‹ Dictionnaire du culte catholiqueChapitre 5 sur 7 · VM · texte numérisé non relu

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avaient assez généralement la forme d'un vaisseau : la porte figurait la poupe, Tabside la proue, et le corps du bâtiment, navisy la nef. Cependant, il y eut des églises octogones, rondes, etc. Les basiliques abandonnées au culte catholique par les empereurs chrétiens étaient des prétoires dans lesquels on plaidait les affaires contentieuses; il ne faudrait donc pas chercher d'idées de symbolisme dans leur construction. Ce fut plus tard que les églises furent bâties en croix, pour figurer le dernier supplice de l'Homme -Dieu (voy. Chevet) : l'abside représente la tête, les deux côtés du transept les bras> et le reste de la nef le corps.

Jusqu'à la dernière moitié du xif siècle, les ouvertures des églises, portes et fenêtres, furent à plein-cintre; c'est ce qu'on appelle le style roman. À partir de celte époque jusqu'au xvi® siècle, on adopta la forme aiguë ; c'est le style ogival, que l'on a nommé gothique (1), quoique les Goths aient disparu depuis le vi® siècle, sans avoir laissé quoi que ce soit qui ait la moindre ressemblance avec le style qui porte leur nom . Avec le xvi*' siècle reparut la forme architectonique grecque et romaine, qu'on désigne sous le nom de renaissance ; style froid et sans cachet religieux, qui alla toujours en déclinant jusqu'au siècle actuel .

Depuis 1850, une quarantaine d'églises ont été bâties

(f ) Le sens du mot gothique est de désigner une architecture hors

les règles classiques , et par conséquent barbare en un sens. Ce qui

faisait dire à D. Beaunier, en parlant de la cathédrale de Reims :

a II est vrai que toute celte église est d'une architecture entièrement

)) gothique J>

ou réédifiées dans le diocèse de Rouen. Ces constructions se partagent à peu près également en quatre classes , sous le rapport du style : roman, ogival, renaissance et nul ou mêlé de divers genres.

Quand le christianisme parut, il tourna à son profit le symbolisme païen, en attribuant à J.-C, vrai soleil du monde, Thonneur que le paganisme rendait à Phœbus; de même que les temples païens étaient dirigés vers l'orient, de même aussi les premiers chrétiens plaçaient leurs églises dans la môme direction. Mais, au v' siècle, le pape saint Léon défendit de prier du côté de l'orient, afin de ne point paraître favoriser certains usages des Manichéens qui adoraient le soleil. Quoi qu'il en soit, à part quelques ordres monastiques qui ont affecté de tourner leurs églises vers différents points , l'on a suivi assez généralement l'usage de diriger nos temples chrétiens d'occident en orient.

ÉLÉVATION. Pendant les onze premiers siècles , le célébrant se contentait d'élever l'hostie et le calice, à la fin du canon, en disant les derniers mots qui précèdent le Pater; l'élévation du calice ne fut même pas d'abord pratiquée, dans la crainte de répandre le précieux sang. Quelques missels donnent à entendre que, dans le principe, le prêtre soutenait le calice d'une main et aidé du diacre, tandis que de l'autre il tenait l'hostie sur le calice ainsi élevé, afin de faire adorer simultanément au peuple l'ensemble du sacrifice. La coutume de l'élévation vint à la suite de l'hérésie de Bérenger qui attaqua le dogme de la présence réelle de J.-C. dans l'eucharistie, vers l'an 1046; c'est alors qu'on commença à élever

rhostie et le calice, après la consécration, pour les faire adorer par les fidèles. Rome emprunta ce rit à l'église de France. En Espagne, au lieu de s'incliner, le peuple regarde l'hostie au moment de l'élévation. En 1201, Gui Paré, légat du pape, ordonna, étant à Cologne, que tout le peuple se prosternerait à l'élévation de l'hostie , annoncée par le son d'une clochette (voy ce mot], usage récemment établi.

L'usage de chanter pendant l'élévation n'est pas trèsancien : le cardinal Bona dit qu'il commença sous Louis XII, vers l'an 1500 ; les évéques de France établirent ce cérémonial à la demande de ce monarque , à cause des guerres qui troublaient son royaume. A cette époque, l'on ne chantait rien autre chose que la strophe salutaris. Le missel de Rouen n'en prescrit pas davantage actuellement encore.

ENCENS. D. Claude de Vert croit, avec saint Thomas d'Aquin, que l'usage de l'encens a été introduit dans le culte catholique pour corriger l'air vicié des temples souterrains, dans les premiers siècles; mais nous croyons plutôt, avec d'autres auteurs, qu'il fut introduit dans la liturgie catholique, à l'exemple de ce qui se faisait dans l'ancienne loi et même dans les cérémonies du paganisme. Saint Ambroise enseigne très-clairement qu'on brûlait de l'encens, au iv° siècle, dans le Saint Sacrifice.

Le Thésaurus sacrorum rituum du P. Gavanti, publié en 1736-40, dit que le célébrant doit mettre de l'encens dans l'encensoir avant de sortir de la sacristie pour aller à l'autel ; il ajoute que, pendant la messe, il doit en mettre trois cuillerées chaque fois qu'on lui présente

Vencensoir. Il semble que, avec une seule cuillerée, on pourrait satisfaire à la rubrique ter mittit, en répandant le contenu de la cuillère en trois fois.

On vend si souvent aux prêtres des poudres et des résines puantes, sous le nom d*encens, que nous donnerons ici une composition qui çi l'avantage d'être à bas prix et de produire une bonne odeur. Pour six francs, on peut se procurer un kilogramme de l'encens suivant : Mêler 450 grammes d'oliban , 250 grammes de benjoin, 1 20 grammes de storax , 1 00 grammes de sucre , 60 grammes de cascarille et 150 grammes de nitre ; le tout réduit en poudre produit une odeur agréable.

ENCENSEMENT. Lorsque, vers le commencement du IV® siècle, on commença à se servir d'encens dans l'église latine, on se bornait à le faire brûler dans les encensoirs, qui ne devaient pas dépasser le nombre de trois. Les encensements ne vinrent qu'un peu plus tard ; le prêtre encensait le dessus de l'autel, et ensui taie diacre encensait toutle tour. Il estdonc bon de se rappeler que, de nos jours, le célébrant n'encense pas les chandeliers ; les six coups d'encensoir dirigés de ce côté sont destinés au fond ou derrière de l'autel dont on ne peut faire le tour, comme cela se pratiquait autrefois.

Les encensements ne se font pas de la même manière dans toutes les églises ; chacun doit suivre les règles du diocèse dans lequel il exerce.

ENCENSOIR . L'encensoir était en usage sous l'ancienne loi ; l'historien Joseph nous apprend que Salomon en fit faire 20,000 pour le temple de Jérusalem, dans lesquels çn mettait des parfums , et 50,000 qui servaient à porter

— isole feu. Mais, à proprement parler, ces encensoirs étaient des cassolettes dans le genre de celles que Constantinle-Grand fit faire en or pur, pesant chacune trente livres, et qu'il donna à Téglisede Rome. Ces cassolettes étaient placées en un lieu fixe où elles étaient garnies de charbons sur lesquels on répandait de Vencens ; il y en avait aussi de plus petites dont on se servait pour encenser les autels, en les portant tout autour; pour encenser les assistants, on leur présentait ces cassolettes sous le nez, et ils en recueillaient la fumée avec leurs mains. Il en était ainsi au VIII® siècle. Plus tard, on suspendit ces cassolettes avec des chaînes ; les unes restèrent à poste fixe, comme nos lampes actuelles ; les autres servirent aux encensements, avec cette différence qu'au lieu d'élancer Tencensoir, comme de nos jours. Ton se bornait à décrire un cercle horizontalement. Les chaînes de Tencensoir, qui étaient primitivement très-courtes , ont quelquefois aujourd'hui jusqu'à deux mètres de longueur; c'est au moins moitié trop. Jusqu'à la fiii du siècle, il fut d'usage que le prêtre encensât le seigneur de la paroisse à Magnificat ; mais un décret du mois de juin 1790 interdit cette coutume, qui n'est plus suivie.

ENFANTS DE CHOEUR. Un passage de saint Jérôme donne à entendre que , dès le iv° siècle , les enfants de chœur concouraient à la célébration de l'office divin ; au moins, est-ce le sens que plusieurs attachent au mot adolescentuli employé par le saint docteur. En tous cas, Fortunat, évéque de Poitiers, nous a laissé de beaux vers qui ne permettent pas de douter que les enfants ne fissent entendre leurs chants dans l'Église au vi"" siècle.

EPIPHANIE. Fêle de la manifestion de J.-C, qui était célébrée , dans la primitive Église , le même jour que celle de Noël, sous le nom de Théophanie. Elle était précédée d'un jeûne rigoureux auquel ont succédé des festins et des réjouissances que plusieurs auteurs cherchent à rattacher aux saturnales des païens, qui commençaient en décembre et se continuaient en janvier; saint Astère, évêque d'Amasée, qui vivait à la fin du iv" siècle, a écrit dans ce sens. La fête de l'Epiphanie fut distinguée de celle de la Nativité sous Jules P'qui fut élu pape en 337; c'est donc au iv® siècle qu'on reporta au 6 janvier la solennité qui a pour objet de célébrer en un même jour le souvenir de l'adoration des mages , du baptême de Notre-Seigneur et le premier miracle fait à Cana.

La fête du baptême de J.-C. a été appelée Fête de$ Lumières, Illumination , etc. Les Pères de l'Église disent que les eaux du Jourdain furent sanctifiées 'par l'attouchement de la chair du Sauveur, et qu'elles reçurent la vertu d'opérer un grand nombre de guérisons. Saint Willebaud, évêque de Brème, nous apprend qu'au viii® siècle une corde était tendue sur le fleuve, au lieu où J.-C. avait été baptisé, et que les malades s'y tenaient pour se plonger dans l'eau le jour de l'Epiphanie.

Quoique la commémoration du miracle de Cana ait lieu le 6 de janvier, la plupart des saints docteurs pensent que ce prodige ne fut accompli qu'à la fin de février ou au commencement de mars. Avant 1789, on montrait, dans le monastère de Port-Royal, à Paris, une des urnes dans lesquelles on croyait que J.-C. changea l'eau en vin ; on pense qu'il en existe une autre

à Angers, dont M. Didron a donné un dessin dans les Annales archéologiques.

C'est une pieuse tradition dans TÉglise que les mages étaient rois, c'ést-à-dire petits souverains d'une province ou d'une ville ; toutefois, il est bon de se rappeler que les Perses donnaient le nom de mages à leurs docteurs, comme les Hébreux les appelaient scribes; les Égyptiens, prophètes; les Grecs, philolophes; les Latins, sages; les Gaulois, druides. L'on a donné aux mages différents noms qui n'ont rien d'authentique; le vénérable Bède les appelle Gaspar, Melchior, Balthazar. Il n'est même pas certain qu'ils ne furent qu'au nombre de trois, et les auteurs ne sont d'accord ni sur leur âge , ni sur leur pays, ni sur le moment de leur arrivée; pour fixer ce dernier point, il faudrait connaître d'une manière positive le lieu de leur départ et le moment où l'étoile leur apparut. Les uns ont pensé que cette étoile était une espèce de comète qui se montra extraordinairement ; les autres ont avancé qu'un ange avait pris cette forme ; au milieu de ces conjectures, l'Église n'a rien défini. Une tradition dit que les corps des mages reposent à Cologne, après avoir été à Milan pendant 670 ans ; c'est encore là un fait qui peut donner prise à la critique.

Jusqu'au xix® siècle , l'Epiphanie fut comptée parmi les plus grandes solennités de l'Église ; aujourd'hui elle^ est classée parmi les fêles renvoyées au dimanche qui suit le jour où elles tombent. En quelques diocèses, l'on a conservé l'usage d'annoncer, après l'évangile de l'Epiphanie, le jour où la fête de Pâques sera célébrée ; il est

question de celte coutume dans le concile d'Arles , tenu en 314.

ÉPITRE. Comme le plus souvent cette partie de l'office divin est extraite des Epitres de saint Paul et des autres apôtres, on lui a donné le nom d'Epitre. Dans les premiers temps de VÉglise, non-seulement on lisait ces fragments des lettres apostoliques , mais on en choisissait encore d'autres dans l'Ancien et le Nouveau Testament, dont les fidèles entendaient la lecture en langue vulgaire. Il nous reste quelques vestiges de cet ancien usage dans les messes des j)uatre-Temps. En plusieurs églises, c'était la coutume de chanter l'épitre en latin d'abord , puis en langue vulgaire; ou bien on chantait l'explication de Tépître en langage du pays , pendant que le sous-diacre en chantait le texte. Le P. Lebrun dit que cet usage existait encore en France au xvii® siècle.

Aujourd'hui , le prêtre a soin de lire en chaire , en langue vulgaire, l'épîtreetl'évangilede chaque dimanche, et il accompagne cette lecture de quelques, réflexions, conformément aux constitutions du cardinal de Lorraine, archevêque de Reims, en 15721 : Epistolam et evangelium dominicœ vulgari sermone pro ferre , atque interpretari semper aliquid ex eh,

Durand de Mende fait remarquer que, si les épîtres tirées des Actes des Apôtres ou de l'Apocalypse commencent par les mots In diebns ilHs, c'est parce qu'on rencontre souvent celte formule dans ces livres ; c'est pour la même raison qu'on trouve Fratres au commencement de celles qui sont ei^traites de saint Paul , et

Chariiiimi assez souvent en lête de celles qui sont prise» dans les autres apôtres.

ÈRE CHRÉTIENNE (votj. Année).

ÉTOLE. La stola des Latins était une robe à grandes manches, ouverte par- devant. Une bordure à larges bandes de soie brochées d'or partait du col et descendait jusqu'en bas. Vange qui apparut, sous la figure d'un jeune homme, aux saintes femmes qui allaient visiter le tombeau de J.-C. était vêtu d'une stole ou étole, cooper^ tum $tolâ candidâ. Portée d'abord parles dames romaines, cette longue robe fit plus tard partie du costume des personnes de haute distinction. Les ecclésiastiques s'en revêtirent sans établir aucune différence entre les clercs des ordres mineurs et les ministres des ordres supérieurs. Ce ne fut que vers l'an 364 que le concile de Laodicée défendit aux sous-diacres et aux chantres , par ses 22® et 23^ canons, l'usage de l'étole. Alors se fit une distinction entre l'étole commune , vêtement habituel , et l'étole uniquement, destinée à l'exercice du saint ministère. La différence consistait en ce qu'on brodait trois croix sur l'étole sacrée : une derrière le col , et une sur chacune des bordures du devant. L'ancienne forme de l'étole est rappelée dans la prière que récite le prêtre en mettant cet ornement : «Seigneur, dit-il, rendez-moi la robe d'immortalité que j'ai perdue dans la prévarication de mon premier père, etc.» Dans la suite, la bande ou bordure ne fut pas toujours attachée à la robe ; quelquefois même on se contentait de se la passer autour du cou, sans se revêtir de l'étole ou vêtement complet. Peu ^ peu , l'on finit par délaisser tout-à-fait la robe , e\

insensiblement le nom d'étole fut donné à ce qui d'abord n'en était que l'ornement accessoire. Dans ces premières étoles simplifiées, les deux bandes allaient en s'élargissant vers le bas ; mais Ton n'y voyait pas des échancrures comme dans les étoles actuelles. Quelques auteurs ont prétendu que les extrémités de Tétole avaient été élargies, afin qu'on pût y écrire les évangiles que le peuple se faisait lire; de là serait venu l'usage, encore suivi, de placer l'étole au-dessus de la tête des personnes qui demandent la récitation d'un évangile. Dans le principe, celte habitude aurait eu l'unique but de rapprocher le bas de l'étole des yeux du prêtre, afin qu'il pût lire plus facilement le texte sacré. Selon d'autres auteurs, le prêtre met ainsi l'extrémité de l'étole pour remplacer l'imposition de la main.

L'étole se met de trois manières : 1** les évêques la portent en laissant pendre les deux extrémités sur le devant; 2° pour célébrer la sainte messe, les prêtres croisent les doux bandes sur leur poitrine; 3"" les diacres la placent sur l'épaule gauche et ramènent les deux bouts sous le bras droit. Selon Claude de Vert, les diacres ayant continuellement besoin de leur main droite pour remplir leurs fonctions , auraient pris l'habitude de rouler l'étole sous le bras droit pour agir plus commodément, et de là leur serait venu l'usage actuel de porter l'étole. Nous croyons plutôt que cet usage viendrait de ce que les diacres auraient tourné l'étole primitive de manière à ce que l'ouverture se trouvât du côté droit, pour y passer le bras plus facilement.

EUCHARISTIE. Au iv" et au v^ siècles, le pape eavoyait

la sainte eucharistie, chaque dimanche, à tous les prêtres de Rome, afin de vivre tous dans la même communion. Ces saintes hosties, consacrées par le pape, étaient portées par ses acolytes, dans un vase qu'ils suspendaient à leur cou ; le conciliabule de Sardique, tenu en 347, accuse Paul de Constantinople d'avoir exposé la sainte eucharistie à la profanation, en faisant arrêter des prêtres qui la portaient ainsi.

Avant qu'on fit usage de pains minces comme de nos jours, il restait beaucoup de miettes et de petits morceaux des espèces eucharistiques , qui étaient consommés par les prêtres , le lendemain , dans la matinée ; ou bien , conformément au 6* canon du deuxième concile de Mâcon, tenu en 585, ces particules étaient trempées dans du vin et distribuées aux enfants qu'on amenait à l'église les mercredis et les vendredis ; ces enfants devaient être à jeun (voy. Communion).

Malgré les défenses de plusieurs conciles , on introduisit la coutume d'enterrer l'eucharistie avec le corps de ceux qui n'avaient pu la recevoir à l'heure de la mort. Cet usage ne prit fin qu'au viii® siècle.

EUCOLOGE. Ce nom a été pris des Grecs, qui nomment ainsi le rituel qui contient les prières et détails liturgiques relatifs à leurs cérémonies. Chez nous, ce mot désigne le livre qui contient l'office du dimanche et des principales, fêles de Tannée, selon le rit des divers diocèses. Aujour^ d'hui, on donne généralement à ce livre le nom de Paroissien, Heures y etc. Le peuple l'appelle encore Matines; ce qui vient de ce que les matines du dimanche se trouvent-en tête du psautier, au commencement du livre .

EULOGIES. Dans les premiers siècles chrétiens, on nommait Eulogies le pain qui restait de Toffrande des fidèles et qui n'avait point été consacré. Ce pain recevait une bénédiction particulière et était distribué , après la communion , à ceux qui n'avaient pu recevoir Feucharistie. Il fallait être à jeun pour recevoir les eulogies comme pour communier.

Non-seulement on distribuait les eulogies dans les églises, mais encore les prélats en envoyaient aux particuliers ; ils en échangeaient en témoignage d'amitié ; ce que faisaient aussi les paroisses. Quelques-uns s'envoyaient même la sainte eucharistie ; ce qui fut défendu, au IV® siècle, par le concile de Laodicée. Outre les eulogies du pain, on distribuait aussi les eulogies du vin ; ces dernières se sont même perpétuées en quelques églises jusqu'au siècle présent ; elles étaient presque d'un usage général, dans le diocèse de Rouen, aux 'fêtes de Pâques et de Noël, dans le xvii'* siècle.

Les premiers chrétiens communiaient tous avec le prêtre ; c'est au moment où la ferveur primitive cessa de se montrer que commencèrent les eulogies , c'est-à-dire vers le milieu du if siècle. Le pape saint Pie P' ordonna alors de prendre quelques parties desoblations du pain, de les couper en morceaux, de les bénir et de les distribuer les dimancheset fêtes, après la messe, à ceux qui n!auraientpas communié. Nous trouvons là l'origine du pain bénit. Cet usage était encore en vigueur au xiii® siècle ; ce qui porte Durand à donner au pain bénit la dénonunation de supplément de la sainte communion , sdncUB communionh vicarium. Aujourd'hui, le pain bénit est

présenté à tous les assistants, et se distribue au Credo, dans la plupart des églises , contrairement à l'ancienne coutume liturgique qui le considérait comme un supplément à la communion ; aussi, à cette époque reculée , était-il toujours distribué par un prêtre , et composé du même pain que la skainte eueharistîe ; aujourd'hui, on ajoute souvent, à la pâte de froment, du beurre, des œufs, du sucre, du sel, du poivre, etc.

Autrefois , comme chaque fidèle recevait en réalité l'eucharistie le jour de Pâques, on ne distribuait point en ce jour de fêle le pain bénit, qui n'est que le symbole de la communion. Il en est encore ainsi dans les campagnes ; seulement, le clerc-sacristain porte à domicile, le Samedi-Saint , des Pains à messe qu'il a fait bénir. C'est la dernière trace des eulogies.

ÉVANGILE. La lecture de l'évangile eut lieu, dans les assemblées des fidèles, dès la naissance du christianisme, et le pape Anastase ordonna qu'on se tint debout pour entendre cette lecture. Dans les premiers siècles, comme de nos jours, on ne lisait qu'une partie des évangiles, laquelle était précédée de la formule Lectio, qui a été conservée pour l'évangile qu'on lit à matines ; pour l'évangile de la messe , on substitua à ce mot celui de Sequentia, suite ou extrait. Durand de Mende fait remarquer avec raison que la formule In illo tempore est supprimée toutes les fois que l'évangile marque au début une époque déterminée ou un fait fixant son époque ,

par exemple : La quinzième année de Tibère Le

soir du sabbat, etc. C'est vers le iii^ siècle que com-

nença l'usage de produire le signe de la croix, au début

de révangile, sur le front, la bouche elldi poitrine, comme pour dire qu'on ne rougira jamais de publier Févangilé de J.-C. tel qu'on le croit dans le cœur. Les mots Lau$ tibi, Christe, qu'on répond à la fin de l'évangile, ne paraissent pas remonter très-loin; au xiii*" siècle, on répondait Amen ou Deo gratias.

La bénédiction que le diacre demande au célébrant, avant de chanter l'évangile, se trouve dans les anciennes liturgies ; avec quelques variantes, c'est toujours le Jubé, Domne, benedicere. Les chrétiens se servaient autrefois de l'expression Domne , au lieu de Domine , quand ils s'adressaient aux personnes de haute distinction. Ils réservaient la seconde qualification pour Dieu seul. De là est venu le titre de Dom qu'on donna d'abord à l'abbé des Bénédictins, puis aux prieurs, et plus tard à tous les religieux de cet ordre. et de plusieurs autres.

La coutume de porter le livre d'un autre côté de l'aulel pour l'évangile ne remonte pas au-delà du x" siècle; avant cette époque, il n'était transféré qu'au moment de l'offertoire, afin de laisser la place libre, du côté droit, pour y déposer l'offrande des fidèles.

L'usage de réciter à l'autel l'évangile de saint Jean, à la fin de la messe, n'est pas très-ancien. En plusieurs églises, le célébrant ne le récite, aux messes solennelles, qu'en retournant à la sacristie. Au xiii' siècle, le prêtre le disait en déposant les ornements sacrés. Voici comment il s'est introduit dans V Ordinaire. Les peuples ont toujours eu une grande dévotion à cet évangile , que les personnes pieuses faisaient réciter, à leur intention, par le prêtre qui venait de célébrcir la messe. L'afïluence de

ceux qui s'approchaient du sanctuaire, pour réclamer la récitation de cet évangile, était parfois si grande, que le célébrant était obligé de le réciter collectivement, en étendant le bout de Télole sur les postulants. Aujourd'hui, les fidèles demandent non -seulement la récitation de révangile de saint Jean, mais encore de plusieurs autres évangiles, en Thonneur de divers saints, pour obtenir guérison de différentes maladies. Jérôme Acosta voit, dans cette coutume, des traces des Messes sèches {ooy. te mot).

EVENTAIL. Dans l'Église grecque , on remet un éventail, flabelhim, au diacre, au moment de son ordination, en signe de l'accomplissement de l'une de ses fonctions, qui consiste à chasser les mouches qui incommodent le prêtre, pendant la célébration de la messe, et qui cherchent à s'approcher des saintes espèces. Cette coutume était encore en pleine vigueur, en France, au xiii** siècle. Ces éventails, qu'on appelait en vieux français esmouchoersy étaient composés de feuilles de palmier, de plumes de paon, etc. ; quelquefois, on y voyait divers saints représentés, ou seulement leurs noms inscrits. On conçoit que l'usage de l'éventail, venu des pays plus chauds que le nôtre, a dû s'y conserver.

ÉVÊQUE. L'institution des évoques remonte au temps des apôtres. Quand un évoque avait prêché avec fruit dans une contrée, il y établissait un successeur qui ordonnait les prêtres et les diacres nécessaires pour le seconder dans son ministère; c'est ainsi que Tite fut laissé à Crète par saint Paul. On appelait les pontifes qui se dévouaient à la propagation delafoi, sans s'attacher

A une église spéciale : Évêqnes Régionnaires ou Évêqueg des Nations. Les évêques spécialement chargés de la conduite d'une église étaient très -nombreux dans les premiers siècles ; il y en avait quelquefois jusque dans les plus petites localités. Le concile de Laodicée vint, au iv° siècle, changer cette coutume et transformer ces petits évêchés en paroisses dont les titulaires reçurent le nom de visiteurs, Visitatores (1).

TertuUien nous apprend que les évêques étaient élus parle clergé et parle peuple, qui choisissaient ordinairement un vieillard recommandable, parmi les prêtres et les diacres. Cependant, le choix se portait aussi sur des laïques. C'est ainsi que Sidoine Apollinaire fut nommé évêque de Clermonl en 472, quoiqu'il fût marié et père de cinq enfants. Alors il ne considéra plus sa femme que comme une sœur, et brilla dans l'épiscopat. Parfois aussi les électeurs déléguaient leur droit de nomination à un seul homme, dans lequel ils mettaient leur confiance. Sidoine Appollinaire, dont nous venons de parler, nomma ainsi Simplicius à l'évêché de Bourges. Plus tard, le peuple fut dépouillé de son droit d'élection, et le concile général de Constantinople, tenu en 869, réserva ce droit au clergé, qui lui-même en a été privé depuis plusieurs siècles. Cependant, le concile de Reims,

(i) On comprendra aisément le grand nombre d'évéques qu'il y eut anlrefois, en se rappelant que, même en France, on comple cinq "villes,"* dans un seul déparlement, qui avaient encore un évéché au siècle dernier : Monlpcllier, Béziers, Agde, Lodèvc, Saint-Pons. Antérieurement, il y en eut d'autres dont le nom est actuellement à 4)cine connu : Alais, Api, Rieux, Riez, Sénez, Sisleron.

tenu en 1049, sous le pape Léon IX, prescrit encore formellement que les évêques soient élus par le peuple et le clergé ; mais Tancienne coutume finit par être abolie, et c'est en vain que le clergé de France chercha à la rétablir en 1579 et en 1583. Nous avons dit que l'institution de l'épiscopat remontait au temps des apôtres; nous ajouterons que l'ordination des évêques se faisait encore pendant la nuit, au x** siècle, après le deuxième nocturne de matines; au reste, le moment précis de cette ordination a souvent varié.

On appelle évéque in partibus infidelium celui qui a un titre d'évéché dont le diocèse est occupé par les infidèles . Ce titre a commencé à être en usage au vii^ siècle , lorsque les évêques furent chassés de Jérusalem et des autres terres d'Orient par les Sarrasins. Leurs sièges furent conservés ; mais, eux, ils durent se retirer en d'autres églises, où des coadjutoreries leur furent attribuées pour les faire subsister. .

Anciennement, on qualifiait l'évêque de rr(}s-iSam<, Bienheureux; aux siècles derniers, on l'appelait encore Révéren4 Père en Dieu; aujourd'hui, il jouit du titre de Grandeur.

EXCOMMUNICATION. Nous n'avons à parler ici que du rit de l'excommunication majeure prononcée contre les chrétiens rebelles à l'Église. Voici celui qui se trouve dans le pontifical romain : Au milieu de douze prêtres qui tiennent des cierges allumés , l'évêque en aube , amict, étole et chape violettes, prend place sur le fauteuil qui lui est préparé devant le grand autel, ou même sur la place publique. H prononce l'anathème dans une

longue formule latine, à la fin de laquelle les prêtres répondent trois fois : P'iatl Ensuite ils jettent tous ensemble leurs cierges allumes à terre, puis on publie dans les églises de la ville ou du diocèse la sentence d'excommunication, avec le nom de Texcommunié. En certains lieux, on portait une bière devant la porte de celui qui avait été anathématisé, on lançait des pierres contre sa maison, et Ton vomissait des injures contre lui. On cite plusieurs exemples d'excommunication prononcée contre les morts.

EXORCISME. Cette adjuration faite au démon de sortir d un corps dont il a pris possession remonte à J.-C. Lorsqu'une possession a été constatée, le prêtre commis pour l'exorcisme se met en état de grâce d'une manière toute spéciale et, en présence seulement de quelques parents du possédé, il se revêt d'un surplis et d'une élole violette dont il place les extrémités sur le cou de l'énergumène , après, l'avoir aspergé d'eau bénite. Ensuite il se met à genoux pour réciter les litanies des Saints et autres prières indiquées dans les Rituels, en faisant les divers signes de croix prescrits. Quelques anciens Sacramentaires nous font connaître qu'on faisait autrefois des onctions d'huile bénite dans les exorcismes.

On trouve, dans les anciens Pastoraux, des exorcismes ou conjurations contre les orages, la grêle, les animaux destructeurs des récoltes, etc., auxquels les nouveaux Rituels donnent le nom de bénédictions ou de prières.

Au xiv^ siècle , on faisait aussi des exorcismes sur le pain, pour obtenir l'aveu de la vérité de la part des accusés. On pensait alors qu'un coupable ne pouvait

avaler une bouchée de ce pain exorcisé. De là est venue celle imprécation populaire : Que ce morceau de pain m étrangle, si je ne dis pas vraH

EXORCISTE. Aux premiers siècles, la charge des exorcistes consistait à prononcer les exorcismes sur les personnes possédées du démon, et sur les catéchumènes. Lorsque le nombre des possédés devint moins considérable, la fonction d'exorciste ne fut plus exercée que par les prêtres , qui aujourd'hui ont même besoin d'une autorisation spéciale de l'évêque.

EXTRÊME-ONCTION. Jusqu'au xf siècle à peu près, ce sacrementfut désigné sous le nom à'Oleum ou à'Unctio Infirmorum. On ne lui donna le nom à' Extrême-Onction qu'à partir de l'époque où l'on commença à ne l'administrer ordinairement qu'aux malades à l'extrémité. Dans les premiers siècles, il n'y avait guère que les personnes dont la vie n'avait pas été très-exemplaire qui recevaient ce sacrement.

Le quatrième canon du concile de Nantes nous apprend qu'au milieu du vu* siècle le prêtre chantait les Sept psaumes auprès du malade. Un pontifical de Narbonne cite aussi une hymne qu'on chantait au viii* siècle après avoir administré l'extrême-ouction. Mais il est bon de se rappeler qu'à cette époque On conférait assez souvent ce sacrement à l'église. Les anciens Rituels de Rouen prescrivent également les sept psaumes et les litanies ; mads il n'est resté que ces dernières et le Miserere.

Le nombre des onctions a beaucoup varié ; quelques anciens Rituels en mentionnent quinze, qui se faisaient sar les jeux, les oreilles, la bouche, la poitrine, les pieds^

les'mains, les reins, etc. On en faisait aussi sur les endroits où le malade ressentait de la douleur; aujourd'hui on en fait communément sept. Il semble que ce nombre a été le plus suivi, car, à partir du vi^ jusqu'au xii** siècle, on faisait souvent les onctions pendant sept jours de suite, sans doute une chaque jour.

Nous avons dit qu'aux vu** et viii'' siècles, on administrait assez souvent le sacrementd'extrême-onctiondans l'église. Cet usage dura jusqu'au xiii® siècle; mais alors on s'imagina faussement que ceux qui avaient reçu ce sacrement ne pouvaient plus user du mariage, ni manger de viande, ni aller nu-pieds. Ce fut par condescendance pour les ignorants qu'on ne conféra le sacrement qu'à l'heure de la mort; de là le nom d' Extrême-Onction, comme nous l'avons dit. A cette époque , la vénération qu'on avait pour ce sacrement était si grande, que le malade qui recouvrait la santé lavait les parties de son corps sur lesquelles on avait fait les onctions et jetait au feu l'eau qui avait servi à cette purification.

Au IX® siècle, pour se mettre en plus grande conformité avec le texte de saint Jacques : Inducat presbyteros ecclesiœ, etc., assez souvent trois prêtres étaient présents à l'administration de l'extrême-onction. A cette époque, on couchait le malade sur la cendre ; on lui en mettait sur la tête et sur la poitrine , puis on lui répandait de l'eau bénite mêléed'huile surle corps. Le Rituel de Rouen, imprimé en 1640, dit que le prêtre doit , avant d'administrer l'extrême-onction, mettre des cendres sur la poitrine du malade, et ensuite figurer une croix sur ces cendres, en disant : Mémento, etc. Aujourd'hui, on se

contente de figurer cette croix avec une pincée de cendres dont il ne reste presque rien sur la poitrine du malade.

FÉRIË. Cicéron nous apprend que les Romains désignaient par le mot Feria ou Feriœ les jours auxquels il n'était pas permis de travailler, c'est-à-dire les jours de fêtes et de sacrifices. L'empereur Constantin ayant ordonné que toute la semaine de Pâques fût chômée, on donna au lendemain de la fête le nom de feria secunda ou seconde fête de Pâques ; le surlendemain fut appelée feria tertia ou troisième fête, etc. Toutefois, il ne faut pas oublier que, dès le commencement du uV siècle, le mercredi et le vendredi sont désignés par TertuUien sous le nom de feria quarta et de feria sexta. Aujourd'hui, les jours de férié sont ceux auxquels on ne célèbre la fête d'aucun saint ; cependant, par suite d'une antique habitude, on appelle encore Jours fériés le dimanche et les qu-alre. fêtes d'obligation.

Quoi qu'on ait pu faire jusqu'ici pour donner aux jours une désignation convenable, ils ont conservé leurs noms païens, excepté le dimanche, qui était consacré au soleil , et que les A nglais nomment encore 5i(nrfay . Ainsi , on trouve, même dans certains brefs ecclésiastiques : Lundi ou jour de la lune; Mardi, jour du dieu Mars ; Mercredi^ jour de Mercure; Jeudi, ]Ouv de Jupiter; Vendredi, ]Qut de Véous; Samedi, jour de Saturne. Le Vendredi-Saint est désigné dans un Missel de Paris , imprimé eii 1546 ,

par ces mots : In die Venern sanctâ. Sous Charlemagne, le samedi fut spécialement consacre à la sainte Vierge, et, dans la liturgie, il a conservé assez généralement le nom de Tancien jour du repos, Sabbatum, On appelle fériés majeures celles dont on fait toujours Tofflce (1); les autres sont appelées mineures.

On voyait, avant la révolution de 1793, une épitaphe, dans réglise des Cordeliers de Paris, placée sur la tombe d'un homme qui mourut en 1338 le dimanche de la semaine des deux jeudis, die dominica duobus Jovis. Il parait que cette singularité vient de ce que le pape, n'ayant pu faire son entrée à Paris le jeudi, à cause de la pluie, elle fut remise au vendredi, auquel jour, pour la révérence de l'entrée, on mangea chair, et fust nommé jeudy, et la semaine des deuxjeudys.

FÊTE. On distingue deux sortes de fêtes : les fêtes de dévotion (2) , dans lesquelles il n'est pas obligatoire d'entendre la messe ni de cesser le travail , et les fêtes d'obligation, qui imposent ces devoirs et la sanctification du jour, comme au. dimanche. En outre, le mot féie

(i) Il y a quelques exceptions; par exemple, quand l'Annoncialion tombe un jour de carême, on fait seulement mémoire de la férié.

(2) Nous entendons ici par fêles de dévotion celles qui ont été supprimées en 4802, et dont on fait néanmoins assez généralement l'ofûce, telles sont : la Circoncision de Notre-Seigneur, la Chandeleur, rAnnoncidtion, le lundi et le mardi de Pâques, le lundi de la Pentecôte, la saint Jean-Baptisté , la Nativité de Notre-Dame, le jour. des Trépassés, la Conception de Notre-Dame et saint Etienne. Bien que la fête solennelle du Saint-Sacrement soit remise au dimanche, oa célèbre aussi par dévotion Toffice au jeudi , jour anciennement fêle i'obligation*.

semble avoir une double acceptioa : Feslum indique une fête plus ou moins solennelle, qui peut être transférée ; Festivîtas s*applique à une fête solennelle qui se célèbre, dans toute la chrétienté, le jour où elle arrive. Depuis le concordat de 1802, Ton ne célèbre, en France, que quatre Festivités en un autre jour que le dimanche : Noël, l'Ascension, l'Assomption et la Toussaint. Quatre Fêtes sont remises au dimanche : l'Epiphanie, la Fête- Dieu, saint Pierre au dimanche qui les suit, et la fête du patron au dimanche le plus proche de sa date , non empêché par une solennité.

Dans le diocèse de Rouen, les fêtes sont classées en sept degrés : Solennel, triple de première classe,. triplede deuxième classe , double majeur, double mineur,, semi-double et simple. Le dimanche ordinaire et non privilégié est classé entre le double majeur et le double mineur, c'est-à-dire que son office est privilégié sur les trois dernières classes de fêtes.

Les bornes de cet ouvrage ne nous permettent pas de parler de certaines fêtes ridicules et scandaleuses qui s'étaient. introduites, en des temps peu éclairés, dans certaines églises, telles que les fêtes de lAne et des Fous, à Rouen et à Beauvais.

FÊTE-DIEU. L'institution de celte fête ne remonte pas au-delà du xiii^ siècle; elle n'est même devenue générale qu'au siècle suivant , sous les papes Clément V et Jean XXII, tous deux d'origine française; on a commencé à la célébrer dans le diocèse de Rouen vers l'an 1315» Elle fut instituée pour honorer plus spécialement la sainte eucharistie et pour protester contre l'hérésie de Bérenger

qui avait nié la présence réelle de J.-C. dans ce sacrement adorable. Saint Thomas d'Aquin fut chargé par le pape Urbain IV de composer Toffice de cette solennité. Dans les premières processions qui eurent lieu le jour de celte fête, on ne portait pas le Saint-Sacrement; l'usage de le porter remonte à peu près à trois ou quatre siècles; il en est de même de la coutume de l'exposer et de s'en servir pour donner la bénédiction solennelle. Cependant, Mabillon pense que cette procession du Saint-Sacrement est beaucoup plus ancienne ; mais alors elle avait lieu le dimanche des Rameaux [voy. ce mot, et Ostensoir) ; ce qui s'est continué à Rouen, en ce jour, jusqu'à la grande révolution, comme on peut le voir dans les Processionnaux.

FÊTES SUPPRIMÉES. Les ennemis du catholicisme ont souvent blâmé le grand nombre de fêtes de l'Église, sans se reporter à l'époque où elles avaient été instituées! Avec un peu plus de réflexion, ils auraient reconnu que ces nombreuses fêtes n'avaient été établies que pour délivrer le peuple de certain servage auquel étaient condamnés les Manants, au profit des seigneurs. Autant de nouvelles fêtes, autant de jours de repos procurés aux malheureux. Ces fêtes ont été supprimées ou tranférées à mesure que le peuple a cru progresser dans l'indépendance. La dernière suppression a eu lieu en 1802, à la suite du concordat arrêté entre le pape et le premier consul. Alors, les fêtes patronales furent renvoyées au dimanche le plus proche de leur date. L'Epiphanie et la Fête-Dieu furent remises au dimanche suivant, ainsi que la fête de saint Pierre et saint Paul. Il n'y eut de conservé

comme fêtes d'obligation, célébrées en un autre jour que le dimanche, que VAscension, l'Assomption, la Toussaint et Noël.

A la même époque, on supprima certain nombre de fêtes, en ce sens qu'on délia les fidèles de l'obligation d'entendre la messe, du chômage et du jeûne delà vigile de ces fêtes. Les fêtes ainsi supprimées (1) furent la Circoncision, la Chandeleur, l'Annonciation, saint Jean- Baptiste, la Nativité de la sainte Vierge, la Conception, saint Etienne, le lundi et le mardi de Pâques, et le lundi

(1) Il y avait, dans le diocèse de Rouen , d'autres fêles supprimées antérieurement. On avait supprimé, en 1522, la Chaire de saint Pierre (22 février), V Invention^ de la sainte Croix, saint Jean- Porte-Latine , saint Cernais et saint Protais, la Translation de saint Eloi (25 juin), la Translation de saint Martin (4juiilet), saint Pierre-ès- Liens, Vinvenlion de saint Etienne (3 août), saint Thomas dé Cantorbéry et le mercredi de la Pentecôte. Vers d640, on supprima le mercredi de Pâques, et quelques années plus tard, le Vcndredi-Saint et YOrtave du Saint- Sacrement, En 1699, furent supprimées les fêtes de saint Vincent, de la Conversion de saint Paul, de saint Matthias, de saint Marc, de saint Barnabe, de sainte Madeleine, de sainte Anne, de la Transfiguration, de la Décollation de saint Jean, de VExaltation de la sainte Croix, de saint Denis, de saint Luc, de sainte Catherine, de saint Nicolas, de saint Thomas apôtre et des saints Innocents, Vers le commencement du XViii® riècle^ on supprima celler* de saint Jacques, saint Laurent, saint Barthélémy, saint Mathieu, qui furent remises au dimanche. En d767, eut Heu la suppression des fêtes de saint Jacques et saint Philippe, saint Michel, saint Simon et saint Jude, saint Martin, saint André, saint Jean évangéliste, et du mardi de la Pentecôte. Le jour des Trépassés, d'abord chômé jusqu'à midi, l'était encore jusqu'à la fin de l'office en 1766 ; l'obligation d'entendre la messe a été maintenue dans le liocèse de Rouen jusqu'en iB33.

de la Pentecôle. Malgré cette suppression, on n'en continue pas moins à faire Toflice en ces jours-là, avec la solennité qui leur est propre.

FEUILLAGE. Au xiir siècle, il était assez d'usage de

'Couvrir de feuillage et de verdure le pavé et les murailles

des églises dans les grandes solennités, même dans les

simples dimanches , in sollemphitatibus et dominim.

Souvent on se sçrvait de joncs ou simplement de l'herbe

qu'on fauchait dans le cimetière. Les comptes de l'église

de Granville contiennent une dépense de iiij sou$

vj deniers faite, en 1586, pour la fieullije de la Penthe-

cousie. Datis l'hiver, on substituait de la paille à la

verdure. Nous avons encore vu, il y a une vingtaine

d'années , placer des feuillages en certaines églises aux

jours de la Fête-Dieu et du patron de la paroisse. Cet

usage nous parait une imitation de ce qui eut lieu à

l'entrée de J.-C. à Jérusalem ; l'Évangile nous dit que le

peuple rompait des branches d'arbres pour les étendre

sur le chemin que parcourait le Sauveur.

FIANÇAILLES. Ce mot vient du latin fidere, se fier, et l'Église le rend par Sponsalia, parce que cette cérémonie concerne les futurs époux. Les fiançailles ne sont plus guère en usage en France depuis la fin du siècle dernier. Voici comment elles avaient lieu dans le diocèse de Rouen : Les futurs époux se rendaient à l'église accompagnés de leurs familles ; le prêtre, revêtu d'un surplis et d'une étole blanche , leur faisait promettre de dire la vérité, et leur demandait s'ils étaient libres de contracter mariage, s'il n'existait point quelque empêchement canonique^ s'ils n'agissaient pas par suite de menaces, de

violences, elc. Si aucune révélation ne venait alor^ mettre obstacle à Tunion projetée, le prôtre adressait une instruction aux futurs, et, après leur avoir fait promettre de s'unir en mariage, ils se donnaient la main droite, tandis qu'il prononçait les paroles : Ego affido vos, in nomine Patris, et Filii et Spiritûs sancti. Amen.

FIERTE. Ce nom, qui vient de /J^r^^/rwm et signifie cercueil, a souvent été employé pour exprimer une châsse [voy. ce mot) qui renferme les reliques des saints. La fierté de saint Romain donna lieu à une fête touchante, à la cathédrale de Rouen, jusqu'à la fin du xviii* siècle. Chaque année, on allait en procession, le jour de l'Ascension, prendre dans les prisons celui des criminels condamnés à mort, qui avait témoigné le plus de repentir de son crime ; on l'amenait chargé de fers sur la place publique; et là, au milieu de la foule, on brisait ses chaînes devant la fierté de saint Romain. Ensuite on le revêtait d'une tunique blanche; puis, après avoir levé la fierté du saint, on lui mettait une couronne de fleurs blanches, et il marchait au milieu de la procession jusqu'à la cathédrale, où il assistait à la messe, après laquelle il était rendu à la liberté. Ce privilège avait été accordé à l'archevêque et au chapitre de Rouen , par le roi Dagobert P% et renouvelé, en 1512, par Louis XII, en mémoire de saint Romain, archevêque de Rouen, qui avait délivré la ville d'un grand fléau. Toutefois, d'après le savant M. Floquet , l'institution du privilège serait postérieure à Dagobert; l'on n'en rencontrerait l'exercice qu'en l'année 1210, puis en 1238 et en 1267; enfin, cet exercice du privilège ne serait devenu annuel qu'en 1367.

En 1791 , les magistrats de Rouen écrivirent au minisire de la justice relativement au privilège de saint Romain ; mais il leur fut répondu qu'il n*y avait plus de privilèges aitx yeux de la loi; qu'il ne restait plus que la clémence du Roi. Trois jours plus tard, Louis XVI était dépouillé du droit de grâce! Nicolas Béhérie, de Boissay-sur-Ry, et Marie -Anne Pinel, sa femme, qui avaient tué un nommé Buquet, dans une querelle, furent les derniers qui jouirent du privilège de saint Romain.

FONTS. Ce mot. Fontes, nous rappelle les temps primitifs du christianisme, auxquels le baptême s'administrait sur le bord des rivières et des fontaines [voy. Baptême). Plus tard, on fit construire des baptistères [voy. ce mot] ; et, au xiii^ siècle, quand on abandonna l'usage de baptiser par immersion, on établit des fonts de différentes formes, pour contenir l'eau consacrée. Ces fonts du xiii° siècle sont encore assez communs ; ils sont en pierre et de forme ordinairement octogone ; dans ces derniers temps, on les a garnis intérieurement de feuilles de plomb, afin de remédier à l'infiltration de l'eau baptismale à travers la pierre. Chacun sait que la bénédiction de cette eau a lieu les samedis qui précèdent Pâques et la Pentecôte. L'usage de placer les fonts au bas de l'église vient de ce qu'on administrait autrefois le baptême en-dehors du temple saint.

FRACTION DE L'HOSTIE. Dans la primitive Église, rhostie, qui était fort grande, se partageait en trois parts, dont la première était mise sur l'autel et réservée pour les malades; la seconde était mise dans le calice; la troisième servait à la communion du prêtre et des assistants.

Jean d'Avranches nous apprend que ceci se pratiquait encore au xi* siècle. L'on a conservé Tusagede partager l'hostie du prêtre en trois parties, en souvenir de l'ancienne coutume, et aussi pour que la communion soit plus facile.

FUNÉRAILLES. Les chrétiens ont toujours célébré les funérailles de leurs morts avec respect; ils les enterraient ordinairement sur le dos, comme de nos jours, le visage tourné vers l'orient, après avoir récité ou chanté, selon les temps, l'office des morts ; on chantait aussi la messe à la suite de Prime, mais c'était la messe du jour, et non la messe des morts qu'on n'a commencé à célébrer que vers le vi** siècle. Quand l'enterrement avait lieu le soir, on disait une messe sèche (voy.ce mot) ; enfin, avant de procéder à l'inhumation, on faisait l'absoute (voy.ce mot). Durand nous apprend qu'au xiii® siècle on s'arrêtait trois fois, à partir de la maison du défunt jusqu'à l'église, et qu'à chaque pause, on faisait une absoute. Il existait aussi à cette époque une coutume qui est encore restée en vigueur pendant deux ou trois siècles, et qui consistait à placer avec le cadavre un petit vase rempli d'eau bénite ; on ajoutait parfois un second vase , dans lequel on faisait brûler de l'encens ; on y mettait aussi des feuilles de lierre, de laurier, comme symboles d'immortalité, etc. Dans les premiers siècles, on enterrait avec les martyrs une petite fiole qui contenait quelques gouttes de leur sang, et l'on couvrait leur bière de fleurs. Au v" siècle, on déposait quelquefois la sainte eucharistie sur la poitrine des pontifes ; ce qui •ut défendu par le concile d'Auxerre, à la fin du siècle

— IGO —

âuîvant. Nous savons aussi par TertuUien qu'on avait r usage d'embaumer les corps, après quoi on les revêlait de leurs habits et de leurs insignes. On portait même si loin le luxe de cette toilette de la tombe, que saiut Chrysostôme et saint Basile prêchèrent contre cet abus qui, d'un autre côté, excitait la convoitise et occasionnait la profanation des tombeaux. Au moyen-àge, on se faisait souvent enterrer sous un habit de moine, et Ton espérait par là fléchir la miséricorde divine. On avait coutume aussi de faire une onction, avec le saint chrême, sur la poitrine des prêtres et des moines défunts. Les récentes découvertes de M. l'abbé Cochet ont révélé un usage du XII" siècle, qui consistait à placer sur la poitrine du mort une croix en plomb sur laquelle était gravée la prière de l'absoute : Domimis noster Jésus Christus, etc., et quelquefois Confiteor et Misereatur, De nos jours, il est assez d'usage de revêtir les ecclésiastiques de leurs habits de chœur et de leur laisser la figure découverte, dans le cercueil, jusqu'au moment de l'inhumation, qui a lieu auprès de la croix du cimetière. Dans certaines paroisses, le prêtre, Parochus, est enterré les pieds au levant, comme les autres fidèles ; dans d'autres, il est inhumé dans le sens contraire des paroissiens , de sorte qu'au réveil général, il se trouve placé vis-à-vis d'eux, comme lorsqu'il leur adressait la salutation : Domimis vobiscum. Ce dernier usage était généralement suivi quand on enterrait dans les églises. Cependant, on trouve d'anciennes pierres tumulaires, dans les églises, qui annoncent que les ecclésiastiqu(is ont été inhumés vers l'orient. En tous cas, il ne convient pas de les faire en quelque sorte

marcher à reculons, en les portant au tombeau. Généralement, le célébrant jette trois fois de la terre sur le cercueil , en récitant une courte prière , avant que la tombe soit remplie [voy. Cimetière).

GANTS. Vers le milieu du xi* siècle, le pape Léon IX accorda aux abbés du Mont-Cassin la prérogative de porter des gants aux cérémonies de l'église ; mais il y avait déjà longtemps que les évoques s'en servaient. Ces gants reçoivent une bénédiction, et ceux qui en usent récitent une prière en les mettant. Autrefois, les simples prêtres portaient aussi des gants, aux messes solennelles, en allant à Tautél; mais ces gants étaient en cuir, au lieu que ceux des pontifes sont en soie; toutefois, Durand dit qu'au xiii® siècle ils étaient de peau de chevreau.

GÉNUFLEXION. Certains auteurs font remonter la coutume de faire des génuflexions jusqu'aux temps apostoliques; d'autres considèrent cet usage comme beaucoup moins ancien. Nous sommes porté à croire que les premiers ont confondu la génuflexion avec l'acte de prier à genoux; quand saint Jérôme dit que saint Jacques avait contracté une dureté aux genoux égale à celle des chameaux, nous ne pensons pas que ce fut à la suite de génuflexions proprement dites. Autrefois, on ne faisait point de génuflexions le dimanche ni pendant le temps compris entre Pâques et la Pentecôte. Depuis longtemps,

l'usage est d'en faire habituellement lorsqu'on passe

(levant Tautel, pendant le Saint Sacrifice, ou quand le Saint-Sacrement est publiquement exposé. Bocquillotse plaint de certains jeunes ecclésiastiques qui avaient introduit de nouvelles génuflexions, à la fin du xvii** siècle. Le Missel de Rouen de 1728 dit que le prôtre qui célèbre devant le Saint -Sacrement exposé doit s'incliner trèsprofondément en passant au milieu de Tautel , profwh dissimè inclinât ; au lieu de ces mots, le Missel de 1739 a mis genuflectit. Cette rubrique rend très-fréquentes les génuflexions, surtout aux messes basses.

GLAS. En 1 764, lorsqu'une personne tombait en agonie,

Tusage était, dans le diocèse de Rouen, de sonner 33 glas,

afin de réclamer les prières des fidèles pour Tagonisant;

cette coutume est encore suivie à Dieppe et aux environs.

Vers le milieu du xvii" siècle, cette sonnerie s'appelait

VAbboi'Mort, Au xiii® siècle, avant de mettre la cloche en

branle dans la sonnerie des morts, on faisait deux glas

pour une femme, et trois pour un homme ; pour un clerc,

on tintait autant de fois qu'il' avait reçu d'ordres ; on

sonnait à grande volée, quand on CQuduisait le corps à

l'église et quand on le portait à la sépulture. Ce dernier

usage est encore suivi ; mais le nombre de glas qui

précède la sonnerie n'est plus le mc^me : en certaines

paroisses, on en fait six pour une femme, et neuf pour

un homme ; dans d'autres , c'est onze et treize. Au

xvii^ siècle, la difi*érence de la sonnerie était basée sur

l'âge du défunt; nous avons sous les yeux une ordonnance

de 1659 qui prescrit de sonner six traits pour les grands

corps et trois traits pour les petits.

GLORIA IN EXCELSIS. Ce beau cantique a été dit

(^omme prière par les fidèles, avant d'élre iiilroduil dans l'ordinaire de la messe ; il fut d'abord ajouté à Toflice de matines, puis à la messe de minuit de Noël ; au commencement du VI® siècle, le pape Symmaque ordonna de le dire aux fêtes des saints et aux dimanches. Il est à remarquer que les évéques seuls jouissaient de la prérogative de le dire ; les prêtres ne pouvaient le faire que le jour de Pâques ; ce qui dura jusqu'au xi® siècle.

Les premières paroles de cette grande doxologie [voy. ce mot) ont été chantées par les anges, au moment de la naissance du Sauveur ; quant aux paroles qui suivent, il est impossible d'en indiquer l'auteur d'une manière certaine. Ce cantique a même subi quelques changements iepuis les premiers siècles. Alors on n'invoquait directenenl que Dieu le Père , dans la crainte de scandaliser es païens , en leur laissant croire que les chrétiens adoraient plusieurs dieux. Le cardinal Bona nous ipprend qu'on prit l'usage d'intercaler des tropes ou pieux commentaires chantés dans cette hymne en [certaines fêtes. Au vir et au \uf siècles, on avait l'habiude de le chanter à Tours, en grec, à la première messe ie Noël, et en latin, à la seconde.

GLORIA y LAUS. Durand raconte que Théodulphe, 5vêque d'Orléans , fut mis en prison à Angers , sous 'accusation d'avoir conspiré contre Louis-le-Débonnaire. Lu moment où l'empereur, accompagnant la procession [es Rameaux, passait sous les fenêtres de la prison, héodulphe entonna l'hymne Gloria, laus, qu'il venait B composer. Cette hymne plut tant à Louis , qu'il fit ettre l'évêque en liberté. Depuis ce temps, on chante

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