Dictionnaire du culte catholique
Garé de Bares-en-Bray, Membre de plusieurs Sociétés savantes françaises et étrangères.
Teneie tradiliones quas didicistis.
Il Paul, ad Thess. W , 14.
Chez l
A VABZ8 :
DEBACHE, libraire, rue du Bouloi, 7;
DIDKON, libraire, rue S^-Daminlque-S'-Germain , 23.
A BOUEBr :
Chez LEBRUMENT, libraire, quai Napoléon, të.
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DU
ABBAYE. Le premier établissement des abbayes en France remonte au vi® siècle ; 'on^^>it alors la fondation des monastères de Marmoufier, de Eèrins et de Lu\euil. Les moines obtinrent d'afetord, d'avoir une église dans leur demeure; plus tard^-^RSi^iy^ faire ordonner prêtres quelques-uns de leuf s îraîgi^u;[ qui desservirent leurs propres églises. A mesure qu'une abbaye devenait plus nombreuse, il s'en djtachait quelques membres qui allaient fonder un nouvel établissement dans quelque vallée solitaire, ou sur quelques landes incultes. Le concile de Chalcédoine et les capitulaires de Charlemagne nous montrent que, dans les premiers temps, les abbayes étaient soumises à la juridiction des évéques; mais, à partir du xi® siècle, il s'établit de nombreuses exemptions^ et saint Bernard lui-même ne put parvenir à les détruire • Au siècle dernier, il y avait sur l'étendue actuelle du
diocèse de Rouen quatorze abbayes d'hommes (1) et cinq abbayes de femmes (2) .
ABBÉ. On a donné ce titre aux supérieurs d'un grand nombre de communautés. Ce nom vient de l'hébreu ab, père, dont les Chaldéens ont fait abba, et les Grecs abbas, que les Latins ont conservé. Dans les premiers temps de la vie cénobi tique, on a aussi nommé abbés les anachorètes qui menaient une vie solitaire. La manière d'élire les abbés fut loin d'être uniforme jusqu'au xii^ siècle ; mais elle fut réglée par diverses décrétales des papes , depuis 1159 jusqu'à 1234. Cette élection pouvait avoir lieu de trois manières : 1** par scrutin individuel de tous les religieux; 2** par compromis, en chargeant un ou plusieurs moines de faire le choix; 3° par inspiration, en choisissant spontanément l'abbé, sans qu'il se trouvât de réclamation. Dans le principe., les abbés étaient nommés à vie ; dans la suite, la nomination ne fut que pour trois ans. A partir du concordat qui eut lieu, en 1516, entre Léon X et François P', le roi nomma les abbés de tous les monastères, à quelques exceptions près. L'on a toujours distingué deux sortes d'abbés : les titulaires ou réguliers et les commendataires ou séculiers. Les premiers portaient l'habit de leur ordre et résidaient au milieu de leurs moines ; les seconds étaient des ecclésiastiques séculiers auxquels le monastère était donné en garde ; ces commendes furent même quelque-
(i) Aumale, Sainl-Georges, Fc^camp , Jumiéges, Saint-Ouen, Trëport, Valmont, Saint- Wandrille, Saint- Viclor, Beaubec, Foucarinont, le Vdiasse, Eu et Bellozanne.
(S) Saint-Amand, Montivilliers, Rival, Bondeville et Saint-Saens,
fois données à des laïques. André Duchesne dit que Hugues Capel mit fin à ce désordre, qui malheureusement se renouvela, surtout depuis le concordat de 1516, au moins pour le cumul de plusieurs abbayes sur la même tête.
La bénédiction des abbés réguliers est trop longue pour que nous en donnions ici les détails. Nous dirons seulement qu'ils reçoivent, du pontife consécrateur, Vanneau , la mitre, les gants et la crosse, pendant la cérémonie, qu'on termine parle Te Deum, au son des cloches. En France, les abbés commendataires ne pouvaient porter la mitre que dans leurs armes; ils ne recevaient pas la consécration comme les réguliers.
Quelques abbés réguliers ont obtenu le pouvoir de conférer la tonsure et les ordres mineurs à leurs religieux.
Aujourd'hui le litre d'abbé se donne à tout ecclésiastique, ne fût-il que tonsuré. Il semble que les prêtres seuls devraient jouir de cet honneur, comme pères ou directeurs des âmes qui leur sont confiées.
Une grande partie de ce que nous avons dit des abbés peut s'appliquer aux abbesses, dont quelques-unes avaient le privilège de porter la crosse, la croix pectorale et l'anneau, de bénir l'encens, de porter le camail des chanoines, etc.
ABJURATION-. C'est l'acte par lequel un infidèle ou un hérétique déclare renoncer à sa fausse croyance pour adopter la croyance catholique. Quand cet acte avait lieu avec un grand appareil, le prévenu était revêtu d'une espèce de sac bénit, derrière lequel figurait une grande croix rouge. On dressait un échafaud couvert de lapis au
milieu de Téglise ; et, après un discours de circonstance, le patient lisait son acte d'abjuration et recevait l'absolution {voy. ce 7not) qui était donnée par Tévêque ou par un prêtre commis par lui.
ABLUTION. Avant le xii° siècle, l'eau et le vin qui avaient servi à purifier le calice et les doigts du prêtre étaient jetés dans la piscine [voy. ce mot). En certains monastères , le prêtre purifiait ses doigts avec du vin dans le calice , cuis il allait les laver avec de l'eau dans la piscine; ensuite il revenait à l'autel et buvait le vin de la première ablution. A cette époque, le prêtre touchait la sainte hostie avec la main entière et devait se purifier , tous les doigts.
La prière de la première ablution, Qt/od ore snmpsimus, se dit au pluriel, parce qu'autrefois le diacre présentait du vin non consacré aux fidèles qui avaient communié, lesquels récitaient cette prière avec le prêtre. Les dépenses de vin à comwiwmer portées dans les comptes de trésorier, pour les principales fêtes de l'année, nous font voir que cet usage était encore suivi dans le diocèse de Rouen au XVII* siècle.
ABSIDE. Primitivement on donnait ce nom à une espèce de petite chapelle voûtée qui se trouvait derrière l'autel et formait demi-cercle. Celait là que se plaçait révêque, avec les prêtres à ses côtés, pour assister au saint sacrifice. Aujourd'hui on nomme abside l'extrémité du chœur, peu importe sa forme. Cette partie a aussi été appelée chevet, capitium, par une raison de symbolisme. La forme de plusieurs églises est celle d'une croix sur laquelle serait attaché J.-C, la tète inclinée; c'est au
mur placé près de la tète qu'on a donné le nom de chevet.
ABSOLUTION. Il n'est question ici que de l'absolution de l'excommunication [voy. ce mo/).. L'excommunié se tenait à la porte de l'église, dépouillé de ses habits, usque ad camisiam. Le pontife, revêtu d'un rochet, d'une étole et d'une chape violettes, était assis et tenait une verge dont il donnait un coup léger, entre les épaules du pénitent, à chaque verset du Miserere. Le patient se levait ensuite, et, après diverses prières, le pontife le prenait par la main, pour l'introduire dans l'église, en récitant une nouvelle prière.
ABSOUTE. Jusqu'au vu® siècle, les chrétiens qui s'étaient rendus coupables de certains crimes étaient mis en pénitence et exclus de l'église, le premier jour du carême, après avoir confessé publiquement leurs péchés. Aux siècles suivants , les peines canoniques purent être rachetées par le jeune, les aumônes, les pèlerinages, etc. Au XIII'' siècle , on ne força plus à la pénitence publique pour crimes ordinaires ; mais on continua d'y astreindre pour certains actes scandaleux. Cet usage existait encore à Rouen à* la fin du xvii® siècle ; en 1 672 , il y eut quarante pénitents, et trente-huit en 1697.
Les pénitents ainsi chassés de la réunion des fidèles venaient le jeudi saint recevoir l'absolution pubUque et reprendre place dans l'église. C'est cette absolution, qu'il ne faut pas confondre avec l'absolution sacramentelle, qu'on nomme absoute, du premier mot de l'oraison absolve. Elle est encore en usage dans un grand nombre de diocèses, quoique la pénitence publique n'existe plus depuis longtemps.
On donne aussi le nom d'absoute à certaines prières qui se font pour les morts, soit avant Vinhumation, soit après le service funèbre qu'on célèbre plus tard. Primitivement, cette absoute était donnée aux défunts qui n'avaient pas été relevés de l'excommunication avant de mourir; aujourd'hui, on la donne indistinctement à tous les défunts pour lesquels elle est réclamée.
ABSTÈME. Ce mot vient de abs et de tementum, et indique une personne qui s'abstient de vin ; il a été employé par Pline, et l'on s'en servait dans les premiers temps du christianisme, en parlant de ceux qui, par aversion naturelle pour le vin, ne communiaient que sous l'espèce du pain. Ce fait suffit pour prouver que l'Église n'a jamais considéré la communion sous les deux espèces comme nécessaire aux laïques.
ACOLYTE. Primitivement, la charge des acolytes était de porteries lettres que les églises s'écrivaient, leseulogies et même l'eucharistie à ceux qui ne pouvaient assister aux saints mystères ; ils portaient aussi la patène, l'essuiemainset le saint chrême devantl'évêque; enfin, ils tenaient quelquefois le chalumeau (voy, ce mot] dont les fidèles se servaient pour communier sous l'espèce du vin. Les fonctions actuelles des acolytes ont été déterminées par le 4® concile de Carthage, en 398; ils allument et portent les cierges, et présentent les burettes au saint sacrifice.
ADORATION. Dans le langage de la religion, ce mot offre une double acception : il signifie lé culte de latrie, qui n'est dû qu'à Dieu; il signifie aussi un hommage rendu à un objet en signe du souvenir qu'il présente, comme cela a lieu dans l'adoration de la croix.
AGAPES. Ce nom, qui en grec signifie amour, désigne certains repas fraternels qui , aux premiers siècles , avaient lieu dans les églises, pour entretenir la charité. les riches y apportaient des mets pour eux et pour les pauvres, et ils s'asseyaient à la môme table. Mais les abus ne tardèrent pas à se mêler à ces festins. Saint Paul en fait mention ; et, quoique le concile de Gangres, tenu vers l'an 364 , prononce anathème contre ceux qui méprisent les agapes, les abus finirent par arriver à tel point que l'Église supprima ces repas établis en vertu de la recommandation de J.-C. de convier les pauvres aux festins, et en même temps pour imiter la cène du fils de Dieu au milieu de ses apôtres. Il parait qu'au moment de leur institution , les agapes avaient lieu avant la communion, en mémoire de l'institution de l'eucharistie, qui eut lieu après le repas ; mais, dès le if siècle, il fut jugé convenable d'être à jeun pour communier, et les agapes n'eurent plus lieu qu'après la communion. Nous trouvons une des dernières traces des agapes dans la permission accordée par saint Grégoire-le-Grand aux Anglais nouvellement convertis de se livrer à des festins religieux en plusieurs circonstances. Toutefois, ces repas devaient avoir lieu sous une tentç, auprès de l'église, et non dans le temple saint.
AGNEAU PASCAL. En mémoire de la manducation de l'agneau pascal chez les Juifs, l'Église adopta l'usage de bénir un agneau le jour de Pâques , et de le manger dans le lieu saint. Cette bénédiction, qui avait lieu à la fin du Nobis quoque peccatoribus, était encore en usage au milieu du xvii® siècle.
AGNUS DEL Celle prière fui iotroduite dans la lilurgie romaine, à la fin du vii^ siècle, par le pape Sergius, qui la faisait chanter au clergé et au peuple pendant la fraction de l'hostie. Ce ne fut que trois siècles plus tard qu'elle fut récitée par le célébrant. D'abord , les trois invocations se terminaient par le miserere nobis; mais, au xr siècle , on remplaça la troisième par le dona nobis pacem, à l'occasion des troubles qui affligeaient l'Église. C'est vers celte époque qu'on substitua au miserere nobis le dona eis requiem, aux messes des morts.
Durand de Mende dit que de son temps , à la fin du XIII® siècle, certains prêtres posaient les mains sur l'autel en disant YAgnus Dei, tandis que d'autres les tenaient jointes. Il ne parle point de la percussion de la poitrine, quoiqu'elle semble naturellement indiquée par les paroles miserere nobis. Ce geste n'étant point provoqué par le dona eis requiem, on ne se frappe pas la poitrine aux messes des morts.
Après l'institution du cierge pascal, les fidèles s'empressaient de recueillir la cire qui en restait ; la distribution avait lieu, par petits morceaux, le dimanche de Quasimodo. Plus tard, afin de satisfaire un plus grand nombre de personnes, on bénit un mélange d'huile et de cire, le samedi saint; on en forma des petites figures d'agneau, nommées Agnus Dei, qu'on distribua au peuple après la communion. L'on se servait de cette cire , dans les maisons, pour faire des fum galions dans toute sorte de besoins. Depuis plusieurs siècles, le pape seul bénit des Agnus Dei, tous les sept ans, et il les distribue à qui il lui plait.
AIGLE. Nous ne saurions préciser Fépoque à laquelle on a commencé à se servir de lutrin [voy. ce mot) en forme d'aigle. Les registres capitulaires de Rouen mentionnent trois cents livres payées pour un aigle de laiton fin, pareil à celui du chœur de l église de Paris. Cet aigle, de meilleure contenance et fachon nouvelle, devait avoir dessous la queue un petit létron pour les petits enfants d'autel , et offrir six prophètes en lieu de six bêtes bas et haut. Cette dépense eut lieu en 1394.
ALLELUIA. Ce mot hébreu est un cri de joie qui signifie : Louange à Dieu I On le trouve pour la première fois dans TÉcriture, au psaume 104, et dans le Nouveau Testament, au chapitre 19 de l'Apocalypse. Il a été introduit dans l'église latine par saint Jérôme, à la fin du IV® siècle. On croit généralement qu'on ne le chantait que le jour de Pâques ; cependant, saint Jérôme nous apprend qu'on le chanta aux funérailles de sa sœur Fabiola; au rapport de Baronius, on le chanta aussi à l'enterrement de sainte Radegonde, en 587. Cependant, ce chant finit par cesser de se faire entendre aux offices des morts et du carême sous le pontificat de saint Grégoire-le-Grand, qui ordonna de le chanter dans les autres temps de l'année ; usage qui fut sanctionné par le 4* concile de Tolède, tenu en 633. C'est à cette époque, peut-être un peu plus tard, qu'on ajouta un neume à la iSn de ce chant de joie. Au xiti® siècle, on avait l'habitude en certaines églises de frapper ses mains l'une contre l'autre, en chantant YaUeluia. A Toul, les enfants de chœur procédaient à son enterrement le dimanche de la Septuagésime. Ailleurs , on fabriquait un mannequin
sur lequel on écrivait alléluia, et on le frappait à coups redoublés, pour le chasser du chœur. Ces abus ont cessé depuis longtemps.
AMBON [voy. Chaire et Jubé).
AMEN, Mot qui vient du verbe hébreu aman, et qui signifie ainsi soit-iL quand il est placé à la fin d'un discours. On le trouve déjà au chapitre 27 du Deutéronome, etTÉglise Ta adopté pour conclusion de la plupart de ses prières. Chez les Juifs, le'peuple répondait amen à la fin de chaque prière, et cet usage fut adopté dès les premiers siècles du christianisme. Saint Augustin nous apprend que, de son temps, ce mot retentissait comme un tonnerre d'applaudissements dans l'assemblée des fidèles . Ce pieux usage n'existe plus que dans quelques églises.
AMENDE HONORABLE. Cérémonie religieuse qui a lieu quand un vol sacrilège a été commis dans une église. Alors on fait une prière dans laquelle le prêtre demande pardon à Dieu des injures qui lui ont été faites. En quelques églises, on fait une amende honorable générale, en certains jours, pour les irrévérences commises envers le Saint-Sacrement (voy. Interdit).
AMICT. Les Romains donnaient le nom de amictus k un vêtement qui se mettait sur la tête et couvrait tout le corps. Depuis le viir siècle, on désigne ainsi le premier des six ornements sacerdotaux adopté à cette époque pour remédier à ce qu'on appelait l'indécence des prêtres qui célébraient le cou découvert. Le cardinal Bona dit qu'au xvn® siècle on ornait quelquefois Yamict de f anges d'or pu d'argent. La prière que récite le prêtre , en se revêtant de Yamict, rappelle clairement l'ancien usage
de le placer sur la tête; mais^, de nos jours, on ne le met plus ainsi que dans quelques monastères et aux ordinations du sous- diaconat. Autrefois, on gardait Yamict sur la tête jusqu'à Tautel et on le remettait pour retourner à la sacristie ; quelques prêtres ne rabattaient qu'au moment de la consécralion ; d'autres le conservaient même tout le temps de la messe. Le cérémonial de Paris autorise encore l'usage de porter Tamict sur la tête, depuis 1^ lendemain de l'octave de Saint -Denis jusqu'à Pâques ; le prêtre l'abaisse avant la secrète, et le relève avant de lire la communion.
AMPOULE (sainte). Ce mot vient du latin ompnlla, qui signifie une bouteille à cou long et étroit. Hincmaf, archevêque de Reims, qui vivait au temps de Charles-le- Chauve , dit qu'une colombe blanche apporta dans son bec une petite fiole dans laquelle il y avait une huile qui parfuma toute l'église, au moment du baptême de Clovis. Le roi fut oint de cette huile ; depuis, la petite bouteille a reçu le nom de sainte ampoule, et l'on s'en sert au sacre des rois [voy. Sacre).
ANGELUS. Quelles que soient les indulgences qui aient pu être accordées à la récitation de YÀve Maria, avant le xiv* siècle, le pape Jean XXII est le premier qui en ait acc'ordé à ceux qui réciteraient trois fois cette prière le soir. V Angélus n'est devenu général, en France, que sous Louis XI. A celte époque, on sonnait la cloche, dans les campagnes, trois fois par jour : le matin, pour indiquer le moment du lever; à midi, pour avertir les laboureurs du moment de dételer ; et le soir , pour annoncer le couvre-feu. Le roi, qui, malgré les reproches
(lu'il a mérités , avait une grande dévotion envers la sainte Vierge, appela la religion à sanctifier un des actes les plus ordinaires de la vie , en ordonnant dans sou royaume de réciter la salutation angélique trois fois par jour : le matin , le midi et le soir, au moment du son de la cloche. Selon les uns, cet usage remonterait au 1" mai 1472; selon les autres, il aurait été introduit trois ans plus tard.
Au lieu de Y Angélus, Benoît XIV ordonna de réciter, pendant le temps pascal , Tantienne ttegina coHi , à laquelle il accorda les mômes indulgences.
ANGES GARDIENS (fête des saints). Cette fête a été fixée au 2 octobre par le pape Clément X, qui fut élu en 1670; avant lui , le pape Paul V l'avait fixée au premier jour libre après la fête de saint Michel.
ANNEAU. L'usage de donner un anneau aux évêques remonte à peu près au iv® siècle. Anciennement, ils le portaient à Vindex de la main droite ; mais, depuis longtemps, ils le portent au quatrième doigt. Cet anneau est d'or et enrichi d'une pierre précieuse. Nous avons dit que les abbés portaient aussi l'anneau; on pense que cet honneur fut accordé pour la première fois à un abbé du Mont-Cassin, en 1050, par Léon IX. Saint Bernard a réclamé contre cette faveur, comme contraire à l'humilité dont les moines font profession. On sait que les
évêquesdonnentleuranneauàbaiseravant la communion et en plusieurs autres circonstances ; les abbés mitres jouissent de la même prérogative, mais seulement à regard des personnes de leur monastère. D'après le 'pontifical, c'est la main du pontife qu'on devrait baiser,
de même que Jean d'Avraiiches nous apprend (|ii*ail XI® siècle les fidèles baisaient la main du prêtre avant de recevoir la communion.
Autrefois , Tanneau était aussi considéré comme une marque de dignité dans les Universités ; Eugène III le conféra à ceux qui avaient obtenu le grade de docteur.
L'usage de donner un anneau à Tépouse , au moment de son mariage [voy, ce mot], remonte à la plus haute antiquité. Primitivement, cet anneau était de fer ; dans la suite , on le fit d'or ou d'argent ; il doit être uni et sans chaton.
ANNÉE. Jusqu'au vi* siècle , il n'exista pas d'ère particulière pour les chrétiens. Ce fut Denys- le -Petit qui établit l'usage de compter par les années écoulées depuis la naissance de J.-C. Cet usage s'introduisit en France , au vu® siècle , et y fut définitivement établi , au VIII^ par la volonté de Pépin et de Charlemagne. Malheureusement Denys-le-Petit se trompa dans son calcul , en mettant trop tard la nativité de N.-S. Selon le senti^ ment qui nous paraît le mieux fondé, cette naissance doit être reportée au 25 décembre de l'année 748 de Rome, c'est-à-dire 4 ans et 7 jours avant l'ère vulgaire dont nous faisons usage.
ANNIVERSAIRE. Tertullien nous apprend que, dés le commencement du nf siècle, c'était l'usage d'offrir le saint sacrifice pour les fidèles le jour anniversaire de leur mort. Saint Grégoire-le-Grand le dit aussi d'une manière très-précise. Ces anniversaires sont l'origine des fêtes des saints ; il est à remarquer que, le jour de la mort d'un saint étant le commencement d'une vie
meilleure, on lui a donné le nom de nativité, diesnatatis (voy. Service).
ANNONCIATION DE LA SAINTE VIERGE. On trouve cette fête établie à Rome avant la fiu du V' siècle. Ijs jour de la célébrer a beaucoup varié; cependant, elle est déjà fixée au 25 mars dans le sacramentaire de saint Grégoire^e-Grand. Jusqu'à la fin du xi-X** siècle, elle fut obligatoire en France ; mais cette obligation a cessé depuis le concordat de 1802. Quand elle tombe entre les Rameaux et le dimanche de Quasimodo, on la remet au lundi de la^euxième semaine d'après Pâques. Au Puyen-Velay, on la célèbre toujours le 25 mars, même quand ce jour est le vendredi saint, comme cela a eu lieu en 1842. En plusieurs lieux, celte félc porte le nom de Notre-Dame'dc-lionnC'Nouvelle .
ANNUEL. Dans un grand nombre de diocèses, ce mot indique le plus haut degré de solennité d'une fête ; on distingue le rit (l'annuel majeur et à' annuel mineur. Dans le diocèse de Rouen, ce nom n'est employé que pour désigner une messe célébrée chaque semaine, p^endant un an, pour le repos de l'àme d'un défunt. Les familles demandent assez souvent un annuel ou un demi-annuel pour leurs parents morts.
ANTIENNE. Le passage de l'Écriture Sainte qu'on a placé à la fin des psaumes^ et auquel on a donné le nom à! antienne, s'éloigne tout-à-fait de son sens primitif. On donna d'abord cette dénomination à un chant réciproque fait par deux chœurs qui se répondaient alternativement. Cet usage remonte aux premiers temps du christianisme; mais il n'a été introduit en France que sous le pape
saint Grégoire-le-Grand , et perfectionné sous Cliarjëmagne. Nous n'avons plus que quelques antiennes , telles que \Alma, le Regina cœli, etc., qui s'exécutent à deux chœurs, selon l'origine des mots grecs anti, contre, etphoniSf voixj chant, c'est-à-dirèi écho. Nous ne saurions indiquer l'époque à laquelle remontent les antiennes actuelles ; les de l'avent étaient en usage au xiii'' siècle. ANTI-PAPE. C'est ainsi qu'on appelle celui qui usurpe la qualité de pape et veut en remplir les fonctions, sans avoir été régulièrement élu. Nous en donnons ci-dessous la liste chronologique :
Novatieiij
Ursin,
Eulalius^
Laurent,
Dioàcore,
Pierre,
Théodore,
Pascal,
Théopbylacte
Constantin,
Philippe,
Zizime,
Anastase>
êergius,
Bonîface VI,
Léon Vin,
Boniface VU,
Jean XVI,
Grégoire,
Sylvestre, |
Jean XX, <
Benoît X,
Honorius II, Clément lU.
Albert, Théodoric, Maignulphe, Maurice, Grégoire VIII Calixte II, Anaclet II, i Victor ni, \ Oclavien, Victor IV, Pascal III, Calixte III, Innocent III , Pierre, I Nicolas V,/ Clément VU, Benoît XIII, Clément VIII, Benoît XIV, Félix V^
Il est fort (iifticile de préciser les auiiëes où les anli- . |7apes ont paru; il eu est qui se sont produits plusieurs fois sut* la scène , sous divers noms ; on les y a \us plusieurs à la fois ; c*est pourquoi nous avons placé diverses dates ù la suite de quelques noms.
ANTIPHOiNAIRE. Quoiqu'il soit probable que ce livre existait dès le vi*" siècle, au temps de saint Grégoire-le- Grand, nous le voyons mentionné pour la première fois, en 816, dans l'assemblée synodale d'Aix-la-Chapelle, au nombre de ceux que tout préire devait posséder.
ARCHEVÊQUE. En Orient, on ne trouve point ce titre avant 321 ; saint Athanase passe pour élre le premier qui ait employé cette qualité, en la donnant à son prédécesseur. Chez les Latins, Isidore de Séville, qui mourut en 636, est le premier qui en parle. Il est vrai qu'on trouve le mot archevêque dans le vi® canon du concile de Maçon tenu en 579, ou selon d'autres en 581 ou 582; mais le P. Lecointe croit que ce canon est d'un concile postérieur. En France, quoique ce titre ait été donné à un évêque d'Arles , au vr siècle , ce ne fut que sous Charlemagne qu'on l'accorda à divers métropolitains, f^udran I", évêque de Tours, est peut-être le premier qui prit ce titre en 817.
De leurs anciennes prérogatives, les archevêques n'ont guère conservé que celles de visiter les églises de leur province, d'y célébrer pontifîcalemenl et de connaître par voie d'appel des affaires contentieuses ; ils ne peuvent même pas y exercer leurs fonctions épiscopales sans l'agrément du suffragant.
ARCHIDIACRE. C'est une prérogative qu'on ne con-'
naissait point avant le concile de Nicée. Dans le principe, on nommait ainsi le premier des sept diacres attachés à chaque église épiscopale, et c'était en quelque sorte le principal ministre de Tévêque. Au xiii* siècle, Tarchidiaconat fut confié à des prêtres ; Von finit même par en nommer plusieurs dans chaque diocèse , afin d'affaiblir leur pouvoir, qui était devenu une puissance rivale de celle de Tévêque. Pendant le cours du xvii* et du XVIII® siècle, les fonctions des archidiacres consistaient à visiter les églises soumises à leur juridiction et à connaître des affaires urgentes , quand elles étaient de peu d'importance. Comme ils faisaient leurs tournées à pied et en toute saison, on disait crotté en archidiacre, quand on voulait désigner un homme très-crotté. Aujourd'hui , on donne le nom d'archidiacre aux vicaires généraux investis d'une partie de l'autorité de l'évêque.
ARCHIPRÊTRE. C'était, dans le principe, un prêtre qui remplaçait l'évêque , pendant son absence , pour certaines fonctions. Dès le vi^ siècle, il y avait quelquefois plusieurs archiprêlres par diocèse. Trois siècles plus tard, ils devinrent beaucoup plus nombreux; il y avait alors les simples paroisses gouvernées par de simples prêtres, et les paroisses baptismales (pourvues de fonts baptismaux) gouvernées par des archiprêlres qui avaient droit d'inspection sur les moindres cures. De nos jours, on désigne sous le nom d'archiprêlre le chanoine qui remplit les fonctions de curé, quand la cathédrale est en même temps église paroissiale.
ASCENSION . Depuis les apôtres, celle fête est en usagerpendant longtemps elle fut célébrée sous le nom de
Solennité du Quarantième, par allusion aux quarante jours que le Sauveur passa sur la terre après sa résurrection. Autrefois, on faisait une assez longue procession avant la messe, en mémoire de la marche des disciples de J.-C. vers la montagne d'où il s'éleva dans le ciel ; mais aujourd'hui Ton ne fait plus dans la plupart des églises qu'une procession ordinaire. L'impératrice Hélène avait fait bâtir une église à l'endroit môme où le Sauveur avait quitté la terre; il y existe encore une chapelle [voy. Fierté).
ASPERSION. Sous la loi de Moïse, on faisait de fréquentes aspersions. Les Romains aspergeaient aussi d'eau lustrale tous ceux qui entraient dans leurs temples. Ce rit est passé dans la religion chrétienne et remonte a ^origine du christianisme. Au premier siècle , le pape saint Clément ordonna des aspersions avec de l'eau mêlée d'huile. Au ii° siècle , Alexandre I" substitua le sel à l'huile. Les capitulaires de Charlemagne enjoignent aux curés de faire l'aspersion, le dimanche, avant la messe. Dans le diocèse de Rouen , cette aspersion se fait aussi aux fôtes de Pâques et de la Pentecôte, après complies, tandis qu'on va faire station à l'entrée du chœur, en chantant la prose de la messe. Dans plusieurs diocèses, cette aspersion a lieu tous les dimanches; c'est un reste de l'ancienne coutume de l'aspersion qui se faisait le soir, sur les religieux, au moment de rentrer dans leurs cellules pour se reposer. Dans la plupart des diocèses, celui qui fait l'aspersion commence par se toucher le front avec le goupillon , après avoir aspergé les autels ; jchez nous, il se signe avec la main.
Outre Vaspersion générale , il Bxiste diverses autres aspersions qui se font dans le cimelière, sur les morls et les malades, et dans diverses bénédictions.
ASSOMPTION. Ce nom est conforme à une pieuse croyance d'après laquelle la sainte Vierge a été enlevée dans le ciel, en corps et en âme, après sa mort; le mot assomption dislingue cet acte de l'ascension du Sauveur qui monta au ciel par sa propre vertu, ascendit. Cette fête ne nous parait pas avoir été instituée avant le v® siècle ; elle fut célébrée à diverses époques de l'année, jusqu'à ce que le pape saint Grégoire- le-Grand la fixât au 15 août, vers l'an 600. En 1638, Louis XIII ajouta une procession solennelle à cette fêle, en mémoire de la consécration de sa personne et de son royaume à la sainte Vierge.
AUBE. Ce vêlement tire son nom de sa couleur blanche, alba. Dans la primitive église, les prêtres étaient toujours revêtus d^une aube, même hors de leurs fonctions ; mais ils en avaient de plus propres pour le service de l'autel, et elles devaient toujours être de lin. C'est sans doute pour avoir négligé celte distinction que Riculphe, évêque de Soissons, défendit aux clercs, en 889, de se servir de l'aube qu'ils portaient ordinairement, pour la célébration des Saints Mystères. Durand de Mende nous apprend que de son temps, au xiii® siècle, l'aube avait un capuce et qu'elle était ornée de franges ou festons ; au rapport de D. Claude de Vert, ces derniers parements étaient toujours en usage au xvif siècle ; de nos jours ils ont presque envahi la totalité de l'aube.
On appelait aussi aube le vêtement blanc que portaient Jes nouveaux baptisés pendant la semaine de Pâques,
et qu'ils quittaient au bout de huit jours ; c'est cet usage qui a fait donner au dimanche qui suit cette grande fêle le nom de Dominica m albis depositis.
AUMOiVIER. C'est le nom qu'on donnait autrefois au prêtre chargé de distribuer les aumônes des rois , des seigneurs, des couvents, etc. Aujourd'hui, ce mot est devenu synonyme de chapelain. En parlant des aumôniers de l'armée, Grandcolas cite un concile du vin*' siècle qui oblige les chefs de régiment d'avoir un prôlre chargé d'entendre les confessions des soldats. Au reste, Malmesbury dit qu'au xii® siècle, la veille d'une bataille, les Normands passaient la nuit à se confesser.
AUMUSSE. C'est un ancien vêtement qui, pendant bien des siècles, servait indistinctement aux hommes et aux femmes. Sous Charlemagne, l'aumusse fut fourrée d'hermine; au siècle suivant, on la fit entièrement de peaux, et l'on donna le nom de chaperon h celles qui étaient en étoffe. D'abord, l'aumusse des chanoines n'était qu'un bonnet de peau d'agneau avec la laine ; ensuite on fit descendre ce bonnet sur les épaules, puis jusqu'aux reins. Mais, comme ce vêtement, très-utile pour couvrir la tête en hiver, était incommode pour l'été , on se mit à le placer sur les épaules. Enfin, après avoir renoncé à le porter sur la tête, on finit par se contenter de le mettre sur le bras gauche, où il n'a d'autre utilité que de fournir une poche, dans le capuchon, pour y placer le bréviaire et autres objets. A Bayeux, les chanoines plaçaient encore l'aumusse sur la tête il y a peu d'années.
AUTEL. Le premier autel de la loi nouvelle fut la table fmf laquelle J.-Ç. institua l'eucharistie; c'est pourquoi
les autels ont toujours conservé la form<i d'une table. D'un autre côté , comme les premiers disciples de rÉvangile, renfermés dans les catacombes, célébraient le saint sacrifice sur les tombeaux des martyrs, Tusage est venu de donner à nos autels la forme d'un tombeau et d'y placer quelques reliques d'un ou de plusieurs saints. Cette dernière coutume n'a commencé, à proprement parler, que sous Constantin, au moment de l'origine des autels fixes. Pendant six siècles , les autels furent indifféremment de bois, de pierre, d'or ou d'argent; il n'y en avait ordinairement qu'un seul dans chaque église. Il serait très-difficile d'indiquer la forme précise des autels primitifs; leplus souvent, c'était une table posée sur un pied central ou sur un massif; quelquefois, cette table était supportée par des colonnes placées aux angles.
Au VI* siècle, on commença à élever plusieurs autek dans la même église; et, afin de distinguer les autels secondaires de l'autel principal, on appela celui-ci maître-autel ; c'est celui dont nous nous occupons dans cet article.
Pendant longtemps , l'autel fut placé au milieu du sanctuaire; c'était une table sans tabernacle, ni croix, ni chandeliers, ni gradins , placée devsiwt Y abside, qui était réservée à l'évêque. Durant la messe, le célébrant avait la figiye tournée vers le peuple; c'est pourquoi oï\ appelait côté droit celui qui était à la droite du célébrant, qu'on nomme aujourd'hui côté de rÉvangile. Toutefois, on a conservé l'ancien usage pour le placement des; statues des saints ; les plus élevés en dignité se placent (}u côté de rÉvangile, ancien côté droit, où se trouye^l
toujours les statues et les petits autels dédiés sous Tinvocation de la sainte Vierge.
Pour cacher la nudité des autels primitifs et préserver de poussière les reliques des martyrs , on environnait Tautel de rideaux ; les parements dont on se sert encore aujourd'hui en quelques églises sont venus à la suite de ces anciens rideaux. Au xiii*' siècle, Tautel se trouvait en quelque sorte caché par trois espèces de voiles : le premiep, qui touchait à Tautel; le second, qui séparait le sanctuaire du clergé; le troisième, qui était étendu entre le clergé et le peuple. Ce dernier était encore en usage dans quelques églises du diocèse de Rouen au milieu du xyii** siècle [voy. Voile).
Il semble que l'usage exclusif des autels en pierre commença à s'étendre pendant le vi® siècle; car, en 517, nous voyons le concile d'Épaone défendre dans son vingt- sixième canon de consacrer avec l'onction du chrême d'autres autels que ceux de pierre. Avant cette époque, la consécration de l'autel n'avait pas Heu; il devenait saint , dit saint Chrysoslôme , lorsqu'il avait porté le corps de J.-C.
On distingue deux sortes d'autels : l'autel fixe et l'autel mobile ou portatif. Le premier, qu'on rencontre encore dans un assez grand nombre d'églises, est formé d'une grande pierre sur laquelle peuvent être placés tous les objets servant au saint sacrifice. Le second, qui est le plus commun, n'a que la grandeur suffisante pour recevoir le calice et l'hostie, et est incrusté au milieu de la table, qu'on nomme improprement l'autel, quoique cettç ^able ne reçoive aucune consécration.
Daus certaines églises , il existe uu autel priiilégié auquel le souverain pontife attache une indulgence plénière applicable au défunt pour lequel on y célébrera la messe. Cette sorte d^indulgence devint eu usage sous Grégoire XIII, à la fin du \\Y siècle; toutefois, on cite quelques exemples qui remontent beaucoup plus haut. Dans le diocèse de Rouen , le privilège est attaché à l'autel de la sainte Vierge.
AVENT. Temps qui précède la fôte de Noël et qu'on appelait autrefois carême. On jeûnait en ce temps et Ton faisait abstinence, comme pendant le carême qui précède Pâques; mais c'était plutôt une suite de la piété des fidèles que d'une obligation imposée par l'Église. D'abord, le jeune n'avait lieu que le lundi , le mercredi et le vendredi ; mais il finit par s'étendre aux autres jours et devint obligatoire pour les clercs.
Le diocèse de Tours est le premier, en France, qui ait observé le jeune de l'Avent; il y fut ordonné dès le V siècle par l'évéque saint Perpet. Le concile de Maçon adopta cet usage, en 581 , et bientôt toute la France l'observa. A cette époque, l'Avent commençait le premier dimanche après le 1 \ novembre ; ce qui le fit appeler carême de Saint-Martin. Le nomd'.4r^n/ ne fut pas en usage avant le vu® ou le viii® siècle. Au xiii* siècle , le jeune de l'Avent n'était plus pratiqué communément; et, au siècle suivant, on se contenta de l'abstinence. Cependant, les catholiques d'Angleterre jeûnent encore les mercredis et les vendredis. La durée de l'Avent fut aussi réduite à quatre semaines; depuis plusieurs siècles, on ^e commence 1« dimanche le plus près de la fête de
saint André. Il est à remarquer qu'autrefois on appelait première semaine de TAvent celle qui était la plus rapprochée de Noël, et qu'on allait ainsi, en remontant, jusqu'au commencem(3at , de sorte que notre premier dimanche était le quatrième. On trouve certain rapport entre cette manière de désigner les dimanches de l'Avent et celle d'indiquer les dimanches qui précèdent le carême, et qu'on appelle de la Quinquagésime, de la Sexagésime et de la Septuagésime. Il devait en être ainsi, car on désignait de la sorte, en remontant, les jours par calendes, nones et ides (voy, ces mots).
BAISER DE PAIX. « Tous les sentiments affectueux, à quelque nuance qu'ils appartiennent, a dit un auteur, trouvent dans le baiser leur expression la plus naturelle et la plus éloquente. » C'est pourquoi il a été admis comme symbolede fraternité etde communion entre les chrétiens. JNfous n'avons à nous occuper ici que du baiser de paix que se donnaient les fidèles des premiers siècles, pendant la célébration des Saints Mystères. Le moment le plus convenable parut être celui qui précède la communion. C'est alors , dit saint Cyrille d'Alexandrie , que le diacre dit à haute voix : « Embrassez-vous et donnez-vous le ffaiser les uns aux autres. » En parlant de cet usage, saint Augustin dit que le cœur doit être uni au cœur, comme les lèvres sont unies aux lèvres ; ce qui montre ^ue le baiser de paix se donnait sur la bouche. Cetle
manière de s embrasser n'a pas varié jusqu'au xii** siècle ; toutefois , ce qui se faisait d'abord avec une grande simplicité de cœur étant devenu pour plusieurs une occasion de pensées impures, Beleth nous apprend qu'au xii*" siècle les deux sexes se transmettaient séparémeni le baiser de paix.
Vers le milieu du xiii^ siècle, on supprima l'accolade, et le baiser de paix se transmit au moyen d'un instrument en marbre, ou plus souvent en métal , que le célébrant baisait, et qui était ensuite transmis à tout le peuplé. Plus tard, l'instrument de la paix ne fut présenté qu'aux hommes, puis au clergé seul, comme cela se pratique encore dans plusiWirs églises. Le baiser de paix par accolade ne se donne plus généralement qu'aux ordinations ecclésiastiques, entre les ordinands.
Nous avons dit que le baiser de paix avait lieu avant la communion; on voit là une application de ces paroles du Sauveur : « Si ton frère a quelque chose contre toi , laisse ton présent devant l'autel et vas auparavant le réconcilier avec ton frère. » Si l'on ne donne point la paix aux messes de Requiem, c'est parce qu'on n'administrait point autrefois la communion aux fidèles dans ces messes.
BALDAQUIN. Avant qu'on fit usage des tabernacïeSy les hosties consacrées étaient conservées sous une espèce de baldaquin porté sur des colonnes et surmonté d'une croix. La sainte réserve était placée dans une colombe d'or ou d'argent suspendue sous ce dôme, puis les arcades étaient garnies de rideaux qui dérobaient en partie l'autel aux regards. Au xvi® siècle, la prétendue
renaissance vint supprimer ou dénaturer le baldaquin, en élevant de hautes colonnes qui soutenaient une demieoupole, et ajoutant des anges adorateurs j des vases à encens, etc. Les saintes hosties continuèrent à être consorvéos dans des custodes de différentes formes, qu'on élevait ou descendait au moyen d'une poulie. On rencontre encore des baldaquins dans plusieurs églises du diocèse de Rouen.
BALUSTRADE. Aux premiers siècles de l'Église, les clercs étaient séparés du peuple par des treillis en bois ou en fer nommés chancels et plus tard balustrades ; toutefois , cette séparation ne commença qu'au règne de Constantin, et fut modifiée au xif sièfele. Alors les balustrades furent supprimées et remplacées par des murailles plus ou moins élevées, afin, dit Thiers, que les ecclésiastiques et les religieux fussent moins exposés aux injures de l'air. A la 6n du xvii^ siècle, on commença à renverser ces murailles, pour remettre les balustrades en usage.
Outre les balustrades du chœur, il y en avait aussi autour de l'autel ; il en reste une trace dans les balustres auxquels on attache une nappe, et qui servent de table de communion.
BAN. Il y eut toujours des moyens pour prévenir les inconvénients du défaut de publicité relativement au mariage ; mais le mode de publication actuel que nous appelons ban ne remonte pas au-delà du xii'^ siècle. Cet usage semble être né en France et avoir porté le concile de Latran à en faire une prescription générale en 1216.
BANCS. L'usage de placer des bancs pour les fidèles, dans les églises, ne nous parait pas avoir été générale-
ment suivi avant le xviii' siècle. Souvent, le droit de banc était accordé aux seigneurs, qui les faisaient construire à leurs frais; d'autres fois, les bancs étaient établis aux dépens de Téglise , qui les louait annuellement à son profit. Aujourd'hui, cette location se fait parfois tous les trois ans; en certaines églises de campagne, les bancs sont môme quelquefois loués à vie, c'est-à-dire jusqu'à la mort du locataire ou de ses héritiers.
BANNIÈRE. Durand de Mende nous apprend qu'on portait des bannières en léte des processions au xiii'' siècle, et il dit qu'on en a pris l'usage du labarnm de Constantin;
BAPTÊME. Il y a trois manières d'administrer le baptême : par aspemion, par immersion et par infusion; On croit que saint Pierre baptisa par aspersion les 3,000 personnes qui crurent à sa première prédication ; c'est ainsi qu'on baptisait «lussi les personnes dangereusement malades; Dans les premiers temps de l'Église, on conférait généralement le baptême par immersion. Le pape saint Léon nous apprend qu'on pouvait être baptisé en tout temps, quand on était en danger de mort, aux approches d'un siège, durant les persécutions et sur le point de faire naufrage; mais, ces quatre cas exceptés^ on n'administrait le baptême qu'aux veilles de Pâques et de la Pentecôte; dans les Gaules, on avait ajouté NoëU l'Epiphanie et saint Jean-Baptiste. Cette règle fut en pleine vigueur jusqu'au ix*' siècle; elle fut moins observée au X® et au xf , et, à partir du xii% la coutume de baptiser en tout temps devint générale.
Jusqu'au ix*" siècle , on administra le baptême par immersiouj, sauf de rares exceptions, dans lesquelles on
fJii
le donnait par infanon (1). L'évéque seul eut crabord le pouvoir de conférer le baptême solennel , aux jours que nous avons indiqués; mais, au v*' siècle, quand On vit s'élever des églises de toutes parts, le prêtre attaché à chacune de ces églises fut autorisé à administrer Cé sacrement; et, au xiii° siècle, le baptême n'était presque jamais administré par les évêques. Toutefois, en 1587, quelques évêques de France s'engagèrent à conférer le baptême solennellement aux vigiles de Pâques et de la Pentecôte , à l'exemple de saint Charles Borromée , qui 5'était réservé à lui et à ses successeurs le droit de baptiser en ces jours les enfants nés pendant la huitaine; mais il parait que ce plan de réforme n'eut guère de succès, car D. Martène fait remarquer, au xvii® siècle, que les évêques, qui étaient autrefois les seuls ministres du baptême, étaient les seuls qui ne l'administraient plus. Dans les temps de persécutions , les fontaines et les rivières étaient les baptistères naturels où le baptême était administré, sans autres cérémonies que la formule sacramentelle. Mais, quand la paix fut donnée à l'Église, le baptême fut précédé de prières, d'exorcismes et d'onctions qui étaient les mêmes à peu près que de nos jours, dès le xiii** siècle ; en outre, on fit construire des baptistères destinés à la régénération des catéchumènes , qu'on préparait au baptême par des instructions sur les principales vérités de la religion. Quand ces instructions avaient été données, le catéchumène était éprouvé pendant un temps qui durait quelquefois plusieurs années; on
(I) Un Rituel imprimé en 1788, à l'usage des catholiques anglais, ^oae encore la faculté de baptiser par immersion.
l'examinait sur sa foi , et Ton procédait aux cérémonies préliminaires du baptême, lesquelles consistaient à marquer le postulant d'une croix au front; à lui faire des exsufflations sur la figure ; à lui mettre dans la bouche du sel et, en certains lieux, du lait et du miel, ou du vin et du lail; à lui faire des onctions d'huile sainte sur la poitrine, sur les épaules et sut le front; à lui mettre de la salive sur les oreilles ; enfin, à lui adresser à peu près les mêmes interrogations qu'on adresse aujourd'hui aux parrains et marraines. Ces diverses cérémonies avaient lieu hors de l'église. Le postulant était ensuite admis au bapt^e, après quoi on le revêtait d'une robe blanche {voy. Aube) qu'il gardait pendant huit jours. Cet usage existait encore au xm® siècle. Outre cette robe blanche, on couvrait encore la tête du baptisé d'un chrémeau qu'on remplace aujourd'hui par le bandeau de l'enfant.
Pendant longtemps, on conféra le baptême par une triple immersion; plus tard, on se contenta d'une seule; au XIII* siècle, on prit l'usage de baptiser généralement par infu$ù)n, lequel est actuellement suivi.
On donne aussi le nom de baptême à la bénédiction des cloches [voy. ce mot).
BAPTISTÈRE. Primitivement, c'était un bâtiment séparé de l'église et affecté à la collation du baptême ; 41 y avait un bain spécial pour les hommes et un pour les femmes, qui étaient toujours assistées d'une personne de leur sexe, souvent d'une diaconesse, et séparées, par un rideau, du ministre qui prononçait les paroles sacramentelles . On descendait ordinairement dans le baptistère par quatre degrés. En certains endroits, le prêtre faisait
rimmersion en plongeant la tête du baptisé dans Teau, quand il était descendu dans le baptistère.
Lorsque les prêtres furent autorisés à administrer le baptême, le baptistère fut souvent placé au bas de l'église, du côté gauche. C'est encore la place assignée aux fonts [voy, ce mot] y depuis qu'on baptise par infusion.
BARBE. L'usage de porter la barbe longue ou de la raser a beaucoup varié. Cependant, quoiqu'on trouve plusieurs statuts qui prescrivent aux ecclésiastiques de raser leur barbe ou de la couper de certaines manières indiquées , il n'y eut pas souvent de règle uniforme. Toutefois, au milieu du ix* siècle, les prêtres d'Occident portaient la barbe longue; ce qui occasionna une dispute entre l'Église grecque et l'Église latine, au point que Photius, patriarche de Constantinople , excommunia le pape Nicolas, en 858, pour n'avoir pas forcé les prêtres d'Occident à se raser le visage. Après diverses hésitations, la barbe disparut totalement à la fin du xii® siècle. Vers 1530, de grandes discussions s'élevèrent de nouveau pour ou contre la barbe des prêtres. En 1536, Gentien Hervet publia trois discours sur ce sujet. Dans le premier, il prouva que c'était un devoir de laisser croître sa barbe; dans le deuxième, il démontra le contraire; et, dans le troisième, il établit que tout homme était libre de se raser ou de laisser croître sa barbe. En 1564, la barbe avait reconquis la possession du visage tout entier ; il fut alors défendu au clergé de la friser.
Le Manuel de Rouen, imprimé en 1650, fixe les jours où les ecclésiastiques devaient «e raser : Noël, l'Epiphanie, la Chandeleur, Pâques, l'Ascension, la Pentecôte, le
Saint-Sacrement, l'Assomption, la Nativité, la Dédicace, Saint-Romain, la Toussaint, la semaine ad altare. Le même livre contient une défense aux ecclésiastiques de porter moustaches. Cette défense ne produisit pas sans doute tout le fruit qu'on en attendait, car un livre de rubriques, imprimé en 1 674, recommande aux prêtres de ne mettre pas la barbe dans le calice au moment de la consécration, et, sous Louis XIV, des membres éminents du clergé portaient encore la moustache et la mouche. Aujourd'hui, en France, la coutume générale des clercs est de se raser la barbe chaque semaine.
BARRETTE. Elle était d'un usage commun au XVII® siècle ; mais nous ne saurions dire à quelle époque cet usage commença, ni affirmer que ce fut dans le principe un bonnet de chœur. Un concile d'Aix dit que les clercs doivent toujours porter la barrette , et celui d'Asti dit qu'elle doit être noire. Le dessus de la barrette offre ordinairement quatre plis en forme de croix ; plusieurs auteurs veulent que le clerc baise cette croix avant de mettre la barrette sur sa tête.
Dans le diocèse de Rouen , la barrette n'a que trois cornes ; on ne doit la porter qu'à l'église et au presbytère, en plaçant à gauche le côté qui manque de pli. Elle avait été abandonnée depuis longtemps, pour le bonnet carré; mais on Ta reprise à Pâques 1846. Selon D. Claude de Vert, la barrette ne serait que l'ancienne calotte, peu à peu garnie de carton , et les trois plis ou cornes auraient pour origine la trace des doigts qui ôtent et remettent le bonnet.
BATON DE CHANTRE. Autrefois, plusieurs personnes
tenaient à la main des bâtons d'or ou d'argent , pour maintenir Tordre dans les processions. Les bedeaux de certaines confr(^ries portent encore cet insigne , et la baguette de baleine des bedeaux de chœur nous semble venir de là. Nous ne trouvons pas d'autre origine, pour le bâton de chantre , que le symbole de l'autorité que celui qui le porte exerce dans le chœur. Les curés de Saint-Denis et de Saint- Vigor, de Rouen, portaient autrefois des baguettes blanches pour régler la marche des processions générales des Rogations.
BÉATIFICATION. C'est une permission accordée par le pape, après de nombreuses informations , d'honorer d'un culte particulier un serviteur de Dieu, dans une église, une contrée ou un diocèse. La canonisation [voy. ce mot) étend le culte i\ toute la catholicité.
Quand la décision de la congrégation des Rites est favorable , celui pour lequel on demande le titre de bienheureux commence par être déclaré vénérable.
BEDEAU. Les bedeaux, qui, au temps de Rollin, remplissaient le rôle d'huissiers à l'Université, remplissent aujourd'hui à peu près les mêmes fonctions dans nos églises. Ils sont généralement revêtus d'une longue robe noire ou violette , portent une baleine ornée de cercles d'argent au milieu et aux extrémités , avec une croix ou l'image du patron au sommet, et font la police de l'église, d'où ils ont droit d'expulser ceux qui troubleraient l'ordre. Le Ragois dit que, sous Charles V, on imagina des habits mi-partis, semblables à ceux de nos bedeaux. Il est sans doute question ici d'habits dans le genre de ceux des
bedeauK de la Bretagne qui, nous a-t-on dit, ont un côté vert, et l'autre rouge, y compris le bonnet.
BENEDICITE. Premier mot latin de la bénédiction qu'on a toujours été dans l'usage de donner aux mets dont on allait se nourrir dans les monastères. Le supérieur avertissait les religieux de ne point commencer leur repas avant cette bénédiction : Benedicite, disait-il, «Bénissez.» Les moines répondaient : Dominus, c'està-dire «c'est le Seigneur qui doit bénir.» Alors l'abbé terminait la bénédiction : Nos et ea quœ summ sumpturi benedicat dextera Christi. « Que la droite de J.-C. nous bénisse, ainsi que la nourriture que nous allons prendre.» Et, en disant ces mots , il produisait le signe de la croix sur la table.
Cette explication montre qu'on devrait supprimer les mots Benedicite et Dominus, quand on fait individuellement cette prière. Il est vrai que l'usage romain est de dire Dominus vobiscum, en récitant seul le bréviaire, et d'ajouter : Et cum spiritu tuo.
BÉNÉDICTION. On distingue en général deux sortes de bénédictions : les premières, auxquelles on donne le nom de Consécration, s'appliquent aux autels, aux vases sacrés, aux saintes huiles, aux religieuses, etc.; les secondes se font avec l'eau bénite, des oraisons, des signes de croix, et retiennent le nom de Bénédiction; telles sont la bénédiction du pain, de l'eau, des images, etc.
La Bénédiction dont nous voulons spécialement parler ici est celle de la fin de la messe. Jusqu'au xi* siècle, elle était réservée à l'évêque ; mais alors, par suite d'uœ fausse interprétation du mot sacerdos, on conclut qn% 1%
simple prêtre pouvait donner cette bénédiction , et, pendant deux siècles, il n'y eut plus d'usage général. Durand de Mende donne à entendre qu'au xiii® siècle l'évêque seul bénissait avec la main, au lieu que le simple prêtre devait le faire avec une croix, le calice ou la patène ; on retrouve cet usage au xvii® siècle, dans un missel de Paris. Il n'y eut pas non plus uniformité dans les paroles de la bénédiction ; à partir du xiv® siècle , on adopta assez généralement la coutume de faire précéder la bénédiction des versets Adjutorium et Sit nomen Domini, puis le prêtre se tournait vers le peuple en faisant un signe de croix avec la patène, à chaque invocation des trois personnes divines. A partir du xvii*' siècle, les deux versets et le triple signe de croix furent supprimés en plusieurs diocèses. Aujourd'hui, les versets .sont encore en usage dans le diocèse de Paris , quoiqu'ils ne figurent point dans le missel. Dans le diocèse de Rouen , on ne les emploie qu'à la fin des messes où la bénédiction se donne avec le Saint-Sacrement, et jamais dans les messes basses, quand la bénédiction se donne sans chanter. En 1788, on chantait encore les versets à Saint-Jean de Rouen . A Bayeux, on n'ajoute jamais rien au Benedicat vos.
La Bénédiction n'a point lieu aux messes des morts ; celle qu'on trouve dans un ancien missel de Clermont en Auvergne est une exception.
BÉNITIER. Autrefois on écrivait benoistier, du vieux mot bénoyer, bénir, et l'on prononçait benaitier. Le bénitier fut institué pour remplacer les fontaines placées auprès des anciennes églises, et dans lesquelles on se lavait les mains et le visage avant d'entrer. D'abord, on
— sole plaça sous le porche , sunt in templorum vestibiUis aquaria, dit Synesius, qui vivait vers Fan 404, puis dans Téglise, auprès de la porte ; depuis qu'on se contente d'y tremper l'extrémité des doigts pour y prendre Feau bénite et produire sur soi le signe de la croix , on le met le plus souvent contre une colonne ou contre le mur. Les anciens bénitiers formaient une espèce de colonne ou de petit monument dont le haut était creusé en forme de cuvette ; ses faces étaient ornées dans le style de Fépoque où il avait été construit ; quelquefois il portait une inscription ; voici celle qu'on lisait sur le bénitier de Saint-Étienne-des-Grès, à Paris, avec la date de 1626 :
NIP50NAN0MHMATAMHM0NAN0P5IN (1).
Lave tes péchés, non ta seule flgure«
Outre le bénitier placé à la porte des églises, on se sert encore d'un bénitier portatif, en forme de petit seau évasé par le haut, qui sert pour Faspersion des fidèles ; nous ne pensons pas que l'usage de ces bénitiers soit fort ancien.
Avant qu'on ne commençât à supprimer les grands bénitiers, le célébrant allait chaque dimanche y faire la bénédiction de Feau [voy. Eau bénite).
BINAGE. Ce mot se rapporte à Faction d'un prêtre qui célèbre deux messes le même jour; il vient de bu agere, agir deux fois. Dans la primitive Église, les prêtres
(i) Il est à remarquer que celte inscription élan t en caraclères grecs, le PS on PSI ne forme qu'une seule lettre dans le texte et rend tout-à-fait le sens rétrograde, c'est-à-dire qu'en la lisant à rebours on retrouve les mêmes mots et le môme sens.
disaient autant de messes que leur piété les portait à le faire; ce qui fut défendu, en 1022, par le concile de Salignonstadt ou Selingstad, qui ne pernvit pas d'en dire plus de trois. Plus tard, ce nombre fut encore restreint; un concile de Nimes, tenu en 1284, permet au même prêtre de dire deux messes le même jour, quand les paroissiens ne peuvent tous assister à la première. Benoit XIV dit à peu près la même chose dans un l)ref de 1746. Au reste, dès le v° siècle, le pape saint Léon regardait comme une tradition apostolique la coutume de célébrer la messe autant de fois qu'il serait nécessaire pour que le peuple qui n'aurait pu pénétrer dans l'église, aux premières messes, pût y assister.
BONNET CARRÉ. Il ne remonte pas au-delà du règne de Louis XV. C'est une exagération de la barrette, qui alors se rehaussa, supprima ses plis supérieurs et augmenta successivement sa houppe d'une manière démesurée. Aujourd'hui, le bonnet carré n'est guère porté par les ecclésiastiques; les chantres laïques l'ont conservé.
BOURSE AUX CORPORAUX. L'intérieur de la bourse doit être garni de toile ; le dessus est ordinairement de la même étoffe que l'ornement du jour. La bourse était en usage au xvii® siècle ; nous ne saurions dire depuis combien de temps.
BREF. On appelle ainsi de simples lettres, brèves, par lesquelles la chancellerie romaine fait connaître les décisions du pape aux parties intéressées ou leur exprime que telle grâce ou tel témoignage d'estime leur est accordé. Le Bref est scellé de cire rouge , avec un sceau ou anneau qui représente saint Pierre dans une
frarque ; de là la formule qui le termine : Datum mb annulo pitcatorù.
On nomme aussi Bref un calendrier ecclésiastique indiquant brièvement l'office de chaque jour. Dans le diocèse de Rouen, on l'appelle Ordo.
BRÉVIAIRE. Selon Sénèque et plusieurs anciens auteurs, bremarium est synonyme de mmmarium, et signifie recueil, précis, sommaire, résumé. La récitation des offices de jour et de nuit remonte à l'établissement des monastères, mais l'existence du recueil liturgique de ces offices ne va pas au-delà du xii® siècle. Dans la primitive Eglise , tous les chrétiens récitaient l'office , sans qu'on leur en fit une obligation; plus tard on en fit un devoir aux clercs et bénéficiers, spécialement au concile de Latran, au commencement du xvi* siècle.
Le bréviaire était partagé en sept parties , selon ces paroles du Psalmiste : Septiès in die laudem dixi tibi , qu'on récitait à diflférentes heures du jour et de la nuit; ces sept offices ont conservé le nom de Matines, Laudes, Prime, Tierce, Sexte, None et Vêpres (1 ) . Peu à peu la ferveur se ralentit, les occupations devinrent plus multipliées, et l'on réunit en un seul livre les sept offices, à l'usage des personnes qui ne pouvaient pas y assister. Ce fut l'origine du Bréviaire. A la fin du xi® siècle, le pape Grégoire VII fit abréger le bréviaire, à l'usage de sa maison , et ce bréviaire abrégé ne tarda pas à être adopté par diverses églises. Une nouvelle réforme eut lieu au xiii*" siècle, avec l'approbation des papes Grégoire IX
(1) Les Compiles ont été ajoutées plus tard.
et Nicolas III. Un historien du xiv^ siècle nous apprend que, sous ce dernier pape, élu en 1277, les églises de Rome abandonnèrent l'ancien office romain , pour prendre celui de la chapelle du pape, tandis que la France et T Allemagne conservèrent leur ancien usage. L'uniformité était donc loin d'exister, et, sur les conseils des papes Clément VII et Paul III, le cardinal Quignonez publia un nouveau bréviaire réformé, en 1535, qui fut autorisé par les papes Jules III et Paul IV ; il eut quatre éditions à Lyon. La publication de ce bréviaire ne fit qu'augmenter la diversité des offices et n'empêcha pfts le concile de Cologne de demander, en 1536, une nouvelle réformation , représentant que les anciens Pères ne permettaient pas qu'on lût dans les églises autre chose que l'Écriture sainte. Pie IVcommenca ce travail, et leconcile de Trente chargea son successeur de le compléter. Saint Pie V publia en effet un nouveau bréviaire qu'il imposa à l'avenir et pour toujours , in perpetuum, à toutes les églises , exceptant toutefois celles qui jouissaient , pour leur bréviaire, d'une approbation antérieure du saint siège ou d'une coutume en vigueur depuis deux cents ans. Quoique le pape saint Pie V eût interdit tout autre bréviaire et défendu de rien changer à celui qu'il publiait, vel in totum, vel ex parte mutandum, vel ei aliquii addendum, vel omnind detrahendum, deux de ses successeurs. Clément VIII et Urbain VIII, ainsi que plusieurs évêques de France, continuèrent la réformation, de sorte que l'unité liturgique resta à l'état d'espérance. Monseigneur de Reims ayant consulté Grégoire XVI , en 1 843 , au sujet de la variété des livres liturgiques, le saint Père
lui répondit que , redoutant de graves dissensions , il devait s'abstenir de donner des réponses détaillées aux questions qui lui étaient proposées. A cette époque, il y avait une dizaine de diocèses en France où Ton récitait assez généralement le Bréviaire romain. Au moment où nous écrivons, la liturgie romaine est admise, au moins en principe, dans un grand nombre de diocèses.
Le P. Thomassin dit que ceux qui récitent le bréviaire en particulier ne sont pas strictement tenus aux heures et aux postures que Ton observe au chœur.
BULLE. Cet acte est écrit en latin, sur du parchemin, et non sur du papier comme le Bref; il se rapporte aux jubilés , aux approbations d'institutions religieuses , aux décisions doctrinales, etc. Son nom lui vient du sceau de plomb dont il est accompagné, et qui fut mis en usage pour la première fois, à ce qu'on croit, par le pape saint Sylvestre P^ en 314. Ce sceau porte d'un côté les têtes de saint Pierre et de saint Paul , et de l'autre le nom du pape régnant. Quand la bulle a pour objet une faveur, le cordon qui supporte le sceau est en soie; si elle contient un ordre exécutoire, le cordon est de lin.
BURETTES. Autrefois les fidèles offraient le vin et l'eau nécessaires au sacrifice ; or, comme le nombre des communiants était considérable, il fallait des vases d'une assez grande dimension pour recevoir ces offrandes ; le sieur de xWoléon (LeBrun Desmarettes) parle de burettes qui contenaient une pinte. Il y en eut de beaucoup plus grandes, qu'on appelait buires, dont on a fait buirettes ou burettes. Les burettes sont ordinairement en verre, en cristal, ou de la même matière que le calice.
Autrefois les burettes étaient accompagnées d'une espèce de couloir, colatorium, dans lequel on versait le vin, d'où il retombait dans le calice, dégagé de ce qu'il pouvait contenir d'impur. A la fin du xvii° siècle, il était d'usage de baiser la burette, en la présentant au célébrant , de même qu'avant de lui verser de l'eau sur les doigts au Lavabo.
CALENDES. C'est le nom que les Romains donnaient au premier jour de chaque mois ; la chancellerie romaine a conservé cette manière de compter. Les jours calendaires se prenaient dans le mois précédent , en rétrogradant ; ainsi le 24 janvier est le 9 des calendes de février, o'^st-à-dire le neuvième jour avant le 1^*^ février. La veille des Calendes, qui se trouvait toujours le dernier jour de chaque mois , était désignée par les mots pridie calendas et non secundo calendas. Tous les mois n'avaient pas un nombre égal de jours calendaires ; voici comment ils étaient répartis :
Janvier, août , décembre 19.
Avril, juin, septembre, novembre... 18.
Mars , mai , juillet, octobre 17.
Février 16 ou 17.
Après la réforme du calendrier par Jules César, il fut ordonné d'ajouter, tous les quatre ans, un jour complémentaire dans le mois de février, entre le sixième et le
cinquième jour des calendes de mars , de sorte qu'on comptait deux fois le sixième jour, bissextus dies. C'est ce qui a fait donner à ces années le nom de bissextiles. (Pour les autres jours du mois, voy. Ides et Nones.)
On appelait aussi Calendes la réunion des prêtres d'un doyenné, convoqués par l'évêque dans une église indiquée. Après la réception d'usage et les prières prescrites dans le rituel, le pontife quittait le chœur et appelait à la sacristie chaque curé en particulier, dont il recevait les réclamations, et auquel il adressait les avis qu'il jugeait nécessaires. L'évêque revenait ensuite au chœur et donnait sa bénédiction au peuple. Ces calendes étaient en usage dans le diocèse de Rouen au siècle dernier.
On a encore donné le nom de Calendes aux conférences que les prêtres faisaient entre eux au commencement de chaque mois.
CALENDRIER. Suivant l'usage romain qui plaçait le commencement de l'année au mois de mars, et rattachant approximativement cette date à l'anniversaire de la résurrection du Sauveur, le christianisme fixa le premier jour de l'an à la fête de Pâques; ce qui dura jusqu'en 1565, époque à laquelle Charles IX fit reporter le commencement de l'année au 1^"* janvier.
Une grande réforme eut lieu dans le calendrier, l'an de Rome 708 ; comme cette réforme se fit par ordre de Jules César, l'année civile prit le nom d'année julienne, et fut suivie pendant quinze siècles. Cependant ce calcul donnait un excédant annuel de 11 minutes et 9 secondes sur la véritable année solaire; de sorte que, en 1582, après diverses tentatives de réforme, l'erreur du calendrier
julien était de dix jours, et l'équinoxe du prinlemps se trouvait le 1 1 mars, au lieu du 21 . C'est alors que le pape Grégoire XIII prescrivit de compter le 15 octobre, lorsqu'on serait arrivé au 5, et de supprimer une année bissextile tous les 400 ans ; c'est ainsi que l'année, ayant été bissextile en 1600, n'a pas dû l'être en 1700, 1800 et 1900, mais elle le sera en 2000. La réforme grégorienne ne produit plus qu'une erreur d'un jour en 4000 ans.
CALICE. Dans le i''^ siècle de l'Église, la pauvreté des fidèles et les persécutions auxquelles ils étaient exposés ne leur permettaient d'avoir que des calices en verre, en étain, en bois ou en corne ; les prescriptions de se servir de calices d'or ou d'argent ne se produisent pas avant le m® ou le iv^ siècle , et la nécessité des temps a dû faire admettre de nombreuses exceptions à la règle , jusqu'à la fin du siècle dernier. Aujourd'hui, la coupe au moins doit être en argent et dorée intérieurement.
Jusqu'au xv* siècle, le calice se plaçait à droite de l'hostie , et non en arrière , comme cela a lieu depuis cette époque.
La forme des anciens calices était assez souvent octogone, et l'on y gravait des figures emblématiques dès le temps de TertuUien, au m* siècle. Le pied de ces anciens calices était peu élevé et la coupe était beaucoup plus grande que depuis la suppression de la communion sous les deux espèces ; Ton en cite qui contenaient jusqu'à deux pintes. Bède assure que celui dont se servit J.-C. avait deux anses et contenait une chopine. Les calices à deux anses furent longtemps en usage; le diacre tenait ces deux anses pour présenter la communion aux fidèles,
qui aspiraient le précieux sang au moyen d*un petit tuyau proprement attaché au calice dans lequel le célébrant avait versé une partie du calice de célébration [voy. Chalumeau). Ce second calice était rempli de vin et placé sur Taulel, dans les jours où le nombre des communiants était considérable ; alors le célébrant y versait un peu de vin consacré, qui communiquait ainsi une espèce de consécration au vin non consacré. Cette coutume existait encore, au xiii° siècle, en quelques églises.
Aujourd'hui on permet à certains laïques, par exemple aux sacristains, de toucher le calice; ce qui était autrefois défendu. On a cru trouver des preuves de cette défense dès le II* siècle; le concile d'Agde la sanctionna en 506. L'usage de consacrer les calices remonte aussi aux premiers temps de l'Église.
CALOTTE. Le sieur de Moléon dit, dans ses Voyages liturgiques, que le bonnet carré a remplacé l'ancienne calotte ; selon l'auteur de Y Histoire des Perruques, Thiers, le cardinal de Richelieu est le premier ecclésiastique qui ait porté la calotte en France. Le premier parle sans doute de ces anciennes calottes qui descendaient jusqu'aux oreilles , et que les statuts synodaux de Poitiers défendent, en 1377, de porter au chœur; tandis que le second parle des petites calottes de cuir qu'on mettait sur la place de la tonsure , où elles étaient retenues par de petites pointes de fil de fer recourbées dans les cheveux. L'usage de ces petites calottes disparaît tous les jours; elles sont remplacées par des calottes plus grandes, qui sont en drap, en soie ou autre étoffe. Primitivement, l'usage de la calotte n'était permis qu'aux vieillards ,
et le Manuel de Rouen y imprimé en 1650, veut que cet usage soit très-modéré.
La calotte du pape est blanche, aux jours solennels, mais elle est rouge aux autres jours, ainsi que celle des cardinaux ; celle des évoques est violette et doublée de rouge; celle des autres ecclésiastiques est noire. Les enfants de chœur portent aussi une calotte rouge.
CAMAIL. Le camail doit son origine aux capuchons des moines; les chanoines et autres ecclésiastiques ne commencèrent à s^'en servir que vers la fin du xv* siècle. Plusieurs conciles défendirent d'abord de porter ce vêtement à l'église , mais un concile provincial de Sens, tenu à Paris en 1528, Tautorisa. Composé d'abord d'un simple capuchon, le camail finit par couvrir les épaules et tout le corps. Puis on le raccourcit insensiblement, et le capuce, auquel avait été adapté une baleine, afin de le faire relever in fortnam cristœ, n'y figura plus que pour la forme. Aujourd'hui on a supprimé la baleine, et le camail descend au-dessous de l'estomac, pour aller se terminer en pointe aux talons, comme à Paris; ou bien il ne descend que jusqu'aux reins, sans pointe, comme à Rouen. En plusieurs églises, les chantres laïques et même les enfants de chœur font usage du camail. Il est à remarquer qu'on ne prend pas le camail dans tous les diocèses à la même époque : à Rouen, c'est de la Toussaint à Pâques ; à Paris , on commence le 1 7 octobre , jour de saint Cerbonné, que le peuple appelle saint Serre- Bonnet, « à cause que, dit Lebrun-Desmarettes, les ecclésiastiques serrent ce jour-là leurs bonnets quarrez. »
CANCEL. C'était à proprement parler la grille de
clôture du sanctuaire [coy. ce mot), qu'on appelait aussi chancel ou chanceau. Par extension, on a donné le nom de cancel au sanctuaire lui-même. C'était un titre hono-' rifique que d'obtenir le droit de banc ou de sépulture à l'intérieur du cancel.
CANON. Nous considérerons ce mot sous les trois acceptions suivantes :
1° Canon d'autel. On appelle ainsi le carton placé au milieu et aux extrémités de l'autel, pour procurer au célébrant la facilité de réciter certaines parties de )a messe, sans avoir recours au missel. Nous ne croyons pas que l'usage de ces canons remonte au-delà du xvji® siècle ; nous devons même dire que nous ne les avons jamais vus figurer sur les nombreux comptes des trésoriers chargés des dépenses du culte à cette époque, que nous avons examinés. Ce nom a été donné à ces cartons ou tableaux , parce qu'ils contiennent diverses prières du canon de la messe. Ils ne devraient pas figurer sur l'autel à roflSce des vêpres et des saints.
2** Canon de prime. C'est ordinairement un extrait des conciles qui retrace les principales obligations des ecclésiastiques et des laïques chrétiens. Le bréviaire romain u'a point de canon, et nous ne saurions dire à quelle époque il a été introduit dans ceux de Paris, de Rouen et autres. Cependant, il semble qu'il ne faudrait pas rechercher l'origine de cette coutume au-delà du siècle dernier.' M. de Vintimille l'adopta pour le diocèse de Paris, à l'exemple de la métropole : Vulgavimus ad totam diœcesim usum metropolitanœ nostrœ. En 1746, M. de la Motte, évêque d'Amiens, introduisit le même usage,
comme prali«|u/» «kuis les iuitres tathetlmies. .4Tdut cette épo4|ue, OD lisait certains passiijres des règles eanoniques dans les monastères el les cathéilrales , mais on les prenait dans un volome ilistinct du bréviaire.
3" Ci50N DE LA MESSE. Siunt Jean dit que J.-C. enseigna plutieun auires choses qui ne sont point contenues dans rÉvangile ; il est à croire que les paroles et les cérémonies du canon sont de ce nombre. Dans les |Nremiers temps de TEglise. elles se conservèrent par tradition orale; toutefois, nous les trouvons écrites dès le i* siècle. Quelques liturgisles pensent i|ue cVst saint Jérôme qui, par ordre du pape saint Sirice. a mis le canon dans la forme que nous avons. Vers Fan 600. saint Gr^oire-le- Grand ajouta à Toraison Hanc ifjitur, ces mots : ùiesqne nostros in îud pace disponns. Cette addition ne saurait être blâmée, à une époque oii les Lombards venaient de conquérir les meilleures provinces d'Italie, etoùPhocas, empereur d'Orient . faisait verser des flots de sang à Constantinople . à Alexandrie et à intioche. Depuis ce temps, Ton n'a plus touché au canon, si ce n*esl pour ajouter le nom de queltjues saints.
En déclarant, dans sa ii" session, qu'une partie de la messe devait se dire à haute voix et une partie à voii basse, le concile de Trente n'a fait que sanctionner un usage qui a toujours été observé dans l'Église, surtout en ce qui concerne le canon. Il est vrai que plusieurs auteurs ont soutenu le sentiment opposé ; mais le Père Lebrun nous parait avoir complètement démontré la faiblesse de ce second sentiment.
Plusieurs liturgistes disent que la lettre T, qui figure
— sien lête du canon , a été placée là pour représenter une croix ou le Tau mystérieux. Les moments de faire des signes de croix sur les offrandes n'étaient pas encore bien fixés au viii® siècle; en 847, le pape Léon IV recommande aux prêtres de figurer une croix réelle et non un cercle, non in circulo. L'usage de prier pour le pape remonte à la primitive Église ; on commença plus tard à prier pour Tévêque ; au xnf siècle, on ajouta la mémoire pour le souverain. Toutefois, le cardinal Bona, se fondant sur les paroles de saint Paul, ut fiant orationes pro regibiiSy considère cet usage comme de tradition apostolique.
Autrefois, on élevait le calice couvert; signification mystique de la pierre dont on couvrit le tombeau de J.-C.
C4N0NIS4TI0iN. Dans la primitive Église, le seul acte de canonisation consistait à insérer le nom des confesseurs de la foi dans le canon de la messe ; on élevait un autel sur la sépulture du martyr et Ton y offrait le saint sacrifice. Chaque évoque avait droit d'inscrire ainsi sur les diptyques de son diocèse les noms de ceux qui avaient versé leur sang pour le triomphe de la religion. Au IV® siècle, aux noms des martyrs on joignit ceux des chrétiens dont la vie avait été mortifiée et remplie de bonnes œuvres. A la fin du x® siècle, le droit de canonisation commença à être laissé au pape, et il lui fut toutà-fait abandonné à la fin du XII^ En 1153, Hugues d'Amiens , archevêque de Rouen, canonisa saint Galtier ou Gautier, abbé à Pontoise ; ce fut le dernier acte de canonisation exercé sans le concours du souverain pontife.
Le terme de canonisation ne fut pas employé avant
Fan 993 ; ce mol vient de Tancien usage d'insérer le nom du nouveau saint au canon de la messe.
Les bornes de cet ouvrage .ne nous permettent pas d'entrer dans tous les détails de ce qui s'observe aujourd'hui pour la canonisation des saints ; nous dirons seulement que la vie et les miracles du saint qui est proposé sont examinés avec le plus grand soin par diverses commissions nommées par le pape pour débirttre contrâdictoirement la cause.
CANTIQUES. La coutume de chanter des cantiques français dans les églises n'est pas très-ancienne ; elle n'est Tenue qu'à la suite du protestantisme. Un jésuite ayant voulu amener cet usage , en 1608 , dans un catéchisme de la cathédrale deHouen, il fut blâmé et appelé devant le vicaire-général, qui interdit cette innovation, jusqu'à ce que l'archevêque en eût décidé.
CAPITULE. C'est une petite leçon qui se disait autrefois de mémoire, et, en quelques endroits, au milieu du chœur; le capitule était invariable à toutes les heures.
' Dans l'église de Rouen , dit l'auteur des Voyages liturgiques, « ils sont obligez de sçavoir le psautier et le
chant par cœur Il n'y a qu'un livre pour les leçons,
et un autre pour les capitules et les collectes.» La fin'de ce passage semble contredire le sentiment général.
CARDINAL. Jusqu'au xi^ siècle, on donna le titrede cardinal auxévêques qui gouvernaient un diocèse d'une manière fixe et durable , cardinales atque authenticos episcopos, pour les distinguer des évoques régionnaires. On désigna sous le même titre tout prêtre attaché d'une manière permanente à une paroisse ; le presbyter cardinaln
etailleprêlrepriiicipaldelacure,etil exerçait uiiesupériorité hiérarchique sur les ecclésiastiques non titulaires. On donna aussi le titre de cardinal aux diacres chargés de Tadminislration, à poste fixe, d'une chapelle ou d'un hôpital.
Au XI® siècle , le titre de cardinal constitua une éminente qualité, par suite de l'usage adopté par les pa,pes de cette époque de former leur conseil d'évêques , de prêtres, et de diacres-cardinaux. À partir de 1059, les cardinaux jouirent de la prérogative d'élire les souverains pontifes, et eurent le droit de préséance sur les évêques. Le premier évêque qui ait été décoré du cardinalat comme on l'entend aujourd'hui est, dit-on, Conrad, archevêque de Mayence (1 1 63) . En 1 245 , Innocent IV institua le chapeau rouge, comme marque extérieure de la dignité des cardinaux. En 1299, Boniface VIII leur donna k: soutane écarlate. En; 1464 , ils reçurent de Paul III la calotte ou barrette pourpre. Enfin, en 1630^ Urbain VIII remplaça leur qualification d'Illustrissime parcelle d'JÉminenc^.
Le nombre des cardinaux fut longtemps indéterminé; mals^le pape Sixte V décida, en 1586, qu'il serait de soixante-dix : six cardinaux-évêques , cinquante cardinaux-prêtres et quatorze cardinaux-diacres. Les cardinaux appartiennent de droit au clergé romain ; c'est pourquoi ils reçoivent, à leur nomination, le titre d'une église de Rome , quoique le pape leur laisse reprendre possession de leur évêché, quand ils en ont un à administrer. Le prince de Croï, archevêque de Rouen, était eardinal-prêtre du titre de Sainte-Sabine.
CARÊME. Aux siècles derniers, l'on écrivait Quaresme,
de Quadragesima, qui signifie une période de quarante jours. Autrefois on appelait Carême -prenant les trois jours qui précèdent le mercredi des Cendres. Le jeune de J.-C, dont le jeune quadragésimal est une imitation, commença aussitôt après son baptême ; mais l'Église a retardé le jeûne des chrétiens , afin qu'il leur servît dç préparation à la fête de Pâques. Le carême est d'institution apostolique; si l'on ne trouve point qu'il en soit fait mention avant le uf siècle , c'est que les chrétiens des deux premiers siècles l'avaient toujours observé avec ferveur ; un précepte n'est devenu nécessaire qu'au moment où la piété s'est refroidie. Primitivement le carême ne commençait que le dimanche et n'était que de trente-six jours, attendu qu'aux six dimanches de la quarantaine on ne jeûne point; mais au v® siècle, ou selon d'autres seulement au ix% on ajouta quatre jours, et le jeûne commença le mercredi des Cendres, qui fut ainsi ^acé in capitejejnnii,
La pénitence de ces sept semaines , dont la première n'avait que quatre jours , était rappelée dans les sept mots latins suivants , composés d'autant de lettres qu'il y a de jours au carême , et qu'on plaçait sur le devant de la cheminée le jour des Cendres :