PREMIÈRE PARTIE
plaie. « On voit découler des eaux vires et des ruisseaux du sommet des volcans , comme il en découle des autres montagnes élevées. » Buff. te Les fentes se sont dès lors peu à peu remplies du suc lapidifique qui découlait des bancs supérieurs. » Id. Couler exprime le fait simplement, sans rapport au lieu d'où descend le liquide, ou d'une manière synthétique , sans montrer le mouvement s'opérant successivement et passant par divers degrés.
PÉRIR, DÉPÉRIR. Tomber en ruine, prendre fin.
La nuance distinctive du second tient au caractère dégradatif et analytique de la particule de. Il est relatif à un état antérieur de santé , de prospérité ou d'éclat d'où la personne ou la chose déchoit , et il marque un affaiblissement long et graduel. « Périr se dit des choses qui finissent par quelque accident; dépérir^ de celles qui tendent naturellement à leur fin , parce qu'elles perdent peu à peu leur force. Un vaisseau pérU par la tempête; un b&timent dépérit. Les troupes périssent dans un combat; et elles dépérissent ^ faute de vivres. Quand on se sert de périr , au lieu de dépérir, c'est une expression figurée, pour présenter la chose plus près de sa fin. «Tels sont ces tours , périr de faim , de misère , d'ennui. » Gond On p&it d'un coup d'épée , de mort subite ; on dépérit quand on est consumé par une maladie de langueur et qu'on s'éteint lentement. Dépérir représente l'affaiblissement successif de tous les principes de vie , et montre toutes les phases de la ruine. « Un arbre ou un animal qui prend en peu de temps son accroiss^nent périt beaucoup plus tôt qu'un autre auquel il faut plus de temps pour croître. » Buff. « Le corps croît , se développe , se fortifie ; il dépérit , il se courbe , il dessèche. » In. Un édifice périt dans un tremblement de terre; il dépérit, faute de soins et de réparations , quand il s'écroule peu à peu.
PEINDRE, DÉPEINDRE. Décrire OU représenter quelque chose par le discours.
Dans dépeindre , de apparaît comme une particule complétive analytique et déterminative. < Le premier de ces mots , dit Condillac , est plus général; le second ne se dit que des peintures où l'on représente plusieurs choses , ou une chose avec sçs détails ; c'est proprement décrire avec des couleurs, peindre une chose en la développant. Tous deux se disent au figuré : les passions sont bien peintes dans cette tragédie , et les caractères y sont parfaitement dépeints, » Ainsi , on peint en grand, d'un seul trait, ou tout au moins brièvement; on dépeint en particularisant, en représentant sous toutes les faces , en indiquant toutes les qualités, soit extérieures, soit intérieures.
Ensuite , dépeindre est plus caractéristique : on dépeint avec exactitude , et même avec une exactitude rigoureuse, trait pour trait; car ce verbe marque un rapport à quelque chose d'où part l'action et qui sert de modèle. On dépeint en faisant le portrait fidèle , en rassemblant tous les traits qui caractérisent , de manière qu'il ne soit plus possible de confondre avec autre chose , et qu'on reconnaisse infailliblement. C'est presque un terme réservé au langage de la police,
tant il suppose d'attention & bien retracer l'image de la personne. Dans VÀvare , le commissaire dit à maître Jacques , au sujet de la cassette : a Hais dépeignezAA un peu , pour voir. » Et dans Jf. de Pourceaugna£ , l'Exempt s'écrie i la vue de ce ridicule personnage : « Ouais I voilà un visage qui ressemble bien à celui que l'on m'a dépeint. » a A la façon dont les voisins' dépeignirent un homme qu'on avait vu sortir de l'hôtel , etc. » J. i.
Peindre n'est relatif qu'à la vivacité de la représentation : «c C'est , dit Fénelon , non-seulement décrire les choses , mais en représenter les circonstances d'une manière si vive et si sensible , que l'auditeur s'imagine presque les voir. » Dépeindre exprime de plus la fidélité de l'image , et par conséquent des détails.
Il suit de là , qu'on dépeint toujours ce qui est et d'après nature , au lieu qu'on peint quelquefois ce qu'on conçoit et d'une manière imaginaire. « Lorsque vous peignex des héros , vous faites ce que vous voulez ; ce sont des portraits à plaisir. » Mol. « Cet homme , tel qu'il fut réelle ment , et non que d'injustes ennuis travaillent aie peindre. » J. J. t Ni Cinna ni Maxime n'ont dû être tels que Corneille les a peints. » Volt. — Fénelon a bien observé cette différence. « Le poète , dit-il , ne fait jamais mourir personne , sans peindre vivement quelque circonstance qui intéresse le lecteur. > Et aiUeûrs il parle « de la modeste simplicité avec laquelle Suétone nous dépeint Auguste dans tout le détail de ses mœurs. »
MARCHE, DÉMARCHE. Mouvement des animaux et particulièrement des hommes , en tant qu'ils vont ou s'avancent. •
Marche signifie le (ait , et démarche la manière ; l'un est indicatif, et l'autre caractéristique. On observe, on épie la marche d'une personne , c'està-dire l'événement ou le fait d'aller de cette personne; une personne a telle démarche , on la reconnaît à sa démarche , on décrit le comment de sa démarche ou ce qu'elle a de particulier.
Au figuré , ces deux mots se disent en parlant de la conduite. Mais marche , radical pur , se prend d'une façon générale et tout ^traite pour marquer la simple direction ou le cours des actions , la route qu'elles prennent ; au lieu que démarche les caractérise en elles-mêmes , matériellement , les fait connaître comme bonnes ou comme mauvaises. En conséquence, on dit la marche, et non pas la démarche des passions, des affaires , de la nature , du cœur ou de l'esprit humain, des événements, d'un gouvernement, d'une langue, de la poésie; et, une démarche bonne où mauvaise , louable ou blâmable , scandaleuse , impertinente , généreuse , hasardée , funeste, honorable, honnête, de quelqu'un. — Et lorsque le mot marche se rapporte aussi à la conduite d'un homme , il n'en détermine pas les caractères essentiels, ainsi que démarche; il en exprime seulement le sens ou le cours , la vitesse , l'assurance et la qualité d'être plus ou moins aperçue , en un mot tout ce qui regarde la forme et non le fond : une marche tortueuse , rapide , incertaine, cachée.
Yoy. pour plus de détails , Marche , démarche , àUure,
SYNONYMES QUI ONT LE MfiME RADICAL.
:, BJÊNIBR. Ne pas accorder ou ne pas dettorer d'accord , ne pas convenir.
B'abord dénier est ablatif; car il signifie faire tproaTer une priration à quelqu'un , lui enlever fœlque cbose , c'est-à-dire refuser.
Ijû-mème, applaudissant à son maigre génie, 8e doue par ses mains Tencens qu'on loi tiéniâ.
Bon..
Le dd B^ demie celte pMosopbie. Mcn..
« La a^nltare ecclésiastique est déniée aux coinèdieD& » Boss. Nier désigne bien aussi quelquefois cette action de refuser , mais c'est d'une manière BK»ns propre, moins expresse, etsimplcBK&t en paroles; en sorte que nier c'est dire qu'os s'a pas, et non faire qu'on n'ait pas. cStraton aeconîant Tintelligence aux opérations de son cbia de cbasse , la niait aux œuvres merveilkoseï de la nature, s Yolt. c II est probable que les Grecs connaissaient cette harmonie que nous kor KUMs avec beaucoup d'impudence. » In.
D'autre part , dAner est déterminatif ; c'est d'ordinaire un terme usité seulement en jurisprudence, (à il exprime le négation formelle d'une dette, d'an orîme ou d'&i dépôt , et plus spécialement la négation d'un aveu, par laquelle on défait ce qu'on a fût, on se dédit de ce qu'on a dit , on le rétracte. «Au premier interrogatoire, il avait fait plusieurs aveux , plus tard il a tout dénié. » âCAD. 8 A l'aspect du bûcher, à la veille de paraître devant Dieu, les Templiers revinrent contre les aveux qu'ils avaient faits dans les tortures : ils les dénièrent tous. » Lerot. « Aulu- GeUe ne put se résoudre à mettre ainsi les parties ïkors de cour ; jugeant l'un très-capable de àémer ce qa'il devait, et l'autre incapable de demander ce qu'on ne lui devait pas. » Roll. «Le lait amcemant Taudience prétendue accordée à M. Fakoonet est étranger au suppliant; mais M. Falcoonet le dénie formellement. » Bbaum. — c Le minisire , dit Bossuet , parlant de Jurieu , ne Mf pas que les Grecs n'aient avec nous le culte des aints. Il ne d^nte pas qu'il n'ait accordé le saint lux Grecs , aux jacobites et aux nestoriens. » KOmOER, OÉÎfOlOIER. Désigner une personne ou une chose par un nom.
Le second est déterminatif. «. Nom , dit Condiliac, mot choisi arbitrairement pour être le ligne d'une idée. Mais si, d'après les qualités coBuoes d'une chose , on se détermine à lui donner un fiMi, cette manière de la désigner se somme dénominoHùn. Chaque chose prend sa dénonimatian de la qualité qu'on y remarque plus particulièrement. > Ainsi , on nomme pour distinguer dans le discours; on dénomme en fusant connaître par le nom ; on dénomme conmie on iipeint à la police, et ce verbe composé marqœ le soin qu'on prend d'arrêter l'esprit sur la personne de Daçon qu'on ne s'y trompe pas , qu'ca en ait le signalement. C'est une de ces expressQQs de légistes, dont on se sert surtout dam les actes. Le substantif dénomination , quoique d'an usage plus étendu , a le même caractère. «On donnera à chaque pièce de monnaie la dé- Mmtnetiofi d'autant de livres et d'autant de sous que l'on Toudra, parce qu'il est aussi aisé de àuaa on autre «em à une chose qu'il est difficile
de changer la chose même. » Kontssq. « On a donné le nom ou plutôt la dénomination de demimétaux à l'antimoine , au bismuth et au zinc. » BuFF. c II ne faut pas ôter A la molybdène son nom pour lui donner celui de plombagine; car cette dernière dénomination n'est fondée que sur un rapport superficiel. » In.
c Les choses sont d^nomm^ef par ce qui prévaut en elles. « Boss,
NOMBRER , DÉNOMBRER. Faire le compte pour savoir le total.
Nombrer appartient au langage conunun, et il marque si peu l'exactitude et la rigueur du calcul, qu'il se dit surtout en parlant de choses qu^ ne sont guère de nature à être comptées , à cause de leur grand nombre. « L'arithmétique ne suffit pas pour nomhrer les sottises et les calomnies de ce misérable Fréron. » Yolt. « Je ne pus nombrer les mets qui s'offrirent à ma vue , tant la Providence avait soin d'en pourvoir l'archevêché. » Las. Quand d'une voix de fer je firapperais les cienz , Je ne pourrais nombrer ItË channes de ces lieux. Lat.
« Qui voudrait nombrer tous les gens de loi qui poursuivent le revenu de quelque mosquée, aurait aussitôt compté les sables de la mer et les esclaves de notre monarque. > Montbsq.
Dénombrer est un terme d'administration qui signifie faire le compte détaillé , déterminé, précis des habitants d'une ville , d'un empire. En logique , le mot dénombrement désigne une sorte d'argument par lequel on conclut du particulier au général, et qui n'est juste qu'autant qu'on n'omet aucun cas particulier; car, alors, il y aurait dénombrement imparfait, et partant sophisme.