MODULE
MOELLON
la figure 2311 représente des modiUons placés sous la corniche de TAbbaye-aux- Dames à Caen ; le second exemple est tiré de la corniche principale de Téglise Saint-Germes (fig. 2312) (1); les corbeaux reçoivent ici les retombées d'arcatures entrelacées.
La Renaissance reprit l'usage des modiUons antiques, et, depuis cette époque, on en place encore comme décoration
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Fig. 2313.
dans les corniches intérieures d'appartements, ainsi que le montre la figure
On donne aux modiUons divers noms, suivant les différences d'aspect qu'ils présentent ; ainsi. Ton appelle :
ModiUons à plomb, ceux qui, étant de biais, ne sont pas d'équerre avec la corniche rampante d'un fronton, comme on les fait ordinairement et ainsi que cela se voit dans les édifices antiques ;
ModiUons en console, ceux qui ont moins de saillie que de hauteur et dont Tenroulement inférieur, passant sur les moulures de la corniche, se termine à la frise ; les intérieurs d'appartement, dans les maisons du siècle dernier, présentent quelquefois des modiUons ainsi disposés ;
Modulons rampants, ceux qui sont non-seulement d'équerre avec la corniche horizontale d'un entablement, mais aussi avec les deux corniches rampantes d'un fronton.
Module, 5. m. — Mesure arbitraire que l'on prend, en architecture, pour établir les rapports des diverses parties d'une ordonnance entre elles.
(1) Ch. Blanc, Grammaire des arts du dessin.
Dans les ordres, on choisit, pour module, le demi-diamètre du fût de la colonne à sa base.
Le module se subdivise en 12 minutes ou parties, dans l'ordre toscan et dans l'ordre dorique ; en 18 minutes, dans les trois autres ordres. Quelques auteurs partagent même le module en 30 parties, pour tous les ordres indistinctement ; d'autres, en 24 parties, pour les trois premiers ordres, et 36, pour les deux derniers; mais on suit généralement la division que nous avons indiquée la première.
La grandeur vraie du module est une conséquence de la hauteur totale qu'on veut donner à la construction, depuis le haut de Tentablement jusqu'à la partie inférieure du piédestal.
Moellon, s. m. — Pierre de petit échantillon que l'on utilise pour construire des murs avec du mortier ou du plâtre.
Les moellons se débitent à la carrière et proviennent, soit de bancs trop minces pour fournir des pierres de grandes dimensions, soit de blocs trop faiblement agrégés ou qui présentent des fils, des coupures, des solutions de continuité.
Le moellon calcaire est le plus fréquemment employé dans la construction.
Les moellons, suivant leur nature, se divisent en trois classes : 1° les moellons de roche, que Ton emploie pour les travaux hydrauliques, les murs et les massifs qui doivent avoir une très grande résistance et les enrochements qui doivent avoir une densité maxima ; 2° les moeUons de banc-franc ou moyennement tendres, avec lesquels on élève les murs de clôture et ceux des bâtiments en élévation ; 3° les moellons tendres avec lesquels on peut faire à peu de frais des parements très bien dressés, à cause de leur taille facile.
Le moellon sort de la carrière brut ou bourru et s'emploie spécialement pour
MOELLON
MOELLON
les murs, les massifs et les remplissages ayant une forte épaisseur ou qui sont simplement bloqués et non parementés.
Pour des travaux plus soignés, on taille le moellon brut sur le chantier, avant d'en faire la pose ; on distingue alors :
Le moellon ébousiné, que Ton taille légèrement à la hachette sur ses lits et ses joints pour enlever le boiisin ou croûte tendre qui les recouvre ; on s'en sert pour les murs de fondation et pour ceux qui doivent recevoir un enduit ;
Le moellon esmillé ou smillé, dégrossi et rendu de forme régulière ; on l'utilise pour la construction des voûtes et des murs dont la surface est seulement rejoinloyée ;
Le moellon piqué, que l'on équarrit et que Ton taille sur les deux lits, sur les deux joints et sur le parement vu ; il s'applique aux mêmes usages que le précédent; ce genre de moellon, sous forme barlongue , était fréquemment employé, au moyen âge, dans les constructions de maisons et d'édifices de moyenne importance ; l'es Romains ont fait aussi usage du moellon piqué, mais en lui donnant un parement de forme carrée, et cette coutume a été suivie, dans certaines provinces de la France, jusqu'au \if siècle (1);
Le moellon d'appareil, parfaitement équarri et parementé, comme la pierre de taille; on s'en sert pour angles de soupiraux , sommiers , voussoirs de portes cintrées, plates-bandes, etc.
On distingue encore, au point de vue de la pose :
Le moellon bloqué, posé, soit à sec, soit à bain de mortier, sans que l'on ait tenu compte des joints ;
Le moellon gisant, moellon posé sur son lit sans taille;
Le moellon de plat, posé comme le précédent, mais avec lit taillé ;
Le moellon en coupe, posé de champ dans les voûtes.
(1) VioUet Le Duc, Dictionnaire raisonné de Vardiiiectiire française.
Les moellons formant têtes de mur, voussoirs, sommiers, pieds-droils de baies, doivent être choisis parmi les plus gros et les plus durs.
Le mode d'exécution des murs en moellons diffère, suivant que les blocs sont piqués, smillés, bruts ou seulement ébousinés.
La pose des moellons se fait directement sur plâtre ou sur mortier de chaux, sans faire usage de cales.
Lorsqu'on emploie des moellons smillés, bruts ou seulement ébousinés, bourdes en mortier de chaux, on procède ainsi qu'il suit : le maçon nettoie et mouille d'abord l'endroit où il doit poser les moellons et arrose ceux-ci, s'ils sont trop secs, pour faciliter l'adhésion du mortier à la pierre ; puis, il étend une couche de mortier de 0°',02 à 0™,03 d'épaisseur sur l'assise le long du parement du mur ou du massif; ensuite, il pose sur cette couche de mortier les plus beaux moellons pour continuer le parement, en les tassant au fur et à mesure avec sa hachette sur la couche de mortier. A chaque moellon posé, l'ouvrier doit en garnir de mortier le joint montant libre et poser alors le moellon voisin en le poussant avec la hachette contre le moellon voisin jusqu'à ce que l'épaisseur du joint ne soit que de 0°',02. On cale les moellons qui sont maigi'es de queue en enfonçant des éclats de pierre dans la couche de mortier. Quand les moellons de parement sont posés, on procède au blocage : l'ouvrier étend un lit de mortier, en ayant soin d'en bien garnir le derrière des moellons de parement, puis il pose à bain de mortier les principaux moellons de blocage, en les entremêlant bien les uns avec les autres et en les affermissant avec la hachette. Pour obtenir une bonne liaison, il place les pierres de façon que leurs queues soient croisées, en ayant soin de mettre de distance en distance, à chaque assise, des pierres traversières ou formant parpaing (fig. 2314), pour empêcher l'écartement des parties. L'assise terminée.
MOELLON
MOELLON
Touvrier en fait l'arasement, en remplissant tous les vides qui se trouvent
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Fig. 2314.
entre les moellons avec du mortier, dans lequel il enfonce des éclats de pierres.
Si la maçonnerie de moellons à exécuter doit être hourdée en plâtre, l'ouvrier met d'abord en place provisoirement assez de moellons pour former une certaine étendue du parement de l'assise ; puis il fait gâcher une certaine quantité de plâtre au plus suffisante pour la pose ; il enlève les moellons préparés, en les laissant dans l'ordre de leur emploi, afin de ne pas avoir à les choisir et de pouvoir les poser avant la prise du plâtre dans l'auge; il remue le plâtre qu'on vient de lui apporter et en étale sur le tas, avec sa truelle, une quantité suffisante pour poser seulement deux ou trois moellons; il pose de même les deux ou trois suivants, et ainsi de suite, jusqu'à ce qu'il ait employé tout le plâtre contenu dans son auge. Le garnissage ou blocage se fait en étalant un lit de plâtre entre les moellons de parement et posant dessus les moellons en laissant entre eux des joints d'une largeur suffisante pour qu'on puisse bien les remplir de plâtre.
La pose des moellons piqués se fait ordinairement sur du mortier de chaux ou du plâtre très fin, l'épaisseur des joints ne devant pas excéder 0°',01 ; les moellons doivent être tous choisis de même hauteur pour chaque assise. Les arase-
ments se font en taillant les moellons qui présentent une trop grande épaisseur.
Les joints de deux assises superposées ne doivent pas correspondre.
Le moellon n'est pas seulement employé dans les constructions homogènes ; on s'en sert aussi dans les maçonneries mixtes ; ainsi, l'on fait des murs en moellons équarris avec chaînes et encoignures en pierres de taille, ou en briques avec chaînes en moellons taillés.
Souvent aussi, on alterne une assise de moellons avec plusieurs assises de briques.
Les Romains exécutaient parfois des constructions mixtes, dans lesquelles entrait le moellon brut ou équarri : tels étaient Vopus incertum et Vopus reticiilatnm (voy. Appareil).
Toutes les pierres suffisamment résistantes peuvent être employées comme moellons.
Nous terminerons cet article en donnant ici deux tableaux empruntés au Formulaire de M. Claudel.
Le premier de ces tableaux indique les volumes de mortier et de plâtre en poudre employés par mètre cube de ditîérentes maçonneries de moellons :