M EL BLES
MEULES
Ijes marbres dont sont ornés certains meubles {secrélir.'s. L-ominodes) suivent le régime qni lenr est propre, .^'ils sont facilement séparables; antrement ils acquittent le même droit que les « meubles » (ainsi les toilettes-lavabos, tables-guéridons, etc., avec marbre encastré dans le bois).
(.es meubles en vieox laque et les meubles de Bonlle anciens sont considérés comme « objets de collection » et admis en franchise : mais les meubles modernes en laque on fsçon Boulle payent le droit des « meubles*, de même <|ue les meubles antérieurs au .VVIII* siècle dont certaines |iar(ios sent de fabrication moderne.
.Notons enfin que les objets de toute nature composant le mobilier des étrangers qui viennent s'établir en France on des Franc^ais qui rentrent dans lenr patrie sont admissibles en franchise quand ils sont à l'usage des importateurs et portent des traces de service (loi du 16 mai 1863)-
.Meubles en bois courbé. — Ce sont ceux qui sont, en tont ou en partie, faits de pièces de bois dont la courbnre a été obtenue par l'action du feu on de la vapeur, et non par le sciage dans des pièces plus larges. On taxe comme « meubles en Iwis courbé », selon l'espèce, les meubles en bambou courbé, les sièges en bois commun montés en lamelles de Itois recourbées et retenues à leurs extrémités par quelques tiges de rotins, et les sièges en bois courbé dont le dossier et le siège sont en carton moulé.
.Meubles antres qu'en bois courbé. — Ij» Douane entend par meubles « marquetés ». ceux qui sont revêtus d'incrustations ou applications d'ivoire, de nacre, d'écaillé, de cuivre, d'étain, d'argent, de corne, d'os, de celluloïd ou de bois de couleurs diverses, représentant des fleurs, arabesques, encadrements, filets, mosaïques, dessins on même simple opposition de teintes. Les meubles a ornés de cuivre > sont ceux qni sont munis de ferrements, écussons, appliques, poignées, anneaux et autres garnitures décoratives, en cuivre, en fer on en acier, poli, nickelé, doré ou argenté, en nickel, en maillechort, etc. Les meubles « laqués s sont ceux recouverts d'un vernis laque (voy. Laque) sur quelques parties ou sur tonte leur surface, en noir, en ronge, en marbre, en blanc, en rose. etc. Dans la catégorie des meubles dorés rentrent non seulement les meubles entièrement dorés, mais ceux qui présentent des décorations, dessins, peintures, motifs en or ou en métal doré.
Les meubles ornés de glaces (armoires à glaces, commodes-toilettes, etc.) acquittent séparément le droit des glaces sur le poids de ces dernières, calculé à raison de ISkilog. par m. carré.
Les meubles à combinaison et les tables à transformations multiples en bois commun, sans sculptures, ni marqueteries, ni ornements de enivre, etc., sont traités comme • meubles antres que sièges massifs, en bois commun ».
On assimile anx « meubles massifs en bois d'ébénisterie, ornés de cuivre », les lioites postales louées an public dans les bureaux de poste et qui consistent en casiers divisés en compartiments munis chacun d'une porte en cuivre ajourée, garnie d'une glace et d'une serrure.
La dénomination de < meubles garnis et recouverts » vise particulièrement les meubles rembourrés, mais aussi les sièges, quoique non rembourrés, garnis de coussins, de tissu, de tapis, de peau, de toile cirée, les paravents tendus de tisso, les billards munis de leurs bandes et recouverts de leor drap, etc. On ne considère pas comme garnis et recouverts les tables, bureaux, etc., dont le dessus est simplement garni d'une basane, non plus que les tables à jeu ronnies de leur drap, ni les * sièges cannés » garnis de paille ou de rotins filés.
CoMMEHCE iNTEKNATioNAi.. — C'est cu .\llemagne, en Autriche-Hongrie, aux ÉtaU-Unis. en Grande-Bretagne, qne sont, à l'étranger, les plus nombreuses fabriques de
En Allemagne : à .\ix-la-Chapelle, Berlin, Breslau, Brunswick. Cologne, IKebeln, Erfurt. Hambourg, Hanovre, Heidelberg, Kaisersiauterm. Karlsruhe, .Madgebourg, Mayence. .Mulhouse. .Munich, .Nuremberg. Strasbourg. Stuttgart, Wurzbonrg-sur-.Mein.
En Autriche-Hongrie :à Budapest. Finme, Kassa. Lemberg. Prague. Temeswar, Trieste, Vienne, Zagreb (ou Agram).
A»\ Etats-l'nis : à Baltimore. Boston. Burlington (lowa), Chicago, Cincinnati, Cleveland. Davenport, Denver. Détroit, Indianapolis, Kansas-City, I^uisville, .Minneapolis, New- York, Kocbester(New-York), Saint-Loois. Saint-Paal.San- Francisco, \Yashington.
En Grande-Bretagne et Irlande : à Aldershot, .\shtonnnder-Lyne, .Vyr, Belfast, Birkenhead, Bradford, Bristol. Barniey, Canterbury, Carlisle, Chester, Cork, Derby. Dublin. Dundee, Edimbourg, (ïrimsby. Halifax, Hartlepool-West, Huddersfield, Hull. Leeds, l^eicester, Londres, Newcastle-on-Tyne, Nottingbam, Preston, Sanderland, Southamplon, Stockport, Winchester.
A noter encore : Florence, Gênes, Livourne, Milan, Turin, en Italie: .\th, Bruxelles, Liège, Malines. en Belgique; Copenhague, en Danemark: Genève, Saint-Gall, Zurich, en Suisse; Helsingfors, Kiew, .Moscou, en Russie: .\m9terdam, la Haye, Maestricht, anx Pays-Bas; Barcelone, Valencia, en Espagne: Stockholm, en Suède.
Allemagne.— L'industrie du meubles'ydéveloppedepnis une dizaine d'années; pour se conformer au meilleur gont du consommateur, le fabricant a dû renoncer anx modèles très laids dont on se contentait autrefois. La Russie reste une des principales clientes de l'.AUemagne pour le meuble ; ses commandes ont augmenté encore en 1898. La Suisse demande de plus en plus à l'.Allemagne des meubles ordinaires à bon marché ponr installations complètes de grands hôtels, an détriment de l'industrie française et anglaise.
Autriche-Hongrie. — Le territoire douanier austrohongrois a exporté, en 1896 et 1898 (en florins de 2 fr. 47) :
Menbles très ordinaires 5.2i7.000 5.510.000
— en bois courbé 5.449.000 5.389.000
MEUBLES ET Voitures MÉavsiQUES pour malades ET BLESSÉS. Dix industriels s'occupent à Paris de cette fabrication, laquelle depuis 40 ans a fait de très grands progrès. Une centaine d'ouvriers y sont employés et quelques femmes: ces ouvriers sont payés de 70 à 80 cent, l'heure. La fabrication est nulle ou à peu près en province. La production annuelle à Paris peut être évaluée à 800.000 fr.
Les principaux articles concernant cette spécialité sont : les fauteuils Voltaire avec porte-jambes, les fauteuils automobiles, fauteuils à deux manivelles, fauteuils de transport de malade, fauteuils à spéculum, fauteuils gynécologiques, chaises longues à spéculum, tables ponr opérations gynécologiques, plates-formes-lits pour examens et opérations, chariots-lits roulants, fauteuils avec pupitre pour malades ou blessés, fauteuils avec garde-robe, chaises anglaises, fauteuils-voitures pour malades, voitures pour coxalgiques, fauteuils à rones pour blessés, brancards articulés, chaises pour sudation, lits d'opération, tables à applications multiples pour exploralion et examen vaginal, chariots roulants à pansements, etc.
Les matières premières employées dans cette fabrication sont : le bois, la fonte, le fer, le crin, des étoffes et peaux diverses, cuir, etc. Ces matières premières proviennent de Paris et des Ardennes.
MEVLES. (Syn. : .\ngl.: Mill-slones. — .\llem. : MUhl-Steine. — Ital. : 3lole macine.) On distingue en général deux sortes de meules : les meules à écraser et les meules à aiguiser. Les premières travaillent en roulant sur une surface plane pour écraser des matières diverses, le plus souvent par paires et à plat, l'une étant fixe et l'antre tournant autour de son axe assez près de la première pour broyer on râper les graines ou autres matières qu'on y répand'; parfois les deux meules tournent ensemble et ont leur axe commun horizontal.
D'abord exclusivement en pierres naturelles, on
MEULES
MEULIERE
'en fait maintenant en pierres artificielles, en porcelaine, en pierre et fonte, et même tout en fonte de fer.
Pour la mouture des grains, les meules en pierre ont été jusqu'au dernier quart de ce siècle uniquement employées; depuis lors, tous les grands moulins les remplacent par des cylindres de métal qui donnent un travail beaucoup plus régulier. (Voy. Meunerie.)
La France possède de nombreuses carrières de pierres propres à faire des meules, mais les produits les plus recherchés sont ceux de la Ferté-sous- Jouarre. Autrefois, l'importance de la production, rien que dans cette localité, atteignait annuellement une somme de 4 millions de fr. On en trouve aussi près d'Épernon (Eiire-et-Loir) ; à Saint-Mars-la-Pile, dans le bassin de la Loire ; dans la Dordogne, on rencontre des silex très compacts avec lesquels se font les meules pour matières minérales, par exemple le kaolin.
Les meules sont formées quelquefois d'un seul morceau taillé en plein bloc, mais ordinairement de carreaux de meulière cimentés avec du plâtre et maintenus extérieurement par des cercles en fer. On fait aussi, selon les pays et selon la nature des produits à triturer, les meules à moudre en lave ou ■en basalte, en granit, en écaussine, en marbre, en grès.
Les meules artificielles sont composées essentiellement d'un mordant et d'un agglomérant. Le grès, le silex et l'émeri sont les mordants en usage ; en France, on emploie surtout les deux premiers; en Angleterre et aux États-Unis, le troisième. L'agglomérant n'entre que pour un dixième environ dans la masse des meules artificielles. La gomme-laque a été d'abord employée, mais elle a l'inconvénient de fondre à une température d'environ 130» que produit facilement le frottement prolongé qui accompagne le travail des meules; le ciment hydraulique et un agglomérant composé de colle forte et de tanin sont maintenant préférés.
Les meules artificielles peuvent fonctionner à une vitesse très supérieure à celles que supporteraient les meules naturelles en grès ; le grain peut en être varié selon le travail que l'on veut obtenir, et leur petit diamètre, joint à leur solidité, prévient les dangers de rupture.
Les meules à aiguiser sont généralement d'un grès tantôt jaunâtre ou blanc, tantôt rougeâtre, qui se taille avec facilité, et d'un grain plus ou moins fin, suivant la dimension des objets et la finesse à donner à la lame. Les ouvriers qui travaillent la nacre, l'os et l'ivoire, ébauchent sur la meule certains de leurs ouvrages avant de les finir sur le tour.
'La France possède de très bons grès à aiguiser dans la Charente, la Haute-Loire, à Salles, Marcilly. Celles, Saint-Germain, près Langres ; elle en importe cependant d'Allemagne en quantités notables (8.153 pièces en 1897 et 50.400 qx métriques •en 1898) et un peu d'Angleterre (4.234 pièces en 1897 et "7.174 qx m. eu 1898). Dans ce dernier pays, la principale carrière de grès à aiguiser est celle de Gateshead (comté de Durham).
Après les meules à aiguiser viennent les meules à îtailler et polir. On polit en général avec des meiiles de bois auxquelles on donne du mordant au moyen de l'émeri, de la pierre ponce ou du rouge d'Angleteri'e, Les meules des diamantaires sont en
fer, garnies de poudre de diamant. On se sert aussi de meules en fer, puis en bois tendre pour tailler et polir les cristaux.
Commerce.— Voici quelles ont été les import, et export. (C.S.)de meules à moudre et de meules à aiguiser pour les périodes décennales 1867-76, 1877-86, 1887-96, en nombre de pièces :
Imp. Exp. Imp. Exp. Imp. Exp. Meules à moudre .. 1.552 12.11111.292 14. ,5101 912 12.24«
— à aiguiser . 15.475 87.2.54125.675 122.370ll7.705 116.513
Le prix moyen à l'import. a varié pendant ces périodes: de 185 à 225 fr. la meule à moudre, de 65 à 75 fr. la meule à aiguiser ; à l'export. : de 365 à 340 fr. la meule à moudre, et de 5 fr. 60 à 6 fr. la meule à aiguiser.
Pour les années 1897 et 1898, nous avons les chiffres suivants (C.S.), l'unité est la pièce pour les meules à moudre et pour les meules à aiguiser en 1897; en 1898, l'unité pour ces dernières devient le quintal métrique : 1897 1898
Imp. Exp. Imp. Exp.
Meules à moudre 458 10.202 1 270 11.542
— à aiguiser.... 13.207 89.126 159.023 26.768
Le prix E. V.D. est, à l'import. : pour les meules à moudre, de 225 fr. en 1897 et 130 fr. en 1898 la pièce ; pour les meules à aiguiser, 20 fr. la pièce en 1897, et 6 fr. le q. m. en 1898.— Le prix d'évaluation à l'export. est : pour les meules à moudre, dans les deux années, de 225 fr. la pièce; pour les meules à aiguiser, de 6 fr. la pièce en 1897 et de 6fr. leq.m. en 1898.
Nous exportons surtout en Belgique, aux États-Unis et en Allemagne les meules à moudre; en Italie et en Belgique les meules à aiguiser.
Douanes.— Les meules de toute sorte sont exemptes de droits aux deux tarifs.
MEULIÈRE. La pierre meulière, très employée dans les constructions, est une variété de silex rouge jaunâtre, généralement caverneux et carié. Le calcaire de Brie est imprégné de silex qui a donné naissance à la meulière compacte de la Ferté-sous- Jouarre. La meulière de Montmorency est moins utilisée.
La meulière est légère, inaltérable, très dure; elle absorbe bien le mortier et fait corps avec lui. En la mêlant au ciment, la meulière constitue des bétons convenables pour couler des voûtes de ponts d'une seule pièce. Les fondations emploient la meulière sous forme de moellons, ainsi que les murs de terrasse.
Les meulières de la Ferté-sous-Jouarre sont employées aussi pour fabriquer des meules de moulins. (Voy. Meules.) Certaines de ces pierres meulières de beau grain ont valu jusqu'à 1.500 fr. ; leur couleur est plutôt gris blanc.
Une sorte de meulière dite caillasse se trouve en morceaux qu'on utilise pour l'empierrement.
La meulière la plus employée dans le bâtiment comporte deux variétés: l'une, légère, poreuse et tendre, est susceptible d'être taillée en moellons piqués, avec arêtes régulières ; l'autre, qui se présente sous forme de blocs plus lourds et plus durs, est utilisée pour les constructions hydrauliques, les murs de fosses d'aisances, les égouts. On fait souvent des parements d'édifices en meulière rocaillée, et lai' meulière a servi à constituer entièrement des mn? mitoyens.
Les meilleures meulières pour travaux hydpan liques sont celles de la Seine et de la Marne (Poi thiéry et d'Orgenoy, Ris et Viry-Châtillon, prè Corbeil). 11 y a des meulières de Corbeil, Moutgero| et Villeneuve-sous-Proyes dont la forme plus rond et la qualité plus caillasse a restreint l'emploi au^ chaussées macadam.
MEUNERIE, MINOTERIE
MEUNERIE. MINOTERIE
Les carrit'res de Mézières, près Maules, et de Triel, iiit fonrni aussi des meulièpes. Citons encore celles les Hordes (près Locqnené-en-Brie), d'Auzouer-le- Vonijis, de Toiirnan, de Gresse, de Villepatour, de Hrie, les meulières tendres des environs de Versailles et de Buch, et de Brauoy.
Les résidus des pierres meulières sont cassés en petits morceaux utilisés à l'empierrement et à la fabrication du l)éton.
Le prix des meulières de la Ferté-sous-Jouarre varie de M à I4fr. 30 le m. cube. Paul BARnii.
MKUXKUIK, MIXOTKRIF. La meunerie ou l'art du meunier a pour objet la conversion des grains •en farine par la mouture. La mouture est l'action •de moudre, de broyer les matières friables, et principalement les grains. L'art du meunier ou le travail de la meunerie consiste par conséquent à opérer cette réduction du grain, de manière à ne pas en détruire la qualité, et à ne perdre aucune des parties •dn grain qui peuvent être réduites en farine.
La m'Minerie est incontestablement la première des industries du monde : dès que le blé a été connn, le moulin pour le moudre a existé. Il faut remonter à l'époque robenhausienne pour retrouver les premiers moulins. Déjà, à ce moment, on cultivait plu- •sienrs variétés de blé : on en savait moudre les grains dans des mortiers ou avec des pierres plates, creusées an centre, par le frottement d'une autre pierre. C'était la « menle fixe » on « dormante ». L'antre pierre faisait l'office de ce que l'on a nommé ensuite la « meule courante ». La farine ainsi obtenue était lorcément grossière, non débarrassée du son. C'était l'enfance de l'art de moudre. Plus tard, les Grecs et les Romains perfectionnèrent ces procédés primitifs: les meules dont on se sert encore dans un 'Certain nombre de moulins firent leur apparition. La pierre informe fut remplacée par une pierre ronde, horizontale, immobile, sur laquelle était adaptée une -seconde pierre également ronde, mais moins grande. Un axe vertical, retenu par des tourillons, la traversait et le mouvement était donné par une manivelle. La manivelle fut d'abord tournée par des esclaves. Puis elle fit place au manège mû par un cheval: enfln on ne tarda pas à actionner l'axe auquel était attachée la meule tournante, en le faisant communiquer avec une roue mue par la chute ou le courant de l'eau. Les Romains avaient de ces moulins au temps de Pline. De l'Italie, ils se propagèrent dans la Gaule, à l'époque mérovingienne: mais les moulins à bras ne furent pas abandonnés pour cela. Il ■«n existait encore au XIII' siècle. C'est au XII' siècle qne les moulins à vent furent introduits en France par les Croisés. On connaissait aussi à cette époque les moulins à marée, mis en mouvement par le flux «t le reflux.
X l'origine, le droit de construire un moulin appartenait exclusivement aux seigneurs terriens, qui le louaient, avec un territoire délimité, à un particulier, avec charge de l'exploiter. Les habitants du territoire concédé étaient obligés, sous peine de confiscation des grains, de faire moudre leur blé par le moulin du ban, c'est-à-dire de leur résidence. D'où la dénomination de o moulin banal », qui se retrouve dans les anciens titres de propriété.
En même temps que l'eau et le vent étaient subs- ! titues à l'homme et aux animaux pour mettre en i mouvement le moulin, l'outillage était déjà l'objet \ de perfectionnements Les pierres subissaient cer-
taines préparations; on commençait à les rayonner, c'est-à-dire qu'on y pratiquait, comme la coutun^e eu a été conservée, des espèces de sillons allant du centre à la circonférence et présentant, par rapport aux rayons de chaque meule, une certaine obliquité, de façon à ce que les rayons de la meule courante fassent avec ceux de la meule dormante un angle agissant comme les deux lames d'une paire de ciseaux que l'on ferme.
Avec le temps, on devint plus difficile sur la nature et le choix des pierres destinées à faire des meules pour moudre le blé: puis on reconnut qne les deux meules ne devaient pas être de la même « ardeur », que celle du dessus devait être de meilleure qualité que celle du dessons. De jour en jour des habitudes se transformèrent en principes sur la façon de tenir les meules, de les conduire. Les meuniers eurent bientôt leur langage à eux. .\insi, la circonférence de la meule s'appela bord: la distance de six pouces au bord de la meule reçut le nom de feuillure; celle de la feuillure à un pied, entrepied, et cœur de la meule, la partie partant de l'entrepied à l'œillard, c'est-à-dire au trou qui se trouve au centre. Pour dire que la feuillure, la partiequi avoisine les bords, doit être plus « pleine » que l'entrepied et le cœur, on disait qu'une meule devait être bien « bordée de niveau sur les quatre faces ». Le cœur est, en résumé, la partie de la meule qui sert à concasser le blé, l'entrepied le « raffine », et c'est là qne se forme le gruau. De là, le grain monlu passe sur la feuillure, qui, étant bien bordée de niveau, allonge la farine et la détache du son, lorsque les deux autres parties ont fait leur travail. En supposant que le cœur ait brisé le grain en quatre parties et l'entrepied en vingt, la feuillure, bien bordée ou plus pleine, ne fait plus qu' « écurer » le son et en séparer la farine.
Avec les améliorations apportées dans l'emploi des pierres, on devait inévitablement arriver à vouloir séparer aussi complètement que possible la farine du son. On imagina alors le bluteau, appareil d'où est venue la bluterie, primitivement garni de lés d'étamine faite d'une étoffe de laine qui se fabriquait plus particulièrement en Auvergne. C'est seulement vers l'an I77o que l'on imagina, aux moulins de Corbeil, de remplacer les premiers bluteanx par des blutoirs garnis de soie. L'étamine de laine, comme les meules de nos jours, lorsque se produisit l'introduction des cylindres, eut pendant longtemps encore ses défenseurs. Ces derniers soutenaient que la soie se gommait trop facilement et faisait nu mauvais travail. La lutte ne fut pas moins vive lorsqu'on voulut supprimer complètement le blutage à la main, qui produisait moins d'évaporation, prétendaient ses partisans, faisait beaucoup moins de déchet et était d'une moins grande gène dans les moulins que tout l'attirail de la bluterie.
Si primitif, comme on le voit, que peut paraître l'art de moudre à cette époque, il n'en existait pas moins divers modes de moutures assez intéressants à rappeler. Il y avait la mouture rustique, en usage dans le nord de la France; la mouture à la grosse, où le son et la farine restaient mélangés: la mouture méridionale, espèce de mouture à la grosse perfectionnée pour les colonies, et enfin la mouture économique, en usage à Paris et dans les environs. La mouture rustique se divisait à son tour en trois sortes, d'après le numérotage des soies et, par con-
MEUNERIE, MINOTERIE
MEUNERIE, MINOTERIE
séquent, selon la finesse de la farine ou la pins on moins grande qnantitéde son qu'elle contenait : mouturc du pauvre, comprenant le gros son ; mouture du bourgeois, si le son, les recoupes et reconpettes étaient séparés; mouture du riche, s'il n'y avait que.la fleur de farine. Cette division des produits fit préférer, dans certaines provinces, la mouture à la grosse, consistant à moudre le grain sans bluteau. A la sortie des meules, on ensachait le son pêle-mêle avec la farine et l'on rapportait tout le produit à la maison, où l'on était dans l'obligation de le tamiser et bluter à la main. La mouture méridionale a donné naissance à la fabrication des farines de minot, d'où le nom de minotiers donné aux meuniers du Midi. Pour celte mouture, on adoucissait l'ardeur des meules, les produits étaient ensuite étendus et laissés en rame, pendant plusieurs jours et même des semaines, jusqu'à complet refroidissement. On faisait ensuite l'extraction du son, et l'on divisait, au moyen de blutages successifs, les farines en trois qualités : farine de minot ou le fin; farine simple; ou en mélangeant les deux premières : simple fin ou farine en cô. La troisième prenait le nom de grésillon. Le son était ensuite repassé dans une bluterie, on en retirait une farine grossière dite repasse, laquelle, mêlée avec le grésillon, faisait le pain du pauvre; le simple servait à faire le pain bourgeois. On envoyait le minot aux colonies ou bien on eu fabriquait le paru des riches.
La mouture économique a été rendue publique en 1760, après maintes difficultés. Ses détracteurs lui reprochaient à l'origine de ne pas retirer du blé toute la farine qui y était renfermée. « Le Gouvernement, » disait un écrivain du temps, devrait empêcher une » perte aussi énorme que celle résultant du remoulage » des gruanx opéré par la montureéconomique, parce H qu'en apprenant aux meuniers de la mouture rus- » tique à moudre et à bluter davantage, il serait » à craindre qu'ils n'apprissent à faire de la farine )) avec le son. » Or, c'était exactement le contraire que produisait le nouveau procédé, puisque la mouture économique n'était que l'art de purger exactement les diverses qualités de farines et le gruau des pellicules et des sons qui enveloppent les parties du grain. La lutte fut cependant très vive de part et d'autre, et les expériences auxquelles il fut procédé ne durèrent pas moins d'un demi-siècle. On retrouve à ce sujet, dans un procès-verbal d'une de ces expériences, qui eut lieu à Valenciennes en 1763, les attestations suivantes en faveur de la nouvelle mouture, malgré le soin qu'avaient pris les boulangers, a raconté la chronique, de faire enfler le produit de la mouture en gf?'osse sur celle économique : « Que le pain de la farine moulue par économie était » plus blanc et purgé entièrement de tout ce qui est » son ; que celui de la farine moulue à la grosse était » plus bis, et qu'il y paraissait des pailles de son » qui font poids et non nourriture. Ce qui fut avoué » et reconnu par les connétables et maîtres dn corps » des boulangers. »
La question du pain complet était, on le voit, à l'ordre du jour déjà, il y a un siècle et demi, avec cette différence toutefois qu'elle ne se pose plus maintenant entre meuniers et boulangers. Les connétables d'aujourd'hui préfèrent la qualité à la quantité.
C'est sous l'influence de cette préférence, et la civilisation, le bien-être aidant, que l'industrie de la meunerie frangaise, après des siècles de tâtonnement,
où la routine, les droits féodaux, des règlements arbitraires, des exactions sans nombre et des coutumesbasées sur le droit du plus fort ont été le véritableobstacle à son plus rapide essor, rompit avec lesvieux errements, fit un sage profit de la liberté et entra dans la voie du progrès, qu'elle n'a pas quittéeun seul instant au cours du siècle qui finit. Elle a eu, on peut le dire, pendant les trois quarts de ces cent ans, une renommée universelle; son art est devenu une science, et les élèves qu'elle a formés sont allés porter au loin les secrets de cette réputation.
Puis, le progrès ne pouvant demeurer éternellement l'apanage d'un seul, la concurrence s'est établie, d'autres pays sont devenus meilleurs ou plus grands producteurs de blé ; la matière premièreétant là, on a songé aussi à la transformer en farineet les moulins ont surgi partout, plus importants,, plus nombreux peut-être. La valeur des meuniers français s'est vue discutée par les meuniers dont ilsavaient été les maîtres. Chez nous, la vapeur, les canaux, les chemins de fer, la multiplicité des voies, nouvelles de communication ont amené aussi la concurrence des nouveaux moulins, désertant les lieux de production pour se rapprocherdes centres de consommation. Le développement des relations commerciales, l'activité de chacun, le génie inspiré par l'ardeur du travail et le besoin de vivre, ont commencé par transformer la meunerie. A la France, maîtresse du marché des meules en raison de ses carrières, lai concurrence devait s'efforcer d'enlever ce dernier rempart qui avait tant fait aussi pour son succès. On inventa les appareils à cylindres. La lutte fut longue avant que la supériorité de ces derniers ait été définitivement reconnue. On peut dire que la mouture par meules a atteint son maximum d'améliorations de 186o à 1870. Jusqu'en 1880, la meunerie est restée stationnaire, bien qu'à l'Exposition universelle de 1878 on ait vu, pour la première fois, des appareils à cylindres. L'idée des cylindres date cependant du commencement du siècle; on cite un Français qui aurait fait fonctionner un moulin à cylindres dès 181 8. En réalité, la nouvelle mouture est entrée dans le domaine de la pratique en Hongrie, vers 1875. Plus, de la moitié des moulins de Budapest étaient déjà transformés en 1878'. L'évolution ne commença réellement en France qu'eu 188ij, après l'exposition de meunerie qui suivit des expériences comparatives de mouture prescrites par le Ministre de l'agriculture.
Comme autrefois pour la mouture économique, la substitution des cylindres aux meules fut l'objet de longues controverses. On prétendait que si le paio gagnait en blancheur avec les cylindres, sa valeur réelle était moindre, et qu'en séparant les produits de la mouture comme le voulait le nouveau système,. il manquait au pain tantôt l'un, tantôt l'autre d€ éléments constitutifs du blé. Enfin, on objectait le grosses dépenses de la transformation et la surpro duction qui en résulterait au détriment des petit moulins.
1. Les grands moulins di» la Volga et de la Russie nu-ndiona^ emploient depuis près de 30 ans le système moderne à cylindre Souvent, leurs inslallalioiis et leur modo de fonctionnement raj pellent les (■•lal)lisseinents du nord-ouest de l'Anu-riquo. Les sort* de blés les i)lus employées dans les moulins de la Volga, soij celles appelées « Kubanka » et « Pererodka» ; elles sont plus dur que les autres, et on les mélange habituellement avec îles sort* plus tendres, qui sont d'ailleurs aussi dures que les blés dits«bl4 durs d'été» du Dakota et du Minnesota. La farine obtenue jaune d'or, très riche et donne un très bon pain.
MEUXERIE, MINOTERIE