L. Graxde.\u
PHOSPIIO-GLYCÉRATES OU GlYCÉRO- PHOS- PHATES. Les phospho-glycérates ou glycéro-phosphates, comme on les appelle souvent, sont les sels de l'acide phospho-glycérique, acide bibasique, qui résulte lui-même de la combinaison du phosphore avec la glycérine (C'H^ (0H)« PO' H'). Mais l'acide glycéro-phosphorique du commerce est un mélange d'acide phosphorique, de glycérine, de phosphoglycérate acide et d'une petite quantité d'acide glycéro-phosphorique libre. On emploie donc de préférence les sels de calcium : phospho-glycérates de chaux neutres et phospho-glycérates de cliaux acides. Les premiers se préparent en traitant la glycérine par une solution d'acide phosphorique à 60 » 0, chauffé à 110° ctg. pendant 5 à 6 jours. Au bout de ce temps, on sature par un lait de chanx et on filtre. La liqueur filtrée est traitée par l'alcool, qui précipite le glycéro-phosphate, lequel est enfin purifié par cristallisation dans l'eau. Malheureusement, ce sel nentre de chaux est peu stable, peu solubledans l'eau (4,5 •/.) et du reste, dans le com-
merce, il contient presque toujours des impuretés. C'est pourquoi on a aujourd'hui une tendance à y substituer les sels acides préparés suivant la méthode d'Adrian et Trillat. Voici en qnol consiste cette méthode :
On traite le glycéro-phosphate de chaux, chimiquement pnr, par l'acide snlfurique; on neutralise par l'albumine et on obtient le sel acide, en même temps qne l'on précipite le sulfate de chaux. Si, maintenant, on traite le nouveau sel acide par un sulfate soluble, de zinc, par exemple, on obtient du glycéro-phosphate de zinc ou, en général, du corps employé. De telle sorte que l'on peut avoir les dérivés acides des diverses bases, minérales ou organiques (alcaloïdes), en combinaison avec l'acide glycérophosphorique : 1" par la décomposition du glycérophosphate neutre à l'aide de l'acide sulfnrique, lorsque le sulfate de la base est insoluble; 2' par double décomposition d'un glycéro-phosphate acide au moyen du sulfate de la base, lorsque ce dernier est soluble (Bardet). Cette méthode donne des sels acides qui diffèrent notablement, par leurs propriétés, des sels neutres; ils peuvent être obtenus très purs: ils sont stables, solubles (33 V») et paraissent pins facilement assimilables.
Les glycéro-phosphates sont, depuis quelques années, l'objet d'une consommation croissante. On les utilise, en effet, en grand en médecine, pour le traitement de l'anémie, du rachitisme, de la scrofnle, du diabète, de la diathèse nriqne (glycéro-phosphate de lithium), des états dyspepsiques et aussi dans les états nerveux avec phosphaturie (voy. Léci- THiNES), soit pour la voie alimentaire, soit par la voie
PHOSPHORE
PHOSPHORE
hypodermique; mais dans ce dernier cas il faut préférer les sels neutres.
Le plus employé de ces produits est le glycérophosphate de chaux; ceux de soude, de potasse, de magnésie, de fer, de litliine, de quinine, de cocaïne, de manganèse, d'ammoniaque, de strontium, etc., sont beaucoup moins utilisés, sauf dans certains cas spéciaux. Malheureusement, le prix de ces produits est très élevé et varie de 36 fr. le kilog. (chaux) à 200 fr. (quinine). D' J. Laumonier.
PHOSPHORE. La découverte de ce corps remonte à 1669. Elle est due à un marchand de Hambourg, Brandt, qui n'eu voulut pas divulguer le secret. Kunckel, savant alchimiste qui avait tenté vainement ■des démarches auprès de Brandt, ne tarda pas à faire la même découverte; il en raconte lui-même, dans son Laboratormm chyniicuin, publié en 1716, toutes les circonstances, mais ne décrit pas son procédé, par crainte de donner lieu à des accidents ; il le communiqua cependant gratuitement à plusieurs personnes, notamment à Homberg. L'opération consistait à évaporer l'urine à siccité, à mélanger le résidu avec du sable fin et à soumettre le tout à la distillation sèche; au rouge blanc, il distillait un peu de phosphore, qui se déposait en une masse de consistance cireuse au fond du récipient. En 1769, Gahn constata la présence de l'acide phosphorique dans les os, et Scheele indiqua le procédé à suivre pouren retirer le phosphore. Le procédé suivi pour préparer industriellement le phosphore n'est qu'une modification de celui indiqué par Scheele; en voici le principe :
Les os contiennent environ 1/3 de matières organiques et 2/3 de matières minérales (phosphate et carbonate de chaux). Par une calcination au contact de l'air, on brûle la matière organique; on emploie surtout à cet effet des os de cheval, de bœuf et de mouton. Après l'opération, il reste des os blancs, qui renferment environ 80 pour 100 de phosphate et 20 pour 100 de carbonate de chaux et autres sels minéraux. Les os blancs, pulvérisés et tamisés, constituent la cendre d'os. On mélange peu à peu, dans un envier doublé de plomb, cette cendre d'os avecde l'eau bouillante et de l'acide sulfurique à oO" Baume, dans les proportions suivantes: cendres d'os, 10 parties; acide à 50°, 10; eau, 50. L'acide sulfurique employé est celui qui sort directement des chambres de plomb et qui répond à la concentration indiquée; il s'empare d'abord de la chaux du carbonate, en dégageant de l'acide carbonique avec une vive effervescence; il prend ensuite une partie de la chaux du phosphate tribasique de chaux, qui se transforme en phosphate acide de chaux soluble. On agite de temps en temps pendant 24 heures, puis on laisse reposer 10 heures; le sulfate de chaux, très peu soluble, s'étant déposé, on décante le pliosphate acide de chaux soluble et on l'évaporé lentement, jusqu'à consistance sirupeuse, dans une bassine chauffée par les chaleurs perdues du four à phosphore. Pendant l'évaporation, il se dépose encore un peu de sulfate dechauxquiétait resté en dissolution; on s'en débarrasse par décantation. On ajoute alorsà la masse obtenue 1/5 de son poids de charbon de bois en poudre et on chauffe au rouge sombre dans une chaudière en fonte; il se dégage pendant cette opération de l'eau et de l'acide sulfureux provenant de l'action du charbon sur l'acide sulfurique en excès. La masse sèche est concassée et placée dans des cornues de grès.
qu'on remplit aux trois quarts et qu'on dispose sur trois rangs dans un fourneau à double voûte : les produits de la combustion s'engagent sous la voûte, où ils échauffent le phosphate acide de chaux à évaporer, dont nous avons parlé plus haut. On chauffe d'abord doucement, puis au rouge vif; il se dégage de la vapeur d'eau, de l'hydrogène et de l'oxyde de carbone provenant de l'action de l'eau de combinaison de la masse sur le charbon, puis un peu de phosphures d'hydrogène au moment où commence la décomposition de l'acide phosphorique; enfin le phosphore distille et se condense dans des récipients garnis d'eau ; les gaz émis en même temps se dégagent par une ouverture latérale. Cette opération dure 60 heures.
La réaction qui se passe entre le phosphate acide et le charbon a pour effet de dégager de l'oxyde de carbone, tandis qu'une partie du phosphore est réduite et distille, et que l'autre partie reste dans la cornue à l'état de pyrophosphate de chaux. Aussi ne peut-on extraire que 11 kilog. de phosphore pour 100 kilog. d'os calcinés contenant en totalité 16 à 17 pour 100 de phosphore, et encore n'en obtient-on pratiquement que 8 à 9 kilog.
Quoique depuis son entrée dans la grande industrie la fabrication du phosphore ait toujours lieu suivant le même procédé, un certain nombre de perfectionnements et de modifications s'y sont introduits, qui ont eu pour but, soit d'extraire en totalité le phosphore contenu dans les os, soit de partir d'os crus et de combiner la fabrication de la gélatine ou colle forte avec celle du phosphore.
Pour extraire tout le phosphore du phosphate des os, M. Auburtin Boblique, puis M. Brisson opèrent la réduction du phosphate de chaux, en présence de silice, de charbon et de carbonate de soude, dans une espèce de haut fourneau en briques réfractaires revêtu extérieurement d'une chemise de tôle. Dans ce cas, le résidu de la préparation est constitué par du silicate double de calcium et de sodium; mais cette méthode exige une grande dépense de combustible et des vases d'une résistance particulière. Les mêmes difficultés de chauffage et de vase se sont opposées à l'adoption du procédé de M. Cary-Montrand, qui consiste à faire passer un courant de gaz acide chlorhydrique sur un mélange de cendres d'os et de charbon porté au rouge blanc; il se dégage de l'oxyde de carbone, de l'hydrogène; le phosphore des os distille en totalité, et il reste comme résidu du chlorure de calcium.
Quant aux méthodes combinant la préparation de la gélatine avec celle du phosphore, elles peuvent se ramener à deux types : dans un cas les os crus sont d'abord dégraissés à l'eau bouillante, puis mis à digérer longuement avec un acide étendu, notamment avec l'acide chlorhydrique, qui laisse intacte l'osséine (qu'on n'a plus qu'à cuire sous pression pour la transformer en gélatine) et qui dissout le phosphate de chaux ; cette solution est évaporée, et c'est le produit de cette évaporation qu'on traite comme les os cuits. Dans le second cas, après dégraissement des os frais, on en extrait la gélatine en les traitant par la vapeur d'eau dans des autoclaves sons pression; le phosphate de chaux restant est desséché, calciné et employé comme os cuits. Ces divers procédés ne sont utilisés avantageusement que dans des cas spéciaux qui varient avec les usines.
Le phosphore brut obtenu contient du charbon et
PHOSPHORE
PHOTOGRAPHIE
diverses matières entraînées; on le purifie en le faisant passer dans une caisse pleine d'eau chaude à travers une couche de noir animal ; puis on l'enferme dans une peau de chamois disposée au sein d'une couche d'eau à 50" et à travers laquelle, par pression, on le force à filtrer. On le coule ensuite en butons, en le faisant arriver sur des plaques de tôle ondulées placées dans l'eau froide.
Le phosphore constitue alors un corps solide, mou, d'nnecouleur légèrement ambrée, d'une odeur rappelant celle de l'ail, d'une densité de 1,83. Il fond à 44° 2 et bout à 21)0 dans un gaz inerte; il est insoluble dans l'eau, soluble dans le sulfure de carbone et la benzine. Dans l'obscurité, le phosphore est phosphorescent, c'est-à-dire qn'il émet des lueurs plus on moins intenses, par suite d'un phénomène partiel d'oxydation.
.\ froid il se combine lentement à l'oxygène, et la chaleur dégagée par cette oxydation devient suffisante pour déterminer son inflammation, ce qui explique la nécessité de ne le manier que dans l'eau. A 60*, le phosphore s'enflamme et brûle dans l'air. 11 se combine au chlore, au brome, à l'iode avec violence; aux métaux, en formant des phosphnres; il possède des propriétés réductrices énergiques.
L'absorption continue des vapeurs de phosphore produit une intoxication spéciale avec nécrose du maxillaire inférieur, bien connue et très répandue chez tous les ouvriers travaillant à la fabrication des allumettes phosphorées.
Le phosphore est expédié en boîtes de fer-blanc remplies d'eau et soudées ou en petits tonnelets également remplis d'eau, bien bouchés, enduits de goudron et entourés de paille.
Exposé longtemps à la lumière solaire ou à l'action de la chaleur, le phosphore subit une modification allotropique, c'est-à-dire que, sans changer de nature, il présente des propriétés physiques et chimiques différentes; voici du reste le tableau comparatif des propriétés du phosphore ordinaire et du phosphore rouge, ainsi préparé :
Phosphore rouge Couleur ronge.
Densité 1,96 à 2,3i. Ne fond pas.
Insoluble dans le sulfure de
carbone.
Non phosphorescent.
S'oxyde très lentement à l'air Inflammable à 260".
N'attaque pas les alcalis
faibles.
Non vénéneux.
Le phosphore rouge, étant employé en quantités assez considérables, fait l'objet d'une fabrication spéciale dont voici le résumé : On met environ 200 kilog. de phosphore ordinaire dans une cornue en fonte, fermée par un couvercle surmonté d'un tube droit par lequel se produit pendant l'opération un faible dégagement de vapeur enflammée. On chauffe à feu nu ou au bain de sable, d'abord lentement pour chasser l'air et l'eau ; puis, quand le dégagement de gaz a cessé, on élève peu à peu la température à 240\ où on la maintient pendant 10 jours environ. .\prè3 refroidissement, on détache le phosphore solide, on le broie et on enlève l'excès de phosphore ordinaire restant, soit par le sulfure de carbone, qui ne dissout pas le phosphore rouge, soit par une solution bouillante de soude caustique, qui n'attaque que le phosphore ordinaire. On lave ensuite le phosphore ronge, et on le sèche.
Phosphore ordinaire Couleur ambrée.
Densité 1.83.
Fond à 4i°2.
Soluble dans le sulfure de
carbone.
Phosphorescent.
S'oxyde rapidement à l'air.
Inflammable à 60°.
Attaqae les alcalis faibles.
Très vénéneux.
La principale application du phosphore, tant ordinaire qu'amorphe, consiste dans la fabrication des allumettes à friction et d'autres préparations pyrogénées. Cette fabrication consomme plus de 95 0/0 de tout le phosphore fabriqué. Le reste est employé dans les laboratoires et dans les pharmacies, et sert à la préparation des pâtes vénéneuses avec lesquelles on empoi.sonne les animaux nuisibles.
Production et Commerce. — Les principales nations productrices de phosphore sont l'.Vngleterre, la France, l'Italie, l'Allemagne, l'Autriche: on peut évaluer lenr production totale annuelle à 270.000 kilog., dont £30.000 consacrés à la fabrication des allumettes. Cette production se répartit de la façon suivante : France 60.000 kilog.. Italie 40.000, Angleterre 80.000, Autriche et Allemagne 90.000. C'est la région lyonnaise qui, en France, produit la majorité du phosphore fabriqué.
Le mouvement commercial, en France et en Allemagne, donne les chiffres suivants pour les import, et les export, (en kilog.) de phosphore :
France
ALLEifACNE
Années
Import.
Export.
Années
Import.
Eiport.
La quantité totale du phosphore produit provient du traitement de 3 millions 1/2 environ de kilog. d'os, qui représentent à peine 1/2 7. de la quantité d'os annuellement recueillis en Europe.
Douanes.— Le phosphore blanc paye, par 100 kilog. nets, 60 fr. au T. G., 50 au T. -M. ; le phosphore rouge, 180 fr. an T. G. et 150 au T. .M. A. Hébert.
PHOTOGR.VPHIE. (Syn.: AUem.: Photographie. Angl. : Photography. Esp. et Ital. : Fotografia.)
Co.NsiDÉRATioxs GÉNÉRALES. — Tandis que, dans toutes les autres branches des sciences physiques et chimiques, ce sont les professionnels qui ont été les agents déterminants des progrès, en photographie les perfectionnements n'ont sérieusement et rapidement marché que du jour où l'amateur est entré en ligne.
Il y a une vingtaine d'années, la reproduction photographique était encore une chose assez compliquée; on ne connaissait dans la pratique que le procédé au collodion humide et les clichés étaient obtenus sur place à l'atelier. On possédait bien le procédé au collodion sec, mais les glaces se conservaient mal et la crainte des ratés faisait préférer le procédé humide, c'est-à-dire les glaces fraîchement préparées. Le collodion était d'ailleurs peu sensible, et dans les meilleures conditions on devait poser 20 à 30 secondes avec les objectifs rapides, et parfois 5 à 10 minutes, quand il s'agissait d'objectifs fortement diaphragmes. On pect dire que la photographie resta dans, la période p.'éparatoire jusqu'à l'apparition des premiers travaci pratiques sur les émulsions au bromure d'argeut.
Dès 18.^, un chimiste français, Gandin, avait montré l'avantage qu'il y aurait à préparer les émulsions coUodioanées avec ce sel; ses recherches furent reprises par Warnecke en Angleterre, et, comme fort souvent, cette découverte française, qni devait révolutionner la photographie, nous revint de l'étranger en 1877. Du jour au lendemain, on eut à sa disposition des glaces sèches d'une conservation presque indéfinie (plus d'une année), d'une sensibilité cent fois plus grande que celle du collodion, ce qui permettait de ramener à une durée presque nulle le temps de pose. Plus besoin de collûdionner laborieusement des glaces, puis de les I sensibiliser dans nn bain d'argent, ce bain d'argent
PHOTOGRAPHIE
PHOTOGRAPHIE
terrible qu'il suffisait do regarder pour le faire voiler! Aussi vit-on l'amateur se précipiter sur la photographie : l'Age d'or des marchands de produits photographiques et surtout des opticiens et mécaniciens allait commencer.
Le premier résultat de la découverte fut de nous faire connaître les reproductions instantanées de isiijets en mouvement : on trouva là une mine inépuisable de haute valeur artistique, car c'était la possibilité de prendre sur le vif les attitudes et les scènes les plus diverses. Le complément de cette application s'est trouvé récemment dans la découverte du cinématographe, qui permet non seulement de prendre des scènes mouvementées, mais encore de les reproduire mécaniquement, de sorte que la photographie arrive à rendre aussi exactement que possible la nature. Par là, elle a pris une place importante dans les arts de reproduction, car elle fournit des documents d'un prix inestimable^
Les appareils photographiques comprennent deux parties : l'optique et la mécanique. Quant à la mécanique, les constructeurs ont réussi à mettre entre les mains des amateurs des chambres de voyage qui sont vraiment des merveilles d'ingéniosité, car dans un sac de dimensions relativement réduites peuvent tenir des chambres noires de grand format qui sont d'un poids extrêmement minime. Puis sont venues les chambres à main, depuis le 18-24 jusqu'au 4-4 microscopique, et même plus petit encore. L'idéal était naturellement d'obtenir la réduction la plus grande du matériel, afin de permettre au touriste d'emporter, sous un poids insignifiant, le plus grand nombre possible de plaques sensibles. Ce problème semble avoir été résolu déjà de la manière la plus favorable. C'est surtout dans l'optique et dans les modifications apportées au côté chimique de la photographie que l'on doit s'attendre à éprouver des surprises.
L'objectif est un instrument délicat; les lentilles donnant un champ courbe, les diverses parties de l'image se formaient sur des plans sensiblement différents : les lignes étaient tordues, l'image fort imparfaite. Le premier perfectionnement consista dans la découverte des objectifs aplanétiques ou rectilignes, c'est-à-dire donnant un champ assez plan pour ne pas causer de distorsion des lignes. Ce progrès était obtenu en disposant l'une derrière l'autre deux lentilles doubles de forme convexo-concave (autrement dit un ménisque). Comme les deux ménisques, rigoureusement semblables, possèdent les mêmes aberrations, celles-ci se corrigent par suite de la situation inverse de chaque ménisque.
C'était un grand progrès, mais encore insuffisant pour les grandes ouvertures d'objectif. Dès que le
1. « La photographie joue, à l'ogard du monde extérieur, du monde physique qui nous entoure, un rôle semblable à celui de l'écriture. Par l'écriture, la pensée est fixée, elle a pris une forme qui lui permettra de renaître dans une autre intelligence telle qu'elle avait été con(;ue à son origine. Par la photographie, les images des objets et des phénomènes sont fixées, et les générations qui suivront pourront assister aux mêmes manifestations visuelles que si les phénomènes se passaient sous leurs yeux. La photographie noue la chaîne des phénomènes à travers les temps, comme l'écriture noue la chaîne des pensées et des sentiments à travers les âges.
» Et comme l'écriture, la photographie a son imprimerie, puisqu'elle peut multiplier ses images indéfiniment. En un mot, la photographie est à la vue ce que l'écriture est à la pensée.
)) Et s'il y avait une différence, elle serait à l'avantage de la photographie. L'écriture, en effet, retient toujours dans son expression une part de convention dont la photographie est affranchie ; tandis que l'écriture est obligée d'emprunter un langage particulier, la photographie parle la langue universelle. » (Jan.ssf.n.)
diaphragme s'agrandit au delà du dixième de son foyer, les rayons obliques à l'axe pénètrent dans l'objectif, ils viennent former leur imago en avant de la plaque, et le cliché obtenu présente du flou sur les bords: c'est ce qu'on appelle l'astigmatisme, une des aberrations les plus graves des lentilles optiques. On a donc travaillé dans le sens de la correction de l'astigmatisme, et un opticien allemand a réussi, en utilisant des lentilles à trois verres d'indices très forts (verres à la baryte et au phosphore), à fabriquer des objectifs qui pouvaient sans astigmatisme travailler avec une ouverture de 1/7, et même, pour certaines combinaisons, de 1/5. C'est là ce qu'on désigne sous le nom de système anastigmatique.
Pendant un certain temps cette découverte a donné à l'optique allemande une grande supériorité; mais nos opticiens ont bientôt réussi à combiner la correction aplanétique décrite plus haut à la correction anastigmatique, d'où le nom « d'aplanastigmate » donné à ces lentilles. Ce sont des objectifs formés de deux ménisques semblables, composés chacun de trois verres, dont le premier, c'est-à-dire le verre convexe, est en flint lourd à la baryte. Ces objectifs sont absolument remarquables et n'ont rien à perdre à la comparaison avec les objectifs allemands.
En même temps que la partie mécanique et optique accomplissait ces progrès, la chimie photographique perfectionnait les glaces impressionnées. Tout d'abord on utilisait, pour faire apparaître l'image, des sels de fer ou l'acide pyrogallique; puis sont venus l'hydroquinone, des amidophénols et une foule de corps qui ont montré une supériorité très grande comme énergie, ce qui a permis d'obtenir des clichés vigoureux avec des glaces très légèrement impressionnées.
La découverte des pellicules sensibles, longues bandes de celluloïd recouvertes de bromure d'argent émulsionné dans la gélatine, a fourni nu support des plus précieux pour la reproduction des sujets animés et surtout pour l'usage du cinématographe. On fait aujourd'hui des bandes sensibles de plusieurs centaines de mètres, ce qui permet àv reproduire des scènes mouvementées d'une durée considérable.
Dans la reproduction des positifs, c'est-à-dire des images exactes obtenues par le moyen du cliché négatif, on constate également des perfectionnements remarquables : il y a vingt ans, l'antique procédé à l'albumine régnait encore: à peine avaiton imaginé remaillage, après tirage, des papiers albuminés; rarement on voyait des épreuves au charbon d'aspect beaucoup plus artistique. Aujourd'hui nous possédons des papiers à l'argent à tons variés, mats ou brillants : le papier au platine permet d'obtenir des effets de gravure magnifiques : les papiers au charbon par dépouillement donneul des reproductions d'un velouté superbe, et nous pouvons avoir des tons, sanguine ou sépia, jadiinconnus.
La vulgarisation des petits appareils a donné un grande extension aux projections, c'est-à-dire à 1: projection, par agrandissement sur une surface blanche, d'une image positive sur verre. Ce mcf'en est vraiment remarquable, car il fournit des images énormes qui donnent une intense impression de vie.
Telle est, dans ses grandes lignes, la valeur du-
PHOTOGRAPFUE
PHOTOGRAPHIE
monvenient qui a entraîné la photographie depuis vingt ans. Les résultats indirects ont été considérables, et en première ligne nous devons placer la révolution apportée par la photogravure et la photochromie dans ruinstralion. D' G. Bardet.
Sommaire : I. Technologie. — H. Tirages photographiques | ponr le Commerce et l'Indnslrie. — III. Applications commerciales et indastrielles de la Photographie. — | IV. Radiographie. — V. Commerce et Indastrie de la 1 Photographie: SUtistiqae, Exposition de 1900. Commerce j des Photographies. De la propriété du type on du cliché ' photographique. De la propriété des œuvres photogra- j phiques. j
I. Tech.nologie.— La Photographie est à la fois ' la science des diverses méthodes permettant d'obtenir, par l'action de la lumière, l'image plus on moins durable des corps qu'elle éclaire, et l'art de reproduire la nature sous son aspect le plus beau, sans la modifier, comme le font les peintres et les dessinateurs.
Dans le procédé dit an gélatino-bromure (d'argent), le plus universellement employé, aujourd'hui que le daguerréotype a fait son temps et que le coUodion est de plus en plus abandonné, l'image renversée qne l'objectif (voy. ce mot) dessine an fond de la chambre noire (voy. ce mot) produit, instantanément au besoin, sur la plaque, pellicule on papier portant la préparation sensible, une impression latente, invisible, mais qu'un bain dit révélateur (voy. ce mot) rend visible, révèle, et qu'on fixe dans nn bain d'hyposulfite de soude. (Voy.
FlX-VGE.)
Comme le révélateur a réduit le bromure à l'état d'argent métallique partout où la lumière a agi et proportionnellement à cette action, il s'ensuit que l'image ainsi obtenue, vue par transparence, présente des opacités à la place des grands blancs du modèle et des transparences à la place des ombres. Cette image, inverse ou négative, constitue, après fixage et lavage, le cliché, le négatif oa phototype à l'aide duquel on obtient ensuite autant d'épreuves positives, c'est-à-dire non inverses, qu'on en désire.
Pour cela, on expose à la lumière, sous le cliché et dans un châssis positif ou châssis-presse, nn papier sensibilisé (an chlorure d'argent, parexeoiple) qui noircit nécessairement sous les parties transparentes du négatif, mais reste blanc sous les opacités de celui-ci : le tirage sur papier reproduit donc en blanc les parties claires du modèle, en noir les parties noires on ombrées, en demi-teintes les parties mi-éclairées.
Chaque épreuve (ou photocopie) est ensuite fixée à l'hyposulfite de soude, qui dissout le chlorure d'argent non réduit par la lumière, et virée (voy. Virage) au chlorure d'or, qui modifie et avive le ton de l'image et assure la durée de celle-ci, sons cette réserve que tout l'hyposulfite du bain de fixage aura été éliminé par des lavages répétés à l'ean pure.
L'épreuve séchée, coupée au calibre ou à l'équerre, est ensuite collée sur carton, séchée et satinée à la presse, après retouche ou simple repiquage, s'il y a lieu. (Voy. Presse et Retouche.)
Les photographies sur verre ou diapositives (vitraux et vues pour projections) s'obtiennent an moyen du même cliché ou négatif. On substitue seulement au papier une plaque sensible (généralement au chloro-bromure d'argent) qu'on développe
I au moyen du même révélateur, et qu'on fixe et lave I comme un négatif, mais dont l'exposition à la Inj mière doit être moins prolongée qne pour le papier au chlorure d'argent, sans être instantanée cependant, comme elle peut l'être pour les plaques an gélatino-bromure les plus rapides.
Un gros volume ne suffirait pas à décrire, même sommairement, les nombreux procédés de la Photographie. Nous devons donc borner là ces quelques notions nécessaires, mais suffisantes pour en comprendre les principes.
II. Tirages photographiques pour le Commerce et l'IxDusTRiE. — Les modes de tirage les plus généralement usités ponr le commerce et l'industrie sont : !• ceux dits an cyanofer (dessins en bleu sur fond blanc ou en blanc sur fond bleu, qu'on peut d'ailleurs virer au noir par l'acide gallique) pour les grands plans et dessins an trait (voy. Papiers Photographiques) et pour l'édition ; 2* l'héliogravure (gravure en crenx on en taille-douce) ; 3* la similigravure (gravure en relief ou typographique, obtenue chimiquement d'après un cliché spécial, tramé, c'est-à-dire d'apparence quadrillée), et 4» la phototypie on photo-collographie (impression sur plaqne gélatinée et bichromatée, qui s'encre comme une pierre lithographiqne).
Les plus beaux résultats sont certainement ceux de l'héliogravure. (Voy. à ce sujet la Sormandie pittoresque et monumentale, publication qui fait le plus grand honneur à MM. Lemàle et C", éditeurs au Havre, à M, P. Dnjardin, auteur des planches, et aux auteurs des clichés photographiques.) Malheureusement, le prix élevé de la planche et du tirage en taille-douce en restreint beaucoup l'application.
La similigravure, an contraire, fournit aux presses typographiques à grande vitesse des clichés bon marché (10 à 25 centimes le cm. carré), faciles à intercaler dans le texte, ce que ne permet pas la taille-donce, ni d'ailleurs la phototypie, à moins d'un double tirage. L'exécution du travail, en noir ou en couleurs (3 couleurs suffisent, d'oîi le nom de trichromie), même soigné, est rapide, économique et suffit sans doute au goût actuel du public, puisqu'il l'accepte : l'avenir paraît donc être là, pour les tirages importants, 10.000 par exemple, surtout si l'on parvient à remplacer le papier couché actuel (céruse ou baryte), lourd, cassant, miroitant et de conservation difficile, par un autre de poids normal, mat, incassable dans les plis, plus souple par conséquent et plus durable, quoique aussi absorbant.
Quant à la phototypie, qui peut grouper sur une même plaqne de verre ou de pierre vingt sujets différents (et même plus, s'il s'agit de petits portraits ou vues, médaillons, cartes postales, menus, portraits de contemporains, actualités, fantaisies, etc.), elle offre également de grands avantages comme prix de revient (2 à 3 centimes la carte), même ponr de faibles tirages (500 à 1.000), et elle rappelle mieux, quand elle est soignée et directe, la finesse des tirages à l'argent. Nous entendons par directe l'impression an moyen du cliché photographique original, et non au moyen d'une copie on contretype de ce cliché.
Un mode industriel plus récent, mais un peu plus coûteux d'impression photomécanique sur papier an gélatino-bromure, tend à se répandre ponr les très petits formats (timbres-poste, médaillons et cartes, 6 1/2 X9 maximum). Nous voulons parler de
PHOTOGRAPHIE
PHOTOGRAPHIE
l'impression au kilomètre, très en faveur aujourd'hui dans le commerce de la confiserie, de la parfumerie, etc. Elle se pratique au moyen de lampes électriques d'intensité constante qui n'éclairent le papier sensible sous cliaque négatif que juste le temps voulu par l'intensité de celui-ci. On choisit, «n conséquence des clichés d'égale intensité, pour les tirer simultanément.
Le papier, qui se déroule d'un cylindre-magasin, s'enroule mécaniquement sur un second cylindre (récepteur), à 20 m. du premier. Dans l'intervalle, il s'imprime automatiquement sous la série ou les séries de négatifs exposés à la lumière des lampes, passe dans un laboratoire à lumière rouge, s'y développe dans des cuves spéciales contenant le révélateur, passe ensuite, le temps voulu également, dans d'autres cuves de lavage, fixage, virage et dernier lavage. Finalement, le papier (2.000 m. par jour et par machine) est séché, découpé par sujets et empaqueté. Pour 20 sujets de format 6 V2 X 9 et audessous, le prix par 1.000 exemplaires descend presque à celui de la pliototypie.
III. Applications com.merciales et industrielles DELA Photographie.— Mieux encoreque le dessin, la Photographie s'applique à tout et peut être comprise partout : l'Univers est son domaine, et c'est elle encore qui seule nous révèle les petites planètes invisibles à l'œil humain, quelle que soit la puissance des télescopes. A fortiori nous ofîre-t-elle un concours non moins précieux s'il s'agit d'objets tangibles.
A l'industriel et au commerçant, la Photographie de précision fournit la représentation la plus exacte, jusque dans les moindres détails, de l'usine, de l'atelier, des chantiers, galeries de mines, caves, magasins, objets ou animaux de toute espèce, immobiles ou en mouvement, des portraits, des cartes signalétiques ou d'identité, qui tendent de plus en plus à compléter, sinon à remplacer l'antique passeport, cause de tant d'erreurs fâcheuses, des cartes d'échantillons, des illustrations pour catalogues, ouvrages, notices et circulaires, des copies fidèles et à bon marché, par la similigravure, de tous documents d'après nature ou d'après dessins, à toute échelle, en noir ou en couleurs {photochromie), des cartes exactes de pays nouvellement explorés {photograin métrie) , des agrandissements -(voy. ce mot) pour les vérifications d'écritures, de poinçons, contrôles, marques, etc., argués de faux, des réductions presque microscopiques sur coUodion au caoutchouc (procédé Fleury-Hermagis) pour la correspondance par pigeons voyageurs, des constats authentiquesdetoute sorte, concernant, par exemple, l'état d'avancement de travaux (terrassements, constructions), la marche d'une machine, les avaries par usure ou par accident, les phases diverses de la fabrication d'un même article, la taille des arbres, leur fructification, les échantillons de diverses récoltes à comparer.
Toutes ces applications et bien d'autres, relatives à la science et à l'enseignement, mais étrangères à notre sujet, ont été exposées aux yeux du public dans de nombreuses circonstances, particulièrement durant la grande Exposition de Paris en 1900, où chacun a pu constater, comme nous, que la Photographie est le complément de la plupart des expositions individuelles : nous n'insisterons donc pas davantage sur la multiplicité des services que notre
art peut rendre au commerce et à l'industrie, en attendant qu'il révolutionne l'imprimerie.
IV. Radiographie. — Nous devons cependant mentionner encore la radiographie, basée sur l'action des rayons X ou de Rœntgen, et non sur celle de la lumière, mais qui utilise les mêmes préparations sensibles que la Photographie.
On sait que les rayons X, quelle qu'en soit la nature, traversent certains corps, le bois, le carton par exemple, et non certains autres, divers métaux, l'ivoire, etc. Il en résulte qu'on peut connaître à la Douane (et ailleurs), le contenu d'une boîte de carton ou de bois sans l'ouvrir, sans risqser de perdre ou de détériorer des objets précieux. Il suffit de soumettre cette boîte ou caisse à l'action des rayons X, obtenus à l'aide d'une batterie d'accumulateurs, d'une bobine de Ruhmkorff et d'une ampoule de Crookes, et de recevoir quelques minutes ces mêmes rayons sur un papier ou plaque au gélatino-bromure, à leur sortie de ladite caisse, pour obtenir ensuite, dans le bain révélateur, l'image ou plutôt la silhouette des bijoux, montres, pièces de monnaie et autres objets en métal contenus dans la caisse.
La Douane possède ainsi uu moyen commode de contrôler l'exactitude des déclarations. Les expéditeurs ne l'ignorent pas; et les fausses déclarations deviennent, en conséquence, de plus en plus rares. Une exception a été demandée et obtenue, quant à cette inspection par les rayons X, en faveur des colis de plaques ou papiers photographiques : ces préparations sont, en effet, altérées et rendues inutilisables après un tel examen. Celui-ci ne peut se faire qu'en ouvrant la caisse dans un laboratoire éclairé par la lumière rouge, condition qu'il est d'usage, d'ailleurs, de rappeler par une étiquette spéciale portant cet avis imprimé en 4 langues.
La radiographie rend encore au commerce le service de distinguer toute pierro fausse, diamant, rubis, topaze, saphir, etc., et de même les fausses perles au milieu des vraies : il est bon de s'en souvenir, à l'occasion.
V. Commerce et Industrie de la Photographie : Statistique, Exposition de 1900. — Les commerçants de la Photographie sont les photographes et les marchands d'appareils et de fournitures. Les industriels sont les fabricants des ces appareils et fournitures, et aussi les imprimeurs et éditeurs en photographie (sels d'argent, charbon, phototypie, photogravure), astreints, la plupart, à payer l'impôt nouveau, constitutif d'un fonds de garantie pour les accidents du travail (ceux-ci très rares heureusement).
En France, le nombre total des commerçants et fabricants de la Photographie ne paraît pas excéder actuellement 3.500; mais il augmente chaque jour, la plupart des pharmaciens, marchands de couleurs, vernis et produits chimiques, bazars et grands magasins, voire papetiers-libraires, ajoutant à leur commerce celui des plaques, papiers et petits appareils, etc.
En 1878, M. Davanne, rapporteur du jury de la classe XII, évaluait à une trentaine de millions le chiffre d'affaires de la Photographie dans notre pays. En 1889, M. Vidal, rapporteur, le portait an double; nous avons les meilleures raisons de croire qu'aujourd'hui ce chiffre dépasse certainement les 100 millions admis par le rapport de 1900.
PHOTOGRAPHIE
PHOTOGRAPHIE
C'est le commerce des fonrnitares qui représente, il notre avis, la pins grosse part de cette somme, ce qui pourrait le faire considérer comme très rémunérateur; mais il n'en est pas ainsi, à cause de l'avilissement actuel des prix de vente au détail, résultat d'une concurrence effrénée entre marchands trop nombreux.
Certains articles, en effet, ne laissent même pas a • ', de bénéfice net, d'où tentation bien naturelle dn marchand de pousser, de préférence, les articles de qualité médiocre, qui lui laissent one pins forte rémunération, mais ne favorisent guère les efforts de l'amateur ou du professionnel vers la perfection. Aussi est-il grand temps de mettre fin à ce fâcheux état de choses par une entente des fabricants et des fournisseurs marchands, entente à laquelle notre Chambre syndicale a consacré les efforts les plus louables, pour sauvegarder la dignité de notre corporation et l'intérêt de tous, clients et fournisseurs, bien compris.
Suivant M. Davanne, la Photographie occupe an moins 23.000 personnes. Elle en distrait, à notre estimation, environ 200.000. C'est par centaines qu'on peut compter les ouvriers de certaines manufactures de plaques et papiers. Une maison de Lyon en occupe 600: on y fabrique par jour 7.000 m. de papier sensibilisé et plus d'un demi-hectare de plaques, exactement 5.575 m. carrés, soit 168 hectares dans les 300 jours de l'année. .Amateurs et professionnels français on étrangers absorbent cette immense production, qui ne suffit même pas, puisque vingt autres fabriques de plaques et un plus grand nombre encore de fabriques de papiers trouvent aisément le placement de leurs produits, aussi bien que les constructeurs opticiens, mécaniciens et ébénistes, cartonniers, papetiers, ferblantiers, encadreurs, gainiers, fabricants de produits chimiques, verriers et nombreux spécialistes de Paris et de la province.
La Photographie possède une centaine de Sociétés d'amateurs, deux Chambres syndicales: 1' celle des photographes: 2" celle des fabricants et marchands; et aussi deux Sociétés de secours mutuels. Plus de vingt cours de photographie sont faits gratuitement à Paris, la plupart par des membres de la Chambre syndicale des Constructeurs, et quelques-uns par des amatenrs membres des diverses Sociétés ; des cours semblables sont faits dans nos grandes villes de province; les sessions annuelles de l'Union nationale et internationale et toutes les grandes Expositions sont l'occasion de conférences très instructives, de congrès où se discutent les questions d'intérêt général, scientifique et pratique. Ce sont là, assurément, de précieux éléments de vulgarisation et de progrès; mais nons n'avons pas encore et nous appelons de tous nos vœux l'enseignement supérieur, méthodique et pratique, tel qu'il existe à Vienne (.\utriche). On pourrait sans doute le réaliser, dès maintenant, à l'école Estienne, avec le concours financier de nos diverses Sociétés et de nos deux Syndicats, auxquels l'État et la ville de Paris ne pourraient guère, désormais, refuser leur subvention.
300 laboratoires sont à la disposition des amateurs dans les divers hôtels français, chez les fournisseurs et dans les Cercles et Sociétés photographiques : et un Musée des photographies documentaires (boulevard Saint-Germain, 117, Paris) assure la conservation de leurs œuvres. C'est par milliers que l'on
compte les ouvrages parus jusqu'à ce jour en France, et par centaines les publications annuelles. Les journaux s'occupant de photographie sont au nombre de 40 environ, dont beaucoup de bulletins de diverses Sociétés, illustrés pour la plupart. Enfin, on prend en France, chaque année, une moyenne de 200 brevets d'invention, plus ou moins viables, relatifs à la Photographie. Quant au chiffre des import., il balance à peu près celui des export., ce qui tendrait à confirmer l'égalité de qualité proclamée par l'impartialité du Jury international de 1900 (classe XII) entre les articles français et les meilleurs articles similaires étrangers, les objectifs par exemple, tous honorés de la même médaille d'or, et, par exception, d'un grand prix unique, pour marquer, non pas une supériorité de fabrication, mais la priorité dans la construction desanastigmats,qni représente le progrès le plus important en optique, depuis 1889- (Voy. à ce sujet le rapport du Jury de la classe 12, par M. Vidal.)
Puisque nons avons été amené à parler de l'Exposition de 1900, disons, pour terminer ces notes statistiques, que la classe XII comprenait, an total, 915 exposants, dont 365 pour la France et ses colonies. Le total des frais de tonte nature payés par les exposants français ne peut guère s'évaluer, d'après nos informations et notre propre expérience, à moins de 300.000 fr., sacrifice assez lourd par rapport aux résultats immédiats, mais du moins l'honnenr est sauf.
La critique étrangère s'est généralement montrée favorable à la Section française, qu'on a trouvée eo grand progrès par rapport à 1^, au triple point de vue de l'art, de l'industrie des impressions photomécaniques en noir et en couleur, et dn matériel optique, mécanique, ébénisterie, etc.
On nous permettra cependant de regretter la rareté, dans les cadres des amateurs, des grandes épreuves directes, comme en exposaient en 1889 nos amis regrettés M.M. Ch. Grassin, de Boulogne-sur- Mer (marines instantanées de 50X60) et Carlos Relvas, de Lisbonne (paysages et monuments historiques de 24X30 à 50X60), pages admirables auxquelles allaient d'abord tons les regards des connaisseurs.
Commerce des Photographies. — Le commerce en gros des photographies appartient naturellement aux éditeurs-photographes. Il comprend les portraits de personnages célèbres, de contemporains surtout, les vues de tous pays, simples ou stéréoscopiques, sur papier ou sur verre, les vues pour projections, les actualités diverses, les tableaux et statues de nos musées, les bandes cinématographiques. (Voy. Cinématographe. )
Les photographies anx sels d'argent sont nécessairement assez chères, à cause du prix de la matière première, argent, or ou platine ; néanmoins, certains grands éditeurs français, italiens et snisses, parviennent à livrer de belles épreuves 24X30 non collées, à 0 fr. 60 et même 0 fr. 40 pièce, anx marchands, qni les revendent le double ou le triple an détail. Les grandes épreuves au charbon (procédé inaltérable), sont également d'un prix relativement élevé, à cause des manipulations assez longues et délicates qu'elles nécessitent; mais s'il s'agit de photographies des chefs-d'œuvre de nos Musées nationaux, peintures et sculptures, on peut se les procurer à la Chalcographie du Lonvre (qoai da