MAIN-D'ŒUVRE
MAINE
Dans les colonies, le travail des compagnies de discipline a, entre antres inconvénients, celni de détruire le prestige moral do l'Européen anx yeux des indigènes. De plus, dans toutes les colonies dn climat torride, caractérisé par 25* isothermes, il est la condamnation à mort des malheureux qui y sont livrés. Les milliers de cadavres qui sont restésenfouis en 189o, à Madagascar, dans les travaux de la route de Majunga à Andriba, en sont une des preuves douloureuses.
Pour les chemins de fer Transcancasien et Transsibérien, le Gouvernement russe fait faire les travaux de terrassement et de maçonnerie par les ouvriers du pays et par des Chinois ; les soldats posent U' téléphone et la voie. Cette combinaison, admissible ilans un pays de paternalisme comme la Russie, est incompatible avec la notion de la liberté du travail: l'État français ne doit pas employer le soldat à faire concurrence au travail de l'ouvrier libre. C'est à celui-ci qu'il doit s'adresser, aussi bien dans ses colonies qu'en France.
Main-d'œuvre pénitentiaire. — On s'est fait des illusions sur ses résultats économiques. La seule •jconomie en matière pénale, c'est la réduction du nombre des criminels. Cette doctrine n'est pas encore adoptée en France, en Italie et aux États-Unis, où l'on se préoccupe surtout du produit du travail des prisons.
Plusieurs systèmes ont été employés. En Angleterre, le travail des prisonniers est uniquement destiné à l'État. Ce système a l'avantage de maintenir les prisonniers uniquement sous la dépendance des surveillants : il a l'inconvénient d'être très onéreux et de provoquer des négligences. Il a échoué dans l'État de New-York et dans l'Ohio. En Angleterre, la main-d'œuvre pénale a été surtout employée à la construction de fortifications, de ports et de bâtiments, à la confection des uniformes, des chaussures, etc., pour l'armée, la marine, la police, les surveillants de prison; aux travaux d'imprimerie et de reliure pour certaines administrations de l'État . L'appréciation de la valeur de ces travaux est fort exagérée en général, d'après M. William Tallack, le secrétaire de la Howard Association.
Un autre système, complètement opposé à celui-là, consistait à « remettre à bail » les prisonniers à des entrepreneurs qui prenaient à charge leur garde et leur entretien. Cet abominable système fut longtemps employé dans les États-Unis du Sud. Les entrepreneurs sous-louaient à des Compagnies de chemins de fer, à des mines et à d'autres entreprises leurs hommes, qui étaient traités avec une barbarie qui les conduisait vite à la mort.
Le système intermédiaire est le système du contrat on de l'adjudication. Le travail des prisonniers est i mis à la disposition d'un adjudicataire, moyennant un prix convenu qu'il verse à l'État. Ce système a ; souvent pour résultat de sacrifier la discipline à l'intérêt des adjudicataires, et il pousse an surmenage des prisonniers faibles ou malades. Il a une tendance à favoriser les plus vigoureux et les plus habiles des prisonniers, même quand ils sont les pires au point do vue moral. 11 a enfin le grand inconvénient de faire concurrence au travail libre.
Le colonel Howard Vincent, membre du Parlenient, a demandé au Gouvernement anglais de prohiber l'import. des ouvrages faits dans les prisons. Le Gouvernement a supprimé dans les prisons an-
glaises la sparterie. On a beaucoup exagéré l'importance de cette concurrence. En Angleterre, il n'y a pas mille prisonniers par million d'Iiabitants, soit un sur mille. Parmi les prisonniers, il y a des femmes;, la majorité de ces malheureuses sont ignorantes et maladroites; d'autres enfin sont malades.
Les « chevaliers du travail », aux États-Unis, n'ont pas protesté contre la fabrication delà sparterie dans les prisons de Pensylvanie; mais à New-York les « trade-unions » ont supprimé le travail dans la prison de Sing-Sing: les prisonniers, condamnés à la paresse obligatoire, tombent dans tous les désordres et tous les vices, sans compter l'augmentation des dépenses.
L'usage des machines dans les ateliers des prisons doit-il être prohibé? Si les machines y sont employées, la prison devient une véritable usine. Elle peut écraser certaines industries locales.
En Suisse, à Neuchàtel, M. Guillaume avait introduit le système de petits ateliers de 4 on 5 prisonniers. De cette manière, il n'y a pas de grandeconcurrence. L'ouvrier de chacun de ces ateliers apprend un métier ou s'entretient dans son métier, de manière à avoir un moyen d'existence à sa sortie de prison. En Danemark, en Finlande, en Suède, on a adopté les Sloyd exercices : c'est l'enseignement de l'outil. (Voy. Handbook of Sloyd, by Otto Salomon.)
Le prisonnier ne doit pas être un instrument de production: la prison doit être une école d'apprentissage; le travail mécanique ne doit pas y être employé: l'intelligence et la vigueur du prisonnier doivent être développées par la besogne qu'il fait. On ne doit pas le faire travailler en vue d'un prodtiit; on doit le faire travailler en vue de lui-même, de manière que lorsqu'il rentrera dans la vie, aSaibli moralement par la tare qu'il porte, par les habitudes de passivité qu'il a contractées en prison, il ait au moins comme compensation un développement de sa capacité de travail r autrement, il est voué à la récidive.
A la prison de l'État de Philadelphie, on s'est attaché à résoudre ce problème; et du moment que le travail est envisagé de cette manière, il n'est plus une concurrence au travail libre. La tâche du prisonnier est estimée à 6 heures de travail : s'il veut la prolonger, il reçoit une rémunération estimée à la moitié de la valeur de son produit. Il peut l'envoyer à sa famille ou la laisser s'accumuler jusqu'à sa sortie de prison. Chaque prisonnier, par son travail et sa bonne conduite, peut gagner sur sa peine une remise d'un mois pour la première année, deux mois pour chacune des années suivantes.
On peut conclure que, les prisons n'étant pas des usines, il ne doit y avoir ni outillage mécanique, ni grands ateliers : Une doit y avoir que de petits ateliers, faisant des prodtiits variés, et destinés beaucoup plus à faire l'éducation professionnelle du prisonnier qu'à donner un produit net. Y. G.
MAIXK. Un des quarante-cinq États de l'Union de l'Amérique du Nord, capitale Angusta ; ville principale Portland, gran& port sur la baie de Casco. C'est l'État le plus oriental de l'Union. Situé à l'E. de l'État de New-Hampshire, dont il est séparé par la Piscatagua, et une ligne droite conventionnelle longue de 250 kil., il confine au N. avec les provinces canadiennes de Québec et du New-Brnnswick, dontr