, s Mal.

Thésée, avec Hélène uni secrètement,,

Fil succéder l'hymen à ton enléTement. Rao.

Mon cœur, Je l'aroueral, loi pardonne en smrét^ lo.

Ce qui , dans ce dernier exemple , est secret y ce n'est pas le fait du pardon , mais le pardon en luimême.

<L Vous faites en secret beaucoup d'actions naturelles et légitimes , que la bienséance ne permet pas de faire devant tout le monde ; vous ne les faites pas secrètement, car vous ne vous en cachez pas, et tout le monde peut savoir ce qu« vous faites. Vous trameriez secrètement un conaplot : vous faites en secret une confidence. Au niilieu d'un cercle , vous parlez à une personne en particuliei; et tout bas ; vous ne lui parlez pas ee^ crètement , car on voit que vous lui parlez : youb lui parlez en secret ou à part , car on n'entend pas ce que vous lui dites. » Roob.

On dira secrètement , en parlant des actioxis 8ii»> ceptibles de n'être pas aperçues , en tant qu'elles ne sont pas aperçues, et dont leur auteur Yeat qu'elles ne soient pas aperçues pendant qu'elles

^icoompUss&it ; et en secret , en parlant des choseft •eerètet 6b elles>mâmes.

Qa'on dise à Josabet Qof Mathan Teat ici lai parler en secret. Ra&

mtban se soucie peu qu'on le yole causer avec Josabet; ce n'est pas le fait de Tentretien qui est (jualifié, mais l'entretien lui-même, les choses qui doivent en faire le siiget. Pardonner, désirer, soupirer, pleurer en secret y ce n'est point {aire ces actioDs de manière k n'être pas tu les faisant , c'est les iaire sans qu'elles soient sues ou con*

rciUQUEHENT, EN PCSUG. Devant tout le

Boode.

?vMiqvumen$ , de manière à être tû ou entendu (ie toat le monde ; en public , de manière qu'on et TU ou entendu de tout le monde. En publie exprime une circonstance objective , indépendante du sujet , considérée en elle-même , et publiquement, une circonstance toute relative au sujet. Aussi le premier s'emploie-t-il dans des locutions absolues, et le second dans des locutions particulières et déterminées : paraître ou parler en pu- Uic, faire ou dire telle ou telle chose publiquement. Quand on dit de quelqu'un qu'il a parlé ou paru en publie , la proposition a un sens complet, se suffit à elle-même, vous n'en demandez pts davantage. Si on rapporte qu'il a fait ou dit telle on telle chose publiquement ^ vous n'êtes pas satisfait , vous voulez savoir pourquoi il n'a pas craint d'agir ainsi, vous songez aux raisons qui roDt porté à ne point se cacher. On ne &it point en particulier ce qu'on fait en publie^ ni en cachette ce qu'on fait publiquement,

DéFIKITiyElIENT, EN DiFlNITITB. Par jugement définitif.

L'un caractérise la diose comme événement, comme ayant lieu. On a Jugé une affaire définitivement tel jour , en présence de telles personnes , après avoir longtemps différé. L'autre caractérise la chose en soi : une affaire jugée en définitive ne peut plus être remise en question. Une affaire n'est point encore jugée définitivement quand on doit foire de nouveau l'action de l'examiner, de la discuter; elle n'est point encore jugée en défaùtke, quand la sentence déjà rendue n'a pas en elle-même la force d'arrêter toute enquête, toute décision ultérieure. Ainsi l'adverbe est phé^ noménal et extrinsèque; la phrase adveri)iale est essentielle et intrinsèque.

GÉ?IÉRAI£IIENT, EN GÉNÈEAL. A peu d'exceptions près.

L*an se dit dans l'ordre des fths, des événe* ments ; il est empirique : Tautre s'emploie dans l'ordre des idées; il est ontologique et logique* Opinion généraiemeni reçue, bruit généralement répandu; homme généralement estimé; on re* marque assez généralement que.... Il est vrai en 9^ral que.... ^n^ralemenl pariant , les hommes i systèmes sont obstinés : On en rencontre peu qui ne le soient pas. Quand on soutient que telle fûrme de gouvernement conviendrait mieux aux

peuples parvenus à tel degré dé civilisation , on

parle en général^ on ne prétend pas que cela soit

mi absolument, sons tous las rapports, dana

tontes les circonstances.

PARTICDLIÈREIIENT, EN PARTICULIER. Spécialement. 11 aime tous les arts en général et par* ticulièrement la peinture , ou , et la peinture en particulier.

En particulier signifie simplement, entré autres; particulièrement entraîne toujours, si légère qu'elle soit, une certaine idée de préférence, de prédilection de la part du sujet, Ur quelle détermine celui qui parle A choisir cet art parmi les autres pour le citer. C'est pourquoi on dirait bien : Il aime tous les arts en général, mais particulièrement la peinture, et. non, mais la peinture en particulier.

PLEINEMENT, EN PLEIN. Complètement, non à moitié, à demi, jusqu'à un certain point.

JL'adverbe n'est usité que pour exprimer des états subjectifs de l'âme humaioe : être pleinement convaincu ou. justifié. En plein ne s'emploie qu'objectivement, en parlant d'objets matériels. Le soleil donnait en plein sur nous. Donner en plein dans un piège.

GRANDEMENT^ EN GRAND. On pense, on agit grandement ou en grande c'est-à-dire d'une manière grande.

Grandement annonce une grandeur propre au sujet, et en grand une grandeur établie en dehors et indépendamment de lui, à laquelle il se con* forma. L'un le caractérise lui-même en tant que pensant et agissant, l'autre caractérise la nature de ses pensées et de ses actions. Celui qui pense et agit grandement , répugne à s'occuper de détails ; les pensées et les actions de celui qui pense et agît en grande n'ont rien de mesquin ni de futile. Ensuite , grandement se dit plutôt en parlant du fait, de la manifestation, de l'appareil extérieur, et en grand du fond même , de la réalité. Il peut 7 avoir de l'ostentation , de Tenflure dans celui qui agit grondement; agir en grand suppose toujours une grandeur, une nobl^aie, une éleva* tion effectives.

S m. Adverbe et phrase odeerbiole ekbstamtive'

qualificative.

Sagement f m eOge^ mtwtgUmenij em atemgU; lâeh^

ment y en lèche f hèroiqmement y en héros { philoso-

phiçuement, en philosophe f fraternellement, en

frères amicalement^ en ami; saintement, en saint f

sottement, en sot; cavalièrement, em cavalier ; etc.

Toutes les phrases adverbiales ci-dessus examinées diffèrent de l'adverbe par un caractère d'objectivité. Ainsi se conduire ocee «ogeMe fait penser à la sagesse de la conduite , des entreprises et des démarches; au lieu que se conduire sagement place la sagesse dans l'agent et la montre comme lui étant inhérents. De même agir à Vaveugle^ c'est agir n'étant pas éclairé ou selon un mode constitué hors du sujet, à la manière aveugle ; et agir aveuglément , c'est agir en aveugle qu'on est , en s'aveuglant.

Hais voici une sorte de phrase adverbiale qui est subjective comme l'adverbe lui-même , c'est-àdire modificative de l'action avec rapport à une qualité du sujet : ensage , en aveugle , en Idche^ etc. Est-ce donc à dire qu'il y ait alors complète iden* titè entre l'adverbe et son expUcatioa , «atre Mfie-

Page 1