V.ileurs
Années
Valeurs
Années Valeurs
15 fr. T. G.,
Douanes.— Les droits à l'entrée en France des métiers pour filature et lissage sont, par 100 kilog. nets :
Métiers continus, complets, à filer ou à retordre : 18 fr. T. G., 12 fr. T. M.
Métiers à filer autres, renvideurs, etc. 12 T. .M.
Métiers à tisser : 12 fr. T. G., 8 T. M. Métiers à tricots et à bonneterie : 40 fr. T. Métiers à tulles, à dentelles, à guipures : 10 fr. T. 5 T. M.
MÈTRE. V. Mesures et Peins.
METZ, forteresse de 1'" classe, chef-lieu du département de la Lorraine et de l'arrondissement de Metz, au confluent de la Moselle et de la Seille, sur les chemins de fer de Strasbourg à Luxembourg, de Metz à Pagny-Paris,de Metz à Amanvillers- Verdun. Ville libre impériale depuis 985, elle resta indépendante jusque vers le milieu du XVP siècle ; elle fut conquise par Henri II en 1552, en même temps que Toul et Verdun. La prise de possession, que le traité de Càteau-Cambrésis passa sous silence, ne fut reconnue que par les traités de Westphalie en 1648. La popul. a été recensée en 1866 à 54.817 âmes, en 1871 à 51.332, en 1875 à 45.856, en 1895, y compris une garnison de 14.314 hommes, à 59.794 âmes. L'annexion a provoqué une grande émigration des indigènes et une importante immigration d'Allemands, de sorte qu'aujourd'hui la pop. est très mélangée et les deux éléments se balancent. Siège du commandement d'un corps d'armée, Metz possède surtout le caractère d'une place de guerre.
La grande industrie, métallurgie et faïence, se trouve dans le département et non dans la ville. A Metz même existent des fabriques de cuir, tanneries, selleries, fabriques de chaussures : le commerce s'occupe du vin, de l'eau-de-vie, de la bière, des fruits confits (le pays messin produit beaucoup de légumes et fruits), du cuir, de la quincaillerie, du bois de construction. La présence d'une garnison de 15.000 âmes a développé le petit commerce.
Au chemin de fer, les entrées et sorties se chiffrent année moyenne par 1.300.000 voyageurs et 3o0.000T. Le mouvement de la succursale de la Reichsbauk a atteint en 1898, pour l'ensemble, 1.309.039.100 M., dont 16.038.600 pour prêts sur titres, 110.691.900 pour l'escompte, 1.181.292.400 pour les virements, 1.006.000 pour les services de trésorerie.
Paul Muller.
MEUBLES. (Syn.: Ang. : Furniture. — Allem.: Môbel, Geràth. — Ital.: Mohili.) So.MMAiRE : Un court historique: la dynastie des Boulle. — La fabrication industrielle à bon marché. — La concurrence américaine et européenne. — La « trôle », la pacotille, le « vieux-neuf ». — L'emploi des machines. ^^ L'enseignement professionnel. — Meubles à bâtis et panneaux : modèles de lits et modèles de tables, i Meubles exotiques et meuble colonial. — Meubles al^ mands et autrichiens. — Statistique, commerce ex| rieur de la France. — Douanes françaises. — Commet! international.
La fabrication du meuble peut être considér comme une des plus brillantes et des plus ancien! de nos industries nationales. N'envisageant la que tion que sous le rapport commercial et industriel, no renvoyons le lecteur aux ouvrages spéciaux traitent de son histoire. Disons toutefois que meuble a été le miroir fidèle de chaque époque, quelq
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chose comme le reflet de ses tendances, de ses preoccupatious et de ses moeui-s. La Uvnaissance nous a laissé le meuble italien, tout eu rosaces, en rinceaux, eu arabesques: sous Henri II, le meuble révèle une préoccupation d'art nouveau, en même temps que l'austérité religieuse de l'époque: le meuble Louis XIV est lourd, pompeux, théâtral, comme la peinture de Lebrun et l'architecture de Versailles; mais voici la « chicorée», la « rocaille » avec la Régence et Louis XV, puis le meuble Louis XVI, qui a <inelque chose d'indécis et de lourd. La dernière époque marquante est celle de l'Empire, avec la résurrection affectée de l'antiquité grecque et romaine, les lignes rigides, les lauriers et les meubleslombeaux. Ces divers styles originaux forment aujourd'hui encore le fonds artistique de la fabrication européenne.
Une première classification divise les meublesen meubles lourds et meubles légers. Les premiers, disposés à poste fixe, font pour ainsi dire partie de l'appartement, dont ils corrigent la disposition; ce sont les lits, les commodes, les armoires, auxquels viennent s'ajouter les billards et les pianos. La seconde série comprend les meubles mobiles, tels que: «haises, chiffonniers, fauteuils, tabourets, pliants et guéridons. Les besoins de la vie et les goûts de chacun ont multiplié les meubles accessoires, lesquels relèvent de l'ébénisterie au même titre que leurs .aînés. Citons en ce genre les cartonniers, secrétaires, bibliothèques, pupitres, consoles, casiers à registres ou à musique, tabourets de piano, supports, •écrans, etc. Nous reprendrons plus loin cette nomenclature au point de vue de la fabrication.
Pendant un siècle et demi, la « dynastie » des Boulle a régné en maîtresse sur l'ébénisterie française; «'ayant rien empruntéaux devanciers, ils répandirent aux quatre coins du monde des modèles que l'on se 4ispute à prix d'or aujourd'hui. Le plus célèbre fut André-Charles, logé au Louvre « sa vie durant », auteur, entre autres merveilles, de l'horloge qu'on admire encore à l'Imprimerie Nationale.
Charles-André mourut au Louvre, âgé de 90 ans; il laissait quatre fils : Jean-Philippe, Pierre-Benoît, •Charles-.\ndré et Charles-Joseph. Les deux premiers furent maintenus par brevet en possession du Jogement du Louvre; Charles- .\ndré ouvrait un atelier près de la barrière de Sèvres; enfin, Charles- Joseph s'établissait au faubourg Saint-Antoine, dont la réputation dans l'ameublement date de cette époque, c'est-à-dire de plus de 150 ans.
Boulle employait volontiers de la marqueterie,' un peu délaissée de nos jours. Point de palais nationaux -qui ne possèdent ou n'aient possédé quelque chefd'œuvre du célèbre ébéniste: SaintCloud, Versailles, les appartements royaux, les riches habitations particulières, s'arrachaient jadis les produits de son tiavail. Samuel Bernard, le richissime banquier, lui acheta un bureau 50.000 livres. Ses œuvres, actuellement conservées dans nos musées, sont un précieux enseignement.
Après le premier Empire, l'industrie du meuble brilla d'un vif éclat, et sa prospérité, devenue européenne, dura sous les divers gouvernements qui se -iont succédé depuis. Les meubles français occupèrent une place d'honneur aux Expositions univer- -elles de L<ondres jl851) et de Paris (1855 et 1867), où le fini minutieux de leur aspect, la richesse harmonieuse de leurs formes, laissaient bien loin en
arrière les produits des pays étrangers. Cette suprématie était du reste acceptée sans conteste. II n'y a guère plus de trente ansque nos modèles triomphaient encore sur les marchés du monde entier. Les progrès de la mécanique, la concurrence dans toute branche de l'activité humaine, ont changé cette situation, sans toutefois nous mettre en état d'infériorité marquée. Jadis, la haute société européenne commandait ses meubles en France, à peu près exclusivement. Nos ouvriers, peu nombreux, mais consciencieux et habiles, fabriquaient lentement et avec soin . On n'employait, d'ailleurs, que des matières premières choisies; le placage, c'est-à-dire l'adaptation à des bois inférieurs de minces plaques de bois précieux, pour donner l'illusion d'un meuble massif, n'était presque pas usité. L'apparition de ce procédé ne date que de la seconde moitié du siècle. Enfin, et c'est là, croyons-nous, la différence capitale qui sépare l'ancienne et la nouvelle industrie, on ne fabriquait pas de meubles à bon marché. L'ouvrier, comme l'habitant des campagnes, se contentait de meubles grossiers et sans style, la plupart du temps en bois brut: l'ameublement proprement dit restant ainsi le privilège de la classe aisée, le patron ébéniste trouvant la juste rémunération de son travail dans des prix acceptés d'avance, disposant du temps nécessaire à la complète siccité des bois, à la bonne exécution des travaux, livrait sans peine des meubles soignés et à peu près inusables.
Le luxe, ou le faux luxe, a changé tout cela. De nos jours, l'ébénisterie fabrique en gros, dans de vastes usines, à l'aide de puissantes machines. Les moulures, ornements, galeries, jadis patiemment sculptés par un ouvrier à la tâche, sont découpés mécaniquement, puis assemblés et collés à la hâte, car il faut produire beaucoup et vite pour la vente à bon marché, qui reste à peu près la seule possible.
La concurrence est née en Amérique, eu Autriche, en Allemagne. Jadis, nos ébénistes recevaient d'Amérique les bois bruts, thuya, gaïac ou acajou, et peu après les réexpédiaient sous forme de meubles, retirant de cet échange des bénéfices ininterrompus : l'importation des bois américains a continué, s'est augmentée même avec le mouvement commercial, mais nous n'expédions presque plus de meubles de l'autre côté de l'Atlantique. L'Amérique, avec son machinisme ultra-perfectionné, exploite elle-même ses richesses naturelles. La concurrence a commencé par les meubles sans style, d'utilité pratique, tels que fauteuils légers, bureaux à fermeture automatique : elle continue par la fabrication de toutes les pièces d'ameublement, livrées là-bas à des prix qni nous interdisent la lutte.
La concurrence européenne est plus redoutable encore, car elle nous combat sur notre propre terrain : un fait typique en ce genre est l'apparition des meubles légers en bois courbé, qui se fabriquent principalement en Autriche. Ces meubles s'adaptent merveilleusement aux besoins de la vie moderne ; c'est le mobilier- type des cafés, hôtels et grands établissements. Les vastes forêts autrichiennes fournissent le bois, que les perfectionnements industriels et le bas prix de la main-d'œuvre indigène permettent de travailler dans des conditions exceptionnelles de bon marché. L'Allemagne et l'Autriche fabriquent aujourd'hui des mobiliers entiers non dépourvus d'aspect artistique. La Norvège, le Danemark, la Suisse, qui jusqu'ici s'étaient confinés dans
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le commerce des bois bruts, dits bois de sciage, commencent également à fignrer au nombre des pays producteurs de meubles. L'Angleterre, enfin, nous envoie les meubles légers en bois de sapin ou de pitch-pin, recouverts de peinture ou de laquage, ornés d'étoffes «Liberty», de dentelles et de rubans.
A ces diverses concurrences de nos voisins d'Europe vient s'ajouter le commerce du meuble pacotille, lequel s'exerce en France sur une vaste échelle. A Paris même, ce commerce est désigné sous le nom pittoresque de «la trôle ». C'est principalement aux environs de la place de la Bastille, et dans le faubourg Saint-Antoine que la « trôle » s'étale, au grand détriment des fabricants sérieux. Plusieurs fois par mois, et même par semaine, s'alignent sur les trottoirs des files interminables de meubles à bon marché, pour la plupart confectionnés à Montreuil ou dans la banlieue, peints et vernis de façon à donner l'impression de meubles de luxe ou de fantaisie. Ils sont, en réalité, fabriqués à la hâte, à l'aide de matériaux de provenances diverses.
Pour clore la série des concurrents de l'industrie mobilière, il faut citer le commerce des meubles d'occasion, qui prend de jour en jour des proportions plus formidables. Certains industriels y trouvent même un écoulement rémunérateur de leurs produits, au point d'en faire une industrie spéciale que l'on pourrait appeler la fabrication du « vieux-neuf ».
D'autres considérations , d'ordre professionnel celles-là, ont littéralement transformé la fabrication du meuble. Bien que l'emploi de la machine à sculpter ne se soit pas généralisé, certaines maisons l'utilisent pour la reproduction à de nombreux exemplaires de motifs décoratifs autrefois confiés aux apprentis. Les tourneurs à façon ont à peu près disparu, vaincus par le bon marché des travaux d'usine, et les machines-outils fabriquant la moulure, le perlé, divers travaux de main-courante, ont supprimé de nombreux ouvriers, tout en abaissant le prix de revient du produit. Cependant il existe encore à Paris bon nombre de maisons d'ébénisterie à façon qui conservent les traditions de la vieille industrie française, quant au bon goût et au fini du travail.
La ville de Paris a créé des écoles où les jeunes gens qui se destinent à la menuiserie et h l'ébénisterie reçoivent une bonne éducation professionnelle. La plus importante est l'École Boulle, située rue de Reuilly. On y forme des menuisiers-ébénistes, des tapissiers, des sculpteurs et des décorateurs; les jeunes gens y séjournent quatre ans et suivent des cours de dessin, d'aquarelle, de marqueterie, apprenant en un mot tout ce qui louche au côté artistique et manuel de leur profession. Le nombre des places est limité. Vient ensuite l'École d'Alembert, pour les enfants moralement abandonnés, à même de gagner leur vie ; on y enseigne l'ébénisterie et la tapisserie. Une troisième école a été instituée par la Chambre syndicale de l'ameublement ; elle complète l'enseignement de l'atelier par des cours de dessin, de modelage et des démonstrations techniques ; elle porte le nom de « Patronage industriel des enfants de l'ébénisterie ». La Chambre syndicale des ouvriers ébénistes possède aussi son Patronage, sorte d'école pratique pour laquelle des cours du soir ont été institués. Ces écoles contribuent à perpétuer le bon renom de l'ébéni-sterie française.
Au point de vue de la menuiserie et de l'ébénisterie, on distingue deux sortes de meubles : 1" les meubles
à bâtis, comprenant les sièges, pliants, tabourets,, banquettes, cliaises, fauteuils, paravents, ainsi que les lits, les écrans et les tables; £" les meubles à bâtis et à panneaux, dont font partie les diversesespèces d'armoires, buffets, coffres, cabinets, commodes, bibliothèques, secrétaires, etc. Nous ne pouvons entrer dans le détail de la structure de tous les^ meubles de ces deux grandes catégories. Chacun d'eux comprend d'infinies variétés, dont le nombre s'accroît chaque jour en raison des caprices de la mode, des besoins nouveaux et des créations de certains fabricants.
Prenons pour exemple les lits, dont on connaît six formes principales, lesquelles ont donné naissance » plus de quarante modèles divers. La plupart de ces modèles sont aujourd'hui tombés en désuétude; citons toutefois : le lit d'alcôve, le lit d'angle, le lit à l'anglaise, le lit en armoire ou lit clos, le lit en baignoire, à baldaquin, à balustre ou de parade, à bateau, le lit baudet ou lit de sangle, le lit de camp, le lit à la capucine, à la chinoise, à laChoisy, le lit de coin, à colonnes, piliers ou quenouilles, à coquille, à couronne, à la dauphine, en dôme, à deux dossiers, à la duchesse, à fièche, le lit de glaces, le lit à la grecque, en housse, à l'impériale, à l'italienne, le lit de milieu, le lit en niche, le lit par terre, le lit pavillon, à pentes, à la polonaise, à quatre faces, à la reine, le lit de repos, à la romaine, à la sultane, en tombeau, en double tombeau, à tournant, à la turque, le lit de veille, etc.
Dans le lit à quenouilles, ou à colonnes, les quatre pieds, au lieu de s'arrêter à hauteur des battants, se prolongent jusqu'à deux mètres au moins au-dessus du sol et soutiennent le dais ou ciel de lit ; dans le lit à un ou deux chevets ou doss'iers, une des traverses ou les deux, suivant le cas, sont surmontées de chevets ou dossiers qui peuvent être égaux, mais dont le plus souvent celui du côté des pieds est plus petit d'un tiers. Dans le lit à bateau, celui des deux battants destiné à être vu est cintré au milieu et relevé aux extrémités, qui s'arrondissent en forme de gondole. On donne le nom de lits de milieu, ou encore de lits vus en pieds, ou lits de bout, aux lits à colonnes et aux lits à un ou deux dossiers placés de manière que leur chevet seul touche la muraille. Les lits les plus en faveur à l'époque actuelle, sont : le lit Louis XV, à angles arrondis et à rocaille, le lit Henri II à colonnes torses, le lit Louis XVI et le lit Empire.
Les modèles de tables ne sont pas moins variés ; on en compte une trentaine : tables à abattant, tables ambulantes, tables à bureau ou tables à écrire, tables à cabaret, à chiffonnière, à crémaillère, à la dauphine, à écrire debout, tables d'enseignement, tables escaliers, tables de famille ou de compagnie, tables en fer à cheval, tables gigognes, tables à la grecque, à la Pompadour, tables à jeu de divers modèles,tables machinées ou à transformations, tables à manger, à l'anglaise, à dessus de marbre, tables de nuit, à ouvrage, tricoteuses, tables à rallonges, tables rondes ou guéridons, tables de salon ou de luxe, tables servantes, tables-toilettes, tables à tréteaux, tables de lit, tables de cuisine, etc. Cette variété presque inépuisable des modèles de tables et de lit se retrouve dans toutes les parties de l'ameublement. Parmi les quantités innombrables de meubles nouveaux lancés chaque année dans la circulation, peu sont dignes de retenir l'attention autrement qu'an
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point de vue de l'ingéniosité; en d'antres termes, malgré les nombreux essais tentés an pen partont, nous n'avons pas à proprement parler de style moderne; ces essais se bornent en général à des formules composites obtenues par la combinaison des styles anciens. On peut noter toutefois l'apparition des meubles légers ornés de rubans et d'étoffesclaires, ans formes graciles ou rigides et recouverts de vernis laqué en teintes pâles.
Les pays et rangers, l'Amérique surtout, s'adonnent à la fabrication des meubles à plusieurs usages. Il s'agit ici des bureaux macbinés, des lits-armoires et des tables formant à volonté gnéridon, pupitre ou table à dessin. Ou peut admirer dans ce genre de très curieux modèles aux sections étrangères de l'Exposition de 1900. La section française (classe 66) est un succès de plus à l'actif de notre fabrication. Le bois ciselé, fouillé, s'arrondit, se chiffonne, se contourne en formes gracieuses et évocatrices; l'art, ou pour mieux dire tous les arts, semblent s'être donné rendez-vous pour l'embellissement du meuble et de ses formes multiples: les sièges se recouvrent de cuirs ouvrés, de fines appliques de bronze épousent et rehaussent les contours des lits et des armoires ; la tapisserie, avec ses teintes rares et pâlies, complète la reconstitution des styles.
Il nous reste à parler des meubles exotiques, dont la fabrication et la vente ont atteint depuis quelques années un développement considérable. Si nous exceptons le meuble chinois ou japonais, cette fabrication diffère complètement de l'ébénisterie européenne, en ce sens qu'elle n'emploie que le bambou et le rotin, à l'exclusion de tous bois pleins ou bois de sciage. La tige de bambou, creuse, lisse, coupée de nœuds qui en assurent la solidité sans en augmenter le poids, se prête admirablement à la fabrication du meuble léger, dit meuble colonial. Cette lige, entaillée de la périphérie au centre, en reçoit une seconde qui s'y adapte par encastrement: le tout est fixé par entrecroisement ou ligature des extrémités libres : tel est en deux mots tout le manuel de la fabrication exotique. Des pelures de rotins, taillées en lanières de diverses couleurs, s'entrelacent pour former des dessins qui recouvrent les dossiers et les sièges. Les meubles ainsi obtenus sont d'une solidité à toute épreuve. Le poli des surfaces, n'offrant aucune prise, est à l'abri de l'nsnre, des taches et de la détérioration.
Le meuble exotique est peu varié de destination et de forme : ce sont presque toujours des chaises, tabourets, chaises longues, fauteuils à bascule, dits « rocking chairs », et d'une façon générale les sièges légers usités dans les contrées tropicales. Ils proviennent de l'Extrême-Orient ou de l'.Amérique du Snd. En Europe, ils ont fait une concurrence terrible à nos sièges de café, d'hôtels et de jardins. Certains établissements les ont adoptés d'une manière exclusive: ils possèdent de nombreux avantages, notamment ceux d'être facilement transportibles, toujours propres et de coûter relativement bon marché. Leur usage est général aux bains de mer, dans les ports et à bord des grands paquebots. De vastes usines se sont établies aux colonies pour la fabrication en gros du siège de bambou, elles appartiennent pour la plupart aux maisons d'import. anglaises.
Notre export, en meubles a notablement diminué depuis la création des usines allemandes et autri-
chiennes. La fabrication berlinoise fait dfe rapide» progrès; elle exporte beaucoup en Russie, principalement les articles riches, en Suisse, en Hollande et dans les pays Scandinaves; en revanche, elle sembl» devoir perdre la clientèle de l'Amérique du Sud; mais elle s'adonne depuis peu au mobilier et à l'aménagement intérieur des bateaux, qui occupe, dan» une seule maison de Berlin, plus de 300 ouvrier» travaillant tonte l'année. Ce genre de travanx constitue dans l'ébénisterie une spécialité très importante, qui s'accroît de jour en jour.
La diminution de nos ventes à l'étranger a pour cause principale, outre le développement des industries indigènes, le défaut de solidité de nos meuble» courants. L'esprit pratique des gens du Nord et de» Anglo-Saxons s'attache moins à l'élégance focile des modèles qu'à leur côté commode et utilitaire. L'armoire allemande exportée en Afrique ou ailleurs est lourde d'aspect et peu gracieuse de formes, mai» elle est durable et solide. Notre fabrication est trop«a façade. Pour les bois précieux, le placage règne ea maître; les dessous sont peu soignés, souvent ea sapin à peine dégrossi ; la durée du meuble et son caractère confortable se ressentent de la hâte du travail. Quant aux bois courants usités pour salles à manger, tels que le chêne et le noyer, l'inférioriléparaît encore plus sensible : les motifs d'ornementation, souvent mal ébarbés, sont simplement collés^ puis barbouillés de teinture, enfin cirés de façon à imiter le vieux bois. Les dessus de buffet,, les taquets, tout ce qui reste invisible une fois le meubleen place, sont la plupart du temps en mauvais sapin,, et les ferrures, en cuivre nickelé et estampé, donnent à première vue l'impression que traduit le mot « pacotille». Lemeubleentierestconstruitentrompej l'œil. Il n'en conserve pas moins un cachet de styleet d'élégance, mais ces qualités tout extérieure» n'ont pu lui suffire que lorsqu'il n'avait pas de concurrence. É.MILE Clerc.
STATisTiyuE. — Les statistiques du recensement des industries et professions (29 mars 1898), donnent les chiffres suivants pour la population occupée à Paris et dans la banlieue à la fabrication des meubles :
Chefsd-éUblissemenU | ^erm^;.::;:
Employés et ouvriers, jî';--^;;::;;
Petits patrons on on- (hommes
vriers à façon femmes
Ktabliss. avec là 4 ouvriers
Piris
lulieu
Seii«-tt-Ois« ,
.\ux chiffres du précédent tableau, il faudrait ajouter :
Fabricants de petits meubles
— chaises et fanlenils.
— meubles de cuisine.
— mobilier scolaire..
— sculpture sur bois.
Graveurs sur bois
Plaqueurs en bois
Vernisseurs en ébénisterie
Dessinateurs ,
Paris
Banlieue
S<iii-«t-4.l
A Paris, parmi les fabricants de petits meubles, 7 mai-
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sons ont de 1 à i ouv., 2 de 5 à 10, 1 de II à 20; chaises et fauteuils, 125 ont de 1 à 4 ouv., 38 de ii à 10, 13 de 11 à 20, Il de 21 à 50, 2 de 51 à KM); mobilier scolaire, 1 à de 1 à 4 ouv. et 1 de 5 à 10 ; sculpture sur bois, 237 ont de 1 à 4 ouv., 26 de 5 à 10, 4 de 11 à 20, 1 de 21 à 50. Parmi les graveurs sur bois, 8 maisons ont de 1 à 4 ouv., 1 de 5 à 10 ; les plaqueurs en bois, 1 de 5 à 10 ouv., 3 de 21 à 50; les vernisseurs, 34 de 1 à 4 ouv., 3 de 5 à 10 ; les dessinateurs, (J de là 4 ouv., 2 de 5 à 10.
Dans la banlieue, 7 fabricants de chaises et fauteuils et autant de sculpture sur bois ont de 1 à 4 ouv.; 1 de chaises et fauteuils et 1 de sculpture sur bois ont de a à 10 ouvriers.
Le département du Nord compte 232 chefs d'établissements fabriquant les meubles, avec 1.000 ouvriers et 168 petits patrons ou ouvriers à façon; le Khone, respectivement, 155, 868 et 214; les llouches-dn-Rbône, 211, 758,
Commerce extéiueur de i,\ France. — Les statistiques de la Douane, à l'import. comme à l'export., confondent les meubles de toute espèce, pour la période décennale 1867-76 et ne donnent que la valeur : celle-ci a été, en moyenne annuelle (au C. S.), de 1.821. liKJ fr. pour l'import. et de 16.694.623 fr. pour l'export.
Pour les périodes décennales suivantes (1877-80, 1887-96), les statistiques distinguent les « meubles en bois courbé, montés ou non », des meubles et sièges autres; voici les chitïres en valeur par 1.000 fr. (toujours au C. S.).
Meubles en bois courbé
— et sièges autres
Import.
Fxport.
Nous allons donner avec plus de détails les chiffres des années 1897 et 1898, import, et export, (au C. S.). Les Tableaux du commerce distinguent les meubles « en bois courbé, montés ou non », et les meubles « autres », qui eux-mêmes sedivisenten « sièges »et« autres que sièges » : d'où les trois divisions ci-dessous. Nous ne considérons d'ailleurs que les valeurs en francs, en faisant remarquer: 1* que le prix K. V. D. du kilog. est à l'import., uniformément, de 2 fr., tandis qu'à l'export. ce prix n'est maintenu que pour les meubles en bois courbé, les « meubles autres », sièges et autres que sièges, figurant à la valeur déclarée :
En bois courbé
Sièges
Autres que sièges
Import.
iinport.
Export.
Nous recevons d'.Vutriche les 7/9 des meubles en bois courbé (725.640 kilog. en 1898 contre 732.206 en 1897). puis 1/9 d'.\llemagne environ (99.000 kilog. en 1898 contre 81 .500 en 1897), le reste vient de la Belgique pour les 4/5. — Près des 3/5 des sièges nous viennent d'Italie (327.000 kilog. en 1898 contre 227.600 en 1897); l'Angleterre nous en a fourni pour 94.000 kilog. chacune de ces deux années; l'Allemagne. 57.800 en 1898 et 40.600 en 1897 ; la Belgique, 65.800 contre 71.250 ; la Suisse,qui figurait pour 89.000 kilog. en 1897, n'en a plusque5.000enl898.— Quantaux meubles, « autres que sièges », non en bois courbé, nos principaux fournisseurs sont : l'Angleterre, 494. 5(X) kilog. ; l'Allemagne, 251.600; les États-Unis, 198.300; la Belgique, 181 .6(X); le Japon, 139.300, etc.
Nous exportons des meubles en bois courbé : en Egypte, 60.700 kilog. en 1898 contre 73.742 en 1897; en Angleterre, 39.800 contre 48.200; en Belgique, 35.700 contre 33.450; en Espagne, 17.600 contre 49.000 ; en Allemagne, 24.265 contre 33.245; aux États-Unis, 21.942 contre 25.508. On remarque une diminution générale d'une année à l'autre. — Des variations plus considérables encore sont à constater pour les sièges (non en bois courbé) : l'Angleterre nous en avait .demandé pour 190.400 kilog. en 1897, et le chiffre de 1898
n'est plus que de 1 14.900 ; par contre, l'Algérie a vu accroître son import. <le 119.300 kilog. en 1897 à 159.400 en 1898. Viennent ensuite : la Belgique, 41.500 kilog. en 1897 et 84.500 en 1898 ; l'Allemagne, 47.265 et 71.;{85; la Suisse, 62.000 et (io.385, etc. — En ce qui concerne les meubles, non en bois courbé, « autres que sièges », l'Angleterre tient encore la tête de la liste de nos clients avec une forte augmentation en 1898 (1.462.700 kilog. contre 936.700); puis viennent l'Algérie (OiO.tXK) on 1897 et 928.900 en 1898), la Belgique (334.200 et 315.800), l'Allemagne (327.500 et 260.700), la République Argentine (133.500 et 178.700), les États-Unis (214.500 et 156.700), la Suisse (145.000 et 111.300), etc.
Douanes kkançaises. — Voici les droits qui frappent les meubtesà l'import. en France ; ils s'appliquent aux 100 kilog. nets, sauf pour les meubles en « bois commun, sans sculptures, marqueterie, ornements, dorure, ni laquage », qui sont taxés aux 100 kilog. bruts.
11 y a deux grandes divisions : 1° meubles en bois courbé ; 2° meubles autres qu'en bois courbé, qui se distinguent eux-mêmes en sièges et autres que sièges.
1* Eu bois courbé, montés ou non : a) vernis, 28 fr. (58 quand ils sont importés des entrepôts d'Europe) T. G. et 18 fr. T. M. ; b) non vernis, 16 fr. (40 venant dos entrepots d'Europe) T. G. et 12 fr. T. .M.
2* Autres qu'en bois courbé : a) Sièges: 1° sans sculptures ni marqueterie, ni ornements de cuivre, ni dorure, ni laque: en bois commun, Il fr. (41 venant des entrepôts d'Europe) T. G. et 9 fr. T. .M. ; en bois d'ébénisterie,20 fr. (50 venant des entrepôts d'Europe) T. G. et 14 fr. T. M., 2" sculptés, ou marquetés ou ornés de cuivre, dorés ou laqués, de tous bois, 30 fr. (00 venant des entrepôts d'Europe) T. G. et 20 fr. T. .M. — b) .\utres que sièges : 1° plaqués de tous bois : sans sculptures, marqueterie, ornements de cuivre, dorure ni laque, 19 fr. (49 venant des entrepôts d'Europe) T, G. et 15 fr. T. .M. ; sculptés, marquetés on ornés de cuivre, dorés ou laqués, 35 fr. (Oii venant des entrepôts d'Europe) T. G. et 30 fr. T. M. : 2° massifs : en bois communs, 6 fr. (30 venant des entrepôts d'Europe) T. G. et 5 fr. T. .M.; en bois d'ébénisterie: 13 fr. (43 venant des entrepôts d'Europe) T. G. et 10 fr. T. .M., quand ils ne sont ni sculptés, ni marquetés, ni ornés de cuivre, ni dorés, ni laqués; 30 fr. (00 venant des entrepôts d'Europe) T. G. et 20 fr. T. M., quand ils sont sculptés, marquetés ou ornés de cuivre, dorés ou laqnés.
Les meubles de toute espèce garnis et recouverts payent 20 »/. î»u T. G., 15 V« au T. .M. en sus des droits ci-dessus, selon la catégorie, et quand ils sont importés des entrepôts d'Europe ils paient en outre ,30 fr. par 100 kilog. au T. G.
OiiSERVATio.NS.— Le service des Douanes appelle meubles « les divers objets mobiles servant à garnir les appartements et qui se posent directement sur le sol », mais elle désigne aussi sous le nom de « meubles de main » ou « petits meubles » certains objets d'utilité ou d'ornement « que l'on place sur d'autres meubles ou que l'on accroche aux murailles», tels que : armoires à suspendre, boites, cabinets, cages de pendules, chalets suisses, coffrets, étagères-appliques, encoignures, nécessaires, plateaux, râteliers pour pipes, socles ou soucoupes pour vases de Chinj etc. De ces meubles à main, beaucoup sont classés, point de vue du montant des droits, dans la « Tablette^ d'ivoire, de nacre ou d'autres matières », d'autres dans « Bimbeloterie », etc. Nous ne pouvons entrer ici dal des énumérations de détail qui nous prendraient beaucof trop de place. (Voy. d'ailleurs Bi.mhei.oteuie et Taulb
TERIE.)
Les meubles pour jardins et bains de mer : fauteni| chaises, canapés, chaises longues, tables, tabourets, sièg à bascules, etc., en osier et moelle de rotin, avec ou sa lamelles de bois, sont imposés comme « vannerie » : tan^ que les meubles en bambou sont assimilés aux « sièges ou « meubles autres qu'en bois courbé, bois d'ébénisteria] selon l'espèce.
Les caisses de sommiers élastiques payent comme « meubles autres qu'en bois courbé, autres que sièges massifs en bois commun »; les billards, comme « meubles» aussi, selon l'espèce, avec, en plus, la surtaxe de garniture, quand ils sont recouverts de leur drap.