SALADERO
SALAIRES
du titre et de la somme pour laquelle est faite la saisie-arrêt. Au contraire, si l'exploit est faiten vertu de la permission du juge, l'ordonnance énoncera la somme pour laquelle la saisie-arrêt est faite.
Dans la huitaine de la saisie-arrêt, le saisissant est obligé, en vertu de l'art. 569, de dénoncer la saisie-arrêt ou opposition au débiteur saisi et de l'assigner en validité. Dans le même délai, à partir du jour de cette demande en validité, cette demande sera dénoncée, à la requête du saisissant, au tiers saisi, qui ne sera tenu de faire aucune déclaration avant que cette dénonciation lui ait été faite.
La loi frappe de nullité la saisie-arrêt lorsqu'il n'y a pas eu de demande en validité, et si cette demande en validité n'a pas été dénoncée au tiers saisi par le créancier saisissant, il peut payer valablement le débiteur saisi jusqu'à cette dénonciation. Il n'est pas nécessaire de faire précéder la demande en validité par une citation en conciliation. Le tribunal compétent pour statuer sur la demande en validité est le tribunal du domicile de la partie saisie. Ce tribunal est également compétent pour la demande en mainlevée formée par la partie saisie.
Le créancier saisissant, après qu'il aura obtenu, par un jugement passé en force de chose jugée, la validité de la saisie-arrêt, devra assigner le tiers saisi en déclaration affirmative. Par cette déclaration affirmative le tiers saisi indiquera, avec preuve à l'appui, quelle est au juste la somme qu'il doit au débiteur saisi. L'art. 571 dit textuellement : « Le tiers saisi assigné fera sa déclaration et l'affirmera au greffe, s'il est sur les lieux , sinon devant le juge de paix de son domicile, sans qu'il soit besoin, dans ce cas, de réitérer l'affirmation au greffe, n
Victor Saverot^
Avocat à la four d'Appel.
SAISIE (Douanes). V. Douanes : Contentieux.
SAISIE DE NAVIRES. V. Blocus, Contrebande DE guerre. Tribunaux de prises.
SAIJllAl.lXi:. V. Russie : Sibérie.
SAKI. Boisson spiritueuse préparée avec du riz fermenté et divers aromates. C'est l'eau-de-vie des Japonais, le samshou des Chinois.
SALADERO. On donne le nom de saladero, dans l'Amérique du Sud, à des abattoirs privés qui appartiennent à des particuliers ou à des Compagnies. On y tue le bétail par quantités considérables; on y prépare la viande, les peaux; on y recueille la graisse, les os, le crin, la corne, le sang et les intestins pour l'exportation.
Les plus importants de ces établissements sont dans les régions de Buenos- Ayres et do Montevideo ; au Brésil, où ils prennent aussi le nom de charquadas, les principaux sont dans la province de Rio-Grande du Sud.
Les chairs sont empilées sous d'épaisses couches de sel, et ces piles ont jusqu'à 5 m. de hauteur sur autant de largeur. Les cuirs, qu'on empile également, sontsalésà mesure. Chairsetcuirssontensuiteséchés au soleil. Une partie de la graisse est mise à part.
Les gros os et la carcasse sont jetés dans d'immenses cuves en bois {tiuas ou tinajas) chauffées par la vapeur d'un générateur voisin; chacune contient 150 à 200 carcasses. Au bout de 18 à 20 heures, on ouvre les robinets et l'eau gélatineuse s'écoule, puis on recueille la graisse, qui, après avoir été purifiée dans des chaudières, est coulée dans des barriques et vendue au poids.
Les panses, une partie des intestins, les détritus de chair, le sang sont mis en tas et composent un guano artificiel. Les cendres d'os, dont on remplit de vieilles barriques, sont expédiées en Europe, où elles servent comme engrais.
Lesviandesséchées coupées en gros morceaux plats prennent le nom de tasajos; celles en longues lanières, celui de charquis ou charques. (Voy. Charque, Conserves alimentaires.) Il est fait une grande consommation des unes et des autres dans toute l'Amérique Centrale et l'Amérique du Sud.
SALAluiîS. (Syn. : Angl. : Wages, Salaries. Allem. : Lohn. Ital. : Salarii.)
Sommaire : I. Caractères du salaire.— II. Le capital et le salaire. — III. Le régulateur du salaire. — IV. La politique des hauts salaires. — V. Salaires élevés et produits bon marché. — VI. Les salaires et le machinisme. — VII. La part du salaire et du capital. — VIII. La loi d'airain des salaires. — IX. Le salaire intégral et le surtravail. — X. Limitation des heures de travail et minimum de salaires.
I. Caractères du Salaire. — On dit que « le salaire est la rémunération du travail ». Cette définition est elliptique : l'omission des mots qui lui manquent a provoqué et continue d'entretenir de terribles préjugés et de provoquer beaucoup de malentendus.
En réalité, ce n'est pas le travail que le salaire rémunère, ce sont les produits ou les services résultant du travail.
On a reproché aux économistes d'avoir dit que le travail était une marchandise. Ce n'est pas exact. Les économistes ne disent pas que le travail est une marchandise : ce sont les produits du travail, ce sont les résultats du travail qui donnent lieu à des échanges. Au lieu de tel manœuvre, une machine à vapeur fera exactement le même service et dans de meilleures conditions: ce que paye l'industriel, c'est le produit obtenu par le travail de ce manœuvre ou c'est le produit obtenu par le travail de la machine à vapeur. Peu importe pour l'industriel. Ce n'est pas. le moins du monde, le travail qui est payé, c'est le service rendu ou le produit effectué par le travail.
II. Le Capital et le Salaire. — Nous entendons couramment dire de certains industriels : « Ils sont assez riches. Ils pourraient bien augmenter les salaires. Pourquoi ne payent-ils pas davantage? » Ceux qui tiennent ce langage se figurent que c'est le capital qui paye le salaire. C'est là une erreur. Le capital ne fait que l'avance du salaire.
Un industriel ne fait pas de l'industrie pour de l'industrie. Un industriel produit, eu vue d'un gain, des choses dont il n'a pas besoin et dont les autres ont besoin. Par conséquent, ceux qui payent en réalité le salaire, ce sont les personnes pour qui ces produits sont fabriqués. C'est le consommateur qui paye le salaire, en dernier ressort. Il n'y a pas d'industriel, si riche qu'il soit, qui, forcé de vivre sur son capital, n'arrive, tôt ou tard, à fermer son usine ou à faire faillite. Un industriel ne produit que pour vendre et, par conséquent, le taux du salaire ne dépend pas le moins du monde des capitaux que peut avoir cet industriel : il dépend de la rémunération que peut donner le public aux produits qu'il lui livre.
Lorsqu'on présente, d'un côté le capital, d'un autre côté le travail, et qu'on oublie ce troisième facteur qui est le consommateur auquel le produit
SALAIRES
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lin travail est destiné, on commet la plus grande erreur économique, d'où proviennent les malentendus au milieu desquels nous nous débattous.
III. Le régulateur du Salaire. — En un mot, le capital, dans l'industrie, n'a qu'un rôle : il fait l'avance de l'outillage; il fait l'avance des matières
premières; il fait l'avance des salaires; mais celui qui paye, c'est le consommateur à qui les produits sont destinés et qui les achète, et c'est lui qui règle le taux du salaire.
Ce consommateur ne dit rien; on ne le voit pas; c'est un être mystérieux qui se tient dans l'ombre; ■quand on parle de grève, on l'oublie toujours... Cependant, c'est ce consommateur qui a toujours le dernier mot, car des ouvriers peuvent obtenir des augmentations de salaire à la suite d'une grève, et alors, même dans les documents de l'Office du travail, on dit qu'elle « a réussi »; mais, si ces augmentations de salaire ont pour résultat le re- j haussement du prix du produit au delà du prix que | veulent l'acheter les consommateurs, ils sont con- : damnés an chômage et l'usine est destinée à être i fermée. Des syndicats, l'État, peuvent établir des | règlements d'atelier ; ils peuvent intervenir pour! déterminer et limiter le travail; ils peuvent établir 1 des minima de salaire et des maxima de temps; j mais, s'ils rehaussent le prix du produit, le consom- ) matenr fait grève. Lui ne constitue pas de coali- i tions, il ne fait pas d'appels bruyants, il ne menace ; pas; mais son action n'en est que plus effective. Il i s'abstient, et il lui suffit de s'abstenir pour agir avec | une efficacité implacable. i
Cobden a résumé, d'une manière caractéristique, i l'application de la loi de l'offre et de la demande | entre salariantset salariés: « Le salaire monte quand deux patrons courent après un ouvrier; il baisse quand deux ouvriers courent après un patron. »
Mais quand deux patrons courent-ils après un ouvrier? C'est quand ils ont des commandes pressées. .\u contraire, deux ouvriers courent après un patron quand le consommateur fait défaut.
C'e^t le consommateur qui règle le taux du salaire.
IV. La politique des hauts Salaires. — Par conséquent, quelle est la politique des hauts salaires? C'est la politique des débouchés. Plus les débouchés seront grands, plus les salaires peuvent s'élever, parce que plus les produits sont abondants et plus les salaires peuvent augmenter en diminuant relativement à chacune des unités du produit, et donner une quantité globale de beaucoup supérieure à ce qu'elle serait si le salaire ne portait que sur un nombre restreint d'unités. Et comment se forment les débouchés? Chacun le sait, par une expérience personnelle: la politique des débouchés se fait par le bon marché. Chaque consommateur désire avoir au moindre prix, c'est-à-dire avec le minimum d'efîorts, ce qui peut lui convenir le mieux : entre deux produits semblables, ce serait folie de sa part que d'acheter celui qu'on lui offrirait à un plus haut prix. L'exploitant d'industrie ne peut élever les salaires qu'à la condition de donner des produits à bas prix, et il ne peut donner des produits à bas prix qu'à la condition d'avoir à sa disposition : l' un bon outillage, outillage national ou du moins appartenant et servant à une collectivité : ports, routes, moyens de communication; 2» de bons instruments de crédit;
J' un bon outillage individuel.
V. Salaires élevés et Produits bon marché. — Le salaire s'élève alors que les produits baissent de prix. En effet, si nous allons dans les pays qui sont considérés comme les plus pauvres, nous voyons des salaires extrêmement bas et des produits très chers. A coup sûr, nous pouvons considérer que ces pays sont peu avancés en évolution. Pendant longtemps il y a eu un préjugé, et un préjugé qui a été très répandu dans le monde des industriels, que la prospérité de l'industrie était en raison du bas taux des salaires. Depuis un demi-siècle, les faits l'ont réfuté d'une manière écrasante.
La politique des hauts salaires n'est pas en antagonisme avec l'abaissement du prix de revient des produits. Loin de là. L'homme, il faut bien le dire, est un capital fixe, comme une machine. La machine, l'outillage, l'usine qui peut produire davantage à plus bas prix, augmente de valeur au fur et à mesure qu'elle peut multiplier ses produits en en diminuant le prix de revient. L'homme est exactement dans les mêmes conditions : il augmente de valeur au fur et à mesure qu'augmente sa puissance de production, et cette puissance de production augmente d'autant plus que l'outillage qu'il peut mettre en œuvre est plus perfectionné. Par conséquent, nous pouvons dire que la valeur de l'homme est absolument identique à la valeur de tout autre capital flxe. La valeur de l'homme augmente an fnr et à mesure que les capitaux circulants deviennent plus abondants, et que chacune des unités de ces capitaux circulants est à plus bas prix. (Voy. C.\pit.\l )
Quelques exemples nous prouveront, d'une manière concrète, la vérité de cette assertion :
Si nous nous en rapportons aux statistiques officielles, en France, nous voyons les salaires augmenter dans la proportion suivante :
Salaire journalier d'un ouvrier non nourri, pour 62 corps d'état, en 1853, 1 fr. 90; en 1871, 2 fr. 65; en 1883, 3 fr. 15, et en 1891, 3 fr. 90.
Par conséquent, de 1853 à 1891, l'augmentation a été de 100 •/,.
Dans le déparlement de la Seine, pour les grandes industries parisiennes, nous voyons les salaires passer de 1853, 3 fr. 80; 1871, 5 fr. ■ 1876, 5 fr. ; 1882, 5 fr. 85, à 1891, 6 fr. 15.
Ce qui fait une augmentation de 88 •/.-
A partir de 1852, le tissage, la fliatnre, le peignage de la laine transforment leurs procédés: en 1855, il y avait 120 peignoirs Heilman: leur nombre s'élève à 6i8en 1889; celui des broches s'élève de 112.000 à 868.000 dans les filatures; celui des métiers à tisser, de 4 à 14.800. Voici maintenant la progression des salaires, telle que l'a constatée M. D. ZoUa sur les registres d'un fabricant :
Trieurs 4 »
Dégraisseurs 2,50
Ouvriers de pei-
gnage 1,10
Hommes de peine. 2,10
Tisseurs 3 »
Tisseuses 2,50
Ourdisseuses 2 »
Reii'rayeuses 2,50
3,25 1 Baleineuses 1
4 » l.SO
La hausse la plus faible est celle des salaires des trieurs, qui étaient le mieux payés en 1855 : elle est de ^ '/,. Pour les femmes, nous voyons une hausse de 60 à 100 •/..
Le salaire de l'ouvrier métallurgiste, d'après le rapport de M. Euverte, lu an mois de juin 1895 à la Société des ingénieurs civils, a suivi pour l'ensemble de la France la progression suivante : en 1853, 2 fr. 37 et en 1880, 4 fr. 29, soit une augmentation de près de 80 '/,.
SALAIRES
SALAIRES
Le salaire des ouvriers miuenrs, du fond et de la surface confondus, donne la progression suivante : en 18i4,2fr.09; 1865-1809, 2fr. 86; 1870-1874, 3fr.32; 1875-1879, 3 fr.oS; 1890, 4 fr. 16; enfin nous arrivons en 1894 à 4fr. 14. L'augmentation est donc de près de 100 7o en 50 ans. Et ce chiffre est trop faible, car il comprend le salaire des deux sortes d'ouvriers, et le salaire des ouvriers du fond varie depuis 4 fr. jusqu'à 7 fr.
Le rapport du salaire total à la tonne de houille était, en 1885, de 5 fr. 39. Il s'élevait en 1890 à 5 fr. 62, et en 1894 à 5 fr. 80.
En Allemagne, depuis 50 ans, on évalue que les salaires des mineurs ont augmenté, selon les régions et les catégories de travailleurs, de 75 à 150 Vo-
D'après l'ouvrage de M.Carrol Wright, aux États- Unis, si on prend le chiffre de 1860 comme 100, on constate que, en 1840, le taux était de 82, 5, et en 1891, de 168,6 : ce qui fait, par conséquent, une augmentation do 85 °/„.
Maintenant, pour les prix des denrées, de 223 marchandises de grande consommation, on trouve, en prenant toujours le chiffre de base 100 en 1860,
mentations varient de 20 à 150 %. M. Robert Giffea considère que l'augmentation a été eu moyenne de plus de 70 °/„. Nous avons trouvé tout à l'heure une moyenne de 85 7o aux États-Unis pour la mêmepériode. En même temps, il faut joindre à l'augmentation des salaires la diminution des heures de travail, qui a été considérable dans tous les pays, et M. Robert Giffen estime qu'elle doit être ajoutée dans la proportion de 20 % à l'augmentation du salaire. Il a montré que le même homme qui avait, 50 ans auparavant, une balance de 15 shillings (18 fr.) par semaine, après avoir payé son loyer, avait maintenant un surplus de 27 shillings 6 deniers par semaine (33 fr.). Il n'y a eu de réelle augmentation de dépense que celle du loyer.
VI. Lea Salaires et le Machinisme. — On entend encore parler du machinisme comme d'un fléau, par des gens qui seraient bien fâchés de renoncer aux ch(;mins de fer; et tous les jours, non seulement dans les journaux et les publications socialistes, mais encore dans les publications littéraires, ou voit indiquer la « surproduction » comme due aux machines, et on lit des lamentations sur
qu'ils étaient en 1840 de 97,7, en 1891 de 94,4, soit ; la main-d'œuvre qu'elles rendent forcément dispo- 5,4 Vo en moins, qni, ajouté au chiffre 68,6 d'aug- | nible. Si cette assertion était exacte, à coup sûr,
mentation des salaires depuis 1869, donne une augmentation de 74 Vo-
En Belgique, nous trouvons exactement, à quelque chose près, les mêmes conditions. M. Edmond Nicolaï publia, en 1896, une étude extrêmement intéressante sur les salaires et sur les budgets des ouvriers en 1853 et en 1891 (c'est le titre de sa brochure; mais il est remonté, en réalité, jusqu'en 1846). Le salaire des hommes de plus de 21 ans était alors de 1 fr. 46; en 1880, il s'élevait à 3,13; en 1891, à 3,75.
Le salaire des femmes s'est élevé de 0,71 à 2,17.
Si nous considérons la consommation annuelle des adultes, nous voyons immédiatement combien, en examinant les chiffres de l'alimentation, cette augmentation de salaire a apporté de bien-être dans la famille.
Je vais me servir des moyennes établies en Belgique, dont je laisse toute la responsabilité à M. Ducpétiaux; mais quand on voit ces moyennes se généraliser, se reproduire à peu près dans tous les pays, et concorder, d'un côté avec l'avilissement du prix des denrées, d'un autre côté avec l'augmentation des salaires, on peut admettre qu'elles représentent une probabilité de certitude.
La consommation annuelle d'un ouvrier était, en 1853, de 211 kilog. de pain, et en 1891, de 264,
depuis cinquante ans spécialement, les salaires auraient dû baisser dans des proportions considérables. Partout les carrefours devraient être encombrés de sans-travail. Au contraire, nous trouvons que, dans les pays où le machinisme a pris la plus grande extension, les salaires ont augmenté dans une proportion que nous pouvons admettre comme étant, au minimum, de 70 Vo-
J'ai déjà indiqué théoriquement comment ce fait se produit. Je vais l'expliquer avec des chiffres que j'emprunte à un article paru, le 29 février 1890, dans le Monde économique et dû à M. Daniel ZoUa, professeur d'économie rurale à l'École de Grignon, dont les renseignements peuvent être invoqués avec confiance :
Avec le fléau ordinaire dont se servaient nos pères, un homme vigoureux pouvait, en 10 heures, battre 75 à 85 gerbes de 8 à 9 kilog., donnant environ 250 kilog. de grains.
Une batteuse ordinaire, qui ne nettoie pas davantage les blés égrenés, exige, pour son service, 12 à 15 personnes, mais peut fournir, dans une journée de 10 heures, 5.000 kilog. de grains.
Enfin, une machine plus puissante, avec une équipe de 50 liomines, peut donner, eu 10 heures également, 24.000 kilog. de grains. Pour obtenir 1.000 kilog. de blé séparé de l'épi, il faut donc une
tandis que la consommation des pommes de terre quantité de travail représentée, avec le fléau, par
avait baissé de 312 à 242 kilog.
La viande et le lard avaient passé, au contraire, de 9 kilog. 60 à 29,60.
Le beurre et la graisse avaient doublé, de 9 à 18 kilog. 95.
Le café était resté à peu près au même chiffre.
Mais, de plus, le pain de froment avait passé, comme cote, de 31 Vo à 82 Vo dans l'alimentation, tandis qu'au contraire le pain de seigle était tombé de 47 V. à 2 Vo.
Les salaires en Angleterre ont suivi la même progression. M. Robert Giffen, le célèbre statisticien du Board of Trade, a examiné les salaires en iSOans, lors du jubilé de la reine (1897). Nulle part il n'y a de diminution pour les hommes, et les aug-
100; avec la première machine, par 75; îKec la seconde machine, par 50.
Alors, on dit que voilà 50 personnes qui sont mises hors du battage des grains, et on serait sur le point de déclarer que ces malheureuses 50 personnes sont toutes réduites à la famine. Cependant, il y a une phrase que l'on entend répéter de toutes parts, et on la répète depuis longtemps. On l'a entendue dans la Cagnotte, au Palais- Royal, il y a plus de trente ans : L'agriculture manque de bras! Nous pouvons dire que, si l'agriculture a manqué de bras, et encore en manque, c'est parce que l'outillage agricole ne s'est pas aussi vite perfectionne que l'outillage industriel et qu'il ne permet pas de donner des salaires suffisants aux travailleurs agri-
SALAIRES
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coles. Dans ces conditions, ils émijrrenl vers les industries où ils tronvent des salaires plus abondants. Dans les pays où il y a à la fois nne airrirnlture extrêmement développée, comme le Nord et le Pas-de-Calais, et où, en même temps, il y a des mines qni ont la réputation de faire des martyrs du travail, la mine appelle perpétuellement à elle des travailleurs agricoles, et jamais le travailleur agricole qui est entré dans la mine n'en ressort pour reprendre la houe ou les mancherons de la charrue. Pourquoi?... Avec leur puissant outillage, les mines peuvent donner des salaires dont j'ai indiqué tout à l'heure la quotité, très supérieure aux salaires jigricoles. Les travailleurs agricoles qui sont à portée d'industries pouvant leur donner ces avantages, émigrent vers elles, et ne peuvent être remplacés, dans l'est et dans le nord-est de la France, que par des Belges, et même, dans les environs de Paris, par des colonies de Bas-Bretons, qui sont heureux de trouver des salaires relativement plus élevés que dans leurs pays d'origine. Snr les oO •/„ de personnes dont le travail a été rendu disponible par la machine à battre, une partie a retrouvé du travail dans les professions agricoles, parce que la production agricole, ayant augmenté, exige plus de bras, et puis a donné lien à de nouvelles industries. Ainsi, une partie de cette main-d'œuvre a été reprise par la fabrication des machines agricoles. Avant le développement de ce machinisme agricole, on n'aurait pas fait des usines semblables ans sucreries, qui exigent une abondante main-d'œuvre. Bien loin, par conséquent, que le développement de la machine détruise l'utilisation de la maind'œuvre, on peut dire que c'est dans les pays les plus pauvres, — il suffit de regarder une carte économique dn monde, un planisphère, pour en acquérir immédiatement la conviction, — c'est dans les pays les plus pauvres, ceux-là où le machinisme est le moins développé, que la main-d'œuvre est au plus bas prix, tandis qu'au contraire c'est dans les pays où le machinisme est le plus développé, c'est en Angleterre, c'est aux États-Unis, c'est en France, c'est en Allemagne, que la main-d'œuvre atteint les pins hauts prix. Quand on considère l'évolution économique qui s'est produite depuis un demi-siècle, on constate que la main-d'œuvre perd de son importance relative dans chacune des industries, et plus elle perd de son importance relative dans une industrie, pins elle peut y obtenir un gain élevé. Ainsi, M. Carrol Wright estime qu'aux États-Unis, dans les industries, on assignait, en 1850, 51 % au travail, relativement au produit net, tandis qu'en 1890 on ne Ini assignait qne 45 '!„. Par conséquent, voilà une plus grande part disponible donnée à la rémunération du travail.
Dans les filatures de coton, en 1830, un ouvrier conduisait 25 broches; en 1890, il pouvait en conduire pins de 64.
Dans les industries chimiques, la soude valait 45 fr. les 100 kilog. en 1855, maintenant elle vaut 9{r. : dans cette industrie, les salaires ont augmenté de 100 • /.. En parlant de l'outillage, il faut entendre tontes les forces qui peuvent déterminer une augmentation de production: dans l'industrie chimique, telle on telle combinaison, indépendante de ce qu'on appelle vulgairement le machinisme, peut cependant diminuer les prix de revient dans la pins large proportion. Plus le prix de revient est diminué,
plus peut être grande la quote-part de la rémunération de la maind'(purre.
VIII. la part du Salaire et du Capital. — Beaucoup de gens sont tout prêts à dire : « La part du capital est trop grande. »
D'abord, la part dn capital... Il faudrait supprimer ce mot-là. .M. Walker, dans son volume : tlie Science of Wealth, publié en 1869, où il a si violemment attaqué, à si bon droit, le fonds des salaires, déclarait qu'il ne fallait pas parler des profits dn capital, mais qu'il fallait parler des profits de l'entreprise, de l'alTaire; et il avait absolument raison.
Voici le résultat d'une enquête faite par le Bureau du travail de l'État de l'IIlinois, dont la capitale est Chicago : sur 26 industries représentant les deux tiers des capitaux et des ouvriers employés dans cet État, on a établi le rapport du salaire des ouvriers et des produits. On trouve, pour 54 établissements de salaison représentant 53 millions de capital et employant 10.212 ouvriers, un produit brut de 46.000 fr. pour un salaire de 1.930 fr. En entendant ces chiffres, on a une tendance à dire : Mais cette différence entre le produit brut et le salaire de l'ouvrier montre toute la plus-value du travail, dont profite le patron.
Il n'y a qu'nn malheur à ce beau raisonnement, et le voici :
Matières premières 406.900.000
Salaires.
Aotres frais
Total
Prodait brut
Diflérence en moins.
Ces fabriques de salaisons représentent non uu gain, mais nne perte de plus de 6 millions, qui, par ouvrier, se répartit de la manière suivante :
Produit brut 46.000
Salaire 1 .930
Perte 635
La fameuse plus-value est donc nne moins- value; et dans combien d'industries n'en est-il pas de même?
Le même travail a été fait pour 97 minoteries. Même phénomène :
Salaire 2.655
Produit brnt 64.250
Déduction faite des matières premières et autres frais, la perte est de 3.400.000 fr. qui, divisés par 1.838 ouvriers, représentent une moins-vaine, pour chacun d'eux, de plus de 2.000 fr.
.M. Lalande a fait, en 1892, une monographie de
la fabrique de porcelaine et de faïence de Bacalan,
I fondée en 1782. Il a montré que la part du capital
j avait été de 1.100.000 francs et la part du travail de
: 37.700.000 fr.
1 À propos de la part du capital, il y a an certain nombre d'éléments qu'on oublie : on oublie, par exemple, qu'en 1894, en Belgique, sur une produc- ; tion de 20 millions de tonnes de houille, l'exploita- I tion en a absorbé plus de 1.800.000, soit près de9 •/.; ! on oublie la hausse et la baisse des cours pour les I achats des matières premières et pour les ventes, ; hausses et baisses qui démolissent les calculs les ' mieux établis et transforment tout d'un coup les I gains en pertes. On oublie toujours l'amortissement. On dit : « Voilà un tant pour cent pour 1p capital, : tant pour cent pour le salaire, » et puis on calcule ; nne moyenne sur le prix d'achat et snr le prix de i vente des produits, et l'on dit : « La part du salaire t n'est pas suffisante. »
SALAir.ES
SALAIRES
Mais plus l'activité industrielle devient grande, plus la concurrence se développe, plus il est nécessaire d'amortir avec rapidité. Or, lorsque vous établissez votre prix de revient et lorsque vous comptez nn amortissement rapide, c'est autant que vous enlevez au bénéfice immédiat, mais c'est la liberté pour l'avenir; cela vous permet, une fois votre opération liquidée, comme on dit dans le langage industriel, de « marciier sur le velours », et si, par liasard, des transformations viennent à se produire, cela vous permet d'être prêt à les subir. Mais ce sont là des frais considérables, qu'on néglige généralement de mentionner quand on essaye de faire la part . entre le capital et le salaire.
Je ne cite qu'un chiffre, qui montre de quel poids pèse l'amortissement sur une industrie. M. Euverte, dans son rapport sur les industries métallurgiques, a constaté que, de 186ij àl89o, l'industrie métallurgique française a amorti, sur les dépenses de création d'usines et de réfection d'outillage, 400 millions de francs environ.
VIII. La Loi d'airain des Salaires. — Ce ne sont même pas les socialistes qui l'ont inventée. Lassalle a pris cette idée à Ricardo, qui lui-même l'avait prise à Turgot, et il lui a donné, pour les besoins de sa polémique, un sens absolu.
Turgot ^ commence par reconnaître que le travail est soumis à la loi de l'offre et de la demande : (( Le simple ouvrier, qui n'a que ses bras et son industrie, n'a rien qu'autant qu'il parvient à vendre aux autres sa peine. Il la vend plus ou moins cher : mais ce prix plus ou moins haut ne dépend pas de lui seul. »
Turgot énonce là une vérité incontestable : car jamais le prix d'un objet ou d'un service ne dépend d'une seule personne : le prix est un rapport entre deux convenances, entredeux besoins, celui de vendre et celui d'acheter : un individu ne se vend pas à soi-même une marchandise, pas plus qu'il ne peut •acheter son propre travail.
Turgot continue en disant : « Ce prix résulte de l'accord qu'il fait avec celui qui paye son travail. Celui-ci paye le moins cher qu'il peut. »
Le consommateur veut acheter le meilleur marché possible, le producteur veut vendre le plus cher possible. Le consommateur et le producteur de travail n'échappent pas à cette loi générale.
Turgot, d'après l'expérience de son temps, alors que florissaient ces corporations, maîtrises et jurandes • qu'il abolit et qui ressuscitèrent après sa chute pour être définitivement supprimées quinze ans plus tard par l'Assemblée nationale, continuait : « Comme il a choix entre un grand nombre d'ouvriers, il préfère celui qui travaille à meilleur marché. Les ouvriers sont donc obligés de baisser le prix à l'envi les uns des autres. Eu tout genre de travail, il doit arriver et il arrive, en effet, que le salaire de l'ouvrier se borne à ce qui lui est nécessaire pour lui procurer sa subsistance. »
Turgot considère que l'offre du travail est supérieure à la demande ; il en conclut que le travail tombe à un prix égal à la subsistance.
Comment a t-il pu établir l'exactitude de ce rapport? Comment pouvait-il justifier cette équation? Est-ce que, même de son temps, la subsistance de tous les Français était égale? Et maintenant, regardons autour de nous. Est-ce que la subsistance de