‹ Dictionnaire des synonymes de la langue françaiseChapitre 9 sur 444 · XII INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XII INTRODUCTION

sortir leurs nuances distinclives, et pour cela ce n'est pas trop la plupart du temps d'une longue comparaison où on les oppose les uns aux autres sous toutes les faces, ^u moyen de phrases faites à dessein ou d'exemples empruntés aux écrivains les plus considérables. Voilà pourquoi les dictionnaires des synonymes, abrégés de Girard, que Boiste et Layeaux ont joints à leurs grands dictionnaires augmentent le volume de ceux-ci sans rien ajouter à leur valeur. Le fait est qu'une foule de distinctions ne s'y comprennent plus, faute d'explications et de détails. De là yiejit aussi en partie que les Synonymes latins de Cardin Dumesnil, imitation écourtée de Girard, [sont si insignifiants et si peu utiles à étudier ^ Voilà pourquoi enfin on ne saurait donner du travail d'un synonymiste une analyse fidèle et claire, surtout quand on s'attache, ainsi que l'a fait M. Guizot par rapport à Roubaud, non pas à résumer sa pensée, mais k transcrire quelques phrases avec les termes mêmes dont l'auteur s'est servi.

Les dictionnaires ordinaires ont pour inconvénients de laisser dans l'incertitude touchant la signification propre des mots , et , en ce qui concerne le choix de ceux-ci , de favoriser la paresse et l'indifiërence , de fournir au verbiage un aliment et un encouragement. En combattant deux eCTets si déplorables, le dictionnaire des synonymes rend un double service. U y a plus : sans les lumières qu'il prête , on ne saisirait pas toujoiu*s dans les auteurs classiques des finesses qui tiennent à des nuances de sens fort délicates. Par exemple , Laharpe rapporte, dans son Cours de litiérature^ qu'à l'époque de la Révolution l'impudence des mœurs fut telle , que les femmes en vinrent à s'habiUer sans se vêtir; expression admirable, mais dont la justesse parfaite doit échapper à bien des lecteurs, à tous ceux qui s'en rapportent aux dictionnaires pour les sens des mots : les dictionnaires définissent s'habiller par se véHr^ et se vêtir par s'habiller. Vous lisez dans Montaigne que c'est trahison de se marier sans s'épouser V que , pour donner comme il faut, on doit épandre le grain, non pas le répandre V et qu'en faisant souvent le piteux on n'est pitoyable à personne \ Bornez-vous à consulter le meilleur de nos dictionnaires , celui de l'Académie , vous ne parviendrez pas avec son aide seule à comprendre tout ce qu'il y a de spirituel et de juste dans ces trois phrases. Vous y trouverez la même définition appliquée à se marier et à s'épouser^ à épandre et à répandre^ k piteux et k pitoyable. Il arrive bien quelquefois aux vocabulistes de mettre des différences entre les définitions des mots opposés par les auteurs; mais d'ordinaire, ou ces différences sont fausses, comme celle, par exemple, que prétend établir l'Académie entre e*est à vous à et c'est à vous de^ ou elles ne sont qu'apparentes et en les pressant on en fait aisément'ressortir tout ce qu'elles contiennent d'illusoire. A la fin du chapitre intitulé : De Democriius et Heraclitus , le même Montaigne écrit que , notre propre et pécu-

1. Le même reproche ne saurait être fait i rexcellent TraUé des synonymes de la langue UUine de M. E. Barrault , auquel Tlnstitut a décerné le prix de linguistique en 1853. 2. 1.iv. ni, chap. v.

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