TABATIÈRE. V. TABLETTERIE
TABLETTERIE. Industrie, d'origine très ancienne, qui constitue l'art de travailler de tontes façons les matières d'ivoire, d'os, de corne, de nacre et d'écaillé, et des imitations de ces matières premières, telles que le celluloïd, l'ivorine on les compositions artificielles simulant la corne. La tabletterie comprend plusieurs spécialités, dont les plus importantes sont : 1° pour les articles en ivoire : les christs et autres objets de piété, les peignes, les articles de bureau et de fantaisie en tons genres, les billes de billard, les touches de piano, les manches à éventail : 2" pour les articles en os : les petits objets de fantaisie, les manches à couteani, les articles guillochés, les objets de piété ordinaires, etc. : 3* pour la nacre : les mêmes objets, plus les chapelets, la bontonnerie et les articles de jeus, tels que jetons, pions d'échecs, dominos, etc. 4* L'écaillé est plus particulièrement employée pour les articles riches ; peignes de luxe, jumelles, faces à main, lorgnons, etc. 5* La corne, de même : on en fait des peignes, des manches à couteaux, des chausse-pieds, etc. 6* Le bois est également utilisé en tabletterie; on emploie presque exclusivement du bois des Iles, que sa dureté et son bel aspect rendent préférable aux essences indigènes. Il fant comprendre dans la tabletterie tons les petits articles et bibelots en bois sculpté, tels que tabatières, coupe-papiers, cendriers, cuillers et fourchettes en bnis ou ébène, petites statuettes, peignes en bois et les pipes de tons genres. (Voy. Pipes.)
On a fait de la tabletterie depuis les temps les plus reculés, dans la plupart des contrées européennes; nous devons même à certains pays, tels que l'Espagne et l'Italie, de véritables chefs-d'œuvre en tabletterie d'ivoire.
Dès le moyen âge, en France, les tablettiers étaient
TABLETTERIE
TABLETTERIE
à la tête d'une industrie des plus florissantes. De vieux ivoires, des travaux en écaille, datant de cette époque et conservés dans nos musées et basiliques ou par les riches collectionneurs, en font foi. Mais c'est surtout dans le courant du XVIIP siècle et dans la première moitié du XIX' que son développement s'est accentué.
Les centres de production les plus importants de la France, en matière de tabletterie, sont Paris et le département de l'Oise, où l'on fabrique surtout les articles en ivoire, en nacre, en écaille et en corne, sauf les peignes, dont la production est centralisée dans différentes localités, dont on trouvera la nomenclature plus loin.
Actuellement l'industrie de la tabletterie occupe, dans ses différentes spécialités, au moins 15.000 ouvriers et ouvrières, répartis entre 500 à 600 établissements patronaux. Le chiffre d'affaires réalisé par ces maisons est considérable et dépasse pour l'export. 25 millions de fr.
Voici d'ailleurs les évaluations des Tableaux du commerce, qui prouvent que depuis 1889 les export, ont sensiblement augmenté :
Articles de Tablettekie en général, sauf Pipes et Peignes Billes de Billard
Années
Importations Kilog. Francs
Exportations
Kilog.
Francs
Articles de fantaisie 6.517 358.435 1 11.037 107.244 830.708 | 870.380
La classification ayant été modifiée, depuis 1892, par l'adjonction d'autres articles, tels que les touches de pianos et les porte-cigares en écaille nacré ou factice, en nacre, etc., on trouve pour ces autres articles, en 1899 :
Importations Exportations
Kilog. Francs Kilog. Francs
Nous donnons à l'art. Pipes les évaluations concernant cette spécialité de la tabletterie.
Paris produit surtout de la tabletterie fine, tandis que le département de l'Oise fabrique en grandes quantités l'article courant. Les principaux centres sont, dans ce département : Méru, Andeville, Lardières, Corbeil-Cerf, Sainte-Geneviève, la Boissière, Noailles, le Déluge, Auneuil, Nivillers etBeauvais. Dès le XVII" siècle le département de l'Oise était connu pour sa production. Le canton de Noailles et la commune de Sainte-Geneviève ont la spécialité des manches à éventail (voy. Éventails), qui se fabriquaient, autrefois, exclusivement à Paris, mais que la cherté de la main-d'œuvre a fait transporter en province. A la Boissière, au Déluge et à Sainte- Geneviève la fabrication des cornes à lanterne et des chausse-pieds en cornes s'est spécialisée. La fabrication des boutons en os n'a commencé à Méru que vers 1826 et celle des boutons en nacre en 1828.
Les statistiques professionnelles de 1838 comptaient dans les seuls cantons de Méru et de Noailles environ 3.450 tabletiers sur un total de 9.600 personnes mentionnées. Le perfectionnement de l'outillage, la mise à contribution des diverses forces motrices, ont permis, depuis, de donner à cette industrie prospère un développement considérable. A Méru des usines se sont montées qui louent aux petits producteurs la force motrice et l'emplacement nécessaire à leur industrie.
Un autre centre de la tabletterie d'ivoire est Dieppe, où l'on en fait depuis des siècles, mais principalement dans la spécialité des articles de religion, tels que christs et bénitiers.
Peignes. — Le peigne est un article de toilette qui a été en usage dès les temps les plus reculés. On pouvait admirer au Petit-Palais des Champs-Elysées, où se trouvait installée l'exposition rétrospective, en 1900 : un peigne datant de l'époque gallo-romaine, composé d'épines d'arole fixées à une baguette; un peigne formé d'une pièce de bois dans laquelle se trouvaient emmanchées des arêtes de gros poissons, ou encore d'autres peignes formés de bois et de pointes métalliques. Le peigne a subi de nombreuses transformations avant de devenir ce qu'il est aujourd'hui, c'est-à-dire un article léger, commode et élégant. Il ne reste plus trace de la fabrication rudimentaire d'autrefois, et les procédés primitifs de production ont fait place à une exploitation industrielle, avec tous les raflînements d'outillage dus au progrès.
Les peignes se font aujourd'hui principalement en corne, en celluloïd, en ivoire, en écaille et, dans des mesures plus restreintes, en bois et en métal.
L'industrie des peignes occupe dans la tabletterie une place des plus importantes. Nous possédons en France plusieurs grands centres de production, dont le principal est Oyonnax, dans le département de l'Ain, renommé aujourd'hui pour ses produits en celluloïd. Les autres centres de production français sont : Ivry-la-Bataille (Eure), où l'on fabriquait autrefois surtout le peigne en buis et en boisd'alizier, qui abonde dans les forêts de cette région, et Ézy, également dans l'Eure, d'où proviennent les premières machines à « denter » les peignes : ce travail se faisait autrefois à la main. Le département de l'Ariège compte également 6 petites communes, dont la principale est Labastide-sur-l'Hers, où s'est concentrée la production des peignes en tous genres, mais surtout l'article bon marché. La production annuelle de ce dernier département est évaluée à 1.600.000 fr.
Dans tous les centres de fabrication du peigne, en France, on a commencé par faire le peigne ou démêloir en bois; la corne et l'ivoire n'ont été employés que bien longtemps après. Le travail se faisait à la main; les premières machines firent leur apparition vers 1825. Ce furent d'abord des machines à couper les peignes; elles permirent d'abandonner la fabrication du peigne en bois pour celle de l'article en ivoire. Les machines à denter ne datent que de 1848. Quelques années après, une maison de Paris introduisit dans les principaux centres de production du peigne des tours à tampons en drap, pour opérer mécaniquement le ponçage et le polissage des articles, opération qui se faisait alors à la main.
On peut dire que l'industrie du peigne a pris véritablement son essor en 1854 ou 1855. Grâce aux outillages nouvellement inventés, la fabrication s'est développée et la production s'est accrue dans des proportions très considérables; l'os, l'ivoire, l'écaillé furent travaillés avec un égal succès. Puis arrive le celluloïd, qui bouleverse l'industrie du peigne et fait la prospérité de la ville d'Oyonnax; celle-ci l'adopte pour la confection des articles de haute fantaisie, tels que les peignes-chignons, petits peignes pour frisettes et autres du même genre. Dans cette ville l'industrie du peigne existe depuis des siècles : on ne peut donner de date exacte, parce que les ar-
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