‹ Dictionnaire des synonymes de la langue françaiseChapitre 8 sur 444 · INTRODUCTION. IX · texte numérisé non relu

INTRODUCTION. IX

oa si ce mot, comme il arrive presque toujours, se trouve déGni à son tour par odui même à qui il sert de définition» de sorte qu'on soit renvoyé de l'un à l'autre sans rien apprendre de l'un ni de l'autre. Ensuite, c'est induire en erreur en faisant croire à une identité absolue de signification entre le mot expliqué et le mot qui explique, identité qui a très-rarement» ou plutôt qui n'a jamais \ieu. Ainsi, presque toutes les définitions des dictionnaires sont illusoires ; elles promènent le lecteur d'un volume ou d'un mot à un autre , sans repos et sans fruit » sans jamais lui rien enseigna d'essentiel qui le satisfasse et l'arrête définitivement, elles le font rouler dans un même cercle » cercle vicieux suivant la juste expression des logiciens; et, si on s'en rapportait aux vocabulisles, il faudrait tenir pour équivalents, c'est-à-dire pour tynonymes^ car tel est le nom donné aux mots prétendus égaux pour le sens, non-seulement ceux qu'ils qualifient ainsi formeUement, non-seulement ceux auxquels ils appliquent la même définition, soit sans détour , soit en ayant l'air de la varier en variant un peu les termes, mais oioore tous ceux qu'ils font servir de définitions les uns aux autres, et le nombre en est fort considérable. Consultez le dictionnaire seul, vous vous imaginiez, par exemple, que la synonymie est parfaite, et qu'il n'y a jamais de choix à &lre entre gourmand et glouton; ladre et crasseux; intelligent et entendu; trouver et rencontrer; bétail et bestiaux ; enchérir et renchérir; odorant et odoriférmt; étincelle et bluette; ineffaçable et indélébile; grandeur d'àme^ générosité et magnanimiié; et ainsi d'une foule d'autres.

Sous ce rapport, tous les dictionnaires pèchent également et à peu près au même degré. Celui de l'Académie détermine de la même manière que les autres les sîgmfications des mots : ou, pour parler exactement, il est à cet égard le modèle que tes autres copient. L'Académie, à la vérité, a senti et déclaré dès le principe que, pour définir les termes', il ne fallait pas se contenter d'en faire connaître les synonymes ; mats, dans la pratique, il lui arrive presque toujours de s'en contenter. Aussi, tout ce que nous disons ou dirons des dictionnaires s'étend à tous, bien que s'appliquant particulièrement à celui de l'Académie, le vrai régulateur de la langue française. C'est donc de celui-ci que nous emprunterons d'abord un exemple qui mette en évidence ce qu'il y a d'insuffisant dans ces ébauches de définitions.

Qu'on t&che de concevou, d'après l'Acadénûe, les sens attachés aux verbes suivants:

Blâmer : improuver, reprendre, condamner.

Improuver : désapprouver, blâmer.

Désapprouver : blâmer, condanmer, trouver mauvais.

R^frouver : rejeter une chose, la désapprouver, la condamner.

Reprendre : blâmer, censurer, critiquer, trouver à redire.

Condamner : bl&mer, désapprouver, rejeter.

Désavouer (fig.) : désapprouver, condanmer, réprouver.

Censurer : bl&mer, critiquer, reprendre.

Critiquer : censurer, trouver à redire.

Bedire [tramer à) : reprendre, UAïuer, ceoâurer*

Contrôler : repreodre, crit^pier» censurer*

Fronder : bl&mer» ooadanujery critiquer.

Épiloguer : censurer» trouver à redire.

Au lieu d*instruire le lecteur, ne semble4«>oa pas se jouer de lui f Et que sait il de plus après qu'avant, sinon que tous ces verbes sont synonymes et qu'on peut indistinctement dans tous les cas employer celui^ ou celui-là^? Du reste ces définitions ne sont point rares dans les dictionnaires; elles s'y rencontrent par centaines, par milliers; et ce sont elles apparemment qui ont &it dire à Ri* varol que l'Académie avait manqué la presque totalité de ses définitions.

En somme, les dictionnaires ne définissent point, on ils définissent d'une ma* nière incomplète, en même tçmps qu'ils accréditent une erreur. Ils désignenl d'une manière générale et approchante l'ordre d'idées exprimé par le mot donné, sans insister sur la place qu'il y occupe, sur le caractère particulier qui le distingue comme espèce dans le genre. Ils mettent sans plus de rigueur cbaque mot à côté d'un autre ou d'autres mots qui lui ressemblent à peu près. Indication insuffisante qui ne fait pas connaître, qui laisse flotter dans le vague la propriété des tames, qui n'apprend rien sur le choix qu'il convient d'en faire dans les diverses circonstances, et qui n'a d*autre résultat positif que de former une massQ énorme de mots qui surchargent la langue en l'appauvrissant d'idées. Les Diction^ naires des synonymes ont pour objet de remédier à cette double imperfection. Ce sont, en ce qui regarde les définitions, des compléments des dictionnaires ordinaires. Posant en principe qu'il ne saurait y avoir de synonymes parfaits, surtout dans la langue usuelle d'un peuple avancé en civilisation, ils réunissent en familles les mots qui expressément ou implicitement sont tenus pour tels, et ils assignent & chacun une idée nette et qui lui convient exclusivement.

Synonyme vient de deux mots grecs «vv, avec,, ensemble, et A^of^a, nom, pont marquer que les termes ainsi qualifiés nomment ou désignent ensemble, ouïes uns comme les autres, les mêmes choses, les mêmes idées. Il y a effectivement des mots regardés comme tout & &it équivalents par les poètes, par las mauvais surtout, qui ne consultent en les employant que le besoin de la mesure et celui de la rime. Ce qui a fait dire à Port-Royal : « Combien la rime n'a-t*elle pas engagé de gens à mentû*? » Ainsi, dans nos collèges, les élèves, pour s'aider & versifier en latin, ont entre les mains un dictionnaire intitulé : Gradue ad Pamas" sum^ et dans lequel à côté de chaque mot se trouve l'indication de ses synonymes. Parmi ces derniers, qu'il y en ait un qui consente à entrer dans le vers, il est immanquablement préféré, dût-il former un contre-sens ou £aire dire un mensonge.

Cependant, il n'y a jamais identité de signification entre les mots réputés sy-*! nonymes. Ils ont entre eux le même rapport que les variétés d'une môme couleur principale. Au premier coup d'œil et à distance» ils semblent tous se confondre, tant les nuances qui les séparent sont légères. Mais, en y regardant de

1. Pour leun diffèrcDoes, voy. Blâmer^ ditappnm^try etc., p. 401 et hûy.

nmoiMicfioVi xi

pris, on aperçât ce tptû y a de particulier dans chaDeone de ces nuances, ou, pour parler flans figura, on s'aperçoit ipie chaque mot est marqué de traits disiDKtàb qsà le rcBdsnt aeul propre h eiprîmer dans certaines cirGonstances l'idée générale quffls r^résentent tous.

Conbnnément à. ces deux manières de voir, celle da vulgaire et des versiflcateurs, suggérée ou eatretenae parles voeabulistes, et celle des grammairiens philosophes partagée par tous les bons écrivains, les synonymes sont devenus le siqet de deux aortes d'ouvrages également appelés DidUmmmres des synonfmsa finis les uns, conuDe dans le Gmdttt, n'ayant égard (ju'à leur ressemblance et les prenant poar ce que les donnent les dictionnaires ordinaires, on les a rassemblés par groupes afin que le lecteur put àson gré se serrir de celui-ci ou de eeioMà, mais sans lui indiquer de chdx. Tels aont le Dictionnaire de Timothée de livoy, augmenté par Beauxée, en flrançais, et cdui de Rabbi, en Italien ; tel ftit cbea les Grecs VOnomasUem de Julhis PoUux. Dans les autres, les m<^ synonymes, e'est-è-dire en partie synonymes, car on n'en reconnaît point qui le soient entièrement, se trouvent aussi rangés en famille, en raison de leur ressemblance ; mak à cfancon est assignée une nuance propre qui le caractérise et ne permet pas tfen employer un antre dans certaines occasions. Là, on dirait des livres f hisfoire, de mafiiématiqoes, de morale, jetés pèle-méle sur les rayons d'une biUioihèqae; id, des édiantilkms de minéraux régulièrement dassés dans un caUnet d'histoire naturelle. Nous entendons exdusivement par Dietiùfmaires des p/wmymes des ouvrages du second genre, quoique cette dénomination convienne mieux à ceux du premier, où l'on ne tient pas compte des difiérences, où l'on ne senaMe pas y eroire.

'ML est le sens du mot Anonyme; tel est celui de l'expression Dictionnaire des sjfmmi^mes. Si l'usage n'avait consacré cette dernière, il faudrait la remplacer par œfle de Dêetionnaire anti-^e^nonymique; car l'espèce d'ouvrage qu'elle désigne est desfinée à dissiper l'opparente synonymie à la &veur de laquelle les dictionnaires ordinaires, sans avoir l'air d'abandonner leur t&che, se dispensent réellement de défluir les mots.

Un pareil ouvrage est une nécessité pour tout esprit droit et judicieux qui ayant à cœur la clarté et la précision du discours ne se contente pas d'une idée telle quelle des choses. Les dictionnaires ne donnent sur les acceptions des mots qœ des à peu près. Hais leirfs définitions ne seraient ni inexactes, ni incomplètes, ni évasives, qu'elles ne satisferaient point encore, parce qu'elles sont aibitraires et dogmatiquement imposées. Et fussent*elles justifiées, en même tanps qu'elles marqueraient fidèlement tous les traits caractéristiques de l'idée dont it mot est le signe, dies ne peuvent obtenir assez de développement dans le dictionnaire général pour être nettement et distinctement entendues. Yoilà pour- <{Qoi un dictionnaire parfait sous ce rapport ne rendrait pas inutile l'usage du actionnaire des synonymes, n ne suffit pas de définitions irréprochables pour 'oettre en étaj de discerner toujours et sûrement la propriété des termes ; il faut de phis en rapprochant les dé&iitions de ceux dont le sens se touche, faire res-

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