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MANSARDE

La mangeoire que nous donnons (fig.

2207) était placée, à l'Exposition universelle de 1867, dans la partie réservée à laménagement des basses-cours ; l'auge est isolée de terre par quatre supports taillés dans les planches de la construction même et surmontée d'un petit toit à deux pentes qui la préserve des gouttes de pluie et des rayons du soleil. On place encore des mangeoires en forme d'auges dans les chenils, dans les lapinières (voy. ces mots).

Manier, v. a. — Maniera boiit(\oj.

Remanier) .

Maningheni {Pierre de). — Calcaire gréseux, dur, provenant de la carrière de Maningheni, commune de Wimille, arrondissement de Boulogne.

Cette pierre est de couleur gris de fer ou jaunâtre ; elle porte O'^^SO de hauteur d'assise et pèse de 2,540 à 2,650 kilogr. le mètre cube. La charge nécessaire pour produire l'écrasement varie de 7G0 à 840 kilogr. par centimètre carré.

Manivelle, s, f. — 1° Pièce de fer ou de bois coudée deux fois à angle droit et que Ton manœuvre à la main pour communiquer un mouvement de rotation, soit à Taxe d'une machine, soit à l'axe du cvlindre dans un treuil (vov. ce mot).

2° Les maçons nomment ainsi un brancard, avec corde et crochet, qu'ils emploient pour enlever les pierres.

Mannequin, s. m. — Terme qui s'employait autrefois pour désigner la représentation d'un panier de Heurs et de fruits dans la décoration d'un édifice.

Manœuvre, s. m. — Ouvrier subalterne qui sert le compagnon maçon ou couvreur.

C'est le manœuvre qui gâche le plâtre, qui fait le mortier, nettoie les calibres, etc.

Manoir, s. m. — Nom que Ton donnait, pendant le moyen âge, à « l'habitation d'un propriétaire de fief qui ne possédait pas de droits seigneuriaux permettant d'élever un château avec tours et donjon (1) ».

Un manoir était ordinairement une agglomération de bâtiments d'exploitation entourés de fossés, avec logis principal pour le propriétaire. Les grands seigneurs suzerains possédaient, outre leurs 'châteaux, des maisons de plaisance ou véritables manoirs, soit pour y prendre du repos, pendant un certain temps, soit pour se livrer au plaisir de la chasse.

L'un des caractères du manoir, c'est que, comme le château, il possède une grande salle. Ainsi, pendant les xn" et xni^ siècles, il se compose d'une salle avec cellier au-dessous et petit appartement accolé. Des bâtiments ruraux, tels que granges, étables, pressoirs, fournils, logis des hôtes ou des colons, sont groupés à l'entour et le tout est ceint d'une muraille ou d'un fossé profond.

Au xiv*^ siècle, le manoir s'agrandit ; à la fin du xv% il a souvent l'importance du château, moins les défenses. Au XVI* siècle, un grand nombre de petits châteaux furent dégarnis de leurs ouvrages militaires et convertis en manoirs. Ceux-ci disparaissent complètement , au siècle suivant , avec les châteaux symétriques du siècle de Louis XIV.

Mansarde, s. f. — 1° Comble brisé dont l'invention est attribuée à l'architecte Mansard et qui permet de gagner un étage de logements.

On dit aussi comble à la Mansard (voy. Comble).

2° Nom que l'on donne aussi aux chambres mêmes ménagées dans ce comble.

3° Fenêtre droite établie dans un comble mansardé (voy. Lucarne).

(1) VioUet Le Duc, Dictionnaire raisonné de V architecture française.

MANTEAU

MARBRE

Manse [Pierres de la). — Calcaire oolithique, dur, blanc ou gris, que Ton extrait des carrières de la Manse, commune de Dorney, arrondissement de Clamecy.

La hauteur d'assise de cette pierre varie de 0°',10 cà 1 mètre. La pierre blanche pèse de 2,380 à 2,420 kilogr.

le mètre cube, et la pierre grise de 375 ta 510 kilogr.; il faut pour écraser la première une charge de 360 à 400 kilogr. par centimètre carré, et pour la seconde de 375 à 510 'kilogr.

Manselles, s. f. pL — Bras d'une Me ou demoiselle du paveur.

Mansle ( Chaux de). — Chaux moyennement hydraulique fabri(|uée à l'usine de Mansle, près Échoisy, département de la Charente.

Manteau, s. m. — l*» Partie d'une cheminée qui forme saillie et qui est apparente dans une chambre au-dessus du foyer.

Le manteau comprend les jambages, les chambranles, la gorge ou attique et la corniche.

Fig. 2208.

Au moyen âge, les cheminées avaient

de grandes dimensions et leurs manteaux, en bois ou en pierre, étaient supportés par des consoles avec ou sans pieds-droits. La figure 2208, empruntée au Dictionnaire de l'architecture de Viollet Le Duc, représente une cheminée qui a été conservée dans l'abbaye Blanche de Mortain ; les armes de Tabbaye sont sculptées sur la clef du manteau, composé de deux énormes sommiers et de trois claveaux avec crossettes, le tout reposant sur deux consoles très saillantes.

On appelle faux manteau le manteau d'une cheminée, lorsqu'il est porté par des consoles ou des corbeaux et non soutenu de fond par un chambranle.

2° Barre de fer portant sur les jambages et soutenant la plate-bande ciui forme le manteau d'une cheminée.

Mantonnet, s. m. — Voy. Mentonnet.

Maquette, s. f. — Modèle, à échelle réduite, en terre molle ou en cire, d'un ouvrage qui doit être exécuté en relief ou en ronde-bosse.

Marans ( Chaux de). — Chaux hydraulique ordinaire, fabriquée à Marans, département de la Charente-Inférieure.

Marbaix [Pierre de). — Calcaire compact, dur, provenant des carrières de Marbaix, commune de ce nom, arrondissement d'Avesnes.

Cette pierre, qui est de couleur noire intense, quelquefois veinée de blanc, est propre à la marbrerie. Elle porte de 0'",20 à 0^,90 de hauteur d'assise ; le poids du mètre cube est de 2,730 kilogr., et la charge nécessaire pour produire l'écrasement de 995 kilogr. par centimètre carré.

Marbre, s. m. — Mot qui vient du latin marmor dérivant lui-même du grec marmairein, briller, marmaros, blanc.

MARBRE

MARBRE

et qui s'appliquait particulièrement au marbre statuaire, mais aussi, d'une façon générale, à toute espèce de pierre susceptible de poli. C'est ainsi que les anciens ont classé dans les marbres les granits, les porphyres, les jaspes, les albâtres.

On ne saurait déterminer, d'une manière précise, à quelle époque le marbre fut employé pour la première fois dans l'architecture ; on pense seulement que l'usage de cette pierre remonte à une assez haute antiquité.

L'île de Chio, ainsi que l'île de Crète, fournissent beaucoup de marbre blanc, et cette variété de marbre est très commune dans l'Asie Mineure. C'est aussi de ces contrées que les riches Romains tiraient les marbres dont ils décoraient leurs demeures. Les palais, à Rome, ne semblaient magnifiques que s'ils étaient revêtus de marbres grecs. Ceux-ci avaient, d'ailleurs, sur les marbres de l'Italie l'avantage de la dureté qui procure le beau poli et de la pureté de la couleur, qualités de ces pierres qui étaient alors les plus recherchées. C'est seulement sous l'empereur Claude que l'on commença à teindre les marbres pour en faire des contrefaçons de marbres bigarrés. Sous Néron, on diversifia les couleurs, en transportant à l'un les taches ou les veines d'un autre.

Les ouvriers qui travaillaient le marbre s'appelaient en grec lithotomoi, lithocojjoi, lithourgoi. Les Romains donnaient le nom de marmorii k ceux que nous appelons marbriers, c'est-à-dire employés aux travaux mécaniques que l'emploi du marbre comporte. Chez les Grecs, les mots indiqués ci-dessus, qui signifiaient, au propre, travailleurs en marbre, s'appliquaient aussi aux sculpteurs en statues et servaient souvent à désigner les plus habiles el les plus célèbres des artistes grecs.

Les Athéniens employèrent pour la construction de leurs édifices, soit le marbre pentélique, soit celui du mont Hymette, que l'on préférait, dans l'exé-

cution, à cause de sa blancheur et de ses propriétés. Les carrières de la Phrygie fournissaient un marbre blanc môle de différentes couleurs. Près de Mégare, on trouvait un marbre coquillier, qu'on employait aussi pour les édifices, mais il n'avait pas beaucoup de dureté. Près de Phigalée, en Arcadie, on exploitait un marbre gris avec des veines rougeâtres ; on l'employa à la construction du temple d'Apollon Épicurien. Presque toutes les îles de l'Archipel avaient des carrières de marbre. Celui de Paros était le plus estimé ; on l'employait pour en faire des statues plutôt que pour les constructions. Les habitants d'Éphèse tiraient leur marbre du mont Prion, situé près de leur ville ; ceux de Téos employaient, pour leurs monuments publics , un mMrbre gris qu'on trouvait dans les environs. A Mylassus, en Carie, il y avait un marbre fin de couleur blanche. L'île de Proconèse, près du promontoire de Sigée, dans l'Asie Mineure, était célèbre par ses belles carrières de marbre, et, à peu de distance d'Alexandria Troas, on trouvait du marbre blanc. •

C'est seulement après la conquête de la Grèce que l'emploi du marbre se généralisa chez les Romains ; du moins, avant cette époque, on n'avait pas coutume, à Rome, de s'en servir pour les constructions. Metellus Macedonicus , contemporain de Mummius, le destructeur de Corinthe, bâtit à Rome le premier temple de marbre ; mais bientôt cette matière y fut employée, surtout en colonnes, pour les péristyles des temples et les vestibules des maisons. Crassus l'orateur, mort en l'an de Rome 662, décora sa maison de six colonnes, de 3°',S5 de hauteur, en marbre du mont Hymette. Ce fut, paraît-il,' le premier exemple de marbre étranger apporté à Rome pour un édilice privé. Pline rapporte qu'un an après la mort de Sylla, en l'année 676, Lepidus se bâtit une maison qui passa pour la plus belle de la ville. Il l'orna de seuils en marbre

MARBRE

MARBRE

jaune de Numidie. Plus lard, on cita Lucullus pour avoir introduit chez lui un très beau marbre noir tiré de Tîle de Chio et qui fut appelé Lucullin. Ces importations de marbre étranger étaient en si grande vogue à Rome, parce qu'on n'avait pas encore découvert les carrières de Luna, en Italie, qui fournirent, dans la suite, des revêtements pour les murs des maisons, ou bien parce que les Romains ne trouvaient pas assez varié dans ses couleurs le marbre de ces carrières. Ils se mirent donc à dépouiller de leurs colonnes les édifices de la Grèce pour en orner ceux de Rome. Ils transportèrent aussi de plusieurs autres pays des blocs pour les faire travailler. Les marôres blancs semblent avoir été les plus recherchés dans l'antiquité pour les travaux de sculpture. Le pentélique fut un des marbres qu'on exploita le plus, surtout dans l'Attique. L'île de Paros a été célèbre, de tout temps, par la beauté de ses marbres. C'était du mont Marpenus, dans cette île, qu'on les tirait. On lui donna aussi le nom de cette montagne, et celui de Ligdinum, à cause du promontoire de Paros, appelé Lygdos. Il paraît que ce marbre était beaucoup plus propre que le pentélique pour les ouvrages qui exigeaient de la délicatesse. Il faut citer aussi le marbre du mont Hymette, situé dans l'Attique ; ce marbre blanc est de couleur un peu cendrée ; au temps deXénophon, on en faisait des temples, des statues, des autels, non seulement pour Athènes, mais encore pour d'autres pays où on les exportait. On tirait encore du marbre blanc de l'île de Paros, fameuse par ses marbrières ; au temps de Sénèque, ce marbre était si commun que les piscines en étaient revêtues. Lorsque les anciens exploitèrent les carrières de Luna, ils y trouvèrent un marbre plus blanc que celui de Paros, mais moins compact et donnant un moins beau poli ; c'est en grande partie de ce marbre que furent faits, à Rome, beaucoup d'ouvrages de sculpture.

Parmi les autres marbres connus des anciens, on peut citer le marbre phelleusis, tiré du mont Phellus, le marbre coralitique, qui recevait ce nom d'un fleuve nommé Coralios, en Phrygie ; ce fleuve se nommait encore Sangarius, d'où ce marbre a reçu aussi le nom de Sangarium; selon Pline, il est d'un blanc qui approche de celui de l'ivoire, et il a quelque ressemblance avec cette substance : on l'a souvent confondu avec le marbre de Paros. Stace fait mention d'une autre espèce de marbre qu'il appelle marbre de Tijr, et que l'on tirait probablement du mont Liban ; il se distinguait par la finesse de son grain et par sa blancheur. Pline rapporte que le marbre de Lesbos était d'un blanc livide ; Philostrate le dit noir, ce qui donnerait à penser que la même carrière renfermait ces deux variétés de marbre. On tirait du marbre blanc des carrières de Cyzique, en Asie Mineure. Dans les environs de la ville de Synnada, on exploitait le marbre appelé marbre phrijgien.

Parmi les marbres noirs, on distingue celui de Ténare (promontoire de la Laconie), qui était fort recherché. Le marbre de Numidie ou de Lydie porte communément le nom de noir antique.

Les carrières de l'île de Chio fournissaient un marbre noir, transparent et bigarré ; on le tirait surtout du mont Pélinée. On cite encore un marbre de Lydie d'un bleu noirâtre, tirant sur la couleur du fer. Le marbre obsidien était aussi de couleur noire.

Le marbre que l'on appelle rouge antique portait le nom de marnior libyciim; il est aujourd'hui fort rare.

L'île de Proconèse, une des Sporades, dans la Propontide, fournissait un mar6r<? blanc marqué de veines noires, droites, obliques ou sinueuses; on l'appelait marbre de Proconèse ou bien marbre de Cyzique, parce que Proconèse était située vis-à-vis de Cyzique, ou encore, d'après un passage de Strabas, parce que les beaux édifices de Cyzique étaient faits de ce marbre.

MARBRE

?di

MARRRE.

Le marbre du mont Taygète était fort célèbre chez les anciens ; sa couleur était verte ; on le nommait aussi marbre de Laconie ; on en parait les salles ; ce marbre est connu sous le nom de vert antique.

Le marbre de Caryste était d'un vert mélangé. Le marbre atracien était mélangé de blanc, de vert, de bleu et de noir ; il venait d'Atrax en Thessalie, sur le fleuve Penée. Le marbre appelé marmor tiberium ou tiberianum fut exploité en Egypte, sous Auguste et Tibère ; il était vert et avait des grains gris et d'un veft clair. Le marbre synnadique, appelé aussi phrygien, était blanc et rouge. Le premier de ces noms lui venait de la ville de Synnas, en Phrygie; Pline cite la basilique Émilienne comme étant remarquable par ses colonnes de marbre phrygien.

Le marbre de Corinthe était jaune, ainsi que le fond du marbre rhodien.

La beauté des marbres dits de couleur consiste dans Téclat de leurs teintes, dans la bigarrure de leurs veines, comme la beauté du marbre blanc consiste dans sa netteté et l'absence de toute tache. Le marbre coloré, celui surtout qui était de plusieurs couleurs, était plus particulièrement employé dans l'architecture ; cependant il y a des exemples d'ouvrages de sculpture faits avec des marbres bigarrés.

Les architectes chrétiens employèrent le marbre dans la décoration des églises latines. Les portiques mêmes qui précédaient ces édifices furent ornés des granits et des marbres les plus précieux, enlevés aux monuments païens. La façade de la partie antérieure des édifices offrait peu de richesse ; la porte seule était richement décorée ; elle était encadrée d'un chambranle ûe marbre. A l'intérieur, on employa d'abord les marbres plaqués ou les stucs, qui servaient à les imiter d'une manière plus ou moins exacte. Les absides des églises de Sainte-Agnès hors les Murs et de Saint-Georges en Vélabre olTrent, encore de nos jours, de beaux exemples

de la décoration en marbre selon l'usage antique ; dans la dernière de ces deux églises, les panneaux qui revêtent la surface courbe de l'abside sont séparés par des pilastres surmontés de chapiteaux élégants. Un riche entablement, composé le plus fréquemment de marbres sculptés arrachés à des édifices païens, séparait la galerie inférieure de celle qui, dans la nef principale, s'ouvrait au premier étage pour recevoir les femmes et avait, à cause de cela, reçu le nom de gynécée. Le plus beau spécimen de la décoration en marbres incrustés qui se soit conservé jusqu'à notre époque, se trouve dans la belle église de Sainte- Sabine, située sur le mont Aventin :

dans la nef principale, de belles colonnes de marbre forment les bas-côtés, et au-dessus sont représentés, avec du porphyre vert découpé sur un fond rouge, des ostensoirs surmontés d'une croix grecque ; des bossages de marbre jaune antique, encadrés de filets en porphyre, décorent les tympans; l'ensemble de celte ornementation est couronné par une large frise, placée au-dessous de l'appui des fenêtres qui éclairent la basilique et composée elle-même de marbres précieux , de porphyre et d'ophite, découpés en losange et habilement disposés. Ce même édifice présente encore un exemple de cette alliance de compartiments en marbre et de la mosaïque en émail, qui était appelée à remplacer le premier système de décoration intérieure, excepté dans les parties basses où l'on craignait l'humidité. Les clôtures du chœur, les ambons, le ciborium et le trône de l'évêque ou cathedra étaient eux-mêmes rehaussés par la mosaïque et par les marbres les plus précieux. ,

Nous citerons encore , comme un exemple de l'emploi du marbre dans les premières basiliques latines, les tables ou clôtures (voy. Claustra), qui garnissaient les fenêtres. Extérieurement à ces tables, percées de trous de diverses formes, des volets de pierre soutenus

MARBRE

MARBRE

par des pivots taillés dans le même morceau et roulant sur des gonds de marbre scellés dans le mur, s'appliquaient parfois devant les fenêtres et supprimaient entièrement la lumière à l'intérieur. Le chancel ou enceinte du chœur était ordinairement composé de tables de marbre placées debout et maintenues par des pilastres. Enfin, le pavé du chœur était décoré avec une grande richesse : on y employait les marbres précieux et des matières dures telles que le porphyre rouge et vert. On peut se faire une idée approximative de ces pavés luxueux, par le dessin du chœur de la basilique de Saint-Clément, à Rome (voy. Chœur).

Le moyen âge employa peu le marbre, en raison du prix considérable de la mise en œuvre ; on le réserva pour l'intérieur des égUses ; la Renaissance italienne remit en honneur l'emploi de cette matière et, depuis ce temps, ce calcaire joue un rôle qui devient de plus en plus remarquable dans les constructions monumentales de nos pays.

Aujourd'hui, les minéralogistes ne donnent plus le nom de marbres qu'aux pierres calcaires compactes susceptibles de recevoir le poli. Cependant la marbrerie confond encore actuellement , sous la dénomination de marbres, des matériaux qui ditïèrent essentiellement les uns des autres au point de vue de leur composition chimi([ue ; ainsi, parmi ces matières, les unes sont calcaires, cristallisées ou agglomérées, les autres sont siliceuses ou quartzeuses. Nous diviserons donc les marbres en :

1° Marbres proprement dits ;

2° Granits, porphyres, etc., ou marbres durs du commerce ;

3° Serpentines ;

4° Marbres artificiels ou stucs.

Dans cet article, nous ne nous occuperons que de la première de ces deux classes, les autres étant traitées dans des articles spéciaux.

Les marbres proprement dits sont des carbonates de chaux plus ou moins mé-

langés de matières étrangères. A l'état pur, le marbre est liomogène et sa couleur est blanche ; il se comporte bien, exposé à l'influence des agents atmosphériques. Coloré par des oxydes métalliques, il peut être sujet à une prompte destruction , en raison des façons différentes dont se comportent à l'air les diverses matières qui le composent ; en outre, si l'action de l'humidité s'exerce seule, comme en Italie, les marbres ne sont soumis qu'à une désagrégation très lente ; mais, s'ils sont exposés, comme en France, à des alternatives très rapprochées d'humidité et de gelée, ils se désagrègent promptement, surtout s'ils sont terrasseux, c'est-à-dire si la liaison entre toutes leurs parties n'est pas intime. C'est pourquoi le marbre n'est employé à l'extérieur des édifices que dans les pays méridionaux ; on s'en sert, surtout en France et dans le centre et le nord de l'Europe, pour l'ornementation des appartements, la décoration des cheminées, etc.

Les marbres sont très abondamment répandus dans la nature et leurs variétés sont infinies. D'une manière générale, on distingue :

Les marbres antiques, parmi lesquels nous citerons : le marbre de Paros, le marbre peutélique, le marbre blanc de Luna, arabique, cappadocien, le cipoVm, le jaune de Numidie, le rouge antique, le portor, le noir antique ou noir de Lucullus, la lumachelle, la brèche jaune, la brèche violette (voy. ces mots) ;

Les marbres modernes, plus nombreux encore que les marbres antiques, et parmi lesquels nous nous contenterons de citer ceux qui sont le plus fréquemment employés dans les constructions :

les marbres blancs de Carrare, des Alpes et des Pyrénées, les blancs veinés, \e jaune de Sienne, \e portor ; les marbres rouges de Sienne, de Cannes et de la vallée de Campan, les cipoUns, les griottes, le marbre royal, marbre commun, d'un rouge terne et nuancé veiné

MARBRE

MARBRE

de blanc et de gris, le vert de Campan, les noirs de Piémont, des Alpes et des Pyrénées, le bleu tiirquin, le gris brunâtre de Boulogne, les brèches jaunes, rouges, violettes, grises et de couleurs variées, la brocatelle d'Espagne, celle de Sienne , le marbre mosaïque de Corse, etc.

Sous le rapport de Taspect, on divise les marbres en cinq espèces principales :

1° Les marbres simples unicoïores, blancs, noirs, jaunes ou rouges; nous citerons comme marbres blancs, les marbres de Paros, du mont Hymette, de Carrare, le marbre pentélique ; comme marbres noirs, ceux des Hautes-Alpes, de THérault, de l'Isère, du Doubs, de l'Ariège, etc. ; comme marbres rouges, la griotte d'Italie que Ton tire de Cannes, près de INarbonne ; enfm, comme marbres jaunes, \e jaune antique et le jaune de Sienne ;

2° Les marbres simples veinés, qui varient à l'infini; on y remarque particulièrement le portor, à fond noir et veines jaunes ; le grand antique, à fond noir et veines blanches; le sainte-Anne, à fond noirâtre, veiné de gris ou de blanc ; le bleu turquin, à fond bleuâtre et veines plus intenses, etc.;

^^ Les marbres composés, qui proviennent généralement de lieux où les dépôts de sédiment sont enclavés dans les terrains primitifs et qui renferment des substances étrangères, micacées ou serpentineuses, disposées en feuillets, en paquets, ou disséminées ; tels sont les marbres eipolins de la côte de Gènes, les marbres campans, le vert antique, etc.;

4° Les marbres lumachelles, renfermant des coquilles et des madrépores (voy. Lumachelle);

S** Les marbres brèches, présentant Taspect de fragments anguleux de diverses couleurs engagés dans une pâte d'une teinte différente (voy. Brèche).

Il existe encore une variété particulière de marbre, l'albâtre, qui se dis-

tingue surtout du marbre proprement dit par sa translucidité (voy. Albâtre).

Au point de vue du travail du marbre, on distingue (1) :

Le marbre brut, en blocs qui n'ont été ni débités ni taillés;

Le marbre piqué, qui n'a été taillé qu'à la pointe ;

Le marbre ébauché, qui n'est travaillé qu'à la double pointe et au ciseau ;

Le marbre poli, celui qui, après avoir été frotté avec le grès et le rabot ou pierre de Goshland, est ensuite repassé avec la pierre ponce et poli au bouchon de linge, avec de l'émeri lin ou de la potée d'étain ;

Le marbre lustré, lissé et frotté avec un tampon de linge et de la potée et qui est luisant;

Le marbre en tranches, débité en tables de 1 à 6 centimètres d'épaisseur ;

Le marbre dans sa passe, débité en tranches de la largeur du banc, c'est-àdire parallèlement au lit du bloc;

Le marbre en contre-passe, débité sur la hauteur du banc, c'est-à-dire perpendiculairement au lit ;

Le marbre fier, marbre dur, difficile à travailler et sujet à s'éclater;

Le marbre filardeux, qui a des fils ;

Le marbre pouf, qui ne garde pas la taille et qui se rapproche du grès;

Le'marbre terrasseux, qui a des parties tendres qu'il faut remplir avec du mastic ;

Le marbre camelote, qui, après le travail, présente l'aspect d'une pierre étonnée (voy. ce mot).

La France possède des gisements de marbre assez abondants pour permettre, dans certains départements, d'employer cette matière même comme pierres à bâtir.

L'exploitation des bancs de marbre se fait au moyen de coins et de pics ; on s'efforce d'extraire les plus gros blocs possible ; on en dresse grossièrement les faces et on dirige ces blocs sur les

(1) Pcrnot, Guide du constructeur.

MARBRE

MARCHAGE.

scieries, sous la dénomination de marbres bruts.

Depuis son extraction jusqu'à son emploi, le marbre subit plusieurs opérations, le débit, la taille et le poli.

Le débit se l'ait, soit à la carrière, soit dans des usines spéciales, ou bien encore chez le marbrier, au moyen de scies ordinaires et sans dents, sur lesquelles on jette continuellement du grès ou sable siliceux détrempé dans de Teau. Les blocs dont on tire les consoles galbées, les colonnes et autres objets à contours circulaires sont souvent dégrossis, ébauchés à la gradine et taillés sans le secours de la scie. On distingue plusieurs sortes de tailles de marbre : Véquarrissage, Y ébauche ou ébauchage, la taille brute, la taille apparente (voy. ces mots).

Le polissage exige cinq opérations distinctes : Végrisage, le rabat, Vadouci, le piqué, le lustré ou relevé (voy. ces mots).

Lsi pose des marbres se fait au moyen de plâtre que Ton emploie, comme scellement, en y mélangeant un tiers environ de poussière, pour que les marbres n'éclatent pas sous l'action du plâtre pur. Les différentes pièces sont réunies par des agrafes et des goujons de fer ou de cuivre.

Les trous et les aspérités et parties terrasseuses de la surface des marbres, ainsi que les joints des dalles, se bouchent à l'aide de mastics, tels que le mastic gras, le mastic de Corbel, le mastic de limaille, le mastic de fontaine {\oy. Mastic).

Nous avons dit que l'emploi des marbres remonte à une haute antiquité. Les Romains utilisaient cette matière en blocs pour les édifices les plus somptueux ; ils se servaient de préférence du marbre blanc pour les entablements, les chapiteaux et les bases de colonnes, pour les bas-reliefs et les ornements de sculpture ; ils employaient les marbres de couleur pour les colonnes et les revêtements intérieurs et leurs débris pour les pavés en mosaïque.

Aujourd'hui, on emploie particulièrement, pour la statuaire, les marbres blancs tels que ceux de Carrare ; les marbres de couleur sentent indistinctement à la décoration architecturale.

Marbrer, v. a. — Imiter par la peinture le mélange et la disposition des différentes couleurs qui se trouvent dans certains marbres.

On dit marbrer un chambranle de cheminée, un panneau, etc.

Marbrerie, s. f. — Partie de l'architecture qui comprend généralement tous les ouvrages exécutés en marbre ou en pierre dure, dite de liais, comme dallages, pavages en carreaux, plinthes, cheminées, chambranles de portes et de niches, etc.

L'art du marbrier consiste, en outre, à débiter, à tailler et à polir le marbre, et à donner à cette matière toutes les formes exigées par Tarchitecte pour la construction ou la décoration des édifices.

Marbrier, s. m. — 1° Ouvrier qui scie, taille et polit le marbre, ou qui monte, raccorde et pose les pièces nécessaires à la composition des ouvrages de marbrerie.

2° Celui qui fait le commerce du marbre.

3° Entrepreneur qui travaille le marbre pour les tombeaux et qui se charge de tous les travaux, depuis la simple maçonnerie jusqu'à la sculpture.

4° Dans la peinture en décor , on donne le nom de marbrier à l'ouvrier qui imite les différentes espèces de marbre.

Marbrière, s. f. — Carrière d'où l'on tire le marbre.

Marbrifère, adj. — Se dit d'une carrière qui fournit du marbre.

M ar eh âge, s. m. — Marchage de

MARCHE

MARCHE

Vargilc : corroyage ou pétrissage de Targile avec les pieds.

Ce procédé est encore en usage dans les briqueteries primitives : on jette la terre dans une fosse en maçonnerie hydraulique ; on y ajoute assez d'eau pour former une pâte d'une certaine fermeté ; après avoir laissé séjourner cette eau pendant quelques jours, un ouvrier, désigné sous le nom de marcheur, descend dans la fosse avec une bêche et pétrit la terre en marcliant pendant un certain temps et ayant soin de la retourner fréquemment au moyen de la bêche. En outre, il enlève les pierres et pyrites qu'il peut rencontrer.

Marchand, adj. — Fer marchand :

fer que Ton trouve dans le commerce et qu'il n'est pas nécessaire de faire exécuter sur commande.

Marchandage, s. m. — Traité passé avec un adjudicataire de travaux pour faire une partie d'ouvrage à prix convenu.

On appelle ce travail travail à la tâche; celui qui s'en charge se nomme tâcheron ou marchandeur.

Marche, s. f. — On nomme ainsi des blocs de pierre, de marbre ou de bois, des assemblages de pièces de bois ou de fer que Ton superpose horizontalement, en les plaçant à des distances convenables pour faciliter, le mieux possible, la communication entre deux étages de maison, deux terre-pleins de niveaux différents, etc.

Dans un escalier, la première marche se nomme marche de départ; la dernière, marche d'arrivée. La marche qui correspond à la hauteur d'un palier se nomme marche palière. La première marche d'un étage intermédiaire, placée immédiatement au-dessus du sol d'un palier, est la marche de remontoir.

Dans une même marche, on distingue : la contre-marche qui en forme le devant, le giron qui est le dessus, où

l'on pose le pied, et Yemmarchement ou la largeur de la marche.

Nous ne saurions citer, sous le rapport des dimensions et de la forme à donner aux marches, dans un escalier en pierre, un plus bel exemple que celui de l'escalier du palais Farnèse.

« Nous n'en connaissons aucun, dit Letarouilly, à qui nous empruntons ce do-

Fig. 2209.

cument , dont la montée soit plus commode et mieux adaptée au pas d'un homme d'une slature moyenne. » La figure 2209 représente les mesures de largeur et de hauteur de chaque marche, avec son inclinaison.

On appelle : marche droite, celle dont le giron est compris entre deux lignes parallèles; marche dansante , celle où ces lignes n'étant pas parallèles, la marche a plus de largeur à un bout qu'à l'autre, comme dans les quartiers tournants des escaliers; marche biaise, celle qui a partout la même largeur, mais dont les extrémités ne sont pas coupées d'équerre à la face antérieure.

Les escaliers en bois peuvent être formés, soit de marches pleines ou massives A (fig. 2210), ayant la forme d'un

Fig. 2210.

prisme triangulaire, élégies sur le devant et ornées d'une moulure appelée astragale ou boudin, soit de marches

MARCHE

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composées R, c'est-à-dire qui comprennent deux parties, la marche a et la contre-marche b, jointes ensemble au moyen de Tassemblage à rainure et languette à épaulement.

Dans les marches droites, le dessous du plafond est une surface plane ; mais dans les marches dansantes, le dessous est gauche et prend le nom de déhiUardement.

Le giron doit être mesuré au milieu de Temmarchement pris en plan; on nomme portée la largeur de la marche à l'endroit de son scellement dans la cage et collet la largeur prise à l'endroit où cette marche s'assemble avec le limon.

La portée, le giron et le collet sont égaux dans les marches droites ; le collet est la dimension la plus petite et le giron, l'intermédiaire, dans les marches dansantes. En tout cas, le giron est constant, pour un même escalier, que les marches soient droites, biaises ou dansantes.

On chanfreine quelquefois le devant d'une marche pour augmenter le giron de la marche immédiatement inférieure ; on ne dispose guère ainsi que les marches des descentes de caves ou de souterrains.

Les marches en fer sont composées de pièces de métal qui s'assemblent entre elles de diverses manières (voy.

Escalier).

On fait encore des marches en zinc qui trouvent leur emploi dans les couvertures. Ainsi, on établit sur les toitures en ardoises des chemins de service {[m facilitent l'accès de tous les points aux ouvriers chargés de faire des réparations. La figure 2211 représente un chemin de service formé d'une travée de couverture en zinc établie sur voligeage joinlif ; c'est sur cette couverture que l'on soude, en les espaçant convenablement, des marches en zinc fondu, façonnées en pointes de diamant à leur face supérieure.

On construit encore de ces escaliers

de senice avec des marches qui se fixent

Fig. 2211.

très facilement et dont le poids est très faible, par rapport au système à plaques de métal fondu. Ces marches, inventées par M. Hauchecorne, sont formées (fig. 2212) de deux équerres en fei' sur lesquelles sont fixées des barres horizon-

Fig. 2212.

taies formant grillage. Les équerres sont maintenues par des vis, à leurs extrémités, sur des tasseaux parallèles à ceux de la couverture ; chacune de ces marches peut ainsi se poser ou s'enlever isolément.

Législation. En vertu de l'ordonnance du 25 juillet 1862, concernant la sûreté, la liberté et la commodité de la circulation :

(( Art. 82. Il est défendu d'établir des marches en saillie sur les trottoirs.

« Il sera permis, toutefois, par mesure de tolérance, de conserver les marches

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que radministration reconnaîtra ne pouvoir être rentrées dans Fintérieur de la propriété, mais à la charg,e d'en arrondir les angles ou de les tailler en pans coupés. »

Marché, s. m. — 1° Lieu abrité ou en plein air, affecté à la vente des denrées et autres objets nécessaires à la vie^

Les Grecs nommaient agora et les Romains forum ce que nous appelons aujourd'hui marché.

En Grèce, Vagora (voy. ce mot) était placé ordinairement au centre de la ville quand il n'y en avait qu'un. Les grandes villes en avaient dans divers quartiers, selon le besoin local ou selon d'autres convenances. Dans les villes situées sur le bord de la mer ou d'une rivière navigable, Vagora se trouvait près du port.

Les Grecs donnaient à leurs marchés et à la place qu'ils occupaient une forme carrée ; ils les entouraient de vastes portiques doubles, couverts d'un toit plat, qui offraient un abri à ceux que leurs affaires appelaient à la place publique ; l'ensemble de ces galeries se reliait encore à d'autres édifices publics, à des temples , à des lieux d'assemblée.

Athènes eut deux marchés principaux :

l'ancien, situé dans le Céramique (voy.

Agora), et le nouveau qui occupait la partie de la ville nommée Eretria. La ville de Sparte avait un agora très remarquable qui renfermait le bâtiment où s'assemblait le conseil des anciens, l'édifice habité par les éphores, les temples de Tellus, de Jupiter Agorœus, de Minerve Agorœa, de Neptune Asphalius, d'Apollon, de Junon et des Parques, les statues d'un très grand nombre de divinités, les monuments funéraires d'Oreste , d'Epiménides de Crète et d'Apharée ; l'édihce le plus ancien était ce qu'on appelait le portique des Perses, construit du butin enlevé sur ces peuples. Lagora de Mégalopolis était entouré de beaux portiques et décoré de temples et de statues. Il en était de

même des marchés ou agoras de Corinthe et d'Argos.

On voit par là que les marchés anciens n'étaient pas seulement destinés, comme dans les temps modernes, à la vente des denrées, mais qu'ils étaient, en quelque sorte, le point de centre du commerce, des assemblées et des principaux intérêts des habitants.

Les marchés romains ou fora se distinguaient de ceux des villes grecques en ce qu'ils avaient la forme rectangulaire. Vitruve dit que l'aire de ces marchés servant quelquefois d'arène pour les combats de gladiateurs, les portiques qui entourent ces places doivent avoir de plus larges entrecolonnements ; on y étabUssait des boutiques pour les changeurs et autres objets de commerce.

Il paraît encore, selon Vitruve, que le forum était environné de deux rangs de galeries, l'un sur l'autre ; il recommande de faire les colonnes du rang supérieur d'un quart moins hautes que celles du rang inférieur. L'auteur latin dit encore que les basiliques, la curie, les prisons, etc., devaient être construites attenantes au forum.

Il y avait, à Rome, dix-sept de ces places appelées fora, dont quatorze, destinées au commerce des denrées et autres marchandises, étaient appelées fora venalia; les autres, où l'on rendait la justice, étaient nommées civilia et judiciaria (voy. Forum).

Ainsi, à Rome comme en Grèce, le marché, d'abord lieu central et de réunion pour les habitants que les besoins de la vie et du commerce rassemblent, devint, avec le développement des arts, du luxe et de la population, un monument plus ou moins spacieux, ou, pour mieux dire, un ensemble de toutes sortes d'édifices qui, par leurs usages ou leur destination, avaient plus ou moins de rapport avec le commerce, avec les atîaires publiques ou privées et les intérêts qui s'y mêlent.

Les souvenirs et les traditions des marchés antiques se sont conservés dans

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les villes de l'Italie, et plusieurs en possèdent encore, dans certains monuments, des vestiges très reconnaissables. Ainsi, Ton trouve comme un fragment des marchés antiques, à Florence, dans le marché des soies, appelé Loggia del mercato nuovo : c'est un portique reposant sur des colonnes d'ordre corinthien, rangées en quinconce et occupant un espace de 23 mètres sur 30 mètres ; ce marché fut construit en 1548, par le grand -duc Cosme I" pour le commerce des marchands de soie, qui ont leurs boutiques à Tentour. D'autres villes, telles que Vienne et Bergame, ont aussi des marchés publics dont l'ensemble ou quelque partie rappelle le souvenir des marchés antiques. On doit même reconnaître une tradition de Tancien système des marchés publics qu'on vient de décrire dans les marchés de plus d'une de nos villes de France, et même au cœur de Paris, dans ces vieux piliers des Halles, dont on voit encore les restes sur un côté de la rue de la Tonnellerie. Les bazars de l'Orient rappellent un peu les marchés anciens, en raison de quelques traditions de l'antiquité qui se sont conservées dans ces contrées.

Les différents usages qui existent entre l'antiquité et les temps modernes ont réduit, d'une manière générale, les marchés publics au seul débit des denrées et des comestibles journaliers ; les gi'ands dépôts de marchandises ont trouvé des places séparées dans des bâtiments indépendants les uns des autres qu'on appelle halles (voy. ce mot), et qui se trouvent en différents quartiers . On appelle donc habituellement aujourd'hui marché, ainsi distingué des halles ou magasins de marchandises en gros, dans la plupart des villes, un emplacement en plein air où se vendent les denrées et les comestibles. Le marché occupe, dans les petites villes, la place publique, celle sur laquelle donne ordinairement la cathédrale ou l'hôtel de ville ; dans les grandes villes, qui possèdent plusieurs grandes places, l,es

marchés sont répartis sur ces divers emplacements pour la commodité des habitants ; mais cet avantage est fort compensé par les inconvénients que l'embarras, le tumulte, la malpropreté et les mauvaises odeurs produisent, et les marchands, sans abri pour eux et pour leurs denrées, y sont exposés aux intempéries de Fair.

Telle était autrefois la condition des marchés de Paris. Le plus anciennement connu des marchés de cette ville, lorsqu'elle n'occupait encore que l'île de la cité, est le marché Palu, qui prit plus tard, en 1568, le nom de marché neuf. L'extension de la ville amena bientôt sur la place de Grève la création d'un nouveau marché, qui subsista jusqu'au règne de Louis VL dit le Gros, en 1108. L'emplacement où il se trouvait étant devenu insuffisant, il fut transporté sur un territoire nommé les Champeaux ou Petits-Champs (Campelli), au point où se trouvent actuellement les Halles centrales et où s'est constitué peu à peu le centre principal de l'approvisionnement de Paris.

Les halles ne furent pendant assez longtemps, sous le règne de Louis VII, qu'une grande place vague, sans limites et sans abris. Voici ce que dit, à ce sujet, un vieil auteur, Gilles Corrozet :

« Le prieuré Saint-Ladre avait dans le temps et d'ancienneté acquis le droit de marché et foire publique pour distribuer toutes marchandises, lequel marché se tenait près de leur rnaison. Mais le roi ayant fait fermer sa ville de Paris, acheta le droit d'iceux et ordonna qu'il serait tenu dans la ville en une grande place vague nommée Champeaux, auquel lieu furent édifiés maisons, habitations, ouvroirs, boutiques et places publiques pour y vendre toutes sortes de marchandises, et les tenir et serrer en sûreté, et fut appelé ce marché Halles ou Aile de Paris pour ce que chacun y allait. » Les halles s'agrandirent sous le règne de Louis IX et, dès la fin du xin® siècle, elles avaient pris un immense dévelop-

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peinent. On n'y vendait pas seulement, sur des emplacements spéciaux, des denrées alimentaires, telles que le blé, le pain, la viande, le poisson, les fruits, les légumes ; il y avait aussi des marchés pour le lin, le chanvre, la toile ; on y voyait, en outre, des magasins et des ateliers pour les drapiers, les merciers, les tanneurs et corroyeurs, les tisserands, les foulons, les chaudronniers, les gantiers, les pelletiers, les fripiers, les chaussetiers, les tapissiers, les cordonniers ; c'était un bazar immense qui renfermait tout ce que la nature et l'industrie pouvaient produire à cette époque.

Vers le milieu du xvi' siècle, les rues que le hasard et les besoins avaient formées furent élargies et régularisées ; on y bâtit de nouvelles maisons généralement pourvues, à rez-de-chaussée, de portiques ou galeries couvertes qui étaient connues sous la dénomination de Piliers des Halles ; telles furent les rues de la Grande et de la Petite-Friperie, du Marché-au-Porc-Frais, de la Cordonnerie, de la Fromagerie, de la Cossonnerie, aux Fers, etc., rues que les Halles centrales ont presque toutes fait disparaître (voy. Halle).

De nos jours, les marchés que Ton construit à Paris et dans les grandes villes sont des édifices couverts, spacieux, où les marchands et les denrées sont à l'abri des intempéries de l'air et où le public trouve une circulation commode. Le fer entre maintenant comme élément principal dans l'ossature de ces constructions.

On distingue plusieurs sortes de marchés : les uns sont destinés aux cultivateurs, qui viennent y vendre leurs produits à jours fixes et n'y stationnent pas longtemps ; les autres sont permanents, c'est-à-dii'c occupés par des vendeurs qui, toute la journée, tiennent leurs marchandises à la disposition du public. Les premiers de ces établissements sont des hangars ouverts sur toutes les faces et disposés de façon à

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ce que les bestiaux et les voitures puissent y entrer. Les toitures sont apparentes et les points d'appui se font en maçonnerie, en bois ou en métal.

Les marchés permanents sont mieux abrités ; ils sont pourvus de comptoirs et d'étalages construits en raison de la nature des objets dilîérents qui sont mis en vente. Une disposition fréquemment adoptée est la suivante : un portique couvert en appentis entoure une cour rectangulaire ouverte aux voitures, les étalages étant adossés contre le mur de fond du portique. Dans les marchés plus importants, comme le marché de Saint- Germain, représenté en plan, à l'échelle

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de 0°',001 pour mètre, par la figure 2213, de grandes galeries couvertes, comprises entre deux murs, avec toits à double pente, constituent le marché ; de larges baies percées sur toutes les faces, une ouverture pratiquée à la partie supérieure de la couverture, assurent l'éclairage et la ventilation ; les étalages sont disposés, soit sur les deux côtés, avec passage au milieu, soit sur les côtés et dans l'axe avec deux galeries de circulation, comme dans le cas spécial (jiie nous présentons ici ; le milieu de la grande cour du marché Saint-Germain

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est occupé par une fontaine ; on voit en A la partie qui était autrefois atîectée à la vente de la viande et où Ton a, depuis, installé un lavoir. Le logement du gardien et les cabinets d'aisances sont placés extérieurement de l'autre côté de l'une des rues qui environnent le marché. On établit fréquemment, sous ces édifices, des caves que les marcliands utilisent comme magasins. Le sol doit être dallé en pierres dures ; des eaux abondantes doivent être mises à la disposition des occupants pour faciliter les lavages.

Le fer et la fonte semblent devenir, par leur durée, leur incombustibilité et le peu de place qu'ils occupent, les matériaux les plus convenables pour la construction de ces établissements, dont les halles centrales de Paris peuvent être prises comme type (voy.

Halle).

Des marchés spéciaux sont établis pour la vente des animaux domestiques ou de consommation; un marché aux chevaux avait été installé en 1820 à Paris ; nous en présentons le plan à Téchelle de 0°^,000o pour mètre (fig.

2214) (1). La légende qui suit indique les différents services :

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