‹ Dictionnaire du culte catholiqueChapitre 2 sur 7 · MORS IMPERAT REGIBUS, MAXIMIS, MINIMIS , DENIQUE OMNIBUS · texte numérisé non relu

MORS IMPERAT REGIBUS, MAXIMIS, MINIMIS , DENIQUE OMNIBUS

Ces mois signifîenl : La mort règne sur les rois, les grands, les petits, enfin sur tous. On effaçait une lettre chaque jour, de sorte que tout était effacé pour Pâques.

Autrefois, Ton s'abstenait de viande et de vin pendant le carême, et Ton pratiquait beaucoup d'autres privations; Ton interdisait la chasse; la continence était expressément recommandée aux personnes mariées; l'on ne faisait qu'un seul repas, vers six heures du soir, et souvent l'on ne mangeait rien de cuit ; quelquefois on pratiquait le double jeûne, c'est-à-dire qu'on passait le jour entier sans manger. Les œufs et le laitage étaient prohibés; chacun sait que c'est avec l'argent provenant des aumônes faites pour obtenir la permission de manger du beurre, pendant le carême, que la Tour-de-Beurre de la cathédrale de Rouen a été bâtie. Vers la fln du VIII® siècle, la ferveur s'était ralentie; et, en 789, Charlemagne ordonna que celui qui, par mépris de la religion, ferait gras, pendant le carême, serait puni de mort. Cependant, en 81 7, la disette d'olive avait porté le concile d'Aix-la-Chapelle à permettre l'usage du jus de lard. En 4595 , Henri IV fit aussi publier à Paris les diffenses de manger viande en quaresme sans dispenses sur peines de punitions corporelles , et aux bouchers d'en vendre ni estaler sur peine de la vie. Le commerce de la viande, pendant le carême, fut rendu libre en 1774. L'heure du repas fut avancée, vers le x^ siècle, jusqu'à none, c'està-dire vers trois heures; mais, au xii' siècle, saint Bernard nous apprend qu'elle fut reportée au soir. Troissard fait remarquer que, pendant l'invasion que

les Anglais firent en France, en 1360, leur armée observa le jeune et Tabstinence du carôme.

Si l'abstinence se perpétua longtemps, ainsi que le jeûne rigoureux , peu à peu cette rigueur finit par s'adoucir; on avança de nouveau le repas à l'heuite de none, puis à midi; enfin, Ton toléra, vers le soir, un léger goûter connu sous le nom de collation, dans lequel on ne doit faire usage que de choses peu nutritives, telles que fruits, légumes à l'huile , salade, etc. Depuis peu d'années, dans la plupart des diocèses, il est aussi permis de faire gras quatre jours par semaine, excepté pendant la semaine des Rameaux.

Outre le carême proprement dit, et celui de l'Àvent dotit nous avons parlé, on observa encore pendant longtemps, dans certaines parties de la chrétienté, un jeûne de plusieurs jours avant la Saint-Jean-Baptiste , et un autre avant TAssomption de la sainte Vierge. La philosophie irreligieuse a dirigé beaucoup de déclamations contre les observances du carême ; mais des écrivains compétents ont vengé la religion de ces imputations irréfléchies. «Si le carême n'était pas d'institution religieuse , écrivait le docteur Planque en 1 758 , il devrait être d'institution médicale. » Les savants auteurs dn Dictionnaire des sciences médicales reconnaissent aussi cette vérité avec de célèbres médecins de nos jours, tels que les docteurs Tourtelle, lloslan. Massé, Cotin, etc. «Les grands honlmes, disent les premiers [aïticle Jeûne], qui firent descendre des cieux les lois des carêmes et des jeûnes parmi les nations qu'ils voulurent civiliser s'entendaient un peu plus en hygiène que ne le croient les

philosophes, qui n'y onl vu que de ridicules pratiques d'austérités »

CiTAFALQUEi On appelle ainsi le cénotaphe qu'on place dans les églises , pour le service des défunts , à l'endroit où le corps avait été présenté le jour de l'inhumation ; toutefois , il ne prend ce nom que dans les services de grand apparat ; dans les autres, on l'appelle ordinairement Représentation. Durand de Monde, qui donne de grande détails sur les funérailles, ne dit rien dû catafalque ; ce qui nous porte à croiriB qu'il n'existait paà de son temps. On place sur le catafalque les attributs de la dignité du défunt : sur celui d'un prêtre et d'un diacre, son étole; sur celui d'un militaire, son épée; sur celui d'un maire, son écharpe; sur celui d'un -frère de charité, son c(haperbn, etc.

CATHÉDRALE. On a fait de c6 mot un substantif ; ew tous cas, commèi adjectif, il ne peut se joindre qu'au mot ÉglùiEf. Son origine remonte aux premiers temps db perséciitiori des chrétiens, qui furent obligés de se réunir dàiis des réduits souterrains. C'est là qu'on éleva d'abord^ le trône deTéVêque, cathedra, espèce de chaire grossière d'où le pontife seul pouvait prêcher. Ainsi, primitivement on désignait sous le nom de cathédrale une assemblée de chrétiens présidée par un évêque ; ce ne fut que vers le X® siècle que cette dénomination fut employée poui* indiquer une église épiscopale. Il ne faut pas oublier que le titre de cathédrale- n'appartient qu'à l'église où l'évêque a son siège, cathedra, et réside avec son clergé, c'est-à-dire son Chapitré [voy. ce mot).

CÉIiNTURE. L'usage de la ceinture est aussi ancien

que celui de l'aube ; elle doit être blanche cl se placer sur les reins, et non sur la poitrine, comme font quelques prêtres. Durand de Mende dit qu'au xiii® siècle, la ceinture pendait du côté droit ; aujourd'hui le nœud se fait par-devant, et les glands sont ramenés par-derrière ou sur les côtés.

L'usage de porter une ceinture sur la soutane était nécessaire, quand ce vêtement était large et ample; mais depuis qu'on lui a ôtéson ancienne ampleur, la ceinture n'est plusd'aucuneriécessité; cependant on l'a conservée; les évoques la portent violette, avec des glands d'or et de soie verte.

CÉLÉBRANT. Ce nom devrait être restreint à l'évêque ou au prêtre qui offre solennellement le saint sacrifice. Cependant, on l'emploie pour désigner celui qui préside l'office du chœur (voy. Officiant).

CENDRES. La coutume de se couvrir la tête de cendres, en signe de tristesse, remonte à l'antiquité la plus reculée. Ce fut donc en esprit de pénitence que les pécheurs des premiers siècles chrétiens se présentèrent à l'église , au commencement du carême, pour y recevoir les cendres ; usage qui a donné à ce jour le nom de Mercredi des Cendres. Voici, au rapport de Reginon, comment se pratiquait cette cérémonie au ix° siècle : Les pénitents, couverts d'un sac et les pieds nus , se présentaient à la porte de l'église, où ils étaient reçus par l'évêque et les curés qui leur imposaient une pénitence , avant de les faire entrer dans le lieu saint. Quand ils étaient entrés, on chantait les sept psaumes de la pénitence; on leur imposait les mains; on les arrosait d'eau bénite ; on leur

couvrait la télé de cendres, et on les reconduisait en procession hors de l'église , en chantant les paroles de l'Écriture qui ont trait à l'expulsion d'Adam du paradis terrestre. En quelques églises , on chargeait un seul pénitent de tous les péchés du peuple, et l'on accomplissait à son égard à peu près les mêmes cérémonies que nous venons d'indiquer. Pendant le carême, cet homme, auquel on donnait le nom d'Adam, parcourait la ville nu-pieds et sans parler à personne; il mangeait en silence ce qui lui était offert ; après minuit, il se couchait sur la place publique; et, le Jeudi-Saint, il venait à l'église recevoir l'absolution.

Lebrun -Desmarettes nous apprend qu'autrefois, à Beauvais, les cendres étaient imposées non-seulement le premier mercredi de carême, mais encore tous les vendredis de la sainte quarantaine. A Milan, l'imposition des cendres a lieu le lundi des Rogations, dit M. l'abbé Pascal ; selon M. Guérin , c'est le premier lundi de carême.

D'abord il n'y eut que les grands pécheurs qui prirent part à l'imposition des cendres ; mais les pieux chrétiens se soumirent aussi à celte pratique , en esprit de pénitence; et, en 1091, le concile de Bénévent ordonna d'imposer les cendres à tous les fidèles. Suivant Baillet, ce n'est qu'au xiv° siècle qu'on a commencé à se servir de cendres faites de rameaux bénits.

A Paris, le prêtre se sert d'un petit pinceau pour imposer les cendres ; nous aimons beaucoup mieux l'usage général, qui consiste à se servir du pouce et de l'index.

CENE. Sans entrer ici dans les détails qui se trouvent

au chapitre X du volume que nous avons publié sur le Dernier jour du Christ, nous dirons seulement que la cène eut lieu le 24 mars, Tan 219 de notre ère [voy. le mot Année). Comme c'était le premier jour des azymes, il paraît certain que J.-C. consacra du pain azyme; cependant, quoique l'Église prescrive Vusage de ce pain pour la consécration, dans l'Église latine, elle ri'a jamais décidé qu'on ne consacrât pas validement, en se servant de pain fernaenté. Au contraire, il est reconnu que la consécration est valide] avec le pain fermenté, comme avec le pain azyme.

Il faut se rappeler que, la veille de la mort du Sauveur, il y eut deux cènes : la cène légale, dans laquelle on mangea l'agneau pascal, et la cène eucharistique, dans laquelle eut lieu la consécration du corps et du sang.de L-C. Le 6® canon. du deuxième concile de Maçon, tenu en 585, nous rappelle l'ancien usage de célébrer la messe le soir, immédiatement après le souper, de manière à figurer la cène eucharistique.

Dans son Traité des Fêtes , Benoît XIV fait la juste remarque que, selon l'usage du temps, J.-C. et lesapôtres n'étaient pas assis pour faire lacène^ mais couchés sur un lit et appuyés sur le coude, la tête tournée du côté de la table. Ainsi s'explique l'action de saint Jean qui reposa sur la poitrine du Sauveur pendant le repas.

CÉRÉMONIES (maître des). Paris de Grassi , qui exerça cette charge sous les papes Pie II , Jules II et Léon X, dit que le maître des cérémonies doit être doué d'une santé très^robuste, in corpore robustissimus , posséder parfaitement son art et avoir le coup-d'œil juste et

prompt, afin de veiller sur tous, de raisonner de tout et de satisfaire à tout.

CHAIRE. Nous avons dit que l'évoque se tenait anciennement derrière l'autel pendant le saint sacrifice. Quand il adressait ses instructions au peuple, on apportait sa chaise épiscopale devant l'autel. C'est de celte chaise, chaière ou cathedra, que nous est venue la chaire actuelle, qui devrait donc toujours êlre placée du côté de l'épître, comme nous allons le voir plus bas. Selon Durand de Mende, au xiii® siècle, le prédicateur devait se placer sur un lieu élevé, comme le diacre, lorsqu'il lisait l'Évangile ; ce qui n'indique nullement la forme actuelle de nos chaires.

Peu à peu , l'usage vint de placer le siège épiscopal non plus an fond de l'abside, mais du côté de l'épître, à quelque distance du bas de l'autel ; ces chaires étaient surmontées d'un baldaquin formé de précieuses étoffes. Enfin, vinrent les Ambons, espèces de chaires simples, qui furent le plus souvent placés entre le chœur et la nef. Il y en avait parfois deux, l'un à droite et l'autre à gauche ; c'était là que non-seulement on faisait la prédication, mais encore qu'on lisait l'épître et l'évangile,, ainsi que les leçons et les diptyques [voy. ce mot).

Aux ambons succédèrent les jubés [voy. ce mot] ; puis ceux-ci furent à leur tour remplacés par les chaires actuelles, qu'on adossa, dans la nef, à un mur ou à une colonne; quelquefois, elles étaient portatives, comme il en existe encore dans quelques églises. Nous ne croyons: pas que l'usage général des chaires actuelles, quant k leur forme et à la place qu'elles occupent, soit antérieur

au xvi'* siècle. Nous savons qu'il en existait beaucoup plus tôt, môme avant le xii® siècle, mais ce n'était pas la règle commune. Aujourd'hui , la plupart des chaires sont placées du côté de l'Évangile.

CHALUMEAU. Nous avons dit [voy, le mot Calice) qu'on se servit pendant longtemps de calices à deux anses, auxquels était attaché un petil tuyau ou chalumeau destiné à faciliter aux fidèles la communion sous l'espèce du vin. Bocquillot nous apprend que ce chalumeau était quelquefois détaché du calice. Quand le célébrant s'en était servi pour prendre le précieux sang, il le remettait au diacre, qui plaçait le gros bout dans le calice (qu'il tenait de la main gauche) , tandis qu'il présentait le pelit bout aux fidèles avec les deux premiers doigls de la main droite. Après la communion , il le suçait par les deux bouts et le purifiait avec du vin en dedans et en dehors ; ensuite il le remettait au sousdiacre, qui l'enfermait dans un petit sac fait exprès, et le plaçait avec le calice dans une armoire.

Le chalumeau était d'or ou d'argent. Nous ne croyons pas que son usage remonte beaucoup au-delà du x*' siècle, et il a du cesser avec la communion sous les deux espèces. Le pape seul s'en sert quand il officie, et il laisse aux ministres qui l'accompagnent une partie du précieux sang, qu'ils prennent pareillement avec le chalumeau .

CHANCEL [voy. Balustrade et Cancel).

CHANDELEUR. C'est le nom qu'on donne à la fête de la purification de la sainte Vierge, à cause de l'ancien usage de porter en ce jour des chandelles à la procession.

Les fidèles en tenaient aussi en leurs mains ; aujourd'hui, ils se contentent d'en faire bénir, qu'ils réservent avec piété , afin de les allumer quand un membre de leur famille tombe en agonie , et de placer cette chandelle bénite dans la main de l'agonisant. La chandelle bénite est toujours en cire et quelquefois marquée de gouttes de cire à cacheter de différentes couleurs. Nous croyons cette coutume très-ancienne ; elle pourrait bien se rattacher à l'usage de peindre les cierges de diverses couleurs, lequel, au rapport de saint Paulin, existait au commencement du V® siècle.

La fête de la Chandeleur remonte aux premiers temps de l'Église ; saint Jérôme en parle, au iv® siècle, comme d'une chose établie . On pense que cette fête a été substituée à certaines cérémonies païennes , dans lesquelles on portait des torches ou des flambeaux ; selon les uns , elle viendrait des Lupercales instituées en l'honneur du dieu Pan ; selon les autres , elle aurait remplacé les Amburbales par lesquelles les Romains célébraient leurs victoires ; le pape Innocent III pense qu'elle a été substituée à la procession qu'on faisait pendant la nuit, en l'honneur de Cérès. Bergier nie ces substitutions, admises par là plupart des historiens.

CHANDELIER. On se servait de chandeliers dans la primitive Église ; mais le nombre n'en était pas déterminé, et ordinairement ils avaient un pied carré sur lequçl étaient figurés les quatre animaux de la vision d'Ézéchieh Les griffes qu'on remarque au pied des chandeliers modernes sont les seuls vestiges de l'ancien usage.

Les anciens autels ne recevant sur leur table que les

choses indispensables au saint sacrifice, Ton n'y plaçait point de chandeliers. Le plus souvent, Ton n'en employait que deux, que les acolytes portaient pour accompagner le célébrant. Cependant , on, fixait quelquefois sur la largeur du sanctuaire des espèces de râteliers ou râteaux, rastra , rastellaria , sur lesquels on plaçait des cierges. Au VIII'' siècle, le pape Adrien P' fit placer, dans la basilique du Vatican, un candélabre, en forme de croix, sur lequel on pouvait placer 1,370 chandelles.

Au moyen-âge, lorsque vint l'usage de les employer, il y avait sept chandeliers sur l'autel, quand un évéque officiait ; celui du milieu , devant lequel on plaçait la croix, était le plus élevé ; les autres allaient en diminuant, de sorte que les deux plus petits étaient les plus rapprochés des. angles de l'autel. Nous trouvons cette remarque dans un cérémonial imprimé par ordre de Clément VIII, à la fin du xv** siècle. Quand le pape officie, on met encore sept chandeliers sur l'autel.

Aujourd'hui, l'usage général est de mettre sur l'autel six chandeliers d'égale hauteur ; cependant, on trouve des églises où il y en. a dix, six plus haut et quatre plus bas; quelquefois, il n'y en a que quatre; souvent on çn place un petit à chaque bout du gradin où sont les grands, destiné aux basses messes. C'est depuis la révolution de 1 793 qu'un curé de Saint-Etienne d'Elbeuf a introduit l'usage de placer des chandeliers sur l'autel de cette église. L'on n'en voit pas encore sur l'autel de la cathédrale de Chartres.

CHANOINE. Dès les premiers temps de l'Église, l'évoque vivait en commun avec les prêtres qui l'assistaient

et qui formaient son conseil ; mais cette coutume n'était ni obligatoire, ni universelle. Parmi ceux qui vécurent ainsi en commun, on cite saint Eusèbe, évêque de Verceil, qui, ainsi que son clergé, joignit la vie monastique à la vie cléricale , en 354 ; c'est le premier exemple que l'on ait de chanoines réguliers. Saint Augustin, évêque d'Hippone, en 395, vécut aussi en communauté avec ses clercs. Ce ne fut qu'au viii* siècle que le concile de Vernon ordonna que tous ceux qui participaient aux distributions de l'Église vécussent sous la main de révoque et selon l'ordre de la règle , ordine canonico. Notons en passant que l'élymologie de chanoine, qu'on prononce encore en Picardie ccknoine, vient du mot canon, qui signifie règle.

Vers le x® ou le xi* siècle, les chanoines se partagèrent les revenus de l'église à laquelle ils étaient attachés , et ne vécurent plus en commun. Toutefois, dans la suite, quelques chanoines en revinrent à cette vie commune ; ce qui établit la distinction de chanoines réguliers et séculiers. Les chanoines de Rouen rétablirent la vie commune parmi eux le 1 ®' avril i 666 ; mais elle cessa au mois de décembre 1668. À partir du xi® siècle, les chanoines réguliers qui adoptèrent la règle de saint Augustin étaient vêtus partout et toujours d'une aube qui descendait jusqu'aux talons , surmontée d'une aumusse [voy. ce mot) par-dessus laquelle ils portaient une espèce de chape noire à laquelle était attaché un capuce dont ils se couvraient la tête. Nous ne savons s'il existe encore aujourd'hui des chanoines réguliers.

Les chanoines séculiers sont des prêtres nommés par

Tevéque et agréés par le gouveriienicnl. Nous parlons ici de l'organisation établie en France depuis le concordat de 1802. Les métropoles ont neuf chanoines, les évôcliés n'en ont que huit ; Paris seul en a seize. Les chanoines forment le conseil de l'évéque, après la mort duquel ils nomment à la pluralité des voix les vicairesgénéraux chargés d'administrer le diocèse pendant la vacance du siège.

Les chanoines honoraires n'ont ni droit ni traitement; leur seul privilège est d'assister aux offices, revêtus delà mozette et del'aumusse, comme les chanoines titulaires. Autrefois, il y avait aussi des chanoines laïques. Le roi de France était chanoine de Poitiers, du Mans, de Tours, d'Angers, de Lyon et de Chàlons ; quand il faisait son entrée dans l'une de ces villes , on lui présentait l'aumusse et le surplis, qu'il remettait à un ecclésiastique, lequel était ainsi créé chanoine expectant, en attendant la première prébende vacante.

CHANOINESSE. Primitivement on confondait sous ce nom toutes les vierges religieuses ; ce ne fut qu*à la fin du VIII® siècle qu'on distingua les chanoinesses proprement dites. Il y eut les chanoinesses régulières, auxquelles les conciles de Châlons-sur-Saône et d'Aix-la-Chapelle tracèrent des règles en 813 et en 816, et les chanoinesses séculières , qui possédaient des prébendes , sans être obligées de faire aucun vœu, ni de renoncer à leurs biens, qu'elles faisaient ordinairement administrer par un de leurs parents. En certains lieux, l'on ne recevait aucune chanoinesse séculière, sans qu'elle apportât ses preuves de noblesse.

Les chanoinesses avaient différenls costumes ; mais, le plus souvent, elles étaient vêtues d'une robe de serge blanche, par-dessus laquelle elles mettaient un rochet de loile ; au chœur, ce rochet était couvert d'un surplis, et, pendant l'hiver, d'un grand manteau noir; celles de Chaillot portaient une aumusse noire mouchetée de blanc . Les religieuses de l'Hôtel-Dieu de Rouen, de Dieppe, etc., portent encore le rochet, le surplis et le manteau.

CHANT. L'usage de chanter pendant les offices religieux remonte au berceau du christianisme ; saint Paul' le recommande, et Pline en fait mention. Le clergé et le peuple prenaient part à ces chants : «Hommes et femnàés, dit saint Jean-Chrysostôme, jeunes et vieux, hommes libres ou esclaves , nous chantons tous ensemble , et comme avec une seule voix. » Ces dernières expressions montrent qu'au iv® siècle on chantait en un seul chœur; mais Théodoret nous apprend qu'au siècle suivant le chant alternatif, en deux chœurs, se répandit jusqu'aux extrémités du monde.

Saint Ambroise , évéque de Milan , est le premier qui -ait formé Un système de chant, lequel dura pendant deux siècles. Mais, vers Van 600, saint Grégoire-le-Grand vint à peu près définitivement constituer le chant ecclésiastique, en recueillant un grand nombre de mélodies qu'il corrigea, et en composant lui-même plusieurs chants religieux. L'antiphonaire de saint Grégoire était divisé en deux parties , qui formaient ce que nous, appelons aujourd'hui le Graduel et YAntiphonaire proprement dit. Non content d'avoir restauré le chant liturgique, le saint pape établit une école de chantres qui existe encore, et

dont les membres font le service du chant , quand le souverain pontife officie.

Au milieu du viii° siècle, le pape Etienne II demanda au roi de France l'introduction du chant grégorien dans son royaume, et douze clercs romains furent envoyés à Pépin, pour donner des leçons aux chantres français . Saint Rémi , frère du roi et archevêque de Rouen , envoya de son côté quelques moines à Rome, pour être instruits du chant ecclésiastique. Ils y restèrent, sous la discipline de Siméon, premier chantre de l'église romaine, jusqu'à ce qu'ils fussent parfaitement exercés ; c'est là sans doute la cause de ce que le chant s'est conservé chez nous plus pur que dans beaucoup d'autres diocèses.

Charlemagne vint et continua l'œuvre de Pépin , qu'il porta à son apogée. À son retour du voyage qu'il fît à Rome, en 787, il rapporta un antiphonaire de saint Grégoire , copié par le pape Adrien lui-même , suivant la notation romaine , et emmena en France Théodore et Benoit, deux chantres habiles de l'école fondée par saint Grégoire.

A la fin du ix® siècle , on intercala quelques tropes dans le chant ; on en plaça surtout entre les invocations du Kyrie, du Sanctus et de YAgivus. Les suivantes furent ajoutées au Gloria in excelsis dans les fêtes de la sainte Vierge : après les paroles Tu solus sanctus^ on mit Mariam sanctificans ; après Tu solus Dominus, on ajouta Mariam gubernans ; après Tu solus allissimus , on dit Mariam coronans, etc.

A cette époque, la notation variait souvent, selon le caprice des chantres. On plaçait, au-dessus du texte à

chanler, des points avec ou sans queue , à diverses hauteurs, ou bien des points avec des crochets rayonnant diversement. Mais le mode le plus suivi était celui de saint Grégoire-le-Grand, qui consistait à placer au-dessus des pièces de chant les sept premières lettres de l'alphabet, pour iiidiquer les sept gradations de la gamme.

Il reste encore aujourd'hui quelques traces de cette notation, à la terminaison indiquée pour les huit tons des psaumes, dans nos livres de chant. Cependant, dès le XI® siècle, Guy d'Arezzo avait adopté, pour signe des modulations de la gamme, les six premières syllabes des hémistiches de la première strophe de l'hymne suivante :

UT queant laxrs REsonare fibris Mira geslorum FAmu/t tuorum, SOLte polluti LAbit reatum, Sancte Joannes.

Au milieu du xviir siècle, on ajouta le SI, afin de ne point répéter les noms du demi-ton MI FA ; ce qui rend le chant plus facile. On a essayé , à plusieurs reprises, de changer le nom donné aux notes par Guy d'Arezzo , mais il n'en est rien resté, excepté le DO, qui remplace rUT chez quelques maîtres de chant.

Au XIV* siècle , le chant subit une grande transformation. Le temps était déjà loin où Robert-le-Pieux enseignait aux clercs à chanter, et composait lui-même des morceaux d'une mélodie suave et mystique. On vit alors apparaître le déchant ou chant exécuté en parties sur le motif grégorien ; c'est ce qu'on nomme de nos jours contre-point, en souvenir des anciens harmonistes qui,

notant par des points, mettaient des points contre des points, pour indiquer le déchant, qu'il ne faut pas confondre avec le faux-bourdon, lequel s'exécute en harmonie, sur les psaumes, par des voix égales. En 1322, le pape Jean- XXII fulmina une bulle contre le déchant, mais il toléra le faux-bourdon, c'est-à-dire les accords simples à l'octave, à la quinte, etc. Cette bulle eut peu de succès, et, au xvi*" siècle , le chant grégorien n'était plus reconnaissable, sous la musique profane qui l'avait remplacé, et dans laquelle on avait laissé de côté le sens des paroles liturgiques. Le pape Marcel II allait bannir entièrement la musique des églises, quand le célèbre Luigi Palestrina lui obtint grâce , en la rendant religieuse ; alors les prohibitions de l'Église n'atteignirent plus que la musique mondaine et lascive.

Quoi qu'il en soit, par suite de nombreux changements , la composition grégorienne fut presque perdue au xvii° siècle, et Henri Dumont, qui mourut en 1684, est pour ainsi dire le seul qui l'ait défendue. L'une des messes en plain-chant de ce savant maitre de chapelle jouit encore d'une vraie popularité.

Le xviii** siècle imita son devancier, en confiant la réforme du chant à des hommes qui quelquefois ne connaissaient pas même la langue latine , «adoptant, djt l'abbé Poisson, des chants absolument contraires à l'esprit des paroles , graves où les paroles demandoieut une mélodie légère, élevés où il auroit fallu descendre.» Tandis que le curé de Marsangis publiait ces paroles * sensées, le plain-chant ^j/wr^ prenait une nouvelle vogue {}[ provoquait les anathèmes de J.-J. Rousseau lui-mém^

conlre ces plains-cliaiits accommodt's à la moderne et pretintaillés des ornements de la musique.

Le xix** siècle réorganisa comme il put, avec les débris qu'il trouva sous sa main, le chant ecclésiastique. Au moment où nous écrivons, on fait de grands efforts pour retourner à l'unité du chant liturgique; mais c'est un travail immense et plein de difficultés, qui probablement n'est pas encore près de s'accomplir.

On a beaucoup déclamé contre les serpents et les ophicléides admis au lutrin, depuis la réouverture de nos églises, à la suite de la révolution de 1793; mais on aurait dû se rappeler qu'à cette époque et môme aujourd'hui, dans les campagnes, il ivaut encore mieux chanter régulièrement l'office, à l'aide d'un instrument peu harmonieux, que de tirer chacun de son bord, comme font parfois de pauvres chantres de village, qui n'ont souvent que la bonne volonté en partage et s'estiment heureux d'avoir un modeste serpentiste pour les guider. CHANTRE. On nomme ainsi celui qui chante l'office divin ; quand il s'agit de chants profanes, on dit chanteur. On attribue généralement l'institution des chantres à saint Grégoire qui en forma une école, schola cantorvm. Dans le concile tenu à Rome sous la présidence de ce saint, en 595, on fit un canon qui défendit de choisir les chantres parmi les ministres de l'autel, auxquels il fut ordonné de lire l'Évangile, laissant le soin du chant aux sous-diacres et à de moindres clercs. Plus tard, on prit des chantres laïques qui portèrent le costume ecclésiastique au chœur; toutefois, dans les campagnes, ils chantaient le plus souvent au lutrin , sans être revêtus

d'un habil de chœur ; Tusage contraire ne remonte guère au-delà d'un demi-siècle.

CHAPE. Primitivement, c'était un grand manteau de serge ou de drap, fermé de tous côtés et muni d'un capuchon destiné à couvrir la tête. L'on se revêtait de ce manteau , quand il fallait aller en procession aux oratoires éloignés , en temps de pluie ; ce qui l'a fait nommer pluvial. Dans la suite, on fendit le manteau pardevant, et il resta la chape, qu'on fit d'étoffes précieuses et qui ne servit plus dans les processions lointaines. Le chaperon actuel de nos chapes est un faible souvenir de l'ancien capuchon qui existait encore au xiii*' siècle, quoique la chape fût déjà ouverte sur le devant et ne servît plus que dans les grandes solennités.

Les Voyages liturgiques nous apprennent qu'il existait encore à Notre-Dame de Rouen, en 1718, deux anciennes chapes rouges avec capuchons pointus.

Au xii^ siècle , la mode était de mettre des manches aux chapes ; ce qui fut défendu par le pape Innocent III, dans le concile de Latran.

Il y a quatre couleurs pour la chape, comme pour la chasuble, non compris le noir {voy. Couleurs). Pour le pape, il n'y a que deux couleurs : le rouge et le blanc.

CHAPEAU. C'est un diminutif du capuce qui était autrefois destiné à couvrir la tête ; il prit la forme de chapeau sous Charles VII, qui en portait un à son entrée à Rouen, le 10 novembre 1449. Dans les premiers temps, le chapeau fut défendu aux ecclésiastiques ; cette défense existait en 1572.

Le chapeau a varié dans sa forme : d'abord il était à

quatre cornes ; ensuite à trois ; puis, à la fin du siècle dernier, il est devenu rond , comme on le porte aujourd'hui. Il n'existe aucun règlement qui prescrive aux clercs plutôt une forme de chapeau qu'une autre ; et, à défaut de chapeau canonique , celui dont la forme est basse et ronde, avec de larges rebords un peu relevés, paraît être celui qui convient le mieux .

Le chapeau des cardinaux est rouge, de forme basse, avec de grands rebords , et garni de cordons de soie entrelacés qui pendent aux côtés , avec cinq rangs de houppes ainsi disposées :

Il leur fut remis au concile de Lyon, en 1246 ; ou, selon d'autres auteurs, en 1250, par le pape Innocent IV.

Les patriarches et les archevêques ont le même chapeau, mais il est vert, et les glands n'ont que dix houppes. Celui des évoques, également vert, n'en a que six ; celui des abbés et protonotaires est noir, avec trois houppes. Ces règles ne sont pas sans exceptions.

CHAPELET. On pense généralement que le chapelet a été institué par Pierre THermite, pour faciliter le moyen de prier Dieu aux soldats croisés du xi® siècle ; mais il n'est pas certain que ce chapelet fût composé du même nombre de grains que celui de nos jours (voy. Rosaire). On a donné le nom de patenôtres aux grains

du chapelet, à cause du Pater noster qui en fait partie.

Tout prêtre peut bénir un chapelet ordinaire ; pour bénir ceux auxquels est attachée une indulgence, il faut une autorisation de l'évéque. En tous cas, les chapelets sur lesquels on demande une bénédiction doivent être d'une matière solide.

CHAPELLE. Quand la paix fut rendue aux chrétiens, ils établirent auprès des églises des petites constructions successivement ajoutées au principal édifice, à l'aide d'ouvertures pratiquées dans le mur du temple saint ; ce furent les premières chapelles. Plus tard , elles furent bâties en même temps que l'église, et elles offrirent plus de régularité ; toutefois, il en fut encore souvent ajouté, surtout dans les campagnes, aux xv" et xvi^ siècles.

On trouve aussi des chapelles dans un assez grand nombre de châteaux. Ces sortes d'oratoires remontent à une haute antiquité ; saint Ambroise en parle, et saint Jean - Chrysostôme exhorte les familles riches de sou temps à en construire, dans l'espoir d'en tirer parti plus tard, pour en faire des églises paroissiales. En effet, c'est là l'origine d'un grand nombre d'églises de nos campagnes ; ce qui explique l'ancien usage de prier au prône pour le seigneur du lieu. Le concile d'Agde, tenu en 506, permet de dire la messe dans ces chapelles, excepté aux jours des grandes solennités ; en ces jours, il était d'obligaiion d'entendre la messe à l'église de la paroisse. La discipline du concile d'Agde est encore suivie dans le diocèse de Rouen.

L'on entend aussi par Chapelle tout édifice religieux qui n'est pas église cathédrale, canoniale ou paroissiale.

Enfin, on dn^peXh Chapelle les ornements, vases sacrés, etc. , nécessaires pour l'exercice des fonctions d'un évêque ou même d'un simple prêtre.

On désigne aussi sous le nom de Chapelle ardente le lieu où Ton expose le corps des morts avant l'inhumation. Le lieu où l'on place le Saint-Sacrement, le Jeudi-Saint, porte le même nom. Ce i\om vient des cierges ardents qui garnissent ces sortes de chapelles.

CHAPITRE. Quandles chanoines vivaient en commun, ils s'assemblaient pour lire un chapitre de l'Écriture sainte ou de leur règle ; de là le nom de Chapitre. II y avait aussi des chapitres dans certaines églises secondaires ; on leur donnait le nom de collégiaux. Il ne reste qu'un seul chapitre de collégiale en France , celui de Saint-Denis ; ces chanoines remplacent les religieux de l'ancienne abbaye, et sont chargés de prier pour les souverains qui reposent en ce lieu.

CHA-RNIER. C'est le nom qu'on donnait à des endroits couverts , placés auprès des églises , dans lesquels on déposait les. os retirés des anciennes sépultures. On nommait aussi Charnier une galerie qui régnait autour de certaines églises paroissiales, dans laquelle on donnait la communion aux fidèles les jours de grandes fêtes, et où l'on faisait le catéchisme.

CHASSE. Espèce de coffre ayant la forme d'une petite chapelle, cap$a, cap$ella, dans lequel on mettait une partie des reliques d'un saint, même son corps entier, et qu'on plaçait sous les autels , ou qu'on exposait à la vénération des fidèles. On portait quelquefois ces châsses aux processions, dans les calamités publiques. A Rouen»

on faisait porter la châsse de saint Romain au prisonnier qu'on délivrait le jour de TAscension. Les châsses ont été détruites à diverses époques, notamment au v^ siècle, par les iconoclastes ; au ix® et au x®, par les Normands ; au xvi% par les protestants ; en 1793, par les révolutionnaires. Cependant, il en reste en plusieurs églises, et on les porte quelquefois en procession [voy. Fierté).

CHASUBLE. Au temps de la primitive Église, on célébrait les Saints Mystères avec les mêmes vêtements qu'on avait coutume de porter. Plus tard, on se servit de la chape, qui avait une assez grande ressemblance avec l'antique chasuble. En effet, cette chasuble, casula, était ronde , fermée de tous côtés , et descendait jusqu'aux pieds ; c'est pourquoi le diacre et le sous-diacre étaient obligés de la relever au-dessus des bras du célébrant, au moment de la consécration et de l'élévation. Il ne reste plus qu'un faible souvenir de cet usage , dans l'habitude qu'on a conservée de lever le bas de cet ornement, à l'élévation. La chasuble était commune aux clercs et aux laïques ; un concile tenu en Germanie, l'an 742, dit qu'elle doit être l'habit ordinaire des prêtres et des diacres , pour les distinguer des laïques qui , à cette époque, portaient des manteaux d'une forme différente. Jusqu'au xvr siècle, la chasuble conserva assez exactement son ancienne forme ; mais alors on commença à la faire moins longue par les côtés que sur le devant et le derrière. Au milieu du xvii* siècle, on exigeait encore qu'elle couvrît les bras du prêtre ; mais , peu à peu , l'échancrure monta jusqu'au-dessus des bras. Ensuite, on ajouta du bougran aux deux parties qui restèrent, et

la chasuble actuelle fut inventée, maigre les protestations des liturgistcs contre la liberté laissée aux chasubliers de rogner, couper, tailler, trancher et écourter cet ornement.

Aujourd'hui la chasuble est réservée aux prêtres , qui la portent non-seulement à la messe , mais encore aux saluts du Saint-Sacrement , quoique les missels prescrivent la chape pour le célébrant. Anciennement, elle servait aussi aux baptêmes.

CHEVET (i?oj/. Abside).

CHEVEUX. Saint Jérôme nous apprend qu'au v® siècle les barbares qui étaient admis à la cléricature devaient couper leurs cheveux, qu'on portait très-longs à cette époque. Au commencement du vi® siècle, le sommet de la tête des ecclésiastiques était rasé; venait ensuite un cordon de cheveux fort courts , et le reste de la tête était sans cheveux. Alors rien n'était plus poli que de s'arracher un cheveu et de le donner à la personne qu'on saluait; Clovis agit ainsi à l'égard de saint Germier, pour marquer à quel point il l'honorait. Depuis cette époque , la forme de la chevelure du clergé a souvent varié ; cependant, plusieurs conciles ont rappelé l'ancien usage de couper les cheveux du sommet et du bas de la tête , de manière à découvrir les oreilles , ut pateant eu aures, dit ,1e 11® capitule du concile de Salzbourg, tenu en 1274. Aujourd'hui, on remarque peu de diflPérence entre la chevelure des prêtres et celle des laïques.

CHOEUR. Dans les trois premiers siècles , il ne paraît pas que le chœur ait été distinct de la nef; ce n'est qu'à partir du règne de Constantin qu'on établit cette distinc-

tion en certaines églises par des voiles , des tapisseries ou des balustres. Auxxifet xiii'' siècles, cette séparation eut lieu à l'aide de murailles destinées à protéger contre le froid les ecclésiastiques qui assistaient aux nombreux ofiices de la nuit.

Avant que le chœur fut distingué de la nef, l'évoque et ses prêtres se tenaient dans l'abside; les chantres étaient placés devant l'autel, au bas des degrés du sanctuaire. Quand il exista des chœurs proprement dits, les chantres occupèrent les places les plus rapprochées du sanctuaire ;. ce qui a changé , depuis que le prêtre n'est plus tourné en face des assistants pour dire la messe.

Anciennement , on n'admettait dans le chœur que les ^ hommes qui appartenaient au clergé ; aujourd'hui, en quelques lieux, l'on y admet même des femmes, malgré les défenses de l'Église.

CHORÉVÊQUE. On nommait ainsi celui qui remplaçait un évêque. Il n'en est pas question en Occident avant le concile de Riez, tenu en 439 ; il est dit, dans le 3° canon, que le ehorévêque est moins qu'un évêque et plus qu'un prêtre. Selon le P. Pétau, les chorévêques pouvaient remplir les fonctions épiscopales; mais ils avaient besoin du consentement de l'évêque, lequel les déléguait ordinairement pour le remplacer à la campagne. A partir du x'' siècle, les chorévêques ne remplirent guère d'autres fonctions que celles de doyens ou d'archidiacres.

CHRÊME. Nous comprendrons sous ce nom les trois huiles saintes que l'évêque bénit le Jeudi-Saint. Le chrême est composé d'huile d'olive et de baume, résine qui est retirée, par incision, de l'arbre nommé opobalsamum.

Autrefois, les Maronites ajoutaient au baume du safran , du musc, de la canelle, etc.; mais cette addition leur fut défendue en 1556. L'huile des catéchumènes et celle des malades n'admettent aucun mélange. Ces saintes huiles sont d'institution apostolique. A diverses époques, elles ont inspiré une confiance superstitieuse ; et, aux viii** et IX® siècles, les voleurs se persuadaient qu'ils ne pourraient être découverts, en se frottant de saint chrême. Li bénédiction du chrême fut fixée au Jeudi-Saint, au uf siècle, parle pape Fabien.

Les saintes huiles ne se délivrent qu'aux prêtres ; les laïques ne doivent même pas, quantiim fieri potest, dit le rituel de Rouen, toucher les vases qui les contiennent. Aux siècles derniers , elles étaient distribuées par les archidiacres, qui touchaient de chaque curé cinq soîis pour leur déplacement.

CHRÉMEAU. Petite coiffure blanche qui servait à couvrir la tête du nouveau baptisé [voy. Baptême). Il est encore quelquefois en usage au Havre et ailleurs.

CIBOIRE. On appelle ainsi une espèce de calice couvert, qui a succédé aux anciennes custodes, pour conserver les hosties consacrées. Les premiers ciboires étaient bas, et le pied tenait en quelque sorte à la coupe. Nous pensons qu'ils ont été mis en usage aux xv® et xvi*' siècles, lorsqu'on commença à négliger l'emploi des baldaquins ou à changer leur forme. C'est aussi à cette époque qu'on plaça au-dessus du maitre-autel, ou sur les fonts, ces magnifiques tourelles à jour qui précédèrent les tabernacles et durent servir à renfermer les premiers ciboires.

On fait ordinairement dériver ce nom du grec ciborion, qui désigne la gousse d'une grosse fève d'Egypte, laquelle ressemble à la capsule d'un gland, et peut servir de coupe. Nous ne voyons pas pourquoi on ne le ferait pas venir tout simplement du latin cibus , nourriture. Dans la T ode de son ii® livre, Horace se sert du mot ciboria, en parlant des coupes qui figuraient dans les festins.

Quant à la matière, les ciboires sont assujétis aux mômes règles que les calices ; mais ils n'ont pas besoin d'être consacrés par l'évoque, il suffit qu'ils soient bénits par un prêtre délégué ad hoc.

CIERGES. Les premiers chrétiens étaient obligés , à cause des persécutions , de s'assembler avant le jour ou dans des lieux cachés et obscurs; ce qui les obligeait d'allumer des cierges ou des lampes, pour célébrer les Saints Mystères (1). Cependant, l'usage d'allumer des . cierges aux offices, pendant le jour, ne vient pas delà; car, au III'' et au iv^ siècle. Ton n'allumait pas encore de cierges aux offices du jour, et pourtant l'Église était en paix : Cereos autem non dard luce accendimus, écrivait saint Jérôme, vers l'an 400. L'usage d'allumer des cierges en plein jour, en signe d'allégresse, vient de l'Orient, et a été pris d'anciens rits des Juifs , qui faisaient et font encore brûler une lampe devant le livre de la loi de Moïse. Ce qui semble nous l'indiquer clairement, c'est qu'on alluma d'abord des cierges pendant l'Évangile, c'est-à-dire pen- * dant la lecture de la loi chrétienne, et qu'on les éteignait

(1) Cette pratique eut encore lieu dans notre France, il y a 65 ans, au moment de la Terreur.

après cette lecture. Plus lard, on en alluma pendant le saint sacrifice. Vers Tan 600, cette coutume était à peu près générale ; mais ces cierges étaient tenus à la main par les acolytes. Cependant, on se servait aussi parfois de chandeliers [voy. ce mot], ne fût-ce que pour placer les cierges qu'on allumait, dès le iv*' siècle, sur le tombeau des martyrs (1 ) . Le 4^ concile de Carthage nous apprend aussi qu'au commencement. du v'' siècle on mettait un chandelier avec un cierge dans la main de celui auquel était conféré Tordre d'acolyte.

Jusqu'au siècle dernier, les cierges étaient en cire pure, comme le veut la règle, cereosècerâ; mais aujourd'hui, grâce au progrès de la chimie et à la concurrence du commerce , on fera bientôt des cierges sans cire , c'est-à-dire des chandelles en forme de cierges. Ces cierges peuvent être admis comme surcroît de cérémonial ; mais, pour la messe , il est nécessaire qu'il y ait à l'autel au moins deux cierges où la cire domine.

Quelques liturgistes parlent d'un cierge disposé en forme de dragon. Il s'agit ici de la coutume où l'on est, en certaines églises , d'entortiller une figure de serpent autour du bâton qui sert à allumer les cierges élevés , par exemple le cierge pascal. Quelquefois on place la bougie dans la gueule du serpent. Plusieurs auteurs ont cherché là du mysticisme; nous n'y voyons qu'une imitation bizarre de la bougie entortillée autour du bàlon, afin qu'elle ne tombe pas.

(I) Au xvii'' âièclç, le servanl de messe allumait encore, an moment de 1 élévation, un cierge qu'il éteignait après la communion du prêtre.

IjC cierge du Corpus Christi, qu'on nomme aussi de Noire-Seigneur, etc., n'est plus guère en usage. C'était un gros cierge qu'on plaçait, le Jeudi-Saint, dans le lieu où était déposé le Saint-Sacrement, et qui brûlait jusqu'à la bénédiction du cierge pascal.

CIERGE PASCAL. Certains auteurs, se fondant sur une hymne de Prudence, ont pensé avec Baronius que le cierge pascal remontait au moins au milieu du iv* siècle; mais il a été reconnu que les termes de cette hymne avaient été changés, et le sentiment de Baronius a été abandonné. D'autres attribuent son institution à saint Léon ; d'autres à saint Augustin qui, disent-ils, a bénit ce cierge, étant encore diacre. Enfin, quelques autres prétendent qu'elle est due au pape Zozime, qui mourut en 41 8. Nous croyons avec l'abbé Chastelain que la coutume du cierge pascal est veriue àla suite du concile de Nicée, qui régla le jour où devait être célébrée la pâque. Le patriarche d'Alexandrie fut chargé d'en faire faire le canon tous les ans et de l'envoyer au pape. Comme toutes les fêtes mobiles se réglaient sur celle-ci, on prit l'habitude de faire un catalogue de ces fêtes sur un cierge que l'on bénissait solennellement le Samedi-Saint. Les uns pensent que ce cierge n'avait pas de mèche ; les autres sont d'un avis opposé. Quoi qu'il en soit, à l'indication des fêtes mobiles, on ajouta dans la suite diverses dates, l'année de prise de possession du pape régnant, du souverain, de l'évéque, etc. Ces longs détails amenèrent l'habitude de placer cette liste sur du papier ou sur un petit tableau qu'on attachait au cierge pascal. Lebrun -Desmareltes nous^ apprend qu'en 1697 on voyait encore dans la cathédrale de Rouen

« une grosse colonne de cire, haute environ de vingt-cinq pieds, » au haut de laquelle on mettait le cierge pascal, et à laquelle on attachait les indications dont nous venons de parler, lesquelles, en cette année, renfermaient quarante-neuf dates. Cet usage était encore suivi à Rouen en 1771.

Autrefois le cierge pascal, qu'on nommait aussi Cierge bénit, Luminaire de Pâques, était en partie payé par l'offrande des communiants , auxquels on le distribuait par morceaux le dimanche de Quasimodo. Ces restes étaient considérés comme préservatifs contre les prestiges du démon, contre les orages, etc.

Saint Ennode, évêque de Pavie, a laissé deux bénédictions qui montrent que le cierge pascal était en usage au conamencement du \f siècle ; cependant, le 4** concile de Tolède , tenu en 633 , nous apprend que cet usage n'était pas encore général.

CIMETIÈRE. À la naissance du christianisme, quand le sang des chrétiens coulait dans l'amphithéâtre sous la dent des lions ou sous le fer des gladiateurs , de pieux fidèles rachetaient les corps des martyrs et les portaient, par des allées étroites dont l'entrée n'était connue que d'eux seuls, dans les profondeurs des catacombes ; tels furent les premiers cimetières chrétiens. Dans la suite, lorsqu'il fut permis d'exercer publiquement la nouvelle religion, on bâtit des églises , en divers lieux, sur les tombeaux des martyrs. Alors la piété des fidèles les porta à désirer que leurs restes fussent ensevelis près des saints qu'ils vénéraient ; de là l'usage d'enterrer près des églises. On en vint même à placer les sépultures

à rinlérieur du lieu saint; mais, comm(3 cet honneur ne pouvait ôtro accordé à tous ceux qui le réclaniaient, on établit u!i privilège pour les ecclésiastiques et pour quelques laïques de distinction; les «lulrcs furent enterrés autour de Tenceinte sacrée. On enterrait souvent avec • les corps des premiers chrétiens , dit Fleury, diverses choses pour honorer leur mémoire, telles que les marques de leur dignité, des fioles pleines de leur sang, les instruments de leur martyre, l'inscription de leur nom, des médailles, des croix, Tévangile, etc.

Au xif siècle, et beaucoup plus tard, on plaçait aussi dans la tombe des vases contenant de l'eau bénite, et d^autres renfermant des charbons sur lesquels on faisait brrtler de IVnccns.

Au Vf siècle, il fut ordonné d'inhumer comme autrefois en-dehors des murs des villes; mais il arriva qu'on se réunit pour prier sur la tombe des personnes mortes en odeur de sainteté ; on y éleva de nouvelles églises, et les fidèles purent encore placer leur lieu de sépulture autour de ces édifices sacrés, sans contrevenir à la loi. Cependant, ce ne fut qu'au xi'^ siècle que devint générale la coutume d'enterrer autour des églises. La sépulture à l'intérieur de nos temples devint môme si fréquente, qu'on finit par l'accorder h tous ceux qui la demandaient, pourvu qu'ils acquittassent un faible droit; au xvii** siècle, ce droit était, dans le diocèse Rouen , de soixante sols pour les grands corps et de Irenie sols pour les peiiU corps, c'est-à-dire pour les enfants.

En voyant le peu de respect de certaines personnes pour nos cimetières, l'on ne peut s'empêcher de penser

à la véaéralioji que les païens professaient envers les cendres des morts. Voici, au rapport de Mabillon, ce qu'on lisait dans une de leurs nécropoles : Qui. Hic. Mixerit. Aut. Cacarit. Habeat. Deos. Superos. Et. Inferos. Iratos. Que de chrétiens ne se font aucun scrupule de se permettre les actions qui provoquaient Tanathème païen !

ClfiCONCISION. Plusieurs auteurs ont voulu faire remonter cette fête jusqu'au iv*" siècle ; mais ils n'ont pas assez remarqué qu'il s'agissait moins, à cette époque reculée, d'une fête proprement dite, que d'un jour de jeune institué pour s'opposer aux superstitions que les païens pratiquaient ce jour-là , en l'honneur de Janus. Nous ne croyons pas que la fête de' la Circoncision de N.-S. ait été instituée partout en même temps ; Recceswinthe, roi d'Espagne, est peut-être un des premiers qui l'ait érigée, vers le milieu du vu'' siècle, d'accord avec les évêques de son royaume. Elle acquit une grande solennité en 1444, d'après l'avis de la Faculté de Ihéologie de Paris ; mais le concordat la supprima en 1802 [voy. Fête et Fêtes supprimées).

CLERC. Ce nom s'est donné d'abord aux ecclésiastiques et même aux chrétiens en général, pour les distinguer des infidèles. Dans la suite, il fut appliqué à tous ceux qui faisaient profession de science « ou qui sçavoient manier la plume. » Il conserve encore aujourd'hui ces diverses acceptions.

' CLERGÉ. C'est ainsi qu'on appelle le corps particulier des ecclésiastiques et même des. chantres laïques , qui est attaché aune église. Cependant, dans sa principale

acception, ce mot indique le corps général des ecclésiastiques consacrés à Dieu. Dans les premiers siècles, l'évêque et ses prêtres vivaient en communauté. Au moyen-âge, on donnait encore le nom de moustier, monasterium , à l'église qui avait un clergé un. peu nombreux. La vie conventuelle était impossible pour les prêtres de la campagne; cependant, la dénomination demonstierM quelquefois donnée à une église de village desservie par un seul prêtre.

On appelle Clergé régulier celui dont les membres vivent en communauté , sous la direction d'un abbé ou d'un prieur ; le nom de Clergé séculier est donné aux ecclésiastiques qui vivent dans le monde.

Le clergé se compose du pape, des évoques, des prêtres, des diacres, etc. ; nous parlons de chaque membre de cette hiérarchie, au mot particulier de chaque ordre.

CLOCHE. Les cloches étaient connues avant l'institution du christianisme ; mais nous ne trouvons pas de traces de leur usage religieux pendant les six premiers siècles de l'Église. Nous ne connaissons pas d'auteur contemporain qui ait indiqué cet usage avant saint Ouen, qui en parle dans la vie de saint Eloi , qu'il écrivit vers 640. Ne voyant rien de bien démontré dans tout ce qui a été dit de la manière d'appeler les fidèles aux saints offices, dans les premiers siècles, nous aimons mieux nous borner à constater que les anciennes cloches étaient petites ; dans la suite, elles devinrent d'un poids considérable. Au xiii® siècle, l'archevêque Eude Rigaud fit présent à la cathédrale de Rouen d'une cloche si diflîcile à mettre en branle, que les sonneurs jouissaient

du privilège de boire, dans le clocher, ungalloa de yin pris dans les celliers de l'archevêque; de là le proverbe : Boire à tire la Rigaud. L'usage d'avoir plusieurs cloches dans une seule église remonte au x* siècle ; nous pensons que c'est vers cette époque qu'on commença à les bénir solennellement. Celte cérémonie existait précédemment, mais elle n'était pas générale. Voici comment a lieu, dans le diocèse de Rouen , cette bénédiction , que l'on appelle improprement Baptême : Lorsque la procession est arrivée auprès de la cloche à bénir, le célébrant procède à la bénédiction du sel et de l'eau ; ensuite on chante une leçon et un psaume pendant lequel le celé-; brant lave la cloche en-dehors et en-dedans. Quand elle, a été essuyée, on fait dessus sept onctions avec VHuile des infirmes , en mentionnant les noms indiqués par les parrain et marraine. Puis , après une oraison et un psaume, le célébrant fait quatre nouvelles onctions avec le Saint Chrême ; il encense ensuite la cloche ; il chante un évangile , et aussitôt il frappe trois coups, ainsi que le parrain et la marraine, qui recouvrent la nouvelle cloche des ornements qu'ils veulent donner à l'église.

D'abord, les prêtres seuls avaient le droit de sonner les cloches; plus tard, ce droit fut dévolu aux ordres mineurs; ensuite, on permit d'employer des laïques, pourvu qu'ils fussent revêtus de l'habit ecclésiastique ; aujourd'hui, le soin de sonner est confié à des hommies salariés.

Une des raisons qui empêchèrent les clercs [wy. Portier) de continuer à remplir les fonctions de sonneurs» fut la grosseur énorme des cloches .^ Plu sieurs cathédralea

prirent alors un usage qui était encore en vigueur à Notre-Dame de Paris , au siècle dernier : on eut des petites cloches qui étaient sonnées par les clercs , et qui servaient de signal pour les grosses tours.

CLOCHER. Au ix® ou x® siècle, quand vint l'usage d'avoir de grosses cloches et d'en avoir plusieurs pour la même église, il fallut remplacer la cage en charpente placée au-dessus du transept, et qui servait de clocher, par de véritables tours, poury mettre les nouvelles cloches* D'abord, ces tours furent assez basses et placées à l'entrée du chœur ; ensuite, on les mit du coté occidental ; on les sépara même quelquefois du corps de Tédifice. A partir du XI* siècle , le clocher eut sa place au milieu du transept ; vers la renaissance, il fut relégué au bas de l'église; et, de nos jours, les architectes sont souvent embarrassés pour fixer le lieu qu'il doit occuper.

En certednes petites paroisses, le clocher est remplacé par un Campenar, campanar ou campanier. On appelle ainsi une baie ouverte dans le haut de la muraille du pignon de l'église ; de chaque côté de cette ouverture sont placées les fontaines sur lesquelles pose le mouton dé la cloche , laquelle se trouve ainsi exposée en plein air. 4

CLOCHETTE. L'usage d'agiter une clochette, au moment de l'élévation de Thostie et quand le prêtre porte le saint viatique aux malades , paraît avoir été institué, en 1194, par le cardinal Guido , légat en Allemagne, et sanctionné par le pape Grégoire IX, en 1259. Plus tard, on sonna au Sanctus -, au commencement de la messe, à ^a bénédiction, etc. Il existe un décret de la congrégation

— sodés Rites, en date du 7 mars 1681 , qui défend de sonner la clochette, même à Félévation, quand une procession passe devant l'autel où le saint sacrifice est célébré ; si, contrairement à cette décision, on sonnait, tout le monde devrait se mettre à genoux.

Pendant le xvii® et le xviii® siècle, il existait à Paris et dans plusieurs villes de province un usage que nous voulons mentionner. Un homme, vêtu d'une tunique blanche, couverte de larmes, de têtes de morts et d'ossements noirs , agitait une clochette , en parcourant les rues, et demandait des prières pour les défunts, par des invitations telles que la suivante :

Réveillez- vous, g:ens qui dormez, Priez Dieu pour les trépassez.

COLLATION. On appelle ainsi le léger goûter qu'on prend dans le carême, vers le soir. Autrefois les religieux faisaient à cette heure une lecture ou conférence, collatio, au réfectoire, après laquelle il leur était permis de boire; plus tard, on leur donna quelques fruits secs ou un peu de pain; vers le xiii° siècle, les laïques usèrent du même adoucissement ; et, à partir du xv'' siècle , l'Église toléra cette coutume, qui retint son ancien nom de collation [voy. Jeune).

COLLECTE. C'est le nom qu'on donne à la première oraison de la messe. Guillaume Durand dit que ce mot vient de colligere, en ce sens que le prêtre réunit en une seule demande toutes les prières du peuple, pour*les adresser à Dieu ; ou bien, dit-il, parce que ces prières sont faites pour le peuple assemblé, colleclum. Dans 1»

— yi —

lesquelles cependant sont beaucoup plus anciennes. Le pain destiné à la consécration devait être assez épais pour suUire à la communion du prêtre et à celle des autres personnes qui se présentaient. Il est probable qu'on se servait d'un couteau, pour le partager en petites parties; les miettes saintes étaient distribuées aux petits enfants. Le calice [voy. ce mot) était aussi très-grand, afin de suilire pareillement à la communion de tous ; Durand nous apprend qu'au xiii" siècle le prêtre devait le tenir à deux mains pour prendre le précieux sang, et ne jamais l'approcher de ses lèvres plus de trois fois.

Le 76** canon du concile tenu à Carthage en 398 ordonne de faire couler l'eucharistie, infundatur oriejus, dans la bouche du malade qui a perdu la parole ou la raison, après avoir demandé le prêtre pour la pénitence; ce qui montre qu'à cette époque on communiait quelquefois sous la seule espèce du vin. Au xi*' siècle, l'usage s'était introduit de tremper l'hostie dans le précieux sang, pour donner la communion à chaque fidèle ; mais le concile de Clermont corrigea cet abus en 1 095, et ordonna que les fidèles recevraient les deux espèces séparément.

Après la communion du célébrant et du clergé, le diacre disait à haute voix : Sancta saxctis, c'est-à-dire les choses saintes aux saints I Les fidèles s'approchaient alors au bas du chœur et communiaient debout; les hommes recevaient l'hostie sur leur main nue, et les femmes sur un linge appelé Dominical. En même temps, le prêtre disait : Corpus Christi, c'est à-dire c'est le corps du Christ, et le fidèle portait le pain consacré à sa bouche, <en répondant : Amen. Ensuite, le prêtre et les diacres

présentaient le calice à tous les communiants, en disant : S.vxGUis Christî, calîx salutis, c'est-à-dire c'est le sang du Christ, le calice du salut, et chaque fidèle répondait une seconde fois : Ame\. Les abstèmes (t*o//. ce mot) ne communiaient que sous l'espèce du pain. Pendant tout le temps que durait la cérémonie , on chantait des psaumes qu'on terminait par l'antienne qu'on a conservée sous le nom de Communion, A Paris, on répond encore Amen après ces paroles : Corpus Domini nostri Jesu Christi; il en est de même partout aux ordinations ecclésiastiques.

La communion sous l'espèce du vin entraînant de graves difficultés, on commença par ajouter un chalumeau [voy, ce mot] au calice. Vers le xiii° siècle, l'usage de communier sous une seule espèce devint pour ainsi dire général; et, en 1415, le' concile de Constance défendit formellement la communion sous l'espèce du vin pour les laïques. Cependant, depuis Clément VI, les rois de France reçoivent toujours la communion sous les deux espèces le jour de leur sacre, et en viatique dans leurs maladies. Il est vrai qu'on trouve encore, dans les comptes des trésoriers du xvi* et du xvii*' siècle, des dépenses pour Fm à communier aux principales fêtes de Tannée ; mais ce vin était distribué aux fidèles, sans être consacré, après la communion sous l'espèce du pain. Cet usage se pratique encore quelquefois aux ordinations ecclésiastiquesetàlapremière communion desenfants (1).

(I) Aux siècles derniers, on bénissait du vin nouveau, à la calliédrale de Rouen, le 1.4 septembre. On en faisait usage pour la messo du jour, cl le reste était distriluié au peuple.

. Aulrefois , non-seulement les fidèles se donnaient le baiser de paix (voy. ce mot] avant la communion, mais encore Mabillon dit qu'après avoir communié , ils baisaient le prêtre qui leur avait administré l'hostie. Il ne reste de cette coutume que l'usage de baiser Tanneau de révéque quand il donne la communion, et immédiatement avant qu'il dépose l'hostie sur la langue [voy. Anneau).

Nous avons dit (voy. B[nage) que primitivement les prêtres jcélébraient plusieurs messes le môme jour ; souvent les fidèles communiaient aussi à toutes les messes qu'ils entendaient ; mais, au xi® siècle, il fut défendu de faire plus d'une communion le même jour.

Il était aussi d'usage d'emporter l'hostie chez soi et de la porter, quand on allait en voyage ; cette coutume existait encore au xii^ siècle. Quelquefois les laïques l'administraient aux malades. On a même vu des femmes monter à l'autel et distribuer la communion aux personnes qui se présentaient ; mais celte conduite fut strictement réprouvée par le 47® canon du concile de Paris, tenu en 829 [voy. Viatique).

COMPASSION DE LA SAINTE VIERGE. Cette fête, à laquelle on a donné le nom de Notre-Dame-des-Sept- Douleurs, a été instituée, en 1423, par le 11^ canon du concile de Cologne ; plusieurs églises la célébrèrent d'abord le vendredi qui précède les Rameaux , mais elle fut placée, en 1725, au vendredi d'avant la Passion, par Benoit XIV. Quand les artistes représentent la Mère de douleurs au pied de la croix , ils devraient se rappeler qu'elle était debout, stabat, et ne point la représenter

comme une jeune personne, puisque son divin fils fut crucifié à Tàge de trente-trois ans.

COMPLIES. Saint Benoit faisait assembler ses moines tous les jours déjeune après vêpres, et les autres jours après souper, pour entendre une lecture; on récitait ensuite trois psaumes, et Ton se retirait en silence pour le repos de la nuit. Nous croyons voir là Forigine des complies qui remonteraient ainsi au vi® siècle. Cette heure canoniale varie dans sa forme, selon les diocèses.

CONCEPTION DE LA SAINTE VIERGE. La conception de la sainte Vierge a toujours été considérée par la généralité des catholiques comme immaculée ; non pas en parlant de la conception active de sainte Aiine , sa mère, mais eu égard à la conception passive de Marie elle-même, dont l'humanité fut sanctifiée à l'instant où son âme fut unie à son corps. Quoique la croyance à l'immaculée conception n'ait été imposée comme de foi que sous le pape Pie IX , elle avait donné lieu à une fête particulière qui fut célébrée , en Occident, dès le IX® siècle; cependant, cette fête ne devint générale qu'au XV*. Le concile de Bàle s'en occupa en 1439, et le pape Sixte IV fit composer un office particulier en 1466. Durand de Mende, qui a décrit avec tant de détails les usages religieux du xiii® siècle , ne parle pas de la fête de la conception de la sainte Vierge.

Pendant longtemps, l'on désigna la fête de la conception sous le nom de Fête aux Normands. Voici à quelle occasion : Helsin, abbé de Ramsey, ayant été envoyé en Danemarck par Guillaume-le-Conquérant , pour y conclure un traité de paix, fut accueilli en chemin par une

si grande tempête , qu'il fit vœu d'honorer d'un culte particulier la coriceplion immaculée de la sainte Vierge, s'il échappait au danger. La tempête se calma ; Helsin fit part de son vœu à Guillaume, qui écrivit aux évêques de Normandie , et la fête fut instituée. D'après cette tradition, appuyée sur le MonaUicon anglicanum, la fête de la Conception ne remonterait qu'au xi® siècle, 1080- 1087 (voy. Fête et Fêtes supprimées).

CONCILE. Saint Paul nous dit que le Saint-Esprit a établi les évêques pour gouverner l'Église, />om^ episcopo$ regere ecelesiam Dei. Après l'ascension de J.-C, les apôtres s'assemblèrent à Jérusalem et firent un décret précédé de cette formule : // a semblé bon au Saint- Esprit et à Nous. C'est là que no!is trouvons la première réunion faite en vertu des promesses d'infaillibilité promise à l'Église par J.-C. C'est là aussi l'origine des conciles.

Les conciles auxquels a été promise l'infaillibilité sont les conciles généraux, qu'on appelle aussi œcuméniques et universels ; ils sont présidés par le pape ou par ses délégués, et l'on y convoque tous les évêques de la chrétienté. L'on y appelle aussi quelquefois des prêtres et des laïques, mais ils n'ont que voix consultative ; les évêques seuls ont droit de prononcer sur les matières de foi. C'est pourquoi, dans le concile de Chalcédoine, les prêtres qui souscrivirent à la condamnation d'Ëuticbès se bornèrent à ces mots : J'ai souscrit, tandis que Jes évêques signèrent ainsi : J'ai souscrit comme ju^e.

Jusqu'à ce jour, il y a eu dix-sept conciles généraux, qui ont été tenus : à Nicée, en 325; — à Constantinople,

en 381 ; — à Éphèse, en 431 ; — à Chalcédoine, en 451; — à Gonstantinople, en 553 et en 680; — à Nicée, en 787; — à Gonstantinople , en 869 ; — à Rome , dans l'église de Latran, en 1123, 1139, 1179 et 1215; — à Lyon, en 1245 et 1274; — à Vienne, en Dauphiné, en 1311 ; — à Florence, en 1439; — et à Trente, entre les années 1545 et 1563. Le droit canon ne mentionne pas les deux derniers, parce qu'il s'est élevé des difficultés à leur sujet j mais ils sont généralement admis. Trois autres conciles sont considérés comme généraux par quelques théologiens : celui de Constance, tenu en 1414; — celui de Bâle, jusqu'à la 25^ session, tenu en 1431 ; — et celui de Latran, tenu entre les années 1511 et 1517. Les deux premiers de ces conciles sont admis par les Français et rejetés par les ultramontains ; c'est le contraire pour le troisième.

Le 1" concile général de Nicée ordonna qu'on réunirait deux fois l'année des conciles ou synodes provinciaux, au printemps et à l'automne, pour juger les affaires ecclésiastiques de la province ou métropole ; mais, au vir siècle, ils ne furent plus prescrits que tous les deux ans , puis les conciles de Bâle et de Trente restreignirent cette obligation à s'assembler tous les trois ans ; ce qui ne s'est guère observé.

Nous avons eu aussi beaucoup de conciles nationaux, c'est-à-dire composés des évêques d'une nation sous la présidence d'un prélat distingué.

C0NCL4YE. Nous avons dit que les cardinaux jouissaient du privilège d'élire le pape ; mais les auteurs sont loin d'être d'accord sur l'époque où ils procédèrent à

cette élection, réunis en conclave. Selon quelques-uns, cet usage ne remonterait qu'à Tannée 1268. Le pape Clément IV étant mort à Viterbe , les cardinaux se réunirent en cette ville pour lui nommer un successeur; mais, n'ayant pu s'entendre, ils s'apprêtaient à quitter la ville , quand les habitants , conseillés par saint Bonaventure, fermèrent les portes de leur cité, emprisonnèrent les cardinaux dans leur palais et leur firent savoir qu'ils ne sortiraient pas avant que l'élection ne fût terminée. D'autres auteurs attribuent l'institution du conclave au pape Honorius III, en 1216. Quoi qu'il en soit, la forme suivie pour ce genre d'élection a été réglée par les papes Grégoire X et Grégoire XI, et définitivement arrêtée par Grégoire XV. A partir du pontificat de ce pape, le scrutin secret est le seul employé ; précédemment , on avait procédé : — l"" par compromis; quand les cardinaux ne pouvaient s'entendre, ils s'engageaientpar écrit à nommer celui qui serait désigné par l'un ou plusieurs d'entre eux; — ^""par inspiration^ quand les cardinaux, sans s'être concertés , se trouvaient disposés en faveur du même candidat et allaient se jeter à ses pieds , en le nommant chef de l'Église.

Nous ne saurions entrer ici dans tous les détails qui concernent les cérémonies du conclave ; nous dirons seulement quelques mots de ce qu'on peut appeler sa partie matérielle. On prépare ainsi le conclave dans les vastes salles qui composent le premier étage du palais du Vatican : Après avoir disposé autant de celFules qu'il y a de cardinaux, on place un numéro d'ordre à chacune xl'elles, et le sort décide par qui elles seront occupées.

Celles des cardinaux créés par le dernier pape défunt sont tapissées en serge violette; les autres en serge verte. Chaque membre du conclave fait mettre ses armes audessus de la porte de sa cellule. Toutes les issues extérieures sont murées ; seulement le haut des fenêtres n'est condamné qu'au moyen d'une toile blanche, de manière à laisser pénétrer la lumière strictement nécessaire. La seule porte d'entrée qui n'ait pas été murée est fermée à quatre serrures, deux en-dehors et deux en-dedans. À l'heure des repas, l'un des deux conclavistes accordés à chaque cardinal pour son service va chercher les vivres qui lui sont destinés dans un des huit tours en bois disposés à cette fin. Ces tours sont à peu près semblables à ceux des monastères, et sont surveillés par des censeurs qui s'assurent que les aliments ne contiennent aucune coirrespondance.

Les assemblées du conclave ont lieu dans la chapelle Sixtine, désignée sous le nom de Chapelle du Scrutin. Chaque bulletin est divisé en sept parties, ainsi que nous le figurons d'autre part. Dans le premier espace , le cardinal met son nom et le replie sur le second resté blanc ; sur le bord de la troisième division , il pose deux cachets en cire figurant des armes autres que les siennes ; le vide qui se trouve entre les deux cachets , que nous indiquons par un carré d'étoiles , est rempli par le mot NOMEN, lequel signifie que le nom placé audessous, sur le quatrième espace, est celui du cardinal qu'on veut élire ; le cinquième est réservé, comme le troisième, à recevoir deux cachets ; le sixième porte le numéro de la cellule du votant, avec un texte d'Écriture

Sainte; le septième reste blanc, et on le replie sur le sixième , avec deux cachets qui portent sur le cinquième, et entre lesquels on lit SIGNA. Par ces moyens, le nom du cardinal qu'on veut élire demeure seul visible.

Ego cardinalis N

Eligoin Summum Pontificem Reverendissimum, dominum meum Cardinalem N

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