‹ Dictionnaire du commerce, de l'industrie et de la banqueChapitre 797 sur 1134 · PROCÉDURE COMMERCIALE · texte numérisé non relu

PROCÉDURE COMMERCIALE

PRODUITS CHIMIQUES

au prix coûtant et même à perte.— Pour le marchaud, le bt^néfic»? est l'excédPDt du prix de vente net, c'est-à-dire diminué des Irais de vente, sur le prix coûtant net de ses marchandises. Au contraire, la perte est l'excédent du prix coûtant sur le prix de vente. Pour l'industriel, i! y a bénéfice quand il y a excédent, entre ses mains, du capital conséquent sur le capital antécédent, c'est-à-dire quand le prix de revient net, toutes matières, manipulations, imputations directes. Irais généraux de labrication et frais généraux de vente comptés, a été inférieur an prix de vente réalisé. La perte commence dès que le prix de vente net est inférieur an prix de revient net. C'est ici toutefois une vérité relative. En eflet, s'il considère que le prix de vente n'est pas fixé par le prix de revient réel des choses, mais bien par une concurrence, la plupart du temps aveugle (puisque la majorité des producteurs, ignorant leur prix de revient, vendent à tons prix}, s'il considère ce phénomène économique, un industriel habile comprend qu'il n'a d'autre moyen de lutter avec avantage contre la pratique insensée de ses concurrents qu'en élevant le plus possible son chiffre d'affaires, ce qui lui permet de répartir ses frais généraux sur une pins large surface et conséquemment de diminuer ses prix de revient. S'il possède une comptabilité le renseignant exactement (et c'est la condition sine qnâ non de cette spéculation, très périlleuse pour ceux qui opèrent au jugé), notre industriel n'hésitera pas à conclure des marchés, parfois très importants, sans bénéfice et même à perte, mais payant encore une certaine quotité de ses frais généraux, ce qui allèorera d'autant son coefBcient d'application de ces frais sur les autres produits et augmentera par conséquent la marge du bénéfice qu'ils donnent. Mais, répétons-le, ces spéculations ne peuvent réussir que basées sur le prix de revient réel ou comptable: basées sur le prix de revient probable, elles deviennent très aléatoires et conduisent, d'ordinaire, à la ruine. Eugène Léautey.

PROCÉDUUK COJIJfERCIALE. Les affaires de commerce demandent à être jugées rapidement et à peu de frais, aussi le Code de Procédure a-t-il prévu pour elles des règles plus simples que pour les affaires civiles. (.\rt. 414-442 du C. Proc. Civ.)

L'assignation en matière commerciale est donnée par ministère d'huissier, à un jour seulement fan lieu de 8 jours), et elle n'a pas besoin d'être précédée du préliminaire de conciliation devant le juge de paix. Dans les affaires qui requièrent célérité, le président du tribunal peut permettre d'assigner de jour à jour et même d'heure à heure.

Les parties comparaissent à l'audience, soit en personne, soit par mandataires, et le recours à ces derniers est purement facultatif (au contraire, en matière civile, le ministère des avoués est indispensable : voy. Agréé). Aucun acte de procédure n'est exigé en dehors da l'assignation, et l'affaire peut être plaidée et jugée à la première audience, si les juges se trouvent suffisamment éclairés snr les laits de la cause.

Le tribunal compétent est, au choix du demandeur: !• le tribunal du domicile du détendeur ; 2' celui dans l'arrondissement duquel la promesse a été faite et la marchandis.; livrée: 3' celui dans l'arrondissement duquel le payement devait être effectné. (Voy. Défaut.)

Les moyens de preuves sont pins larges en ma-

tière commerciale qu'en matière civile; ainsi, la preuve testimoniale pent être autorisée par les juges quelle que soit l'importance du litige, an lien qu'en matière civile elle n'est admise que jusqu'à 150 fr. L'enquête a lieu à l'audience. La preuve an moyen desimpies présomptions de fait est loujonrs recevable. (Voy. Arbitrage, Expert, Preuve et Présomptions.)

Les jugements des tribunaux de commerce rendos contradictoirement, c'est-à-dire en présence des deux parties on de leurs mandataires, sont exécatoires par provision, c'est-à-dire nonobstant l'appel. L'exécution provisoire n'a lien qu'à la charge de donner caution ou de justifier de solvabilité suffisante, sauf dans les deux cas suivants : lorsqu'il y a titre non attaqué, ou condamnation précédente dont il n'a pas été interjeté appel.

Les tribunaux de commerce ne connaissent pas de l'exécution de leurs jugements, c'est-à-dire qu'ils ne sont pas compétents ponr connaître des difficultés relatives à l'exécution (commandement, saisie), ces difficultés portant sur des questions de procédure que les tribunaux civils sont plus aptes à trancher. Cependant, la réception des cautions demandées comme garantie de l'exécution des jugements par provision est de la compétence des tribunaux de commerce.

Les voies de recours habituelles contre les décisions des tribunaux de commerce sont l'opposition (voy. Défaut) et l'appel (voy. Appel).

PRODUITS CIII-MIQUES. (Gros.)

Sommaire : I. Historique. — II. Le procédé Leblanc, ses diverses opérations, bilan moyen. — III. Le procédé Solvay, série des opérations. — IV. Le procédé électrolytiqne. — V. X qoi l'avenir? — VI. Les grands centres de production.— VII. Statistique de la production et do commerce. — VHI. Conclusion.

I. — La grande industrie chimique comprend la fabrication des substances nécessaires à opérer l'extraction et la purification des autres produits; elle englobe une série de corps dont la préparation des uns est une dépendance de la fabrication des autres. Le carbonate de soude, le chlore et les chlorures décolorants sont les termes ultimes de toutes ces transformations; l'acide nitrique, l'acide sulfurique, le sulfate de soude, l'acide chlorhydrique en sont les termes intermédiaires. L'importance industrielle de ces produits est telle, qu'on a pu dire avec raison que la valeur de leur production servait à mesurer la prospérité des États.

Jusqu'à la fin du siècle dernier, c'était la potasse extraite des cendres végétales qui était employée partout où l'on avait besoin d'nn alcali fixe: la soude ne servait guère qu'à la fabrication des savons durs, et elle était extraite, soit du natron ou soude carbonatée naturelle de la Hongrie et de l'Egypte, soit de la barille ou soude impure importée de l'Espagne ou du Levant et obtenue par la combustion de différentes plantes du bord de la mer.

Le développement industriel qui se manifesta à partir de ce moment se trouvait gêné d'une part par l'insuIBsance de pureté des sels de sonde, et d'antre I part par le renchérissement des potasses de Russie et d'.\mériqne. .\ussi, comme on savait par Duhamel du Monceau, depuis 1736, que le sel marin renfermait comme base la soude, r.\cadémie des sciences fonda-t-elle en 1775 un prix pour la translormation dn sel marin en carbonate de soude. Malherbe pro-

PRODUITS CHIMIQUES

lla6

PRODUITS CHIMIQUES

posa de convertir le sel marin en sulfate, puis de calciner celui-ci avec du charbon et du fer; en 1789, de La Métherie indiqua la calcination simple du sulfate de soude et du charbon; mais ces procédés don aaieut de mauvais résultats. Enfin Leblanc trancha la difficulté en associant le calcaire au mélange précédent.

IL — La première usine fonctionna à Saint-Denis; après la Révolution, le procédé fut exploité dans la fabrique de Payen, près de Paris, puis dans celle de Dieuze. De là cette fabrication passa en Angleterre, près de Liverpool, puis se répandit en France, •en Angleterre et en Allemagne. A ce moment la grande industrie chimique fut basée sur la production de l'acide sulfurique, puis du carbonate de soude par le procédé Leblanc.

Ce procédé, qui est encore mis en pratique dans an assez grand nombre d'usines, comprend les opérations suivantes :

1» Préparation de l'acide sulfurique par oxydation, au moyen de l'acide azotique, de l'acide sulfureux. Ce dernier corps est obtenu par combustion du soufre de Sicile ou mieux des pyrites, sulfures de fer plus ou moins cuivreux, et des blendes ou sulfures de zinc, qui sont d'un emploi bien plus économique, d'autant plus que les résidus de pyrites et de blendes peuvent fournir, par les procédés métallurgiques, le fer et le cuivre ou le zinc qu'ils contiennent. Les réactions qui donnent naissance à l'acide sulfurique (oxydation de l'acide sulfureux par les vapeurs nitreuses en présence de vapeur d'eau) se passent dans de grandes chambres de plomb. Cet acide sulfurique sert à obtenir tousses sels : sulfates de fer, de cuivre, d'alumine, aluns, etc.

2° Préparation du sulfate de soude et de l'acide chlorhydrique. Le sel marin des marais salants ou le sel gemme extrait des mines (qui ne sont autres que du chlorure de sodium), attaqués par l'acide sulfurique, donnent naissance à du sulfate de soude et à de l'acide chlorhydrique gazeux, qui est condensé dans des jeux de touries renfermant de l'eau; les dernières traces en sont absorbées dans une colonne remplie de coke sur lequel tombe une pluie d'eau continue. L'acide chlorhydrique est rarement utilisé directement, il sert presque toujours à faire le chlore.

3° Préparation du carbonate de soude par action du charbon et de la craie, ou carbonate de chaux, sur le sulfate de soude obtenu dans l'opération précédente. Ce carbonate de soude, soit sec, soit à l'état de cristaux, est d'une utilité primordiale dans une foule d'industries : fabrication des savons, du verre, blanchiment, décreusage des fibres textiles destinées aux étoffes ou à la papeterie, etc. Le résidu de la préparation de ce corps, appelé charrée et composé principalement d'un mélange de sulfate et de sulfure de calcium, longtemps inutilisé, laisse aujourd'hui extraire, d'une façon presque complète, le soufre qu'il contient et qui peut rentrer en fabrication, concurremment avec la pyrite, pour la production de l'acide sulfurique.

4° Préparation du chlore et des chlorures décolorants (voy. ce mot) par l'intermédiaire de l'acide chlorhydrique obtenu précédemment et réagissant sur le bioxyde de manganèse; il se produit ainsi du chlorure de manganèse et du chlore qui, se rendant dans la chaux, la soude ou la potasse, donne le chlorure de chaux, l'hypochlorite de soude ou eau

de Javel et l'hypochlorite de potasse ou ean de Labarraque. Le résidu de l'opération, formé de chlorure de manganèse, peut, quand il est traité par la chaux en présence de l'air, suivant la méthode de Weldon, régénérer le bioxyde de manganèse, lequel rentre en travail indéfiniment.

Mais le principal inconvénient de cette préparation du chlore est de ne donner que la moitié du chlore de l'acide chlorhydrique employé, l'autre moi tié passant à l'état de chlorure de manganèse. On a cherché à obtenir un meilleur rendement en employant le procédé Deacon, qui consiste à faire arriver l'acide chlorhydrique mélangé d'air dans un réchaulleur qui le porte à 400°, puis dans un appareil de décomposition renfermant une matière poreuse imbibée d'un sel de cuivre. Le gaz chlorhydrique réagit sur le sel de cuivre en produisant de l'eau et l'oxygène régénère le sel de cuivre primitif en dégageant du chlore. En pratique, ces réactions ae sont jamais complètes, et on obtient au maximum 60 Vo de l'acide chlorhydrique employé.

La préparation des divers corps cités permet naturellement l'établissement d'industries annexes : engrais chimiques (sulfate d'ammoniaque et superphosphates), acide nitrique, nitrates et dérivés nitrés, etc.

Le bilan moyen du procédé Leblanc peut pratiquement se résumer ainsi :

Pyrites cuivreuses Nitrate de soude

100 parties 1,88 parties

(pour faire l'acide nitrique) donnent

Cendres de pyrite

70 parties

d'où on retire

cuivre 3 p.,

oxyde de fer 50 p.

Acide sulfurique 136 parties

qui, traitées par 160 p. de chlorure

de sodium,

donnent

Sulfate de soude 176 parties,

Qui, traitées par 67 p. charbon, 123p.

craie, 17 p. chaux,

Donnent : 134 p.

sel de soude à 75° ou 242 p. cristaux ou 91 p. soude caustique et 111 p. charrée de soude.

D'où on retire 10 p.

soufre régénéré.

Acide chlorhydrique à 21° B. ^75 parties.

Qui, traitées par 47 p. bioxyde de manganèse et 37 p.

chaux.

Donnent: 65,5 p.

chlorure de chaux et 42 p. bioxyde d« manganèse régénéré.

III. — Jusqu'en 1872, le procédé Leblanc fut employé uniquement pour la fabrication des gros produits chimiques et ne subit guère que quelques modifications de détail ayant pour but d'améliorer les rendements, la pureté ou la concentration des corps obtenus. A cette époque, un premier coup fut porté à cette méthode par Hargreaves et Robinson, qui installèrent en Angleterre un procédé permettant d'employer directement l'acide sulfureux provenant de la combustion du soufre ou des pyrites à la production du sulfate de soude, en faisant réagir ce gaz sur le sel marin en présence de l'oxygène d& l'air et de la vapeur d'eau. La fabrication de l'acide sulfurique était supprimée, et l'emploi de l'acidenitrique, et par suite du nitrate de soude, n'était plus nécessaire pour oxyder l'acide sulfureux.

La même année une épreuve plus décisive encore atteignait le procédé Leblanc, qui avait rendu tant de services. Solvay, reprenant le procédé breveté en 1855 par Schlœsing et Rolland, réalisait la production directe du carbonate de soude. Les premières fabriques furent établies à Couillet en Belgique, près de Kama en Russie, à Schalcke en VVestphalie; elles furent bientôt complétées par les usines de

PRODUITS CHIMIQUES

PRODUITS CHIMIQUES

Liverpool et de Preston en Angleterre, de Wyhlen «n Suisse, par des établissements en Hongrie, en Westphalie, en Thnringe, et surtout par la magnifique usine de Dombasle, près de Xancy, en France. En sorte que le procédé Solvay fait actuellement one concurrence acharnée à Tancienne méthode, qui ne peut se soutenir que par les perfectionnements incessants qu'on y a réalisés dans ces derniers temps. Ce nouveau procédé produit le carbonate de sonde, dit soude à l'ammoniaque, par la série d'opérations suivantes :

Une solution de sel marin est saturée de gaz ammoniac, puis soumise à l'action d'un courant de gaz carbonique à deux atmosphères; il se forme alors du bicarbonate d'ammoniaque qui, réagissant sur le chlorure de sodium, donne du bicarbonate de soude et du chlorhydrate d'ammoniaqne. Le bicarbonate de soude, chauffé, dégage la moitié de son acide carbonique, qui rentre en travail et donne du carbonate de soude sec qu'on peut vendre directement on après l'avoir fait cristalliser, pour en faire des «cristaux». Le chlorhydrate d'ammoniaqne résiduel, traité par une base alcalino-terreuse, régénère l'ammoniaque qu'il contient et qui est de nouveau employée dans la fabrication.

Comme base alcalino-terreuse, on avait d'abord employé la chaux; mais dans ce cas le résidu de l'opération était constitué par du chlorure de calcium, corps sans valeur et dont nous ne savons pas encore extraire le chlore. Si l'on remplace an contraire la chaux par la magnésie, on a comme résidu du chlorure de magnésium, qui, par calcination en présence de l'air, dégage le chlore qu'il contient et qui peut dès lors être employé à préparer les chlorures décolorants.

IV. — Ces deux procédés, Leblanc et Solvay, qui, comme nous le disions, se disputaient la prééminence du marché industriel, se trouvent aujourd'hui simultanément menacés par une troisième méthode qui se présente sous les auspices de l'électricité et dont les applications sont bien plus étendues. Depnis dix ou quinze années, l'emploi du courant électrique a fait des progrès considérables, et on l'applique au double point de vue calorifique et chimique.

La température de l'arc électrique jaillissant entre deux charbons est de 3.o00* environ ; elle a été utilisée d'une façon brillante par divers chimistes, au premier rang desquels on doit citer M. Moissan, qui a pu préparer par cette méthode, outre nn grand nombre de métaux purs, un certain nombre de carbures métalliques dont le plus répandu est le carbure de calcium, générateur de l'acétylène.

L'énergie chimique du courant électrique trouve aussi son application dans de nombreuses industries : production de l'hydrogène et de l'oxygène par décomposition de l'eau, préparation des persnllates de potassium et d'ammonium, du chlorate de potasse par l'électrolyse à chaud du chlorure de potassium, du permanganate de potasse par l'électrolyse d'une solution de manganate, des bichromates, de diverses couleurs minérales (céruse, vermillon), de produits organiques (iodoforme, bromoforme); enfin, par électrolyse des solutions de chlorure de sodium, on obtient d'une part de la soude, d'autre part du chlore libre, et par suite des chlorures décolorants, c'est-à-dire les termes ultimes des produits de la grande industrie chimique.

Jusqu'ici un inconvénient capital a empêché ces

préparations, basées sur les propriétés du courant électrique, de prendre l'essor qu'elles acquerront certainement : c'est le prix de revient actuel de l'électricité. Trop élevé dans les grands centres, il n'est accessible industriellement que dans les endroits où l'on dispose d'une force motrice à bon marché, c'est à-dire dans les pays de montagnes, où les chutes d'eau sont nombreuses et abondantes.

Quoique les premiers essais effectués pour la décomposition électrolytique industrielle do chlorure de sodium aient réussi dans une assez large mesure et permettent de prévoir dans un avenir peu éloigné une généralisation de ce procédé, il convient peutêtre de ne pas se montrer trop optimiste à ce sujet. En effet, d'une part l'installation et l'entretien d'une force hydraulique sont assez coûteux, et d'autre part on oublie souvent aussi que l'électrolyse se prête mieux à la préparation du chlore qu'à celle de la soude ; techniquement parlant, elle livre pour chaqoe tonne de soude caustique concentrée un peu plus de deux tonnes de chlorure de chaux. Or, la consommation de la soude dépasse de plusieurs fois celle du chlorure de chaux ; aussi l'électrolyse, même si elle devait suffire à la consommation du chlore dans le monde entier, ne pourrait-elle supplanter les autres sources de production de la soude et notamment le procédé à l'ammoniaque.

V. — Cependant, il est probable aussi que dans quelques années on reviendra aux grands dépôts naturels de soude de certains lacs salés, cette source primitive qui, après des siècles d'exploitation, avait été abandonnée à la suite des succès du procédé Leblanc. Outre les vieux lacs de soude de l'Egypte et les autres dépôts que nous avons déjà signalés dans la partie historique de notre article, on a trouvé dans les lacs du grand désert alcalin de l'Amérique du Nord, à l'ouest des montagnes Rocheuses, d'énormes trésors de soude en solution assez concentrée, dont l'exploitation serait facile dans ce climat sec et chaud ; un seul de ces lacs, le « Owen's Lake», en Californie, contient environ 50 millions de T. de soude mélangée au chlorure de sodium et au sulfate de soude, mais néanmoins facilement exploitable.

On voit donc qu'il est bien difficile actuellement de dire à quel procédé appartient l'avenir et quelles sont les méthodes destinées à succomber sons l'effort victorieux de leurs rivales.

Du reste, la disparition de l'exploitation an procédé Leblanc n'entraînerait pas l'extinction de tontes les industries qui s'y rattachent; on constate en effet que, malgré la diminution d'affaires de plusieurs fabriques de soude Leblanc, de nouvelles usines d'acide sulfurique continuent à se créer et que les anciennes s'efforcent d'améliorer leur production par des perfectionnements apportés à leurs appareils : chambres de plomb, tours de Glower, appareils à concentrer, emploi des colonnes à plateaux de Lunge, etc.

Cet excès de consommation d'acide sulfurique doit être attribué en grande partie à la fabrication des engrais artificiels, dont la consommation a pris nne extension considérable et à laquelle on ne peat qu'applaudir.

VI. — C'est naturellement dans les grands centres industriels que se sont établies les usines de produits chimiques exploitées par les procédés Leblane et Solvay. En France, les fabriques de Rouen, de Lille travaillent par l'ancien procédé; celles de Dom-

PRODUITS CHIMIQUES

PRODUITS CHIMIQUES

basle, de Salindres, par le nouveau; en Angleterre, les usines chimiques se trouvent aux environs de Liverpool; en Allemagne, dans les duchés de Bade et d'Anhalt; en Alsace-Lorraine, à Duisbourg; en Belgique, à Couillet, près de Charleroi; en Russie, près de Pétersbourg, dans le gouvernement de Perm et la Russie méridionale; cmi Autriche- Hongrie, dans le Salzkammergut et le Siebenbiirgen ; aux États- Unis, dans les États de New-York et de Michigan. On effectue dans ces établissements l'extraction de la soude et du chlore par l'un ou l'autre des procédés Leblanc ou Solvay, et même, dans quelques-uns d'entre eux, on a monté l'exploitation électrochimique^

VII. — En attendant que ce dernier procédé puisse lutter efiicacement', et peut-être victorieusement, contre ses aînés, la statistique de la production annuelle moyenne de carbonate de soude par périodes de cinq années depuis 1864, suit approximativement la progression ci-dessous, nettement favorable à la méthode Solvay :

Production (en tonnes) Périodes Leblanc Solvav Total

isr.t-isfis ;^74.700 :m 375.000

18fi9-I873 547.400 2.600 5.50.000

1874-d878 .'SOS. 000 20.000 525. 0(X)

Cette concurrence favorisa d'ailleurs singulièrement l'abaissement des prix de vente du carbonate de soude et provoqua une extension considérable de ses applications et de son emploi; Voici, en effet, la diminution progressive du prix moyen de vente de la tonne de soude en Europe, pendant les mêmes périodes quinquennales (en francs) :

Prix moyen de la T.

Années

Prix moven

de la T.

Pour donner une idée de l'importance commerciale de la grande industrie chimique, nous comparerons le mouvement pendant ces dernières années, en France et en Allemagne (qui sont surtout les nations rivales productrices de ces matières), des import, et export, des principaux produits : acide sulfurique, soude et chlorure de chaux (en tonnes) : Acide sulfurique

FllANXE

Import. Export

Années

ALLEMAON'K

Import. Export.

On voit que, pour la France, l'import. est en augmentation sensible; en Allemagne, les fabriques ne pouvaient suffire à toutes les demandes, surtout en 1898. La production était d'environ 48.000 T., dont 40.000 pour la consommation indigène :

1. On est arrivé à transformer la fabrication de l'acide sulfurique. Le nouveau procédé permet de l'obtenir en utilisant la propriété qu'a l'amiante platiné de provoquer la combinaison directe de l'oxygène de l'air avec l'acide sulfureux obtenu par le grillage des pyrites. La réaction, une fois mise en train, se fait toute seule : d'où une économie considérable, qui resuite de la suppression des appareils si chers, les chambres de plomb et les vases en platine que nécessitait l'ancien procédé. Il s'opère, dans ce cas, une véritable synthèse, car les éléments constitutifs de l'acide sulfurique, soufre et oxygène, se combinant directement, donnent immédiatement l'acide anhydre. (Rapport du Consul général de France à Berlin, 1900.)

Années

Soude caustique

France Import. Export.

Allemagne

Import. Export.

Là encore, les ex port, allemandes sont bien supérieures aux import.; notre pays, quoique marchant dans le même sens, n'est pas encore arrivé au degré de son rival.

Chlorure de chaux

FriANCE Allemagne

Années Import. Export. Import. Export.

VIII. — Notre situation commerciale est assez bonne et accuse une forte différence en faveur des export. ; quant à l'Allemagne, longtemps tributaire d'autres pays pour le chlorure de chaux, elle a non seulement diminué ses import., mais elle s'est mise à exporter dans les pays qui l'alimentaient auparavant; c'est ainsi qu'elle commence à vendre du chlorure de chaux à l'Angleterre, qui avait jusqu'ici le monopole de ce produit.

Cette revue rapide du développement et de l'évolution de la grande industrie chimique suffit à montrer les progrès incessants, les transformations continuelles que subissent les divers procédés; l'application de principes nouveaux vient de temps en temps jeter de graves perturbations dans ces industries, mais les fabrications se perfectionnent et l'équilibre se rétablit bientôt quand les usines ont soin de maintenir leurs méthodes opératoires an niveau des progrès de la science. A ce point de vue, notre pays est en a.ssez bon rang parmi les grandes nations, mais des efforts considérables et intelligents sont nécessaires pour l'y maintenir et, s'il est possible, pour le faire progresser: c'est la tâche de nos savants et de nos industriels. A. Hébert.

Douanes. — On trouvera aux articles particuliers concernant les principaux produitschimiques, lesdroits de douane qui frappent chacun d'eux.

L'Acide carbonique liquide : Fabrication industrielle. — C'est en 1879, qu'avec le concours de M, Krupp, un cliimiste allemand introduisit l'acide carbonique liquide dans l'industrie; on en produisit d'abord 130 kilog. environ, par jour, avec la pompe de Netterer, et on l'employa au renflouage des navires, au frettage des canons, à l'obtention des lingots d'acier sans soufflures. Depuis, la production s'est considérablement développée.

L'Allemagne possède des sources naturelles d'acide carbonique gazeux à Herste en Westphalie, à E^ada, Geroldstein, Oberlehnstein, etc. ; le gaz sort, sous pression de 30 à 33 atmosphères, de puits qui ont de 200 à 3o8 m. de profondeur ; l'un d'eux donne oO.OOO kilog. d'acide carbonique par 24 heures. Ce gaz est employé à la production d'acide carbonique liquide. Une trentaine d'autres usines en produisent chimiquement.

En 1884, la consommation d'acide carbonique liquide était de 120.000 kilog. ; en 1887, de 2 millions 1/2; en 1898, de M millions; en 1899, de 14 millions de kilog.

La France ne possède qu'une quinzaine d'usines de liquéfaction, qui emploient les gaz des fours à chaux et les résidus de fabrication des produits chimiques; une d'entre elles contiûue à produire l'a-

PRODUITS CHIMIQUES

PRODUITS CHIMIQUES

cide carbonique gazenx par l'ancien procédé dn carbonate de chaux et de l'acide sulfnriqne: deux aatres, nne à Paris, une à Lyon, le fabriquent an coke, et celte dernière obtient ioO kilog. d'acide carbonique liquide par beure.

La Suisse possède quatre usines semblables, trois an coke et une an carbonate de chaux. A Jobannesbnrg (Transvaal), il existe une usine au coke. (Voy. Gaz comprimés et liquéfiés.)

Commerce des Produits chimiques

Commerce extérielk de la France. — H nous est imfMssible d'entrer ici dans le détail des import. et export, de tous les produits chiiniqaes, de même que de relever poor chacun d'eo.x les droits de douane auxquels ils sont soumis. On trouvera ces renseignements aux articles particuliers concernant les principaux d'entre eux. (Voy. .Vmmo.maque, Brome, Bromures, Iode, Phosphore, les différents acides, oxydes et sels. Nitrates, Phosphates, Potasse, Solde, ScLFATEs, Tartrates.) Nous ne donnons donc ci-dessous que des chiffres généraux : ce sont, en milliers de fr., les Talears des produits chimiques importés et exportés au C. S., dans les années 1890. !893, 1896 et 1899 :

Importations 1890 1893 1896 1899

I3.61fi 9.143

Potasse et soude 1.516 687

Nitrate de potasse 1.825 587

Saperphosphites et engrais chimiqiiés! 9.884 7.202 Produits dérivés du goudron de hcuille. 9.441 9.081

Aatres prodaiu chimiques 27.778 34.7>ïS

Teinluresdërivées du goudron de bouille 4.816 ô.OCJ

ExPOP.TATrONS

Teintnresdérivéesdugoudrondehoaille 2.983 1.913

SDlijUe de quinine 142 1106

Tartrates... ;. 7.091 7.,(g

^nperphosphates et engrais chimiques <. » 3.035 Aatres produite chimiques 41.329 40.076

Voici enfin le détail dn mouvement commercial des produits chimiques au C. S., en quantités et en valeurs pour les années 1,S98 et 1899 :

Les import, de produits chimiques sont montées de 109.670.000 fr. en 1898 à 121.400.000 en 1899: les export de 73.300.000 fr. à 83.700.000.

Parmi les produits qui forment la pins grosse part des entrées, il y a lieu de mentionner le nitrate de sonde (261 millions et demi de kilog. et 47 millions de fr. en 1899, au lieu de 223 millions de kilog. et 40.100.000 fr. en 1898); le sulfate de cuivre (19 millions de kilog. et 11.500.000 fr., au lieu de 25 et 11); les engrais chimiques (90 millions de kilog. et 9 millions de fr., au lieu de 74 et 7.400.000); les prodoits dérivés du goudron (40 millions I,'2 de kilog. et 11 millions de fr., au lieu de 30 et 9.300.000) ; les superphosphates de chaux (81 millions 1/2 de kilog. et 4 millions 900.000 fr., au lieu de 103 et 6.200.000); les sels ammoniacaux bruts (10.700.000 kilog. et 2.800.000 fr., au lieu de 18 millions et 4.700.000). Le nitrate de soude nous Tient presque exclusivement du Chili ; le sulfate de cuivre, d'Angleterre; les engrais chimiques, d'Allemagne, d'Angleterre, de Belgique; les produits obtenus directement par la distillation du goudron de houille, d'Angleterre, de Belgique, d'Allemagne et d'Espagne ; les antres produits dérivés de la houille, d'Allemagne et d'Angleterre ; les superphosphates de chaux, de Belgique, d'Angleterre et d'Allemagne ; les sels ammoniacaux bruts, d'.\ngleterre et te Belgique.

A la sortie, toujours pour 1899, on peut citer les engrais chimiques (108 millions 1/2 de kilog. et 10.860.000 fr., chiffres sensiblement égaux à ceux de 1898); la glycérine (7 millions 1/2 de kilog. et 8.560.000 fr., au lieu de 6 et 7.350.000); le tartre hrot (3 millions de kilog. et 7 millions 500.000 fr., au lieu de 3.800.000 et 5.700.000) ; la crème de tartre (3.240.000 kilog. et 6.160.000 fr., au lien de 2.500.000 et 4.800.000); les extraits de châtaignier et antres sucs tannins végétaux (27 millions de kilog. et 5.400.000 fr., au lieu de 22 1/2 et 4.300.000); les superphosphates de chaux (64 millions 1/2 de kilog. et 4 millions 300.000 fr., au lien de 50 et 3.300.000); la potasse et le carbonate de potasse (9 millions 1/2 de kilog. et 3 millions 800.000 fr., au Ijea de 11.800.000 et 4.700.000), Les

Page 1