TOSCAN
Vitruve donne en hauteur à la colonne toscane sept fois son diamètre ou 14 modules, base et chapiteau compris ; il donne au piédestal 1/3 de la colonne et 1/4 à l'entablement. Il en résulte que pour construire le profil de l'ordre toscan dans une hauteur déterminée, il faut diviser cette hauteur en 19 parties
Fig. 3340
égales, prendre 3 de ces parties pour la hauteur de l'entablement, 4 pour celle du piédestal ; le reste sera la hauteur de la colonne. Celle-ci étant divisée en 14 parties et le module lui-même en 12 minutes, on trouvera facilement que l'entablement a 3 modules 1/2, la colonne 14 et le piédestal 4 modules 2/3. Nous indiquerons ici, avec leurs dimensions principales, les trois éléments que nous venons d'énumérer.
TOUR
TOUR
1° L'entablement comprend :
La corniche . . 1 module 4 minutes.
La frise ... 1 module 2 minutes.
L'architrave. . 1 module.
2° La colonne est également divisée en trois parties :
Le chapiteau .... 1 module.
Le fût 12 modules.
La base 1 module.
3° Dans le piédestal, on compte :
La corniche . . 6 minutes.
La clé .... 3 modules 8 minutes.
La base. . . . 6 modules.
Le gorgerin, la face de l'architrave et la frise sont au même nu.
La saillie de la corniche d'entablement est de 1 module 6 minutes ; la largeur du fût au sommet est de 1 module 7 minutes ; la largeur du socle de la base est égale à celle du piédestal, soit 2 modules 9 minutes.
L'aspect général de simplicité et de solidité qui distingue l'ordre toscan le fait employer pour les édifices auxquels convient ce double caractère. De même, dans une ordonnance comprenant plusieurs ordres superposés, l'ordre toscan occupe l'étage inférieur.
Tour, s. f. — 1° Nom que Ton donne à des constructions de forme très variable, mais dont la hauteur est généralement considérable par rapport à la base.
Les tours semblent avoir été, dès l'antiquité la plus reculée, employées dans l'architecture militaire pour protéger les longues lignes de murailles qui formaient les enceintes des villes et fournir les moyens de découvrir au loin la campagne environnante.
Ces constructions, élevées ainsi aux angles, aux côtés des portes et aux points vulnérables des murs, étaient rondes, carrées ou polygonales et plus ou moins spacieuses, de manière à recevoir un certain nombre de soldats pour la défense de la place ; mais c'est surtout au moyen âge que les tours de-
vinrent le principal élément de la fortification militaire.
Dès le xe siècle, on voit les premiers châteaux généralement composés de deux parties principales, d'une cour basse et d'une seconde enceinte renfermant une tour ou donjon. Cette tour, construite sur plan carré, plus ou moins élevée, était tantôt en bois, tantôt en pierre, et divisée en plusieurs étages ; de son sommet, on découvrait une étendue de pays considérable.
Pendant le xuc siècle, époque de transition, les tours des donjons furent fréquemment circulaires. Quant aux tours qui accompagnaient les enceintes des villes, la forme carrée et la forme circulaire s'y trouvaient appliquées l'une et l'autre.
Au xine siècle, la forme cylindrique fut définitivement adoptée pour divers motifs, les tours ainsi construites résistant mieux aux attaques des machines et leur surface convexe offrant partout la même solidité. Au lieu de diviser leur hauteur par des planchers droits, on les voûta intérieurement et l'on consolida les voûtes au moven d'arceaux reposant sur des colonnettes et des consoles espacées également. De plus, on adopta les toits coniques qui offraient moins de danger et de prise aux projectiles que les combles à pans. Quelquefois, la saillie des tours était augmentée par une sorte d'excroissance triangulaire, destinée à augmenter la force de la muraille, là où elle était le plus exposée à l'attaque. Souvent, le couronnement des tours était formé par des échafaudages ou balcons en bois, appelés hourds (voy. ce mot), qui permettaient de dominer le pied des remparts et de jeter des pierres ou d'autres projectiles par des intervalles ménagés entre les pièces de bois supportant le parapet en surplomb. Mais ces hourds en bois pouvaient être facilement incendiés ; aussi, les remplaça-t-on, au xive siècle, par des mâchicoulis en pierre. Les tours de celte époque étaient
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parfois couvertes d'un toit qui venait reposer sur le parapet en saillie, recouvrant l'ouverture des mâchicoulis et la galerie par laquelle on en approchait.
Au xve siècle, l'usage de la poudre donna lieu à une révolution dans l'art de l'attaque et de la défense des places et les hautes tours crénelées ne furent plus en état de résister au feu du canon; ces constructions ne devinrent pas seulement inutiles, mais constituèrent la partie la plus vulnérable des places fortes, puisqu'elles étaient plus exposées à l'action des projectiles que les autres parties de la fortification. Les tours durent donc être supprimées pour faire place au système moderne d'enceinte à redans, bastions et courtines (voy. ces mots).
Dans certains cas, toutefois, pour défendre certains points tels qu'un littoral favorable à un débarquement de l'ennemi, le passage d'un défilé ou d'une rivière, on fait encore usage de tours rondes fortifiées composées d'un rez-dechaussée surmonté de deux étages et d'une plate-forme. Les plafonds sont voûtés et à l'épreuve de la bombe et la plate-forme est munie d'un parapet circulaire. Les deux étages et la plateforme peuvent recevoir des pièces d'artillerie. L'étage inférieur sert au logement de la garnison ; les provisions et les munitions sont placées dans le rezde-chaussée qui est, en outre, pourvu d'un puits.
Les tours élevées par les anciens sur plan carré ou circulaire, pour défendre les murailles des villes, durent en faire imaginer de semblables pour l'attaque.
Ces tours, formées d'un assemblage de poutres et de forts madriers, étaient mobiles et montées sur roues. Leur hauteur surpassait ordinairement celle des murailles et des tours qu'on voulait
assiéger.
On voit par là que ce nom de tour a été donné, dès les temps anciens, à des constructions différentes de celles qui,
incorporées dans les enceintes des villes, servaient à leur défense. Cette désignation fut même appliquée à des ouvrages qui n'ont rien de commun avec la fortification ; tel est le plus ancien monument dont l'histoire ait gardé le souvenir, celui qu'on a appelé tour de Babel, parce qu'il devait être isolé et s'élever à une très grande hauteur.
La tour des Vents, à Athènes, monument qui ne paraît pas antérieur à la domination romaine, servait à la fois de girouette, de cadran solaire et d'horloge hydraulique. C'est (fig. 3341) une tour octogonale, tout en marbre blanc ; chacune des faces est orientée vers les huit points de l'horizon athénien, auxquels correspondaient les vents dont les noms et les figures symboliques sont sculptés sur la frise ; au-dessous de chacune de ces figures, on remarque un cadran solaire; à l'intérieur de l'édifice, on remarque encore, dans le pavement, des cavités et des canaux qui appartenaient, sans doute, à la clepsydre, ou horloge hydraulique ; celle-ci recevait ses eaux de la fontaine de l'Acropole par un aqueduc dont on voit encore quelques arcades.
C'est à l'usage des cloches qu'est due la multiplication soudaine des tours dans les édifices religieux du moyen âge et de l'architecture contemporaine.
Ordinairement, ces tours font partie intégrante de l'édifice religieux dont elles dépendent. Tantôt elles s'élèvent au-dessus d'un porche qui forme l'entrée de l'église, tantôt elles sont doubles et placées de chaque côté du portail ou du transept. Quelquefois aussi, une tour s'élève sur la croisée même du transept et de la nef principale. Dans un certain nombre d'églises du moyen âge, on a même construit des tours projetées à la fois sur les côtés du transept et du portail et sur la croisée ; mais, en général, l'argent ou le temps ont manqué pour la réalisation de ces conceptions colossales.
Les tours d'église se composent très
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souvent de deux parties : la tour proprement dite, qui contient les cloches et
la flèche; l'ensemble, qui prend le nom de clocher (voy. ce mot).
Fig. 3341.
Ce n'est guère qu'en Italie qu'on trouve des tours isolées de l'église à laquelle elles appartiennent ; on leur donne le nom de campaniles (voy. ce mot). Le plus célèbre de ces monuments est la tour penchée de Pise, que la figure 3342 représente redressée.
Quant au stvle et au svstème de décoration de ces constructions, ils varient avec le goût de l'époque, le style et le caractère du monument auquel les tours sont annexées.
En Italie, avant le xic siècle, on les faisait carrées, terminées par des pyramides obtusangles à quatre pans et percées sur leurs faces de fenêtres demicirculaires.
Les tours construites au commencement du xi9 siècle étaient peu élevées ; au xne, on les exhaussa et on les orna d'arcades aveugles et de fenêtres. La plupart étaient couronnées de toits pyramidaux à pans, en pierre ou en charpente. On rencontre, en France, un certain nombre de tours octogonales de cette époque. Un autre genre de couronnement est celui que Ton désigne sous le nom de batière (voy. ce mot).
Au xiii0 siècle, les tours devinrent plus élancées et se couvrirent de flèches d'une hauteur souvent prodigieuse. Elles sont percées de fenêtres longues et étroites et les pyramides qui les surmontent sont fréquemment octogonales.
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Des clochetons garnissent les quatre angles de la tour à la base de la flèche, et des fenêtres à pinacles occupent les quatre pans correspondant aux quatre faces de la tour. Un grand nombre de ces tours n'ayant été terminées que jusqu'au point où commence la pyramide,
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Fig. 3342.
on les a couvertes d'une plate-forme ou d'un toit supporté par une charpente, comme on le voit aux cathédrales de Paris et de Reims. Les flèches en pierre de cette époque se rencontrent surtout dans certaines provinces et particulièrement en Normandie.
Au siècle suivant, on perça les flèches de trous découpés en trèfles, en rosaces, etc., et l'on couvrit leurs angles de crochets ; du reste, on remarque une grande variété de formes dans les tours de cette époque.
Les tours du xve siècle ont souvent moins d'élévation que celles du xivc ; leurs flèches en pierre présentent fréquemment des lucarnes surmontées de frontons et superposées à différentes hauteurs. On trouve aussi des tours octogonales terminées par un toit peu élevé ou par une plate-forme. Certaines
tours sont même accompagnées de contreforts très saillants contrastant, par leur lourdeur, avec la légèreté des flèches de pierre. Celles-ci sont en effet, quelquefois, de véritables dentelles de pierre.
Il en est de même au siècle suivant, époque à laquelle un grand nombre de tours offrent, sur les angles de l'édifice carré qui supporte la pyramide, des clochetons rattachés au corps du clocher par des arcs-boutants d'une légèreté extrême et dont l'intrados est orné de découpures.
Quant aux tours en style pur de la Renaissance, il n'en existe que peu d'exemples. On construisait alors des tours ogivales, ordinairement carrées et terminées par un toit pyramidal. Vers la fin de la Renaissance, on commença à ériger des tours couvertes de toits hémisphériques en forme de dômes, et cet usage se développa aux siècles suivants.
C'est également à recevoir des cloches qu'étaient destinées les tours qui,
Fis. 3343.
au moyen âge, accompagnaient certains
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édifices purement civils (voy. Beffroi).
Certaines de ces constructions pouvaient servir à la défense et recevoir en même temps des cloches. Telle esL la tour de Péronne, représentée par la figure 3343.
Il est encore certains édifices auxquels on donne la forme de tours rondes ; ce sont les phares et les moulins (voy. ces mots).
Enfin, nous citerons, pour terminer cet article, les tours polygonales assez communes en Chine et dont l'une est particulièrement célèbre sous le nom de tour de porcelaine (fig. 3344) ; elle se compose d'une série de neuf étages