‹ Dictionnaire des termes employés dans la construction (volume 2)Chapitre 188 sur 255 · HEURES · texte numérisé non relu

HEURES

pour UN mètre CU3E de terrassiers.

Fouille. En grande tranchée ayant au moins 2 mètres de largeur au fond, sans étais 0m,80

— En tranchée ou rigole

ayant moins de|2 mètres de largeur au fond, avec embarras d'étais. . . . 0m,90 Jet à la pelle. A une distance horizontale de 3 mètres ou à une hauteur verticale de lm,60 , en rigole ou tranchée ayant moins de 2 mètres de largeur au fond, sans étais ni

banquettes 0m,oQ

A nne distance horizontale de 3 mètres ou à une hauteur verticale de lm,60 , en rigole ou tranchée ayant moins de 2 mètres de largeur au fond, avec étais et banquettes 0U1,60

— En brouette, caisse ou

camion n'excédant pas 1°',20 de hauteur . . . 0,u,40 En tombereau ou en wagon , ou encore sur berge ou sur banquette de 2 mètres de hauteur, en grande tranchée . . 0m,60

Terrassier, s. m. — 1° Entrepreneur de terrasse.

2° Ouvrier employé à l'exécution des terrassements.

Le terrassier emploie des engins tels que : échafauds pour jeter sur berge, treuils pour tirer les terres des fouilles ou puits; des véhicules, brouettes,

camions, tombereaux, et des outils, pics, demoiselles, pioches, décintroirs, tournées, battues, jalons, écopes, dragues, pilons, sondes, etc.

Terrasson, s. m. — Petite terrasse ou partie de couverture qui est presque en plateforme.

Les terrassons reçoivent seulement l'inclinaison nécessaire à l'écoulement des eaux pluviales qui frappent leur surface. On les couvre soit en zinc n° 14, soit au moyen de tables de plomb.

Terraube {Pierre de). — Calcaire lacustre demi-dur, provenant de la carrière de Terraube, dans l'arrondissement d'Auch (Gers).

C'est une pierre demi-dure, durcissant à l'air, de couleur blanche et à veines jaunâtres. Sa hauteur d'assise va jusqu'à 3 mètres.

Terrazzi. — Nom que l'on donne à des carreaux ou dalles employés pour revêtir le sol des vestibules et des appartements.

La fabrication de ces carreaux, très usités autrefois à Venise, a été reprise récemment par une usine fondée à Padoue (Vénétie). Ils sont composés de ciments de différentes couleurs avec incrustation de fragments de roches.

On obtient ainsi des dallages qui résistent très bien au frottement et dont les dessins ne changent pas par l'usure.

Terre, s. f. — Nom donné, en général, à la matière qui forme le sol ferme.

Considérée sous le rapport qu'elle peut avoir avec cette partie de l'art de bâtir que l'on nomme la terrasse, la terre est une substance minérale et inodore, tantôt pure, tantôt mélangée à d'autres matières. Dans le premier cas, c'est une matière sèche, opaque, friable, insoluble dans l'eau, qui la pénètre facilement, l'étend et la rend ductile en constituant la terre végétale. Dans le

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second cas, les corps étrangers sont les sables , graviers et cailloux , glaises , chaux, argiles, craies et marnes, etc.

Ces différents mélanges fournissent des terres pesantes ou légères, poreuses ou compactes, molles ou dures, rudes ou douces au toucher, de couleurs très diverses dues aux parties minérales ou métalliques qu'elles renferment, à saveur douce, acre ou astringente, provenant des sels, à odeur agréable ou fétide, effet des particules aromatiques, huileuses et salines dont elles sont pénétrées.

En outre, selon que les terres s'imbibent d'eau plus ou moins facilement, on les dit grasses, tenaces ou ductiles. Il en est aussi dont les éléments n'ont point d'adhésion et donnent à la masse l'aspect du sable ou de la cendre.

Les terres ont différentes propriétés qu'elles doivent cà leurs compositions diverses et qui déterminent leur emploi.

Les terres argileuses sont celles dont on se sert pour faire des briques et d'autres ouvrages dits en terre cuite.

On admet généralement que ces terres proviennent de la décomposition des roches ignées feldspathiques, telles que les granits, les gneiss, les porphyres, etc. Cette décomposition s'est effectuée, en grande partie, pendant les âges géologiques, sous l'influence de l'eau, de l'air, de l'acide carbonique, de la chaleur et de l'électricité, l'effet destructif de ces agents devant être alors beaucoup plus puissant que de nos jours. Les produits décomposés furent ensuite délayés, puis entraînés par les eaux pluviales et transportés dans les lieux où nous les trouvons aujourd'hui. Quand ces produits sont restés en place ou lorsque, par hasard, dans leur transport, ils n'ont pas été souillés par des matières étrangères, ils forment le kaolin ou terre à porcelaine, qui est le type des argiles pures. Quand, au contraire, ces produits ont été charriés au loin, ils sont presque toujours mélangés à des

sables, à de l'oxyde de fer, à du carbonate de chaux en proportions variables.

De plus, l'action entraînante des eaux a pu s'opérer souvent sur une roche incomplètement décomposée et lui enlever, pour les mêler à la masse, plusieurs de ses parties constituantes, telles que quartz , micas , feldspaths , pyrites, etc.; ce sont ces mélanges de kaolin et de matières étrangères qui constituent les argiles ordinaires ou terres à briques.

On conçoit aisément la variété qu'un tel mode de formation a pu produire dans la composition des terres argileuses. Toutefois, ces terres ayant toutes pour base le kaolin (silicate d'alumine hydraté), produit principal de la décomposition du feldspath (silicate d'alumine combiné avec un autre silicate alcalin terreux) , présentent des caractères communs, parmi lesquels ceux qui intéressent le plus les fabricants de terre cuite sont : la plasticité, la transformation à la cuisson, le retrait.

La plasticité est cette propriété que possèdent les argiles de former avec l'eau une pâte tenace, douce à la main, facile à travailler, à mouler, se soudant à elle-même, durcissant par la dessiccation. Cette propriété résulte de la combinaison des trois corps, silice, alumine et eau, mais c'est surtout à l'eau qu'elle doit être attribuée, bien que les argiles les plus alumineuses soient généralement les plus plastiques. L'eau que renferment les argiles est, en effet, de deux provenances : l'une, dite eau de carrière ou eau hygroscopique et dont la proportion dans la matière peut varier sans altérer ses qualités essentielles ; l'autre, dite eau combinée, qui fait partie de la constitution même de la substance. Or, l'eau de carrière disparaît si on chauffe l'argile à 100°, sans que la terre ait perdu ses propriétés, qu'elle reprend si on l'humecte de nouveau ; tandis que cette matière, portée au rouge, perd son eau de combinaison et se transforme en un corps dur, so-

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nore, dépourvu de toute plasticité, même quand on l'humecte, et ayant éprouvé un retrait, c'est-à-dire une diminution de volume qui varie de 2 jusqu'à 20 pour 100.

En dehors de ces propriétés essentielles, il est d'autres caractères qui permettent de déterminer promptement la nature de ces terres argileuses. En effet, si on les laisse exposées à l'air, les argiles donnent une matière blanche ou grise, souvent colorée par des mélanges fortuits d'oxydes métalliques, douce au toucher , dégageant par le frottement une odeur particulière, s'écrasant sous une faible pression et assez dure quand elle est sèche ; dans ce dernier cas, les argiles happent fortement à la langue et si on les humecte avec un peu d'eau, elles répandent encore une odeur particulière dont la cause est restée inconnue jusqu'ici.

Outre ces caractères généraux, et en raison même des circonstances diverses dans lesquelles leur formation s'est accomplie, les argiles présentent, suivant les gisements, des propriétés particulières très variées. Brongniart a proposé pour ces matières, considérées sous le rapport de leur emploi dans l'art céramique, une classification basée sur leur état de pureté. Il distingue : Y argile plastique, Y argile figuline, les marnes argileuses, les marnes calcaires et les marnes limoneuses.

Les argiles plastiques, dites aussi argiles pures, sont essentiellement composées de silice, d'alumine et#d'eau dans les proportions suivantes : sur 100 parties, 45 à 80 de silice, 15 à 40 d'alumine, et une quantité d'eau pouvant aller jusqu'à 18 pour 100. Ces argiles peuvent être regardées comme formées chimiquement d'un silicate d'alumine hydraté à proportion définie, dans le rapport de 57,42 pour 100 de silice à 42,58 d'alumine, mélangé avec un excès de silice ou d'alumine. On n'y rencontre qu'accidentellement des corps étrangers ; mais on y trouve toujours de la potasse et de

la soude. Présentant une grande plasticité, un façonnage aisé, une grande résistance à l'imbibition comme à la dessiccation, une infusibilité absolue à la température d'environ 129° (Wedg.), à moins qu'elle ne soit souillée de fer ou de gypse, l'argile plastique est la base des produits réfractaires tels que creusets, pots de verrerie, cazettes à cuire la porcelaine, etc.

L'argile figuline contient toujours de 5 à 6 pour 100 de chaux à l'état de carbonate et de silicate. C'est une matière liante, moins tenace que l'argile plastique, ramollissable à une haute température, prenant une couleur rouge ou jaune à la cuisson. On peut l'employer à la fabrication des faïences communes, des terres cuites et des briques.

Les marnes sont des argiles plus ou moins mélangées de carbonate de chaux et souvent de sable. Elles font effervescence avec les acides, et entrent généralement en fusion à une température peu élevée. Leur classification est basée sur les proportions des éléments qui les composent : les marnes argileuses ne contiennent que 10 à 12 pour 100 de carbonate de chaux ; elles sont plastiques, se travaillent assez facilement, prennent une grande dureté à la cuisson et sont employées à la fabrication des briques et des poteries communes; les marnes calcaires sont celles dans lesquelles la proportion de carbonate de chaux dépasse les chiffres qui précèdent; elles sont de couleur blanche ou grise, solides à l'état cru, mais se désagrègent facilement sous les influences atmosphériques ; employées seules , elles ne forment pas avec l'eau une pâte réellement plastique et ne servent que comme matières dégraissantes ; les marnes limoneuses, légères, poreuses et friables, de couleur brune, quelquefois très foncée, forment avec l'eau une pâte assez liante, mais sans solidité à la cuisson; on en fait des briques consommées sur place et appelées briques de pays.

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Le carbonate de chaux qui entre dans la composition des marnes ou terres à briques proprement dites n'est pas , comme nous l'avons fait observer plus haut, le seul corps étranger à la constitution même de ces matières que Ton rencontre dans les argiles. On y trouve : des grains de quartz , reconnaissables à leur cassure inégale, non lamelleuse, à leur dureté, leur couleur et leur transparence; des cristaux plus ou moins nets, opalins, de feldspath ; des lamelles très minces, larges, de mica; des cristaux ou grains de pyrite de fer ou bisulfure de fer, lourds, ayant l'éclat métallique et la couleur jaune du laiton ; d'une manière générale, de l'oxyde de fer à l'état de peroxyde anhydre ou hydraté, colorant la masse en rouge dans le premier cas, en jaune dans le deuxième, cette dernière teinte passant.

du reste, au rouge par la calcination de l'argile ; une faible proportion d'oxyde de fer suffit pour diminuer notablement la propriété réfractaire de l'argile ; des alcalis (potasse et soude), dont le poids s'élève jusqu'à 2 ou 3 pour 100, une petite quantité d'alcali étant également suffisante pour rendre l'argile ramollissable à une haute température ; des matières organiques, qui colorent la masse en brun, en gris ou en noir et qui exhalent une odeur bitumineuse par le frottement et la calcination. Ces argiles, soumises à une température peu élevée, peuvent prendre et conserver une couleur noire due à la présence du charbon ; si on les porte à une chaleur plus élevée, le charbon se brûle en certaines places qui blanchissent ou qui rougissent si l'argile est ferrugineuse.

Les argiles plastiques, telles que celles qui appartiennent aux deux premières catégories que nous venons d'énumérer, se présentent ordinairement, dans la nature , en amas à peu près lenticulaires et ellipsoïdes allongés, compris entre les terrains tertiaires de toutes les époques et les terrains crétacés. Elles renferment souvent des pyrites,

des cristaux de gypse, des amas de fer oligiste terreux (ocre rouge), de limonite terreuse (ocre jaune) qui les rendent fusibles. On n'y trouve pas de débris de corps organisés.

Les marnes argileuses se rencontrent dans presque tous les terrains, surtout dans les terrains tertiaires. Elles sont bien plus répandues à la surface du globe que les argiles plastiques et se présentent dans les terrains infra et supracrétacés en couches puissantes , couvrant presque entièrement certains pays.

C'est pourquoi ces terres, si abondantes et d'exploitation si facile, propres, en outre, à donner des poteries et faïences communes, ont été employées à la fabrication des poteries antiques.

Les marnes limoneuses, parmi lesquelles on range les terres franches , sont plus superficielles encore, plus répandues, plus faciles à travailler; elles abondent dans les vallées de grande étendue et à toutes les embouchures des grands fleuves.

Lorsque ces terres sont destinées à la fabrication mécanique des produits argileux, elles sont soumises à diverses manipulations préalables, puis livrées au moulage, qui se fait soit en terre molle, c'est-à-dire en terre détrempée, soit en terre dure, c'est-à-dire en terre brute, telle qu'elle sort de la carrière et sans addition d'eau. Entre ces deux extrêmes, il y a bien des intermédiaires que nous représenterons par un terme moyen, le moulage en terre ferme ou demi-dure, et nous appellerons fabrication en terre molle toute fabrication dans laquelle seront employées des terres soumises au trempage, soit avant d'être livrées aux machines qui opèrent la trituration, soit, comme il arrive fréquemment, dans le malaxeur même qui dessert l'appareil mouleur.

Le moulage en terre molle donne de bons résultats, sans grandes dépenses d'installation première et avec peu de main-d'œuvre ; mais il ne fournit que des produits dont la régularité est im-

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parfaite et la dessiccation très lente. Le moulage par machines donne des produits plus corrects, et, comme la terre molle se prête mieux au mélange avec les modificatifs, c'est encore sur des pâtes ainsi préparées qu'opèrent la plupart des machines donnant de bons résultats. La fabrication des briques en terre dure fournit des produits plus compacts qu'en terre trempée, mais entraîne une installation mécanique plus coûteuse, par la dépense de forces qu'elle exige, et un prix de cuisson plus élevé, en raison de la densité plus forte des briques mises au four. Ce mode de fabrication convient très bien, au contraire, aux tuiles et aux carreaux. Quant à l'emploi de la terre sèche, il n'est nullement avantageux pour la fabrication des briques, parce qu'il exige préalablement le séchage complet de la matière, puis le broyage et le façonnage.

De plus, dans ce système, on ne met nullement à profit cette propriété si précieuse de l'argile, la plasticité, en vertu de laquelle cette matière, réduite en pâte humide et soumise à la cuisson, donne un corps dur, résistant, homogène. Les produits obtenus jusqu'à ce jour ont laissé à désirer sous le rapport des qualités ; les briques sont peu sonores, et, si elles ne sont pas soumises à un degré de cuisson capable de souder les différentes molécules, il y a solution de continuité et elles se désagrègent facilement ; enfin, cette méthode exige des machines très puissantes et par conséquent très coûteuses ; le seul avantage qu'elle présente est l'économie de place et d'installation de séchoirs. « Néanmoins, dit M. Gédéon Lacroix dans un mémoire sur les Divers procédés mécaniques de fabrication des briques (1), ce système est peut-être lucratif : 1° dans la fabrication des briques réfractaires formées de quartz et de chaux comme liant, parce qu'alors

(1) Voy. Bulletin mensuel de l'Union céramique et chaufoumière de France, 3e année, p. 444.

le feu seul opère la soudure des molécules, bien que, pris séparément, ces deux corps soient infusibles ; le moulage n'a plus pour but que de donner la forme et les dimensions ; 2° dans la fabrication des briques factices en scories, laitiers de hauts-fourneaux, briquettes de charbon, parce que la chaux ou le brai remplissent le même office que la chaux dans le cas précédent. »

Terre franche : espèce de terre grasse, argileuse, jaune, sans gravier et que Ton emploie pour hourder les murs, les pans de bois, faire de la bauge, etc.

Les fumistes n'utilisent que la terre franche.

Terre glaise : terre argileuse dont on forme le fond des bassins.

Terre maigre : terre sablonneuse que l'on mêle quelquefois avec de la terre trop grasse.

Terre massive : terre que l'on considère comme étant entièrement solide, sans aucun vide.

Terre naturelle ou terre vierge : terre qui n'a point encore été remuée ni fouillée.

Terre rapportée : terre qui a été transportée d'un lieu à un autre, soit pour combler des fossés ou des basfonds, soit pour élever des terrasses.

Terre jectisse : terre qui a été fouillée, remuée et jetée à la pelle.

Terre forte : terre humide, contenant de petites pierres ou du caillou et de l'argile.

Voici quelques chiffres indiquant le poids du mètre cube de certaines terres :

Terre végétale, 1,214 à 1,285 kilogr.;

Terre forte graveleuse, 1,357 à 1,428 kilogr. ;

Grosse terre mêlée de sable et de gravier, 1,860 kilogr.;

Terre mêlée de petites pierres, 1,910 kilogr. ;

Terre grasse mêlée de cailloux, 2,290 kilogr.

On emploie pour faire du mortier hydraulique une espèce de terre, dite de

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Hollande , provenant des environs de Cologne, qui se cuit comme le plaire et que Ton réduit en poudre en l'écrasant avec des meules.

Les terres qui renferment des oxydes métalliques sont utilisées dans la peinture ; on emploie particulièrement, pour faire des couleurs brunes :

1° La terre d'Ombrie, ainsi nommée parce qu'on la tirait autrefois de YOmbrie, province des anciens Romains ; c'est de l'argile mêlée d'oxyde de fer et d'oxyde de manganèse qui se présente en fragments bruns, d'un aspect gras à l'intérieur et qui prend une teinte brune et rougeâtre quand on la chauffe; on l'emploie à l'état naturel ou calcinée ; dans la peinture en détrempe ou à l'huile, on la mélange ordinairement avec delà chaux éteinte ;

2° La terre de Sienne, terre argileuse fortement chargée d'oxyde ferrugineux et que le commerce livre soit à l'état naturel, soit brûlée ou calcinée ; la terre de Sienne naturelle, réduite en poudre et exposée à l'air, prend une teinte jaune olive ; la terre de Sienne brûlée est, en général, rouge foncée ; on l'emploie à l'eau ou à l'huile ; les peintres en bâtiment s'en servent particulièrement pour imiter la nuance et les veines du bois d'acajou ;

3° La terre de Cologne, dite aussi terre de Cassel, terre argileuse plus brune et plus bitumineuse, plus chargée de fer que la terre d'Ombrie et que l'on emploie à l'huile et en détrempe.

On donne le nom de terre bolaire au bol d'Arménie (voy. ce mot).

Terre cuite. On désigne ainsi les objets en terre argileuse durcie parle feu, que l'on a, de tous temps, employés soit à la construction des édifices, soit à la décoration architecturale, sous forme de slatues, de bas-reliefs, etc.

Quant à l'époque à laquelle les hommes commencèrent à employer la terre cuite, elle n'est pas encore déterminée de nos jours. Quoi qu'il en soit, il est probable que la première manifes-

tation de cet art fut l'usage des poteries ou ustensiles en terre cuite.

Nous observerons, en effet, avec Séroux d'Agincourt , que la terre grasse, étant de toutes les substances celle qui se trouve le plus à la portée de la main de l'homme, dut être regardée comme d'un emploi avantageux pour un grand nombre d'objets de première nécessité. Si l'on remarque, en outre, que les premiers habitants de la terre, allumant du feu sur un sol argileux, durent être frappés de voir ce sol durcir, on peut admettre qu'ils creusèrent des trous dans la masse argileuse même, en durcirent les parois par le feu et y placèrent les liquides qui leur servaient à préparer les aliments.

De là à la confection de vases ou récipients grossiers, durcis par la cuisson, il n'y a qu'un pas et, l'invention du tour aidant, la céramique était née.

A ces considérations viennent s'ajouter des preuves certaines de l'ancienneté des poteries; telles sont les découvertes récentes d'abondants fragments de poterie grossière façonnée à la main et contemporaine de l'âge de pierre, dans les habitations lacustres de la Suisse ; de débris semblables , appartenant à l'époque du bronze, en Danemark et dans la région que nous venons de citer. En France même, dans la caverne de Pondres , près de Nîmes, selon Ch. Lyell, dans la même boue que des os de hyène et d'un rhinocéros d'espèces perdues, on découvrit des fragments de deux sortes de poteries ; la plus grossière, qui se trouvait située le plus bas, était par-dessous les ossements des mammifères. Enfin , les fouilles exécutées, en Egypte, dans les alluvions du Nil, dans les tumulus américains de la vallée de l'Ohio et de ses affluents ont fourni les mêmes té-

moignages.

Si nous quittons les époques géologiques, nous voyons l'art du potier déjà très avancé chez les peuples de races encore existantes et dont l'histoire est

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la plus anciennement connue. On ne sait à quelle date remonte l'usage du tour chez les Chinois. En Assyrie, les amphores trouvées à Khorsabad sont également des témoignages d'ancienneté d'un art perfectionné ; il en est de môme des vases découverts à TVîycènes. « Enfin, dit M. Rrongniart (1), le nombre des poteries trouvées dans les tombes de tous les peuples anciens, européens, Scandinaves, slaves, germains, gaulois, celtes, étrusques, grecs, est incalculable. »

Quant aux fours employés dans l'antiquité, on n'a sur ces appareils que des notions très incomplètes. Quoi qu'il en soit, si la cuisson de l'argile a été utilisée pour les ustensiles de première nécessité avant d'être appliquée à la fabrication de pierres artificielles, l'ancienneté des briques crues ou cuites n'en est pas moins indiscutable et démontrée, à la fois, par les ruines récemment explorées de Babylone et de Ninive, par les découvertes faites en Egypte, tant sur les monuments que dans les alluvions du Nil et par les vestiges bien connus des palais de Crésus, à Sardes ; de Mausole, à Halicarnasse ; d'Altale, à Tralles, édifices qui étaient construits en briques rouges très cuites et d'une grande dureté.

C'est, d'ailleurs, dans les pays dépourvus de pierres propres aux constructions que les matériaux artificiels ont été surtout employés. Telles sont les régions qui avoisinent les grands cours d'eau et leur embouchure, plaines et vallées formées par des terrains d'alluvion, dont la fertilité a dû fixer les premières agglomérations humaines. De nos jours même, certains districts de la Norwège et de la Suisse, pays couverts de forêts, ne fournissent aucun exemple de constructions en briques, ni de couvertures en tuiles. Dans ces régions, les édifices ont pour élément principal de structure le bois, auquel il a dû être

(1) Traité des arts céramiques, l. i, p. 5.

associé un peu de pierre, et inversement. Par contre, les contrées anciennes dans lesquelles on trouve Tusage le plus fréquent de la brique appartiennent aux plaines de l'Asie, aux régions du Tigre et de l'Euphrate, où la pierre est rare et dont le sol présente une matière meuble et plastique, se prêtant facilement aux formes qu'on veut lui donner.

Non-seulement l'argile a été, dans les temps les plus reculés, employée pour la construction des murailles, mais elle fut aussi appliquée à la couverture des édifices. Les temples élevés sur l'acropole d'Athènes avaient été primitivement couverts en terre cuite, comme le prouvent les nombreux débris retrouvés dans cette région de la cité grecque.

Lorsque ces monuments eurent été détruits par les Perses, ils furent reconstruits avec une plus grande magnificence et leur toiture fut refaite en marbre.

Le revêtement du sol des habitations offre aussi un témoignage très ancien de l'usage de la terre cuite, comme le dit M. Amé dans les Carrelages émaillés du moyen âge et de la Renaissance : « La terre battue ou damée forma, sans doute, le sol des premières habitations. La terre cuite, dès les progrès de la civilisation, fut presque toujours employée dans les appartements d'importance secondaire. »

Enfin, la facilité avec laquelle l'argile se prête au travail du modeleur, la fantaisie des premiers potiers, qui ont pétri quelques ornements pour leurs habitations, ont donné naissance, de bonne heure, à la décoration des édifices au moyen de terres cuites employées avec leurs couleurs naturelles ou couvertes d'émaux de nuances variées. Un certain nombre d'archéologues, parmi lesquels nous citerons Seroux d'Agincourt, Pietro Campana, regardent même la plastique ornementale, c'est-à-dire l'art de faire des ornements, des statues en terre cuite, comme ayant précédé la

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sculpture en pierre; il est donc constant que l'usage des terres cuites, appliquées à la sculpture et à la décoration, remonte à une époque très ancienne.

L'argile est donc susceptible de former, à l'aide de la plastique, des figures et des ornements, et, si nous ne devons pas considérer cette matière comme un des éléments les plus nobles mis, par la nature, à la disposition du sculpteur, du moins pouvons-nous lui reconnaître le droit d'ancienneté que lui donne sa facilité à se prêter à tout ce que la main de l'artiste veut en exiger. Quels que soient les doutes que l'on puisse émettre à l'égard de cette question, il est certain que les arts céramiques, restés, pour la confection des pûtes et des vernis, dans l'enfance pendant une longue suite de siècles, ont, au contraire, été poussés très loin dans l'antiquité, sous le rapport de la plastique ornementale ; témoin cette quantité de fragments de corniches , de frises , d'antéfixes, etc., provenant de monuments anciens et qui sont ornés de sculptures et de bas-reliefs, aussi remarquables par le goût et par le style de la composition que par l'habileté de l'exécution.

C'est particulièrement à ces produits affectés à la décoration architecturale que l'on donne le nom de terres cuites et leur histoire est intimement liée à celle de l'architecture. C'est ainsi que dans les amas de décombres qui marquent aujourd'hui l'emplacement de l'antique Babylone, on a trouvé des fragments de terres cuites avec lesquels on a pu reconstituer les bas-reliefs peints qui revêtaient certaines parties des murs des palais babyloniens. Ces fragments sont de plusieurs couleurs, à fonds mi- partie bleus et jaunes sur lesquels se détachent des lignes noires marquant les contours du dessin.

Notons encore la découverte opérée dans ces ruines de fragments de poteries creuses, appelés barils ou cylindres et qui étaient chargées d'inscriptions

cunéiformes. Des manchons du même genre ont été trouvés dans les monticules qui représentent les vestiges des

Fig. 3277.

palais ninivites. La figure 3277 représente un de ces boisseaux dont on n'a pas encore expliqué la destination.

Quant au parti décoratif que les Assyriens ont su tirer de la terre cuite, il est mis en évidence par les archivoltes en briques émaillées qui ornaient les portes ouvertes dans le mur d'enceinte de Khorsabad.

Enfin, Hérodote nous apprend que l'ancienne capitale de la Médie, Ecbatane, à peu près grande comme Athènes, possédait sept enceintes surmontées de créneaux, de couleurs variant à chaque enceinte, effet obtenu, sans doute, au moyen de briques et de carreaux émaillés, cuits au feu, suivant la coutume ninivite.

La vallée du Nil est particulièrement intéressante, au point de vue archéologique, pour l'emploi de la terre cuite, et les découvertes que l'on y a faites montrent que la cuisson de l'argile était connue des Égyptiens de temps immémorial. En effet, lorsque les alluvions du fleuve furent soumises aux fouilles exécutées par la Société royale de Londres, une brique cuite fut trouvée à

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48 mètres de profondeur. En admettant qu'au point où ces fouilles ont été faites, le limon déposé élève, par siècle, de 0m,15 le niveau du sol, cette brique serait âgée de 12,000 ans. Un autre sondage, exécuté par Linant-Bey, sur la rive libvenne du bras de Rosette , amena un fragment de brique rouge à 22 mètres de profondeur. Or, si l'on estime en cet endroit l'accroissement de Tépaisseur du limon a 0"\063 par siècle, un objet travaillé, trouvé à cette distance du sol, daterait de 30,000 ans. A l'appui de cette hypothèse, on pourrait citer l'évaluation Rosière (0m,060 par siècle), sur l'accroissement du dépôt des sédiments du Delta ; mais il se peut que le forage Vie Linant - Bey ait été effectué en un point où un bras du fleuve a été comblé au temps où le Delta était plus reculé vers le Sud. La brique pourrait être alors relativement très moderne. On a même prétendu que, jusqu'aux temps des Romains, la cuisson de la brique fut inconnue dans la vallée du Nil ; mais cette assertion est démentie par de nombreuses découvertes , sans qu'il faille recourir aux sondages cités plus haut. Le British- Muséum possède : 1° une petite brique cuite rectangulaire provenant d'un tombeau à Thèbes et portant le nom de Thotmès, surintendant des greniers du dieu Amen-Ra ; l'inspection de cette brique, sa forme, l'examen de l'inscription, tout porte à croire qu'elle remonte à la dix-huitième dynastie, c'est-à-dire à environ 1450 ans avant Jésus-Christ ; 2° une brique cintrée qui semble provenir d'une voûte et qui porte une inscription en partie effacée, mais finissant par ces mots : du temple de Amen-ba.

Ce morceau de terre cuite est de longtemps antérieur à la domination romaine et doit être rapporté, d'après Birch, à la dix-neuvième dynastie ou à l'an 1300 avant Jésus-Christ. D'ailleurs, les briques égyptiennes à inscriptions du Nouvel-Empire sont assez nombreuses aujourd'hui dans les collections. Le

Louvre possède des objets du même genre et de la même période. Enfin, l'on a découvert dans le tombeau de Rhamsès II, que l'on croit être le père de Sésostris (xvie siècle avant Jésus-Christ), un bas-relief en terre cuite représentant le dieu Chnoul qui, dans la théogonie égyptienne, est le dieu créateur. De ces observations, ajoutées à celles de Birch, Mariette, etc., il résulterait que l'art de cuire les briques était très avancé sous le Nouvel-Empire. La collection de M. Wilkinson a fourni, du reste, à sir Charles Lyell un argument bien plus décisif. On y voit, en eflet, des échantillons de mortier extraits de chacune des grandes pyramides et contenant des fragments de briques et de poterie.

Bien plus, l'art de l'émailleur a dû être contemporain, chez les anciens habitants de Thèbes, des arts du potier, du peintre et du sculpteur : « On trouve partout, dit Champollion-Figeac, les produits de l'art de l'émailleur et de la porcelaine blanche ou coloriée, portés à un haut degré de perfection. Rien n'est plus commun, non plus, dans les ruines égyptiennes , que des poteries émaillées de diverses couleurs.

En Grèce, on a constaté aussi l'usage de la terre cuite à une époque très reculée ; le musée céramique de Sèvres possède un fragment d'une grande brique plate, à pâte rouge rosâtre, détachée des murs de l'acropole d'Athènes ; de même, des briques et tuiles provenant du cap Sunium, et un fragment d'une grande brique à canaux, qui devait servir à la couverture, et qui a été trouvée à Éphèse. Comme preuve de l'usage de la terre cuite moulée, nous trouvons, dans le même établissement, une antéfixe, ornée d'une tête de Méduse, couronnée d'une palmette avec épis de blé, frise d'oves, à pâte grossière rougeâtre, engobée d'argile blanche, et dont la hauteur est de 0m,2o.

Nous rappellerons, du reste, l'histoire bien connue du potier corinthien Dibutade etdesa fille, qui, prise d'un violent

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amour pour un garçon de Corinthe, traça, au moment d'une séparation douloureuse, les contours de l'ombre portée sur le mur par la tête de son amant.

Dibutade remplit cette silhouette de terre grasse, et forma ainsi une plaquette qu'il fit cuire au four avec d'autres objets en argile. Cette idée parut si remarquable que Ton crut devoir en conserver la première application et la déposer dans le temple des Nymphes, où, suivant Pline, on la montrait encore comme une antiquité respectable, dans le temps que Corinthe fut détruite par les Romains. En moulant ce bas-relief ou d'autres semblables, comme on moulait les vases, on put les multiplier de même. Telle est l'origine de la plastique moulée, c'est-à-dire de la représentation des figures en basrelief par la terre cuite. Il est probable que cet art fut, tout d'abord, appliqué à la décoration supérieure des édifices.

En effet, les Grecs attribuent à Dibutade la première fabrication des antéfixes en terre cuite ; le même personnage aurait également découvert un procédé pour colorer l'argile en rouge.

On a, d'ailleurs, trouvé dans les ruines des temples de la Grèce et de la Sicile un nombre de fragments de terre cuite peinte provenant des cymaises, de chéneaux, d'antéfixes, etc. Hittorff donne même (1) le dessin d'un ornement en terre cuite trouvé à Métaponte, et qui servait de revêtement à une poutre en bois.

En Élrurie, on a découvert des sarcophages en terre cuite, notamment à Volterra et dans la nécropole de Tarquinies. Le musée céramique de Sèvres possède un sarcophage en pâte rougeâtre, engobée d'argile blanche, avec un bas-relief et une figure couchée sur le couvercle, qui provient des fouilles exécutées dans la première de ces deux villes en 1824. Parmi les autres frag-

(1) L Architecture polychrome chez les Grecs, Paris, 1S51, 1 vol. in-i°, atlas in-f°, pi. VI.

ments de cercueils qui appartiennent au même établissement, il en est un que M. le baron Taylor a rapporté de Tarquinies, et qui faisait partie d'un sarcophage de plus de 2 mètres de longueur, la figure couchée qui le recouvrait ayant environ lm,60, d'une seule pièce (1).

M. Demonin (2) cite un sarcophage étrusque de 0m,42 de largeur sur 0m,27 de hauteur, plus celle du couvercle, en terre cuite, sans couverte, avec endroits peints à froid de couleur rouge et bleue ; ce sarcophage remonterait audelà de la conquête romaine, au moins 400 ans avant Jésus-Christ. On voit ainsi que l'art de la plastique était poussé très loin chez les Étrusques.

Pline apporte son témoignage à ces découvertes et parle de l'emploi que cette nation faisait des terres cuites en général et particulièrement pour la statuaire et la sculpture ornementale d«s édifices.

Les Romains faisaient eux-mêmes usage de terres cuites d'ornements :

antéfixes, gouttières sculptées, etc., longtemps avant l'ère chrétienne. Tarquin l'Ancien employa, pour décorer le Capitole, des sculpteurs étrusques qui exécutèrent des ouvrages en terre cuite. Des statues de même nature ornaient le faîte des temples, à Rome et dans les villes municipales. C'est en raison même de l'importance de ces travaux et, en général, de l'utilité de tous ceux où l'argile était employée, qu'il s'était établi, à Rome, une école d'ouvriers destinés à exécuter des ouvrages de ce genre. Cette école, ainsi qu'il résulte d'une inscription trouvée à Spalelro, avait reçu le nom de Collegium ftgulorum. Vers la fin de la république, les ouvrages de terre cuite étaient encore très recherchés. Varron cite, parmi les plus célèbres modeleurs, Posis et Arcésilas ; ce dernier fut même chargé , par Jules César, de faire une statue de Vénus, qui

(1) Brongniart, Traité des arts céramiques , t. i, p. 588.

(2) Histoire de la céramique, Paris, 1871, in-f°.

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était fort estimée, bien qu'il n'ail pas eu le temps de la terminer.

Dans la suite, sous le règne des empereurs, les bas-reliefs et les ornements en terre cuite se multiplièrent à l'infini sur les frontons et particulièrement sur les frises, à l'intérieur et à l'extérieur des temples, des maisons et des chambres sépulcrales. Les sujets en étaient pris dans la mythologie ou dans l'histoire grecque et romaine , d'autres tenaient aux coutumes. Séroux d'Agincourt cite un certain nombre de fragments ou de bas-reliefs retrouvés dans les ruines de Rome et qui sont aujourd'hui conservés dans les musées modernes. Parmi ces restes, il en est un bien caractéristique : c'est une statue d'Hercule, en bas-relief de terre cuite, accompagnée de l'inscription suivante en vers latins :

Sum fragilis, sed te moneo, ne sperne sigillum, Non pudet Alciden nomen habere meum (1).

On a aussi découvert, en 1874, près de Velletri, ancienne capitale des Volsques, des bas-reliefs peints de diverses couleurs et qui ont été recueillis au musée du cardinal Rorgia. On y a remarqué des signes de la plus haute antiquité; ces bas-reliefs démontrent que, lors de ces premières tentatives, l'art du modeleur se pratiquait déjà avec un sentiment fort remarquable, quoique encore très éloigné de la correction.

Enfin, Séroux d'Agincourt cite encore des tables de terre cuite sur lesquelles les sculpteurs modelaient des basreliefs, des sujets fabuleux, religieux, historiques, des figures allégoriques, termes, vases, meubles, etc., placés souvent dans des divisions formées par des colonnes, ou enfin de simples ornements ou rinceaux et arabesques. Ces diverses espèces de bas-reliefs, que certains archéologues ont appelés antéfixes, étaient employés, en raison de leur importance ou des objets qu'ils

(1) « Je suis fragile, mais garde-toi, je t'en préviens, de mépriser cette argile, qu'Alcide n'a pas rougi d'honorer de son nom. »

représentaient , à la décoration des frises intérieures ou extérieures des temples et bâtiments publics et particuliers. On les fixait avec des clous, comme l'indiquent les trous circulaires qu'on voit sur ces terres cuites (voy.

Antéfixe).Dz Caylus parle de bas-reliefs de ce genre, arrêtés par des clous de plomb sur la frise d'une chambre souterraine, découverte dans un lieu nommé aujourd'hui Scrofano et qu'il croit être l'antique Véies, à 16 milles de Rome.

Enfin , les sculptures romaines nous offrent encore, indépendamment des urnes et vases cinéraires, certaines applications de terre cuite. Les urnes de familles pauvres, dans les columbaria, étaient placées entre deux lignes de briques ou de tuiles.

On a trouvé un certain nombre de sarcophages gallo-romains en terre cuite. M. de Caumont cite même, sur plusieurs points de la France et de l'Angleterre, des tombeaux ou cercueils destinés à recevoir des urnes funéraires et qui étaient construits sur place, au moment de l'inhumation, d'une façon toute particulière; deux murs bas en briques supportaient un toit composé de larges tuiles, posées les unes sur les autres en encorbellement et rapprochées, par le haut, de manière à former dos-d'âne.

Dans les monuments d'architecture latine, on trouve la terre cuite employée par incrustation et formant des combinaisons variées, des dessins qui constituent une ornementation régulière. C'est ainsi que le tympan de l'église Saint-Pierre, à Vienne, est orné d'une croix formée de briques incrustées entre deux frontons triangulaires. On a trouvé, à Saint-Samson-sur-Risle, à Verton, près de Nantes, des briques moulées qui avaient dû être employées dans le même but de décoration extérieure.

Outre le rôle décoratif que les briques jouent dans les édifices byzantins par la manière dont elles sont posées, on y trouve aussi des pièces de terre cuite

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pour moulures et couronnements, qui étaient fabriquées à l'aide de moules. La Roumanie, qui s'est trouvée, par sa situation géographique, immédiatement exposée h l'influence byzantine, conserve des traces nombreuses de l'emploi de la terre cuite dans les siècles passés; aujourd'hui encore , les habitations de ce pays se construisent en briques grossièrement façonnées; mais, autrefois, la préparation de la terre était plus

Fig. 3278.

soignée ; l'argile était, comme celle que les potiers emploient de nos jours, fortement mélangée de sable micacé, et les produits se sont parfaitement conservés jusqu'à notre époque. On trouve encore, sur quelques clochers du siècle dernier, des boutons décoratifs émaillés en vert ou en jaune, de la forme indiquée par la figure 3278, et qui étaient distribués sur les bandeaux, sur les tympans des arcades, etc.

Lorsque les Arabes s'emparèrent de l'Asie Mineure , de la Syrie et de l'Egypte, ils convertirent en mosquées un grand nombre d'églises, toutes construites dans le goût byzantin; c'est donc à ce dernier style qu'ils empruntèrent les principaux éléments de leur système architectonique ; mais la conquête de la Perse, l'élude des monuments construits à Madain (Séleucie et

Ctésiphon), sous la dynastie des Arsacides et des Sassanides, expliquent aussi le caractère que présente l'architecture musulmane, surtout au point de vue de la décoration. Ainsi donc, sous la double influence que nous venons de signaler, la terre cuite, employée comme briques pour la construction des murs, comme pièces émaillées pour le revêtement des parois, est encore un des matériaux le plus fréquemment usités dans les monuments de l'islamisme.

Dans l'architecture dite romane du nord de l'Italie, la terre cuite est aussi l'élément principal de la décoration, plus particulièrement accentuée dans les corniches du couronnement, qui présentent d'ordinaire, comme motif dominant, de petites arcatures cintrées, appuyées sur des consoles. Nous donnons (fig. 3279) un fragment de la corniche du couronnement de la coupole de Saint-Ambroise(l), à cause de son originalité, et bien qu'elle soit de beaucoup postérieure à la reconstruction de la basilique. C'est une bande d'arcatures aveugles qui s'entrecroisent, de manière à former des ogives ; au-dessous est une frise, composée de briques inclinées en sens inverse, et au-dessus une rangée de consoles, surmontées d'une assise de briques en dents de scie ; le tout, d'ailleurs, est en terre cuite.

A l'église de San Pietro in Ciel tfOro, à Pavie, l'archivolte extérieure des fenêtres de la grande nef est composée de trois rouleaux de brique, dont l'une porte une série de petits losanges moulés en relief. Dans cette même ville, l'église de Saint-Michel a sa grande nef couronnée, sur la première moitié de sa longueur, d'une corniche en briques très simple, et présente, dans la seconde moitié, une série d'arcatures portées sur des colonnettes, et formant une ornementation des plus élégantes. A l'église de Saint-Théodore, dont la fondation

(1) De Dartein, Etude sur l'architecture lombarde.

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date du xne siècle, les consoles qui supportent les corniches extérieures sont aussi en terre cuite,

La célèbre Chartreuse de Parie, qui

s'élève à cinq milles de cette ville, et qui fut fondée en 1396 par Galéas Vis-

Fig. 3279.

conti, est pour nous un témoignage de l'habileté des constructeurs et des artistes de ce temps ; appareils des murs construits en briques, arcs en briques posées seules ou alternant avec des claveaux de pierre, frises, corniches, sculptures en terre cuite, toutes ces parties de l'édifice sont admirablement conservées. On voit par là que la terre cuite résiste très bien aux injures du temps, car les dégradations que l'on remarque parfois dans ces constructions sont dues soit à une négligence dans la pose d'une des pièces, soit à un choc accidentel ou bien encore à l'action destructive des herbes qui s'accrochent aux moindres fissures.

La cathédrale de Crema est un monument dont la fondation n'est pas fixée à une date précise, mais qui paraît être de la fin du xiue ou du commencement

du xive siècle. La presque totalité de cet édifice est en briques et la décoration en terre cuite. Cette matière s'y trouve môme aujourd'hui dans un état parfait de conservation. Nous donnons (fig.

3280) un fragment du couronnement du fronton d'après l'ouvrage de Lewis Gruner (1); des colonnettes qui, par leur caractère, semblent appartenir au style ogival, sont surmontées d'arcades en plein-cintre et séparent deux séries d'arcatures accompagnées de bandeaux en terre cuite moulurée.

La même habileté d'exécution se remarque dans les terres cuites employées à l'ornementation de l'église de San Rustico à Caravage, à quelque dislance de Bergame.

Les nombreux exemples que nous ve-

(1) Tehe terra colta . . . p. 38, pi. xvi, xxn.

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nons ce citer suffisent pour indiquer le rôle important joué par la terre cuite, à

l'époque que nous considérons, dans l'architecture du nord de l'Italie. Cette

Fig. 3280.

région est si riche en ouvrages de ce genre, que Thomas Hope l'appelle la grande contrée de la brique.

Si nous considérons les monuments dans lesquels le plein-cintre est partout remplacé par l'ogive, c'est encore dans les mêmes provinces que Ton trouve les plus nombreux exemples de l'emploi de la terre cuite. A l'église Santa Maria

del Carminé de Pavie, construite en 1373, l'entablement à double rampant de la façade mérite surtout l'attention : il offre (fig. 3281), dans ses arcatures, ses torsades, ses enroulements, ses bandeaux arrondis et accompagnés de modillons, une très belle application de la terre cuite moulée.

Enfin, les villes de la Toscane, de la

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province do Sienne, étaient construites sur un sol qui se prêtait merveilleusement à la fabrication ; aussi toutes, excepté Florence, qui pouvait se procurer

Fig. 3281.

facilement do la pierre par blocs de toutes dimensions, ont-elles leurs vieux quartiers presque entièrement construits en briques et en terre cuite d'ornement.

Dans les contrées voisines de l'Italie, telles que les provinces méridionales de la France, l'usage de la terre cuite moulée se réduisait à de petits mouillons placés parfois dans les corniches, à des moulures simples, telles que des cavets et quarts de rond. Pour obtenir des effets décoratifs, les constructeurs tantôt taillaient la brique, tantôt la posaient diagonalement, les angles en saillie, ou par assises alternées, en épis, de champ ou de plat. Cependant, les faîtages des combles, dans certaines régions de la France, étaient recouverts par des tuiles faîtières accompagnées d'ornements sou-

dés avant la cuisson ou rapportés. Le vernissage était habituellement appliqué. Les extrémités de ces faîtages étaient occupées, au xine siècle, par des épis en terre cuite ayant ordinairement la forme de colonnettes dont le chapiteau était couvert d'un cône, cet ensemble étant composé de pièces vernissées s'emboîtant les unes dans les autres et enveloppant le poinçon. Plus tard.

au commencement du xive siècle, les épis présentèrent l'aspect de véritables pinacles. Au xvic siècle, la faïence remplaça la terre cuite dans la fabrication de ces ornements. Enfin, cette dernière matière était encore fréquemment appliquée, au moyen âge, à l'exécution des mitres ou couronnements de tuvaux de cheminée.

A l'époque de la Renaissance, laterre cuite, recouverte d'émail, fournit, particulièrement en Italie, un des éléments les plus précieux pour la décoration architecturale. A l'époque où apparurent en France et en Italie les premières terres vernissées, depuis longtemps déjà la Perse et l'Arménie revêtaient leurs édifices de plaques émaillées, soit que l'émail employé fût analogue à celui des vraies faïences, c'est-à-dire qu'il fût à base d'étain, soit qu'il dût rentrer dans la catégorie des vernis silico-alcalins.

La conquête arabe fit passer en Espagne et dans les dépendances de cette contrée les procédés de l'Orient. Nous avons parlé des azulejos ou briquettes carrées recouvertes d'émail qui décoraient les palais mauresques de Séville, de Grenade et de Cordoue. Des fabriques arabes se fondèrent dans les îles Raléares, et de là l'importation de la faïence se fit en Italie, au commencement du xvc siècle, à peu près vers le temps où Lucca délia Robbia, sculpteur de Florence, recouvrait d'un émail d'étain des figures et des bas-reliefs en terre cuite. Lucca avait-il eu connaissance du procédé pratiqué en Espagne?

On l'ignore. Toujours est-il que le sculpteur florentin sut faire de celte

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invention un usage tellement original qu'elle passa pour lui être personnelle. Voulant mettre à l'abri des injures du temps les ouvrages de terre cuite qu'il fabriquait, « il trouva, dit Vesari, qu'une couverte vernissée , faite d'étain , de terraghetta , d'antimoine et d'autres minéraux mélangés et cuits au feu d'un fourneau fait exprès, produisait fort bien cet effet et rendait les ouvrages de terre presque éternels ».

M. Demmin, au contraire, n'accorde à Délia Robbia aucun mérite comme céramiste.

Quoi qu'il en soit, Lucca commença d'abord par donner à la terre cuite la durée, le poli et une blancheur approchant de celle du marbre. Plus tard, il varia les tons de la couverte, puis se fit aider par ses frères et par ses neveux, et la famille conserva l'exploitation du procédé jusque dans la seconde moitié du xvc siècle. L'innovation des Délia Robbia, « aussi habilement mise en œuvre, dit Léon de Laborde dans son étude sur les arts au xvie siècle, que chaleureusement accueillie, marcha rapidement à son extension vers l'architecture ». Les premiers essais du sculpteur florentin eurent lieu sur les tympans intérieurs et extérieurs des édifices. Lucca décora des médaillons en terre cuite émailiée en relief ou à plat l'église d'Or-San-Micheli , à Florence.

On voit de lui, à San-Miniato, un médaillon en terre cuite émailiée représentant une vierge à mi-corps tenant l'enfant Jésus. Du temps même de cet artiste, les Duccio, élevés à son école, faisaient alterner, sur la façade du palais Vitelli, à Città-di-Castello , des mascarons en terre émailiée et des grotesques en marbre.

A Lucca succéda Andréa Délia Robbia, son neveu, auteur des figures d'enfants en demi-relief, en matière semblable, que l'on voit sous le portique de l'Hôpital des Innocents, à Florence. Vinrent ensuite les fils d'Andréa; mais alors apparurent les couleurs criardes, les

sculptures grossièrement exécutées et conçues sans prévision de la place qu'elles devaient occuper ; la décadence arriva rapidement et fit abandonner le procédé.

C'est un Délia Robbia que François Ier chargea de l'édification du château de Madrid, au bois de Boulogne. L'usage de la terre cuite comme élément de construction commençait d'ailleurs à se répandre en France, dès le commencement du xvi° siècle, pour les habitations seigneuriales ou princières. Le château que nous venons de citer et qui fut démoli à la fin du siècle dernier s'appelait aussi le château de Boulogne, à cause de sa situation ; il servait au roi de rendez-vous de chasse. Cet édifice mérite une mention toute spéciale, parce qu'il se distinguait de tout ce qui avait été construit jusqu'alors , comme demeure de plaisance, tant en France qu enltalie. C'est en 1528 que commencèrent les travaux, sous la direction de Jérôme Délia Robbia, qui s'était adjoint le maîtremaçon Pierre Gadier. Nous n'avons pas à entrer dans la description détaillée de ce palais, dont il reste à peine quelques émaux conservés au musée de Cluny ; nous insisterons seulement sur le système général de décoration en terres cuites émaillées qui faisait du château de Boulogne une œuvre unique en France. Quelques citations suffiront, d'ailleurs, pour donner une idée de l'effet produit par ce charmant édifice : Androuet Ducerceau dit à ce propros (1) : « Fait au reste la plus grande partie des enrichissements du premier et du deuxième étage, par le dehors, de terre émailiée. La masse est fort esclatante à la veuë, comme vous pouvez voir par les dessins et eslévalions que je vous ai desseignez, d'autant qu'il n'est pas jusques aux cheminées et lucarnes qui ne soient remplies d'œuvres de sculpture. » D'autre part, Poncet de La Grave rap-

(1) Les plus excellents bâtiments de France, 1 vol. p. 4.

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porte ceci dans ses Mémoires intéressants pour servir à l'histoire de France : « La masse entière est toute couverte de basses-tailles travaillées délicatement, enduites d'une infinité, d'une grande quantité d'émaux ou plaques de terre cuite vernissée en couleur, qui font un effet surprenant, lorsque le soleil les frappe. C'est César Délia Robbia qui a fait ces bas-reliefs qui sont variés à l'infini et remplissent les entrecolonnes, les coudées et le massif des cheminées. » Quand François Ier mourut (1547), le château de Madrid n'était pas achevé; il restait encore à terminer la façade du nord. Ce fut sous Henri II, vers 1550, que Philibert de l'Orme fut chargé de terminer les deux étages supérieurs de celte façade. Dans l'ouvrage qu'il a publié sur Y Architecture, cet illustre architecte blâme l'emploi de la terre cuite émaillée dont on avait fait usage dans la décoration des trois façades achevées de ce palais, et il ajoute qu'il s'est bien gardé de l'employer dans la façade du nord. Il appelle même dédaigneusement l'édifice un château de faïence. Nous ne partageons nullement l'opinion de Philibert de l'Orme à cet égard. De tout temps, en effet, on s'est plu à marier de brillantes couleurs aux formes de l'architecture, et nous aurions trop d'exemples à citer , pris à toutes les époques de l'art , pour prouver que la polychromie appliquée à l'extérieur des édifices, loin de provoquer le blâme, peut, au contraire, ajouter un grand charme à l'architecture , quand ou en fait un judicieux emploi.

A la suite de ces premiers essais, l'art de la sculpture en terre émaillée de différentes couleurs acquit un grand développement en France, et bientôt cette contrée, grâce au talent de Bernard de Palissy, n'eut plus rien à envier à l'Italie, en ce genre. François Ier JU établir, à Limoges, une manufacture d'émaux sous la direction de Léonard Limosin, et fonda, en même temps, à

Rouen, une fabrique de terres vernissées, sous la direction de Bernard de Palissy.

Les couvertes en tuiles émaillées avec ornements en terre cuite étaient aussi d'un usage très répandu à cette époque. Les épis en faïence étaient particulièrement recherchés dans la seconde moitié du xvie siècle. De nombreuses fabriques de ces pièces décoratives existaient aux environs de Lisieux, dans la vallée d'Orbec. Mais, comme le dit Viollet Le Duc, la plupart de ces objets, composés de plusieurs pièces, ornées avec le goût le plus varié et retenues par une tige de fer scellée au poinçon du faîtage, ont été achetés par les marchands de curiosités et vendus aux amateurs comme des faïences de Palissy. Des produits de cette nature étaient encore fournis aux provinces environnantes par les fabriques de Rouen , de Beauvais , de Nevers ; mais ils ont disparu par suite de l'incurie et de la mode des combles dépourvus de toute décoration.

Ces applications de la terre cuite à l'ornementation intérieure" ou extérieure des édifices cessèrent peu à peu d'être en usage pendant le xvue siècle.

De nos jours, l'Italie se distingue par ses produits décoratifs tels que les terres émaillées et coloriées à la façon de Lucca Délia Robbia.

La péninsule italique possède un certain nombre de fabriques de ces produits et plusieurs de ces maisons étaient dignement représentées à l'Exposition universelle de 1878.

L'Allemagne est toujours un des pays où la terre cuite est le plus fréquemment employée. A Munich, par exemple, les environs fournissent plusieurs variétés d'argiles qui, par leur mélange dans des proportions déterminées, permettent d'obtenir, à la cuisson, des nuances très diverses.

On pouvait juger à la dernière Exposition universelle des progrès comparés

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faits par les diverses nations de l'Europe dans la fabrication des produits de terre cuite applicables à la construction. L'Autriche s'y trouvait particulièrement représentée par la société anonyme de Wienerberg, qui avait exposé une quantité considérable de briques et d'objets d'art en terre cuite tout à fait remarquables. La société minière et de briques de Pesth avait aussi exposé plusieurs échantillons de briques d'une forme élégante, d'un grain fin et avec arêtes vives.

A l'aide de calibres particuliers, on façonne encore, en Allemagne, des briques dont les parements sont ornés de dessins en relief. Ce dernier mode de décoration est très souvent appliqué aux édifices : l'école d'architecture de Schinkel et l'église de Werder, à Rerlin, en sont les types les plus parfaits.

De même qu'en Italie, on fait des briques dites légères avec une terre extraite des bruyères de Lunebourg (à Oberlohe) et de quelques autres endroits de l'Allemagne.

L'Angleterre est encore une contrée où l'usage des briques a pris une très grande extension depuis la Renaissance.

Il reste dans plusieurs provinces anglaises de très belles constructions en briques des xvir3 et xvnic siècles. Notons ce fait que les ornements y sont en partie moulés et en partie taillés dans les briques après leur cuisson.

Les Hollandais fabriquent aussi en terre cuite des produits moulurés, avec lesquels ils remplacent complètement la pierre de taille. On voyait au Champ de Mars, en 1878, dans la section hollandaise, un portail roman, avec colonnes engagées, qui était entièrement construit avec des matériaux de cette espèce. On fait encore en Hollande des briques et des tuiles vernissées qui s'exportent dans les pays du Nord, dépourvus, par la nature du sol , des terres propres à faire économiquement des briques et des tuiles. C'est principalement sur les bords de TYssel, près

de Gonda, aux environs de Delft ; d'Hariigen, dans l'Est-Frise, que sont établies les plus grandes briqueteries et tuileries.

L'usage des briques est également général en Relgique ; on utilise même, dans ce pays, ces matériaux pour la construction des enceintes fortifiées. «Dans les vastes travaux d'agrandissement de la ville d'Anvers, dit M. Aug. Gratry, on a mis en œuvre, jusqu'ici, près d'un milliard de briques, indépendamment des maçonneries d'appareil et de moellon employées dans plusieurs ouvrages (1). »

Les Relges font également un emploi très fréquent des produits de terre cuite applicable à la décoration. L'usine Léonard, de Verviers, avait envoyé à l'Exposition universelle de 1878 des briques ornementées et des tuiles vernissées ; la maison Utzschneider-Jaunez et Cie, de Surbise, y avait exposé de très jolis carrelages ; enfin, les produits de M. Sosson , d'Anvers , sont très estimés en France.

L'Espagne est une des contrées de l'Europe où les produits céramiques appliqués à l'industrie du bâtiment sont les plus remarquables au point de vue de la matière et du bon marché. On a remarqué au Champ de Mars les carreaux, les briques crues , les briques cuites pleines ou creuses, d'une argile si fine de grain et sonore comme le cristal, les tuiles de MM. Nolla et Garetta, les faïences décorées reproduisant l'ancienne école de M. Sanchez Corral, de Talanera, et les beaux azulejos de Valence et de Séville. C'est à Triana, faubourg de cette dernière cité, qu'existent d'assez nombreuses fabriques de faïence stannifère. On y fait des plaques de faïence qui reçoivent des sujets de peinture ou des ornements colorés propres à la décoration des églises.

Enfin, à Paris même, où la pierre

(1) Description des apporei's de maçonnerie les plus remarquables employés dans les consti udions en briques, 1 vol. in-8", Bruxelles, làlio.

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