VTIERES COLORAATKS
SoMMAiiiE : Définition. — Classification : 1° Matières colorantes organiques: a) naturelles, fc);artificielles; 2° matières colorantes minérales.— Considérations générales. — 1" Matières colorantes organiques: XJ naturelles: Extraits. Commerce. Principales matières colorantes. Droits de douane.— Bj Matières colorantes organiques artificielles : Historique. Importance de leur industrie. Indication des principales. Considérations générales sur leur préparation. Applications. Droits de douane. — 2° Matières colorantes minérales.
Définition. — Les matières colorantes sont des substances généralement colorées, solubles dans l'ean, qui servent à colorer les fibres textiles par la voie de la teinture ou de l'impression. Leur solubilité dans l'eau est une condition essentielle ; et, de fait, toute matière colorante insoluble n'a pas d'application.
Cette propriété les distingue des couleurs, qui, «lies, sont presque toujours insolubles et servent à la peinture ou à la décoration des verres et des produits céramiques.
Comme dans toute définition, la distinction entre couleurs et matières colorantes n'est pas absolue : îl arrive que des matières colorantes sont utilisées sous forme de laques pour la peinture, la garance, par exemple, tandis que certaines couleurs, par des procédés spéciaux, servent à colorer les fibres textiles (jaune de chrome, outremer, etc.). Mais il n'en reste pas moins ce fait général, que les matières ■colorantes servent à la teinture et les couleurs à la peinture.
Les matières colorantes se divisent, d'après leur origine, en :
1" Matières colorantes organiques : a) naturelles, b) artificielles ;
2» Matières colorantes minérales.
Nous allons examiner maintenant ces trois classes de matières colorantes au point de vue de leur préparation, de leur application et de leur commerce.
1° A. Matières colorantes organiques naturelles.— Elles furent pendant des siècles à peu près les seules connues; la découverte des colorants artificiels remonte en effet à peine à oO ans.
La plupart viennent du règne végétal, quelquesunes appartiennent au règne animal. Leur importance s'est trouvée arrêtée depuis l'apparition des matières colorantes artificielles, appelées aussi couleurs d'aniline.
Néanmoins, quelques-unes ont conservé un grand ■emploi, comme l'indigo, le campéche, le cachou; les autres, tout en ayant perdu de leur intérêt, font encore l'objet d'un certain commerce et, à ce titre, méritent une courte étude. Cette étude, nous la ferons en suivant l'ordre alphabétique des couleurs, afin d'en faciliter la recherche. Au préalable, nous exposerons quelques considérations générales sur l'industrie et le commerce des couleurs naturelles.
Considérations générales sur les matières colorantes naturelles. — Elles appartiennent, sauf une ou deux (cochenille), au règne végétal. Tantôt ce sont les troncs d'arbres puissants qui renferment, outre les produits communs à tous les bois, d'autres corps incolores, se transformant en matières colo- Tantes sous certaines influences (oxydation, fermentation) et susceptibles d'être utilisés en teinture : tels sont le campéche, les bois jaunes et les bois Tonges, le santal. D'autres fois, c'est l'écorce seule que l'on utilise (qnercitron) ou les fruits (cachou).
A côté des arbres, certains arbrisseaux fournissent aussi des matières colorantes: tels sont l'indigotier, le rocouyer. Enfin, les plantes elles-mêmes renferment dessubstances colorantes, soit dans leurs parties supérieures (gaude, graines jaunes, carthame), soit dans leurs- racines (curcuma, garance).
Autrefois, les substances végétales tinctoriales ne subissaient aucune préparation; les bois, par exemple, divisés en petits morceaux ou réduits en poudre, étaient mis directement dans le bain de teinture, et c'est par ébullition avec la matière textile à colorer que la couleur se développait et teignait.
Les inconvénients étaient multiples : place considérable occupée par les bûches, et surtout enchevêtrement dans les fibres textiles d'une grande quantité de poudre ou de copeaux, que la présence d'un nouet n'évitait pas toujours ; enfin l'épuisement des bois se faisait mal. Aussi a-ton pensé à préparer au préalable des décoctions des plantes ou bois tinctoriaux et à les amener, par évaporation, sous forme d'extraits solides ou très concentrés, qui, sous un petit volume, représentent une grande quantité de matière colorante.
Cette industrie de la fabrication des extraits de bois date de trois quarts de siècle; elle n'a fait que se développer, surtout en France, notre pays ayant conservé, même aujourd'hui, une supériorité incontestable dans ce commerce.
Les couleurs dont la richesse est assez grande en produit colorant n'ont pas besoin d'être transformées en extraits; d'autres sont insolubles dans l'eau (indigo); aussi n'y a-t-il guère que les bois de teinture dont on prépare des extraits.
E-itraits de Bois de teinture. — Les bûches sont divisées, à l'aide de varlopes semi-coniques ou de meules spéciales, en copeaux ou en poudre, afin que l'eau les pénètre et les épuise mieux. Cet épuisement peut se faire à l'air libre, avec de l'eau à 60-70° ctg., dans des cuves disposées pour un lavage méthodique. Trois cuves suffisent généralement. Le jus coloré pèse, au sortir de la troisième cuve, de 1,5 à 3° B. On préfère généralement accélérer cette opération en se servant de chaudières autoclaves, agis-: saut sous une pression d'environ 1 atm. 1/2. L'ex traction, ou cuite, y compris le chargement, li déchargement, la cuisson et la décantation, ne de^ mande pas plus d'une heure, pour une chaudièn de 4 à oOO litres recevant 30 à 40 kilog. de bois. Si on le juge utile, le bois peut recevoir deux cuissons. Les jus ainsi obtenus, soit à l'air libre, soitpar pression, sont évaporés dans le vide, dans desl appareils spéciaux qui amènent l'extrait à peser dei 2o à 33° B. Si l'on veut un extrait sec, le sirop est; chauffé dans des chaudières particulières munies d'agitateurs, où on le reçoit sur une toile métallique à mailles serrées, qui circule dans une chambre chaude. Des brosses enlèvent la matière séchée, ei la toile, animée d'un mouvement continu, replongi dans le sirop, qui s'attache aux mailles et se trouvi exposé à l'air chaud sur une grande surface.
Les extraits tinctoriaux sont souvent falsifiés; h teinturiers doivent exercer une surveillance rigou reuse sur les produits qu'on leur livre et ne s'adre: ser qu'à de bonnes et consciencieuses maisons.
Com merce des Matières colorantes naturelles. Ce commerce a subi l'effet de l'apparition des colo rants artificiels, dits d'aniline. Cette concurrence affecte surtout les colorants dont les qualités laissent
MATIERES COLORANTES
MATIERES COLORANTES
à désirer. D'antres ont résisté, soit grâce à leurs propriétés spéciales, soit surtout grâce à leur bon marché: tel le campèclie. Afin de montrer la diminution du commerce des matières colorantes naturelles, nous résumons dans un seul tableau le mouvement des Douanes concernant ces substances, en prenant des moyennes décennales.
Ces tableaux montrent que depuis 20 ans le commerce des couleurs végétales est stationnaire, malgré l'énorme extension des industries tinctoriales. D'un autre côté, on constate que certains colorants ont vu leur commerce décroître considérablement: cochenille, curcuma, garance, orseilles, rocou ; d'autres se sont maintenus : campèche (qui forme à lui seul la plus grande partie des bois de teinture), cachou, indigo, quercitron, qui sert aussi de matière tannante.
Bois jaune. — Il provient d'un arbre atteignant souvent 20 m. de hauteur, appartenant à la famille des Urticées et appelé Moi us tincloria. Il croit aux Indes, dans r.\mérique méridionale et aux Antilles. Le plus renommé vient de Cuba, de Manzanillo et de Tuspan; puis les bois de Tampico, Vera-Cruz, Haïti, .Maracaîbo, Carthagène, Fernambuco, la Jamaïque, etc.
La bonne qualité des bois se reconnaît à leur dureté, à leur belle couleur jaune-brun garancée à l'extérieur, c'est-à-dire marquée de nombreuses veines rouges. Eu effet, une teinte uniforme est toujours l'indice d'une faible teneur en matière colorante.
C'est Chevreul qui le premier isola deux matières colorantes du bois jaune et les appela morin blanc et morin jaune. En 1861, Wagner en reprit l'étude, les considéra comme deux acides et leur donna les
Importations (C. S.)