L.\IXE
LAINE
appliqnaDtà la tonte de 18% le prix de 3(r.30 de 1820, la France aurait produit en 1892 pour 117 millions de laine, et comme le pris de la viande a sensiblement augmenté et que la proportion des animaux abattus par rapport an contingent total du troupeau est bien plus élevée aujourd'hui qu'en 1820, à cause de la précocité beanconp plus grande des races nouvelles, il s'ensuit que le produit en viande du troupeau de 1892, compté au prix de la viande en 1820 et en tenant compte de l'âge où les montons de cette époque avaient atteint leur plein développement, s'élèverait à peine à la moitié dn produit de 1892, c'est-à-dire à peine à 12o millions de fr., se rapprochant ainsi très sensiblement dn produit en laine; nous croyons même pouvoir dire qu'à cette époque, c'est-à-dire pendant le premier tiers du XIX* siècle, le rendement en laine était supérieur au rendement en viande. Xous avons cru devoir donner ces chiHres et insister sur ce point, parce que c'est là qu'on trouve l'explication de l'histoire de la laine dans notre siècle.
En effet, le mouvement que nous avons signalé en France s'était produit dans tous les pays de l'Europe. On peut dire que l'évolution de l'élevage du mouton a été la même dans toute l'Europe continentale; pendant la première moitié du XIX' siècle, c'est la production de la laine qui préoccupe avant tout les propriétaires et les fermiers, puis, peu à peu, c'est la production de la viande qui devient le but principal. Nous avons dit qu'en Angleterre on avait compris plus tôt que sur le Continent l'avantage que présente la production de la viande par rapport à celle de la laine. Peu de temps après la fondation en France du troupeau de Rambouillet, le roi Georges 1 II, voulant suivre l'exemple de Louis XVI , encouragea l'introduction des montons mérinos en Angleterre. Après quelques essais malheureux, qui firent penser d'abord que cette race méridionale s'accommoderait mal du climat humide de la Grande- Bretagne, on obtint des résultats satisfaisants, et il semble que les troupeaux anglais auraient pu se transformer dans le même sens que les troupeaux dn Continent par un afflux de plus en pins grand de sang mérinos, si l'agriculture anglaise, suivant l'exemple et les conseils des agronomes de l'école de Bakewell, n'avait pas, dès les premières années dn XIX« siècle, renoncé à l'acclimatation du mérinos pour se livrer exclusivement à l'élevage et à l'amélioration de ses races à viande, dont les types sont célèbres sous les noms de Dishley, Sonthdown et Cheviott. Mais si les fermiers anglais avaient compris les premiers quel avantage il y avait pour eux à adopter des races d'un développement précoce, donnant en peu de temps un poids vif considérable, ceux d'entre eux qui passèrent les mers pour s'établir en Australie virent très bien que. dans les pâturages immenses de ces pays vierges, il convenait au contraire d'acclimater et d'élever des moutons de race mérinos, et de produire des laines aussi belles et aussi fines qne possible, la distance d'Australie en Europe, rendant le transport de la laine seule praticable et là viande n'ayant aucune valeur dans un pays sans habitants. C'est pourquoi la production de la laine, et des plus belles qualités de laine, fut l'unique soHci des colons de l'Australie, puis de ceux du Cap, et plus tard des habitants de l'Amérique espagnole] à la Plata et dans l'Uragnay. C'est vers le milieu
du XIX* siècle que les laines coloniales anglaises et les laines de Bnenos-.\yres et de Montevideo com mencèrent à afllner en Europe. Elles prirent nn développement extraordinaire, qui contribua à abaisser considérablement le prix de la laine et par là à pousser définitivement les peuples d'Europe à rechercher avant tout la production de la viande dans le rendement de leurs troupeaux. Il est important d'ajouter que l'élevage du mouton a diminué d'une façon très sensible dans tons les pays d'Europe depuis 50 ans. Xous donnons le tableau de l'état des bergeries en Europe à diverses époques, correspondant à la période 1860-1870 et à la période 1890-1898: on peut ainsi se rendre compte de la diminution des troupeaux de montons en Europe depnis une quarantaine d'années, diminution qni tient à la division de plus en plus grande de la propriété rurale, au reboisement des montagnes, à la mise en valeur des landes et à la diminution des libres parcours.
État des troupeaxix de VEurope
Période 1860-1870 Période 1890-1896
Têtes Têles
lusie ilm^, Nogit- 45.296.700 48.220.119
Grande-BreUgne.. 34.115.7(6 30.567.061
France 29.226.786 21.445.113
Allemagne 24.999.406 10.866.772
Hongrie 15.076.997 8.1*2.682
Autriche 5.026.392 3.186.787
Italie 6.677.104 6.900.000
Roamanie 4.654. 776^ 5.002.390
Danemark 1.875.(62 1.246.552
Norvège 1.706.394 1.417.524
Suède 1.644.156 1.298.732
Hollande 8^.829 700.100
Belgique 586.097 235.722
Diminution environ 19 */..
Tandis qne le contingent des troupeaux d'Europe diminuait d'environ 20 •/. en 40 ans, celui des troupeaux des colonies anglaises et des deux Amériques augmentait prodigieusement. Il convient de donner quelques brèves indications historiques sur ce fait si important pour le commerce et l'industrie des laines.
Australie, Cap. — C'est vers 1824 que les premières balles de laine d'Australie se présentèrent sur le marché de Londres, il en arriva environ 400 balles en 1824 et 700 balles l'année suivante. Mais il se passa une dizaine d'années avant que le commerce anglais et l'industrie s'intéressassent aux laines coloniales. En 1835, on vendit en Angleterre 20.000 balles de laines d'Australie et 800 balles de laines du Cap : mais le succès de ces laines était loin d'être assirré. On leur reprochait d'être trop courtes pour le peignage, d'être mal lavées et mal conditionnées. Ces défauts s'atténuèrent, puis disparurent, et les import, de laines d'.Australie et du Cap augmentèrent sans interruption d'année en année. Ces laines remplacèrent d'abord en Angleterre les laines fines d'Espagne et d'Allemagne, dont les import, diminuèrent progressivement, puis elles prirent une place prépondérante dans tous les centres manufacturiers dn Continent.
Voici le tablean de l'import. des laines coloniales en Angleterre à diverses époqnes : ce tablean permet de suivre le développement des troupeaux et de la production de la laine en Australie et au Cap :