LINGOTS
snrlonl avec l'Allemagne, qnl a acheté des toiles: en 1897, pour I93.:i7ri liv. st.; en l«)H, ponr 211.086.
Olte amère constatation n'est pas le seni enseignement fourni par ces staiisliiiues; il est facile «l'y reconnaître que beaucoup de pays, aiilrefois acheteurs de produits fabriqués, se sont consacrés à la transformation de la matière première et à la confection de la lingerie: par exemple, le Bré.sil, la Képnbliqne .Vrgenline, le .Mexique, etc.
Pour en finir avec la question dos toiles, si importante, tont à fait capitale, dans la lingerie, donnons une Idée, grAce à quelques exemples, de l'élévation des droits de douane qui frap(M>nt les tissus de lin.
I,es toiles les plus couramment employées dans notre industrie rentrent dans la catégorie «Tissus de lin blanchis de 10 kilog. à M) kilog. les 100 m. carrés ». Cette catégorie comprend dans le tarif 9 subdivisions basées sur la quantité de Uls présentés en trame et en chaîne. Trois snbdivi.sions seulement s'appli<|uent aux toiles (wur devants, cols et poignets. De quelles augmentations la matière première est-elle frappée?
i- subdivision : 15, 16, 17 (ils, 196 fr. les 100 kilog. — Ces toiles, dont le prix d'achat peut varier entre Ofr. 90et 1,10 le nu'ti-fe. pèsent de 10 à il kilog. les 100 mètres en •t.'.iO de largeur. Elles payent donc Ofr. 20 à 0,22 le mètre à la douane, ou 20 à 23 7. de leur valeur.
2' subdivision : 18. 19, 20 fils, 308 fr. les 100 kilog. — Ces toiles coûtent ifr. 20 à l.ûOle mètre, pèsent 10 kilog. les 100 mètres en 0.90 de largeur et paient Ofr. 31 de droits de douane par mètre: toujours 20 à 23 •/. de leur valeur.
3* subdivision : 21, 22, 23 fils, *20 fr. les 100 kilog. — Ces toiles coûtent 1 fr. 30 à 2 fr. le mètre, pèsent environ 9 kilog. les 100 mètres en 0,90 de largeur et payent Ofr. 40 de droits de douane par mètre: toujours 20 à 25 *A de leur valeur.
Les tissus classés dans la sndivision au-dessous de 23 fils, qui paie 360 fr. les 100 kilog., sont grevés de Ofr. 30 à 0,60 le mètre et frappés d'un droit prohibitif.
Il en est de même de la catégorie de toiles présentant comme poids moins de 10 kilog. les 100 m. carrés, qni paie de 23 à .13 7. de plus.
L'équivalent de ces toiles d'Irlande, malgré quelques efforts, n'existe pas dans la fabrication française. L'énormité de ces droits n'a donc pas protégé on développé la fabrication de la toile française. Seule la fabrication de la lingerie, ponr laquelle cette toile est de la matière première, a été frappée dans ses forces vives, paralysée dans sa production, entravée dans son essor '.
Conclusion. — Par quelles mesures, par quelles réformes serait-il possible de rendre à la lingerie son développement d'autrefois, sa prospérité passée?
i* Il serait nécessaire d'abaisser, ainsi que nous l'avoQS déjà dit, les droits de douane qui pèsent sur les tissus de coton, de telle façon que ces droits ne soient, en aucun cas, supérieurs à 10 •/ „.
2» Il serait avantageux de réduire les droits de douane sur les tissus de fll dans une proportion égale à celle des droits appliqués en Allemagne, en Autriche ou en Italie. Que si, par hasard, ce que nous ne voulons pas croire, les droits de douane sont devenus chez nous une nécessité fiscale, il serait indispensable, pour donner quelque essor aux affaires d'export., d'accorder des primes à la sortie on d'appliquer le drawback. C'est ce système qu'emploie r.\iitriche, et il paraît que, tont en favorisant les affaires d'export., il ne donne naissance à aucun abus. Le pins simple serait assurément de supprimer les droits exorbitants, dangereux et inutiles, qui grèvent les toiles d'Irlande : exorbitants, car ils grèvent la matière première d'une façon insensée; dangereux, car ils sont pour l'export. de la lingerie une question de vie et de mort, car ils ont réduit les affaires extérieures de plusieurs dizainesde millions ; inutiles, car ils n'ont depuis 1892 provoqué que la
création d'nn seul établissement industriel français- (filature, tissage et blanchissage), et que cet établissement n'a pu arriver à faire des toiles de qualité égale et de prix comparables à ceux des toiles d'Irlande. Quelle démonstration plus éclatante et plus topique de la nécessité de supprimer des droits qui ne profitent à personne et qni lèsent les intérêts de centaines de fabricants et de plusieurs centaines de mille ouvriers! Il n'y a pas une minute à perdre.
3" Il serait, d'autre part, expédient d'appliquer à tous les pays les mêmes droits qu'ils imposent à nos produits. Quoique l'import. des articles de lingerie se réduise a fort peu de chose, il n'y a pas de raison pour ne pas appliquer le régime de la réci procité dans la mesure du possible.
4' Il est désirable que, conformément aux dispositions prises par r.\ngleterre, tous les fabricants fassent usage, pour l'indication de leurs marques de fabrique et les indications apposées sur leurs marchandises, de leur langue nationale ou que, s'ils font usage de langues étrangères et y inscrivent des désignations erronées ou mensongères, ils soient tenus d'indiquer les lieux d'origine et de fabrication.
3* Au point de vue intérieur, il y a lien de développer dans toutes nos écoles l'apprentissage des travaux de couture: de donner dans les programmes des écoles primaires de Biles une place plus large aux ouvrages à l'aiguille: de les faire pratiquer d'après des méthodes mieux établies et plus scientiûques; de consacrer dans les écoles secondaires plus d'heures aux travaux manuels, aux cours de coupe, d'assemblage, aux leçons de dessin technique et professionnel : de faire apprendre dès le bas âge, et à l'aide de machines qui seraient mues automatiquement, le fonctionnement, la construction et la pratique des différentes machines à coudre, à broder, à faire les boutonnières, les jours, etc.
6* Il serait très utile de créer, soit par l'initiative privée, soit par l'intermédiaire des Chambres syndicales, une ou plusieurs écoles de blanchissage, d'apprêt et de repassage. Les pièces de lingerie les mieux cousues, les plus fines, ne peuvent se passer du concours des blanchisseuses; celles de qualité moyenne ou dont la confection laisse à désirer sont relevées et embellies par un repassage soigné.
7" Il est enfin nécessaire d'introduire les méthodes scientifiques et de répandre l'emploi des machines dans l'industrie de la lingerie. Si les travaux de luxe et de goût réclament l'habileté de la main et constituent le monopole des ouvrières françaises et parisiennes, qui sont et doivent demeurer des artistes, il est indispensable, pour les articles de gros et les affaires d'export., de créer et de développer les grands ateliers et les manufactures pourvus des meilleurs outillages et des machines les plus accomplies.
C'est en appliquant ces mesures et en réalisant ces réformes que la lingerie et la chemiserie françaises s'exporteront de nouveau dans le monde entier et continueront à assurer le bien-être des milliers de familles où l'amour du travail s'allie à la pratique des traditions et au culte du progrès. II s'agit d'une œuvre vraiment grandiose et patriotique.
Julien H.wkm.
LIXGOTS. En matière de garantie (voy. ce mot), les lingots d'or ou d'argent ne sont pas soumis aux mêmes règles que les ouvrages fabriqués et destinés à être vendus aux particuliers; ils sont essayés
LINOTYPE
LIQUEURS
>par les essayeurs particuliers du commerce, dont la rémuDération n'est pas fixée par un tarif. Le maximum du prix qu'ils prennent est de 1 fr. pour un -essai de matière d'or et de 7o centimes pour un essai ••de matière d'argent. Les lingots portent, ontre la marque de l'essayeur, le chiffre des millièmes de fin, et il se vend sur cette garantie, dont répond l'essayeur.
Au point de vue de l'affinage, on distingue les lingots d'or proprement dits et les lingots de (lor<>. ,{W. Affinage.)
LINOLÉUM. V. Cuir factice.
LINOTYPE. La Linotype, inventée en Amérique il y a une quinzaine d'années seulement, et qu'emploient aujourd'hui 80 % des journaux anglais et quelques grands quotidiens de Paris, est une ma- •chine qui compose et fond automatiquement les -caractères typographiques par clichés solides de lignes entières ; elle produit donc des lignes-type, -d'où, pour raison d'euphonie, son nom de Linotype.
La Linotype n'emploie pas de caractères mobiles, -mais seulement du métal brut, un combustible quelconque pour la fusion de ce métal, et une force motrice de 1/4 de cheval environ. Un seul opérateur suffit à sa mise en œuvre. Les quatre opérations successives qui se reproduisent pour chaque ligne sont : la composition, la justification, la fonte par lignes entières d'un seul lingot, enfin la distribution. L'opérateur n'intervient que pour la première •de ces quatre opérations.
Pour composer, l'opérateur actionne un clavier .analogue à celui des machines à écrire et qui détermine le groupement dans un composteur, non point de caractères typographiques ordinaires, mais de leurs matrices, c'est-à-dire de plaques do métal portant en creux l'empreinte de la lettre ou du signe qu'elles doivent représenter, et qui se trouvent classées dans les 90 cases d'un magasin situé audessus du clavier. Aussitôt qu'une ligne entière est formée, le composteur s'en débarrasse automatiquement et la livre à un chariot qui la porte à un premier élévateur; puis le composteur reprend sa place pour la réception des matrices de la ligne •suivante. Le premier élévateur n'a pas plutôt reçu sa ligne qu'il la porte en face d'un moule, l'encastrant entre deux mâchoires verticales entre lesquelles la justification s'opère par un soulèvement de bas en haut d'espaces-bandes en forme de coins. La ligne justifiée devant le moule et faisant corps • avec lui, un creuset contenant du métal en fusion vient appuyer, contre une ouverture postérieure du -moule, un goulot communiquant avec une pompe ménagée au sein du creuset. Le piston de cette , pompe chasse, en plongeant, le métal dans le moule, -où il se solidifie instantanément: après quoi, le creuset recule légèrement, ce qui a pour effet de rompre les jets de coulée et de dégager les matrices; une lame vient ensuite raboter le cliché, qu'elle règle de hauteur; puis un éjecteur fait sortir du moule le cliché, qui se trouve prêt à être utilisé. Les matrices sont alors portées à un second •élévateur qui les sépare des espaces-bandes ayant servi à la justification; de là, elles passent à un distributeur qui les ramène chacune à la place •qu'elles doivent occuper dans le magasin.
La machine accomplit ce cycle en Sou 9 secondes, soit 7 lignes à la minute; elle travaille donc près ■de cinq fois plus vite qu'un bon ouvrier. Dans un
récent concours, en Angleterre, l'opérateur Gordon, qui obtint le premier prix, arriva à fournir jusqu'à 16.704 lettres en une heure. La vitesse normale sur laquelle on doit compter avec des opérateurs ordinaires est de 6 à 7.000 lettres à l'heure, corrections comprises, et en tenant compte des retards qui peuvent se produire pour les changements de justification et de corps, qui se font du reste avec la plus grande facilité. Ajoutons que tous les titres, jusqu'au corps 10, peuvent être composés sur la Linotype, soit avec les capitales du magasin, soit avec tout autre caractère dont on possède les matrices. De plus, la Linotype supprime, organiquement, pourrait-on dire, toutes les petites corrections provenant de lettres retournées, de même que les coquilles, qui n'ont en général d'autres causes que les mauvaises distributions, impossibles avec la Linotype. Quant aux grosses corrections : mots manquants (bourdons) ou répétés (doublons), il faut, pour la Linotype comme pour le travail à la main, recommencer la ligne erronée et aussi quelques-unes des lignes suivantes; mais la Linotype va cinq ou six fois plus vite que le typograplie, et, en outre, tandis que celui-ci est obligé, lors de chaque suppression, de se livrer à un travail de distribution plus ou moins long, l'opérateur à la Linotype se borne à jeter à la fonte les lignes supprimées.
En outre de la rapidité d'exécution qu'elle procure, la Linotype présente donc les avantages suivants : plus de sortes manquantes, plus de caractères usés et lourds à l'impression ; composition en caractères toujours neufs; conservation de la composition n'immobilisant que la valeur du métal brut; suppression de la distribution.
Une installation de 6 machines avec moteur à gaz de 2 clievaux ne coûte guère que 0 fr. 60 à l'heure, soitOfr. 10 par machine (le gaz étant compté à 0fr.30 le mètre cube). Une même installation avec moteur électrique dépensera environ 0 fr. lo par machine (l'électricité étant comptée à Ofr. 10 l'iiectowatt). Quant à la dépense de gaz ou de pétrole pour le chauffage des creusets, elle est en moyenne de Ofr. 10 par heure et par machine. La Linotype pèse environ 1.000 kilog.; la douceur de ses mouvements permet de la placer même dans des bureaux ou dans le voisinage immédiat d'une pièce habitée. Son encombrement, y compris les dégagements nécessaires au service, est de 3 m. 50 sur 2 m. Emile Macquart.
LIQUEURS. (Syn. : Angl. : Liquors, Spirits, Sweet Mines.— AWem.: Likœr, Siisze Weine.— Ital. : Liquore, Vino dolce.)
Le mot liqueur s'applique, dans le langage courant, à toute substance liquide. C'est ainsi qu'en chimie, en pharmacie, on se sert de ce terme pour désigner des préparations liquides plus ou moins complexes. Mais, dans la pratique commerciale, la liqueur est une boisson à liase d'alcool, de sucre et d'arômes. Certains auteurs emploient ce mot pour M toutes boissons spiritueuses ou sucrées, en classant S les absinthes, amers, etc., parmi les liqueurs spiritueuses, et les cassis, anisette, curaçao, etc., parmi les liqueurs douces. Le commerce des boissons distingue les spiritueux (boissons à base d'alcool et non sucrées, qui sont généralement classées comme apërilifs), et les liqueurs (boissons composées de spiritueux aromatisés mélangés à un sirop de sucre: on les prend le plus souvent après le repas comme digestil's}.
LIOL EL us
LlyLtLKS
La liqueur, mélange de sucre, d'alcool et d'arôme, ainsi déliuie au point de vue commercial, a une origine très lointaine. A défaut de sucre et d'ean-devie, les anciens faisaient macérer des plantes, des graines, des épices dans des vins ordinaires et surtout dans des vins cuits, cette cnissoD les rendant pins liquoreux.
Les vins aromatisés étaient sucrés par addition de miel: ces vins-liqueurs, préparés avec des plantes aromatiques, furent dénommés « vins herbes » au moyen âge. Certaines liqueurs se préparaient par la macération des fruits dans le vin (cassis, cerises, groseilles, framboises, etc.).
A la fin du XIV' siècle, quand la distillation du vin produisit l'ean-de-vie, les liqueurs à base d'eaude'-vie, plus estimées, firent abandonner en partie les macérations de plantes dans le vin. Cependant ces liqueurs, comme l'eau-de-vie elle-même, restèrent |)endant longtemps le secret des alchimistes, des herbiers et des religieux, qui, daus le mystère, procédaient avec leurs cornues et leurs fourneaux à leurs lentes distillations. L'nsage un peu fréquent de la liqueur se répandit, en Italie d'abord, puis en France, seulement à la fin du XVI' siècle. La préparation des liqueurs appartint ensuite aux épiciers, apothicaires, aux vinaigriers et aux fabricants d'eaux-de-vie. Ces derniers constituèrent un métier juré en 1634.
En 1676, les limonadiers et les fabricants de liqueurs se réunirent en une corporation importante de 250 maîtres distillateurs limonadiers, pour la distillation des eaux-de-vie, la fabrication et le commerce des vins de liqueurs, essences parfumées, sirops, fruits à l'eau-de-vie, cafés, thés et chocolats. Les installations des maîtres liqnoristes comprenaient des alambics en enivre: les macérations avaient lieu dans des cuves; à côté se préparaient les chocolats et les essences diverses.
Depuis la Révolution, la production des liqueurs a pris peu à peu de l'extension, faisant l'objet d'une profession exclusive : elle est devenue très importante en France. Les petits laboratoires, avec appareils rndimentaires sur des fourneaux à feu nu, ont été remplacés par de vastes usines où les préparations se font en grand, mécaniquement, à l'aide de moteurs et avec distillation à la vapeur. Les petits fabricants liquoristes-limonadiers sont devenus de grands industriels distillateurs, fabricants de liqueurs.
Pendant longtemps les fabricants de liqueurs produisirent l'alcool on l'eau-de-vie qu'ils employaient. La production de l'alcool est devenue une industrie spéciale, le régime fiscal a établi une distinction entre les deux opérations : le fabricant de liqueurs achète maintenant l'alcool qu'il emploie. Il ne fait passer cet alcool dans l'alambic, sur une dose de plantes ou de graines, que pour lui donner un arôme quelconque et préparer ainsi des alcoolats ou des esprits parfumés. Le titre de « distillateur » les confond l'un et l'antre, mais le véritable distillateur est le producteur d'alcool: le fabricant de liqueurs est distillateur-liquoriste.
Les opérations de ce fabricant de liqueurs consistent à extraire par distillation, macération on infusion, l'odeur, le parfum, l'arôme et la couleur des fruits, des fleurs, des aromates, des épices, des plantes et des grains, dans des proportions plus ou moins variables, suivant les recettes de chacun : ces produits prennent les noms d'essences, d'huiles essentielles, d'esprits composés, aromatisés et parfumés, d'alcoo-
lats; c'est par le mélange de ces produits avec nB> sirop qu'on complète la liqueur. L^ esprits aromatisés doivent avoir un long temps de préparation avant d'être utilisés; leur mélange avec le sirop produit d'abord un liquide trouble qu'il faut coller et. filtrer après un certain repos.
Les liqueurs peuvent se classer en trois catégories :
l" La liqueur genre ancien, dite monastique, avec multiplicité d'ingrédients dans sa préparation, soit par macération, soit par distillation :
2* Les liqueurs obtenues par distillation à baseunique : anisette, curaçao, menthe;
3" Les liqueurs par macération de fruits : cassis, cerises, etc.
1" Liqueurs anciennes à arômes multiples. — Les plus anciennes liqueurs renommées furent : « rélixir d'or » , connu de nos jours sous le nom d'eau-de-vie de Dantzig, liqueur fortement aromatisée et épicée, se distinguant par les paillettes d'or qu'on y ajoutait: le scubac, le rosolio, le marasquin, l'ean-de-vie d'Hendaye. Puis vinrent une série de compositions avec des titres rappelant Iherboristerie : mille-fleurs, cédrat, quatre-fruits, quatreépices, quatre-grains, qnatre-fleurs, etc.; une autre série avec des titres fantaisistes, mais alléchants : liqueur divine, de pucelle, de la favorite de Venus, des vestales, de beauté, de parfait amour, de vespetro, élixir de longue-vie, élixir de Garus, etc., et quantité d'autres, qui ont disparu.
La liqueur monastique, celle qui fut préparée par les moines comme baume et comme élixir d'abord, s'est toujours composée d'une multiplicité d'extraits^ déplantes, de graines, d'épices et d'arômes: la Chartreuse, qui en est restée le type le plus connu, mérite une mention spéciale.
Elle est fabriquée sous la direction du couvent de la Grande-Chartreuse, situé dans un massif montagneux, près de Grenoble. La fabrique est au pied dece massif, à une certaine distance du couvent, près de Saint-Laurent-du-Pont. Elle a une réputation universelle, due au choix de plantes aromatiques des- .\lpes, à la macération et à la distillation de ces plantes aromatiques dans de bonnes eaux-de-vie de vin, alcoolats qu'on laisse vieillir fort longtemps avant de les mélanger avec du sirop de sucre pour compléter la liqueur.
La grande vogue de la Chartreuse ne date que d'une cinquantaine d'années. Autrefois elle n'avait qu'une consommation restreinte et locale, comme les autres liqueurs préparées dans des couvents; aujourd'hui, la Grande-Chartreuse a une fabrique importante avec un personnel laïque, tout comme une distillerie ordinaire. Les Chartreux et d'autres moines furent des premiers à tirer parti des plantes aromatiques qui poussent dans nos montagnes et des épices venant de l'Orient, pour préparer des vulnéraires, des élixirs, puis des liqueurs.
Le succès de la Chartreuse a suscité la concurrence d'un certain nombre de liqueurs dites monastiques, plus ou moins anciennes, portant les titres decommnnantés religieuses, entre autres Bénédictine, Feuillantine, Trappistine, Visitandine, etc. Toutes ont les mêmes bases d'arômes, avec des doses plus ou moins diSérentes et des proportions diverses de sucre et d'esprit-de-vin. Les plantes et arômes généralement employés tantdansia Chartreuse que dans ces autres liqueurs, sont : mélisse, hysope, menthe, génépy des Alpes, angélique, fleur d'arnica, iris,.
LIQUEURS
LIOUEUHS
■cannelle, macis, coriandre, cardamome, clous de girofle, muscades, calamus, tliym, laurier, etc.
Raspail recommanda autrefois dans sou Manuel de sauté une recette de liqueur composée à peu près dans ce genre monastique, mais avec un caractère un peu plus pharmaceutique; les distillateurs liquorlstes propagèrent cet élixir Raspail. Les héritiers de cet iiomme populaire revendiquèrent le droit exclusif de vendre une liqueur portant son nom, mais les fabricants en continuèrent la vente sous le nom général de Liqueur hygiénique. Les liqueurs dites monastiques ne sont pas d'une consommation courante; leur prix élevé les éloigne du débit populaire. Les liqueurs simples à base unique sont répandues •davantage dans la consommation.
2" Liqueurs simples par distillalion. — Anisette. La graine d'anis sert de base à la liqueur dite aniaelte, dont la fabrication importante a motivé un article spécial. (Voir ce mot.)
Curaçao (liqueur composée au moyeu de la macération d'écorces d'oranges amères dans l'eaude-vie ou l'alcool). 11 tire son nom d'une île des Antilles hollandaises (Curaçao), où la production importante des orauges a amené l'exploitation de l'écorce d'orange verte pour en tirer l'arôme très prononcé ■qui sert à la préparation de la liqueur. Il y a une certaine variété dans ces écorces, qu'on fait .séclier et vieillir pour qu'elles perdent de leur verdeur et ne conservent que la finesse de l'arôme. Pour préparer l'alcoolat qui doit servir de base à la liqueur, on fait d'abord tremper les écorces dans l'eau, puis, quand ■elles sont molles, on les « zeste », c'est-à-dire qu'on ■enlève, à l'aide d'un couteau ou d'une machine spéciale, la partie blanche interne de l'écorce, pour ne laisser qu'une partie extérieure très mince renfermant le bon parfum. Ces écorces zestées sont ensuite macérées dans l'alcool pendant un certain temps, puis distillées. La liqueur se fait avec cet alcoolat d'écorce d'orange amère additionné d'une partie d'iulusion d'écorces d'oranges fraîches et d'une certaine proportion d'alcool et de sirop de sucre.
Mentlie. L'emploi de la plante de menthe est devenu très fréquent de nos jours. La préparation de liqueur à la menthe exige une série d'opérations, la simple distillation de la plante donnant un produit un peu Acre, qui manque de finesse. On prépare d'abord de l'essence de mentiie; cette essence subit une autre distillation avec addition d'alcool. La liqueur de menthe poivrée se consomme principalement avec addition d'eau, comme rafraîchissement; elle se répand beaucoup en Amérique sous le nom anglais de Peppermint.
Les autres liqueurs moinsconnues qualifiées eaux, crèmes, huiles, etc., empruntent leurs noms aux fruits, aux plantes et aux graines qui leur servent de base, par distillation: noyau, cacao, moka, rose, ■céleri, vanille.
3° Liqueurs par macération. — Ce sont des infusions ou desimpies mélanges; elles ont surtout les fruits pour base. La distillation a pour but d'extraire certains arômes prononcés, en leur donnant une saveur plus douce; elle ne doit pas être employée pour certains fruits délicats dont on veut conserver la saveur primitive, tels les cassis, cerises, fraises, framboises, etc. On se contente de faire macérer ces fruits dans l'alcool et de mélanger au sirop de sucre le jus tiré de cette macération.
Cassis. La principale liqueur bien française pro-
duite par la macération du fruit est celle du cassis. (Voy. ce mot.)
Les cerises, ou plus communément les guignes, servent à la préparation du «guignolet»; le ratafia de Grenoble a la même base, car les liqueurs par macération sont nommées aussi ratafias. Au siècle dernier, on faisait des ratafias de pèches, de prunes, de coings, de noix, etc. ; le brou de noix sert encore à la composition d'une liqueur estimée; les petites prunes sont la ba.se de la liqueur « la prunelle ». Ces ratafias sont pour la plupart additionnés d'esprit épicé par la cannelle, le macis ou les clous de girofle.
Le Puncli et le grog sont des liqueurs dites doubles, c'est-à-dire doublement sucrées et alcoolisées, pour être consommées après dilution sensible. Elles sont composées d'un mélange de rhum, de kirsch ou de cognac avec un sirop et une infnsioa d'oranges et de citrons.
Les fruits à l'eau -de-vie forment également une branche importante de la fabrication des liqueurs. Ceux qui se vendent le plus sont, par ordre d'importance : cerises, prunes, verjus (raisins), mirabelles, pêches, abricots, chinois (oranges vertes).
L'industrie des liqueurs a pris un grand développement depuis le commencement du siècle, surtout dans notre pays; les liqueurs françaises ont une réputation universelle, due à leurs conditions hygiéniques, à la bonne préparation des produits, à la qualité des matières premières employées, car les fruits, plantes et graines du sol français ont une grande finesse d'arôme.
Quelques liqueurs provenaient autrefois plus spécialement de certaines régions: le cassis de Dijon, l'anisette de Bordeaux, le guignolet d'Angers, etc. Maintenant ces spécialités tendent à disparaître; les centres principaux de production sont Paris et ses environs, Lyon et le Dauphiné, Bordeaux, Marseille, Limoges, Angers, Dijon, Rouen, etc.
La consommation des liqueurs est générale en France, plus grande toutefois dans le Nord que dans le Midi, dans les villes que dans les campagnes.
Commerce de la France. — L'export. de nos liqueurs a toujours été très importante; mais l'élévation des droits de douane, dans tous les pays, sur les boissons à base d'alcool, a diminué nos envois à l'étranger dans la dernière période décennale de 1887 à 1890, par rapport à la précédente, comme le montrent les chiffres suivants (export.,
Moyenne annuelle Moyenne annuelle Périodes décennales Litres Fr.
Dans ces dernières années, de 1890 à 1898, il s'est produit un relèvement: notre export, a été en moyenne de 2 millions jjO.OOO litres valant 4 millions 1/2 de fr.
Les pays étrangers acheteurs de nos liqueurs sont, suivant la quantité de leur import. : l'Angleterre, la Itépublique Argentine, les États-L'nis, l'Algérie, le .Mexi(|ue, r.Vllemagne, etc.
Bordeaux exporte en quantité considérable du bitter dans l'Amérique du Sud: certains envois comprennent jusqu'à 10.000 caisses de 12 bouteilles. L'export. des liqueurs proprement dites et des sirops se trouve d'ailleurs favorisée par la restitution des droits afférents au sucre ciistallisable. Les liqueurs ont représenté à elles seules, à la sortie du port de Bordeaux, 8.700 hectol. en 1898, contre 9.48:{ en 1897.
-Marseille a exporté, en 1898, 511.396 lit. de liqueurs, contre 493.502 en 1897.
Nous recevons peu de liqueurs de l'étranger ; elles viennent surtout de Hollande et d'.MIemagne. Voici les chiffres de
LIQUEURS