NIZAM
L'acide nitrique est décomposé par la chaleur en ^oxygène et produits oxygénés de l'azote; au rouge blanc, il se scinde en oxygène et azote. Tous les métalloïdes le décomposent en s'emparant d'une partie de son oxygène; l'hydrogène naissant le réduit à l'état d'ammoniaque.
Il attaque tous les métaux, sauf l'or, le platine et quelques autres métaux rares, qui ne résistent d'ailleurs pas à sa combinaison avec l'acide chlorhydrique, dite ecm régale.
Il désorganise les tissus organiques en commençant par les jaunir; c'est ainsi qu'il colore la peau en jaune. L'acide nitrique répandu sur les emballages des bonbonnes peut déterminer l'inflammation de ceux-ci. On prévient cet accident en imprégnant la paille d'une solution de sulfate de soude ou de magnésie.
Centres de production et emplois principaux.— Les centres de production de l'acide nitrique corres- .pondent aux fabriques de gros produits chimiques, dans lesquelles on a presque toujours besoin d'une grande quantité de cet acide, du moins pour les établissements où l'on prépare l'acide sulfurique.
L'acide nitrique est employé dans l'industrie à trois usages principaux : 1° comme agent d'oxydation, dans la fabrication des acides sulfurique, arsénique, oxalique, phtalique; 2° comme agent de nitration dans la préparation : de l'acide picrique ; des composés nitrés : nitrobenzine (essence de mirbane ou fausse essence d'amandes amères), nitro toluène, nitronaphtaline, nitrocellulose ou coton-poudre, celluloïd, nitroglycérine, fulminates, explosifs divers; des couleurs nitrées dérivées du goudron de houille, etc. ; 3° comme agent de dérochage dans le travail des métaux : cuivre, bronze ; dans l'affinage de l'argent et de l'or, dans la gravure sur cuivre et sur zinc; 4° comme agent de dissolution dans la production des nitrates d'argent, de mercure, de plomb et de cuivre.
On voit que l'industrie de l'acide nitrique est une ûes plus importantes; la production toujours croissante de l'acide sulfurique, d'une part, le développement de la préparation des explosifs : dynamite, poudres sans fumée, mélinite, roburite, etc., d'autre part, enfin l'augmentation constante des quantités des autres produits manufacturés, permettent de se rendre compte du rôle considérable joué industriellement par l'acide azotique. Aussi consomme-t-on annuellement en France environ 5 millions de kilog. d'acide nitrique.
Commerce. — Le mouvement commercial de l'acide nitrique dans ces dernières années est exprimé, au point de vue de notre pays, dans le tableau résumé suivant, extrait des documents statistiques sur le commerce de la France (en kilog.) :
Années Import. Export.
On voit que l'iraport. de l'acide nitrique a beaucoup augmenté dans ces derniers temps, par suite du développement de certaines industries, notamment celle du celluloïd.
Pendant ces mêmes années 1897 et 1898, l'Allemagne, l'heureuse rivale de la France dans la fabrication des produits chimiques, accusait pour l'acide nitrique le mouvement commercial ci-dessous :
Années Import. Export.
Sur le stock exporté en 1898, la France avait acheté 287.100 kilog. La différence qu'on constate en faveur des export, est beaucoup plus considérable en Allemagne ; notre pays, sur ce point comme sur divers autres du reste, a une revanche à prendre.
Cette consommation croissante amène à se demander d'où l'on pourra, dans quelques siècles, extraire tout l'acide nitrique dont on aura besoin. On l'extrait actuellement, comme nous l'avons dit, des nitrates de potasse et surtout de soude, dont les gisements sont certainement limités et qui sont employés aussi en énormes quantités comme engrais par l'agriculture. L'idéal serait de combiner ensemble l'azote et l'oxygène de l'air, qui, lui, est inépuisable; mais cette combinaison ne se fait, sous l'influence de l'étincelle électrique, qu'avec un très mauvais rendement. Cependant, quand on saura mieux manier et produire à meilleur compte les forces électriques, il est vraisemblable que ce procédé deviendra pratique pour produire directement l'acide nitrique; alors celui-ci pourra servir non seulement aux usages dont nous avons parlé, mais aussi à la fabrication des engrais nitrates, dont les cultivateurs seront assurés de ne plus manquer.
D'autre part, il existe des ferments capables de nitrifier, c'est-à-dire de transformer en nitrates, toutes les matières azotées; cette transformation est relativement lente, mais il se pourrait aussi qu'avec le temps, l'élevage et la culture des ferments se perfectionnant, on pût faire agir rapidement ces microbes sur des substances azotées et déterminer la production, en quantités industrielles, de nitrates qui remplaceraient dès lors ceux extraits aujourd'hui du Chili et du Pérou.
Douanes. — L'acide nitrique, exempt de droits au T. M., paye 2fr.50 les 100 kilog. B. au T. G., avec surtaxe de 3fr. 60 quand, d'origine extra-européenne, elle est importée des entrepôts d'Europe. A. Hébert.