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l'hymne de Théodulphe à la procession des Rameaux.
GLORIA PATRL L'institution de cette petite doxologie est attribuée aux apôtres par Théodoret , tandis que Durand semble la faire seulement remonter au pape Damase P', qui fut élu en 366. Quoi qu'il en soit, il est reconnu que, si celte louange n'a pas varié quant au sens, elle n'a pas toujours été uniforme quant aux paroles. Le concile de Vaison, tenu en 329, rappelle que le Sicut erat a été ajouté à cause des hérétiques qui disaient que le Fils de Dieu n'avait commencé que dans le temps et n'avait pas toujours été comme le Père éternel. En 389, le concile de Narbonne ordonna de chanter le Gloria Patri à la fin de chaque psaume , et aux pauses que Ton faisait au milieu des psaumes les plus longs.
GOUPILLOxN. On se servit d'abord, pour asperger, de diverses espèces débranches, telles que celles d'hyssope, de buis, etc. Plus tard, on fit usage de queues de renard, et c'est de là que vient le nom de notre goupillon, que le peuple appelle encore vipillon, de vulpes, qui signifie renard; dans la suite, par un changement très-ordinaire, on a substitué le G au V, et l'on a dit goupillon, comme on trouve goupil dans le vieux français, pour signifier un petit renard. Aujourd'hui, dans les églises, on se sert ordinairement, pour l'aspersion, d'un bâton garnide soies de porc à son extrémité , ou bien d'une pomme de métal percée de trous et garnie intérieurement d'une éponge [voy. Aspersion et Eau bénite).
GRADUEL. Selon les uns , ce nom vient de ce que, pour chanter le graduel, on montait sur les degrés de l'autel, comme cela avait lieu au xin* siècle. D'après les
autres, cette espèce d'antienne lirerait sa dénomination de ce qu'on la chantait pendant que le diacre montait les marches, gradus, du jubé, pour aller chanter l'évangile. Quoi qu'il en soit, on pense que saint Ambroise, saint Grégoire et le pape Gélase composèrent plusieurs graduels aux iv° et v® siècles.
GRAND-CHANTRE. C'est ainsi qu'on nomme le Prœcentor, Cantorum Prwfectus ; c'est une des premières dignités d'un chapitre. Le grand-chantre porte la chape elle bâton cantoral dans les fêtes principales; on l'appelait aussi autrefois Primicerius, primicier. Aujourd'hui on donne également le titre de grand-chantre à celui qui, sans être revêtu de cette dignité, dirige le chant dans toute espèce d'église, et invite ceux qui doivent remplir quelque emploi au lutrin.
GRÉMIAL. On appelle ainsi une pièce d'étoffe plus ou moins riche qu'on place sur les genoux du pontife assis, afin qu'ily pose les mains. Dans le principe, cet ornement était destiné à préserver la chasuble de la sueur des mains, et le simple prêtre en faisait usage aussi bien que Févêque. Nous ne voyons rien dans Durand qui indique que Iç grémial fût en usage au xiii^ siècle.
HABITS ECCLÉSIASTIQUES. Pendant les ciuq premiers siècles , l'habit des clercs ne différa pas de celui des laïques. Les vêtements longs étaient alors presque, universels pour les personnes d'honnête condi-
tion. Saint Jérôme recommande une couleur qui ne soit ni trop éclatante, ni trop sombre. En 428 , le pape saint Célestin blâme l'usage adopté par quelques prêtres de porter un manteau avec une ceinture, au lieu de la tunique romaine. La diflférence des habits s'introduisit dans le vi® siècle, après l'invasion des Barbares. Les hommes d'église tinrent à honneur de s'en distinguer par l'extérieur. Au ix® siècle, il fut ordonné aux prêtres de porter toujours Yétoh [voy. ce mot) et de se vêtir du surplis ou d'une chape, cappa, fermée par-devant. Au XIII® siècle, cette obligation s'étendit à tous les clercs dans les ordres majeurs. La forme était donc indiquée, mais nous ne saurions la préciser. Quant à la couleur, elle ne fut pas toujours clairement déterminée ; pendant longtemps le blanc fut en usage, surtout pour les prêtres; plusieurs conciles des xi*, xii^etxiii^ siècles se bornent à défendre les habits de diverses couleurs. Dès le commencement du xv® siècle, on ne portait plus l'étole, ni d'autres vêtements sur la robe. Cependant , certains religieux, tels que les Génovéfains, conservèrent le rochet ou surplis sur la soutane. La couleur noire a été adoptée assez généralement vers le milieu du xvr siècle (voy. Soutane). Aussi, toutes les corporations de prêtres, Jésuites, Oratoriens, etc., qui se formèrent vers cette époque, portent la soutane noire. A Rouen, les élèves du séminaire de Joyeuse portèrent la soutane violette jusqu'à la révolution du dernier siècle.
HABITS RELIGIEUX. Nous ne saurions entrer ici dans le détail de l'habit religieux des différents ordres des personnes consacrées à Dieu. Saint Benoît voulait
que ses moines se contentassent d'une tunique, d'une cuculle et d'un scapulaire : la tunique sans manteau était l'habit des gens du commun ; la cuculle était une espèce de capot à capuchon que portaient les paysans pauvres ; le scapulaire était plus large et plus court qu'aujourd'hui , et muni d'un capuchon comme la cuculle^ on portait le scapulaire au travail, et la cuculle à l'église ou hors de la maison; dans la suite, on porta continuellement le scapulaire, et l'on mit le froc ou la cuculle par-dessus. Il n'est pas juste d'accuser les religieux de l'étrangeté de leur costume ; il est aujourd'hui à peu près le même que portait le pauvre peuple à l'origine des différents ordres ; si l'on a accusé ces hommes de singularité, dit M. l'abbé Canéto, c'est parce qu'ils n'ont pas suivi les caprices de la mode.
HABITS SACRÉS. Malgré l'assertion de Génébrard, il parait certain que les apôtres et leurs successeurs immédiats se servaient de leurs vêtements ordinaires pour la célébration du Saint Sacrifice, Cependant, comme il est probable qu'on prenait ses plus beaux vêtements, de là sera venue la coutume d'en avoir de spéciaux qui rie servissent qu'à cet usage [voy. le nom de chaque partie du vêtement à son ordre alphabétique).
HEURES CANONIALES. Nous l'avons dit [voy.
Bréviaire), ces Heures sont au nombre de sept : Matines, Laudes, Prime, Tierce, Sexte, None et yêpres [noy. ces mots). On donne généralement le nom de Petites Heures à Prime, à Tierce, à Sexte et à None; ce qu'on peut aussi appliquer à Complies. Les autres offices retiennent le nom de Grandes Heures. On les a désignées
sous le nom Ol Heures, parce qu'elles se récitent à certaines heures déterminées , et Ton ajoute canoniales , parce qu'elles ont été indiquées par les canons [voy. le moi Canon) . L'office primitif était composé de l'oraison dominicale, du symbole et de quelques pieuses aspirations. Le pape saint Damase passe pour être le premier qui commença à distribuer le psautier de manière à ce qu'il fût récité en sept jours. Saint Ambroise, le pape saint Gélase, saint Grégoire et quelques autres y intercalèrent des antiennes, des hymnes et des oraisons; et, au XIII® siècle , les heures canoniales arrivèrent à peu près à leur forme actuelle. Le premier décret connu qui impose l'obligation de réciter les heures canoniales remonte au ix^ siècle.
HIÉRARCHIE. Le concile de Trente a anathématisé ceux qui nient que dans l'Eglise il y ait une hiérarchie composée d'évêques , de prêtres et d'autres ministres. On distingue la hiérarchie d'Ordre, qui est d'institution divine, et la hiérarchie de Juridiction, qui est d'institution ecclésiastique. Dans la première, l'évêque est l'égal de l'archevêque, le simple prêtre du vicaire général; la seconde établit une différence. Voici l'ordre de la hiérarchie ecclésiastique : le pape est à la tête de toute l'Eglise; le patriarche a sous lui plusieurs primats; le primat a ordinairement sous lui plusieurs métropolitains ; le métropolitain a pour suffragants les évoques de sa province; l'évêque dirige le clergé de son diocèse; le curé administre sa paroisse.
HOMÉLIE. C'est le nom donné aux entretiens familiers adressés aux fidèles de la primitive Eglise. Aux premiers
siècles, les évéques seuls avaient droit de prêcher dans les églises ; la permission n'en fut accordée aux simples prêtres que vers le v'' siècle. On nomme aussi Homélie une leçon de matines, en certains jours, parce qu'elle est extraite des homélies des Pères.
HOSÀNNA. Ce mot est une contraction de Thébreu ffosc/im, qui signifie sauve, délivre, einna est mis ici par euphonie pour remplacer la particule na, laquelle en syriaque revient au precor des Latins ; le sens de cette expression serait donc : Sauvez -nous, de grâce, nous vous en prions. Au reste, il est aisé de comprendre la difficulté de traduire ce mot, puisque les évangélistes et saint Jérôme l'ont reproduit sans traduction. On a proposé de le rendre par cette périphrase : Salut et gloire à celui gui sauve. Au siècle dernier, le dimanche des Rameaux était encore appelé le dimanche Hosanna, parce que ce mot se trouve répété dans l'office du jour.
HOSTIE (1 ) . Quoiqu'il paraisse à peu près certain qu'on se soit toujours servi de pain azyme ou sans levain dans l'Eglise latine , pour la célébration du Saint Sacrifice , cependant on ne trouve pas de décret formel qui l'ordonne avant le xi® siècle. Jusqu'à cette époque, on se servit indifféremment de pain azyme ou levé. Toutefois, Alcuin nous apprend que, dès le viii® siècle, on demandait que le pain destiné au sacrifice fût sans levain , absque fermento. Antérieurement, et même dès le commencement
{\) Ce mot devrait s'entendre du corps même de J.-C, considéré comme victime de nos péchés; mais nous l'expliquons ici d'aprè» Tacception vulgaire, qui donne ce nom au pain à consacrer, qui n'est pas, ^ proprement parler^ hostie, mais qui est destiné à le devenir.
du m*" siècle, ce pain avait une marque qui le distinguait du pain commun , et sa forme ronde le fit appeler Circulus, Rotula, Corona, etc. Au vii° siècle, certains prêtres s'étaient permis de se contenter, pour la messe, d'un morceau de pain ordinaire coupé en rond ; ils en furent fortement blâmés par un concile de Tolède. Nous n'avons pas besoin de dire qu'au temps des persécutions de la primitive Eglise, le célébrant choisissait, pour la consécration, le pain le plus blanc parmi celui qui était offert par les fidèles.
On confectionnait des hosties en tout temps , mais spécialement un peu avant Piques et avant Noël, à cause du grand nombre de communiants. Ce travail n'était pas fait par tout le monde indistinctement ; il était confié à de pieuses personnes, et le plus souvent il avait lieu dans les monastères. Voici comment, au rapport de D. Martène, on exécutait ce travail : Les novices triaient les grains de froment, les lavaient et les faisaient sécher au soleil sur une nappe blanche. Celui qui les portait au moulin se revêtait d'un amict et d'une aube, et lavait avec soin les meules. Au moment de faire les pains, après l'office de la nuit, trois prêtres, assistés de trois diacres et d'un frère convers, s'habillaient proprement, et, après avoir récité les sept psaumes de la pénitence avec les litanies, ils se revêtaient d'aubes. Alors, au milieu du silence, l'on répandait la farine sur une table dont les bords étaient relevés, afin de retenir l'eau froide qu'on y versait; le convers tenait le moule avec des gants et faisait cuire les hosties sur un feu attisé avec du bois de choix, pour donner une flamme claire. Ensuite, ces pains étaient
arrondis avec un couteau fait exprès, et placés dans un plat couvert d'un linge blanc. Quoique ce travail durât longtemps , on le faisait toujours à jeun. Cet usage fut observé jusqu'au xv® siècle. Lorsqu'on cessa de faire les hosties dans les monastères , le soin de ce travail fut confié à des personnes pieuses ou à des fabricants spéciaux. En 1636, le trésorier de Mesnières-en-Bray paya xxi livres x sols pour des fers à faire du pain à chanter, après avoir cherché meilleur marché à Paris et ailleurs; d'un autre côté, D. Claude de Vert nous apprend qu'au même siècle, on lisait l'enseigne suivante dans la ville du Puy : Céans, se font de belles hosties avec permission de M. Vévêque du Puy. On fait assez généralement remonter au ix° siècle l'invention des fers destinés à faire cuire les hosties; ^vant cette époque, on les fabriquait d'une manière particulière, et l'on imprimait dessus , à l'aide d'une espèce de sceau, une croix, le monogramme du Christ, \ Alpha et YOméga, etc. Jusqu'au xiii® siècle, la grandeur des hosties était à peu près de deux centimètres ; mais elles étaient beaucoup plus épaisses que de nos jours. Maintenant, on confie souvent la confection du pain à consacrer à des religieuses ; ce qui leur procure un gain modique.
HUILES [saintes] (voy. Chrême).
HYMNE. Selon une ancienne tradition appuyée sur le
témoignage d'Alcuin, l'hymne que dit le Sauveur au
moment de sa passion forme le chapitre xvii de l'évangile
de saint Jean ; d'un autre côté, l'apôtre saint Paul
recommande aux premiers chrétiens de réciter des
psaumes , des hymnes et des cantiques. Cependant ,
nous ne voyons pas qu'il soit question ici d'hymnes proprement dites ; c'était, si l'on veut, de beaux chants, de beaux hymnes, mais non de belles hymnes poétiques comme elles apparurent plus lard. Les plus anciens auteurs d'hymnes sont saint Hilaire de Poitiers, saint Ambroise de Milan et Prudence; le 13® canon du concile de Tolède, tenu en 633, permit de chanter ces hymnes, disant que, si l'on ne devait réciter dans l'office que ce qui est de l'Ecriture, il faudrait retrancher la plupart des messes et des autres prières ecclésiastiques. Dans la suite, nous trouvons saint Paulin de Noie, saint Fortunat, le vénérable Bède, saint Bernard, Abailard, saint Thomas d'Aquin, Santeul, Coffln, Robinet, etc. Un jésuite a dit que ces dernières avaient perdu en piété ce qu'elles avaient gagné en poésie, accessit latinitas, recessit pietas; ce mot est trop absolu. De grands changements et de nombreuses réformes ont eu lieu à diverses époques dans les hymnes. De vifs reproches ont été adressés à la liturgie rouennaise au sujet de la nouvelle édition de son bréviaire en 1728 ; mais on aurait dû se rappeler la conduite des papes Léon X et Paul V ; on n'aurait pas dû oublier que Urbain VIII surtout, qui composa luimême plusieurs hymnes, fit retoucher celles <lu bréviaire de son prédécesseur Pie V , de sorte que les hymnes des anciennes éditions de ce bréviaire ne sont pas les mêmes que celles des éditions nouvelles.
IDES. Selon la manière de compter des Romains, les ides étaient toujours formées de huit jours qui commençiaient aux calendes (voy. ce mot), en rétrogradant jusqu'aux nones (voy. ce mot). Le premier jouf qui, selon les mois , se trouvait le 13 ou le 15, était désigné par le seul mot Idibus; quand les nones étaient le cinq du mois, on indiquait ainsi le six : octavo Mus.
IMPOSITION DES MAINS. A l'exemple de Notre- Seigneur qui imposa fréquemment les mains, l'Eglise ordonne souvent de pratiquer celte cérémonie, notamment dans l'administration des sacrements. Cette imposition consiste à élever une main ou les deux ensemble , la paume en bas , sur la personne ou la chose qui en est l'objet.
INDULGENCES. En promettant à son Eglise de délier dans le ciel ce qu'elle délierait sur la terre, J.-C. lui a donné le pouvoir d'accorder les indulgences. On appelle indulgence de quarante jours, par exemple, la rémission d'une peine équivalente à une pénitence de quarante jours prescrite par les anciens ctlnons ; l'indulgence plénière remet toutes les peines que prescrivaient ces mêmes canons pour toute espèce de crime. Le premier exemple d'indulgence plénière , accordée d'une manière générale à tous les fidèles, remonte à l'an 1095 ; le pape Urbain II l'accorda , dans un concile de Clermont , à ceux qui prendraient les armes pour la délivrance de la
Terre-Sainte. Le concile de Trente veut qu'on accorde les indulgences avec modération , de peur d'affaiblir la discipline ecclésiastique.
INTERDIT. C'est une censure ecclésiastique qui défend l'exercice du culte divin en certains lieux. Quand une église a été interdite , elle doit être réconciliée par un évéque, si elle a été consacrée ; les églises simplement bénites et les cimetières peuvent être réconciliés par un prêtre. Alors la cérémonie n'est pas très-longue ; mais elle est beaucoup plus solennelle , quand elle est faite par un évêque. Dans ce cas, on dispose un siège pour le pontife; dans le cimetière, on place à côté quatre vases remplis d'eau, devin, de cendres et de sel; on joint à ces objets une branche d'hyssope pour asperger, et l'évêque, revêtu d'une aube, d'une étole et d'une chape blanche, bénit l'eau à laquelle il mêle le vin, les cendres et le sel. Il asperge ensuite les murs extérieurs de l'église et le cimetière avec celte eau grégorienne (du nom de saint Grégoire) , tandis qu'on chante le Miserere , puis on entre dans l'église en chantant les litanies des saints, et la cérémonie se termine par diverses autres prières, accompagnées d'une nouvelle bénédiction d'eau grégorienne, dont on asperge les murs intérieurs et le pavé de l'église. ^
On doit également réconcilier une église quand elle a servi à un autre culte que le culte catholique, et quand elle a été polluée : 1° par un homicide volontaire ou par une blessure suivie d'effusion de sang; 2° par une action consommée contraire à la pudeur, per seminis efpusionem; 3"" par l'inhumation d'un excommunié ou d'une personne
morte sans baptême. Une ëglise peut aussi perdre sa consécration ou sa bénédiction , quand elle est ravagée par un incendie, ou quand elle tombe en ruines.
On pratiquait autrefois un rit qui avait beaucoup de rapports avec l'interdit et la réconciliation. Quand un grand crime avait été commis, ou à la suite d'une grande tribulation, on célébrait une messe basse; après h Pater, le célébrant prenait le corps de N.-S. dans ses mains, et faisait des prières auxquelles il joignait des imprécations contre les auteurs du malheur qu'on déplorait. Ce rit était en usage dès le ix*' siècle, et on le retrouve au xii*. Pour rendre cette cérémonie plus triste et plus salutaire, on dépavait quelquefois l'église; on garnissaitles murailles de voiles sombres ; on plaçait les reliquaires sur le sol ; on couvrait l'autel du drap des morts, etc. Au xiii* siècle, il arriva qu'on enleva avec violence les biens provenant de fondations en l'honneur de la sainte Vierge ; alors Maurice, archevêque de Rouen , ordonna que dans tous ses doyennés on descendit de leur place toutes les statues de la sainte Vierge , et qu'on les plaçât sur une petite estrade environnée d'épines , afin qu'on ne put point en approcher.
INTERNONCE. C'est un envoyé extraordinaire du pape auprès d'un souverain , pour une mission temporaire (voy. Légat et Nonce).
introït. Ce mot vient du latin introire, entrer; on l'emploie pour indiquer une antienne que chante le clergé pendant que le célébrant sort de la sacristie pour aller à l'autel. L'institution de l'introït est attribuée au 3ape saint Célestin I", vers l'an 430.- Dans le principe,
l'introït était formé d'un ou de plusieurs psaumes entiers, précédés et suivis d'une antienne; c'est au moins le sentiment de Durand de Mende , tandis que d'autres auteurs attribuent l'addition de cette antienne à saint Grégoire-le-Grand. Nous serions plutôt porté à croire, avec l'évêque de Mende, que ce pape ajoutai l'introït les tropes ou mélodies qu'on mêla à cette partie de l'office pendant tout le moyen-âge. L'usage de ne chanter qu'un seul verset de psaume à l'introït semble avoir commencé au VIII® siècle. Comme ce verset fut pris des psaumes qu'on avait coutume de chanter, il serait assez facile de savoir quel psaume servait d'introït à chaque messe, d'autant plus que le verset resté est souvent le premier du psaume.
Primitivement, il n'y avait pas d'introït dans les messes basses. Il n'y en a point encore chez nous aux messes de la veille de Pâques et de la veille de la Pentecôte. Quand cette innovation eut lieu pour les messes hautes, le célébrant, montant à l'autel, faisait ordinairement signe aux choristes d'entonner le Gloria Pairi pour terminer le psaume de l'introït. Avant le pape saint Célestin, le Saint Sacrifice n'était précédé que de la lecture de l'épîlre et de l'évangile.
INVITATOIRE. L'antiquité de ce verset, placé à la tête de l'office de la nuit, qu'on nomme Matines, remonte au pape saint Damase, ou au moins à saint Grégoire-le- Grand, les deut organisateurs de l'office divin aux \\^ et VI® siècles. Ce verset est ainsi nommé, parce qu'il renferme une invitation à louer Dieu. Il n'y a point d'invitatoire à l'office des trois derniers jours de la semaine
sainte; quelques auteurs ont vu là une indication de très -haute antiquité pour ces offices qui, selon eux, seraient antérieurs à l'introduction de Tinvitatoire. Plusieurs diocèses n'ont pas encore d'invitatoire àVEpiphanie; celui des Morts n'ai été introduit dans le diocèse de Rouen qu'en 1612, par le cardinal de Joyeuse. D'anciennes fondations parlent souvent d'un Dirige pour les morts , indiquant ainsi les matines parla première antienne.
ITE, MISSA EST. Les Pères du ir siècle parlent de ce renvoi; mais alors on ne disait Vite y missa est que dans les jours où il y avait un nombreux concours d'assistants, c'est-à-dire le dimanche et dans les solennités , et même dans les fériés du carême ; aux autres messes, on disait Benedicamus Domino. Cet usage était encore suivi au xiii^ siècle; aux messes des morts on disait Requiescant in pace. Aujourd'hui Ylte, missa est n'est dit ou chanté qu'aux messes où il y a le Gloria in excelsis.
JEUDI-SAINT. L'officede cejour commence ordinairement la veille , au soir, par les Ténèbres , c'est-à-dire matines et laudes, auxquelles on supprime plusieurs choses, telles que l'invitatoire, le Gloria Patri, etc. On allume certain nombre de cierges, qui varie, selon les églises, depuis sept jusqu'à soixante -douze; le plus souvent on en allume quinze que l'on place sur une espèce de herse triangulaire, et l'on en éteint un après chaque
psaume; on porte le quinzième toutallumé derrière l'aulel , au commencement des prières à genoux qui terminent l'office. Nous apprenons d'Amalaire que cette coutumeétait suivie au commencement du ix" siècle. Plusieurs lilurgistes parlent d'un bruit confus qui se faisait en plusieurs églises après l'oraison Respice, terminant cet office, et se demandent quelle peut en être l'origine. Cette origine nous paraît assez facile à assigner. Durand nous dit qu'au XIII® siècle, quand le dernier cierge avait été emporté, on se prosternait au milieu des ténèbres pour réciter le Miserere, et qu'ensuite on frappait un coup avec la main, afin de faire reparaître le cierge caché. Ce signal devait occasionner certain tumulte dans l'assemblée, qui s'empressait de se relever et de profiter de la lumière du cierge pour se retirer.
Avant la messe du Jeudi-Saint, après avoir récité les psaumes de la pénitence, on fait l'absoute [voy. ce mol]; mais il reste peu de chose dans cette cérémonie qui rappelle l'ancienne pratique de l'Eglise. Au xiii® siècle, le pontife allait à la porte où les pénitents étaient prosternés à terre, et les invitait à entrer dans le lieu saint. A la suite de diverses prières, il leur faisait une exhortation et les introduisait dans l'Eglise, après les avoir réconciliés. Guillaume Durand ajoute qu'une fois reçus dans l'église, les pénitents rasaient leurs cheveux et leur barbe, qu'ils avaient laissé croître, et se revêlaient d'habits propres, après s'être dépouillés do leurs habits de pénitents. Cette coutume était générale; elle s'est conservée, jusqu'à la révolution du siècle dernier, en certaines églises, notamment à Rouen et à Lisieux.
Il y avait autrefois trois messies le Jeudi-Saint : la première pour réconcilier les pénitents; la deuxième pour la bénédiction des saintes huiles ; la troisième en mémoire de l'institution de Feucharislie. Aujourd'hui, il n'y en a qu'une seule qui , dans les cathédrales, réunit les trois cérémonies. Au siècle dernier, il n'était pas d'usage de chanter le Credo, à moins que l'évéque officiât ou fût au moins présent ; au xiii'' siècle, cette distinction s'appliquait au Gloria in excelsis, et non au Credo (1).
Après la messe, le célébrant va porter au lieu préparé l'hostie consacrée pour la messe des présanctifiés du lendemain. Cette mesure est nécessaire, afin de pouvoir dépouiller et laver l'autel. D'abord, on se contenta de déposer la sainte eucharistie dans un lieu décent et sans aucun appareil, mais dans la suite on orna ce lieu avec soin. Il semble pourtant que cette solennité ne doit pas avoir un caractère si pompeux que la fêle du Saint- Sacrement.
Le même jour, a lieu le lavementdes pieds [voy.cemot)y et précédemment le lavement des autels. On se sert pour celui-ci d'une branche de buis ou de laurier, cum ramis, de vin et d'eau; au xiii® siècle, on faisait usage d'une branche de sauge et on lavait quelquefois aussi le pavé de l'église. Au siècle dernier, le peuple venait encore baiser les autels quand ils étaient lavés.
JEUNE. Dans la primitive Eglise, on distinguait deux
(1) L'usage de cbdotcr le Credo en ce jour, dans le diocèse de Rouen, remoate à Tan 1807. Le chant du Kyrie, etc.^ comme au Saint-Sacrement, remonte à la même époque.
sortes de jeûne : le premier, qu'on appelait station ou demi-jeûne, durait jusqu'à trois heures après midi, et avait lieu les mercredi et vendredi de chaque semaine, excepté dans le temps pascal ; le second était celui du carême, des quatre-temps et des vigiles, qui se prolongeait jusqu'au soir. Les chrétiens zélés jeûnaient parfois d'une manière absolue plusieurs jours consécutifs ; on en a vu ne prendre aucune nourriture pendant la semaine sainte. Quand la foi vint à se refroidir, on avança l'heure du repas, qui d'abord se faisait après le coucher du soleil, et on mangea à trois heures après midi ; le 21* canon du concile de Rouen, tenu en 1072, considère, comme ayant manqué à la loi du jeûne , celui qui mange avanl cette heure. Cette coutume était encore suivie au XIV® siècle; depuis cette époque, le repas a été avancé peu à peu jusque vers midi. C'est alors que le soir on s'est habitué à faire un petit goûter auquel on a donné le nom de collation [voy. ce mot).
Le jeûne le plus absolu est celui qui précède la réception de l'eucharistie, à moins qu'on ne soit malade. Jusqu'au vu'' siècle, on dispensa de ce jeûne, pour la communion du Jeudi -Saint, en mémoire de la cène pascale dans laquelle les apôtres ne communièrent de la main de J.-C. qu'après le repas. Le 6® canon du concile tenu à Maçon en 585 nous montre qu'à cette époque x>n célébrait encore la messe après le repas du soir, afin de mieux se conformer à l'institution du sacrement.
JUBÉ. Vers le xi° siècle, les fondations devenant nombreuses, le clergé fut obligé de rester plus longtemps dans les églises, à cause de la prolongation des offices;
c'est alors qu'on fit élever autour du chœur de hautes murailles pour se garantir du froid; c'est alors aussi qu'au lieu de rester isolé à l'entrée du chœur, l'ambon [voy. ce mot) se prolongea d'une colonne à l'autre et reçut le nom de jubé. Ce nom est facile à expliquer : de même qu'on désignait les dimanches par le premier mot de l'introït, ainsi que bien d'autres choses, un Requiem, un Libéra, les bulles des papes, etc. , de même on employa, pour désigner la tribune dont nous parlons, ce molJube, le premier prononcé par le lecteur pour demander la bénédiction de celui qui préside à l'office. Les jubés servaient à la prédication , à l'annonce de ce qui intéressait les fidèles, à la lecture des saintes Ecritures et des actes des martyrs dont on célébrait la mémoire, à la proclamation de la profession de foi des nouveaux convertis , à la dénonciation des excommuniés , à la publication des nouveaux miracles, au chant de l'épitre et de l'évangile, etc. Toutefois, on finit par se fatiguer de monter les escaliers des jubés; les offices étant devenus plus courts , on se plaignit de ces monuments qui masquaient le chœur, et la destruction du plus grand nombre fut résolue au xvii' siècle. Le vandalisme des ambonvclastes a été fustigé d'une manière très-remarquable par Jean-Baptiste Thiers, curé de Champrond.
Aujourd'hui, il reste encore quelques jubés dont on ne fait guère usage. Celui de la cathédrale de Rouen , sur lequel on exposait encore la châsse de saint Sever, au siècle dernier, pour la prédication qui avait lieu le jour de cette fête, ne sert plus que pour le chant des généalogies de Noël et de l'Epiphanie , des lamentations
de Jérémie dans la semaine sainte, et de Tévangile aux solennités.
JUBILÉ. Le P. Petau pense que deux jubilés furent célébrés à Rome dans les premiers siècles. Plus lard, on se rendit en pèlerinage à la ville éternelle, la première année de chaque siècle. Mais ce ne fut qu'en Tan 13O0 que le jubilé fut authentiquement institué par une bulle de Boniface VIII qui accorda une indulgence plénière à tous ceux qui, après s'être confessés et avoir communié, visiteraient les tombeaux des saints apôtres. Au milieu du même siècle, Clément VI, qui avait été archevêque de Rouen, réduisit la période jubilaire à cinquante ans. Eu 1389, Urbain VI la fixa à trente-trois ans. Enfin, Paul II la fit descendre à vingt-cinq; sa bulle fut publiée par Sixte IV, qui lui succéda en 1471 et mourut en 1484. Les successeurs de ce pape dispensèrent les fidèles de visiter la capitale du monde, et des jubilés plus fréquents furent accordés pour les besoins de l'Eglise, spécialement à l'avènement de chaque souverain pontife. Il est bon de se rappeler que le bienfait du jubilé n'est accordé à toutes les églises de la chrétienté que l'année qui suit le grand jubilé de Rome. Nous noterons ici la solennité qui a lieu au commencement et à la fin de l'année jubilaire. La veille de Noël qui précède l'année du jubilé, après s'être rendu en procession à la basilique de Saint-Pierre, porté sur la sedia gestatoria, le pape entre dans le vestibule dont les cinq portes sont fermées ; il s'approche de celle qu'on appelle la Porte-Sainte et la frappe de trois coups avec un marteau d'argent ; aussitôt les maçons font tomber la muraille de la porte qui était close depuis le
dernier jubilé, et le peuple ramasse les débris, qu'il conserve avec respect. Alors les pénitenciers lavent le seuil , puis le pape entre le premier, tenant une croix de la main droite et un cierge de la main gauche. L'année suivante, à pareil jour, le pape fait la clôture de la Porte-Sainte, à l'expiration du jubilé. En cette occasion, le souverain pontife prend, à trois reprises, un peu de mortier avec une truelle d'argent, il le place sur le seuil, et le recouvre de trois pierres et de quelques pièces d'argent. Les maçons continuent le travail , et, quand il est terminé, on place une croix de bronze sur la porte,, du côté du vestibule.
L'usage d'ouvrir le jubilé à Noél nous rappelle que Tannée commençait à cette fête sous Charlemagne et même au xiii" siècle. Le martyrologe de Rouen, édité en 1660, commence encore à Noël.
JUDICA ME. Selon le cardinal Bona, l'usage de réciter ce psaume au bas de l'autel remonte à peu près au ix^ siècle ; dans le principe, c'était un acte de dévotion facultative comme le Confiteor (voy. ce mot] , qu'on pouvait dire à la sacristie ou même omettre. Il en était ainsi au xiii® siècle ; alors on récitait ce psaume aussi bien aux messes des morts qu'aux autres ; seulement on remplaçait le Gloria Patri par le Requiem, C'est sous le pape Pie V que la rubrique a fait une loi de réciter ce psaume. Toutefois, en certains diocèses, on le récite encore à la sacristie avant les grandes messes. M. l'abbé Malais nous dit avoir été témoin de cet usage à Soissons ; dans les fêtes solennelles, cette préparation se fait au baa du chœur [voy, Confiteor).
KYRIE, ELEISON. On attribue rintroduction de cette invocation au pape Damase P^ Cependant, un auteur du II* siècle dit que les païens invoquaient Dieu , en disant Kyrie, eleison, et Vossius croit qu'ils avaient pris cette prière des chrétiens. Quoi qu'il en soit, au iv® siècle, on disait autant de fois Christe que Kyrie, et le nombre en était illimité; on cessait de chanter, quand le célébrant en donnait le signal. Alors le prêtre officiant ne récitait pas le Kyrie en particulier; il chantait avec le chœur. Cette prière fut introduite dans les Gaules en 529 par le 2* concile de Vai&on, qui ordonna par son troisième canon de la dire à matines, à la messe et aux vêpres (1). Au moyen-âge, plusieurs églises intercalèrent des paroles entre les mots Kyrie et eleison , comme dans le Gloria in excehis et XAgnus. De là sont venues ces notes nombreuses de certains Kyrie; on a retranché les tropes qui avaient été intercalées, et Ton a laissé les notes. M. Tabbé Malais nous en a fourni des exemples. Dans le rit Ambrosien, on dit trois fois Kyrie, eleison, après le Gloria in excelsis; trois fois après l'évangile, et trois fois après la communion. Depuis plusieurs siècles ,
(i) A Rouen, l'usage de commencer les vêpres de Pâques par le Kyrie n'a cessé qu'au xvii® siècle ; il est encore mentionné dans le bréviaire de 1578. C'est à cette époque qu'on a ajouté à ces vêpres le Leus in adjuiorium, qu'on ne disait pas auparavant ; on l'omet encore aux petites Heures. Le diocèse de Besançon a conservé le Kyrie des vêpres de Pâques jusqu'à nos jours.
TEglise romaine, pour marquer Tégalilé des personnes divines , chante trois fois Kyrie en Thonneur du Père, trois fois Christe en l'honneur du Fils, et trois fois Kyrie en l'honneur du Saint-Esprit.
LAMPE. L'origine des lampes est la même que celle des cierges [voy. ce mot), avec cette différence que les cierges ne brûlaient que durant les offices, au lieu que les lampes brûlaient nuit et jour. Cet usage est encore à peu près le même ; toutefois, on se contente aujourd'hui d'alimenter les lampes avec de l'huile ordinaire , et non plus, comme autrefois, avec des huiles précieuses et odoriférantes .
LANGUE LITURGIQUE. Dans le principe, on célébra le Saint Sacrifice dans la langue vulgaire du pays où il était offert. Jésus-Christ institua la sainte eucharistie en langue hébraïque ; mais ses apôtres et leurs successeurs, en se répandant dans diverses contrées , adoptèrent la langue de ces contrées pour la célébration des Saints Mystères. C'est ainsi que, dans l'Eglise occidentale, où la langue romaine était devenue usuelle, après la conquête des Romains , la langue latine est restée la langue liturgique. Les autres églises ont conservé le syriaque , le grec, l'arménien, etc. A l'exemple de ce qui eut lieu dans les premiers temps du christianisme, les papes ont quelquefois autorisé des liturgies. en langue usuelle et vulgaire : Nicolas P' en agit ainsi au ix^ siècle; Clément V,
au xiv% et Paul V, au xvII^ Mais il est bon de se rappeler qu'il s'agissait alors de la conversion des habitants de TEsclavonie, de la Tartarie et de la Chine. À part ces raisons majeures, la langue liturgique ne varie point, le concile de Trente ayant déclaré qu'il fallait célébrer la messe selon le rit antique approuvé pour chaque Eglise. On ne peut s'empêcher de reconnaître que, si l'on avait fait usage des langues vulgaires de chaque peuple pour la liturgie, il serait impossible aujourd'hui de s'assurer que les sources n'auraient pas été altérées par les traductions, tant nos langues modernes ont varié.
LAUDES. Certains auteurs considèrent cette Heure comme une suite de Matines, tandis que, d'après les autres, il faut faire unedistinction et porter ainsi le nombre des Heures à huit, si on veut compter les Complies, plus modernes que les autres offices. Les derniers appellent les laudes Louanges du matin, et les matines Office de la nuit. Il est à remarquer que le dernier psaume des laudes ou louanges commence toujours par les mots Laudate ou Lauda. Cette Heure devrait se réciter avant le lever du soleil. Dans l'ordre de Cileaux, on la commence encore dès qu'on voit poindre les premières lueurs du jour ; mais en général on la récite dans la matinée ou même dès la veille, pourvu que le soleil soit plus près de son coucher que de midi.
LAVABO. Autrefois le célébrant, ainsi que le diacre et le sous-diacre, se lavaient les mains après avoir choisi, parmi les pains offerts, ceux qui devaient servir au Saint Sacrifice. Cette purification des mains avait lieu dans une piscine qu'on voit encore dans un grand nombre
d^églîses, du côté de Tépitre. Ces piscines devaient être couvertes, nec sine opertorio relinqtiantur . Depuis le XVI® siècle, à peu près, le lavement des mains se fait dans un petit bassin présenté par le servant. Outre la raison naturelle de propreté, on peut voir là une raison mystique, qui rappelle la pureté de conscience avec laquelle on doit s'approcher de Fautel.
On nomme aussi Lavabo, ou Manutergium, le linge qui sert à essuyer les doigts du prêtre ; un auteur du XVII® siècle, Claude Arnaud, condamne comme indécente l'habitude d'attacher ce linge au bout de l'autel. Cependant, les Prœcepta antigua de Pierre de Colmieu nous apprennent qu'au xiii® siècle un manuterge pendait auprès du Missel , pour essuyer la bouche et le nez du prêtre. Il y en avait trois autres auprès de l'autel, pour les trois ablutions qui avaient lieu probablement avant la messe, à l'offertoire et après la communion.
LAVEMENT DES AUTELS (voy. Jeudi-Saint).
LAVEMENT DES PIEDS. A l'exemple de I.-C. qui lava les pieds des apôtres , l'Eglise a voulu que le pape et les évêques pratiquassent ce bel acte d'égalité chrétienne. Cette pieuse pratique s'étant relâchée au vu® siècle, le concile de Tolède l'imposa de nouveau aux évêques, sous "peine d'être privés de la communion pendant deux mois. Le lavement des pieds a lieu encore dans un certain nombre d'églises : à Rouen, à Dieppe, au Havre, à Aumale, après le dépouillement des au tel s . Alors le célébrant se ceint d'un linge; les douze pauvres s'approchent; et, pendant que le sous-diacre présente le pied droit de chacun d'eux à l'officiant, celui-cilelave, l'essuie et le baise. Les pauvres
reçoivent ensuite une aumône, ou, en quelques églises, du pain et du vin bénits à leur intention. C'est alors une pieuse représentation de la dernière cène de N.-S. avec ses apôtres. Un grand nombre de rois de France ont aussi pratiqué la cérémonie du lavement des pieds.
LEÇONS. Saint Eleucade, qui mourut en l'an 112, passe pour avoir fixé les leçons tirées des saintes Ecritures qui devaient se lire à Toffice ; Charlemagne fit faire des extraits des saints Pères et les fit aussi adapter aux différentes solennités de Tannée ; plus tard , on joignit une courte légende (voy. ce mot] sur la vie du saint du jour; enfin, vint la lecture de l'évangile avec une homélie; mais ces diverses leçons ne furent pas établies dès-lors dans l'ordre qu'elles occupent actuellement.
L'épltre et quelquefois même l'évangile portent aussi le nom de Leçon. Lorsque les jubés (voy. ce mot) étaient en usage, on y chantait les leçons de matines et de la messe, ou plutôt, comme le mot lectio l'indique, on les y lisait ; aujourd'hui encore le ton des leçons ressemble autant à une lecture qu'à un chant.
LECTEUR. Anciennement, le lecteur était chargé de conserver les livres sacrés , de bénir le pain et les fruits nouveaux, de lire l'Ancien et le Nouveau Testament à l'office de la nuit, et d'enseigner aux enfants les premiers éléments de la foi. Il existe plusieurs diocèses où les clercs minorés sont encore chargés de faire le catéchisme, bien que leurs fonctions ne soient plus qu'un mémorial de ce qui se pratiquait autrefois. Les Lecteurs doiveni être choisis de préférence pour remplir leurs fonctions , quand on chante matines dans les cathédrales .
LÉGAT. On nomme ainsi celui auquel le pape permet d'exercer sa juridiction en certains lieux. On distingue trois sortes de légats : l"" le légat àlatere, qui est toujours cardinal ; 2** le légat de latere, qui n'est point cardinal ; S** le légat né, qui jouit de ce titre, lequel souvent est seulement honorifique , à cause du siège qu'il occupe , comme les archevêques de Reims et d'Arles. Quand un légat est présent, les évoques ne peuvent bénir le peuple, ni faire porter leur croix devant eux. Le premier exemple de légation papale est celui d'Osius envoyé au concile de Nicée, au iv® siècle, par le pape saint Sylvestre (voy. Nonce).
LÉGENDE. Le livre qui contenait les leçons (voy. ce mot) s'appelait autrefois Legeiida, c'est-à-dire choses qui doivent être lues à Toffice ; malheureusement une saine critique n'avait pas présidé au choix de ces légendes , qu'on avait extraites des vies des saints, et il arriva qu'on en adopta qui ne reposaient sur aucun fondement solide. Dans les monastères, on exerçait les novices à composer des amplifications latines sur la vie des bienheureux, tout en laissant un libre cours à leur imagination. Celles de ces narrations qui présentaient le style le plus fleuri et les inventions les plus heureuses étaient conservées dans les archives des religieux , et quand on introduisit, dans l'office , des leçons sur ces matières pieuses , on puisa dans les sources que nous venons de signaler ; de là l'adoption de faits apocryphes. Le plus célèbre auteur légendaire des Latins est Jacques de Voragine, qui publia au XIII* siècle une compilation de vies des saints sous le nom de Legenda sancta, communément appelée Légende
dorée. Depuis longtemps déjà les légendes des bréviaires ont été corrigées; cependant, il en reste peut-être quelques-unes en certains bréviaires qui doivent être lues avec précaution, par exemple, celle de saint Denys et autres saints que les iconographes ont représentés en leur plaçant la tête Sans les mains, pour indiquer qu'ils avaient été décapités. Quelques légendaires, en voyant ces saints ainsi figurés, ont écrit que ces martyrs avaient porté eux-mêmes leur tête après leur mort.
LÉGILE. C'est ainsi qu'on a nommé le voile dont on couvre le pupitre , en certaines églises , pour chanter l'évangile. En 17.38, l'abbesse de Montmartre fit faire un légile de velours cramoisi qui coûta deux cents écus.
LÉPREUX. A l'époque où la lèpre portail la désolation au milieu des populations, on isolait de leurs semblables les malheureux qui étaient atteints du fléau, et ils étaient l'objet d'une cérémonie religieuse (1 ) . En certains diocèses, on célébrait pour eux l'office^ des défunts ; on plaçait le lépreux sous le drap des morts ; on allumait des cierges autour de lui , puis on le faisait descendre dans une tombe; on chantait le Libéra, et le prêtre jetait trois pelletées de terre sur la tête de cet infortuné, comme pour déclarer qu'il était mort au monde. Ailleurs, le prêtre allait chercher le lépreux en procession ; il le plaçait, revêtu de sa robe de fnézeau, dans un coin du chœur; il célébrait pour lui la messe du Saint-Esprit; il l'engageait à la patience et à la résignation , et le
(1) Le lieu où étaient les établissements consacrés aux lépreux a retenu, dans beaucoup de villages, le nom de Aîaladrerif.
conduisait ensuite à la petite maison préparée au milieu des champs. Avant de le quitter, il lui défendait d'entrer dans aucune église, de fréquenter les foires et marchés, de sortir sans son habit de ladre, de laver son linge aux fontaines, de toucher à ce qu'il marchandait, de parler à qui que ce soit sans être au-dessous du vent, de toucher à ses enfants, de prendre ses repas avec d'autres que des lépreux, etc. Après sa mort, le lépreux n'était pas porté au cimetière, mais on l'enterrait auprès de sa maisonnette.
Au siècle dernier, le cérémonial des lépreux avait encore lieu dans quelques diocèses. Quand le mal était constaté et la séparation prononcée, le curé allait à la porte de l'église, où il aspergeait le lépreux et lui faisait une exhortation ; il entonnait ensuite les psaumes de la pénitence, et célébrait la messe du Saint-Esprit, après avoir assigné au lépreux une place isolée. Après la messe, il conduisait le patient à sa maisonnette, en chantant les litanies des saints ; il bénissait les objets dont il avait besoin , et le quittait en lui faisant les recommandations dont nous avons parlé plus haut.
LIBERA. Ce répons, qui se chante aux offices des morts, a été composé au xii* siècle par Maurice de Sully, et adopté dans l'église de Rome, ainsi que dans un grand nombre d'autres ; mais il a subi quelques changements, pour le conformer au texte de la sainte Ecriture. L'Eglise de Paris elle-même l'a modifié dans un sens qui le rapproche beaucoup du Libéra de Rouen.
LITANIES. Il n'existe rien dans les monuments des premiers siècles qui indique l'usage de ce que nous
appelons Litanies ; seulement un ancien sacramentaire dit que , dans certaines processions , on chantait cent fois Kyrie, eleison et cent fois Christe, eleison. Jusqu'au ix° siècle , on chanta aussi avant ou après la collecte (voy. ce 7not) une suite d'invocations dans lesquelles on priait pour la Paix, pour l'Eglise, pour les Pontifes, pour les Empereurs, etc. Il reste une trace de cet usage à la cathédrale de Rouen, dans le Christus vincit du Jeudi- Saint. On trouve aussi des litanies dans lesquelles la sainte Vierge seule a une invocation nominale ; les autres saints sont indiqués par chœurs : Sancti Prophetœ, sancti Âpostoli, sanctœ Virgines, etc.
11 existe aujourd'hui un grand noimbre de litanies parmi lesquelles nous distinguerons, comme approuvées par l'Eglise : l"" les litanies des saints, qui sont les plus anciennes et qui offrent quelques variantes dans la liste des saints invoqués selon chaque diocèse; 2** les litanies de la sainte Vierge, qui ont été approuvées en 1642; 3** les litanies du saint nom de Jésus, également approuvées par la congrégation des Rites le l4 avril 1646. Nous avons peine à nous rendre compte d'un décret de la sacrée congrégation, en date du 7 septembre 1850, qui déclare ces dernières litanies non approuvées.
On donne le nom de Litanies à diverses processions, sans doute parce qu'on y chantait les invocations qui portent ce nom, lesquelles sont d'un chant facile et commode pour la marche, à cause des répétitions oïl reprises. Les plus anciennes de ces litanies sont celles des Rogations instituées par saint Mamert, évéque de Vienne, en 474. A l'occasion d'une peste qui venait de
ravager Rome , le pape saint Grégoire indiqua aussi , en 590, une litanie partagée en sept divisions. Le clergé marchait en tête, puis venaient par ordre : les abbés avec leurs moines , les abbesses et leurs religieuses , les enfants, les hommes laïques, les veuves, les femmes mariées. On croit, dit Fleury, que de cette procession générale est venue celle de saint Marc.
LITURGIE. La liturgie est l'ensemble des formes publiques que l'Eglise emploie dans la célébration des cérémonies religieuses. Les livres les plus convenables pour étudier cette science sont les Missels, Rituels et Bréviaires de chaque époque. Comme nous parlons en particulier de chaque partie du culte catholique, nous jetterons seulement ici un coup-d'œil sur les vicissitudes de la liturgie des Gaules. Dès qu'on commença à rendre à Dieu un culte extérieur parmi les chrétiens, la liturgie commença d'exister ; elle est aussi ancienne que le christianisme. L'antique Eglise Gallicane l'a reçue, avec la foi, de ses premiers évéques. Au temps de Pépin et de Charlemagne, la liturgie romaine fut imposée dans tout l'empire, au moins quant à la forme et à l'ensemble, mais elle y subit quelques modifications ou additions, selon les localités différentes , surtout après la mort de Charlemagne ; de sorte que l'unité ne tarda pas à être détruite, pour faire place à diverses nuances liturgiques dont parle souvent Durand de Mende à la fin du XIII® siècle. Un siècle plus tard, la découverte de l'imprimerie vint rendre un grand service à la liturgie, qui jusque-là avait été consignée dans des manuscrits trèsrares et très-variés, ou uniquement confiée à la mémoire.
En 1545, lorsque le concile de Trente se réunit, il n'y avait encore que le Canon de fixe et de déterminé. Pie V publia deux bulles pour l'uniformité du Missel et du Bréviaire; mais, comme les Eglises qui avaient un rit de deux cents ans d'existence étaient laissées libres de le conserver, l'unité liturgique fut encore une fois ajournée. Le concile de Rouen de 1581 décida que, sans adopter purement et simplement le Missel et le Bréviaire romains, -on se contenteraitde corriger les livres liturgiques, servato mu diœceseon; il en fut de même à Reims, à Tours, à Bourges et ailleurs. D'autres Eglises adoptèrent absolument le rit romain, surtout celles qui, par raison d'économie, comme cela eut lieu à Bordeaux, avaient besoin de faire réimprimer leurs livres diocésains et n'avaient pas les moyen? de payer cette réimpression. Lyon ne tint aucun concile, et garda son rit ancien.
La déclaration des Libertés de l'Eglise Gallicane senable encore être venue étendre les liturgies particulières. En subordonnant les décisions du souverain pontife aux canons et aux usages des Eglises particulières, l'assemblée de 1682 put bien inspirer l'éloignement de la liturgie romaine ; au moins, à partir de cette époque, voyons-nous en plusieurs diocèses la publication de nouveaux Missels et de nouveaux Bréviaires spéciaux.
Au moment du concordat passé entre la France et Rome en 1802, on eût pu croire que les diflférences liturgiques allaient s'eflfacer ; mais il n'en fut rien. Ce n'est guère que depuis quinze ans que la question a été soulevée de nouveau par Dom Guéranger , abbé de Solesmes. Depuis un an ou deux, divers diocèses ont
adopté la lilufgie romaine, et tout semble annoncer que nous marchons, plus ou moins, vers Tunité, bien difficile à réaliser en pratique .
LIVRES D'ÉGLISE. Les livres liturgiques devaient être en petit nombre dans la primitive Eglise (car les manuscrits ont toujours été fort chers) ; mais Tédit de Dioclétien, qui les fit rechercher pour les brûler, nous fait voir qu'ils étaient déjà assez communs au commencement du IV® siècle. Au siècle suivant, ils furent encore moins rares , et le prêtre Musœus rédigea la liturgie gallicane, par ordre de l'évêque de Marseille. Cependant, quoique les livres d'église fussent répandus, on continua de les savoir par cœur. Durand nous apprend qu'il en était encore ainsi au xiii'' siècle : Sacerdotes, dit-il, scire debent librum sacramentorum sive Missale, Lectionarium, Antiphonariumy etc. Ce passage nous explique l'obscurité des anciennes églises : le clergé faisait l'office sans livres, et les fidèles, dont le plus grand nombre ne savaient pas lire , suivaient de mémoire , memoriter. On chantait encore l'office par cœur à Nolre-Dame-de-Rouen au commencement du xviii® siècle.
Les livres d'église destinés aux fidèles furent d'abord nommés Livres d'Heures, ensuite Eucologes, puis Paroissiens [voy. Matines). En 1660, Joseph de Voisin, docteur de Sorbonne, publia une traduction française du Missel romain, qui fut condamnée par l'Assemblée du Clergé, comme innovation, et anathématisée au même titre, par le pape Alexandre VII, en 1661. Le souverain pontife défendit expressément de lire ou conserver cette traduction , sous peine d'excommunication, ipso facto. Malgré cette
défense, les Iraductioiis françaises se sont multipliées à l'infini depuis celte époque. Peut-être la sentence a-l-elle été révoquée.
Les livres d'église ne peuvent être publiés sans l'autorisation épiscopale. On comprend la nécessité de cette surveillance.
LOUANGES. On donnait ce nom, Laudes, à des prières solennelles qui se chantent ordinairement au milieu du chœur, entre la collecte etl'épître, dans certaines églises; cet usage est encore suivi à la métropole de Rouen quand Monseigneur l'archevêque officie (voy. Litanies). Les Louanges sont entonnées par deux chanoines, et le chœur répond. On trouve celte espèce de litanie dans le Missel de Tressan, page 640, et dans les Paroissiens.
On chante ces prières pour le pape, pour l'archevêque, pour le roi. On supprimait ces acclamations en faveur des souverains, quand ils tombaient dans l'hérésie. Le cardinal Bona dit qu'en l'absence des empereurs, on chantait les Louanges devant leur statue.
LUTRIN. On disait autrefois Letrain , Lectrairir Lienlrain et Lieutrain, en latin Lectrinum, Lectricium, Legium, etc., tous mots dérivés du verbe légère, lire. Souvent le lutrin se termine par un aigle dont les ailes sont ouvertes pour soutenir le livre. Comme les premiers lutrins ont été destinés à supporter le livre des évangiles, on leur aura donné cette forme, en mémoire de l'attribut de saint Jean. « On a donné au lutrin la figure d'aigle, dit Bocquillot , pour représenter saint Jean , le plus sublime des évangélistes. À Saint-Denis, en France, et à l'abbaye du Bec, les quatre évangélistes y sont représentés.
Oa plaça aussi dans le chœur, et sur la même ligne que l'aigle, un autre lutrin pour Tépître, et dans quelques églises encore un troisième pour les prophéties. On voit des églises où ce troisième lutrin est une figure de Moïse tenant en sa main les tables de la loi , sur lesquelles on posait le livre des prophéties. » Nous voyons, dans D. Toussaint Duplessis , qu'on disait autrefois un Moïse comme nous disons un Lutrin. Ce terme est encore en usage dans le diocèse de Coutances , et une note de M. l'abbé Malais nous apprend que les chartreux de Dijon avaient un lutrin , avec les quatre animaux symboliques, qu'on tournait selon l'évangéliste de l'office du jour.
Nous avons vu plusieurs lutrins du xvi*" siècle dont le pied était polygone et orné de diverses manières; la petite église de Pommereux en possède un , portant la date de 1 544 ; sa base hexagone offre plusieurs bustes et une espèce de figure grotesque. Bocquillot dit qu'on plaçait autrefois près des lutrins un Phare, c'est-à-dire un chandelier destiné à supporter un ou plusieurs flambeaux, pour éclairer les chantres aux offices de la nuit.
MAGNIFICAT. On chantait ce cantique dès le v" siècle, et saint Césaire d'Arles ordonna ce chant aux moines, en 506. Le Magnificat donne lieu à certains rites qui varient selon les diocèses, et qui consistent surtout en encensements. Jean d'Avranches voit dans cet usage une
allusion aux prescriptions de Moïse (Exod. xxx, 7 et 8).
MANDEMENT. C'est le nom qu'on donne aux ordonnances ëpiscopales, qu'on appelle aussi Instructims ou Lettres pastorales. Ces ordonnances doivent être lues au prône et n'obligent que les fidèles du diocèse. Les mandements portent ordinairement en tête les noms et titres des pontifes qui les promulguent, et sont terminés par leur signature, précédée d'une croix, selon l'usage des prélats. Celte signature consiste le plus souvent en un des prénoms de l'évoque. Anciennement les prélats changeaient de nom à leur avènement et prenaient celui de l'un de leurs prédécesseurs ou d'un saint vénéré dans leur diocèse ; il n'était pas d'usage alors de mentionner le nom de famille dans le préambule du mandement. Les papes changent également leur nom à leur avènement au souverain pontificat.
MANIPULE. Le manipule, qui aujourd'hui a la forme d'une petite étole, n'était à son origine qu'une espèce de serviette destinée à essuyer la sueur, un linge qui servait de mouchoir; on trouve le manipule désigné sous les noms de Manipula, Manipulus, Fanum, Fano, PhanOt FanonuSf Sudarium, etc. Solemus sudario ter gère pituitant oculornm et narium, écrivait le prêtre Amalaire en 820. Anastase rapporte que saint Zozime ordonna que les diacres portassent un manipule de lin sur la main gauche. Yves de Chartres nous apprend qu'au xi® siècle le manipule était encore un mouchoir; mais nous voyons dans Guillaume-le-Breton qu'au siècle suivant il était devenu un ornement : Manipulus est ornamentum manûs. Il devint alors trop précieux pour l'employer à son usage
primitif, el on lui substitua un linge uniquement destiné à essuyer la sueur. Cependant, Durand de Mende semble indiquer qu'au xiii® siècle le manipule servait encore , concurremment avec le suaire ou mouchoir, à entretenir la propreté du visage.
Primitivement, le manipule était formé d'une pièce de toile blanche de sept à huit centimètres de largeur ; plus tard, la pièce devint de même étoffe que la chasuble, et s'élargit Iriangulairement aux deux bouts; enfin, cet ornement arriva par degrés, depuis un siècle ou deux, à prendre sa forme actuelle.
Aucun ministre de l'autel ne peut porter le manipule, s'il n'a reçu Tordre du sous-diaconat ; cette prescription remonte au concile de Poitiers, tenu en 11 00. Le manipule ne doit servir qu'à la messe; cependant, il est en usage dans plusieurs diocèses , pour les saluts , lorsque le prêtre se revêt de la chasuble. Les évêques ne prennent le manipule qu'après avoir récité le psaume Judica me, au bas de l'autel. En se rappelant l'ancien usage du manipule, il est aisé de comprendre que le simple prêtre, qui n'avait pas de ministres comme l'évêque , devait prendre cet ornement avant de commencer la messe. Les religieuses chartreuses recevaient un manipule le jour de leur profession.
MANUTERGE [voy. Lavabo).
MARC (Procession de saint). L'an 589, il y eut à Rome une inondation qui laissa un limon si infect , en se retirant, qu'il en résulta une peste désastreuse. La mort frappait en un instant ses victimes, qui expiraient ordinairement après avoir éternué plusieurs fois. C'est
de là, dit-on, que vient Tusage, encore répandu dans les campagnes , de dire à celui qui éternue : Dieu vou$ bénisse! Le pape Pelage périt en celte année, avec soixantedix personnes, au milieu de la procession qu'il avait ordonnée pour apaiser la colère divine. Saint Grégoirele-Grand, son successeur, ordonna une nouvelle procession générale, et, au bout de quelques jours , la peste cessa ; alors le saint pape décida que semblable procession serait faite, tous les ans, le 25 avril [voy. Litanies). Cette procession devint générale et fut établie en France vers le vin® siècle. L'abstinence qu'on fait actuellement en ce jour était un jeûne dans l'origine.
MARIAGE. Nous apprenons de Tertullien que la plupart des cérémonies actuelles du mariage étaient observées dès le ii® siècle : le voile, l'anneau, etc. Le prêtre mettait aussi une couronne sur la tête des époux, qui devaient garder la continence au moins pendant la première nuit de leur mariage. Dans le^diocèse de Rouen, la bénédiction qui se fait pendant qu'on étend le voile sur les mariés a lieu immédiatement après le Pater; d'autres Rituels la placent après la fraction de l'hostie. Cette bénédiction est omise , quand l'épouse a déjà été mariée, de même que si elle avait eu des enfants illégitimes. Dans certaines paroisses rurales, l'on a conservé l'usage de placer sous le voile des époux les enfants nés avant le mariage, pourvu qu'ils ne soient point adultérins, dit le Rituel de Rouen de 1707. Autrefois, les mariages se célébraient sous le porche ou à la porte de l'église; aujourd'hui, ils ont ordinairement lieu devant le c^ucifiï^ placé sur l'entrée du chœur.
Au commencement du siècle dernier, le prêtre allait encore le soir bénir le lit des époux. Le Rituel imprimé à Rouen en 1640 nous apprend que cette bénédiction était suivie, à cette époque, de la bénédiction du vin, dans lequel le prêtre trempait deux bouchées de pain également bénit, qu'il donnait aux époux. Cette dernière cérémonie avait lieu aussi après la messe du mariage ; elle rappelait les agapes des premiers chrétiens, car tous les assistants mangeaient et buvaient comme les mariés. La bénédiction du lit nuptial a encore lieu à Dieppe. On ne bénit plus le pain, mais on présente toujours du gâteau et du vin. En plusieurs paroisses, le gâteau et le vin sont présentés sur une table placée devant l'église ou sous le porche. LeRrun Desmarettes dit que ces vestiges d'agapes (voy. ce mot) étaient d'un usage général au commencement du siècle dernier. De nos jours on voit encore communément une personne de la noce porter du gâteau et en offrir aux personnes qui se présentent en chemin.
MARTYROLOGE. C'est le nom qu'on donna au catalogue des chrétiens qui avaient souffert la mort pour le nomde J.-C. On attribue aii pape saint Clément, ordonné par saint Pierre, et l'un de ses successeurs, la coutume de recueillir dans les dyptiques (voy. ce mot) les noms des martyrs. Selon Chastelain, le premier martyrologe reçu dans toute l'Eglise est celui d'Usuard, dont le dessein fut inspiré par Louis-le-Débonnaire ; Charles-le-Chauve l'honora d'une protection publique. C'est à cette époque que remonte l'usage de lire le martyrologe à Prime, dans l'office qui se célèbre au chœur. Cette lecture est toujours; sinticipée d'un jour sur sa date; ainsi, on y mentionne
les saints inscrits pour le lendemain. Il est à observer que les martyrologes ont fini par ajouter au nom des martyrs celui des autres saints, avec un abrégé de leur vie; il en est ainsi de celui de Baronius, qui fut approuvé par le pape Sixte V, et qui est aujourd'hui adopté dans l'office romain.
La veille de Noël , on suivait autrefois une coutume fort touchante : Quand le lecteur avait prononcé le passage annonçant la naissance du Sauveur, tout le monde se prosternait pour faire une courte prière. Le verset Pretiosa in conspectu Domini mors sanctorum ejus, ainsi que le Sancta Maria, est une continuation de la lecture du martyrologe. Il semble qu'en supprimant la lecture de ce dernier, on aurait dû supprimer également ces versets, qui n'ont plus leur raison d'ôtre. La dernière édition du martyrologe de Rouen eut lieu aux frais du Chapitre (voy. ce mot), en 1670. Il serait à désirer qu'on en fit une nouvelle , dans le genre de celui d'Evreux , imprimé en 1752.
MATINES. D'après ce que nous avons dit en parlant des Heures canoniales (voy. ce mot), les matines forment la première partie de l'office de la nuit. Au rapport de Durand de Mende, l'office de matines se faisait à trois reprises dans la primitive Eglise : le premier nocturne se chantait au moment du coucher ; le second au milieu de la nuit, et le troisième un peu avant le jour (voy» Laudes). Alors il n'y avait ni invilatoire, ni hymne. On termine les matines par le Te Deum , excepté à l'office des fériés, de l'Avent, du temps de la Septuagésime, du Carême et des Morts .
Au commencement du xiv® siècle, on disait encore matines pendant la nuit ; mais le Chronicon triplex et unum nous apprend qu'en 1322 l'usage s'établit, dans le diocèse de Rouen, de les dire le malin , propter timorés nocturnos.
On a donné le nom de matines à l'eucologe [voy. ce mot] ou livre d'office des fidèles. Huet, le savant évêque d'Avranches, a fait remarquer que le livre de Y Imitation de J.-C. n'a reçu ce nom qu'à cause du titre du premier 'chapitre ; c'est par la même raison qu'on a appelé Matines le livre qui contient le psautier, à commencer par les matines du dimanche ; il en est de même de plusieurs autres livres.
MEMENTO (voy. Commémoration).
MÉMOIRE. On appelle ainsi en liturgie les collecte, secrète et post- communion qu'on dit à la suite des oraisons de la messe qu'on célèbre; on appelle aussi du même nom l'antienne, le verset et l'oraison qu'on dit à laudes et à vêpres, en l'honneur d'un mystère ou d'un saint dont l'ofiice est empêché par un autre ofîice d'un degré supérieur. Les fêtes étant rares dans la primitive Eglise, leur concurrence ne se présentait guère ; aussi est-il probable que ces Mémoires n'avaient pas lieu dans les premiers siècles.
MESSE. Le Saint Sacrifice a été désigné par les noms de Fraction du pain. Communion, Cène, Oblation, Sacrifice , Liturgie , Synaxe , Collecte , Mystère sacré , divin Mystère, etc.; mais, depuis le iv® siècle , le nom de Messe a été le plus usité dans l'Eglise latine. Les auteurs sont partagés sur l'étymologie de ce mot ; les hébraisants
le font venir de missah , qui signifie oblation ; les hellénistes le tirent de myesis, dont le sens est initiation; saint Isidore de Séville et saint Augustin le considèrent comme venant de missa, employé dans la basse latinité pour missioy renvoi; c'est ainsi que, pour renvoyer les catéchumènes et les pénitents, qui ne devaient pas assister au Saint Sacrifice , le saint évêque d'Hippone dit : Post sermonem fit missa catechumenis , c'est-à-dire qu'on donnait congé aux catéchumènes après l'instruction. Saint Âvit, évêque de Vienne, dit aussi que, dans les églises et les prétoires, on proclamait que le renvoi avait lieu : missa fieri pronuntiatur (voy. Ite, missà est).
Les apôtres célébrèrent le Saint Sacrifice d'après les prescriptions de son divin fondateur; mais il serait impossible de retracer ces premiers rits chrétiens. Cependant, il est certain qu'il y avait un cérémonial, puisque saint Paul écrit aux Corinthiens d'agir d'une manière convenable et selon l'ordre, en attendant qu'il arrive au milieu d'eux pour tout disposer : cœtera autem càm venero disponam. Dans la suite, les cérémonies se transmirent par tradition, et les prêtres apprenaient par cœur le formulaire de la messe, tes parties accessoires du sacrifice étaient laissées au gré et à la dévotion du célébrant; c'est de là quenous vient la variété des liturgies. Les bornes que nous nous sommes imposées ne nous permettent pas de détailler ici ces diverses liturgies; nous dirons seulement qu'on trouve dans toutes le type de ressemblance qui constitue l'action sacrée. Nous renvoyons d'ailleurs nos lecteurs aux différents mots qui ont rapport aux diverses parties de la messe.
Il parait probable que les premiers chrétiens se contentaient de célébrer des messes basses ou sans chant, dans la crainte de la persécution ; mais, quand la paix fut donnée à TEglise , la messe fut toujours chantée , excepté dans les oratoires particuliers. Bocquillot attribue l'introduction de nos messes basses, vers le viii® siècle, à rérection des chapelles particulières dans les églises -
Dans les premiers siècles , on ne célébrait la messe que le dimanche, aux fêtes des martyrs et à certains jours plus ou moins solennels. Au ii® siècle, on commença à célébrer le mercredi et le vendredi; au viii% il fut ordonné de le faire tous les jeudis de carême ; enfin, on en vint à célébrer tous les jours , le lundi et le mardi en dernier lieu.
Anciennement, le prêtre disait souvent plusieurs messes le même jour [voy. Binage) ; il est vrai qu'au V® siècle le pape saint Léon défendit de célébrer plusieurs fois par jour, mais cette défense ne dut guère avoir d'effet, puisque trois siècles plus tard le pape Léon III célébrait jusqu'à neuf fois en un seul jour. Primitivement , il n'y avait qu'un autel dans chaque église, et l'on n'y célébrait qu'une fois par jour, hormis le cas où tous les fidèles, n'auraient pu entendre la messe ; mais les autels se sont multipliés en même temps que les prêtres, et on a fini par célébrer plusieurs messes en même temps dans la même église, excepté pendant la messe de paroisse.
Dans la primitive Eglise , l'évêque était environné de son clergé, qui célébrait la messe avec lui , en mémoire de la dernière cène du Sauveur au milieu de ses apôtres. On trouve un vestige de cet usage au sacre des évêques
et aux messes d'ordination des prêtres , dans lesquelles ceux-ci concélèbrent avec le pontife.
Il fut anciennement permis aux moines de célébrer la messe sans assistants; mais cette permission fut abrogée par le concile de Mayence, en Tan 813. Selon l'usage actuel, la présence d'un servant suffit; une femme pourrait même répondre, 4)0urvu qu'elle n'approchât pas de l'autel pour servir le célébrant.
Dans les temps de persécution, il est permis de célébrer la messe dans les lieux non .consacrés , comme cela se pratiquait dans les premiers siècles , et comme on s'est vu contraint de le faire encore chez nous il y a soixante ans ; mais autrement le Saint Sacrifice ne peut être offert que dans les lieux destinés à cette auguste cérémonie. Au IX® siècle , on permettait de dire la messe pour les malades dans les maisons particulières.
Dans les temps anciens, le célébrant était toujours accompagné d'un diacre , même aux tnesses basses ; quand le nombre des prêtres vint à augmenter considérablement, on se contenta d'un clerc revêtu d'un surplis. En 1585, le concile d'Aix veut qu'on obtienne de l'évéque la permission écrite de faire serviir la messe par des laïques, quand il ne sera point possible d'avoir un clerc. Aujourd'hui cette prescription est tout-à-fait oubliée, et le plus souvent les enfants qui répondent ne sont même pas revêtus d'un rochet.
MESSE SÈCHE. Un usage, qui était en pleine vigueur au xiii° siècle, et qui n'était pas encore entièrement aboli au xvii% quoique le concile tenu à Paris en 1212 l'eût taxé d'abus, consistait à célébrer des messe$ sèche$. U
prêtre se revêlait des ornements sacerdotaux et récitait l'ordinaire de la messe jusqu'à l'offertoire; puis, omettant tout ce qui avait rapport au sacrifice, il disait la préface, le Pater, VAgnus, et terminait, à partir de la postcommunion, comme- dans les messes ordinaires. Cette messe sans consécration se disait le soir aux enterrements; on la célébrait aussi, sous le nom de Messe navale, sur les vaisseaux (le Saint Sacrifice ne pouvant être aisément accompli, à cause du danger de répandre le calice); saint Louis, à son retour de la Terre-Sainte, assistait tous les jours à une Messe navale dans son navire, où la sainte eucharistie était conservée. Il nous reste une trace des messes sèches dans la bénédiction des rameaux, qui a conservé une espèce d'introït , une collecte , une épître, un graduel, un évangile, une préface.
MÉTAL (Bénédiction du). Cette bénédiction ne se trouve point dans le Rituel romain , mais elle est en usage dans plusieurs diocèses, au moment où le métal destiné à la fabrication d'une cloche est en fusion. Dans le diocèse de Rouen, on chante d'abord le Vent Creator, et l'on termine par le Te Deum, après plusieurs autres prières.
MÉTROPOLE. À l'imitation des Grecs, les Romains appelèrent métropole la ville principale d'une province ; dans la suite, les sièges épiscopaux établis dans ces villes furent appelés Métropolitains, et les églises Métropoles. L'érection des métropolitains est de la fin du m® siècle, et fut confirmée par le concile de Nicée ; mais cette distinction fut introduite assez tard dans les Gaules. Vers le VI® siècle , les évêques métropolitains furent connus
sous le nom d'archevêques. L'évéque de la métropole jouit de la préséance sur les autres évêques de sa province. La métropole de Rouen a pour suffragants les évêchés de Bayeux, d'Evreux, de Séez et de Cou tances, les évêchés d'Avranches et de Lisieux, qui lui étaient soumis avant la révolution, ne sont plus que des titres honorifiques unis aux sièges de Coutances et de Bayeux.
MISSEL. C'est le nom qu'on donne au livre qui contient les prières de la messe à l'usage du prêtre. Saint Gélase, qui mourut en l'an 496, passe pour être le premier collecteur des prières qui composent le Missel romain ; mais, soixante ans plus tôt, saint Célestin cite ces prières comme de tradition apostolique ; saint Gélase ne fit donc que les mettre en ordre dans son Missel ou Sacramentaire . Saint Grégoire-le-Grand, mort en 604, fit quelques changements au travail de Gélase. Depuis ces époques reculées, le Missel futplusieurs fois retouché, l'on y ajouta divers offices; mais le canon (voy. ce mot) a souffert peu de changements. Ainsi, quoiqu'il y ait autant de Missels que de liturgies particulières, il n'en est pas moins vrai que le fond de tous est le même. Au reste, le Missel a dû suivre les phases du Bréviaire (voy. ce mot) y et le sort de l'un sera toujours intimement lié à celui de l'autre.
MITRE. La mitre est une ancienne coiffure commune aux hommes et aux femmes ; mais alors c'était une espèce de bonnet rond ayant deux cordons qui servaient à le serrer autour de la tête. Plus tard, on ajouta deui cartons, l'un par-devant et l'autre par-derrière, pour soutenir l'étoffe de la mitre. Vers le x® siècle, les évoques
commencèrentàs'approprierceltecoififure, qu'ils portaient contiauellement, même pendant les repas. Selon le Père Martène, la mitre a toujours été en usage dans l'Eglise, mais il fallait aux évoques un privilège du pape pour la porter; dans la suite, ce privilège s'étendit aux abbés des monastères. En quelques églises, les chanoines portent aussi la mitre, ainsi que le diacre et sous-diacre, quand ils officient. Les enfants de chœur de l'église de Vienne, en Dauphiné, la portaient même encore en 1524. Quoi qu'il en soit, l'usage général de la mitre, comme coiflfuriB épiscopale et de cérémonie, ne remonte pas audelà du XI** siècle. Les deux fanons de derrière ne sont rien autre chose que les anciens cordons devenus un ornement, et que Virgile appelle redimicula. Thiers prétend , dans son Traité des Perruques , que le pape saint Sylvestre est le premier pontife qui ait porté la mitre ; nous pensons qu'il s'agit plutôt ici de la tiare { voy . ce mot] . Quoi qu'il §n soit, dès le xiii® siècle, on faisait usage de trois sortes de mitres, dont la moins solennelle était toute blanche.
MONITOIRE. C'est un avertissement dont l'origine remonte à l'an 1170,^ une sentence de l'official diocésain qu'on lisait au prône , pendant trois dimanches consécutifs, et dans laquelle on ordonnait à tous les fidèles, sous peine d'excommunication , de faire connaître ce qu'ils savaient sur le délit dénoncé de la sorte. Si personne ne s'était présenté, après les trois monitoires, le curé lisait au prône , pendant trois autres dimanches , la Sentence d'excommunication portée contre ceux qui ^'avaient point obtempéré. Les monitoires ont cessé
crcHre publiés en France depuis le concordat de 1802.
MIOZETTE. L'origine de la mozette est la même que celle du t^amail (voy. ce mot). Les Cordeliers et les Récollets désignaient ainsi un morceau d'étofle qui leur couvrait les épaules et Vestomac ; ils lui donnaient aussi le nom de chaperon. Aujourd'hui, il existe une petite différence entre le camail et la mozette, laquelle est violette pour les évoques, et noire pour les chanoines.
MULE DU PAPE. C'est une espèce de soulier rouge, orné d'une croix d'or, que le pape porte habituellement. On baise cette croix quand on se prosterne aux pieds du pape. L'impiété a bien pu débiter de fades plaisanteries sur l'action de baiser la mule du pape ; mais nous ne voyons là qu'une manière de vénérer en même temps Fa croix et l'homme éminent qui tient la place de J.-C. sur la terre.
MYSTÈRES. C'est le nom qu'on donnait, au moyenàge, à des drames religieux et à des légendes pieuses qu'on représentait, même dans les églises , en certains jours de fêtes. C'est dans ces Mystères, qu'on appelait aussi Miracles ou Moralités, qu'il faut chercher l'origine du théâtre moderne.
Nous donnerons une idée de ces Mystères, en analysant les Mitouries qui' se jouaient encore, en 1684, dans l'église Saint-Jacques de Dieppe. Vers la mi-juin , on désignait les filles qui devaient prendre part à cette cérémonie , ainsi que l'ecclésiastique et les laïques destinés à représenter saint Pierre et les autres apôtres. Le 1 4 août, à six heures du matin, quatre clercs portaient la jeune fille qui avait été choisie pour remplir le rôle de
la saiale Vierge, coucliée dans un berceau. Ces clercs étaient accompagnés des filles de Sion et des apôtres ; venaient ensuite les membres de la confrérie de Y Assomption de la Vierge , puis un grand nombre de jeunes geos revêtus des attributs propres à faire reconnaître les saints qu'ils devaient représenter. Tout le peuple suivait en chantant avec le clergé des hymnes et des cantiç^ues. Lorsque la procession était arrivée à l'église, ou exécutait une messe en musique , après laquelle on donnait la représentation de Y Assomption de la sainte Vierge.
Au-dessus du contre-retable était une tribune parsemée d'étoiles d'or sur un fond d'azur, et , deux pieds audessous, on adaptait un grand siège sur lequel était assis le Père-Eternel soutenu par quatre anges, dont les ailes battaient en cadence au son de l'orgue et des instruments. Au-dessus du Père-Eternel, trois petits anges placés à chaque coin d'un triangle exécutaient, à la fin de tous les morceaux de chant, un trio au moyen de petites cloches sur lesquelles ils frappaient. Ce trio était accompagné par le son d'une trompette que tenait un ange de grande stature. Au-dessous du Père-Eternel, on voyait encore deux autres anges tenant chacun un chandelier dont on allumait le cierge à tous les offices. . Ces diverses figures étaient des espèces d'automates à ressorts combinés souvent d'une manière très-ingénieuse.
Deux des quatre anges placés au côté du Père-Eternel descendaient au pied de l'autel où se trouvait le tombeau de la sainte Vierge représentée par une figure de grandeur naturelle, également à ressorts. Les anges s'approchaient de cette figure pour la prendre et l'élever jusqu'au pied
du trône éternel. Pendant cette assomption, la Vierge élevait de temps en temps les bras et la tête comme pour témoigner son désir d'être au ciel. A peine était-elle arrivée aux pieds de l'Eternel, qu'il lui donnait sa bénédiction, et aussitôt un autre ange plaçait une couronne sur la tête de la Reine du Ciel, qui disparaissait peu à peu, cachée dans un nuage.
Pendant cette représentation , qui durait plus d'une heure et demie, un personnage bouffon venait de temps en temps égayer l'assemblée par ses gestes et ses grimaces; tantôt, en signe de surprise, il ouvrait les bras du côté de la Vierge qui montait au ciel ; tantôt, il applaudissait des mains; parfois, il se couchait comme pour faire le mort, puis, se relevant tout-à-coup, il courait se cacher sous les pieds du Père-Eternel, ne laissant apercevoir
que sa tête Toutes les folies de ce personnage, qu'on
appelait Grimpesur-l'ais, occasionnaient quelquefois un bruit tumultueux qui ne faisait que redoubler quand, à la fin de la représentation, les deux anges portant des chandeliers semblaient s'opposer, par leurs mouvements rapides, à ce qu'on éteignit leurs cierges.
Dans l'après-midi, on retournait à l'église pour les vêpres, et ensuite on représentait la Mort de la sairUe Vierge y sur un théâtre placé devant l'Hôtel -de-Ville. Saint Jean tenant une couronne venait ouvrir le spectacle par l'antienne Tota pulchra es, arnica mea. Après ces paroles , la sainte Vierge exhortait de son tombeau le» filles de Sion à rester fidèles à Dieu, et terminait par ces mots : Nuntiate dilecto meo quia amore lan,gueo. A peine avait-elle prononcé ces paroles, que l'ange Gabriel
lui présentait une palme , en chantant : Surge , arnica mea ; veni, coronaberis. En ce moment les apôtres paraissaient sur la scène et exprimaient leur douleur de la mort de la Vierge, qui semblait expirer pleine de joie d'aller rejoindre son divin Fils. Dès qu'elle était morte, saint Pierre lui fermait les yeux, lui couvrait le visage, et les musiciens exécutaient un motet en son honneur. Aussitôt un bruit confus se faisait entendre, et l'on voyait les Juifs entrer sur le théâtre de tous côtés, pour s'emparer du corps de la sainte Vierge; mais les apôtres s'y opposaient, et les agresseurs se trouvaient tout-à-coup privés de la vue ; ce qui les obligeait de marcher en tâtonnant et trébuchant les uns contre les autres , à la grande satisfaction des spectateurs. Enfin, les a poires profitaient de celte cécité, elde la confusion qu'elle excitait, pour enlever le tombeau dans lequel était la sainte Vierge.
NAPPE. La décence suffit pour montrer que l'autel dut être recouvert d'une nappe dès le temps des apôtres ; mais, à partir du m** siècle, on fit usage de plusieurs nappes , afin qu'en cas d'accidents , le précieux sang ne touchât point l'autel. Les nappes étaient quelquefois de soie et brodées d'or ; depuis plusieurs siècles , elles doivent être de fil de lin, et au nombre de trois au moins sur la pierre consacrée. L'autel ne devrait être orné de la nappe que pour la messe et les saints du Saint-Sacrement ; aux autres offices, la nappe devrait être enlevée ;
on se contente de la recouvrir d'un tapis, afin de préserver Uautel de la poussière. Autrefois la nappe s'appelait louaille ou iavayole,
NATIVITÉ. L'Eglise célèbre trois fêtes sous ce nom : la nativité de J.-C, dont nous parlerons plus tard [vo\j. Noël) ; la nativité de la sainte Vierge et la nativité de saint Jean-Baptiste.
Saint Augustin dit clairement que la fête de la nativité de la sainte Vierge n'existait pas de son temps : Ecclesia solos duos natales célébrât, dit-il, hujus (Joannis Baptistœ] et Christi. Elle n'a pas été instituée avant le milieu du IX® siècle, car le concile de Mayence, tenu en 81 3, énumère toutes les fêtes et ne parle pas de celle-ci. L'octave de cette fête fut établie, en 1245, par le concile de Lyon. La nativité de la sainte Vierge n'a pas toujours été célébrée le 8 septembre , mais on ignore en quel autre jour de Tannée on en faisait la fête.
La fête de saint Jean-Baptiste a toujours été célébrée le 24 juin, et son antiquité est incontestable. Primitivement, elle était précédée d'un carême que l'on réduisit à trois semaines , puis à un jour de jeûne, la veille delà fête; ce jeûne a cessé d'être obligatoire, en France, depuis le concordat de 1802. Dans la plupart des diocèses, cette fête n'a point de Credo, parce que, dit-on, le précurseur du Messie n'appartient point à la loi nouvelle ; à Rouen, on chante le symbole comme dans les autres fêtes du même rit.
Guillaume Durand raconte qu'au xuf siècle, pour se conformer à l'ancienne observance, on ramassait des os et d'autres vils objets qu'on faisait brûler la veille de la
fête ; on promenait aussi des torches allumées dans les champs , et Ton y faisait rouler une roue. Ce dernier usage est aboli depuis longtemps ; le second nous parait avoir quelques rapports avec les brandons qu'on allumait encore en Normandie au milieu du siècle dernier; le premier est toujours suivi dans certaines paroisses du diocèse de Rouen , avec cette différence qu'au lieu de sales combustibles, les feux de saint Jean se font aujourd'hui avec du bois.
N4VETTE. C'est ainsi qu'on nomme le vase dans lequel on dépose l'encens, en \àl\n navicula y navetar c'est-à-dire petit vaisseau, parce qu'on lui donne ordinairement cette forme. La navette est accompagnée d'une petite cuillère qui sert à mettre l'encens dans l'encensoir; en certaines églises, le célébrant met trois cuillerées d'encens avant chaque encensement (voy. Encens).
NÉCROLOGE. On appelait ainsi , dans les premiers siècles , le livre dans lequel les chrétiens de chaque église inscrivaient le jour de la mort de leurs évêques, afin d'en faire mémoire dans la liturgie ; ils y inséraient aussi le nom de leurs bienfaiteurs. Il existe encore des monastères dans lesquels, à l'heure de prime, on lit au chœur les noms des bienfaiteurs , la date de la mort des abbés, etc. On a quelquefois donné le nom de nécrologe au livre que nous appelons martyrologe (voy. ce mot). Toutefois, ce dernier nom rappelle le catalogue des saints, tandis que le nécrologe contient la liste de ceux pour lesquels on doit prier.
NEF. Ce nom, navis, semble venir de ce que la voûte de cette partie de l'église ressemble assez à un navire
renversé. Sous l'ancienne coutume ecclésiastique, la rief appartenait aux paroissiens, qui étaient chargés de ses réparations. Pour 'assister aux offices, les hommes se plaçaient à droite, et les femmes à gauche. La séparation des hommes et des femmes existe encore en certaines églises de campagne; toutefois, cet usage a généralement disparu depuis l'établissement des bancs qui renferment ordinairement les membres d'une même famille, sans distinction de sexe.
NEUME. Le neume, qui vient du grec pneuma, souffle, est une addition de notes qui se fait sur la dernière syllabe de VAllelnia et des antiennes. On le nomme aussi Sequentia, c'est-à-dire suite de sons sans paroles ; c'est pourquoi les proses ont été nommées Séquentiel, parce qu'elles remplacent le neume de VAlletuia aux fêtes solennelles et pendant leur octave (1). On supprime les neumes aux offices des morts et en certains autres qui varient selon l'usage de chaque diocèse, mais spécialement à partir du Jeudi - Saint jusqu'au samedi avant QuasimodOy et dans la semaine de la Pentecôte. Amalaire donna, en 820, un traité des offices ecclésiastiques dûns lequel il parle des neumes.
NEU VAINE. On appelle ainsi une suite de pratiques de piété qui durent neuf jours, et qui consistent le plu» souvent dans la récitation de cinq Pater et de cinq Ave, Maria. La neuvain-e, novena, remonte à une assez haute antiquité ; son origine semble se rattacher à la sainte
(1) Chez nous, VAUeluia est mis à la fia de la prose; mais, en certains diocèses, il est chanté sans neume ^ avant la prose ^ laquelle «l'a pas à* Alléluia à la fin.
Trinité, en offrant une pratique qui dure trois fois trois jours.
NICHE. L'origine des niches d'exposition est toute moderne , et la raison en est simple , puisque l'usage d'exposer le Saint - Sacrement remonte à peine au XIV® siècle ; puis la forme actuelle des ostensoirs ne nous parait pas remonter au-delà du xvii** (1).
NIMBE. Le nimbe est un ornement dont les artistes entourent la tête de certains personnages , pour faire connaître leur qualité. Le nimbe triangulaire indique les personnes de la Trinité. Le nimbe circulaire est commun aux anges et aux saints; quand on l'emploie pour les personnes divines, il est crucifère; pour les autres, il est nu ou chargé de rayons. Le nimbe carré ne s'emploie guère que pour les personnages vivants auxquels les populations rendent déjà un culte. Le nimbe commença à se produire vers le vu* siècle. On le produisit fréquemment du X® au xvi' ; mais, à cette dernière époque, il a loul-à-fait perdu sa forme élégante, et l'on dirait un oreiller sur lequel s'appuie la tête du saint personnage qui en est orné. Depuis quelques années , les artistes essaient de faire revivre cet ancien symbole , mais trop souvent ils le font sans discernement; à chaque instant, dit M. Charma, ils font d'un Dieu un homme, d'un homme un Dieu.
NOCTURNE. T^ nocturne est une partie de Toffice de matines [voy, ce mot] qui se faisait autrefois la nuit.
(J) Le mol niche, pour désigner le lieu d'exposition du Saint- Sacreoient, nous paraît peu convenable ; nous avons dû le ci^er^ iparce qu'il est en usage.
— âl8 —
Certains offices ont trois nocturnes, d'autres n'en ont qu'un; dans le bréviaire des Bénédictins, il s'en trouve qui en ont deux. Le nombre de psaumes varie également : dans le bréviaire romain , le premier nocturne du dimanche en contient douze , tandis qu'il n'en existe jamais plus de trois dans le bréviaire de Rouen.
NOËL. Sans entrer ici dans les discussions qui ont eu lieu à l'occasion de la célébration de cette fête , nous nous bornerons à dire que, dans la primitive Eglise, elle était confondue avec celle de l'Epiphanie [voy. ce mot). En plusieurs églises, on la célébrait même dans le mois d'avril ou dans le mois de mai, sous le nom de Théophanie. Ce fut le pape Jules P' qui, au iV siècle, la fixa au 25 décembre. L'usage de célébrer trois messes le jour de Noël établi, au commencement du ii® siècle, par le pape Télesphore, fut introduit en France par Charlemagne; mais alors ces trois messes n'étaient célébrées que par les évêques. Peu à peu, par suite de diverses concessions pontificales, les simples prêtres purent aussi célébrer trois fois en ce jour, c'est-à-dire à minuit, à l'aurore et après Tierce. L'usage a fini par autoriser la célébration de ces messes à des heures différentes.
Durand nous apprend qu'avant les matines qui précèdent la messe de minuit, on mettait, au xiii* siècle, trois voiles sur l'autel et qu'on en enlevait un à chaque nocturne : le premier était noir, pour désigner le temps avant la loi ; le second blanc ^ pour désigner le temps de la révélation par Moïse; 1(3 troisi(;me rouge, pour désigner le temps de grâce.
Nous avons dit que, dans les premiers siècles, on
célébrait la naissance de J.-C. le jour de TEpiphanie. Alors on célébrait la fête de saint Etienne le 26 décembre, celle de saint Jean le 27, etc. Quand la nativité de N.-S. fut reportée au 25 décembre , on ne changea rien à ces fêtes , de sorte que Toctave de Noël ne se trouve pas privilégiée comme celles de Pâques , de la Pentecôte et de l'Epiphanie , lesquelles excluent toute autre fête pendant la huitaine. Jusqu'au xiii* siècle , les fidèles devaient communier au jour de Noël comme aux solennités de Pâques et de la Pentecôte.
On n'observe jamais d'abstinence d'aliments gras le jour de Noël , quand même il se rencontre le vendredi ; ce qui n'est pas nouveau , puisque Noël tombant au vendredi, l'année du martyre de saint Thomas de Cantorbéry, on fit gras chez le saint martyr.
La veille de Noël, on représentait autrefois la naissance du Sauveur dans un mystère [voy.ce mot). C'est de là que nous sont venus certains usages qui étaient encore suivis, il y a quelques années , en Normandie. Vingt à trente bergers se réunissaient avant la messe de minuit, et se présentaient à l'église avec des manteaux et la tête couverte d'un chapeau à larges bords. Chacun portait sa houlette ornée de rubans et de fleurs. Une figure en cire représentait l'enfant Jésus dans un berceau. Un jeune agneau était offert à l'autel en même temps qu'un énorme pain bénit , et divers cantiques étaient chantés avec accompagnement de flûtes et de hautbois. Pendant que les bergers se dirigeaient sur deux rangs vers l'autel , une espèce d'étoile les précédait, à l'aide d'une ficelle ou d'un fil de fer placé dans toute la longueur de l'église.
Du flange nous a conservé Tordre d'une procession beaucoup plus naïve qui avait encore lieu au xvi® siècle à la cathédrale de Rouen, sous le nom de fête des Anes; nom qui vient de ce qu'on voyait figurer un âne dans cette représentation. Nous ne pouvons entrer ici dans tous les détails de cette cérémonie étrange, il est vrai, mais dont on a trop exagéré le ridicule , faute d'en rechercher l'esprit et de la juger au point de vue de l'époque où elle avait lieu . On voyait dans cette cérémonie les Prophètes, Virgile, la Sybille, Nabuchodonosor, les trois enfants dans la fournaise, Balaam monté sur une ânesse, des Juifs, des Gentils, Moïse, un ange, des hommes d'armes, des clercs, des chœurs, etc. Rien de plus vif et de plus gracieux que la mélodie de la prose de l'Ane, qu'on chantait en cette circonstance, et qui a été reproduite, en 1849, dans les Annales archéologiques de M. DidronI Nous regrettons que les limites de cet ouvrage ne nous permettent pas de la reproduire.
NOMS DE BAPTÊME. Quoiqu'il soit certain que les premiers chrétiens ne reçurent pas de nom particulier au moment de leur baptême, l'on ne saurait révoquer en doute que cet usage s'introduisit dès qu'il fut possible d'établir certaine régularité dans l'administration de ce sacrement. Alors, à l'exemple du Fils de Dieu qui reçut le nom de Jésus au moment de sa circoncision, ceux qui devaient recevoir le baptême prirent un nom qu'ils indiquaient d'avance, afin qu'il fût inscrit sur des registres spéciaux; saint Grégoire de Nysse nous apprend que cette coutume existait au iv® siècle. Au baptême du fils de Charlemagne, qui eut lieu à Rome vers 781 , le pape
changea son nom de Carloman en celui de Pépin. Depuis plusieurs siècles, l'Eglise a défendu d'imposer aux enfants d'autres, noms que ceux des saints reconnus par l'Eglise; le Rituel de Rouen ordonne d'ajouter le nom d'un saint de la nouvelle loi, dans le cas où les parrain et marraine auraient choisi celui d'un personnage de l'ancien Testament. '11 est inutile de faire observer qu'il serait de la plus haute inconvenance d'indiquer , au moment du baptême , des noms honteux ou ridicules. Nos pères imposaient assez souvent à leurs enfants le nom d'un saint ou d'une sainte inscrit au calendrier le jour de leur naissance.
NONCE. Le nonce n'a à proprement parler d'autres fonctions que celle d'ambassadeur dans le pays où il est envoyé par le pape, surtout en France. Le titre de nonce était déjà en usage à Rome en 1555; nous disons le titre , attendu que la fonction en elle-même remonte beaucoup plus haut, puisque saint Grégoire-le-Grand la remplit, sous la qualification d'Apocrisiarim ou chargé de répondre, à Constantinople, au nom du pape Pelage II, son prédécesseur sur la chaire de saint Pierre. Les premiers ambassadeurs pontificaux envoyés en France furent ceux du pape Grégoire III, qui demandait l'intervention de Charles Martel en faveur des Romains, dont le territoire était menacé par Luitprand, roi des Lombards ( voy . Légat et Internonce ) .
NONE. Cette Heure se dit à la neuvième heure du jour ^ c'est-à-dire à trois heures après midi. Autrefois, on ne rompait le jeûne du carême que bien après none, car la messe se célébrait à ce mpment, et on mangeait après le
chant des vêpres, qu'on n'avançai l pas comme à présent pour rompre le jeûne plus tôt. On remarque dans la vie de sainte Geneviève, donnée par les Bollandistes, que saint Germain et saint Loup aimèrent mieux retarder None, pour les dire dans une église , que de les réciter sur le chemin, à l'heure prescrite.
NONES. C'était une des trois parties dont se composaient les mois des Romains, et qui est encore en usage (i?oj/. Calendes et Ides) dans le martyrologe. Les Nones étaient toujours neuf jours avant les Ides , et c'est peutêtre de là que vient leur nom. Dans les mois de mars, de mai, de juillet et d'octobre, le jour des xNones était le 7; il tombait le 5 dans les autres mois. Les jours précédents étaient comptés en rétrogradant jusqu'au premier du mois exclusivement ; ainsi, le 2 janvier était désigné par les mots quarto Nonas, sous-entendu antè; le 3, tertio Nonas ; le 4, pridiè Nonas; le 5, Nonis.
NOTRE-DAME. C'est le nom qu'on donne aux églises dédiées à Dieu sous l'invocation de la sainte Vierge, à laquelle plusieurs anciens Pères ont donné le titre de Dame, Domina, titre que nous retrouvons encore dans l'antienne Ave, Regina. On fait aussi des neuvaines el des pèlerinages en l'honneur de Notre-Dame-de-Bon- Secours, de Nolre-Dame-de-Consolation, de Notre-Damede-Délivrance, etc. Trente églises cathédrales en France sont placées sous l'invocation de Notre-Dame.
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00 DE NOËL. C'esl le nom qu'on donne aux antiennes qu'on chante à Magnificat quelques jours avant Noël. Le concile de Tolède, tenu en 636, ordonne de chanter chaque jour une de ces antiennes pendant l'octave de l'Annonciation, qui se célébrait alors huit jours avant Noël. Le rit romain prescrit de chanter sept de ces antiennes. À Rouen, on en chante huit, et neuf à Paris. Ainsi, à Paris , on commence ces grandes antiennes le ISdécembre; à Rouen, le 16, et à Rome, le 17. Guillaume Durand nous apprend que, de son temps, on en chantait douze en certaines églises. Dans plusieurs paroisses de Paris , on chante les antiennes au salut , pendant lequel le Saint- Sacrement est exposé au milieu d'un cercle orné de lumière , surtout à cause de l'antienne
oriens splendor hicis œternœ et sol justitiœ. En
plusieurs diocèses, les antiennes se triplent; à Rouen, on les chante seulement deux fois , c'est-à-dire avant le Magnificat et après le Gloria Patri.
Le P. Pommeraye rapporte, dans son Histoire de la Cathédrale de Rouen , que la métropole avait un usage tout particulier pour faire annoncer chacune de ces antiennes par un dignitaire auquel elles semblaient devoir être attribuées. Ainsi, le chancelier ayant l'intendance des écoles entonnait : sapientia; le trésorier, O ctavis David; un des archidiacres du Vexin (partie du diocèse située au levant), oriens, etc. On trouvait une
coutume semblable chez les Bénédictins de Saint-Benoltsur-Loire; Tabbé entonnait : sapientia; le jardinier, radix Jesse; le cellérier, clavis David, etc. En certains couvents , on faisait une distribution extraordinaire de vin, de pâtisseries , d'épices, etc., au nom de l'abbé, du prieur ou de tout autre qui avait entonné YO de TAvent. En 1649, on dépensa cent livres (100 fr.) pour VO de Monseigneur Henri de Bourbon , évêque de Metz, abbé commendataire de Tabbaye de Fécamp.
OBIT. Du mot latin Obitm, mort. Convaincus que rame des défunts pouvait être soulagée par le Saint Sacrifice, les chrétiens ont souvent fondé des obits, c'està-dire assuré, par une rente, la célébration d'une ou de plusieurs messes à leur intention après leur mort. Les pierres commémoratives de ces fondations sont encore communes dans nos églises , et une preuve qu'elles étaient placées du vivant des fondateurs, c'est que la date de leur décès est souvent restée sans être remplie [voy. Anniversaire et Service).
OBLATION. Il y a cette différence, entre VOblation et \ Offrande (voy. ce mot), que la première signifie le pain et le vin offerts au Seigneur par le prêtre , tandis qu'on désigne par la seconde ce que le peuple présente au prêtre pour le Saint Sacrifice ou pour son entretien personnel. Jusqu'au xi® siècle, il ne semble pas qu'il y ait eu d'autre prière pour l'oblation que la secrète (voy. ce mot] , qu'on prononçait sur les dons offerts. Durand de Mende donne à entendre qu'au xiii* siècle, on chantait en ce moment plusieurs psaumes. Beaucoup plus tard, on récitait encore le Veni;, Creator, à la place du Venu
St 3Ê li
Sanctificator. Laprièm Smcipe, sancta Trinitas, attribuée par quelques Missels à saint Ambroise, est indiquée dans les Heures de Charles-le- Chauve pour les fidèles qui présentaient leurs offrandes ; mais cette dernière diffère un peu de la prière actuelle. La principale oblation est celle que renferme la prière Undè et memores , qui offre à Dieu non plus du pain et du vin, mais la victime sainte après la consécration.
OCCURRENCE. Il y a occurrence, quand deux offices se rencontrent en un même jour; alors, selon le degré de ces offices, on anticipe ou on retarde Tun d'eux au premier jour libre; d'autres fois on fait seulement mémoire de l'office du degré inférieur, ou bien on le supprime entièrement. Chacun doit en cela suivre le rit de son diocèse.
OCTAVE. Gavantus considère les octaves comme d'institution apostolique. Les octaves de premier ordre sont celle de Pâques et celle de la Pentecôte (beaucoup plus moderne), qui n'admettent aucune fête pendant leur durée; il en est de même de l'Epiphanie. Viennent ensuite les octaves de second ordre, qui n'admettent que les fêtes du rit double, puis les octaves de troisième ordre, telles que celle de la Nativité de la sainte Vierge. L'auteur des Voyages liturgiques nous apprend que le jour des octaves de Pâques et de la Pentecôte était autrefois, à Rouen, aussi solennel que le jour même de la fête (1). Le rit romain présente beaucoup plus d'octaves que
(i) Il est à remarquer que ces deux fêtes commençant à la messe \c la vigile, elles ont une durée de huit jours, comme les autres [^randes fétf s, quoiqu'on n'en fasse pas roffice le dimanche suivant.
celui (les autres diocèses ; on en célèbre quelquefois quatre simultanément. M. Floquet cite une feuille publique de 1773 , qui dit que , la veille des Rois (5 janvier), on sonnait à Notre-Dame de Rouen et dans beaucoup d'autres églises dix-sept carillons, à cause des dix-sept octaves, tant de haute que de basse classe, que l'Eglise célèbre dans le cours de chaque année.
OFFERTOIRE. A partir du iv° siècle, lorsque la liberté fut donnée à l'Eglise , les fidèles firent de nombreuses offrandes aux autels et aux ministres, pour la célébration du Saint Sacrifice, et l'on prit l'habitude de chanter, pendant ce temps, un ou plusieurs psaumes suivis d'une antienne. Avant saint Grégoire-le-Grand, on chantait à Rome un verset de psaume suivi du second , puis du troisième, après chacun desquels on recommençait toujours le premier verset, et ainsi de suite, comme on fait encore au 21 février pour le Nunc dimittis, au moment de la distribution des cierges. Cet offertoire se poursuivait jusqu'au moment où le célébrant se retournait pour dire Orate , fratres. Au x'* siècle , les offrandes devinrent moins nombreuses, et l'on supprima une partie de l'offertoire. Durand dit que, au xni'' siècle, on ne chantait plus les versets qu'à l'offertoire des messes des Morts. Enfin, l'on a fini par ne conserver que l'antienne, qu'on devrait chanter assez lentement, pour qu'elle ne se terminât à peu près qu'au moment de la préface. En quelques églises, au lieu des psaumes dont nous avons parlé, on chantait une prose, par exemple lOfilii, le jour de Pâques, ou toute autre prose particulière.
Autrefois, on donnait le nom d'Offertoire k un lingede
soie ou de fin lin sur lequel ou recevait les offrandes
des fidèles. Plus tard, on donna le même nom à un
grand plat de cuivre destiné au môme usage; nous avons
encore rencontré de ces plats dans plusieurs églises de
nos campagnes. Enfin, c'est ainsi qu'on désignait une
écharpe de soie que le diacre portait au cou, et dont il
enveloppait une partie du calice pour le soutenir pendant
que le prêtre faisait Toblation ; dans certains diocèses,
comme à Rouen, cette écharpe sert au sous-diacre pour
conserver la patène jusqu'à l'instant où il la donne au
diacre, en môme temps que le voile lui-môme, au moment
du Pater. C'est alors que le diacre élève la patène avec
le voile, comme pour convier les fidèles à la communion.
OFFICE. L'office des premiers chrétiens ne se composait
que du Pater, du Credo et de quelques autres courtes
prières; mais, à la demande du pape Damase, saint
Jérôme y ajouta la distribution des psaumes, des évangiles
et des épitres. Les papes Gélase et Grégoire y joignirent
les oraisons, les répons et les versets ; saint Ambroise y
ajouta le graduel, les traits et V Alléluia, etc. Comme
nous traitons à part chaque partie de l'office, nos lecteurs
je reporteront aux mots Brévuike, Heures canoniales.
Messe, Matines, Laudes, etc.
OFFICE DE LA SAINTE VIERGE. Le cardinal Bona iltribue l'institution de cet office au pape Grégoire II, jui fut élu en 715. Ce qui est certain , c'est que le pape Jrbain II ordonna aux clercs, du consentement des Pères lu concile de Clermont, tenu en 1095, de réciter le petit office de la sainte Vierge, qui était en usage parmi les rmites institués par le bienheureux Pierre Damien. C'est
le même pape qui dëcida que le samedi serait mis spécialement sous le patronage de Marie, et qu'on ferait cet office ce jour-là en son honneur, et pour demander à Dieu des faveurs par son entremise. L*archevôque Eloi, nommé au siège de Rouen en 1 31 1 , ordonna de faire l'office solennel de Beatâ, avec neuf leçons, tous les samedis non empêchés par un autre office, sabbath vacuis, depuis l'octave de l'Epiphanie jusqu'à la Septuagésime, et depuis l'octave de la Pentecôte jusqu'à l'Avent.
OFFICE DES MORTS. Bien qu'on ait toujours prié pour les défunts, plusieurs opinions ont été émises touchant l'origine d'un office spécial ; les uns l'ont attribué à Amalaire, qui vivait au ix* siècle ; les autres le font remonter jusqu'à Origène.
OFFICIANT. Ce terme a plus d'étendue que celui de célébrant {voy. ce mot), et s'applique non-seulement au prêtre qui remplit la principale fonction de l'autel, mais encore au diacre , au sous-diacre et aux autres clercs qui le servent.
OFFRANDE. Saint Justin et saint Irénée parlent du pain et du vin que les premiers clirétiens offraient pour le Saint Sacrifice. Ces offrandes furent présentées avec le plus grand zèle jusqu'au yi° siècle ; mais la ferveur finit par se refroidir, et, en 525 , le concile de Maçon ordonna, sous peine d'analhème, à tous les fidèles d'oflfrir le pain et le vin chaque dimanche. Voici comment celte offrande se faisait en France au ix" siècle : Pendant le chant de l'offertoire , les hommes d'abord et ensuite les femmes présentaient le pain et des vases remplis de vin, enveloppés dans un linge blanc ; le clergé venait à son
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lour, mais il n'offrait que des pains parmi lesquels on choisissait ceux qui devaient être consacrés. C'est de là que vient, selon plusieurs, le nom de secrète, Sécréta, mis àpart, donné à Toraison récitée sur les dons choisis. Le choix du vin se faisait parmi celui qui avait été offert par les laïques (voy. Calice et Couloir). En plusieurs diocèses, on retrouve les traces de l'offrande primitive aux messes des morts ; deux enfants de chœur se présentent au moment de Toblation, l'un portant une bouteille de vin , et l'autre un pain fournis par la famille du défunt. Peu à peu l'Eglise devint plus riche, à raison des dotations faites en sa faveur, et les offrandes finirent par disparaître ; il n'en reste que l'aumône remise au prêtre par les fidèles qui demandent la célébration du Saint Sacrifice à leur intention.
Outre l'offrande que nous appellerons sacramentelle, le peuple offrait aussi, avant l'évangile, de l'argent, des étoffes, de la cire, des denrées et d'autres objets, pour Tentretien de l'autel et de ses ministres. Les révolutions et le pillage des biens des églises ayant rendu les offrandes insuffisantes pour les besoins du clergé , on institua les droits du casuel . C'est de cette seconde espèce d'offrande que semble venir l'usage de déposer une pièce de monnaie dans un bassin, aux mariages, aux inhumations et autres cérémonies , quand le célébrant présente la patène à baiser aux assistants. Les offrandes en nature ont encore lieu en certaines églises de nos campagnes ; mais, au lieu de les déposer entre les mains d'un clerc, on les remet sur l'autel du saint en l'honneur duquel elles sont faites (voy, Oblation] . On offre aussi quelquefois
certaines prémices ; nous connaissons des paroisses où il est d'usage de déposer sur l'autel le premier beurre des vaches.
ONCTION. La cérémonie des onctions remonte au berceau du christianisme, en ce qui concerne celles des sacrements du baptême, delà confirmation, deTextrêmeonction et de Tordre. On fait aussi des onctions à la dédicace des églises , à la consécration des autels et des calices, à la bénédiction des cloches et de Teau baptismale (voy. ces mots). Enfin, depuis Pépin, les rois de France reçoivent diverses onctions à leur sacre ; c'est une cérémonie empruntée à l'ancien Testament. On faisait aussi autrefois des onctions sur la poitrine des moines après leur mort (t?oy. ChrÉiMe).
ONDOIEMENT. Lorsqu'il y a danger de mort, toute personne peut administrer le baptême, en versant de l'eau et prononçant les paroles : 3e te baptise au nom du Père, et du Fils et du Saint-Espnt ; autrement, l'ondoiement doit être fait par le prêtre, avec la permission de l'évêque. Il semble que la personne ondoyée, ayant reçu réellement le baptême, on devrait omettre les exorcismes au moment de suppléer les cérémonies baptismales; néanmoins , il n'y a pas uniformité à cet égard, et Ton doit se conformer aux prescriptions diocésaines. Une déclaration royale du 9 avril 1736 enjoint aux prêltes qui auront ondoyé un enfant d'en inscrire l'acte sur les registres et de relater la date de l'ondoiement dans l'acte du baptême.
ORAISON. L'oraison liturgique comprend surtout la collecte, la secrète et la post-communion; on donne
aussi le nom d'oraison à la collecte qui se récile aux heures canoniales, el aux autres prières du même genre qui figurent à prime, aux complies et aux saints. Le concile de Milève, tenu au v^ siècle, et les capitulaires de Charlemagne ordonnent de rejeter les oraisons qui ne seraient pas approuvées par l'autorité ecclésiastique. Durand dit que, dans la primitive Eglise, il n'y avait point d'autre oraison que le Pater. C'est à la vérité la principale oraison et la plus usitée encore de nos jours. ORAISON DOMINICALE. Saint Jérôme dit que les apôtres avaient coutume de réciter l'oraison dominicale à la messe; il est au moins certain que cet usage se rapproche beaucoup de l'origine du christianisme. Dans l'ancienne liturgie des Gaules, le peuple chantait le Pa/^r en même temps que le célébrant, comme cela se pratique toujours dans l'Eglise d'Orient ; on trouve encore des traces de cette coutume dans quelques paroisses rurales. L'Eglise de Lyon offre un rit particulier, en ce que le célébrant, pendant la première partie du Pater, tient rhostie sur le calice; puis, aux mots In cœlo, il l'élève; et, en disant In terra, il la pose sur le corporal. Il est aisé de comprendre le symbolisme de ce rit. Dans le diocèse de Rouen, l'élévation de. l'hostie a lieu aussi au milieu du Pater, le jour du Vendredi-Saint, aux mots : Panera nostrum quotidianum da nobis hodiè. Un sermon de saint Augustin indique qu'on se frappait autrefois la poitrine à ces mots : Dimitte nobis débita nostra. Saint Jérôme et saint Cyprien donnent à entendre que le préambule du Pater remonte à une haute an.tiquité. ORAISON FUNÈBRE. L'origine des oraisons funèbres.
est fort ancienne; Eusèbe fit celle de Constantin-le-Grand; celle de saint Basile a été prononcée par saint Grégoire de Nazianze, ainsi que celles de saint Césaire, son propre frère, et de sainte Gorgonie, sa sœur. Ce genre de discours, qui brillait encore avec tant d'éclat au siècle dernier, n'est plus guère en usage que pour les grands princes et les pontifes. L'oraison funèbre doit avoir lieu après la messe, finitâ missâ, et non après l'évangile, comme un sermon ordinaire.
ORATE, FRA TRES. Le secours des prières des fidèles que le prêtre demande avant de commencer le canon est d'une haute antiquité ; seulement il y a eu variation dans la forme. Primitivement, le prêtre ne disait que ce mot : Qràte, priez, et chacun priait en silence, selon sa piété; mais il n'était fait aucune réponse, comme cela a encore Meu le jour du Vendredi-Saint. Il en fut ainsi, en certains diocèses, jusqu'au xxif siècle ; cependant, dès le x® siècle, la demande du célébrant devint plus longue en plusieurs églises, et l'on y répondait par quelques versets du psaume Exaudiat. Il semble que, pour composer VOratey fratres, tel qu'il existe aujourd'hui, on ait mis dans la bouehe du prêtre l'explication de l'invitation Orate, donnée par Rémi d'Auxerre, au rx® siècle : Id est, dit-il, nt meum et vestrum pariter Sacrificium acceptnm sit Domino. Guidés sans doute par un reste de l'ancienne habitude, quelques prêtres disent tout haut : Orate, fratres, et achèvent tout bas le reste de l'invitation ; il nous semble que celte invitation doit être faite toute entière à voix intelligible, afin que le servant ne réponde pas avant que la demande soit terminée. Il est vrai que
plusieurs Missels prescrivent de dire la fin de VOrate, mbmis$â voce; mais nous pensons qu'il faudrait traduire : en baissant la voix, et non : tout bas. En effet, pourquoi parler aux assistants sans chercher à être entendu , et même en leur tournant le dos ?
ORDRE. Les conciles, les papes et les Pères nous monirent que , pendant les quatre premiers siècles , on conférait ce sacrement par l'imposition des mains jointe à une invocation orale. La porrection ou contact des vases sacrés ne vint que plus tard ; d'ailleurs, il n'était pas possible d'employer la porrection du livre des évangiles au temps des apôtres , puisque ce livre n'était pas écrit. Cette porrection ne paraît guère avoir été introduite avant le ix® siècle, et le cérémonial actuel est surtout l*œuvre du pape Clément VIII, qui fixa les rites de l'ordination en 1596. L'onction en usage pour le sacerdoce et l'épiscopat paraît plus ancienne que la porrection. L'homme seul a toujours été considéré comme capable ie recevoir l'ordre ; si l'on rencontre quelquefois le nom ie presbyterœ donné à des femmes [voy. Diaconesses), c'était pour désigner des dames vénérables par leur âge et leur sainteté, mais elles n'étaient revêtues d'aucun caractère sacerdotal. L'ordre doit être conféré par un évoque, dans un lieu sacré où le public est admis ; les actes des apôtres nous attestent que c'est là un usage jui remonte au berceau du christianisme (1). Il semble
(1) Qaoique Tévêque soil le ministre ordinaire de Tordre, ij est ■econnu que de simples prêtres ont reçu ie pouvoir de conférer le» ^dres mineurs et le sous-diaconat ; de simples clercs peuvent être assi autorisés à donner la tonsure, qui n'est, à la vérité, qu'une réparation aux ordres.
que , pendant les premiers siècles , on ait conféré le sacrement de Tordre au mois de décembre. A partir de la fin duV siècle, on le conféra aussi en mars et en septembre ; on y joignit le Samedi-Saint , et une lettre de saint Léon donne à entendre que cette dernière ordination avait lieu pendant la nuit; ce qui est tout naturel, puisque la messe de cette vigile se célébrait durant la nuit de Pâques, conttne nous l'indiquent encore ces mois de la collecte : Deus, qui hanc sacratissimam noctem. Au viTi'' siècle, le temps des ordinations avait sans doute été étendu, car le concile de Rome, tenu en 644, défend de les faire en d'autres jours qu'au I", au 4®, au 7® et au 10® mois, c'est-à-dire aux Quatre-Temps (1). Aujourd'hui donc, les ordres majeurs ne peuvent être conférés en d'autres jours, sans une dispense du pape; quant aux ordres mineurs, ils peuvent être conférés en outre tous les jours de dimanche et de fête double ;^il y a même des diocèses où ils sont donnés , par anticipation , le mercredi et le vendredi des Quatre-Temps. Quand on donne tous les ordres le samedi suivant, avant les leçons marqués à la messe du jour, on tonsure les clercs; après les quatre premières leçons et oraisons, on confère les quatre ordres mineurs; les sous-diacres sont ordonnés avant l'épître; les diacres et les prêtres avant l'évangile (2). La messe est célébrée par l'évêque qui fait l'ordination; les autres prêtres ou évêques sont ses concélébrants,
(1) Les samedis de la veille de la Passion et de celle de Pâqoes sont également destinés à donner les ordres.
(2) Les évoques sont consacrés aussi avant l'évangile , mais cette cérémonie doit se faire un dimanche, ou un jour de fâle d'apôtre.
c'est-à-dire qu'ils prononcent tout haut et en même temps que lui les paroles de Toffertoire, du canon, et le reste.
Le concile de Trente a recommandé d'observer entre chaque ordre mineur un certain délai , qu'on nomme Interstice, à moins que Tévôque ne juge à propos de les conférer en un même jour ; la pratique d'un grand nombre d'évêques est d'user de cette faculté , mais ils font observer les interstices pour les ordres majeurs. Les ordinations per saltum furent aussi défendues vers le milieu du xf siècle par le pape Alexandre II; on appelle ainsi le passage à un ordre supérieur, sans avoir reçu ou exercé les ordres inférieurs. Autrefois, personne n'était ordonné sans être immédiatement pourvu d'un titre pour lequel on recevait l'institution canonique en même temps que l'ordination ; mais on commença à se relâcher de cet usage au xii^ siècle, et, quoique le concile de Trente ait cherché à le rétablir, les évêques ordonnent des prêtres sur un simple titre patrimonial ou même sans ce titre ; néanmoins, il y a toujours dans le pontifical ces paroles : N ad titulum ecclesiœ N.
L'âge requis pour l'ordination a varié dans l'Eglise. Quoique , d'après saint Paul , Timothée ait été promu assez jeune à l'épiscopat, l'on ne conféra guère cet ordre, dans les premiers siècles, avant quarante -cinq ans ; bientôt l'on n'exigea plus que trente ans. Depuis le concordat de Léon X et François P', il suffit que le candidat ait atteint sa vingt -septième année. Pour la prêtrise, l'on exigea d'abord trente-cinq ans ; au vi® siècle, trente ans; et, en 131 1, le concile de Vienne fixa l'âge à
vingt-cinq ans. Pour le diaconat, à la fin du iv*" siècle, on demandait trente ans, ce qui fut confirmé par plusieurs conciles du vi® siècle ; au ix® siècle, Ton ne demanda plus que vingt-cinq ans ; et, au xvi® siècle, par égard pour la déviation de l'ancienne discipline, on assigna l'âge de vingt-trois ans. Pour le sous-diaconat, on le conféra d'abord à des enfants qui n'avaient pas dix ans (il était alors classé parmi les ordres mineurs); en 1089, le concile de Melfi défendit de le conférer avant l'âge de quatorze ans; en 1311, le concile de Vienne demanda dix-huit ans ; le concile de Trente fixa pour cet ordre vingt-deux ans. Il n'y eut jamais d'âge bien déterminé pour les ordres mineurs ; dans les premiers siècles, on ordonna lecteurs des enfants qui avaient à-peine atteint l'âge de raison ; le concile de Trente laissa aux évoques le soin de fixer l'âge convenable.
Lacroix cite un bizarre cérémonial en usage chez les Arméniens schismatiques, pour montrer que la femme ne doit en rien se mêler de ce qui regarde le cafaclère sacerdotal de son époux ; pendant le repas que le nouveau prêtre donne à ses collègues, elle est assise sur un escabeau, les yeux bandés, les oreilles bouchées et la bouche fermée.
Pour ce qui regarde chaque ordre en particulier, Yoyez EvÊQUE, Prêtre, Diacre, Sous-Diacre, Acolyte, Exorciste, Lecteur, Portier et Tonsure.
ORDRES MINEURS. On désigne ainsi les degrés d'acolyte, d'exorciste, de lecteur et de portier [voy. cei mots) , qu'on trouve établis dès les quatre premiers siècles de l'Eglise. Au xiii'' siècle , le sous-diaconat fut
mis au rang des ordres majeurs ; on le comptait auparavant au rang des ordres mineurs {voy. Ordre).
ORGUE. Nous n'avons pas à nous occuper ici de Torigine de l'orgue , mais seulement de l'époque de sa participation à nos offices religieux. L'admission de l'orgue dans les églises fut décrétée, en 660, par le pape Vitalien. On considère comme le premier envoyé en France l'orgue qui fut adressé au roi Pépin par l'empereur Constantin Copronyme , et placé dans l'église de saint Corneille à Compiégne. Cette innovation fut bientôt adoptée par toutes les grandes églises, excepté par la cathédrale de Lyon, en vertu de son ancienne maxime : Ecclesia Lugdunensis novitates non recipit. Il n'y a que quelques années que le cardinal de Bonald a rompu avec la vieille habitude , en faisant établir un orgue dans celte église. Il existe une grande différence, selon les diocèses, pour les fêtes et les parties de l'office où l'orgue doit être louché. Les conciles d'Augsbourg et de Trêves, tenus en 1539, défendent de toucher l'orgue à l'élévation et avant VÀgnus Dei. En 1558, celui de Paris^ comme le fît celui de Trente en 1562, condamne la coutume d'exécuter sur l'orgue des airs trop efféminés. En 1564, celui de Reims défendit de toucher l'orgue pendant le Gloria in excelsis, le Credo et VÀgnus.
ORNEMENTS. Nous parlons de chacun des ornemenls sacerdotaux au lieu qui lui convient. Nous dirons seulement ici qu'au xiv° siècle, on brodait sur ces ornements des lions, des arbres, des oiseaux, etc.
OSTENSOIR. Le nom de ce vase sacré vient du latin ostendere, montrer ; on l'appelle aussi Soleil, à cause des
rayons dont il est entouré. Ou ne fit usage de Fostensoir qu'après Tinstitution de la Fête-Dieu [voy. ce mot) ; mais alors il était loin d'avoir la forme actuelle; c'était une espèce de boîte, appelée montre ou monstrance, garnie d'un verre sur le devant, environnée de rayons et surmontée d'une croix ; le pied était bas et terminé par un ovale ou un octogone. Le concile de Cologne, tenu en 1452, nous apprend qu'à cette époque il n'était permis d'exposer le Saint-Sacrement qu'à la Fête-Dieu et son octave , puis , hors ce temps , une seule fois pendant l'année, quand il y avait un motif pressant. Aujourd'hui il y a ordinairement, parmi nous, exposition de la sainte eucharistie à la Fête-Dieu et pendant l'octave, à l'office du patron et du sacré Cœur de Jésus , et aux saints des fêtes solennelles.
PAIN BÉNIT (wy.EuLOGiE).
PALLE. Autrefois on donnait indistinctement ce nom, Pallœ, aux nappes d'autel et aux corporaux ; car le mot latin veut dire : ce qui couvre. Il n'existait même pas de palle comme on l'entend de nos jours , et le calice était recouvert par le corporal, alors beaucoup plus large qu'il ne l'est aujourd'hui. Innocent III nous apprend qu'au commencement du xiii® siècle, on faisait usage d'un second corporal, uniquement destiné à couvrir le calice. Nous voyons, dans Claude Arnaud, qu'à la fin du xvîT® siècle, ce voilet existait toujours et devait estre de
mesme matière que les corporaux. Au commencement du XVIII' siècle, on commença à garnir les pâlies d'un carton; mais, en 1701 , la congrégation des rites défendit d'orner de soie la partie supérieure. Toutefois, en France, Fusage a prévalu de couvrir .celte partie de la palle d'étoffe semblable à la chasuble employée à l'office du jour ; on se sert même fréquemment de pâlies ornées de broderies, de perles, elc.
PÀLLIUM. C'était anciennement un ornement pontifical qui avait à peu près la forme d'une chape ; mais, au XI' siècle surtout, on lui fit subir de grandes modifications, et il devint tel que nous le voyons aujourd'hui. Ce n'est plus qu'une bande de laine blanche large de trois doigts , qui entoure le dessus des épaules, et de laquelle pendent, sur la poitrine et sur le dos, deux bandes de même largeur, longues d'une palme et garnies aux extrémités de petites lames de plomb arrondies et recouvertes de soie noire, avec quatre croix de même couleur; il n'y a pas encore longtemps que ces croix étaient de couleur pourpre. Voici l'origine de la laine employée à Rome à la confection du pallium : Chaque année , le 21 janvier, jour de la fête de sainte Agnès , on présente deux agneaux blancs à l'ofl*rande ; après leur bénédiction, ils sont remis dans une communauté religieuse, jusqu'au moment d'enlever leur toison. Les pallium tissus de cette laine sont déposés sur les tombeaux de saint Pierre et^ saint Paul, où l'on passe la nuit en prières, et le pape les envoie ensuite aux prélats qui doivent en être décorés.
C'est le pallium qui désigne la plénitude de la dignité pontificale chez les métropolitains, et le prélat qui le doit
porter ne peut exercer ses fonctions avant de Tavoir obtenu; il ne peut le prêter à personne; quand il change de diocèse, il doit en obtenir un nouveau, et, à sa morJ, on Ten terre ordinairement avec lui. Autrefois, les prélals décorés du pallium devaient l'aller chercher à Rome, mais aujourd'hui le pape le leur envoie.
Il n'est pas facile de fixer l'origine du palHîm. Quelques auteurs croient que Constantin -le -Grand l'accorda au pape saint Sylvestre ; d'autres font observer qu'il n'en est point question avant 336 ; ce qui est certain, c'est qu'il existait au commencement du v* siècle, époque à laquelle Isidore de Péluse fait remarquer qu'il était de laine, comme de nos jours. Vigile, archevêque d'Arles, fut le premier qui reçut çn France le pallium , à la demande qu'en fit pour lui, au pape saint Grégoire, le roi Childebert II ; en cette circonstance , le prélat fut institué vice-gérant du Saint-Siège sur toute la Gaule. Au viir siècle, le pape Zacharie l'accorda à tous les archevêques ; jusque-là, il n'avait été donné qu'au mérite, et pour services rendus à la religion.
PAPE. D'après les écrits de saint Cyprien, de saint Jérôme, de saint Augustin, de saint Grégoire, et surtout de saint Sidoine Apollinaire, le P. Le Cointe a remarqué qu'on donnait autrefois le nom de pape. Père, à tous le» évêques. Ce ne fut qu'au xi® siècle que Grégoire VII ordonna, dans un synode tenu à Rome, que le titre de pape n'appartiendrait qu'à l'évêque de cette ville.
Selon le Dictionnaire de Trévoux , le mot pape vient du latin Papa, syncope de "Pxter Vktrum. L'on a aussi donné au pape beaucoup de noms que nous ne pouvons
indiquer ici, par exemple : Souverain Pontife, Éoéquc des Éviêques, Vicaire de Jésus-Christ, etc.
Nous avons indiqué ce qui a lieu à Télection du pape (voy. Conclave). Il nous resterait à parler ici des cérémonies de son inti'onisation; mais ces détails nous entraineraient trop loin. Nous dirons seulement un mot sur une ancienne cérémonie qui rappelle la fable dégoûtante de la papesse Jeanne, exploitée par quelques protestants contre la sainteté de l'Église catholique. Durant la cérémonie de l'intronisation , il était d'usage, au XII' siècle, de conduire le pape au portique de l'église de Latran; et là, pendant qu'il était assis sur un siège de marbre, on chantait l'antienne : Suscitans de terra inopem, et de stercore erigit pauperem. En même temps, on soulevait le pontife, lequel quittait la chaise stercoraire, ainsi nommée du mot stercore de l'antienne. Comme on le voit, il y a là un acte de symbolisme qui offre un sublime enseignement, et il serait bien temps que le$ hérétiques renonçassent à le travestir comme ils l'ont fait jusqu'à présent. La fable de la papesse ne nous parait avoir d'autre origine que la faiblesse du pape Jean VIII envers* Photius ; c'est de là qu'on le nomma la papesse Jeanne, pour dire qu'en cette circonstance il s'était montré faible comme une femme. En tout cas, la chaise stercoraire a été abolie au commencement du XVI® siècle par Léon X, et D. Mabillon, qui l'a vue, assure qu'elle n'est pas percée comme des écrivains de mauvaise foi l'ont affirmé. Toutefois, on ne saurait nier que cette ignoble calomnie ne remonte loin , puisque plusieurs >apes se détournaient pour aller de Saint-Jean-de-Latran
ail Valicaii, afin de no point passer au lieu de Vaccouchem^.nt prétendu de la papesse Jeanne. Urbain V ne se détourna point; ce qui montre, dit Fleury, qu'à celle époque (1362) on commençait à se désabuser de celle fable.
Jusqu'au viii^ siècle, le pape était évéque de Rome, mais non souverain des Etats-Romains. Il fut toujours choisi en-dehors du corps de Tépiscopat jusqu'à la iin .du ix*" siècle; Formose est le premier qui, en 891, passa du siège de Porto, dont il était évéque, au suprême pontificat. Pour protester contre cette innovation, Etienne VU, son successeur, le Ot déterrer, et, après qu'on eut placé sur un trône le cadavre révolu des ornements pontificaui, il lui adressa de vifs reproches sur sa conduite; il le fil ensuite jeter dans le Tibre, d'où il fut retiré en 898 par Théodore 11^ pour être reporté au Vatican. Dans la suite, la règle est devenue l'exception, et, en ces derniers temps, riémenl VIII, Clément IX, Clément XIV, Pie VI et (Irégoire XVI sont les soûls papes qui n'aient pas élc décorés do Tépiscopat avant leur élection. Depuis le pontificat (le saint firégoiro-lo-Grand (590) le pape prend, (m lélo do ses bulles, le litre de Serviteur des Serviteuu de Dieu.
En montant sur la chaire de saint Pierre, les papes adoptent un nouveau nom ; les uns font remonter cet usage a Serge II, qui fut élu en 844, et se nommait auparavant Grouin do Porc, Os pçrci; selon les autres, lo premier qui changea de nom fut Octavien, fils d'Albéric, palrico do Rome, qui prit lo nom de Jean XII, en 936.
« 11 est à remarquer, lisons-nous dans une note de
M. l'abbé Malais, que, depuis Adrien VI, originaire d'Utrecht, qui siégea en 1522, tous les papes ont élé choisis parmi des Italiens. La France et l'Espagne, qui sont deux grandes puissances catholiques, n'ont pas eu de papes de leur nation, la première depuis Grégoire XI ; la seconde depuis Alexandre VI. La nomination du pape dépendant de celles des cardinaux , ceux-ci , selon le vœu de saint Bernard [de considéra tione lib. iv, cap. 4.), devraient être choisis, sans préférence, parmi toutes les nations chrétiennes. Le saint concile de Trente a émis le même vœu que le saint abbé de Clairvaux [se$$. xxiv.
de Réf. cap. 1). « In creatione cardinalium
quos sanctissimus romànus ponlifex ex omnibus chris* tianitatis nationibus, quantum commode fieri poterit,
prout idoneos repererit, assumet » En 1807, le
gouvernement français ne put déterminer le pape Pie VII à une promotion de cardinaux proportionnée à l'importance de l'État. »
. Nous croyons être agréable à nos lecteurs en faisant ici une petite excursion dans le domaine de la chronologie , pour leur mettre sous les yeux le catalogue des papes. Nous leur ferons observer qu'il se trouve quelques différences chronologiques pendant les dix premiers siècles, c'est-à-dire depuis saint Pierre jusqu'à Grégoire VI; c'est pourquoi nous avons indiqué plusieurs dates :
St Pierre, 34, 44-, 54. StEvariste, 96, 100, 112.
StLin, 65, 66, 69. St Alexandre, 108, 109, 121.
Sk ABaclet, 77, 78, 80. St Sixte I, 117, 119, 132.
St Clément I, 91, 93. St Télesphore, 127,142.
Benoil IX,
Clément IV,
im.
Grégoire VI,
lOU, 1046.
Grégoire X,
Clément II,
Innocent V,
Damase II,
Adrien V,
St Léon IX,
Jean XX,
Victor II,
Nicolas III,
Etienne IX,
Martin IV,
Nicolas II,
Honoré IV.
Alexandre II,
lOGl.
Nicolas IV,
St Grégoire VII,
St Célestin V,
Victor III,
Boniface VIII,
Urbain II,
St Benoit X.
Pascal II,
Clément V,
Gélase II,
Jean XXI,
Calixtc II,
Benoit XI,
Honoré II,
Clément VI,
Innocent II,
Innocent VI,
Célestin, 11,
Urbain V,
Luce II,
Grégoire XI,
Eugène III,
Urbain VI,
Anastasc IV,
Boniface IX,
Adrien IV,
Benoît XII,
Alexandre III,
Innocent VII,
Luce III,
Grégoire XII,
Urbain 111,
Alexandre V,
Grégoire VIII,
JeanXXn,
Clément III,
Martin V,
Célestin III,
Eugène IV,
Innocent III,
Félix V,
Honoré III,
Nicolas V,
Grégoire IX,.
Calixte III,
Célestin IV,
Pic H,
Innocent IV,
Paul II,
Alexandre IV,
Sixte IV,
Urbain IV, '
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Alcxan Irc VI,
Urbain Vill,
Pie IH,
Innocent X,
Jules H,
Alexiinilre VII,
Léon X,
Clément IX,
Adrien VI,
Clément X,
Clément Vil,
Innocent XI,
. Paulin,
Alexandre VIII,
Jules III,
Innocent XII,
Marcel II,
Clément XI,
Paul IV,
Innocent XIII,
Pie IV,
Benoît XIII,
;i Pie V,
Clément XII,
Grégoire XIII,
Benoît XIV.
Sixte V,
Clément XIIL
Urbain VII,
Clément XIV,
Grégoire XIV,
Pie VI,
Innocent IX,
Pie VII,
Clément VIII,
Léon XII,
Léon XI,
Pic VIII,
Paul V,
Grégoire XVI,
Grégoire XV,
Pie IX,
Ceux de nos lecteurs qui ont étudié la chronologie des 3apes savent combien cette étude est épineuse à certaines époques, soit à cause de la résidence, soit à cause dos inti -papes [voy. ce mot], soit encore à cause de la diîfi- 3ulté de reconnaître le vrai pontife ; nous avons fait de noire mieux pour arriver à la vérité.
PAQUES. A Veiemple de l'Académie , nous écrivons ainsi Pâques avec un $ , pour distinguer cette fête de la Pdque des Juifs. On attribue l'origine de cette fête aux ipôtres; mais il n'y eut pas toujours accord entre les églises d'Orient et celles d'Occident pour le jour de sa célébration . Il y eut de grands démêlés dès le milieu du
11° siècle ; le pape saint Victor r*" voulut séparer de ruiiilc de rÉglise ceux qui ne suivraient pas l'usage de Rome ; mais saint Irénée, un des plus grands pontifes du siège de Lyon, Texhorta à user de son autorité avec modération. L'unité de la célébration de Pâques au même jour par toute la terre ne fut décidée que par les conciles d'Arles et de Nicée, au iv* siècle. Cependant, un grand nombre de difficultés que nous ne pouvons énumérer se présentèrent dans la suite, à cause de la différence qui se trouvait entre l'année civile et l'année astronomique ; les difficultés ne furent absolument levées qu'au xvi* siècle, grâce à la vigueur et à l'activité de Grégoire XIII. Depuis celte époque, la fêle de Pâques se célèbre toujours le dimanche après le quatorze de la lune qui est ou qui suit le 21 mars; d'où il résulte que cette fête ne peut arriver avant le 22 mars, ni après le 25 avril. Si le quatorzième jour de la lune se rencontrait un dimanche, Pâques ne serait célébré que le dimanche suivant.
A partir du iv*" siècle jusqu'au xïii% la fête de Pâques était chômée durant huit jours, pendant lesquels on administrait le baptême [voy. ce mot) aux néophytes. Tout travail cessait, et l'on célébrait deux messes chaque jour : la première pour les nouveaux baptisés , et la deuxième pour les autres fidèles. Vers le milieu du x[^ siècle, on permit le travail aux trois derniers jours de la semaine; au commencement du xii®, on le permit le mercredi (1), et, jusqu'à la fin du xvïii% le lundi elle mardi furent fériés dans la plupart des églises.
(I) Ce jour était encore fcric en 1522 dans le diocèse de Rouen; il ne 1 était plus en 1C50.
Autrefois , les fidèles communiaient tous les jours de la semaine pascale; Théodulphe d'Orléans prescrivait encore cette pieuse pratique à ses diocésains au ix* siècle. Beleth et Durand nous apprennent aussi qu'on ne mangeait rien, au jour de Pâques, qui n'eût été bénit.
Dans les églises où il existe des fonts baptismaux, on y va en procession le jour de Pâques et pendant la semaine, en chantant le psaume Laudate pueri, et hi exitu Israël au retour. C'est un souvenir de ce qui se faisait autrefois, quand les nouveaux baptisés de la veille de Pâques, revêtus de robes blanches, allaient remercier Dieu aux fonts sacrés et renouveler leurs promesses. Le psaume du retour rappelle le rapport mystérieux qui se trouve entre le nouveau baptisé , délivré de l'esclavage du péché, et le peuple d'Israël, délivré de la captivité d'Egypte. On a voulu voir, dans le cierge pascal (voy. ce mot) que Ton porte i cette procession, le symbole de la colonne de feu qui conduisait les Hébreux dans le désert.
On donnait autrefois le nom de Pâques à toutes les fêtes solennelles : Partie de l'Ascension, Pâque de la Pentecôte, etc. Mais la fête de la Résurrection de N.-S. l'emportait, et se nommait la grande Pâque.
PAROISSE. Dans le principe , on appela paroisse l'église renfermant un seul troupeau. Dans la suite, on désigna ainsi un diocèse composé de plusieurs églises. les paroisses des campagnes n'ont guère commencé à s'organiser qu'au iv® siècle. Au siècle dernier, il y avait ^,400 paroisses dans le diocèse de Rouen; aujourd'hui, il n'y en a que 571!, tant cures inamovibles que suceur^ 5ales \voy. Cure et Curk) ; ou plutôt, au point de vue de
la logislalion civile , 62 , allendu qu'il a été reconnu généralement une seule paroisse ou cure par canton, les autres n'étant considérées que comme succursales.
PARRAIN et MARRAINE. Afin d'éviter la mauvaise foi ou la perfidie, on n'admettait au baptême, dans les premiers temps de l'Église, que les hommes présentés par un parrain, et les femmes assistées d'une marraine, à moins que les parents no se présentassent eux-mêmes pour garants de leurs enfants ; ce qui fut défendu, en* 813, par le concile de Mayence, au titre de parrains et marraines. A partir de là, les garçons furent présentés par un parrain , et les filles par une marraine. Plus tard, l'usage a prévalu de donner à chaque enfant un parrain et une marraine. En quelques diocèses, il y eut même deux parrains pour les garçons, et deux marraines pour les filles; ce qui fut sanctionné par le concile d' Yorck, en 11 95, et est encore observé par les Anglicans : deux parrains et une marraine pour un garçon , et un parrain et une marraine pour une fille. L'assemblée de Carifiac ou Quiercy-sur-Oise nous montre qu'en 754 il y avait des parrains et marraines pour la confirmation, comme pour le baptême, qui contractaient également la parenté spirituelle; ce qui les empêchait de s'unir par le mariage avec le confirmé. Aujourd'hui les parrains et marraines ne contractent cette alliance spirituelle qu'avec le baptisé et ses père et mère.
Au XIII® siècle, un usage abusif ayant astreint les parrains et marraines à des dépenses considérables, personne ne voulait plus accepter cette charge ; mais le l?*" canon du concile de TIslo, tenu en 1288, statua
— âoi —
qu ils seraient seulement tenus de fournir la robe blanche du baptisé [voy. Baptême).
On donne aussi le nom de parrain et marraine aux personnes qui imposent le nom des cloches, au moment de leur bénédiction.
PASSION. L'office du temps de la Passion est destiné à nous rappeler les souffrances de J.-C. , aussi les ornements sont-ils violets ; en certains diocèses, ils sont môme noirs, ou noirs avec croix et orfrois rouges, comme à Paris.
On donne le nom de Passion à la partie de l'Evangile qui retrtfce les- derniers moments du Sauveur, et qu'on lit dans la semaine sainte, à la messe. En quelques églises, cette passion se chante en trois parties : l'un des officiants chante les paroles de J.-C; l'autre, les paroles du récit, et le troisième, les paroles des persécuteurs. Durand de Mende nous apprend que de son temps, au xifi* siècle, on lisait la passion, pieds nus, le Vendredi Saint.
Vers la fin du xiii'' siècle, il se forma une société de Confrères de la Passion qui représentaient différentes scènes de ce douloureux drame; mais cette confrérie dégénéra tellement, que le Parlement lui défendit en 1543 de représenter ces divins Mystères. Il faut voir, dans cette confrérie, l'origine des représentations de la passion, à l'aide de marionnettes, qu'on exécute encore de temps en temps dans nos campagnes [voy. Mystères).
On conserve plusieurs des reliques de la passion du Sauveur : à Rome , l'éponge et la lance ; à Paris , la couronne d'épines; etc. On conserve également en plusieurs églises du sang de J.-C. ; mais il est à présumer
que ce précieux sang aura découlé de quelques crucifix percés par les Juifs ou les impies, en dérision de la religion chrétienne.
PATÈNE. Ce mot semble venir de patere, vase ouvert. Jusqu'au vi® siècle, on plaça le pain eucharistique sur la patène pendant tout le sacrifice ; mais Ton se servait de patènes ministérielles pour la communion des fidèles. Ces patènes étaient fort grandes, et l'on en a vu peser jusqu'à trente livres ; elles étaient munies d'anses, pour les rendre plus faciles à porter par le ministre. Aujourd'hui , les patènes sont petites ; il en existe encore qui servent spécialement pour donner la communion, et qui sont munies d'une petite anse dans laquelle le prêtre place l'index de la main gauche dont il tient le ciboire, en distribuant la communion. La patène doit être consacrée comme le calice. Dès le ix^ siècle, l'extérieur ^tait orné de l'image du Sauveur; de nos jours, on y place une croix ou un autre sujet religieux qu'on présente à baiser' aux laïques, à l'offrande, tandis qu'on présente l'intérieur aux ecclésiastiques qui ont reçu les ordres majeurs, ou môme aux prêtres seuls, comme dans le diocèse de Rouen. Les conciles d'Aix et de Toulouse défendirent, en 1 585 et 1 590, de donner la patène à baiser aux laïques ; de là sans doute l'usage de leur présenter un crucifix dans les provinces méridionales. Au lieu de baiser simplement la patène, au milieu du Libéra nos, comme cela a lieu généralement , le Missel de Paris de 1546 dit que le prêtre touchait le pied du calice avec la patène, en disant Petro ; au mot Paulo, il touchait le milieu ; au mot Andréa, le dessus, et, aux mots cum
omnibus sànctisy il baisait la patène et s'en touchait les yeux, en poursuivant Toraison. M. l'abbë Pascal dit avoir vu pratiquer encore ce cérëmonial par des prêtres d'un grand âge, qui l'avaient appris dans le séminaire.
PATRIARCHE. On donne ce titre aux évoques qui ont occupé les grands sièges de Constantinople, d'Alexandrie, d'Antioche et de Jérusalem. Quelques auteurs font remonter cette dignité jusqu'au temps des apôtres, tandis que, selon les autres, elle ne remonte qu'au v* siècle. Le titre de patriarche fut donné, vers 444, à Chellïdonius, quatorziènàe archevêque de Besançon , par saint Léonle-Grand.
PATRONS. Les églises ont toujours été dédiées à Dieu; mais , à partir du moment où le christianisme eut ses confesseurs et ses martyrs, l'usage vint de bàlir sur leurs tombeaux et de donner à l'édifice sacré le nom du saint dont on y conservait les restes. Lorsque de nouveaux saints ont été canonisés, certaines églises ont été mises sous leur vocable ; ce qui explique pourquoi elles ont plusieurs patrons. D'autres fois, ces nouveaux patrons ont été introduits par des confréries. Il arrive aussi qu'on fête dans l'été des- patrorîs dont le nom figure au calendrier dans Thiver ; ceci vient de ce que les reliques de ces sainis ont été apportées dans les beaux et longs jours d'été; alors on célèbre la fête de cette translation (1).
(I) Aulrcfois, on célébrait assez souvent les deux fêtes du patron dans le diocèse de Rouen; mais en 1700 Tarchevêque Colbert suppritnti les secondes, qui furent généralement remises au dimanche suivant.
Quoique lés écrits des Pères de la primitive Église soient remplis de louanges en Thonneur de la sainte Vierge, il ne parait pas qu'on ait dédié de temple sous son nom avant le commencement du iv® siècle. Ses restes mortels ne se trouvant nulle part, on ne pouvait bâtir sous son vocable, comme il était alors d'usage de le faire pour les saints martyrs. C'est surtout depuis le xiii'' siècle qu'on a vu se multiplier les églises et les autels dédiés à Dieu sous l'invocation de la mère du Sauveur.
Pour les patrons personnels, nous renvoyons à l'orlicle Noms de Baptême.
PEIGNE. Dans certaines sacristies , on trouve un peigne. C'est là sans doute la dernière trace de l'ancien usage de peigner l'évoque au moment de monter à l'autel. Au xiii° siècle, cet usage, un peu primitif, était suivi par les prêtres également, qui récitaient une prière pendant celte action , comme ils doivent encore le faire en se revêtant de l'amict, de l'aube, etc.
PÉNITENCE. Nous compléterons dans cet article ce que nous avons dit aux mots Confesseur et Confessionnal. Voici, d'après Alcuin, quel était le rit de la, pénitence au temps de Charlemagne : Avant de se présenter au prêtre, le pénitent déposait son bâton ou ses armes ; le confesseur récitait une oraison, entendait la confession, faisait quelques interrogations et donnait des conseils. Alors le pénitent se mettait à genoux, et, les bras étendus, il faisait une prière pour demander son pardon ; aussitôt, il se prosternait contre terre, jusqu'à ce que le confesseur lui ordonnât de se relever, afin de prononcer son jugement et de lui enjoindre une pénitence. Ensuite, il se
proslernait de nouveau, en demandant les prières du prôtre, qui récitait sept oraisons; et, s'étant levés tous deux, ils chantaient cinq psaumes, suivis de plusieurs versets et oraisons. Le savant père Morin fait remarquer que le confesseur ne devait imposer que la moitié de la pénitence, quand elle consistait en jeûnes, si les pénitents étaient domestiques. Nous n'avons pas besoin de faire remarquer que le lieu et le temps ne permettaient pas toujours de suivre le rit que nous venons de décrire. Les psaumes furent supprimés vers le xiir siècle, et la confession devenant alors moins longue, les pénitents commencèrent à se tenir à genoux, pendant tout le temps qu'elle durait. C'est à cette époque que plusieurs conciles renouvelèrent diverses prescriptions relatives aux vaconvénients à éviter dans la confession.
D'après les principes adoptés de ne point divulguer Ips formules sacrées, les écrivains des premiers siècles ne nous font point connaître les paroles de l'absolution. On sait seulement qu'elle était déprécative et accompagnée de l'imposition des mains; ce qui se continua jusqu'au xiii^ siècle. A partir de cette époque, et surtout depuis le concile de Trente , la formule de l'absolution est
déprécative et indicative : Dominus noster r . ipse
te absolvat et ego • absolvo te. Il est k
renaarquer que le mot deindè qui se trouve dans cette formule est considéré dans certains Rituels comme rubrique, c'est-à-dire qu'on ne doit point le prononcer en donnant l'absolution.
PÉNITENCE PUBLIQUE. Nous avons déjà traité ce sujet aux mots Absoute, Cendres et Jeudi-Saint; nous
ajouterons ici une analyse des diverses classes de- pénitents, tels qu'ils existèrent à partir du milieu du iii* siècle. On en distinguait quatre classes : i'' les Pleurants, qui se tenaient à la porte de l'église et se prosternaient aux pieds des fidèles , pour implorer le secours de leurs prières ; 2^ les Écoutants, auxquels il était permiis de se tenir dans la partie du bas de l'église appelée Narthex, pour entendre la lecture des livres saints, après quoi on les renvoyait; 3** les Prosternés, qui étaient placés dan» l'intérieur de l'église, la face contre terre, tandis qu'on leur imposait lès mains ; 4*" les Consistants, qui pouvaient rester dans l'église pendant tout l'office, mais auxquels il était défendu de se présenter à l'offrande et à la communion. ^
Le premier exemple de pénitence publique se" trouve mentionné dans une épitre de saint Paul , lequel sépara l'incestueux de Corinthe de la communion des fidèles. A la fin du IV® siècle, saint Ambroise, évêque de Milan, défendit l'entrée de l'église, pendant huit mois, à l'empereur Théodose-le- Grand , qui avait fait massacrer les habitante de Thessalonique. Le temps que devait durer la pénitence publique variait selon les crimes ; mais elle durait ordinairement plusieurs années, et quelquefois toute la vie. Au reste, chaque évoque pouvait la modifier à son gré. De là sont venues surtout les indulgences.
PÉNITENCIER. C'est le nom qu'on donna primitivement aux prêtres choisis par les évéques pour présider aux pénitences ; quelques auteurs en attribuent l'institution au pape saint Corneille, tandis que d'autres ne la font remonter qu'à Benoit II. Au commencement du
XIII' siècle, le 4" concile de Latran ordonna qu'il y eût dans les églises cathédrales et conventuelles un prêtre pénitencier chargé d'entendre les confessions pour les cas réservés,, et le concile de Trente érigea cette charge en titre, joint à un bénéfice. Le grand-pénitencier est ordinairement pris parmi les chanoines.
PENTECOTE. Cette fête, comme son nom l'indique, se célèbre cinquante jours après Pâques. Autrefois, on administrait le baptême la veille, et l'on bénissait un cierge comme au Jeudi -Saint. D'après l'ancien usage, on ne jeûnait jamais dans le temps pascal; le jeûne de la Pentecôte est donc postérieur aux premiers siècles de l'Eglise , aussi trouve-t-on des diocèses où ce jeûne n'est pas connu, comme Amiens, Angers, Chartres, Nantes.
L'heure de Tierce se chante avec une solennité particulière le jour de la Pentecôte, parce qu'on croit que la descente du Saint-Esprit eut lieu en ce moment. C'est par suite de celte pieuse tradition qu'au xi^ siècle saint Hugues, abbé de Cluny, fit remplacer l'hymne ordinaire, par le Veni, Creator. A la cathédrale de Rouen, cette hymne est chantée, alternativement avec le chœur, par le célébrant, accompagné de six autres prêtres, tous revêtus d'une chasuble rouge. Debout devant l'autel, ils l'encensent à chaque strophe pendant qu'ils chantent, et, à la fin de. l'hymne , ils se retournent vers le chœur et chantent l'antienne Accipite Spiritum mnctum, en encensant le clergé, comme pour répandre les sept âions de l'Esprit Saint dont la venue vient d'être demandée par les $ept prêtres. A l'époque de la représentation des Mystères, il existait dans beaucoup d'églises de France
'Un usage destiné à rappeler d'une manière particulière, dans ces siècles de foi, la descente du Saint-Esprit. Au moment de la prose, on faisait tomber de la voûte, au moyen d'étoupes ou d'autres matières inflammables, des langues de feu qui expiraient au-dessus de la tête des fidèles ; en d'autres endroits , on laissait tomber des feuilles de roses rouges; ailleurs, on laissait échapper des colombes, qui prenaient leur vol. Cet usage*a cessé à Notre-Dame de Rouen vers 1670.
Anciennement, la semaine de la Pentecôte était chômée comme la semaine pascale. Les fôtes de cette octave étaient encore d'obligation en 813 ; mais elles furent réduites de moitié en 928. Quelque temps après, le mercredi fut supprimé, quand on le destina au premier jour de jeûne des Quatre-Temps (1). L'institution de l'octave de la Pentecôte fut reçue en France, au commencement du XI* siècle, après avoir donné lieu à de grandes controverses. Le jour de l'octave fut d'abord célébré le dimanche , mais , au xiv' siècle , on composa pour ce jour un office de la sainte Trinité.
A proprement parler, l'ère chrétienne commence à la Pentecôte, à partir du moment de la réalisation de la promesse que J.-C. avait faite à ses apôtres de leur envoyer le Saint-Esprit. Aussi, d'après le sentiment le plus probable, les apôtres ne commencèrent-ils à offrir le Saint Sacrifice de la messe qu'en ce saint jour.
(\) Toutefois, le mercredi fut férié, dans le diocèse de Rouen, jusqu'en 1522, et le mardi jusqu'en 1767. Le lundi fut supprimé ea 1802; cependant, on en fait encore l'office.
PERRUQUE. Dans sa première épître aux Corinthiens, saint Paul dit que c'est déshonorer sa tête que de la tenir couverte en priant et en annonçant publiquement» la parole de Dieu ; aussi les premiers chrétiens regardaient-ils comme indispensable de prier tête nue. Rien que depuis longtemps TEglise se soit relâchée de la prescription de saint Paul, en permettant l'usage d'amicts, de camails, de calottes, de mitres, de barettes, il est cependant resté au clergé Thabilude de se découvrir aux moments les plus solennels des saints offices. Toutefois, une coiffure de luxe, la perruque, devint tout-à-fait d'usage au xvii® siècle. Les ecclésiastiques voulurent aussi porter cette chevelure artificielle vers 1660; mais elle leur fut défendue en plusieurs diocèses. Cependant, quelques évêques finirent par donner des permissions spéciales, ordonnant toutefois d'ôter la perruque pour célébrer les saints Mystères. Enfin, cette coiffure n'étant plus portée que par nécessité, son usage est aujourd'hui permis à l'autel; seulement, en certains diocèses, on exige qu'elle soit percée d'un cercle au milieu, en forme de tonsure. Dans son Histoire des Perruques, publiée en 1690, J.-D. Thiers ne trouve rien de plus scandaleux que la tête d'un prêtre embellie d'une chevelure artificielle ; pour lui, c'est un monstre dans l'Eglise.
PIERRE (Fétes de saint). La plus solennelle de ces fêtes est celle qui se célèbre le 29 juin, en même temps que celle de saint Paul. L'union de ces deux fêtes vient de ce que les deux apôtres souffrirent le martyre, le même jour, sous l'empire de Néron. Quoique cette fête soit une des plus importantes, après celles de Notre-
Seigneur et dç la sainte Vierge, on lui assigne un degré ' moins solennel. Depuis. Tindult du 9 avril 1802, on la célèbre en France le dimanche qui suit le jour où elle tombe, à moins que le 29 ne se trouve le dimanche. Le jeune de la vigile est toujours obligatoire en certains diocèses, et il se transfère comme la fôte.
La liturgie romaine célèbre encore deux fêtes sous le nom de Chaire de saint Pierre, pour honorer son pontificat à Antioche et à Rome (1). Le concile de Tours menlionne la première des fêtes de la Chaire en 567; elle se célèbre le 22 février. La seconde, qu'on solennisait autrefois le 28 janvier, a été transférée au 18 du môme mois, en 1358, par Paul IV. Dans un grand nombre dé diocèses, les deux fêtes ont été réunies en une seule, qui se célèbre le 18 janvier; dans le diocèse de Rouen, cette fête a lieu le 6 juillet, et termine Voctave des saints apôtres Pierre et Paul.
Au v° siècle, Eudoxie, femme de l'empereur Valen- ' linien III, fit bâtir à Rome une église dans laquelle elle plaça une des chaînes dont saint Pierre fut enchaîné, quand Hérode le fit mettre en prison, et dont il fut délivré par un ange. C'est de là que vient l'origine de la fête qu'on célèbre le premier août , sous le nom de Saint- Pi erre-ès- Liens,
PISCINE. On voit encore assez souvent, dans les
(1) Le saint apôtre prêcha d'abord eu Judée ; l'an 39, il fonda une église à Anlioche, où il passa sept ans, ensuite il clablit son siégea Rome, puis, l'ao 51, il revint à Jérusalem, où il tint le premier concile, et il retourna ensuite à Rome, où il souffrit le martyre, laji 66, après avoir prêché la nouvelle religion pendant 35 ans.
anciennes églises, à droite de Tautel, une pelile niche percée dans le mur, dans laquelle se trouvent deux petits canaux : c'est ce qu'on nomme spécialement la piscine. Avant l'usage de prendre l'ablution (voij, ce mot], on la versait dans l'un de ces canaux, et, dans l'autre, on reiiversait l'eau qui avait servi au lavement des mains, à la purification des linges, etc. En quelques endroits, on encensait la piscine en même temps que l'autel.
Il existe aussi une piscine dans l'intérieur des fonts ; c'est par là que s'écoule l'eau qui sert aux baptêmes , et c'est là aussi que l'on verse souvent celle qui a servi à purifier les linges sacrés. Enfin, on donne le nom de piscine à un petit vase placé auprès du tabernacle, et dans lequel le prêtre se purifie les doigts, quand il a du donner la communion avant ou après la messe.
PLACE AT. Le cardinal Bona fait remonter l'origine de cette prière à peu près au vir siècle. Jusqu'au xvi% elle fut considérée comme une oraison d'action de grâces pour le prêtre, et non comme partie intégrante de la messe ; aussi se trouve-t elle après le renvoi : Ite, missa EST (voy. ce mot).
PLAIES (les cinq). A Paris et en quelques autres diocèses, on célèbre sous ce titre une fête en ,mémoire des plaies du côté, des mains et des pieds de J.-C. Une chapelle fut fondée à Paris, en 1521 , par Jean Dinoehéau et sa femme, sous le vocable des Ci7iq Plaies, et devint paroisse en 1633, sous le nom de Saint-Roch; la fête titulaire est encore celle des Cinq Plaies.
POELE. C'est le nom du voile qu'on tient élevé sur les époux, pendant la bénédiction qui suit le Patery à la
messe du mariage. Celte bénédiction n'a pas lieu si l'épouse l'a déjà reçue dans une précédente union. Comme il était encore d'usage au siècle dernier de légitimer les enfants naturels par un mariage subséquent, en les plaçant sous le voile des époux, certains ecclésiastiques considèrent comme une marque d'exactitude de suivre l'ancienne coutume, et ils font mettre ces enfants sous le poêle en donnant la bénédiction.
On donne aussi le nom de poôle au grand voile noir qu'on met sur le cercueil pendant la cérémonie d'un enterrement. Ce voile, qu'on appelle aujourd'hui Drap des Morts, était autrefois nommé Pouaille. C'est un ancien usage de faire tenir les quatre coins du poêle par quatre personnes des plus honorables qui assistent au convoi .
POISSON. En parlant de son baptême, saint Paulin se compare à un poisson qui a reçu la vie dans les eaux. Cette comparaison était familière aux premiers chrétiens; c'est sans doute pour cette raison qu'on retrouve la figure du poisson sur les sépultures et dans les basreliefs des églises ; les écailles de poisson figurées sur les murs de nos temples saints ont la même origine. Saint Augustin fait remarquer que le mot grec : Ichthus, poisson, contient les initiales de cette phrase grecque : lésons Christos Theou Uios Sôtêr, Jésus-Christ, fils de Dieu, Sauveur.
PONTIFES. On donnait autrefois ce nom, qui signifie pontem facientes, aux prêtres du dieu Mars, lesquels étaient obligés d'entretenir le pont Sublicms. A la fin du XII® siècle, saint Bénézet, patron d'Avignon, institua des
re\igïe\ix Hospitaliers Pontifes, dont la fin était de donner aide aux voyageurs, de bâtir des ponts, d'établir des bacs pour leur commodité, et de les recevoir dans des hôpitaux placés sur le bord des rivières. Un peu plus tard, ces frères pontifes s'adjoignirent beaucoup de personnes de toutes les classes, et ils se firent constructeurs d'églises. C'est là ce qui explique le grand nombre de constructions religieuses des xiii% xiv® et xv® siècles. Ces pieux ouvriers exécutaient leurs travaux au milieu du chant des cantiques et vivaient dans l'observance de règlements admirables. A l'exemple des frères pontifes, dont l'institut fut supprimé, en 1459, par le pape Jules II, on vit paraître en Allemagne, en Suisse et en Angleterre, des associations du même genre, dont les membres se divisaient par loges et se reconnaissaient par signes. Oa serait tenté de voir là l'origine de la franc-maçonnerie. > Aujourd'hui le nom de pontife est consacré dans la liturgie pour désigner les évêques; lesquels, selon saint Bernard, remplissent le devoir de pontifes, selon l'étymologie du mot, en faisant un pont entre Dieu et le prochain, c'est-à-dire en fournissant aux fidèles les moyens de passer de la terre au ciel.
PORCHE. On désigne ainsi une construction placée en avant de la porte de l'église. C'était là que se tenaient autrefois les excommuniés et les catéchumènes , en attendant qu'ils eussent été relevés de leurs peines ou qu'ils eussent reçu le baptême. Au moyen-âge, on y rendait la justice. C'était aussi un lieu de refuge qu'on ne pouvait violer sans encourir l'excommunication. Enfin, c'était là qu'on vendait, malgré les défenses du
clergé, des reliques, des bagues bénites, etc. (voy. Portail).
Nous voyons avec peine que, depuis quelques années, le clergé cherche à faire disparaître les porches de nos églises. En détruisant ce précieux vestige de l'antiquité, on concourt à faire oublier un ancien usage liturgique, et Ton prépare la détérioration du portail et des portes de l'église.
PORRECTION. La porrection consiste à présenter à l'ordinand l'instrument propre à son ordre. C'est ainsi que l'évéque fait toucher les clefs de l'église au portier, le livre des leçons au lecteur, celui des exorcismes à l'exorciste, les burettes vides et le chandelier à l'acolyte, le calice avec la patène vides et le livre des épltres au sous-diacre, le livre des évangiles au diacre, et le calice avec la patène, ainsi que le vin, l'eau et le pain du sacrifice, au prêtre. La porrection remonte à une trèshaute antiquité dans l'Eglise , puisque le concile de Carthage, tenu en 398, en rappelle toutes les prescriptions dans ses premiers canons.
PORTAIL. Quelques personnes confondent à tort le portail avec le porche (voy, ce mot). Le portail n'est rien autre chose qu'une grande porte encadrée dans divers ornements d'architecture , et formant la façade de nos églises. C'est au portail de l'église qu'on reçoit les prélats au moment de leur visite épiscopale.
PORTIER. C'est celui des ordres mineurs qu'on reçoit . en premier lieu. Le soin du portier est d'ouvrir l'église et la sacristie, de présenter le livre ouvert au prédicateur, de sonner la cloche, et de veiller à ce que rien ne
dépérisse dans le temple saint. Autrefois, le portier veillait aussi à ce que les hommes fussent séparés des femmes, et que le peuple n'approchât point trop près de Tautel pendant la messe. Aujourd'hui ces différentes fonctions sont remplies par des laïques dans la plupart des églises. PREDICATION. Le christianisme s'est propagé par la prédication. Dans les premiers siècles, les évoques seuls étaient chargés d'annoncer la parole de Dieu aux fidèles» Après l'augmentation du nombre des chrétiens et la créatioa des jparoisses , les évéques s'adjoignirent des prêtres qu'ils investirent du pouvoir de prêcher. Pendant longtemps, le prêtre ne prêchait jamais en présence de l'évoque , de môme que le diacre , quand il en avait obtenu l'autorisation, ne le faisait point devant un prêtre. Aujourd'hui, cette défense n'existe plus ; seulement il est d'usage en France que le prêtre qui doit prêcher en présence d'un évêque lui demande sa bénédiction, par les mots hibe, Domne, benedicere, lui adresse la qualification de Monseigneur, après le texte de son sermon, et le prie de bénir le peuple, en terminant. Alors le pontife chante ou dit à haute voix les versets : Sit nomen De-
mini Adjutorium et Benedicat vos, en faisant
un triple signe de croix sur l'assistance. Lorsqu'il n'y a point d'évêque présent, le prédicateur bénit tout bas, en faisant un seul signe de croix. Si le sermon avait lieu après l'évangile, et s'il était donné par le célébrant, alors, le prédicateur ne bénirait pas le peuple, réservant cette bénédiction pour la fin de la messe. Il est d'usage que le prédicateur s'arrête un instant, après Texorde, pour nvoquer les lumières du Saint-Esprit, par l'intercession
de la sainte Vierge^ en disant Ave, Maria. Celte coutume remonte au moins à la fin du xiv' siècle. Dans le principe, le prédicateur récitait cette prière à haute voix, avant de commencer son sermon ; cet usage était encore suivi en 1592 et môme beaucoup plus lard, puisque cette prescription se trouve indiquée dans le cérémonial publié par ordre de Clément VIII .
PRÉFACE. La préface, que Tancien rit gallican nommait contestation, est le préambule du canon. Quelques passages de saint Cyprien, de saint Chrysostôme et de saint Augustin semblent indiquer que la préface remonterait aux temps apostoliques. Il y avait autrefois autant de préfaces qu'il y avait de fêtes, et une préface commune pour les fériés; au xiii° siècle, le nombre était réduit à dix ; ce nombre varie aujourd'hui , selon les diocèses. Nous ne saurions faire connaître l'origine des diverses préfaces ; nous savons seulement que celle qui se chante aux fêtes de la sainte Vierge a été introduite, en 1095, par le pape Urbain II.
PRÉSANCTIFIÉS (Messe des). Il parait certain que, dans les quatre premiers siècles, on célébrait le Saint Sacrifice le Vendredi-Saint comme les autres jours; mais, à partir de cette époque, le célébrant ne consacra point en ce jour. On remplaça le Saint Sacrifice par la messe des Présanctifiés, qui se célèbre ainsi : le prêtre porte à l'autel une hostie consacrée de la veille, il met du vin et de l'eau dans le calice, il élève l'hostie, en récitant le Pater, il divise l'hostie et met la parcelle accoutumée dans le calice, il dit le Domine^ non sum dignus, et, après avoir communié, il prend le vin avec la parcelle de
rhostie. Telle est sommairement la Messe des Présanctifiés. Une ancienne rubrique de Rouen, remontant au X® siècle, dit qu'en ce jour tout le monde communiait, après la communion du célébrant, depuis le plus grand jusqu'au plus petit, à majore ad minorem. Cet usage prit fin au commencement du xvif siècle ; Claude de Vert et D. Marlène nous apprennent qu'il était encore suivi dans le diocèse de Clermont, un siècle plus tard, c'est-à-dire vers 1694. Aujourd'hui la discipline ecclésiastique ne permet de donner la communion, le jour du Vendredi-Saint, qu'aux malades en danger de mort.
PRÉSENTATION DE LA SAINTE VIERGE. Instituée en Orient, vers le ix'' siècle, cette fête a été établie. à Avignon, le 21 novembre 1372, parle pape Grégoire XI, à la demande d'un gentilhomme français nommé Philippe de Maiiières; toutefois, elle ne devint générale qu'à la fin du XVI* siècle. L'office primitif était le même que celui de la Nativité de Notre-Dame ; mais Clément VIII y adapta un office spécial.
PRÊTRE. I^s épitres de saint Paul à Timolhée nous montrent que l'imposition des mains pour la prêtrise remonte aux temps apostoliques. Quoiqu'on ne puisse pas démontrer que l'onction des mains remonte à une si haute antiquité, il est certain qu'elle est très-ancienne, puisqu'il en est parlé dans les écrits de saint Léon , de saint Jean Chrysostôme, de saint Augustin, etc. Quant à la porrection des vases sacrés, on ne la trouve pas consignée avant le x*' ou xi^ siècle, quoiqu'elle soit clairement indiquée dans les canons d'un concile de l'an 398 ; peut-être cela tient-il à ce que, dans les premiers siècles
de l'Église , on tenait fort secret ce qui regardait les mystères de la religion {voy. Porrection).
L'appareil de l'ordination du prêtre en relève l'importance et la dignité. Après le graduel, l'évêque rappelle l'ancien usage de n'admettre au sacerdoce que des hommes capables et de bonnes mœurs, en demandant au peuple et au clergé s'ils connaissent quelque obstacle à l'ordination des diacres présents. Ensuite il leur rappelle l'étendue de leurs devoirs. Puis il leur impose les mains, leur croise l'étole sur la poitrine et les revêt de la chasuble. Enfin, après leur avoir oint les maios, avec l'huile des cathécumènes, le pontife leur fait toucher le calice et la patène, et célèbre ensuite le Saint Sacrifice avec les nouveaux prêtres. L'ordination se termine parla promesse d'obéissance que chacun d'eux proie entre les main^ du pontife. Autrefois, on donnait aux nouveaux prêtres la sainte eucharistie destinée à leur communion • pendant les huit jours qui suivaient leur ordination; aujourd'hui, on leur enjoint de célébrer, après leur première messe, trois autres messes en l'honneur du Saint-Esprit, de la sainte Vierge et pour les défunts.
Dans les premiers temps, on recevait souvent, pour le sacerdoce, des hommes mariés, qui alors ne considéraient plus leur femme que comme une sœur, et s'abstenaient des droits du mariage.
PRIÈRE. L'usage de la prière est de tous les temps. La prière par excellence est l'oraison dominicale, enseignée aux apôtres par J.-C. lui-même, et intercalée dans un grand nombre de nos offices. L'Eglise n'a jamais déterminé quelle devait être notre prière quotidienne. Elle
est différente dans le catéchisme de chaque diocèse. La plus longue n'est pas toujours la meilleure; une courte prière faite avec attention pénètre les cieux : Brevis oratio pénétrât cœlos, tandis qu'une longue prière récitée sans dévotion reste souvent inexaucée.
PRIÈRES PUBLIQUES. On nomme ainsi les prières qui se font en certaines circonstances indéterminées , comme pour demander la pluie, le beau temps, la paix, la cessation d'une épidémie, etc. Ces prières ne peuvent être ordonnées que par l'autorité épiscopale, et -ne sont faites que par son autorisation.
PRIEUR. D'abord on donna uniquement ce nom (Prior, le premier) aux supérieurs des couvents, et ces titulaires ét&ierit toujours réguliers; plus tard ce titre fut accordé à des ecclésiastiques séculiers, et môme à des laïques, auxquels on accordait la jouissance de certains bénéfices monastiques. Par extension, on donna le nom de Prieure à la religieuse qui gouvernait certains couvents de femmes. On distinguait deux sortes de prieurs : le prieur commendataire, qui jouissait du bénéfice, et le prieur claustral, qui dirigeait la communauté.
PRIEURÉ. C'est le nom qu'on donnait aux paroisses dont les curés étaient religieux, et qui dépendaient d'un couvent. Ces Prieurés-cures avaient été fondés par les monastères dont ils dépendaient, ou à eux donnés, à condition de les faire desservir par leurs religieux. Il y avait eu d'abord dans ces cures une petite communauté régulière, dont le chef avait le soin des âmes et était nommé Prieur. Ce prieur finit par demeurer seul dans son bénéfice. II y avait aussi des Prieurés simples, qui
n'étaient rien autre chose que des métairies administrées par un ou delix moines, qui ne résidaient pas toujours.
PRIMAT. Le primat est celui qui a au-dessous de lui plusieurs métropolitains et archevêques. Cependant, on donne le titre de primat de Normandie à l'archevêque de Rouen, quoiqu'il n'ait aucun métropolitain sous lui; à ce titre, il relÈve immédiatement du pape, sans dépendre de la primatie de Lyon (1). Quand les grandes provinces furent divisées par les empereurs , les unes s'appelèrent premières, les autres secondes, etc. Alors, dit le père Sirmond, on appela Primats les évêques des villes qui étaient les capitales de la province avant sa subdivision. Les primats dont l'origine, dans les Gaules, remonte au pontificat de saint Léon, ont été souvent confondus avec les patriarches [voy. ce mot).
PRLttE. Cassien, célèbre solitaire, mort en 433, passe pour avoir institué cette Heure, ou au moins le capitule, lé répons bref et l'oraison, qu'on chantait quand le soleil commençait à se montrer sur Thorizon. Le reste a été ajouté postérieurement. Le symbole Quicumque de saint Athanase en faisait partie bien avant le xi* siècle, le nombre de psaumes n'a pas toujours été le même; au xi° siècle, il y en avait six.
(1) Le titre de primat fut accordé, en 1079, par Grégoire VII, à Gebvin, archevêque de cette dernière ville , lequel devait jouir d'une juridiction spéciale sur les métropoles de Lyon, de Toiirs, de Sens et de Rouen, mais les deux titulaires de Rouen et de Sens protestèrent; les pouvoirs spirituel et temporel donnèrent un assentiment tacite à cette protestation , de sorte que Tarchevéque de Rouen put ajouter à ses titres celui de primat.
PRIMICIER. A répoque où Tori inscrivait les fêtes mobiles sur le cierge pascal [voy. ce mot). Ton y menliormait aussi en beaucoup d'églises les dignitaires du chœur : de là le nom de Priinicerius, primicier, c'est-àdire le premier sur la cire, in capite cerœ (1). En effet, le primicier était souvent regardé comme le premier dignitaire du diocèse, et présidait les assemblées du clergé. Toutefois, son office principal était de veiller à l'enseignement du chant et des cérémonies de l'Eglise.
PRISE D'HABIT. L'usage de donner un habit particulier aux vierges qui se consacrent à Dieu est fort ancien dans l'Eglise. Le pape Libère donna le voile à sainte MarcelHne, sœur de saint Ambroise, dans l'église de Saint-Pierre à Rome. Il y avait à cette époque quatre sortes de vierges : 1** celles qui, sans faire de vœu public, consacraient leur cœur à Dieu et restaient dans leur famille, où elles pratiquaient les vertus chrétiennes; 2** celles qui, sans faire de vœu solennel, se distinguaient du monde par leurs vêtements et l'observance d'une règle ; 3° celles qui faisaient un vœu public et recevaient le voile de l'évêque; 4° celles qui, après leur profession publique de virginité, se renfermaient dans un monastère pour y vivre sous la conduite d'une supérieure. Cet usage ne s'établit qu'au commencement du i\^ siècle et ne fut guère introduit en France qu'au vu**. Ce fut même beaucoup plus tard qu'on fît une règle à toutes les vierges d'entrer dans un couvent non - seulement après leur
(I) Il y avait aussi une tablette de cire en ceriaines églises^ tabula cerea, sur laquelle on désignait les officiers du chœur pour chaque fête.
consécration, mais encore pour faire leur noviciat; étal de choses qui dure encore de nos jours.
La Prise d'habit ou vôlure a ordinairemeatlieu le jour de TEpiphanie, aux fêtes des apôtres, ou le dimanche, surtout celui de Quasimodo. On pose sur Tautel les habits, voiles, anneaux, colliers ou couronnes qui doivent être bénits. Un lieu convenable est disposé, afin que les vierges puissent s'y revêtir de leurs nouveaux habits. Après avoir été conduites , le voile baissé , par deux religieuses et par leurs parents, elles vont se prosteraer devant Tévêque ou le prêtre assis sur un fauteuil, au milieu du marche-pied de Tautel, devant lequel elles font leur vœu de virginité. Après diverses prières, le célébrant bénit les habits, pendant le Veni, Creator. Lorsque les vierges sont revêtues de ce nouveau costume, elles reviennent sans voile se mettre à genoux auprès du célébrant, qui leur impose le voile, après une longue préface; ensuite il leur remet l'anneau, puis la couronne, et prononce une très-longue bénédiction, suivie d'un anathème contre ceux qui arracheraient ces vierges au service divin. La messe, qui avait été interrompue après le graduel , est reprise jusqu'à l'oflertoire ; alors les nouvelles religieuses se présentent à l'offrande avec un cierge allumé. Plus tard, elles vont communier, et, après la messe, elles reçoivent le livre de leur office. Cette cérémonie se termine par le Te Deum.
La consécration des vierges n'a pas lieu avant 25 ans. En certains ordres religieux, elles ont le droit de chanter l'épitre; elles peuvent môme entonner l'office canonial en certaines communautés.
PROCESSION. Il est évident que les persécutions des trois premiers siècles durent empocher les chrétiens de faire aucune espèce de procession. La première procession bien authentique dont nous ayons connaissance est celledont parlent Théodorel, Sozomène et saint Chrysoslôme, laquelle eut lieu à Antioche, pour la translation des reliques de saint Babylas, en 362. Nous pourrions citer plusieurs autres processions, indépendamment de celles dont nous parlons ailleurs dans cet ouvrage ; mais nous devons nous borner ici à parler de la procession qui a lieu chaque dimanche avant la messe. Durand de Mende fait remonter l'origine de cette procession au pape saint Agapet I", en 535.
Un usage aussi ancien que la procession elle-même est celui d'y porter la croix. D'après la rubrique romaine, la croix doit être portée de manière à ce que le christ tourne le dos au clergé qui suit; mais à Paris, à Rouen et presque partout en France, cette prescription n'est pas observée : on porte la croix comme on a dû la tenir la première fois qu'on a pris un crucifix à la main. Autrefois, l'on aspergeait d'eau bénite l'intérieur et l'extérieur des églises, des cloîtres , ainsi que les salles, le réfectoire et autres lieux réguliers des monastères et des cathédrales . Lebrun pense que la procession du dimanche tire son origine de cette coutume , d'autant plus qu'en plusieurs diocèses on porte encore le bénitier avec le goupillon en tête de la procession qui précède la messe, quoiqu'il n'y ait aucune aspersion. L'usage de la station, après la procession , est venu peut-être de la nécessité d'attendre le célébrant occupé à jeter partout l'eau
béiiile [voy. Baxnièke, Choix, Fkte-Dieu, Litanies, etc.).
PROFANATION. C'est l'acle par kquel un objet consacré ou bénit est abandonné à la dérision; cependant, un objet peut être profané sans crime, par exemple, un calice qui est rompu par accident, une église qui est incendiée sans mauvaise volonté.
PRONE. Ce mot semble tirer son étymologie de prœconium, proclamation, dont on a fait par contraction prœoniiim, pronium. L'on a [)lacé le prône après Tévangile, c'est-à-dire au moment où le diacre donnait autrefois aux catéchumènes Tordre de sortir de Téglise, tandis qu'on récitait des prières pour eux. Ces prières semblent avoir été remplacées par les prières du prône. Dans sa ai'' session, le concile de Trente enjoint aux prêtres qui ont charge d'àmes d'expliquer souvent au milieu de la messe quelque chose du service divin. En outre, on prie au prône pour TEglise, pour le souverain, pour les vivants et pour les morts. Le Sacramentaire de saint Gélase donne à entendre qu'à la fin du v® siècle les annonces qui font aujourd'hui partie du prône avaient lieu avant la communion (1). Au xiii*" siècle, Durand de Mende place la prédication immédiatement après le symbole [voy. Chaire, Homélie, Jubé). Rien d'étranger à l'administration des paroisses ne doit être annoncé au prône.
PROSE. En parlant du neume, nous ayons dit pour-
(I) Au lieu des mois Mes Frères, employés aujourd'hui par le prêtre, en s'adressant aux fiJèles, on di-ait autrefois : Bonnes gens, M. L. Delisle cite cet avertissement, du xiv*' siècle, d'un curé à ses paroissiens : a Bonnes gens, vous devez sçavoir que vous estes tous et toutes tenus aujourd'hui de recevoir le Saint-Sacrement »
quoi on avait appelé les proses Seqnentiœ. Nolker, moine de Saint-Gai, qui écrivait vers Tan 880, passe pour être le premier auteur des proses; mais il reconnalL dans la préface de son livre qu'il en avait vu dans un antiphonaire de Tabbaye de Jumiéges qui fut brûlée en 841 par les Normands. Le rit romain n'admet que les proses de Pâques , de la Pentecôte , du Saint-Sacrement et des Morts. La première est un fragment d'un ancien Mystère (voy. ce mot) qu'on jouait dans les églises de grand matin le jour de Pâques ; quelques auteurs l'attribuent à Hermann Contract, auteur de l'hymne Ave, maris Stella, qui écrivait vers 1040. La seconde passe aux yeux de plusieurs pour être l'œuvre de Robert, roi de France. La troisième est de saint Thomas d'Aquin. La quatrième a été composée par le cardinal Frangipani-Malabranca, de l'ordre des Dominicains ; il mourut à Pérouse en 1294, mais la prose Dies irœ n'est devenue d'un usage commun qu'au commencement du xvii^ siècle. Cette dernière prose a trait au jugement dernier et semble avoir été composée pour le premier dimanche de l'Avent; le verset Pie Jesu a été ajouté, lorsqu'on l'adopta pour les morts. D'après la règle qui considère les proses ou séquences comme remplaçant le neume de Y Alléluia, il ne devrait point exister de prose aux messes des morts.
PSAUMES. Nous voyons, dans les épîtres desaint Paul, qu'il était d'usage de chanter les psaumes de David (1)
(1) Tous les psaumes ne sont pas du saint roi ; quelques-uns ont été composés par d'autres auteurs. Le tout, recueilli par Esdras, forme un des livres canoniques de l'Ancien Testament.
dès les premiers temps du christianisme. Les Solitaires donnaient à ce saint exercice tous les moments qu'ils ne donnaient pas au travail ; lorsqu'ils purent se réunir dans des monastères, ils y établirent la psalmodie pendant le jour et la nuit. Saint Benoît distribua les psaumes de manière à ce que tout le psautier fût récité dans une semaine; et, afin de rendre cette partition plus facile, il divisa les psaumes les plus longs. Le concile de Narbonne fit la môme chose en 589, et ordonna de chanter le Gloria Patri à chaque division. On nomme psaumes graduels ceux qui se trouvent du 119® au 134*; ce nom leur vient de ce que chez les Juifs on les chantait pendant quels peuple montait les degrés du temple. Les psaumes de la Pénitence n'ont pas toujours été les mômes que ceux qui portent aujourd'hui ce nom ; ils ont été ainsi appelés à cause des sentiments de componction qu'ils renferment, et parce qu'ils étaient en usage dans les cérémonies de la pénitence publique.
Au temps de saint Augustin , tout prôtre devait savoir les psaumes par cœur ; en effet, les psautiers manuscrits étant fort rares , les clercs ne pouvaient se livrer à la psalmodie que de mémoire. L'usage de psalmodier sans livres s'est maintenu dans l'église primatiale de Lyon et à la métropole de Rouen jusqu'au siècle dernier.
L'admirable distribution des psaumes dans. le bréviaire de Rouen est digne de remarque ; la Note suivante en donnera une idée. «Les psaumes des Nocturnes, dit M. Malais , sont ordinairement historiques ; ceux de Laudes sont des psaumes de louanges; à Prime, ils rappellent la prière du matin, et, à Complies, celle du
— Zii —
soir. Les psaumes de Tierce préparent au Saint Sacrifice; ceux de Sexte en rendent grAces à Dieu. Ceci est trèssensible au jeudi, où on chante à Tierce Quemadmodum et Quàm dilecta; à Sexte, c'est Dominus régit me et Benedicam Dominum. Les psaumes placés au vendredi ont trait à la Passion de Notre-Seigneur ; on a mis à l'heure de Sexte, l'heure la plus douloureuse du Sauveur, ce beau psaume 21 , dont les premières paroles furent répétées sur la croix : Deus, Deus meus, et dont le texte est la prophétie du Calvaire. A None du même jour, on trouve le psaume In te Domine speravi, dans lequel se rencontre le verset In manus tuas commendo spiritum meum; les paroles furent dites par Notre-Seigneur, à l'heure de None du vendredi, au moment môme de sa
mort »
PUPITRE. En termes de liturgie, on distingue le pupitre du lutrin; celui-ci sert aux chantres, au diacre et au sous-diacre, tandis que l'autre sert au prêtre, à l'autel. On place aussi quelquefois des pupitres sur le devant des stalles pour la commodité de ceux qui les occupent. On désignait encore, sous le nom de pupitre, le lieu élevé sur lequel se plaçaient les lecteurs afin d'être entendus ; on y disposait un appui pour soutenir leur livre (voy. Ambon).
PURIFICATION DE LA SAINTE VIERGE [voyez Chandeleur).
PURIFICATOIRE. Les Ordres romains recommandent au diacre de veiller à ce qu'il ne reste rien du corps et du sang de Notre-Seigneur dans le calice; mais ils n'indiquent pas les moyens à mettre en usage. M. l'abbé
Pascal dit que les moines de Citeaux purifiaient le calice avec un linge appendu à Tangle de Tautel, du côté de répilre, et il insinue qu'on aura fini par détacher ce linge pour en faire raccorapagneraent du calice, en vue d'une plus grande commodité. Pour nous , à défaut d'autres renseignements, nous pensons qu'on purifiait le calice avec une partie du corporal ou de la palle [voy. ces mots). Toutefois, au xiii*" siècle, on se servait peutêtre, pour purifier le calice, du troisième linge mentionné par l'archevêque de Rouen, Pierre de Collemieu [voy. Lavabo ) .
OUADIUGÉSDIE (tô//. Carême).
OUARANTE-HEURES (Prières des). Ces prières, qui sont en usage à diverses époques de l'année, selon les lieux, sont plus communément fixées aux dimanche, lundi et mardi qui précèdent le Carême; il y a exposition du Saint-Sacrement pendant toute la journée; des indulgences sont accordées aux personaes qui communient et visitent le Saint-Sacrement. Les prières des Qnarante- Tleures furent instituées en 1 560 par le pape Pie IV; mais elles ne s'étendirent à toutes les églises de Rome que sous le pofitifîcat de Clément VIII , par une bulle du 21 novembre lo92; confirmées par Paul V, en 1606, elles s'établirent en France sous Urbain VIII, et furent d'abord mises en usage parmi les Carmes déchaussés. Dans les calamités publiques , l'Eglise ordonne aussi quelquefois des prières de Quarante-lleurcs.
. QUASIMOUO. C'est ainsi qu'on appelle le dimanche qui suit Pâques, et qui tire son nom du premier mot de l'introït, comme beaucoup d'autres dimanches autrefois. Les dimanches de carême sont encore indiqués de celte manière dans nos calendriers. Ou lui a aussi donne le nom de dimanche in albis depositis (voy, Aube et Baptême) et de Pdgue close , parce qu'il termine le temps de la pâque. L'évéquede Mende nous apprend qu'au xiii*' siècle on chantait deux Alléluia^ à partir de ce jour jusqu'à la Pentecôte, les dimanches et jours de fêle. Nous savons par Jean d'Avranches que ce double Alléluia élait déjà en usage, dans le diocèse de Rouen, dès le xi*' siècle, à partir de la veille de Quasimodo.
QUATRE-TEMPS. L'usage de jeûner pendant trois jours à chacune des quatre saisons de l'année parait remonter aux apôtres. Divers passages de saint Léon-le- Grand prouvent que le jeune des Quatre-Temps était rigoureusement observé au commencement du v^ siècle. On a objecté que le saint pape ne parlait que du mercredi et du vendredi; mais il est bon de se rappeler que, dès les premières années du v^ siècle, le pape Innocent I" déclara qu'il fallait jeûner tous les samedis de l'année, en mémoire de la sépulture de Jésus-Christ. Il n'est donc pas étonnant que saint Léon, qui écrivait quarante ans plus tard, n'ait pas parlé de ce jour de jeûne, qui était déjà obligatoire. Toutefois, l'expression du saint pape, pariter vigilemus, appliquée par lui au samedi, pourrait à la rigueur indiquer le jeûne de ce jour. Au reste, saint Augustin dit formellement qu'on jeûnait le mercredi, le vendredi et le samedi , sabbato jejîinatur. En France^
les Oualre-Temps n'ont guère été connus et pratiqués que sous Charlemagne ; le concile de Mayence, que ce prince fit assembler en 813, en parle comme d'une chose nouvelle dans l'Eglise de France. Il ne faut voir là rien d'extraordinaire, puisque le capitulaire d'Athon, évêque de Verceil, nous fait voir qu'au milieu du x"" siècle certaines parties de l'Italie ne célébraient encore les Quatre-Temps que trois fois l'an; à moins de supposer qu'il n'ait pas été question des Quatre-Temps du Carême, qui se trouvent fondus dans le grand jeûne. Enfin, il n'y eut, sur cette observance, une parfaite uniformité dans l'Eglise qu'à partir de 1085.
Vers la fin du V siècle, le pape Gélase désigna les samedis des Quatre-Temps pour l'ordination des diacres et des prêtres ; ce règlement de discipline fut renouvelé par plusieurs papes et par divers conciles [voy. JelnecI Ordre).
QUÊTES. Les évéques ont toujours eu le droit de permettre ou de défendre les quêtes dans les églises; ce droit est rappelé dans le 42® canon du synode de Bayeux, tenu en 1300. Déjà on avait reconnu les abus de certains quêteurs, établis d'ofiîce au xjf siècle, et supprimés par divers arrêts du Parlement en 1539, 1639, 1641 et 1671. Un nouvel arrêt du Parlement de Paris , en date du 13 août 1739, vint confirmer un ancien usage, en obligeant ceux qui rendaient le pain bénit à faire quêter par leur femme ou leur fille, et non par une servante, à peine de dix livres d'amende. Non-seulement la quête avait lieu à l'église, mais encore dans les maisons, où l'on recueillait diverses offrandes, telles que gerbes de
grains, pommes, chanvre, foin, etc.; le tout était vendu au profit de l'église. Ces quôles à domicile avaient lieu surtout la Veille de la fôte patronale et de la Toussaint. Outre la quêfe de la personne qui rendait le pain bénit, on trouve encore aux siècles derniers, comme de nos jours , diverses autres quêtes au nom do divers saints honoras dans les paroisses ; il n'est pas rare de voir dans une église de campagne sept à huit quêteurs à la suite Tun de l'autre, et annoncer tout haut le motif de leur
quête : Au plat de r église Au plat des Trépassés, etc.
Dans certaines paroisses du diocèse de Rouen , les quêteurs sont précédés d'une ou deux personnes qui portent des cierges allumés. Cette coutume est suivie surtout aux cérémonies de pain bénit offert par les jeunes filles ou les .garçons d'une paroisse, réunis en corps. Au reste, les quêtes varient beaucoup encore dans leur forme, quoiqu'elles aient été réglées par le décret du 30 décembre 1809, lequel laisse aux évêques le soin de les diriger.
RABAT. Anciennement, tous les hommes portaient 1er rabat par esprit de propreté; mais c'était alors un morceau de toile de lin qui se rabattait de chaque côté sur le collet du vêtement; delà son nom. Sous le règne de Louis XIV, on agrandit le rabat : on le composa de deux pièces blanches oblongues , placées sous le menton. Vers le commencement du xviii'' siècle, les ecclésiastiques
conservèrent la même forme pour le rabat, mais ils adoptèrent généralement la couleur noire, liseréc de blanc. Toutefois, dans plusieurs corps religieux, l'on a conservé Tancien rabat, c est-à-dire une simple bordure de linge autour du cou.
RAMEAUX. Ce dimanche est destiné à nous rappeler l'entrée de Jésus -Christ dans Jérusalem; ce qui, au rapport d'Alcuin, était figuré anciennement, dans quelques églises, par le livre des Evangiles, que deux diacres portaient sur un fauteuil à la procession. Ce dimanche est appelé des Rameaux, parce qu'on en bénit en ce jour, dans une messe sèche (voy. ce mot) ; ces rameaux sont des branches de palmier, d'olivier, de buis , de laurier, de petit-houx, etc., selon les productions du pays. Ce dimanche était autrefois nommé des Compétents, à cause des catéchumènes qui allaient demander le baptême qu'on devait leur administrer le samedi suivant; et, comme on leur lavait la léte en ce jour, on lui donna encore le nom de Capitilavium, Enfin, ce dimanche esl aussi appelé Pâques fleuries en quelques diocèses, à cause de la verdure et des fleurs dont on jonchait autrefois les rues que devait parcourir la procession. En Occident, l'origine de cette procession remonte au vi'* ou VII'' siècle. Au xiii'' siècle, elle était à peu près la même que de nos jours. Avant les troubles révolutionnaires de la fin du dernier siècle, la procession des Rameaux se faisait souvent en -dehors des villes entourées de murailles; alors la cérémonie de rj[//o//i/(? /?or/as avait lieu à la porte de la ville ; aujourd'hui, c'est à la porte de l'église , à laquelle le prêtre frappe avec le bàlon de la
croix, comme à Paris, ou avec la croix elle-même, comme à Rouen (voy, Glorià, Làus). La couleur des ornements employés en ce jour n'est pas uniforme dans tous les diocèses ; on se sert de noir, de rouge ou de violet.
RECOMMANDATIONS. C'est le nom qu'on donne à plusieurs psaumes, antiennes et oraisons qu'on chante, le 2 novembre et en plusieurs autres circonstances, pour le repos de l'àme des morts. Ces prières se font fréquemment en Picardie, sous le nom de Uecommandaces ; elles sont réclamées par les familles pour leurs parents défunts.
En certaines églises de la campagne, il existe une autre espèce de recommandations qui consiste à proclamer, après la messe, le nom des morts qu'on recommande aux prières des fidèles. On donne ordinairement un sou pour chaque recommandation, et le curé de la paroisse dit une oraison ou un De profanais pour chaque personne recommandée, à mesure qu'on cite les noms.
RÉCONCILIATION [voy. Interdit).
RECTEUR. C'est le nom qu'on donne en certains diocèses au curé [voy. ce mot).
RÉGIONNAIRE. Depuis le v' siècle, on a donné ce nom à ceux qui avaient le soin de quelque quartier d'un district. On appelait aussi évoques régionnaires des évoques missionnaires, sans siège particulier, qui remplissaient leurs fonctions en divers lieux où ils étaient demandés.
REGISTRES DE BAPTÊME. A la rigueur, on pourrait faire remonter l'origine de ces registres au iv^ siècle, en alléguant la coutume de saint Grégoire de Nysse
crordonnor aux catéchumènes de faire inscrire le nom qu'ils voulaient prendre au baptôme quelque temps avant d'y ôlre admis. Mais on ne trouverait même pas au XIII® siècle quelque chose qui ressemblât à nos registres actuels, puisquelesCow/î/m^5d?^B^ai*i;omsnousmontrent qu'à cette époque on devait procéder à une enquélc auprès des parens, parvins et marrines, norrices, mesniés, etc., pour constater Tàge. Les premiers actes de baptême furent rédigés en latin, et ainsi conçus : Lavacro sanclo
baptismatis ablutus est N die A partir du
commencement du xvi^ siècle, la rédaction eut lieu en français; seulement elle fut très-laconique. Un éditdu roi, en date du 9 avril 1736, confirma Vordonnance de 1667, et les curés durent alors tenir deux registres, dont Tun restait en leurs mains, et Tautre était déposé au greffe du siège royal; aujourd'hui, ce second registre esl envoyé aux archives de l'évéché de chaque diocèse. Dans les paroisses rurales, le registre des baptêmes contient également les actes de mariage^ et de décès; dans les grandes villes, on fait usage de trois registres spéciaux, un pour chaque espèce d'actes.
RELEVAILLES. On appelle ainsi l'action de grâces que vient rendre à Dieu une femme qui relève de ses couches. On comprend qu'il s'agit ici de la femme légitimement mariée. Il y a tout lieu de croire que cet usage est aussi ancien que le christianisme, qui l'a pris en partie dans la loi de Moïse, laquelle défendait aux femmes de sortir avant quarante jours , quand elles avaient accouché d'un garçon, et quatre-vingts, si c'était d'une fille. Dans le diocèse de Rouen, la femme qui fait
ses relevailles demande ordinairement la célébration de la messe à son intention ; ensuite elle présente deux gâteaux ou deux petits pains à bénir (Vun pour le prêtre, et l'autre pour elle) ; et, à genoux au bas de l'autel, pendant qu'elle tient un cierge allumé, le prêtre récite sur elle l'évangile de saint Luc dans lequel est rapportée la Purification de la sainte Vierge. En quelques églises, ce cierge est celui qui a servi au baptême, et qu'on a réservé pour cette circonstance. L'anecdote suivante, qu'on nous pardonnera de relater, à cause de sa date, montre que l'usage de présenter un cierge aux relevailles est ancien. Philippe I", qui monta sur le trône de France en 1060, ayant fait demander, en raillant l'embonpoint de Guillaume-le-Conquérant, s'il accoucherait bientôt, celui-ci lui fit répondre affirmativement, ajoutant qu'il rirait visiter à ses relevailles avec 10,000 lances en guise de chandelles.
RELIQUES. Les protestants' prétendent qu'on n'a commencé qu'au iv^ siècle à honorer les reliques des saints dans l'Eglise; mais la preuve de cette erreur, c'est que les Manichéens accusaient d'idolâtrie les chrétiens des premiers siècles, à cause du culte qu'ils rendaient aux saintes reliques. Il faut distinguer trois choses connues sous le nom de reliques ; 1 ° ce qui reste du corps des saints ; 2^ leurs vêtements et les objets qui leur ont appartenu ; 3° les choses qui ont touché leurs corps. La vénération pour les reliques était autrefois si grande, qu'on laissait une petite ouverture au cercueil, pour donner la facilité d'y toucher des linges qu'on nommait brandea. Jusqu'au VI® siècle, Ton n'envoya jamais d'autres reliques que ces
linges, pour dédier une église. Ils étaient aussi en grande vénération auprès des malades. Au iv® siècle, saint Basile enseignait que c'était se sanctifier que de toucher les os des martyrs, et saint Jérôme dit qu'on les baisait quand on le pouvait. Au ix** siècle, on ne se contenta plus de déposer les reliques sous l'autel (voy, ce mot) ; mais on les plaça dans des châsses, et le pape Léon IV permit de les exposer à la vénération des fidèles sur l'autel luimôme. Elles occupent encore la môme place dans plusieurs églises, où elles sont encensées, lorsque les encensements de la messe ont lieu. Une grande partie des reliques envoyées de Rome provient du cimetière de saint Calixte, qui renferme les corps de nombreux martyrs; mais, comme on ne saurait les distinguer par leur nom propre, on donne à ces reliques le nom d'un saint qu'on croit avoir été inhumé en ce lieu, ou bien un nom général, tel que Juste, Félix, etc. L'histoire ecclésiastique nous apprend qu'on donna le nom d'Adauctm, qui signifie ajouté (30 août), à un étranger inconnu qui se joignit à saint Félix pour être martyrisé. Les Quatre-Couronnés honorés le 8 novembre ne furent connus par leur nom que longtemps après leur martyre. RELIQUES (Translation des). Cette cérémonie a lieu quand on transporte des reliques d'un endroit en un autre. La translation des reliques de saint Babylas, évoque d'Antioche, qui fut martyrisé en 251 , nous montre que cette coutume remonte à la plus haute antiquité. Mais il est à remarquer que, pendant les six premiers siècles, on transférait toujours le corps entier des martyrs, et qu'on n'en délivrait jamais de fragments. Voici ce qui
se pratique Je plus souvent en pareille circonstance : La veille de la cérémonie, on expose la châsse contenant les reliques dans un lieu convenablement orné et illuminé. Le lendemain, le célébrant, revêtu de Télole et de la chape, encense de trois coups la châsse, pendant que les chantres entonnent un répons en l'honneur du saint. Ensuite la procession se met en marche, en chantant les htanies des saints, tandis que les thuriféraires encensent les reliques portées par des prêtres ou des clercs. Quand la procession est arrivée au lieu destiné aux reliques, le célébrant entonne le Te Deum, en encensant la chasse, et la cérémonie est terminée par Tantienne, le verset et l'oraison du saint qui est Tobjet de la fête.
RELIQUES (Vénération des). Pendant longtemps, cette fête eut lieu le 4 décembre ; mais elle fut réunie à . Toctave de tous les saints en 1194.
RÉPONS. IJn grand nombre des répons de matines a été composé par saint Grégoire-le-Grand ; toutefois, ce pape n'a pas institué celle partie de l'ofTice; son institution est attribuée à saint Jean-Chrysoslôme. Au siècle dernier, lorsqu'on inaugura un rit particulier dans un grand nombre dediocèses, on prit ordinairement une partie des répons du Nouveau Testament, et une autre fut extraite de l'Ancien. Cette fusion et cette concordance admirable de l'Ancien et du Nouveau Testament se trouvaient déjà dans plusieurs répons composés par saint Thomas d'Aquin, au xiir siècle, pour l'office de la Fête-Dieu. Dans le diocèse de Rouen, on chante un répons après le capitule des vêpres dans les fêtes triples et solennelles ; on en chante même aux premières vêpres des fêtes doubles ;
mais cet usage n'est pas le môme dans les autres diocèses. Jean d'Avranches, archevêque de Rouen, et Durand de Mende nous montrent qu'aux xr et xiii® siècles nonseulement on chantait un répons après le capitule de vêpres, mais encore après celui de laudes. Le rit romain n'admet de répons qu'à matines, et encore supprime-t-on le dernier, quand il y a Te Deum. On a donné autrefois le nom de Répons au Graduel, parce qu'on reprenait une partie de ce dernier après le verset. 11 reste, chez nous, une trace de cet usage dans la reprise du dernier mol du verset faite par le chœur.
REQUIEM (Messes de). Le rit romain n'en a qu'une, tandis qu'on en compte jusqu'à six à Paris , cinq à Rouen, etc. Tertullien, saint Cyprien, saint Chrysostôme, saint Cyrille de Jérusalem, etc., nous montrent que la coutume de célébrer la messe pour les morts remonte à la plus haute antiquité. Dans son 173® sermon, saint Augustin recommande aux fidèles le souvenir de l'épltre Nolumus vos ignorare, qu'on répitait aux obsèques des défunts, et qu'on y récite encore de nos jours. Il a toujours été de règle de supprimer le Gloria Patri, le Gloria in excelsis et le Credo aux messes des Morts ; mais il n'en est pas de môme de V Alléluia [voy. ce mot) [1]. On n'a guère commencé à réciter la prose Dies irœ [voy. Prose) qu'au commencement du xvi® siècle. La couleur noire est en usage aux messes de Requiem. On ne célèbre point cette messe pour les enfants morts avant l'âge de
[\) Dans le diocèse de Rouen, on chante encore les deux premières grand'messos de certaines obsèques solennelles avec Alléluia.
raison, puisqu'ils n'ont pas de fautes à expier. Primitivement, il n'était pas permis de donner la communion aux fidèles pendant les messes dés Morts, mais aujourd'hui cette coutume est établie ; si on demandait la communion après la messe, le prêtre devrait laisser l'étole noire.
RIT ou RITE. Ce mot a deux significations : il indique un ordre spécial d'office pour une Eglise, par exemple : le Rit de Rouen. Dans l'autre sens, il indique le cérémonial employé dans telle ou telle partie de l'office ; et, considéré sous ce rapport, il se rattache surtout aux rubriques .
RITUEL. Parmi les livres que les ecclésiastiques devaient posséder dans les temps anciens, notre Rituel ne figure pas; mais il semble correspondre au Sacramentaire ou Manuel. 11 n'existe pas d'uniformité pour les Rituels ; et, au lieu d'un cours de théologie qu'on y rencontre quelquefois, nous sommes pleinement de l'avis de M. l'abbé Pascal, qui aimerait autant y voir figurer l'origine des fêtes, des cérémonies, des objets du culte, de l'ameublement des églises, des habits sacrés, etc. Alors ce livre liturgique serait véritablement un Rituel. Toutefois, il est juste de reconnaître que les livres scolaires dé théologie n'étaient pas en usage, comme de nos jours, quand on a commencé à rééditer nos Rituels ; on y aura introduit les principes Ihéologiques , pour éviter de fastidieuses recherches.
ROCHET. Ménage dit que ce mot vient de Rochu^, diminutif de Rocchetus, employé pour Tunica dans la basse latinité, et venant de l'allemand Rock, dont la signification est chemise; aussi trouve-t-on souvent le
rochct désigné sous le nom de camisia et de camisile, A une époque que nous ne saurions fixer, les ecclésiastiques qui ne remplissaient aucune fonction à l'autel prirent l'habitude de faire raccourcir leur aube; c'est là l'origine du rochet. Au xv® siècle, les rochets étaient même devenus si courts, que le concile, de Bàle ordonna, en 1431, qu'ils descendissent au moins jusqu'à mi -jambes ; aujourd'hui ils ne descendent guère plus bas que les genoux ; il parait même qu'en Italie ils sont si écourtés qu'on les prendrait, si n'était la couleur, pour les petites blouses que nos ouvriers nomment boujaron. Le rochet doit être en toile de lin unie; les évêques seuls se sont réservé le droit de le porter garni de dentelles et debroderies par le bas.
ROGATIONS. Les trois fériés qui précèdent l'Ascension sont ainsi appelées, à cause des prières, Rogationes, qui ont lieu pendant les processions, auxquelles on chante les litanies [voy. ce mot). En 511 , le concile d'Orléans ordonna que les processions des Rogations eussent lieu dans toute la France. Rome ne les adopta qu'à la fin du vin® siècle. Dans le principe, ces trois jours étaient chômés et l'on y jeûnait; plus tard, l'on imposa seulement l'obligation d'assister à la procession et à la messe de la station , et le jeûne fut remplacé par l'abstinence ; aujourd'hui, l'abstinence est encore observée. Quant au rit de l'office, il varie beaucoup selon les diocèses.
Guillaume Durand dit qu'au xiii* siècle on portait en tête de la procession, le lundi et le mardi des Rogations, un dragon dont la queue était longue et enflée ; le mercredi , il suivait la procession , la queue basse et
déprimée. L'évéque de Mende ajoute que ce dragon symbolique signifiait le diable qui a régné en souverain sous la loi naturelle et sous la loi de Moïse, mais qui a été vaincu sous la loi de grâce. Au siècle dernier, on portait encore des serpents ou dragons aux processions, dans plusieurs diocèses ; quoiqu'on assigne diverses origines à ces usages, nous sommes porté à y voir une origine commune : le démon vaincu par la croix. A Rouen, le dragon qu'on portait à la procession était appelé gargouille ; c'était, dit-on, un souvenir du monstre qui dévasta autrefois la ville et fut vaincu par saint Romain (voj/. Fierté),
ROSAIRE. C'est une espèce de chapelet {voy. ce mot) sur lequel on récite quinze fois l'Oraison dominicale et cent cinquante fois la Salutation angélique. Quoiqu'il soit reconnu que les Solitaires des. premiers siècles comptaient leurs prières à l'aide de petites pierres ou d'autres marques; quoiqu'on ait trouvé dans le tombeau de sainte Gertrude, décédée en 667, et dans celui de saint Norbert, mort en 1134, des espèces de grains de chapelet enfilés, il paraît certain que le Rosaire tel qu'il existe aujourd'hui est l'œuvre de saint Dominique, lequel institua cette pratique de piété vers 1208, pour protester contre les Albigeois qui blasphémaient contre le mystère de l'Incarnation.
ROSAIRE (Fête du). En 1571, le premier dimanche d'octobre, Pie V institua une fête annuelle en mémoire de la victoire de Lépante, remportée sur les Turcs. Deux ans plus tard , Grégoire XllI donna à cette fête le nom de Rosaire y et adopta un office propre. Clément X la fit
célébrer dans les églises d'Espagne. C'est vers celle époque qu'elle se propagea beaucoup en France ; les archives de nos églises rurales mentionnent souvent rinslitulion de cette fôle, et parlent de confréries établies en son honneur. L'usage de chanter les litanies de la sainte Vierge après les vêpres des fêtes de Notre-Dame et le premier dimanche de chaque mois vient de là. Dans les premiers temps qui suivirent l'institution de la fête du Rosaire, il était d'usage que le prêtre célébrant portât une petite statue de la sainte Vierge pendant la procession.
RUBRIQUE. La connaissance des rubriques consiste à savoir appliquer aux offices religieux les rites convenables à ces offices. D'abord la rubrique s'apprenait par cœur; puis on l'a indiquée à la marge du Missel; • ensuite elle a été insérée au milieu du texte ; enfin, on a placé un cours de rubriques générales en tête du volume. D'après quelques auteurs, le mot rubrique, rubrica, serait synonyme d'écriture rouge, parce que, disent-ils, on a marqué d'abord les rubriques en lettres rouges, afin de les distinguer du texte. Cependant, Collet rapporte que Gavantus a vu peu de livres dans les manuscrits du Vatican où les rubriques fussent indiquées en caractères touges, et il ajoute qu'il n'a trouvé aucun Missel antérieur à 1557, dans lequel on donnât le nom de rubrique à l'ordre des cérémonies de la messe.
SÀBAOTH. Ce nom, du nombre pluriel, vient de l'hébreu Tsaba, qui signifie exercitm ; combiné avec le mot Dorninus, il signifie : Le Seigneur des armées. Dieu est ainsi appelé, à cause des légions d'anges toujours prêtes à exécuter ses volontés. C'est en ce sens que Jésus- Christ parle dans sa passion , lorsqu'il défend à ses disciples de se servir de leurs armes contre ses agresseurs,
SACRAMENTAUX. On nomme ainsi difierentes choses et différentes pratiques religieuses à l'aide desquelles on peut obtenir diverses grâces, selon les dispositions de rame , par exemple : manger du pain bénit , faire le signe de la croix avec de l'eau bénite, recevoir l'absoute du mercredi des Cendres ou du Jeudi-Saint, faire l'aumône, etc.
SACRE. On distingue deux sortes de Sacre : celui des évêques, qui leur confère un nouveau pouvoir sacerdotal, et celui des rois, lequel n'est à proprement parler qu'une bénédiction. On cile, comme le premier monarque qui ait été sacré, Théodose-le-Jeune, l'an 408. La plupart des auteurs prétendent aussi que Clovis fut sacré à Reims, par saint Remy, en 496 ; mais il pourrait exister quelque confusion entre le baptême et le sacre de ce roi. Le premier roi de France dont le sacre soit bien prouvé est Pépin, qui reçut l'onction vers l'an 750 . Cette cérémonie eut lieu à Soissons . En 11 79, une déclaration de Louis VII et une bulle d'Alexandre lll, renouvelée plus tard par
Innocent III, confirmèrent à l'église de Reims le privilégie du sacre de nos rois, qui lui avait été plus d'une fa 15 enlevé. Charles X est le dernier roi de France qui ait 6lé sacré; mais il paraît que, pour ne pas déplaire à ceux qui devaient le détrôner, ce prince avait consenti à la suppression de plusieurs cérémonies [voij. Ampoule). A son sacre, le roi reçoit diverses onctions sur la tête, sur la poitrine, sur les épaules, etc.
SACRÉ- COEUR (Fête du) . Dès le x\if siècle, quelques pieux personnages se firent remarquer parleur vénération pour le cœur sacré du Sauveur; on cite le P. Eudes (qui institua cette fête pour l'ordre religieux qu'il avait fondé et pour son séminaire de Caen), Marie Alacoque, le P. de la Colombière, etc. Mais ce culte n'a été solennellement établi dans l'Eglise qu'au siècle dernier, par un bref de Benoit XIV et de Clément XIII, à la suite de la cessation du fléau qui désola Marseille en 1720. M. de Belzunce, évêque de cette ville, au milieu de la désolation générale, avait ordonné une procession à laquelle assistèrent les autorités de Marseille, promettant d'assister à semblable procession chaque année, si le fléau disparaissait. Le saint évêque consacra son diocèse au Sacré Cœur de Jésus, et la peste disparut. L'anniversaire séculaire de ce bienfait a été célébré en 1820, à Marseille, avec la plus grande pompe et la plus grande piété (1). Toutefois, nous ferons observer que la fête du Sacré-Cœur ne devint
(1) Nous pensons que celte cérémonie n'a pas été sans inQucnce sur radoplioii de celte fêle, pour leur diocèse, par plusieurs évoques de France, tels que ceux de Paris, de Rouen, etc.
pas d'abord générale, et qu'on ne trouve pas encore une complète uniformité dans sa célébration, sous le rapport liturgique, ni sous celui de l'époque où on la célèbre. Dans le diocèse de Rouen , celte fête a lieu le troisième dimanche de juillet depuis 1841 ; elle fut ordonnée ea 1825, mais le jour de la célébrer a varié.
SACREMENT. Comme nous consacrons un article à chacun des sept sacrements , nous nous bornerons ici à dire que l'ordre dans lequel ils sont placés exprime l'ancienne pratique de l'Eglise dans leur administration. En effet , dans les premiers siècles , le baptême était immédiatement suivi de la confirmation et de l'eucharistie . La pénitence venait ensuite pour relever Thomme de ses chutes, puis l'extrême-onction, destinée à lui faciliter le passage de la vie à l'éternité. Enfin, l'ordre et le mariage sont comme les deux chefs dans la vie spirituelle et temporelle.
SACRISTIE. Jusqu'au xvii® siècle, il n'y eut pas de sacristie proprement dite. Dans les grandes églises , î'était ordinairement une chapelle qui servait à cet usage. Dans les églises de la campagne, le prêtre s'habillait jouvent sur une crédence placée du côté de l'épître, ou lerrière l'autel, ou simplement sur le bahut qui renfernait les ornements sacerdotaux. En certaines paroisses, ine pièce du presbytère servait à recevoir les vases »acrés, les linges, les ornements, etc., et le prêtre venait i l'église tout habillé pour la célébration de l'office [voy. )fACONiQUE). En quelques grandes paroisses, les suisses, es bedeaux et les enfants de chœur viennent encore; linsi de chez eux tout habillés.
SAINTS (CoMMUxN des). Dès les premiers temps chré tiens, l'Eglise ne tarda pas à se trouver dans l'impossibilité de consacrer à chaque saint un office spécial. Alors on partagea les bienheureux en plusieurs catégories, avec un office particulier pour chacune d'elles; c'est ce qu'on nomme le Commun des Saints, en ce sens que le même office est commun à plusieurs. Dans le diocèse de Rouen, les saints qui n'ont pas d'office propre sont classés dans les catégories suivantes : Apôtres, Martyrs, Pontifes, Docteurs, Prêtres, Abbés ou Moines, Laïques, Vierges, Femmes ou Veuves.
SALUT. Nous avouons que nous ne saurions dire à quelle époque a commencé cet office du soir,'dans lequel on donne la bénédiction du Saint-Sacrement ; nous ne croyons pas qu'il remonte beaucoup au-delà du xvi*" siècle. Il n'existe pas de rubrique générale pour les saints. En quelques églises, on les commence par l'introït du jour; ailleurs, par quelques strophes au Saint-Sacrement. On y chante quelquefois le graduel, souvent la prose, ou bien des répons et des hymnes. On termine par la bénédiction donnée avec l'ostensoir ou le saint ciboire.
Parmi les fondations mentionnées dans les archives de nos églises ou sur des pierres commémora tives, on trouve souvent des Saints. Il paraît que, dans ces saluls, il n'y avait ni exposition, ni bénédiction du Saint-Sacrement; on se bornait à chanter quelques hymnes, quelques répons, selon le vœu des fondateurs, ou l'une des antiennes saluantes : Ave, Regina; Salve, Regina
SALVE, REGINA, Cette antienne a été attribuée à divers auteurs; on en a fait honneur à Adhémar, évèque
du Puy, qui mourut à Aiilioche en 1098; à Hermann Contract, moine bénédictin, du même siècle; à Pierre, évêque de Composlelle, au xii^ siècle. Quoi qu'il en soit, il est certain qu'elle était en usage chez les moines de Cluny, au xf siècle, et chez les Dominicains, au milieu du XIIT^ On assure que saint Bernard, l'ayant entendu chanter dans l'église de Spire, en Allemagne, y ajouta les paroles qui la terminent : démens, ô pia, ô dulcii Virgo Maria I Dans le principe, cette antienne commençait ainsi : Salve, Regina misericordiœ ; plus tard, on ajouta Mater. Le mot suivant diflfère aussi dans quelques diocèses. A Rouen, on dit vitœ dulcedo, comme chez les religieux de Cluny et chez les Chartreux; c'est le texte primitif. Ailleurs, on dit vita, dulcedo. Le temps où l'on chante le Salve n'est pa^ non plus le même partout : à Rouen, c'est depuis la Trinité jusqu'à l'Avent; à Châlons-sur-Marne , c'est de la Purification au Jeudi- Saint. Les Trappistes ont adapté un chant admirable à cette antienne; ce chant, il est aisé de le reconnaître, a
inspiré celui de l'hymne de Santeuil : Stupete, gentes.
SAMEDI-SAINT. Nous ne pouvons donner le détail de toutes les cérémonies qui ont lieu en ce jour ; nous dirons seulement que la bénédiction du feu a eu lieu autrefois le Jeudi-Saint; il en était ainsi au riii^ siècle. Pendant longtemps, cette bénédiction se faisait tous les samedis de l'année ; mais, au xii'' siècle, elle fut restreinte au Samedi -Saint. La bénédiction du feu nouveau remonte à une haute antiquité ; au reste, on bénissait régulièrement tout ce qui était en usage pour le culte, et la métropole de Rouen avait conservé la coutume de
bénir du feu les trois derniers jours de la semaine sainle. Quoique la rubrique *prcscrive de le tirer d'un silex, . maintenant on se sert souvent d'allumettes chimiques; c'est plus expéditif, mais moins symbolique.
Nous avons parlé de la cérémonie du cierge pascal [voy. ce mot]. Quant aux leçons qu'on lit à cet office, c'est un reste de l'ancien usage de donner l'instruction aux catéchumènes qui venaient en ce jour recevoir le baptême. Quoique la bénédiction des fonts ait subi quelques modifications, son origine remonte aux premiers siècles de l'Eglise. Dès le vii° siècle, le peuple avait l'habitude d'emporter de l'eau baptismale pour en faire des aspersions dans les maisons , sur les récoltes , etc. Cette coutume est encore suivie dans les campagnes; mais, depuis le viii' siècle, il est défendu d'emporter de l'eau dans laquelle on a fait l'infusion des saintes huiles. On ne se sert plus guère d'eau bénite hors de l'église qu'au moment des orages et de l'administration des sacrements aux malades ; les petits bénitiers se voient encore cependant, auprès du lit, dans les maisons oii la religion est bien pratiquée.
SANCTUAIRE. Primitivement, on donnait ce nom à un espace, clos d'une balustrade, au milieu duquel était l'autel , c'est-à-dire à l'espace placé entre l'abside et le chœur [voy. ces mots). Depuis plusieurs siècles, celle forme a toujours été en s'altérant; aujourd'hui, on appelle sanctuaire le lieu, élevé de quelques degrés, au fond duquel est placé l'autel, adossé au chevet [voy. ce mot], ou entouré d'un grillage dans les grandes églises. Le
cancel qui fermait autrefois le sanctuaire a presque disparu partout depuis le siècle dernier.
SÀNCTUS. Le troisième canon du concile de Vaison, tenu en 329, ordonne de dire trois fois Sanctus, môme aux messes des morts et du carôme; ce qui semble indiquer que ce n'était pas alors l'usage général. Nous ferons^ ici une remarque importante, c'est que dans le principe leSanctus était une suite naturelle de la préface; le pape Sixte I" ordonna que le peuple chantât cette terminaison avec le prêtre, qui ne commençait pas le canon avant que ce chant fût fini. Plus tard, le prêtre ne prit plus part au chant du Sanctiis et se contenta de le réciter tout bas. Certains Missels contiennent une prière pour le célébrant pendant que le chœur termine le Sanctus. Aujourd'hui, on commence le canon immédiatement , sans attendre que le chant du Sanctus soie fini ; mais le célébrant et le chœur doivent s'y prendre de manière à ce que l'élévation n'arrive pas avant la fin du chant du Sanctus, afin que chacun soit attentif à la fonction la plus sainte du culte catholique (I). En quelques églises, on supprime quelquefois le verset Bencdictus; on le chante après YO salutaris de l'élévation , s'il reste du temps avant le Pater; cet usage n'est pas conforme à l'antiquité.
SANDALES. Les capitulaires de Charlemagne nous apprennent qu'à cette époque le respect que l'on avait pour les choses saintes était si grand, que les prêtres
(I) Les Missels du xvi* siècle foat cette recommandalion , parce qu'on avait encore à celle époque iliabilude d'intercaler des tropcs au Sanctus; ce qui railorigeail considcrablemcnt.
devaient quitter les chaussures qu'ils portaient habituellement , et célébrer avec des sandales , lesquelles étaient différentes selon la hiérarchie. Aujourd'hui, les évoques seuls se servent de sandales pour le Saint Sacrifice ; elles sont en soie brodée d'or, et nommées caligw. Le pontife récite une prière en les prenant. Toutefois, le mot caligœ semble plutôt convenir aux bas de cérémonie qu'on met aux évoques avant la messe pontificale, qu'aux sandales, sandalia, pedules; cependant, il est dit dans la prière : Calceapedes meos, etc. Certains religieux portaient aussi des sandales, qui consistaient en semelles de cuir attachées au-dessus du pied avec des boucles ou des courroies .
SCAPUL4IRE. Comme le mot l'indique, ce- vêtement servait autrefois aux moines , qui s'en couvraient les épaules, quand ils se livraient aux travaux manuels, afin de conserver leurs habits. Plusieurs auteurs attribuent l'institution du scapulaire, comme objet de piété, à Jean XXII, à la suite d'une vision de Simon Stock, général des Carmes ; d'autres prétendent que la bulle de ce pape est supposée. Quoi qu'il en soit, les Carmes commencèrent à porter le scapulaire en 1287, et Clément VII, Pie V et Grégoire XIII attachèrent des indulgences à cette pratique: La fête du scapulaire, dite de Notre'Dame-dihMont'Carmel, se célèbre en certains lieux le 16 juillet ; l'office a été approuvé par Sixte V.
Le scapulaire des religieux est composé de deux bandes de drap qui descendent sur le dos et sur la poitrine; celui des laïques consiste en deux petites pièces d'étoffe carrées et attachées à un ruban, pour les porter sous les
habits ; sur chacune d'elles est brodée Timage de la sainte Vierge.
SECRÈTE. On appelle ainsi Toraison (il y en a quelquefois plusieurs) qui précède la préface. Nous avons dit [voy. Offrande) qu'autrefois on choisissait parmi les offrandes le pain et le vin qui devaient servir au Saint Sacrifice ; c'est de là que vient le nom de l'oraison qui nous occupe. On la récitait sur les dons choisis et séparés des autres [sécréta, part, de secerno] , tandis qu'on chantait Tofifertoire [voy. ce viot). Aussi trouve-t-on généralement, dans les secrètes, la mention des dons offerts sur l'autel.
SEMAINE SAINTE. Jusqu'au viii® siècle, cette semaine fut chômée comme d'obligation. Vers le ix® siècle, le travail fut permis après l'office, durant les trois premiers jours. Enfin, depuis longtemps, l'on n'entend plus l'office que par dévotion (1). Si l'office des trois derniers jours paraît si différent des autres, c'est qu'il remonte à une haute antiquité, et qu'il a subi moins d'innovations; par exemple, il n'a ni invitatoire, ni hymnes, ni bénédictions, ni Te Deum, etc., parce que cet office existait avant l'institution de ces parties de nos offices ordinaires.
SEPTUAGÉSIME. La Septuagésime a été instituée au II** siècle par le pape Télesphore, disent les auteurs du Dictionnaire de Trévoux; toutefois, M. l'abbé Pascal assure qu'il n'en est pas question dans la liturgie romaine avant le vf siècle. Ce dimanche est ainsi appelé, parce
(i) Eq 4650 , le Vendredi-Sahu était fêlé jusqu'à la fin de l'office; dans nos campagnes, beaucoup de cultivateurs ne font pas encore labourer en ce jour.
qu'il se trouve soixante-dix jours, septuaginta, avant Pâques. Le calcul n'est pas juste, mais ce nom a été adopté, comme on avait choisi ceux de Quadragésime, Quinquagésime , Sexagésime , pour indiquer, ou à peu près, quarante, cinquante, soixante jours avant Pâques. Comme le jeûne de carême ne fut pas toujours uniformément observé, il arriva que ceux qui ne jeûnaient ni le jeudi, ni le samedi, ni le dimanche, commencèrent à la Septuagésime ; ceux qui n'omettaient que le jeûne du jeudi et du dimanche commencèrent à la Sexagésime ; enfin, ceux qui ne s'abstenaient du jeûne que le dimanche commencèrent à la Quinquagésime. Par ce moyen, chacun pratiquait à peu près un jeûne de quarante jours. A partir du ix® siècle^ le jeûne ne commença plus qu'au mercredi des Cendres ; comme le dimanche fut toujours excepté, le jeûne devint exactement de quarante jours pour tous.
SERVANT DE MESSE. La multiplicité des messes et le besoin d'en dire sans chant et sans solennité a mis les prêtres dans la nécessité de prendre des laïques pour servants. Dans le principe de cet usage, le servant laïque plaçait les burettes à portée du célébrant , et devait se tenir à une certaine distance de l'autel pour répondre; c'est ce qu'on tolère aujourd'hui pour une femme, quand le prêtre , obligé de célébrer, manque absolument de servant. Pendant longtemps le servant laïque devait être revêtu de la soutane et du surplis ; aujourd'hui , cette pieuse coutume n'est plus suivie exactement, surtout dans les campagnes.
SERVICE. On entend par ce mot une messe solennelle
des Morts, qu'on célèbre à la suite de rinhumation. Tertullien et plusieurs autres écrivains des premiers siècles parlent des messes anniversaires qu'on célébrait pour les morts. Saint Augustin nous apprend qu'on célébrait aussi des messes pour les défunts les troisième, septième et trentième jours après leur inhumation. On attribue à saint Grégoire-le-Grand l'usage de célébrer la messe- pour un défunt pendant trente jours après sa mort; il est à remarquer que le prêtre devait jeûner pendant ces trente jours. De plus, il faut observer que ces messes étaient toutes différentes : la première était du premier dimanche de l'Avent; la deuxième, de Noël;
la troisième, de saint Etienne : la trentième, des
Morts . Les services ne peuvent avoir lieu en certaines fêtes et en certains jours privilégiés, qui varient selon les diocèses. Il est d'usage de placer, pendant les services, une représentation mortuaire à l'endroit même où le corps avait été déposé le jour des funérailles (voy. Catafalque). C'est là qu'on fait l'absoute (voy. ce mot) après le service.
SEXTE. Cette partie de l'office se chantait régulièrement autrefois à la sixième heure du jour, c'est-à-dire à midi; aussi est-elle indiquée dans les ordinaires de Lyon et de Soissons sous le nom de Mendies, Aujourd'hui, cette Heure se chante après la grand'messe, à peu près encore vers midi.
SIGNE DE LA CROIX. Primitivement, on faisait le signe de la croix en portant la main au front, à la poitrine, à l'épaule droite et à l'épaule gauche. Au commencement du xiif siècle, Innocent III jugea qu'il était plus naturel de porter d'abord la main à l'épaule gauche.
et ensuite à la droite. On étend ordinairement trois doigts, pour indiquer les trois personnes divines. Le signe de la croix est employé dans toutes les cérémonies du culte, soit qu'on le fasse sur soi-même, soit sur difTérentsobjels.
SOUCHES. On appelle ainsi des faux cierges contenant un tube ea fer-blanc garni d'un ressort destiné à maintenir à l'ouverture supérieure une bougie placée dans ce tube. Cette invention remonte à l'année 1751 . Le Journal historique sur les matières du temps contient l'annonce de ces cierges à ressorts, inventés par le nommé Meissier, demeurant rue Charonne, à Paris. L'usage des souches, introduit pour éviter la malpropreté qui résulte parfois de l'emploi des cierges, n'a guère été admis au-dehors de la France.
SOUS-DIACRE. Le sous-diaconat n'a pas été considéré comme faisant partie des ordres majeurs avant le XIII® siècle. Le cinquième canon du concile de Carthage, tenu en 398, nous apprend que la forme de l'ordination du sous-diaconat consistait alors dans la tradition du calice et de la patène vides, faite par l'êvêque ; rarchidiacre lui remettait la burette, l'eau et l'essuie-mains; il ne recevait point l'imposition des mains ; ce n'est qu'au XII® siècle qu'on a commencé à le revêtir de la tunique, après lui avoir remis le manipule ; le livre des épilres lui est présenté ensuite. Les fonctions du sous-diacre consistent à préparer le pain et le vin pour la messe, à chanter l'épître, à verser l'eau dans le calice et à tenir propres les vases sacrés et les linges de l'autel. Jusqu'au pontificat de saint Grégoirele-Grand, il fut assez difficile d'astreindre les sous -diacres au célibat; depuis cette
époque, la règle a été mieux observée. Uu sous-diacre peut être dispensé de son vœu de continence pour le mariage ; ce qui n'a pas lieu pour le diaconat et la prêtrise. La raison de cette différence, c'est que ces deux derniers ordres sont majeurs de droit divin, tandis que le sous-diaconat n'est majeur que de discipline ecclésiastique. Les sous-diacres sont astreints à la récitation de l'office du bréviaire.
SOUTANE. Ménage dérive ce mot de l'italien sottana ou sotto, qui signifie un vêlement qu'on porte sous le manteau ; selon quelques auteurs, il vient de mltane, habit long que portaient les émirs ou parents de Mahomet; Ducange le fait venir de mhtaneum, toge destinée à être mise sous l'habit sacré. Dans les premiers temps, rhal3it ecclésiastique n'avait pas de forme spéciale ; la distinction consistait plutôt dans la couleur, puisque saint Jérôme recommande aux clercs de ne point se revêtir de couleurs éclatantes, ni trop tristes. On croit que la couleur blanche a été longtemps celle de la soutane; c'est encore la couleur conservée par le pape. Le violet, qui a été adopté par les évêques, était d'abord indistinctement porté par tous les ecclésiastiques. Paul II donna, dans le xv* siècle, la soutane rouge aux cardinaux. Le huitième canon du concile d'Arles, tenu en 1260, donne à entendre que la soutane avait à cette époque la forme d'une chape close ; d'un autre côté, nous voyons souvent le grand réformateur Eude Rigaud, archevêque de Rouen, reprendre dans le même siècle ceux de ses prêtres qui ne portaient point ce costume, cappas clausas; mais nous avouons que nous ne saurions décrire ce vêtement, qui pouvait
bien avoir quelque rapport avec celui que les Frères des écoles chrétiennes portent sur leur soutane. Peu à peu la taille de la soutane se rétrécit, et l'on ajouta dans ces derniers temps une longue queue retenue par un cordon. Ces longues queues, qu'on laisse traîner aujourd'hui avec tant de soin, étaient sévèrement défendues dans les premiers siècles de l'Eglise. Tertullien regarde l'habil long comme ridicule et incommode. Saint Clément d'Alexandrie condamne ceux qui portent des robes qui traînent à terre. Cette sévérité se relâcha au temps de saint Augustin ; mais il n'en est pas moins vrai que la loi de l'habit long ne devint générale qu'au temps de saint Charles Borromée. Avant cette époque, ce qui était surtout défendu aux ecclésiastiques, c'étaient les habits de diverses couleurs. Quand les évoques sont en deuil ou hors de leur diocèse, ils portent ordinairement la soutane noire ; alors ils ne sont distingués des prêtres que par la croix pectorale.
SOUTANELLE. Au siècle dernier, outre la soutane, qui descendait un peu plus bas que le milieu des jambes, les ecclésiastiques faisaient très -fréquemment usage d'une petite soutane qui ne descendait qu'aux genoux, et n'était à proprement parler qu'une espèce de redingote boutonnée jusque sous le menton. C'est ce qu'on appelait la soutanelle; elle était d'un usage habituel en France dès le xvii® siècle, particulièrement dans les campagnes, dont les curés ont parfois des courses longues et difficiles à faire pour visiter leurs paroissiens, surtout dans la saison pluvieuse.
STABAT MATER. On chante cette prose le jour de
jyofre-jDame-d^-Comjoamow,etmôme, en certains diocèses, tous les vendredis de carême. Le plus ordinairement, on la chante le Jeudi et le Vendredi saints. À Rouen, on Ta placée aux dimanches de la Passion et des Rameaux. Il nous semble que ce chant convient surtout au jour commémoratif des douleurs de la sainte Vierge , que nous venons de rappeler, et au Vendredi-Saint, jour anniversaire de la présence de Marie au pied de la croix. Malgré le blâme jeté sur le Stabat par le savant Thiers, nous trouvons cette prose empreinte de la plus suave et de la plus douce piété. On Ta attribuée à saint Grégoirele-Grand, à saint Bonaventure, au moine Jacopone, etc. Benoît XIV en fait honneur à Innocent III.
STALLES. Ce nom était encore des deux genres au siècle dernier ; mais le féminin a prévalu. M. Tabbé Pascal se reporte aux premiers siècles pour trouver l'origine de ces sièges dans les sedilia, subsellia, etc., dès prêtres placés autour de Tévéque, derrière l'autel. Nous ne croyons pas les stalles proprement dites si anciennes. Hyacinthe Langlois attribue cette innovation au clergé du ix"" siècle, lequel fit ceindre le chœur de boiseries, afin de se préserver du froid, surtout pendant l'office de la nuit. Ces premières stalles avjiient des dossiers fort élevés, et étaient couronnées de dais chargés d'ornements. Toutefois, nous croyons la forme des stalles actuelles beaucoup plus moderne. Au xv® siècle, époque où les stalles commencèrent à se propager, il n'y eut guère que les cathédrales qui continuèrent à se donner le luxe de stalles à couronnement; celle de Rouen en fit exécuter quatre-vingt-huit, de 1 457 à 1 469, qui coûtèrent
6961 livra 12 sous 5 deniers. Les boiseries sculptées qui surmontaient les dossiers ont été détruites, mais les sculptures des sièges restent, et ofTrent dans chaque stalla des sujets différents , 'sur lesquels Hyacinthe Langlois a publié un livre curieux. Cet écrivain pense qu'en décorant les miséricordes des stalles de sujets variés , on a voulu faciliter à chaque membre du clergé le moyen de reconnaître sa place parmi celle multitude de sièges de figure uniforipe.
Le nom de la stalle vient de stare, se tenir debout. En effet, on se tenait d'abord ainsi pendant l'office; mais ces offices étant devenus plus longs, on permit d'ajouter à la stalle un petit siège destiné à reposer les chanlres, tout en leur laissant l'apparence d'être debout; de là le nom de patience et de miséricorde donné à ce petit siège qu'on baisse à certaines parties de l'office, pour être plus commodément assis. Nous n'avons pas besoin de dire que, dans les campagnes, l'usage des stalles ne remonte guère au-delà du siècle dernier; antérieurement, le clergé se servait de bancs, bancalia, scamna. Plusieurs auteurs ont donné à la stalle le nom de forma, surtout à une époque reculée.
STATION. Pris dans l'acception que nous lui donnons ici; ce mot vient du latin stare, s'arrêter. D. Mabilloa nous apprend que trc^-anciennement le clergé de Rome se rendait en procession tantôt dans une église, tantôt dans une autre, pour y prier et célébrer la messe. Ce sont là les plus anciennes stations, dont nous retrouvons des traces dans nos processions de saint Marc et des Rogations. Ces stations avaient principalement lieu dans
le Carême et aux Qualre-Temps ; elles furent réglées par saint Grégoire, et étaient encore en usage en 774, quand Charlemagne fit son voyage à Rome.
On appelle aussi station la cérémonie qui se fait avant la messe et quelquefois après les vêpres, dans laquelle le clergé chante un répons ou une prose devant le crucifix placé à l'entrée du chœur [voy. Procession).
On fait aussi des stations , dans les églises indiquées , au temps du jubilé, pour gagner l'indulgence. Enfin, tout le monde connaît les quatorze stations du chemin de la croix, instituées pour honorer la passion de J.-C.
SUAIRE (saint). Oii honore en plusieurs églises le linge dont Joseph d'Arimathie enveloppa le corps de Notre-Seigneur; notamment à^Rorne, à Turin, à Aix-la- Chapelle, à Compiégne, à Toulouse et à Besançon. Il est évident que ces diverses églises ne doivent posséder chacune qu'un fragment du saint suaire ; ou plutôt il nous parait probable que ces diverses reliques [voy. ce mot] ne sont que des linges, brandca, qu'on a fait toucher au véritable linceul de Jésus-Christ. Bergior émet une autre idée : il dit qu'au moyon-àge, lorsqu'on représentait le mystère de la résurrection, on montrait au peuple un suaire empreint de l'image du Sauveur, et qu'on conservait ces suaires dans les trésors des églises ; d'après le savant théologien, ce seraient ces suaires qui auraient été pris pour le propre linceul de Jésus-Christ. La prose Victimœ de Pâques n'est qu'un reste de ce mystère [voy. ce mot) , qu'on représentait autrefois avant les laudes de la fête. Si l'un des suaires dont nous avons parlé était le véritable, ce serait sans doute celui de Toulouse; il a été
confirmé par quatorze bulles de papes , à parlir dô Clément m, en 1190.
SUFFRAGES. On appelle ainsi certaines commémorations qui suivent différentes parties de Toffice divin. Ces suffrages ne sont pas les mêmes dans tous les diocèses ; on y fait généralement mémoire de la Croix, de la sainte Vierge et du patron de l'église. G. Durand nous apprend que, dès le xiii® siècle , on feisait les suffrages après le Benedicamus, dans la plupart des églises.
SURPLIS. On rapporte qu'un professeur de séminaire disait un jour sérieusement à ses élèves que le surplis était ainsi nommé, parce qu'on y voyait plis sur plis. Nous aimons mieux l'étymologie de Ménage, qui dit que ee mot vient de superpellicium , attendu qu'on mettait autrefois le surplis ou surpelis sur l'aumusse et autres vêtements de peaux d'agneau ou de brebis. Cette étymologie est d'autant plus à préférer à la première que les surplis n'ont pas toujours été plissés. Le surplis n'est, comme le rochet, qu'une aube raccourcie , de manière ifi rendre la marche plus facile. Ses larges manches rappellent l'époque où on le mettait par -dessus les fourrures. Au commencement du xviii® siècle, on s'avisa de fendre ces manches et de les rejeter en arrière, artîstement plissées ; mais cette coutume n'est plus guère suivie. C'est ce qu'on appelle surplis à ailes; ces ailes ont été beaucoup allongées ^depuis leur invention. Au moyenâge, plusieurs Ordres religieux portaient continuellement le surplis dans le cloUre ; aujourd'hui , les clercs et quelquefois même les laïques s'en servent au chœur et dans les processions.
SUSCIPE, SANCTA TIUNITAS. Celle prière n'a pas toujours élé en usage, et elle oflfre quelques différences dans sa forme. Au ix® siècle, elle servait en même temps pour l'offrande du pain et du vin ; les fidèles s'en servaient même pour présenter leurs offrandes. Quand on eut adopté les prières Suscipe, sancte Pater et Offerimm pour offrir séparément le pain et le vin, on la conserva pour faire une offrande collective.
SYMBOLE. Le premier est celui des apôtres ; quoiqu'il soit probable qu'ils ne l'ont pas écrit eux-mêmes, il n'en est pas moins certain qu'il a été rédigé d'après leur doctrine. Saint Cyprien passe pour être le premier qui se soit servi du mot Symbole pour signifier l'abrégé de notre foi. Plusieurs auteurs ont affirmé que le symbole était réellement l'œuvre des apôtres, et ont indiqué la part que chacun y avait prise. C'est de là qu'est venu l'usage de représenter les douze apôtres tenant chacun un phylactère sur lequel est écrit un passage du symbole composé par l'apôtre représenté. Saint Pierre est le
premier, et dit : Je crois en Dieu, elc ; saint André :
Et en JésuS'Christ ; saint Jacques le Majeur : Qui a
été conçu ; saint Jean : Qui a souffert ; saint
Philippe : Est descendu aux enfers ; saint Barthélémy :
Est monté aux deux ; saint Thomas : D'où il viendra
juger ; saint Matthieu : Je crois au Saint-Esprit ;
saint Jacques le Mineur : A la sainte Eglise ; saint
Simon : A la rémission des péchés ; saint Thadée ou Jude : À la résurrection de la chair; saint Matthias : A la vie éternelle. On rencontre encore quelquefois les apôtres ainsi représentés dans les églises. Le pape saint Damasa
fit une loi de réciter le symbole des apôtres à chacune des heures de Toffice; au ix° siècle, on enjoignit cette récitation seulement avant matines, à prime et après complies.
Le second symbole liturgique est celui de Nicée, qui fut rédigé dans le concile de ce nom, en 325.
Le troisième est celui de Constantùwple, lequel n'est que celui de Nicée, avec l'addition de quelques mois pour confondre Arius et ses partisans ; cette addition concerne Tincarnalion , la divinité du Saint-Esprit et l'Eglise. De nouvelles erreurs s'étant élevées à la suite du concile de Nicée , saint Epiphane rapporte qu'on faisait apprendre aux catéchumènes ce symbole avec des additions , et entièrement conforme à celui que nous chantons, lequel a retenu le nom da Nicée. Le concile de Constantinople ne fit donc que d'adopter ce qui existait déjà. C'est le symbole ainsi adopté en 381 , par les Pères du concile, que Timothée, patriarche de Constantinople, commença à faire chanter dans son église en 510. Cet usage se répandit dans les autres églises assez difficilement, et ne fut complètement inauguré en France que vers le milieu du ix® siècle. Rome ne l'adopta qu'en 1014, etle pape Benoît VIII, à la demande de Henri P^ ordonna de chanter le symbole tous les dimanches. Un concile de Tolède nous fait voir qu'en 589 , c'est-à-dire peu de temps après la publication du concile de Constantinople, on le chantait à la suite du Pater. On attribue à saint Louis, roi de France, l'usage de fléchir le genou aux mots : Et incarnatus est, pour honorer l'humiliation du Fils de Dieu se faisant homme. Dans le principe, on ne
chantait pas le symbole à deux chœurs , comme on le pratique au moins depuis le xiv** siècle ; tout le chœur chantait unanimement.
Le quatrième symbole porte le nom de saint Àthanase, parce qu'il a été extrait de ses œuvres , quoiqu'il soit douteux que ce saint docteur l'ait composé. Parmi les statuts qui restent du concile d'Autun, réuni en 670 par saint Léger, il en est un qui ordonne aux clercs de savoir exactement le symbole de saint Alhanase, On a d'abord chanté ou récité chaque jour à Prime cette formule de foi; mais, au commencement du xvif siècle, on en a restreint l'usage au dimanche. Les Chartreux continuent à le dire tous les jours.
SYNCELLE. Dans les premiers siècles, on appelait ainsi un ecclésiastique chargé de veiller constamment sur les actions de l'évêque; il devait même coucher dans sa chambre. Le patriarche de Constantinople en avait plusieurs, et le premier était appelé protosyncelle. Les syncelles ont aussi éié en usage dans la France; le concile de Ptiris, tenu en 829, en renouvelle l'obligation dans son vingtième statut, afin d'ôter toute occasion de médisance aux méchants. Celle charge n'existe plus en Occident depuis plusieurs siècles.
SYNODE. Nous dirons ici seulement un mot du synode diocésain, ayant parlé du synode provincial à l'article Concile [voy.cemot]. Autrefois, on célébrait chaque année deux synodes dans le diocèse de Rouen; le synode d'été se tenait le mardi d'après l'Ascension, et celui d'automne le mardi qui suivait la Toussaint. Au siècle dernier, l'on n'avait conservé que le synode d'été, auquel
devaient assister les abbés, prieurs, doyens et curés du diocèse. Après avoir chanté dans la cathédrale toutes les prières prescrites par le Rituel , les ecclésiastiques présents se rendaient dans la cour de l'archevêché, où les mesures les plus propres au salut des âmes et à Futilité du diocèse étaient arrêtées. Il est clair que, dans les réunions synodales , on ne pouvait traiter que les points de discipline, et non les matières de dogme, comme dans les conciles.
TABAC. L*usage du tabac est permis aux ecclésiastiques comme à toute autre personne. Toutefois, don Bartholomé de la Camara , évêque de la grande Canarie , défendit aux prêtres de son diocèse, en 1629, de fumer avant de dire la messe et deux heures après ; il défendit aussi auï prêtres et aux fidèles de priser dans les églises ; mais ces défenses ne produisirent aucun effet. Il n'en fut pas de même de la bulle du pape Urbain VIII, qui défendit, en 1 604, de fumer dans le lieu saint. Cette sage proscription fut accueillie, comme elle devait l'être, parla soumission des fumeurs.
TABERNACLE. Il nous paraît impossible d'indiquer comment les espèces eucharistiques étaient conservées dans les premiers siècles de l'Eglise ; d'ailleurs, il n'y a jamais eu parfaite uniformité avant le xvii® siècle. On se servit d'abord d'armoires fixées à un pilier ou creusées dans la muraille . de manière à donner vue à l'extérieur
<( el par là même Dieu semblait veiller sur le cimetière». Parfois, Tautel était couvert d'un dôme porté sur quatre colonnes et surmonté d'une croix ; la sainte eucharistie était conservée dans une colombe d'or ou d'argent placée sous ce dôme, et qu'on faisait monter ou descendre à l'aide d'une poulie. Dans quelques églises, on réservait les hosties sur l'autel, où elles étaient recouvertes d'un pavillon de soie. On trouve des traces de ce pavillon dans le petit voile qu'on met en plusieurs lieux sur le ciboire ; il nous semble que le tabernacle étant convenablement tapissé, ce petit voile est maintenant inutile, à moins de s'en servir quand on porte la sainte communion aux malades , comme le Rituel de Rouen le prescrit. On fît aussi quelquefois usage d'un coffret garni de soie, pour remplacer le pavillon mobile. Quand vint le XV® siècle, on commença à faire de magnifiques petites pyramides en bois , qu'on plaça en-dehors de l'autel , dans lesquelles on renferma la sainte réserve (1). Mais, au commencement du xvii® siècle, on ordonna de mettre ces pyramides au milieu de l'autel, ou d'y faire construire un tabernacle ; ce qui amena la construction d'un grand nombre d'autels en rapport avec la nouvelle prescription
(1) On rencontre encore assez fréquemment, dans nos églises de campagne, ces jolies tourelles à jour. Quelquefois, on les a disposées de manière à servir de lutrin; ailleurs, elles sont placées sur le tabernacle; Téglise de Bures en possède une que nous avons fait mettre sur les fonts, en souvenir de l'ancienne coutume de réserver la sainte eucharistie dans le baptistère, pour la distribuer aux nouveaux baptisés»
liturgique (1) . Toutefois, le P. Arnaud, dans sa traduction du Trésor des Cérémonies ecclésiastiques, donne à entendre qu'en 1674 le Saint-Sacrement était encore en certains lieux au costé de l'Evangile hors de l'autel. Dans le diocèse de Rouen, les archidiacres s'appliquèrent à supprimer cette coutume, surtout vers 1635 (2).
Nous voulons ici indiquer une idée mystique qui nous a été suggérée par un ouvrier auquel nous demandions pourquoi les menuisiers honoraient sainte Anne comme leur patronne : C'est, nous répondit-il, parce que sainte Anne est l'auteur du premier tabernacle chrétien. Cet ouvrier faisait allusion à la sainte Vierge, née de sainte Anne, et qui avait porté le fondateur du christianisme dans son chaste sein.
TABLEAUX. Il est évident que, pendant les siècles de persécution, il n'existait aucunes peintures dans les lieux où se réunissaient les premiers chrétiens ; il est vrai qu'on en voit sur les murs des catacombes, mais les plus anciennes ne remontent pas au-delà du iv** siècle. Il faut même bien se rappeler que, pendant les premiers
(t) Avant cède époque, le tabernacle était toujours placé & côté de Tautel ; il en était môme encore ainsi, au commencement du siècle dernier, dans les églises de Notre-Dame -de -la- Ronde , de Sainl- Vincent, de Saint-Elienne-des-Tonneliers, de Saint-Cande-le- Vieux, à Rouen.
(2) Nous trouvons au moins inutile la coutume de placer un tabernacle aux autels où les saintes espèces ne sont jamak conservées. Nous n'approuvons pas davantage Tusage de placer une statue sur le tabernacle; c'est là la place de la croix, laquelle doit toujours être à portée des yeux du célébrant.
siècles, on évitait de placer les saintes images dans les églises, de peur de donner aux idolâtres un prétexte de persévérer dans le culte des idoles et de persécuter les chrétiens. Le Christ lui-même ne commença à être représenté sous la forme humaine qu'à la fin du vu* siècle , conformément au quatre-vingt-deuxième canon du concile de Constantinople. Un des plus anciens auteurs qui ait parlé des images est saint Paulin de Noie, mort en 431 , lequel dit qu'elles étaient les livres des ignorants. Au xïi® et surtout au xiii® siècle, les représentations religieuses prirent un grand essor dans les bas-reliefs, dans les statues qui ornèrent les églises, et dans les magnifiques verrières qui font encore notre admiration. Enfin, depuis le x\f siècle, les vrais tableaux, selon le sens du mot, les tableaux sur toile, font de quelques églises de véritables musées ; nos bannières elles-mêmes sont devenus des tableaux ambulants. Il serait bon de rappeler souvent aux artistes le canon du concile de Milan , qui défendait, en 1565, de peindre ou sculpter rien qui ne fût en harmonie avec les saintes Ecritures et l'histoire ecclésiastique.
TE DEUM. Avant la règle de saint Benoit, personne n'avait parlé de cette hymne. Les uns l'attribuent à saint Hilaire, de Poitiers, les autres, avec plus de probabilité, à saint Ambroise et à saint Augustin ; on croit que le chant a été composé par saint Ambroise. Dans le diocèse de Rouen, le célébrant encense l'autel aux fêtes triples et solennelles, en entonnant le Te Deum, et les chapiers s'arrêtent au verset Te ergd, quœsumus. On chante cette hymne, dans diverses circonstances, en actions de grâces,
et on la trouve avant Laudes , toutes les fois que le Gloria m excehis est marqué pour la messe du jour, excepté le Samedi-Saint.
TÉNÈBRES (voî/^^ Jeudi-Saint).
THÉOPHANIE [voy. Noël). Cette fête a quelquefois reçu le nom vulgaire de Typhaigne, nom qui a été porté par des familles, comme celui de Noël.
TIARE. C'est une espèce de mitre ronde, entourée de trois couronnes de pierreries, ornée de deux fanons qui pendent par-derrière , et terminée par un petit globe surmonté d'une croix. Ce bonnet ne remonte pas aune haute antiquité. Dans le principe, c'était une simple couronne, regnum. On a prétendu que Symmaque fut le premier pape qui porta la tiare ; mais cette tiare n'était autre chose qu'une couronne dont notre roi Clovis lui avait fait hommage. A la tiare primitive, Boniface VIII aJQuta une seconde couronne, et Benoit XIII, ou, selon d'autres, Jean XXII, une troisième. La forme actuelle de la tiare ne remonte donc pas au-delà du xiv* siècle, de sorte que le peintre qui veut représenter un pape doit considérer à quelle époque il a vécu , et ne pas représenter, par exemple , saint Pierre couvert d'une tiare moderne, comme on le voit dans certaines églises.
TONSURE. Ce mot indique une - cérémonie dans laquelle le pontife coupe quatre mèches de cheveux, en forme de croix, au sommet de la tête de celui qu'il veut initier à la cléricature ; il s'applique aussi à la partie rasée de la tête où le prélat a coupé également quelques cheveux. L'usage de donner la tonsure séparément des ordres mineurs ne s'est établi que vers la fin du vu® siècle.
Il parait que la tonsure a été introduite dans le clergé par les moines, qui se rasaient entièrement la tête, comme les esclaves, pour se rendre méprisables aux yeux du monde. Dans la suite, au lieu de raser toute la tête, on laissa une couronne de cheveux au-dessus des oreilles, apertis auribus. Enfin, on en est venu à la petite tonsure circulaire telle qu'on la porte aujourd'hui , et qu'on appelle improprement couronne; la couronne, c'était le rond de cheveux que l'on réservait autrefois au-dessus des oreilles. Au reste, la coutume de porter les cheveux rasés était anciennement commune à tous les chrétiens ; c'est en ce sens que le concile de Rouen ordonna, en 1056, à tout homme de couper sa chevelure, sit tomus, comme il convient à un chrétien. On a plus d'une fois donné la tonsure à l'âge de sept ans, afin de pourvoir le tonsuré d'un bénéfice simple ; aujourd'hui, on demande au moins quatorze ans, et il est nécessaire de savoir lire et écrire ; il faut de plus avoir reçu le sacrement de confirmation et témoigner de la vocation pour le ministère ecclésiastique.
TOUSSAINT. L'origine de cette fête remonte à l'an 731 , époque à laquelle Grégoire III dédia, dans l'église de Saint-Pierre, une chapelle en l'honneur de tous les justes qui reposaient par toute la terre. Quelques auteurs reportent cette institution au pontificat de Boniface IV, qui dédia le Panthéon d'Agrippa au vrai Dieu, en 609, sous l'invocation de la sainte Vierge et des martyrs; mais nous ne voyons pas là l'origine de la Toussaint selon toute l'étendue du mot. Cette fête fut d'abord célébrée le 13 mai; mais elle fut reportée au 1" novembre
par le pape Grégoire IV, à la demande duquel Louis-le^ Débonnaire l'établit dans ses vastes états en 835. le jeûne de la vigile de cette fête a été institué en 1022; l'octave ne fut établi qu'en 1480.
TRAIT. On nomme ainsi quelques versets de psaumes qui suivent le graduel et remplacent V Alléluia, depuis la Septuagésime jusqu'à Pâques et aux messes des défunts. Il ne doit jamais y avoir de prose aux messes qui ont un trait, la prose n'étant considérée que comme la suite, sequentia, des modulations de Y Alléluia; la messe solennelle des Morts fait seule exception.
TRANSFIGURATION. Quoique saint Léon ait parlé de la transfiguration de Notre - Seigneur , en expliquant l'Evangile, il n'est pas probable qu'il ait fait allusion à la fête qui porte ce nom, et qui ne parait avoir commencé que vers le ix® siècle. Dans le principe, elle ne fut célébrée qu'à Rome et eh Espagne; mais, au xv** siècle, elle fut adoptée dans tout le monde catholique, par ordre de Calixte III, qui en composa l'office en 1457 ; cet office a reçu quelques changements de la part de Pie V. La fête de la Transfiguration a longtemps été d'obligation ; mais on cessa de la chômer dès le xvi® siècle , à cause des travaux de la saison; dans le diocèse de Rouen, on ne cessa qu'en 1699.
Il était encore d'usage en plusieurs diocèses, au siècle dernier, de dire la messe du 6 août avec du vin nouveau. En quelques églises, on bénissait des raisins nouveaux après l'épilre , ou le plus souvent avant le Pater, et on les distribuait au clergé à YAgnus Dei. A Rouen, cette bénédiction n'avait lieu que le 14 septembre, à cause
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cle la position soptentrionale du diocèse (f). A Tours, le célébrant pressait un ou deux grains de ces raisins, dont il faisait découler le jus dans le calice, en disant les paroles : Per quem hœc omnia, Domine y semper bona créas y etc.
TRANSLATION. Nous avons parlé de la translation des reliques [voy. ce mot); nous dirons iei un mot de la translation des titulaires, des religieux et des fêtes. La translation des évéques , d'un siège à un autre , fut longtemps défendue , notamment par les conciles de Nicée et de Sardique ; ce dernier le défendit sous peine de privation de la communion , même à la mort [voy. Pape). Depuis sept à huit siècles, cette translation peut avoir lieu, avec l'assentiment du pape. La translation des curés, qui, au siècle dernier, ne pouvait encore se faire sans le consentement du titulaire, se fait aujourd'hui, sauf quelques exceptions, à la volonté de l'évêque. La translation des religieux s'opère par leurs supérieurs respectifs. La translation des fêtes doit être réglée par l'évêque diocésain; cette translation n'étant pas uniforme dans tous les diocèses, chaque prêtre doit suivre les règles de VOrdo publié daus le diocèse où il exerce le saint ministère. On célèbre quelquefois la fête principale d'un saint le jour de la translation de ses reliques .
TRINITÉ (Fête de la sainte). Toutes les solennités
(1) Â la cathédrale de Soissons, on bénit peut-être encore des pommes le S5 juillet, selon l'ancien usage ; M. Tabbé Malais nous a dit en avoir reçu une après la bénédiction à laquelle il assista en 1841 •
se rapportant à la gloire de la sainte Trinité, celte fête spéciale s'est établie difficilement. Instituée à Liège vers Tan 920, elle ne put obtenir l'approbation du pape Alexandre II, auquel on avait fait hommage de l'office de la Trinité. Cependant, elle fut reconnue par le concile d'Arles, en 1260, et le jour de sa célébration fut fixé au dimanche d'après la Pentecôte. Toutefois, quelques églises omettaient encore cette fête; d'autres continuaient à la célébrer à diverses époques de l'année; ce ne fut que sous le pontificat de Jean XXII qu'elle prit définitivement le rang qu'elle a toujours occupé depuis cette époque. En parlant de cette fête, presque généralement célébrée au xiii* siècle ^ Guillaume Durand dit que la Nativité étant appelée la fête du Père, Pâques celle du Fils, la Pentecôte celle du Saint-Esprit, on a fait très-àpropos d'instituer la fête des trois Personnes au jour de Foctave de la dernière des trois. Cette fête était célébrée il Rouen dès le xi® siècle.
TRONCS. Au rapport de Fleury, l'usage de placer des troncs, dans les églises, pour recevoir des aumônes, renjonte à la fin du xii® siècle. En 1199, Innocent III ordonna de mettre en chaque église un tronc destiné à recevoir les aumônes des fidèles en faveur de l'expédition de la Terre-Sainte. Ce tronc devait avoir trois clefs, dont la première était remise à l'évêque, la deuxième au curé, et la troisième à un pieux laïque. Aujourd'hui, les dépositaires des clefs des troncs de nos églises sont le président du conseil de fabrique, le trésorier et le curé. TUNIQUE. Cet ornement, qu'on confond aujourd'hui avecladalmatique (voy. cemot], tant ils sont semblables.
en était distinct dans le principe; maintenant, Tévêque seul porte l'un et l'autre sous la chasuble, quand iî officie pontificalement. Les manches de la tunique étaient plus étroites que celles de la dalmatique; elles ont subi le même changement, c'est-à-dire qu'elles ont été fendues par-dessous. La tunique est appelée, dans les anciens auteurs, Poderis, stricta Tunica, Subtile, habit long, tunique serrée, ornement de linge fin; ce qui nous montre que sa forme a beaucoup varié. Innocent III parle aussi d'une tunique entourée de clochettes, à l'usage de Vévêque. On prétend que les sous-diacres se servaient de la tunique dès le temps de saint Grégoire; mais le fait ne nous paraît pas démontré. Nous ne croyons pas cette coutume établie beaucoup avant le xiii* siècle. Dans les églises où le clergé est peu nombreux , un X laïque se revjêt quelquefois de la tunique, pour remplir une partie des fonctions du sous-diacre ; mais il ne se sert pas du manipule et ne touche pas le calice, à moins d'une permission spéciale. Il ne paraît guère convenable d'abandonner ces fonctions à des laïques, quand il y a des ecclésiastiques présents au chœur. Lebrun Desmarettes nous apprend qu'en 1718 le sous-diacre ne touchait pas encore les vases sacrés , pour le service de l'autel, à Notre-Dame de Rouen.
UT OUEANT LAXIS. Voici ce que raconte l'évoque Durand sur l'origine de cette hymne dont la première strophe a fourni le nom des notes de la gamme (voy. Chant) : Un diacre du Mont-Cassin, nommé Paul, se trouva un jour tellement enroué, au moment de la bénédiction du cierge pascal, qu'il ne put faire entendre sa Toix auparavant si claire. Alors il composa l'hymne Ut queant, etc., dont le premier verset peut être ainsi traduit : «0 saint Jean, dégagez la bouche coupable de vos serviteurs des liens qui la captivent, afin qu'ils puissent chanter les faits merveilleux de votre vie avec une voix sonore. » Le diacre , dit l'auteur que nous venons de citer, obtint ce qu'il demandait. Ce diacre doit ôtre Paul Warnefride, qui mourut vers l'an 801 .
VASES SACRÉS. Autrefois, on désignait seulement ainsi le calice et la patène, qui ne pouvaient être touchés que par l'évoque , le prêtre et le diacre ; la permission n'en fut accordée aux sous-diacres que par le concile de Brague, tenu en 572. Aujourd'hui, on accorde peut-être trop fréquemment aux sacristains Jaïques ce que le concile de Laodicée avait défendu même aux sous-diacres. On a donné plus tard le nom de vases sacrés au ciboire et à l'ostensoir [voy. ces mots).
VENDREDI- SAINT. L'office de ce jour n'eut rien (l'uniforme pendant les six premiers siècles; l'office actuel fut institué vers le vin** siècle. Les prières du Vendredi- Saint s'étendent jusqu'aux Juifs; mais l'oraison adressée à Dieu en leur faveur n'est point précédée de la génuflexion, parce que, disent la plupart des auteurs liturgistes, les Juifs ayant insulté J.-C. dans sa passion, en fléchissant les genoux devanllui, l'Eglise, en détestation de leur impiété, a supprimé la génuflexion, quand elle prie pour eux.
Le P. Lebrun est porté à attribuer l'origine de l'adoration de la Croix ù la piété de Venance Fortunat, qui mourut évéque de Poitiers vers l'an 609. On pense que c'est pour cette pieuse cérémonie qu'il composa l'hymne Vexilla régis (1 ) . On lui attribue aussi le Pange, lingua, qui se chante le Vendredi-Saint et au temps de la Passion; mais dom Ceillier dit que cette dernière est de Claudien Mamert, frère du saint pontife qui institua les Rogations.
Après l'adoration de la Croix, on dit la messe des Présanctifîés (voy. ce mot). Autrefois, il y eut plusieurs pays où, comme en Espagne, les églises étaient fermées pendant toute la journée, en signe de deuil.
Primitivement, on ne commençait l'office du Vendredi- Saint qu'à l'heure de None, et l'adoration de la Croix se trouvait placée dans l'après-midi, à l'heure de la mort du Sauveur; aujourd'hui, dans beaucoup de villages, on commence cet office le plus tôt possible, afin que les fidèles soient libres ensuite de vaquer à leurs travaux {voy. Semaine Sainte).
VENl CREATOR. Cette hymne est attribuée à Charle-
(I) Flcury dil que ce fut pour une translation de la vraie croix.
magne, qui composa plusieurs autres poésies latines. A Rouen, Ton a conservé le texte ancien ; mais, à Rome, Urbain VIII lui a fait subir plusieurs modifications.
VÊPRES. C'est ce qu'on nommait autrefois la douzième heure, soit parce qu'on la récitait à six heures du soir, qui était la douzième, selon la manière de compter de l'époque , soit parce que jusqu'à Charlemagne l'heure de vêpres était composée de douze psaumes. Aujourd'hui, on récite vêpres à toute heure de l'après-midi jusqu'au soir; pendant les fériés du carême, cette récitation a même lieu avant de rompre le jeune, vers midi, en mémoire de l'ancien usage de ne manger qu'après l'heure de vêpres en ce temps de pénitence.
VÉRONIQUE. On donne ce nom, vera icon, vraie image, au linge dont on assure qu'une pieuse femme essuya la figure de J.-C, et sur lequel, dit-on, le portrait de N.-S. s'imprima. On célébrait autrefois à Paris une fête en l'honneur de la Véronique, le mardi de la Quinquagésime ; mais il est bon de se rappeler qu'on entendait rendre un culte à l'image du Sauveur, et non à la pieuse femme qui essuya sa sainte face. Les personnes qui portent le nom de Véronique ne doivent donc pas honorer comme patronne cette sainte imaginaire, mais sainte Véronique de Milan, morte en 1497, béatifiée par LéonX, inscrite au nombre des saints par Benoit XIV, en 1749, et dont la fête se célèbre le 13 janvier.
VERSET. On désigne par ce mot certains petits traits chantés par les enfants de chœur, auxquels le chœur répond. Il y a aussi des versets chantés par l'officiant, mais ceux-là n'ont pas de neume comme les premiers ;
toutefois, le chœur répond sans neume. Dans le diocèse de Rouen, on ne répond point à haute voix aux versets chantés après les hymnes, ou à matines, par les enfants de chœur; nous ne saurions en indiquer la raison.
On nomme aussi versets les divisions de chaque chapitre de la Bible. La division des versets dans le Nouveau Testament estVœuvre du célèbre Robert Etienne, auquel on reproche d'avoir fait ce travail avec trop peu de soin ; cette division ne remonte donc qu'au milieu du XVI' siècle (1). Quoique défectueux en plus d'un point, le travail du fameux imprimeur a été conservé.
VEXILLA REGIS. Nous avons dit que cette hymne fut composée, au vi'' siècle, par saint Fortunat, évêque de Poitiers. Il parait qu'on a fait quelques changements et retranchements au travail du saint évêque ; la strophe crux, ave, n'est pas de lui.
VIATIQUE. Ce mot indique une provision de vivres pour un voyage; dans le langage catholique, il signifie l'eucharistie donnée aux malades, pour les disposer au passage de cette vie à la vie éternelle. Saint Justin nous apprend que, dès le ii® siècle, les diacres portaient la communion à ceux qui ne pouvaient venir la recevoir. Au siècle suivant, nous savons par TertuUien et saint Cyprien que, les fidèles étant constamment exposés au martyre, il leur était permis de conserver la sainte
(I) Uu siècle plus tôt, le rabbin M. Nathan avait divisé les chapitres en versets qui en contiennent cinq des nôtres. Dès le xu® siècle, le dominicain Hugues de Saint-Cher avait établi certaines divisions marquées en marge par les lettres A,B,C, D, E,F,G, placées à égale distance.
eucharistie dans leurs maisons , afin de trouver dans cet aliment divin la force de confesser la foi de J.-C. La rubrique du Missel de 1516 indique que c'était un usage à la cathédrale de Rouen de partager l'hostie en trois parts : le célébrant mettait la plus petite dans le calice; il communiait, ainsi que ses ministres, avec une des deux autres parties, et il réservait la troisième pour le viatique des mourants. De là l'usage conservé parmi nous de rompre la grande hostie en trois parts.
En France , il n'est pas d'usage de donner le saint viatique aux criminels condamnés à mort. Cette conduite a sa racine dans les lois civiles qui , jusqu'à la fin du XIV® siècle, aggravèrent la condamnation capitale, en ne permettant pas même au condamné de se confesser. Cependant, à k suite du concile de Vienne, tenu en 1 31 1 , dans lequel Clément V blâma les magistrats de cette conduite, il fut permis aux criminels de se confesser en allant à l'échafaud. Nous n'avons pas besoin de dire que la plus grande facilité est accordée aujourd'hui sous ce rapport; en quelques diocèses, on peut même donner la communion, soit la veille, soit le malin du jour de l'exécution, si celle-ci doit avoir lieu l'après-midi.
Non-seulement il a toujours été d'usage d'administrer le viatique à l'heure de la mort, mais encore on le déposa pendant longtemps dans la bouche des morts, avant de les inhumer^ malgré la défense de plusieurs conciles. Quelques auteurs ont vu là l'origine du viatique. De môme, ont-ils dit, que les païens mettaient une pièce de monnaie dans la bouche de leurs morts, pour payer le passage du Cocylcsur la barque do Caroh, avant d'arriver
aux Champs - Elysécs , de mémo les chrétiens , pour ménager la faiblesse des nouveaux convertis , dont il n'était pas facile de déraciner la vieille superstition, mettaient dans la bouche de leurs morts cette pièce de monnaie céleste (reucharistie) par la vertu de laquelle leur corps, comme leur àme, devait obtenir une vie immortelle. Nous lisons même dans le Parochiale ecclesiœ rolhomagensis, édité en 1651 , qu'à l'approche de la mort des évêques, on gardoit vne partie de IHostie qu'ils auoient consacrée la dernière pour mettre dans leur bouche après leur mort, comme Amphilochius remarque dans la vie qu'il a escrite de Sainct Basile, oit il dit qu'après sa Mort, on lui mit dans la Bouche vne partie de l'Hostie qu'il auoit la dernière consacrée, et que l'on auoit gardée pour cette cérémonie qui se pratiquoit lors entre les Chrestiens.
Lorsqu'on porte le saint viatique aux malades, si la chose est possible, le prêtre est précédé d'une clochette, pour avertir les passants, d'une lanterne ou fanal , et il marche sous un dais. Le décret du 13 juillet 1804 enjoint aux postes militaires de rendre les honneurs supérieurs au Saint-Sacrement, quand on le porte aux malades, et de détacher deux hommes pour l'escorter..
On donnait aussi le nom de viatique à ce qu'on distribuait aux religieux pour les frais d'un voyage ou d'une mission; ils parlaient quelquefois sans viatique, et demandaient l'aumône. Enfin, on a nommé viatique les sacrements de baptême et de pénitence administrés à l'heure de la mort.
VICAIUE. Le vicaire est celui qui exerce certaines
fondions à la place du titulaire. Le vicaire apostolique est ordinairement évoque, et commis par le pape, soit pour gouverner un diocèse dont le titulaire ne peut prendre soin, soit pour d'autres fonctions. Le vicaire général est un prôtre investi de la juridiction épiscopale ; il remplace l'évêque en tout ce qui ne constitue pas le caractère de l'épiscopat. En Franco, il y a deux vicaires généraux par évôché ; les archevêchés en ont trois. Les vicaires généraux ne peuvent exercer que pendant l'administration de l'évêque ou du chapitre qui les a nommés. Le vicaire perpétuel était celui qui, conformément à l'article 12 d'une ordonnance de 1629, desservait une cure dépendant d'un chapitre, d'une abbaye, d'un prieuré, à la place du curé primitif (voy. CcRÉ). Le vicaire de paroisse est nommé par l'évêque, pour aider le curé dans ses fonctions. Outre les vicaires ordinaires, il y a, dans certaines paroisses, des prêtres habitués qui remplissent presque les mêmes fonctions, et auxquels on fournit une existence convenable sur les revenus de l'église à laquelle ils sont attachés. L'institution des vicaires dans les cures remonte au moins au vi'ouvii" siècle. L'histoire ecclésiastique de cette époque nous dit que les curés de la campagne appelés pour former le clergé de la cathédrale devaient se faire reinplacer par des vicaires. Le concile de Lalran, tenu en 1215, dit la même chose.
VIGILE. Dès les premiers siècles dj l'Eglise, les chrétiens passaienlla nuit qui précédait les grandes solennités à prier et à chanter dans le lieu saint. Le mot vigile vient L donc de cifjilare, veiller, et de même qu'on a étendu ce
tiom au jour qui précède la fête, de même aussi on a donné à ce jour, dans l'usage civil, le nom de veille. Durand de Mendei dit que divers désordres s'étant introduits dans la célébration des vigiles, elles furent supprimées et remplacées par des jeûnes qui prirent eux-mêmes le nom de Vigiles ou Veilles. Dans la suite, plusieurs de ces vigiles n'obligèrent plus qu'à l'abstinence. Enfin, depuis moins d'un siècle, une grande partie n'ont plus ni jeune, ni abstinence; on en fait seulement l'office ou mémoire.
On compte quatre grandes vigiles dont on fait toujours l'oflice particulier en leur propre jour; ce sont celles de Noël, de l'Epiphanie, de Pâques et de la Pentecôte. Les autres ont été instituées plus tard, et l'office peut être changé de jour, ou môme supprimé.
On a aussi donné le nom de Vigiles aux matines de l'office des Morts, en souvenir de l'ancienne coutume de chanter cet office pendant la nuit. Quand on eut supprimé l'usage de veiller dans les cimetières, sur les tombeaux des martyrs, pour se préparer à la fête du lendemain, l'habitude défaire les obsèques nuitamment dura encore plusieurs siècles; il ne reste de cet antique usage que la coutume, suivie en certaines églises, de chanter pour le repos des défunts, pendant une partie de la nuit, le soir de la Toussaint.
VIN. Comme matière du sacrifice, le vin rouge nous paraît préférable au blanc, parce que sa couleur semble plus en rapport avec le sang de J.-C, et aussi parce qu'on est moins exposé à le confondre avec l'eau. Laissant de côté les raisons qu'on peut apporter pour ou
conlre ce sentiment, nous nous bornerons à constater qu'on se sert aujourd'hui presque généralement de vin blanc, peut-être parce qu'il tache moins le linge. En tout cas, le vin destiné au Saint Sacrifice doit être de bonne qualité et digne d'être oflert à Dieu, pour devenir ensuite le précieux sang de Jésus-Christ.
VISITATION DE L4 SAINTE VIERGE. Plusieurs auteurs pensent que cette fête a été instituée, en 1263, par saint Bonaventure, général des Frères Mineurs, qui la célébrèrent les premiers. Urbain VI l'étendit à toute l'Eglise en 1379; mais elle ne fut célébrée que sous son
successeur. En 1 431 , le concile de Bàle la fixa au 2 juillet. Cette fête était précédée d'un jeûne qui n'existe plus depuis longtemps. Saint François de Sales a institué un ordre de religieuses, sous le nom de Dames -de -la- Visitation, que l'on nomme communément Visitandines,
VISITE EPISCOPALE. Nous n'avons pas à nous occuper ici du cérémonial de cette visite, qui n'est pas le môme dans tout les diocèses ; chacun doit se conformer en cela aux instructions renfermées dans le Rituel diocésain. Les anciens conciles enjoignent aux évoques de ^faire souvent cette visite. Le vingt-neuvième canon du concile de Meaux, tenu en 845, blâme quelques évéques de leur mauvaise coutume de visiter rarement leurs diocèses, ou de ne les visiter jamais par eux-mêmes. Le concile de Trente reconnaît aux archevêques le droit de visiter le diocèse de leurs suffragants; mais ils n'usent plus de ce droit depuis longtemps.
VOILE. Le voile du calice est de même étoffe que la chasuble. QuoUjuos auteurs en font remonter l'origine
jusqu'aux t(3mps apostoliques ; mais nous croyons, avec le cardinal Bona, que le voile dont il est question dans les anciennes constitutions est celui qui servait de palle [voji. ce mot). Il est vrai que le concile de Brague, tenu en 675, défend de donner ou de vendre les voiles et les ornements de l'église , mais rien ne prouve qu'il soit là question du voile destiné à couvrir le calice jusqu'à l'offertoire ; toutefois , nous croyons son usage trèsancien.
En parlant de l'autel (voyez ce mot) , nous avons mentionné trois sortes de voiles qu'on plaçait autrefois dans le chœur ; il en reste encore une trace à Notre- Dame de Paris dans le grand voile qu'on tend, pendant le carême, entre le sanctuaire et le chœur, et qu'on replie à moitié, le Mercredi-Saint, à ces mots de la Passion : Et vélum templi scissum est.
Dans un grand nombre d'églises, le célébrant se sert d'un long voile de soie ou de drap d'or, en forme d'écharpe , pour prendre l'ostensoir ou le ciboire et donner la bénédiction du Saint-Sacrement. Cette coutume semble venir de l'obligation imposée autrefois aux sousdiacres de ne jamais toucher aux vases sacrés sans avoir les mains couvertes d'un voile. Cet usage a cessé pour les sous-diacres quand le sous-diaconat a été élevé à la dignité d'ordre majeur.
Il est aussi en usage de placer un long voile devant le Saint-Sacrement, pendant le sermon, comme pour marquer que toute l'attention des assistants doit se tourner vers le prédicateur.
Enfin, en parlant de la profession religieuse pour les femmes, on dît prendre le voile (voy. Prise d'habit).
VOTIVES (Messes). La coutume de célébrer des messes votives est très-ancienne dans TEglise. Le cardinal Bona cite un sacramentaire du viir siècle qui en contenait une vingtaine dont il donne les titres ; la plupart correspondent aux messes votives, ou au moins aux oraisons placées à la fin du Missel de Rouen. Quant aux jours où il est permis de dire des messes votives, chaque prêtre doit se conformer aux prescriptions du Missel diocésain.
XÉROPHAGIE. Ce mot, formé du grec xéros, sec, et phagôy je mange, rappelle un usage des premiers siècles, qui consistait en un jeune sévère dans lequel on ne mangeait que des fruits secs , et encore après le soleil couché. Ce jeûne n'était que de dévotion; les Montanistes furent condamnés pour en avoir fait une obligation pendant tout le carême.
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