XI. L'art. 6. — Cet art. dit
Les syndicats professionnels de patrons et d'ouvriers auront le droit d'ester en justice.
Pourquoi cette distinction à l'art. 6? Pourquoi nepas avoir dit tout simplement les syndicats professionnels? Un syndicat de médecins, qui ne se compose ni « de patrons ni d'ouvriers », ne rentreraitil donc pas dans l'art. 6? Il n'en est rien. Alorspourquoi cette rédaction?
Les Syndicats « ne pourront acquérir d'autres immeubles que ceux qui sont nécessaires à leurs réunions, à leurs bibliothèques et à des cours d'instruction professionnelle ». On a fait observer que cette disposition était inutile. Pourquoi cette distinctioit entre la propriété immobilière et la propriété mobilière? On a peur de l'internationalisation des Syndicats : n'est-ce pas une manière de la développer? Si des syndicats ouvriers sont condamnés à des amendes ou à des dommages-intérêts, ils sont insaisissables : alors ne leur interdisez pas de posséder des immeubles.
« Ils pourront constituer entre leurs membres des caisses spéciales de secours mutuels et de retraites»
SYNDICATS PROFESSIONNELS
SYNDICATS PROFESSIONNELS
etc. » Les paragraphes consacrés à la compétence auraient été mieux placés à la suite de l'art. 2.
Xn. Congrégation laïque. — L'art. 7 assnre la liberté individuelle du membre du syndicat. Celni-ci peut se retirer à tout instant du syndicat. Il n'est tenu qu'à payer la cotisation de l'année courante, mais il perd tous ses apports an syndical, qui est constitué à perpétuité, sans limitation de dorée.
Il ne peut retirer sa quote-part de l'avoir social, comme le fait l'actionnaire d'une Société commerciale, qui peut vendre son action.
Le syndicat est une congrégation qui absorbe toujours et ne rend jamais. Ses membres peuvent s'éparpiller : il garde leurs apports.
La personne qui se retire d'un syndicat conserve le droit d'être membre des Sociétés de secours mutuels ou de pensions de retraite pour la vieillesse à l'actif desquelles elle a contribué par des cotisations on versements de fonds.
La loi du 21 mars 1884 ne contient aucune disposition relative à la dévolution des biens en cas de dissolution du syndicat.
Cette loi donne la personnalité civile à une Société secrète qui ne doit à l'État ni les noms de ses membres, ni compte financier, ni compte moral.
Les Trade-Unions, elles, n'ont d'existence légale qu'à la condition d'être enregistrées. Elles doivent donner un compte tous les ans, conformément à un modèle. (Voy. Tradk-Uxio.ns.)
Les Unions professionnelles de Belgique, calquées sur les syndicats français, sont soumises à une législation plus précise que la loi de 1884.
XII. L'amendement Bovier-Lapierre. — Des amendements ont été proposés à la loi de 1884. Le plus célèbre est connu sous le nom d'amendement Bovier-Lapierre. Il fut adopté le 13 mai 1890 par la Chambre des députés. Repoussé par le Sénat, il fut repris le a novembre 1891 et adopté par 267 voix contre 213.
il frappait d'un emprisonnement de 6 jours à un mois et d'une amende de 16 fr. à 2.000 fr. « tous patrons, entrepreneurs d'ouvrage ou contremaîtres qui seront convaincus d'avoir contraint ou empêché de faire partie d'un syndicat, ou entravé ou troublé la création ou le fonctionnement de syndicats professionnels ». La Chambre repoussa par 288 voix contre 219 un second paragraphe punissant des mêmes peines tous ouvriers ou employés qui auraient en recours aux mêmes moyens pour obtenir le même résultat ! La Chambre ne se rappelait pas à coup sûr, en votant de cette manière, le principe de l'égalité des citoyens devant la loi. Cette proposition est tombée dans l'oubli.
XIII. Le Syndicat obligatoire. — Rendre le syndicat obligatoire, tel a été le but constamment poursuivi par les socialistes. La proposition de loi adoptée le 29 novembre 1900 par la Chambre des députés sur le placement des ouvriers, en supprimant les bureaux de placement payants, oblige les intéressés à avoir recours aux bureaux municipaux, mais surtout aux syndicats.
Le décret du 17 septembre 1900 sur les conseils du travail, modifié par le décret du 2 janvier 1901, les fait composer de délégués de syndicats : c'est nue nouvelle manière de rendre le syndicat obligatoire. (V. Travail : Conseils du travail.)
XIV. Le recensement des syndiqués. ~ Mais ces décrets ont porté atteinte an mystère garanti par
l'art. 3 de la loi de 1884 à la composition des syndicats. Le décret do 17 septembre déclarait électeurs les syndicats professionnels comprenant au moins
10 patrons ou assimilés ou 'S.i ouvriers ou employés.
11 commençait donc à procéder an recensement des membres des syndicats.
Le décret du 2 janvier 1901 a approuvé cette disposition. Chaque syndicat a une voix par 10 patrons et par 25 ouvriers. Le préfet arrête la liste électorale. <( L'association est inscrite pour le nombre de voix qu'elle aura accepté de justifier. » Le décret invite ainsi le syndicat à donner la liste de ses membres et à prouver, par la production de ses comptes, qu'ils sont membres effectifs.
XV. Projet de loi du U noiembre 1899. — Le 14 novembre 1899, M. Waldeck-Rousseau a déposé le projet de loi suivant, portant modification de la loi de 1884 :
Projet de Loi : Article unique.— La loi da 21 mars 1884 sur les syndicats professionnels est modifiée, conformément ans dispositions suivantes :
.\rt. 3. — 1-es syndicats professionnels ont exclasivement ponr objet :
i' L'étade et la défense des intérêts économiques, iadastriels, commerciaux et agricoles;
2* Les opérations diverses qai, ne se rattachant pas directement à ce premier objet, sont néanmoins expressément antorisées par la présente loi.
.\rt. 5. — I-.es syndicats professionnels, régolièrement constitués, d'après les prescriptions de la présente lof, pourront librement se concerter pour l'étode et la défense de lears intérêts économiqaes, iodastriels, commerciaux et agricoles.
Les dispositions de l'art. 4 sont applicables aux unions de syndicats, qui devront, en outre, faire connaître les noms des syndicats qui les composent.
Ces unions pourront ester en justice.
Elles pourront posséder les immeubles qui sont nécessaires à leurs bureaux, à leurs réunions et à leurs bibliothèques, cours d'instruction professionnelle, collections, laboratoires, champs d'expérience, abris pour bestiaux, machines ou instruments, bourses de travail, ateliers d'apprentissage, hospices et hôpitanx.
Elles pourront recevoir des dons et legs avec afiectation à ces institutions.
Les statuts prévoiront la destination de ces biens en cas de dissolution de l'union.
.\rt. 6 (variante). — Les syndicats professionnels jouissent de la personnalité civile. Ils ont le droit d'ester en justice et d'acquérir sans autorisation, à titre gratuit ou à titre onéreux, des biens meubles et immeubles. Us pourront faire des actes de commerce en se conformant aux dispositions ci-après.
I^s syndicats de plus de sept membres qui, dans le but d'exploiter une entreprise commerciale, formeront une Société à responsabilité limitée régie par les lois du 24 juillet 1867 et du 1" août 1893, bénélicieront des exceptions suivantes aux dispositions desdites lois :
Le syndicat, personne civile, ponrra être propriétaire da la totalité des actions. Dans ce cas, des syndiqués auront le droit d'être administrateurs sans être individuellement porteurs de parts ou actionnaires, et l'assemblée générale sera formée de mandatairesdésignés par lesyndicat, chaque mandataire possédant une voix, et tous étant considérés comme représentant chacun une part égale dans le capital social.
Si une Société est formée par deux ou plusieurs syndicats, les statuts de cette Société déterminent le nombre de mandataires délégués par chacun des syndicats actionnaires, tout délégué ayant une voix.
Quelle que soit l'importance du capital social, il pourra être divisé en actions on coupures d'actions de 25 fr. La Société ne ponrra être déSnitivement constituée qu'après la souscription de la totalité du capital et le versement en espèces, par chaque syndicat actionnaire, du quart des ac-
SYNDICATS PROFESSIONNELS
SZEMAO
lions ou coupures d'actions souscrites par lui, même lorsqu'elles n'excèdent pas 25 fr. Si la Société est à capital variable, le versement du dixième suffit.
Les syndicats pourront, en se conformant aux autres dispositions de la loi, constituer entre leurs membres des caisses spéciales de secours mutuels et des retraites.
Ils pourront, etc. (comme les trois derniers alinéas de 1 art. 6 ancien).
Art. 7 (variante).— Tout membre d'un syndicat professionnel peut se retirer à tout instant de l'association, nonobstant tonte clause contraire, mais sans préjudice du droit pour le syndicat de réclamer la cotisation de l'année courante, les cotisations versées restant la propriété du syndicat.
Les statuts règlent le mode de liquidation des droits appartenant, dans l'actif commercial, aux associés qui cessent de faire partie du syndicat, soit par décès, soit autrement.
Ils règlent également la destination des biens du syndicat en cas de dissolution.
(Le dernier alinéa identique au dernier alinéa de l'art. 7 ancien).
Art. 8. — Lorsque les biens des unions de syndicats auront été acquis contrairement aux dispositions de l'art. 5, la nullité, etc. (la suite comme à l'art. 8 ancien).
Art. 9. — Les infractions aux dispositions des art. 2, 3, 4, 5 et 6 de la présente loi seront poursuivies contre les directeurs ou administrateurs du syndicat ou de l'union et punies d'une amende de 16 à 200 fr. Les tribunaux pourront, en outre, à la diligence du procureur de la République, prononcer la dissolution du syndicat ou de l'union et la nullité des acquisitions d'immeubles faites en violation des dispositions de l'art, o (le 2' alinéa comme à l'art. 9 ancien).
Art. 10. — L'entrave volontairement apportée à l'exercice des droits reconnus par la présente loi, par voie de refus d'embauchage ou de renvoi, la mise en interdit prononcée par le syndicat dans un but autre que d'assurer les conditions du travail fixées par lui et la jouissance des droits reconnus aux citoyens par les lois, constituent un délit civil et donnent lieu à l'action en réparation du préjudice causé. Cette action peut être exercée soit par la partie lésée, soit, dans le cas prévu au paragraphe 1", par le syndicat.
Art. il. — Sera puni des peines prévues par l'art. 414 du Code pénal quiconque, par l'un des moyens énnmérés audit article : violences, voies de fait, menaces, manœuvres frauduleuses, aura obligé, ou tenté d'obliger une ou plusieurs personnes soit de sortir d'un syndicat, soit d'en faire partie.
Art. 12. — La présente loi est applicable à l'Algérie.
Elle est également applicable aux colonies de la Martinique, de la Guadeloupe et de la Réunion. Toutefois, les travailleurs étrangers et engagés sous le nom d'immigrants ne pourront faire partie des syndicats.
Le projet donne anx unions de syndicats le droit d'ester en justice et de posséder des immeubles. Les statuts prévoiront la destination des biens en cas de dissolution.
Les syndicats peuvent acquérir des meubles et immeubles sans autorisation et leurs propriétés ne sont plus limitées.
Ils peuvent faire des actes commerciaux en constituant une Société commerciale, dont le syndicat, personne civile, pourrait posséder la totalité des actions. Nous ne voyons pas bien comment cette Société commerciale pourrait fonctionner.
L'art. 7 prévoit la dissolution et, de plus, spécifie que . les statuts règlent le mode de liquidation des droits appartenant dans l'actif commercial aux associés qui cessent de faire partie du syndicat ».
L'art. 10 reproduit l'amendement Bovier-Lapierre en l'améliorant. Le refus d'embauchage ou le renvoi
d'un syndiqué n'est plus qu'un délit civil. Cet article n'en a pas moins la grave conséquence d'avoir pour but de forcer le chef d'établissement à embaucher un syndiqué et à le conserver ensuite à perpétuité sous peine de dommages-intérêts.
Il est impossible d'empêcher des individus de s'associer : mais au-dessus de la liberté d'association, il y a la liberté individuelle. Il faut bien reconnaître que la loi de 1884 a surtout servi d'instrument contre la liberté du travail et contre la liberté de l'échange: chaque groupe a essayé d'obtenir des privilèges anx dépens des individus et de l'intérêt général. Les divers propositions et projets qui ont été présentés depuis ne l'améliorent pas dans le sens libéral. Nous examinerons à l'art. Travail si l'on peut transformer les syndicats professionnelsen groupements ayant un objet bien déterminé, obligés à la publication de leurs actes et de leurs comptes.
Yves Guyot.
Statistique des Syndicats professionnels. — Les syndicats professionnels constitués en vertu de la loi du 21 mars 1884 sedivi-senten syndicats patronaux et syndicats ouvriers. Les patronaux étaient au nombre de 101 en 1884, 1.004 en 1890, 1.622 en 1895 et 2.157 en 1899 (31 décembre) ; les ouvriers, de 68 en 1884, 1.005 en 1890, 2.163 en 1895 et 2.685 en 1899. Les syndicats mixtes, qui étaient 184 en 1897, ne sont plus, au 31 décembre 1899, que 170. Les syndicats agricoles ont rapidement progressé : 5 en 1884, 648 en 1880, 1.188 en 1895 et 2.069 en 1899. Le nombre total des syndicats professionnels était en 1899 de 7.081, en augmentation de 756 sur 1898. D'après VAnnuaire des Syndicats, le personnel des Syndicats patronaux comprenait, au 1" janvier 1900, 158.300 personnes; celui des syndicats ouvriers, 492.697; celui des syndicats mixtes, 28.519: celui des syndicats agricoles, 512.794 : total, 1.192.260 membres; mais, en réalité, ces chiffres sont dépourvus de tout contrôle. Sur les 492.647 ouvriers comptés, combien payent leurs cotisations?
SYRA. Ile de l'archipel Grec, chef-lieu du départ. des Cyclades, par 37° 28' 56" lat. N. et 22° 35' long. E. Pop. : 27.774 hab., dont 8.000 catholiques environ. La capitale, Hermoupolis (18.760 hab.), est sur la côte ; orientale de l'île, qui se divise en deux communes : Hermoupolis et Syra, qui comprend l'ancienne ville (9.014 hab.).
Cette île est sèche et aride, mais la culture maraîchère y est précoce et développée. C'est un exJ cellent port de transit pour la Grèce et le Levant L'industrie y a longtemps rivalisé avec celle dl Pirée. Forges et chantiers do constructions navales serrurerie, poulies, cordages et ancres, tanneries filatures et tissage de coton, fabrication de pâtes' alimentaires et de confiserie. Siège de la Compagnie grecque de Navigation à vapeur. Chambre de commerce, succursale de la Banque Nationale, consulats de toutes les nations étrangères. Rapports quotidiens avec le Pirée, qui est à 75 milles marins au N.-O., et avec plusieurs autres ports de Grèce et du Levant. Escale des navires français, des Messageries et Fraissinet, du Lloyd autrichien, de la Générale Italienne et d'autres Compagnies anglaises, allemandes et hollandaises. Le lazaret de quarantaine pour les provenances du Levant est sur l'île de Délos, à 16 milles à l'E. de Syra. A. Typaldo-Bassia.
SZÉ.>l.\0. V. Ports a traité.
TABAC
- an —
TABAC
TA-UEX-\VA.\. Golfe de ]a côte E. de la presqn'ile de Liao-Tonng, en Chine, occnpé par les Rnsses en vertu de la convention du 27 mars 1898. Snp. : 400 kil. carrés env. Un rescrit impérial a déclaré qne Ta-Lien-Wan resterait port libre pendant toute la dnrédn bail accordé par le gouvernement chinois.
TABAC
-^iiMMAiRE : Nature de la matière première. — Régime fisoal. — Cnltnre, récolte et vente des tabacs indigènes. — Fabrication. — Vente des produits fabriqués. — Sortes des tabacs livrés au pnblic. — Bénéfices de la Régie.— Droits d'entrée en France et application de ces droits. — Commerce extérieur de la France et Commerce international.
Le tabac est une plante de la famille des Solanées, tribu des Xicotianées; herbacée, presque ligneuse, originaire d'Amérique et cultivée en France, en Belgique, en Hollande, au Brésil, en Extrême-Orient, à Java, etc.
On distingue les espèces suivantes :
Nicotiane ordinaire (Nicôtiana tabacnm). — Vivace dans le Nouveau Monde ; annuelle en Europe ; hauteur 2 m.; elle comprend plusieurs variétés : la variété à grandes feuilles donne les tabacs de Maryland, le tabac turc, ses feuilles mesurent 15cent.de longueur sur 5 à6 de largeur.
NicotiaM rustique (Nicôtiana rnstica). — Originaire du Nouveau .Monde, cultivée surtout dans r.\mériqne .Méridionale, en Asie, en .\friqne, dans le .Midi de la France. Feuilles ovales et obtuses.
Xicotiane auriculée (Nicôtiana auriculata).
Nicotiane paniculée (Nicôtiana paniculaU). — Se cnl- Uve an Pérou et en Orient ; fournit le tabac de Verinas, très doux et très recherché en Turquie.
Nicotiane persique (.Nicôtiana persica).
Nicotiane recourbée (Nicôtiana repanda). — Cnltivée à Cuba et employée à la fabrication des cigares de la Hav-ane.
Nicotiane quadricalie (Nicôtiana quadrivalvis). — X feuilles relali?ement petites, oblongnes, fournit le tabac de .Missouri.
Nicotiane multicalve (.Nicôtiana multivalvis).
Le tabac a été introduit en Europe au commencement du XVI' siècle. Snivant certains auteurs, le mot tabac est dérivé du nom tabacos, sous lequel les peuplades d'.\mériqne désignaient cette plante lorsque Christophe Colomb y débarqua; snivant d'autres le mot tabac proviendrait de Tabago, l'une des petites .\ntilles, où les Espagnols remarquèrent pour la première fois cette plante.
Des grains de tabac furent envoyées à Charles- Qnint, en 1.518, par Cortez. En ioéo Jean Nicot de Villermain fit hommage, à la reine Catherine de Médicis, de pieds de tabac; enfin, en 1578, un voyageur. Sir William Raleigh, rapporta du tabac d'.\mérique en .\ngleterre, où il fut le premier fumeur.
La culture du tabac, localisée en .\mérique jusqu'au XVI' siècle, s'est peu à peu généralisée dans toutes les parties du monde, bien que r.\mérique eonstitne toujours le centre le plus important de production.
Le tabac contient une base organique volatile (ni-
cotine), des acides organiques (acide maliqne, citrique, acétique, oxalique, pectique, ulmique); des corps neutres organiques (résine, nicotianine, matières azotées, cellulose) ; des bases minérales et des acides minéraux.
La proportion des matières minérales est considérable; le tabac calciné donne en effet 17 à 24 •/. de cendres. La substance la pins importante à considérer, la nicotine (C H'* .\z*) est un alcaloïde huileux, inflammable, brunissant et se résinifiant au contact de l'air, d'une odeur acre et caractéristique, de saveur brûlante, très solnble dans l'eau, l'éther, l'alcool, les huiles, peu soluble dans l'essence de térébenthine: c'est un poison violent amenant des désordres graves dans l'estomac, même à petite dose, et occasionnant des troubles cérébraux.
La quantité de nicotine contenue dans les tabacs varie snivant leur provenance : elle est inférieure à 2 Vo dans le tabac de la Havane et atteint 7,96 •/, dans le tabac du Lot séché à 100' ctg. Le tabac préparé en contient beaucoup moins (2,07 •/, dans les cigares à 0 fr. lo; 2,04 "/, dans le tabac à priser i.
Régime fiscal. — Dès l'année 1621 le tabac a été imposé en France. Le premier impôt fut de 40 sons du cent pesant: il fut porté en 1638 à 7 livres. En i67i la fabrication et la vente en furent données à la Ferme générale. En 1667 on les concéda à un particnlier moyennant 150.000 livres par an, plus 100.000 livres payables à la Ferme générale, à titre d'abonnement pour les droits d'entrée, de sortie et de circulation. Le prix du bail s'accrut ensuite chaque année, jusqu'à ce que, en 1718, le monopole du tabac fût adjugé à la Compagnie des Indes Occidentales ponr le prix annuel de 4.000.000 de livres. En 1719 ce monopole fut de nouveau supprimé et remplacé par un droit énorme à l'importation des tabacs par navires étrangers, moindre par navires français.
On revint, quelques années après, à l'ancien système, qni fut maintenu jusqu'à la Révolution. En 1791 la culture, la fabrication et la vente du tabac furent déclarées libres et frappées seulement d'une taxe qui alla grandissant, avec des restrictions qui se multiplièrent pendant les années suivantes. EnGn, en 1811 Napoléon rétablit le monopole de l'État. La culture du tabac devint un privilège accordé, dans quelques départements, à un certain nombre d'individus qui l'exercent sons la surveillance de l'État ; celui-ci seul achète leurs produits ou leur accorde la permission de les vendre ponr l'expert. L'État se réserve exclusivement l'import. et l'export., aussi bien que l'entreposage, l'emmagasinage, la fabrication et la vente des tabacs de toutes sortes, sons toutes formes. Les prix sont fixés à un taux très élevé, suivant les besoins dn fisc.
•actuellement l'Administration des tabacs forme une direction générale placée sous la haute surveillance du Ministre des finances. Cette direction générale comprend deux services distincts : le service de la fabrication et celui de la vente.
Culture, Récolte, Vente des tabacs indigèties. — Le tabac traité dans les manufactures de l'État est pour la plus grande partie fourni par la culture française.
Avant 1870, 18 départements étaient autorisés à cultiver le tabac : le Haut-Rhin et le Bas-Rhin fonr-
TAB.Ve
nissaient pour lenr part la moitié de la récolte totale. Depuis la guerre de 1870 la culture a été étendue à 22 départements : Ain, Alpes- Maritimes, Bouchesdu-Rhôue,Corrèze, Dordogne, Gironde, Illeet-Vilaine, Landes, Lot, Lot-et-Garonne, Meurthe-et- Moselle, Meuse, Nord, Pas-de-Calais, Puy-de-Dôme, Hautes-Pyrénées, Haute-Saône, Savoie, Haute-Savoie, Var, Vaucluse, Vosges.
La culture est libre en Algérie.
La superficie cultivée était de 14-211 hect. en 1893, 15.888 en 1894, 16.365 en 1895, 16.681 en 1896 et 16.831 en 1897. On peut estimer à 62.300 le nombre des planteurs.
La production totale a été de : 196.722 quintaux en 1893, 239.721 en 1894, 248.453 en 1895, 263.480 en 1896 et 265.758 en 1897.
Le département le plus productif est celui de la Dordogne, qui, en 1897, a fourni 42.500 qx; puis viennent : le Lot-et-Garonne avec 39.300 sur 3.412 hect., l'Isère avec 32.727 sur 1.763, le Lot avec 24.490 sur 2.100, le Pas-de-Calais avec 14.110 sur 1.057, la Gironde avec 21.437 sur 1.407, le Nord avec 17.360 sur 620, l'Ille-et-Vilaine avec 12.304 sur 769, la Haute-Saône avec 10.280 sur 498. La Meuse occupe le dernier rang dans la production indigène avec 48 qx sur 2 hect. L'Algérie fournit 27.000 à 30.000 qx par an.
Les tabacs récoltés dans les départements ci-dessus désignés ont des caractères et qualités très différents. Ainsi le tabac du Lot est fort et corsé; celui de Lot-et-Garonne, avec les mêmes caractères, est moins estimé; le tabac du Nord, fort et corsé, est très ammoniacal; celui du Pas-de-Calais, de même, mais un peu moins fort; enfin, le tabac d'Ille-et- Vilaine est peu estimé : son tissu est épais, il moisit facilement.
La surveillance des semis, des plantations, de la récolte et de la dessiccation des feuilles est confiée à des employés de l'Administration des manufactures de l'État.
La récolte faite, les feuilles, mises en manoques et séchées, sont livrées par les planteurs aux magasins de feuilles, au nombre de 33 en France et en .\lgérie. C'est également à ces magasins de feuilles que les planteurs étrangers ou leurs représentants livrent la matière première.
La Régie achète tous les tabacs récoltés par les planteurs des départements autorisés à se livrer à la culture, qui, au moment de la délivrance des permis de culture, n'ont pas déclaré cultiver pour l'exportation. Ce tabac est divisé en plusieurs qualités : surchoix, qualité première, deuxième, troisième et inférieure ou non marchande. Les tabacs que la commission n'a pas acceptés sont détruits.
La Régie française achète également pour le travail de ses manufactures des tabacs étrangers. Elle a dans ce but des magasins de réception à Bordeaux, Dieppe, Dunkerque, le Havre et Marseille, qui servent aussi au dépôt des tabacs indigènes à répartir entre les diverses manufactures.
Fabrication. — Ainsi que nous l'avons dit plus haut, la fabrication du tabac a lieu dans les manufactures de l'Etat. Ces manufactures sont au nombre de 21, savoir : Paris (Gros-Caillou), Paris (Reuilly), Pantin, Toulouse, Marseille, Lille, Tourcoing, Bordeaux, Lyon, le Havre, Morlaix, Dieppe, Nantes, Chàteauroux, Nice, Nancy, Riom, Dijon, le Mans, Orléans, Limoges.
En France, la récolte des feuilles se fait au commencement de l'automne. Les feuilles, séchées à l'air sous des hangars et suspendues à des cordes, sont réunies en paquets ou manoques de grosseurs variables. La dessiccation des manoques s'achève dans les magasins de tabacs en feuilles. Après 6 mois de séjour dans ces magasins, elles sont mises en ballots cubiques de 1 m. de côté, sous toiles, pesant de 400 à 500 kilog. et envoyées aux manufactures de tabac.
A la .manufacture, les manoques sont triées et classées, et les feuilles subissent tout ou partie des opérations suivantes :
1° L'époulardage, qui consiste à ouvrir les manoques, séparer les feuilles et les nettoyer;
2» La mouillade, qui consiste à arroser les feuilles avec de l'eau salée, pour leur donner de la souplesse et les préserver de la moisissure;
3° L'écôtage, qui a pour but d'enlever la côte médiane.
Ce n'est qu'après avoir subi ces opérations que l'on transforme ces feuilles en : cigares, tabac à fumer ou scaferlati, cigarettes, tabac à priser ou en poudre, tabac à mâcher ou à chiquer.
Cigares. — Un cigare se compose de 3 parties : l'intérieur ou tripe, la sous-cape, feuille de tabac enveloppant la tripe, et la robe ou enveloppe extérieure.
Les feuilles de tabac destinées à la fabrication des cigares sont lavées pour leur enlever une certaine quantité de nicotine, séchées et roulées à la main. Ce travail est confié à des femmes qui peuvent faire environ 150 cigares par jour (ce nombre, qui n'a rien d'absolu, dépend de l'espèce de cigares). Les cigares se pèsent par masses de 250 et sont enfermés pendant 6 mois dans un séchoir. Au sortir du séchoir, on les trie en claros et en colorados, et ou les met en boîtes.
On a cherché à substituer le travail mécanique au travail manuel pour la fabrication des cigares, mais bien qu'on ait réussi, dans une certaine mesure, au point de vue technique, on a encore économie à conserver le travail manuel pour les cigares à 0 fr. 10 et au-dessous.
Tabac à fumer ou scaferlati. — La préparation comprend les opérations suivantes :
1° Écabochage des maDoques. On coupe les manoques au sommet du lieu qui réunit les feuilles, et les caboches ou têtes des manoques sont utilisées pour la fabrication da tabac en poudre.
2° Triage des feuilles et écôtage, s'il y a lieu.
3° iMouillade avec de l'eau salée pour éviter la fermentation. On emploie quelquefois, au lieu de sel marin pur, les résidus des ratHneries de salpêtres de l'État. Dan» quelques pays on ajoute à la solution salée du salpêtre, du sel ammoniac et des substances sucrées et alcooliques pour donner au tabac un goût et une odeur agréables.
4° Fermentation des feuilles dans des tonneanx.
3° Capsage, c'est-à-dire superposition des feuilles dans le même sens, dans des mannes.
6° Hachage dans des hachoirs mécaniques sectionnant les feuilles perpendiculairement à leur grand axe.
7° Torréfaction dans des torréfacteurs mécaniques (système Rolland). Cette opération a pour but de sécher le tabac et de le faire friser. La température est réglée automatiquement à 100* ctg.
8° Séchage dans un cylindre de bois où circule nn courant d'air froid.
9° Ëpluchage ou séparation des parties les plus grossières.
10° Mises en masses. Le tabac reste eu tas pendant ua
TABAC
II* Pesage, mise en pa(|ucts, étiquetage, etc. Ces opérations s'exécutent mécaniqaemeDt avec ane machine à peser, à mettre en paiinets et à étiqueter, l'n ouvrier fait L'ii moyenne VM) petits paijuets de 40 gr. à l'heure ou 100 .t I lu paquets de 5 hectos. Les paquets sont mis en tonneaux qui contiennenl 2.000 Icilog. de tabac, puis expédiés ;iiix enlrepositaires.
Cigarettes. — Les mainsd'œnvre concernant la ' onfectiou des cigarettes ont reçu de grands perfectionnements. Les cigarettes se font à la main on à la machine. Dans ce dernier cas le papier est en Itaude conlintTb, sur un rouet, conpé à la largeur voulue par la machine, timbré, roulé et formé en un cylindre dans lequel la machine introduit du tabac (t le liourre, rejetant ensuite les cigarettes toutes faites dans un compartiment spécial où l'ouvrier n'a plus qu'à les prendre pour les mettre en paquets.
Tabac e.\ poudre ou a priser. — Ce tabac est fabriqué avec des sortes grasses, corsées, aromatiques et riches en nicotine. Le mélange habituel
st : Virginie, 2ii parties; Kentucky, 5; T. du Nord, S; T. d'Ille-et-Vilaine, 5; T. de la»t et-Garonne, li; T. du Lot, 18; coupures de Kentucky, 5; côtes et rejets d'autres fabrications, 22. On appelle Hollande un mélange spécial où il n'entre cependant pas de tabac de cette provenance.
Les opérations sont les suivantes :
1* .Monillade. On arrose les feuilles entassées dans des cases avec de l'eau salée; la monillade dure 3 jours.
î' Hachage. On coupe mécaniquement les feuilles en lanières larges de 1 cent, environ.
3* Mises en masses. On emplie le tabac liaché en las qui en contiennent 40 à oO.UOU kilog. Le tabac fermente, et on doit empêcher la température de s'élever aa-dessas de 73 à 80*. I^ fermentation dure 5 à (> mois.
4° Kàpage. Le tabac, agglutiné par la fermentation, est pulvérisé dans des moulins analogues aux moalins à café.
5' Tamisage. Le tabac tamisé est dit Rdpé sec.
6" Mises en cases. Le tabac est placé dans des cases en bois de chêne et mouillé avec 18% d'eau contenant 13'/^ lie sel. On incorpore ainsi dans le tabac 3 kilog. de sel par 100 kilog. de tabac. Ce tabac est dit alors Ràpéparfait.
7* Itemise en masses. Le tabac est de nouveau mis en masses; il fermente, sa température ne dépasse pas 53* pendant cette deuxième fermentation, qui dure une année.
8* .Mélangeage. Les tabacs sont mélangés et tamisés à nouveau, puis mis en tonneaux et tassés. Au bout d'un séjour de i mois en tonneaux, le tabac peut être livv à la consommation.
Tab.vc a mâcher ou A chiquer. — La fabrication de cette sorte de tabac rappelle celle des cigares. Les feuilles sont roulées en cordes et envidées sur des bobines pour constituer des rôles de I, i/3, 1/4 on l/'8 de kilog. Ces rôles sont ensuite placés dans des moules et comprimés à la presse hydraulique, pais sèches dans une étuve après avoir été Qcelés. En tout o opérations : filage, rôlage, pressage et éjutage, ficelage, séchage.
Indépendamment des ingénieurs des manufactures nationales, l'industrie et la fabrication du tabac n'occupe pas moins de22.6i0 personnes, parmi lesquelles 18.311 femmes.
Vente des produits fabriqués. —La vente des produits fabriqués se fait an moyen d'agents commissionnés relevant de l'administration des Contributions indirectes, savoir, par les entreposeurs aux débitants, par les débitants an public. I.es premiers sont pour la plupart d'anciens agents de la régie à qui l'entrepôt est donné comme nne sorte de retraite anticipée.
[| y a en France environ 43.000 bureaux de tabac divisés en plusieurs classes suivant leur produit. Les bureaux de 1" classa sont d'un produit annuel supérieur à i.OOO fr.
Ils sont concédés par le .Ministre des finances sur la proposition d'une commission composée de directeurs de régies financières, de députés et de sénateurs.
Les bureaux de î* classe, dont le produit annuel est inférieur à 1.000 fr., sont concédés par les préfets snr la proposition d'une commission composée, dans chaque département, du directeur des contributions indirectes, de deux chefs de service d'une administration flnancière. d'un conseiller de préfecture et d'un membre du Conseil général désigné chaque année par ses collègues.
En 1888 le .Ministre des finances a autorisé à Paris, dans certains magasins spéciaux assujettis an contrôla des Contributions indirectes, la vente directe an public de cigares de provenance étrangère.
Sortes de Tabacs livrées au public : Cigares. — f^a Régie française livre aux consommateurs: des cigares fabriqués en France avec des tabacs de provenances diverses, à des prix variant de 37 fr. .'50 à 12fr. ijO le kilog., des cigares importés en France tout fabriqués, qui valent deloOàoOfr. le kilog., des cigares fabriqués en France avec des tabacs étrangers provenant ordinairement des meilleurs crus de Cuba et valant de 87 à 50 fr. le kilog.
Parmi les cigares fabriqués à l'étranger, ceux en provenance de la Havane ont une réputation méritée; malheureusement, depuis quelques années, ils sont l'objet d'une contrefaçon qui s'exerce principalement en .Allemagne. La ville de Hambourg est le centre de l'export. de ces faux havanes qui ont avili les prix.
Les havanes véritables sont classés par les amateurs dans les 3 catégories suivantes :
1" catégorie : .Xgnilas de Oro, Flor de Cuba, Intimidad,. Commercial. Upmann, la Escepcion, Legitimidad.
2* catégorie : Cabanas, Carvajale, .\fricana, Corona. Vencedora, Yillar y Villar.
3* catégorie : Flor de Tabaccos, la Croix-Rouge, la Carolina.
A l'exception des deux grandes maisons Bock et Upmann, qui sont anglo-allemande et allemande, les fabriques sont entre les mains d'Espagnols.
Les ouvriers en cigares se payent an mille. Il faut à un ouvrier ordinaire 4 minutes pour faire un cigare et 2 minutes seulement à un excellent ouvrier.
.\ la sortie, les cigares sont frappés d'un droit de 1 fr. 35 par mille, d'un droit de timbre de 0 fr. 50 et d'un droit de tonnage de Ofr. 01 par mille.
Scaferlati. — On distingue 5 sortes de scaferlati ou tabac à fumer : le scaferlati étranger (16 fr. le kilog.): le scaferlati supérieur (16 fr. le kilog.): le scaferlati ordinaire (12fr.50); le tabac de cantine (l fr. 50); le tabac de zone, vendu, suivant les zones, 3, 5 on 8fr. le kilog. Cette dernière vente, qui se fait exclusivement dans les départements frontière, a pour but de diminuer les fraudes.
Cigarettes. — Les cigarettes se vendent en paquets on au détail. Mille cigarettes forment un kilog. , dont le prix varie de 50 à 23 fr.
Tabac à priser. — Cette sorte de tabac comprend les 4 qualités suivantes : pondre étrangère, poudre supérieure (valant toutes deux 16fr..le kilog.), poudre ordinaire (12 fr. 50), poudre pour les établissements hospitaliers (5 fr.). Les hospices et hôpitaux entretenus par l'État, les départements et les communes, achètent la poudre 1 fr. 50 le kilog.
Tabac à mâcher et à chiquer. — Les sortes sont les suivantes : rôles supérieurs ou menus filés (16 fr. le kilog.) ;rôlesordinaires onde 1" qualité (i2fr.o0); rôles de troupes ou de qualité inférieure et rôles d'hospices (2 fr.) ; rôles de zones (de 6 à 8 fr.).
TABAC
On emploie pour la confection des rôles des tabacs Aa Nord, du Lot, de Lot-et-Garonne, et pour les rôles et enveloppes des tabacs de Virginie et de Kentucky.
On appelle carotte nne variété de tabac à mâcher ne différant des précédentes sortes que par la forme •et les dimensions.
Jus de Tabac. — Les horticulteurs et les maraîchers se fournissent auprès des manufactures de l'État de^MS de tabac qu'ils délayent dans une plus ou moins grande quantité d'eau et qui leur servent •à détruire divers parasites des plantes. La Régie vend, depuis quelques années, dans les débits de taiac et dans les entrepôts, des bidons d'un jus dé- •signé sous le nom de « jus riche », qui, plus fort que les jus anciens, contient 100 gr. de nicotine par litre. On a trouvé, après essais, la formule suivante, qui .assure à ce produit son maximum d'action sans que les plantes soient exposées à en souffrir : eau, 1 litre; jus riche, 10cm. cubes; savon noir, 10 gr. ; cristaux de carbonate de soude du commerce, 2 gr. ; esprit de bois (alcool méthylique), 10cm. cubes. Les pucerons, chenilles, etc., ne résistent pas à ce traitement.
Bénéfices de la Régie. — Les chiffres suivants, relevés sur les documents statistiques publiés chaque année par l'Administration des manufactures de l'État, permettent de se rendre compte des opérations de la Régie des tabacs en France et des recettes que procure au Trésor la vente des tabacs.
1» Bénéfices réalisés par l'État par la vente des tabacs :
Années Francs Ilel81làl8l5(paraii)2().000.000
2° Rapport entre les quantités de tabac vendues, les recettes et les dépenses, de 187o à 1895 :
Quant, vendu
Années Francs
Années
(compris pertes et avaries)
Recettes
Rilog.
Rapport des
dopenses aux recettes
Compte d'exploitation de la Régie pour l'année 1891
Au 31 décembre 189G, la Régie possédait en tabacs, soit dans ses établissements, soit en cours de transport, une quantité de 57.015.173
kilog., évaluée à la somme Je Fr. 81.305.499
Les bâtiments, ustensiles, machines, mobilier et fournitures de tout genre étaient estimes 47.767.242
La valeur totale du capital de la Régie était donc
de Fr. 129.072.741
Les dépenses que la Régie a faites pour l'exploitation du monopole, en 1897, se répartissent comme suit, en francs : Dépenses d'exploitation :
Frais généraux 3.559.779
Achatsi 46.841.158
Transports 2.629.587
Frais de fabrication et frais accessoires 19.262.845
Frais de vente 1.233.243
Dépenses spéciales 919.651
Total 74.446.186
La Régie a constaté à son profit, pendant le cours de l'année, les sommes ci-après pour ventes, pertes, avaries et soustractions de tabacs, savoir (en francs) ;
1. Les t.ibacs indigènes en feuilles entrent dans ces achats pour 27.127.251 kilog., au prix moyen de 85 f r. 94 les 100 kilog., soit 23.315.582 fr. ; 13.072.047 kilog. de tabacs exotiques en feuilles (dont .11 millions de kilog. provenant d'Amérique), au prix moyen de 153fr.82 le kilog.. ont coûté 20.108.392 fr.; 10.174.450 cigares delà Havane et de Manille, au prix moyen de 227 f r. 40 le mille, ont coûté 2.313.690 fr.
1» Ventes à l'intérieur et manquants dans les entrepôts à la charge des comptables (prix moyen de vente, 1.059 fr. 97 par 100 kilog. ; valeur moy. dans les enirepôts, 197 fr.) 393.118.656
2* Ventes en Corse et en Algérie de tabacs fabriqués (prix moyen, 640 fr. par 100 kilog.) 560.582
3* Ventes à l'étranger de tabacs fabriqués et de tabacs en feuilles (prix moyen, 735 fr. par 100 kilog.) 1.568.876
4'' Tabacs perdus, avariés ou soustraiis 10.013
L'ensemble des ventes de 1897 a donc produit 395.258.127
La Régie a fait, en outre, des recettes de diverses natures, s'élevant au total à 1.788.342
Le produit total réel a donc été de 397.046.469
dont 17.218 fr. 33 restant à recouvrer. La dépense s'étant élevée à 74.446.186
La différence entre le produit et la dépense est de. . 322.600.283 à laquelle il faut ajouter l'augmentation du capital de la Régie 2.997.436
Le bénéfice net s'élève à 325.597.719
Le capital de la Régie, au 31 décembre 1897, était représenté : 1» Par les tabacs inventoriés à la fin de l'année, soit 55.023.282
kilog. évalués 81.173.589
2° Par la valeur des bâtiments, meubles, machines,
ustensiles et fournitures, soit 50.896.832
Total 132.070.421
Voici, pour la même année 1897, le détail des ventes par espèces de tabacs (en kilog. et fr.) :
Produit
Espèces de tabacs Quant, vendues des ventes
Cigares étrangers 38.628 4.164.673
Cigares de France 3.042.582 52.638.165
Cigarettes 1.472.345 38.852.680
Scaferlati 26.751.603 230.048.591
Rôles 597.104 7.294.150
Carottes 532.122 6.1)8.835
Poudre 4.954.095 56.127.184
Total tabacs fabriqués . 37.388.479 395.244.280
Tabacs en feuilles 7.732 10.102
Côtes, résidus, etc 2.973 3.745
Total général des ventes 37.399.184 395.258.127
En 1899, le total des ventes de tabacs a atteint, en France, la somme de 412.960.183 fr., la plus élevée qui ait jamais été obtenue, contre 404.600.000 en 1898, 373 millions en 1890, 346 en 1880, 267 en 1872. Déduction faite des frais de production, le bénéfice de l'État, en 1899, a été de 334.079.367 fr.
On évalue le total des ventes, en 1900, à 410 millions de fr.
La consommation moyenne était de 934 gr. par habitant en 1894; elle est passée à 94o gr. en 189o, à 965 en 1896, à 969 en 1897, à 989 en 1898 et à 1.005 en ,1899.
Pour alimenter la consommation l'État dispose actuellement de 29.981 débits de tabac simples et de 15.635 débits annexes à des recettes buralistes, soit en tout 45.616 débits de tous genres desservis par 202 entrepôts.
Nous donnons ici le tableau des 20 départements où les produits encaissés par le Trésor, en 1897, ont été le plus considérables; nous y joignons le chiffre de la consommation individuelle :
Produit Cons.
par ind.
l.OOOfr. enfr.
Seine 65.289 19,54
Nord 14.830 8,18
Bouches-du-R... 12.687 18,82
Seine-Infér 10.863 12,96
Rhône 10.297 12,26
Gironde 9.342 11,53
Seine-et-Oise... 8.136 12,15
Pas-de-Calais... 7.314 8,07
Hérault 7.113 15,14
Loire 6.720 10,74
Produit Cons.
par ind.
l.OOOfr.
Saône-et-Loirc. . . 6.491
Finistère 6.166
Isère 6.081
Garonne (Haute-) 5.515
Var 5.433
Gard 5.231
Loire-Infér 5.048
Somme 4.982
Ile-et-Vilaine.... 4.960
Meurthe-et-Mos.. 4.930
en fr.
Puis viennent : la Marne, l'Oise, les Cdles-du-Nord, Maine-et-Loire, de 4.925.000 fr. à 4.707.000; l'Aisne, Seine-et-Marne, les Alpes-.Maritimes, r.\ude, le Calvados, le .Morbihan, le Puy-de-Dôme, la Sarthe, de 4.500.000 fr| à 4.000.000; l'Allier, la Charente-Inférieure, le Cher, Côte -d'Or, la Drôme, l'Eure, Indre-et-Loire, Loirel
TABAC
14il —
TABAC
Manche, Vaaclase et Vosges, enlre 4 et 3 millions de fr., etc. Trois départements seulement consomment pour moins lie 1 million de fr. de tabac par an : les Hantes-Alpes, (S65.70i fr.), le territoire de Belfort (779.226) et la Lozère (;}83.898).
M. Bonant, dans nn onvrage toat récent sur la culture et l'iodustrie du tabac, donne les chiffres suivants, comme quantité moyenne de consommation par personne, suivant les pays :
Gr.
I»ays-Bas 3.400
Ktats-Unis 2.110
Belgique 1 .552
.VUemagne 1.485
Australie 1.400
.\ntriehe-Hongrie . . 1.350
Norvège 1.335
Danemark 1.125
Canada 1.050
Les revenus moyens par tête d'habitant se chiffrent ainsi :
Gr.
Suède 940
France 933
Rossie 910
Portugal 850
Italie 6^
Suisse 610
Espagne 550
Fr.
Espagne 5,39
Grande-Bretagne 6,65
Allemagne 1,25
lai ^^les
Hfic
Fr.
France 8,20
Italie 4,98
Autriche 4,79
Hongrie 3,86
Douanes : Droits d'entrée en France (Loi du 11 janvier 1892 et lois ultérieures) par 100 kilog. nets (décimes compris) :
Cigares et cigarettes 3.600
Tabac à priser et à mâcher 1.500
Tabac à fumer : du Levant 2.500
— de tonte autre origine 1.500
Cigares et autres Tabacs fabriqués. — Sont admis en franchise, sans distinction de provenance, les petites quantités de cigares et autres tabacs fabriqués que les négociants adressent à l'Administration supérieure des tabacs, à titre de spécimen, à l'appui de leurs oCres de vente, et qui doivent être soumis à des expériences dont l'effet est de leur ôter toute valeur. I^ Douane assure le transport de ces échantillons au moyen d'un acquit-à-caution. Les tabacs fabriqués de toute espèce importés autrement que pour le compte de la Régie sont frappés de prohibition (loi du 11 janvier 1892). Cette disposition s'étend aux tabacs factices, ou matières préparées pour être vendues et consommées comme tabacs, lesquelles sont assimilées aux tabacs proprement dits (loi du 12 février 1835, art. 5). Sont exceptés de la prohibition les cigares et autres tabacs fabriqués que les particuliers font venir de l'étranger pour leur consommation personnelle. Les intéressés doivent se pourvoir d'autorisations de l'administration des contributions indirectes; l'import. ne doit pas excéder 10 kilog. par année; toute mise en vente est interdite (loi du 28 avril 1816). L'arrivée au domicile des destinataires est garantie par un acquit-à-cantion. (A défaut de décharge de cet acquit, un second droit d'import. est exigible à titre d'amende: circnl. 1495 du 17 mai 1881.)
Les cigarettes anti-asthmatiques renfermant du tabac sont passibles du droit sur les cigarettes. Sont passibles du droit sur les cigares, les cigares à surprise fabriqués avec une feuille de tabac dissimulant une garniture intérieure en duvet, ainsi que ceux représentant un porte-plume ou un porte-crayon recouverts d'une feuille de tabac.
Emballages. — Les boites servant à l'emballage des cigares on cigarettes sont taxées au droit qui leur est propre.
Transit. — Les tabacs fabriqués peuvent transiter sous les conditions du transit du prohibé.
Exportation et Circulation. — L'export. des tabacs fabriqués vendus par la Régie pour être exportés et pour lesquels elle accorde une remise sur les prix de consommation en France ne peut être effectuée sans nn acquit ipécial de l'administration des contributions indirectes loi du 28 avril 1816). Elle n'est permise que par des bu-
anx spécialement désignés.
Les tabacs achetés dans les bureaux de débit au prix de vente de l'intérieur peuvent sortir par tous les bureaux
de douane et le transport en est soumis k des formalité» spécifiées par la loi du 28 avril 1816, art. 215.
Les cigarettes antres que celles de la Régie ne peuvent en aucun cas circuler en quantité supérieure à 500 cigarettes (loi du 16 avril 1895).
Avitaitlement des navires. — La Régie est autorisée à livrer à prix réduits aux armateurs et aux capitaines de navires naviguant autrement qu'au cabotage, des tabacs en feuilles ou fabriqués destinés à la consommation des équipages ou des passagers de ces navires.
Tabacs en feuilles : Importations. — he tabac en feuilles on en côtes est exclu de la consommation quand il est importé pour le compte des particuliers. Cette prohibition s'étend à tontes les sortes de tabacs et s'applique même à la poussière et aux débris de feuilles, ainsi qu'à l'engrais de tabac formé d'un mélange de tiges de tabac moulues et de phosphates de chaux. 11 n'est dérogé à cetterègle que sur l'autorisation de l'.\dministration, et on applique alors anx tabacs en feuilles le droit établi à l'égard des tabacs fabriqués autresqoe cigares et cigarettes.
Les tabacs destinés à l'approvisionnement des manufactures de l'Etat sont admis, suivant les provenances, en franchise ou sous paiement d'un droit de 6 fr. par kilog^ Les échantillons sans valeur marchande sont admis en franchise sans distinction de provenance: leur transport est assuré par nn acquit-à-caution délivré par la douane d'import.
L'export. des tabacs en feuilles ou en côtes, ainsi que celle des plants de tabac, ne peut avoir lieu sans un acquit de la Régie des contributions indirectes (loi du 28 avril 1816). Cette export, n'est permise que par des bureaux désignés.
La circulation des tabacs en feuilles est régie par la loi du 28 avril 1816 (art. 208 à 218). G. DcMOXT.
Commerce extérieur de la Fra.nxe. — Les Tableaux du Commerce distinguent le tabac en feuilles ou en côtes et le tabac fabriqué : cigares, cigarettes, autres. Voici les chiffres de l'import. et de l'export. (C. S.) pour les trois années 1898, 1899 et 1900 :
Total, kilog
Valeur, francs.
Total, kilog
Valeur, francs. .