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Dans ces quantités, les lingeries de luxe, dentelles, etc., ne sont pas comprises.

Exportation totale de lingeries (non compris celles de luxe, dentelles, etc.) de l'Autriche-Hongrie :

Nature de la marchandise

Quintaux

enlS95

en 1896

Lingerie de coton

— toile (lin)

— coton et toile mélangés

En ce qui concerne l'exportation de lingeries confectionnées d'Autriche, les centres de la production sont : Vienne, Prague, Klattau, Teplitz, Neuern et Strakonitz, où le linge est confectionné presque exclusivement dans •de grandes usines.

L'exportation de cet article de l'Autriche devient, par suite d'une concurrence toujours croissante, de plus en plus diflacile.

Exportation totale en 1896 suivant les pays de destination:

Destinations

Allemagne

Hambourg

Brème

Grande-Bretagne.

France

Italie

Russie

Suisse

Belgique

Pays-Bas

Portugal

Bulgarie

Grèce

Roumanie.

Serbie

Turquie

Etats-Unis

Diverses

En 1896

3' Etats-Unis. — Ponr la chemiserie d'hommes, l'Amérique du Nord fabrique des quantités considérables et compte des manufactures gigantesques et admirablement organisées. Il y a non loin de New- York une cité tout entière renommée pour la fabrication des faux-cols et désignée : City of Collars.

C'est de Troy (N.-Y.) et sans doute aussi de Cincinnati (Ohio) que sont parties les premières machines destinées à apprêter et à repasser les faux-cols, dont l'usage s'est si rapidement répaada dans l'Allemagne da Nord et en Autriche.

La chemiserie pour hommes, de même et encore plus que la fabrication des faux-cols, est très grandement installée aux Etats-Unis. Il y a d'immenses établissements qui non seulement sont tout entiers consacrés à la chemiserie, mais à la production de certaines spécialités, telles que les chemises de jour on les chemises de nuit.

C'est aussi en .Vmérique qu'ont été fabriquées les machines les plus ingénieuses pour apprêter et repasser les chemises. On ne saurait imaginer combien cette fabrication de Laundry machinery, c'est-à-dire d'outils à laver, pour me servir du terme employé d'une façon générale, a donné naissance à de puissantes et considérables usines.

Les .Américains, soit par amour de la propreté et da bien-être, soit pour éviter les salaires d'une main-d'œuvre rare et dispendieuse, ont imaginé des machines à laver non seulement le linge de corps, mais le linge consacré à tous les usages domestiques; de là la création d'une véritable industrie mécanique qui pourrait et devrait cesser d'être le monopole des États-Unis.

Il est évident que, pour la vente des chemises et des faux-cols aux Etats-Unis, les .allemands nons ont devancés de beaucoup, et c'est seulement après s'être implantés dans le Nord qu'ils ont recherché la clientèle de l'.Amérique du Sud. Chose singulière et qui mérite d'être signalée, les fabricants de faux-cols et de chemises d'.VUeraagne n'ont jamais masqué aux États-Unis l'origine de leurs produits. Ils n'ont malheureusement pas, et à notre vif regret, suivi ce procédé correct et loyal dans les Amériques du Sud et dans les pays où les produits français étaient connus, estimés et recherchés : là. ils se sont bornés à copier les marques, les noms des maisons françaises et à inscrire sur leurs produits : m Chemiserie française, fabrication parisienne, nouveautés de Paris, » etc. H est vraiment temps que les commerçants étrangers, très versés dans leur industrie, et dont quelques-uns jouissent d'une renommée très légitime de fabricants, abandonnent ces errements condamnables et se livrent au «loyalisme», si nécessaire dans les affaires et d'autant plus indispensable qu'il s'agit de maisons solides, riches et puissantes.

Pour la lingerie de femmes, l'Amériqne fabrique la plus grande partie des modèles courants. 11 n'est d'ailleurs pas possible d'y vendre les articles de lingerie sans des études préalables et sans avoir, en vue de ce marché, des produits spéciaux. Tout ce qui peut se faire bien et grandement à la machine, l'.Vmériqne le produit : tous les modèles français faits à la main qui peuvent être l'objet de reproductions multiples, l'Amérique s'en charge.

Quoi qu'il en soit, les .Vméricaines élégantes ne font cas que de notre lingerie et de nos broderies. Tant que nos ouvrières, par leur habileté et leur goût, se tiendront au niveau de nos compositeurs et de nos dessinateurs, la lingerie pour femmes sera estimée, appréciée et achetée par r.\mérique; c'est bien à la lingerie ainsi comprise et pratiquée qu'on peut consacrer l'expression d'industrie de luxe et d'art.

4" Angleterre. — L'Angleterre a, de tout temps, fabriqué beaucoup d'articles de lingerie non seulement pour sa clientèle nationale, mais pour les consommateurs étrangers. Elle a toutes les matières premières pour ainsi dire sous sa main : les tissus de coton lui sont abondamment fournis par .Manchester ; les tissus de fil par l'Irlande; les tissus de coton fantaisie, tels que Zéphyr, Oxford, les flanelles de laine et tissus de laine et de coton par l'Ecosse. De là un mouvement d'exportation considérable avec les pays d'outre-mer et. notamment, avec leurs possessions et colonies, où les .\nglais recherchent de préférence les vêtements et produits nationaux.

5* Belgique, Italie, Espagne, Portugal. — Ces pays deviennent de plus en plus, chaque jour, industriels et manufacturiers. La Belgique s'est depuis longtemps adonnée avec succès à la fabrication du linge d'homme et de femme, grâce à ses toiles de Courtrai et à ses admN

LINGERIE

LINGERIE

râbles broderies et dentelles. 1,'ltalie fabrique elle-même beaucoup de tissus et trunsforiiie à des prix très bas les tissus empruntés à l'étranger. Dans ces dernières années, elle a vu se créer à Milan d'importantes fabriques de fauxcols et de manchettes.

L'Espagne avait eu, jusqu'à ce jour, la bonne fortune d'alimenter de la lingerie fabriquée à Barcelone ses anciennes et si riches colonies. De quel côté cherchera-t-elle à écouler sa production et à quels clients s'adresserat-elle ?

Le Portugal, grâce à l'émigration de ses enfants au Brésil, trouve dans certaines grandes villes, telles que Rio, Saint-Paul et Manaos, des débouchés importants pour les chemises fabriquées à Lisbonne et à Porto.

Causes de la situation actuelle. — Ce rapide coup d'œil jeté sur les paj's d'Europe qui produisent des articles de lingerie permet d'expliquer en partie la décroissance de nos aiïaires d'export. Les causes de la situation actuelle peuvent être examinées à un double point de vue : les unes sont extérieures et consistent surtout dans les efforts de nos rivaux et dans la transformation qui s'est opérée sur la surface du monde entier et a rendu producteurs des pays autrefoisconsommateurs etacheteurs ; les autres sont intérieures et, en dehors des errements et des pratiques de nos fabricants, consistent dans le taux exagéré des droits qni grèvent les matières premières.

Droits de douatte qui frappott les tissus de coton. — D'une façon générale, les droits qui grèvent les tissus de coton peuvent être évalués de 10 à 15 %, suivant la nature des matières employées, la finesse des filés et le poids des tissus. Ils peuvent être regardés comme à peu près prohibitifs au point de vue de la lingerie et de la chemiserie.

Malgré les plaintes et les réclamations incessantes des filateurs et des tisseurs de coton, il n'est pas douteux que l'industrie cotonniére française, surtout depuis l'annexion de l'Alsace, a pris un grand développement. Les tableaux des douanes en font foi.

Depuis quelques années, les fabricants de cotons étrangers ont créé une grande quantité de tissus fantaisie qui imitent des effets de broderie au crochet ou de dentelles, ou de guipures, ou de soutaches, et dont quelques-nnes sont à jour et sont pour ainsi dire composées d'armures ou de cellules ouvertes; quelques-uns de ces tissus sont connus sous le nom de tissus cellulaires (Une première apparition en France a eu lieu à l'Exposition de 1889). La Douane se montre des plus rigoureuse pour l'application du droit d'entrée à ces genres de tissus ; elle va jusqu'à les traiter et les imposer à l'égal des broderies. Des tissus qui, en Suisse ou en Angleterre, se vendent de Ofr.aO à 0,60, quelquefois moins, sont doublés et quelquefois triplés par l'efïet du droit. 11 y a là une exagération manifeste, un de ces abus d'interprétation qui créent à côté du Tarif douanier un second Tarif plus sévère et plus dangereux que le premier, un Tarif qui s'appuie non sur des textes, mais sur l'arbitraire et le caprice. Quel est le plus clair résultat de cette façon de procéder de l'administration des Douanes? La fabrique française est dans l'impossibilité d'introduire des tissus qui constituent de véritables nouveautés et jouissent d'une grande faveur sur les marchés étrangers. Si elle les importe malgré des droits exorbitants, deux effets également fâcheux se produisent: à l'intérieur, elle oblige le consommateur national à payer des prix beaucoup plus élevés (jue ceux (jui sont pratiqués au dehors pour les mêmes produits; au dehors, elle est dans une situation tout à fait inférieure à l'égard des concurrents étrangers : réduite à l'impuissance, elle voit lui échapper les ordres, et faute de matière première utilisable, elle laisse chômer ses ouvrières. Voilà un des terribles effets de la protection excessive qui frapjje les tissus de coton. Tel est l'avis de personnes compétentes, et notamment de .M.M. G. Roy et Léon Tabourier :

n Nous devons, dit M. Tabourier, nous montrer fran-

chement libéraux et laisser entrer, avec des droits pea élevés no représentant jamais plus de 10 % de leur valeur, les marchandises que ne peuvent nous fournir nos fabriques nationales. »

Droits de douane qui frappent les tissus de fil. — La fabrication des tissus de fil destinés à la lingerie peut être considérée comme un véritable monopole de l'Irlande.

Les conditions climatériques jouent dans la filature et dans le tissage des toiles un rôle absolument prépondérant. L'humidité de l'atmosphère en Irlande, la fraîcheur constante des prairies donnent aux fils et aux étoffes de lin des qualités d'ordre spécial et, pour inieux dire, local.

Les Irlandais ont éprouvé eux-mêmes (]n'il n'était pas possible d'obtenir ailleurs que chez eux des tissus analogues à ceux qu'ils produisent et qu'ils blanchissent. Ils ont envoyé au Canada, il y a un certain nombre d'années, avec les meilleurs contremaîtres et les plus habiles ouvriers, des machines et des métiers perfectionnés pour fabriquer et blanchir des tissus de toile ; les résultats ont été désastreux, et il a fallu renoncer à une entreprise ruineuse et tout à fait négative.

Les Etats-Unis, dont les territoires immenses jouissent de climats si variés, ont en vain cherché à produire des tissus de lin. Tous les essais, quoique faits dans presque toutes les provinces, ont échoué. Les États-Unis importent plus do la moitié de la production totale de Belfast, laquelle est, comme on le sait, dos plus considérables. Les Etats-Unis, bien que le parti de la protection à outrance soit à la tête du ("louvernement, songent à faire passer dans les lois une diminution des droits d'entrée sur les tissus de (il.

Les fabricants français de Lille, d'Arnientières et de Choletfont eux-mêmes l'aveu ((n'ilsne peuvent pas fabriquer les mêmes toiles que l'Irlande, non pas par infériorité d'outillage et par défaut d'expérience, mais à raison des conditions climatériques du pays qu'on a si justement et si poétiquement appelé « la verte Érin » ou « l'île Emeraiide ».

En admettant que le tissage français (le contraire a été amplement démontré) puisse fournir des toiles exactemont pareilles à celles de l'Irlande, il demeure absolument nécessaire, indispensable de faire blanchir les toiles à Belfast ; disons mieux, dans l'état actuel des choses, cette façon de procéder est la plus économique. Le blanchissage des toiles prati(|ué à Belfast (transport aller et retour, décruage et apprêts, mise en papier) revient de façon moyenne de Ofr. 13 à 0,15 le mètre. Le blanchissage fait à (".ambrai, dans un établissement qni, pour ainsi dire, a le monopole des blancs et des apprêts semblables à ceux de Belfast, coûte, sans compter les frais accessoires, de Ofr. 22 à 0,27 le mètre. Presque tous les tisseurs, et même les fabricants de Bielefeld envoient blanchir et apprêter leurs tissus en Irlande.

Il peut sembler moins surprenant que les fabricants de Manchester et deGlascow fassent blanchir à Belfast leurs meilleurs tissus de coton ; l'apprêt de Belfast donne à ces tissus l'aspect des tissus de fil.

L'importance considérable de la fabrication et des exportations des toiles d'Irlande ne peut être mieux démontrée que par les tableaux statistiques suivants :

Exportation des toiles de toute nature d'Angleterre dans les principaux pays pour les années 1896, 1897, 1898, en livres sterling :

Liv. st. Liv. 9t. Liv. st.

Australie 342.369 315.102 311.225

Argentine (Rép.) 50.982 35.019 44.292

Allemagne 203.594 193.375 2M.086

Italie 34.774 30.504 26.8iJ6

Mexique 45.145 37.614 40.825

Espagne et Canaries . . . 32.046 26.613 17.234

États-Unis 1.914.827 1.926.104 1.634.288

Si l'importation des toiles d'Irlande est restée à peu près stationnalre pour la France, elle s'est développée dans des proportions considérables avec nos concurrents étrangers.

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