AIRE
Aire, s. f. — Mot qui, d une manière générale, signifie surface, superficie; on dit Yaire d'une maison, pour désigner l'espace de terrain qu'occupe cette construction. Dans un sens étendu, les anciens donnaient aussi ce nom à l'espace découvert, disposé en surface unie, qui précédait une habitation, un édifice, un cimetière (voy. Vestibule, Parvis, Ustrinum).
Ce terme s'applique plus particulièrement à toute espèce d'enduit ou de maçonnerie étendue sur le sol pour recevoir ou remplacer un plancher, un dallage ou un pavage.
Yitruve nous indique la composition que les Grecs donnaient aux aires des salles à manger ; ils les formaient de trois couches : la première en béton ou en briques, placée sur le terrain creusé et pilonné ; la seconde était un lit de charbon de six pouces d'épaisseur ; la troisième était composée d'un mortier de chaux, de sable et de cendre parfaitement dressé. — Les Romains établissaient également trois couches : le statumen, maçonnerie de petits moellons et de mortier; le rudus, en béton; le nucleus, mortier de chaux et de tuileaux en poudre. L'épaisseur de Yaire était de 0m,40, sur terrain naturel ; elle avait un peu moins sur plancher.
Aujourd'hui, on construit plus simplement les aires en mortier ou en béton. Sur le sol pilonné, on comprime une couche de 0m,lo à 0m,20 de béton de cailloux ou de béton de sable. Pour une aire de plancher, on met une couche de mortier ou de plâtre de 0m,0o d'épaisseur. La charge de gravois ou de plâtras, posée préalablement entre les solives, prend spécialement le nom d'aire de plancher.
Dans les campagnes, on emploie, pour établir les aires à rez-de-chaussée, soit de l'argile réduite en pâte molle et mélangée avec des matières telles que de la bourre ou poil de vache, ou crottin de cheval, du marc d'huile d'olive, du sang frais de bœuf, entrant dans la pro-
portion de 10 à 30 p. 100 (1) ; soit de la chaux hydraulique en poudre, des cendres d'usine, et du gravier ou du sable mélangés à sec avec du sang de bœuf.
Dans les deux cas, on étend ce mortier, par couches, sur le sol bien pilonné, et l'on bat tous les jours à la dame, jusqu'à parfaite consistance.
Le premier procédé, appliqué pour les aires de granges, était en usage chez les Egyptiens ; c'est sur un terrain disposé de la sorte , qu'ils battaient le grain, ou qu'ils le détachaient, en faisant courir en rond sur les gerbes des animaux domestiques.
En Italie, et particulièrement à Naples (2), on couvre les terrasses d'une couche d'un béton composé de fragments de pierre ponce et de tuf volcanique, avec de la chaux éteinte réduite en bouillie ; le mélange est bien broyé, puis s'étend sur un lit de petites pierres, préalablement posées à sec sur le plancher; la surface est battue et abandonnée à une dessiccation lente, sous une couche de terre qu'on n'enlève qu'au bout de deux mois. A Venise, on construit des aires par couches successives de mortier de chaux grasse et de pouzzolane, dans lesquelles on bat de petits morceaux de marbre de forme irrégulière et de couleur uniforme ou variée, suivant l'aspect que l'on veut obtenir.
On fait encore des aires en ciment, et surtout en ciment de Portland mélangé de gravier ou de sable.
Les carrelages et les parquets (voy.
ces mots) se posent aussi sur des aires en moellons, maçonnés avec plâtre ou mortier.
Les aires de cave doivent être formées de crayon ou de blanc de salpêtre battu et recouvert d'une couche de sable.
Le sol des routes est souvent formé au moyen d'aires en cailloutis (voy. ce mot;.
Les aires en mastic bitumineux sont employées aussi pour les chaussées, les
(1) Bouchard, Constructions rurales.
(2) Rondelet, L'Art de bâtir.
AISSELIER.