L'HISTOIRE DE METZ
IjE Département de la Moselle tire son nom de Tune des rivières qui l'arrosent : il est situé entre le 23.e degré, 6 minutes, 3o secondes, et le 25.c d. , 25 m. de longitude , et entre le 48.e d. , 55 m., et le 49«e d., 33 m., 20 s', de latitude } il se compose d'une partie des anciennes proviuces des Trois-Evêchés , de la Lorraine et du Barrois, D'après les traités de Lunéville et de Paris , il a acquis quelques villages des comtés de Créhange et de Hanau , ainsi que de la principauté de Nassau. Il est borné au nord par la Prusse et les Pays-Bas, à l'est par la Bavière, au sud par
les départemens du Bas-Pikin et de la Meurthe , à l'ouest par celai de la Meuse.
Lorsque César fit la conquête des Gaules, ce pays était Jiabi té par les Médromatririens , peuple compris dans la troisième province des Gaules, appelée Belgique (i\ Les Belges surpassaient les autres Gaulois en force et en bravoure, parce que, moins civilises, ils n'avaient pas encore été énervés par le luxe , et que d'ailleurs , voisins des. Allemands, ils leur fesaient une guerre continuelle (2) ; et «cependant la plupart d'entr'eux descendaient de ces mêmes Allemands qui, anciennement attirés par la fertilité du sol, avaient passés le Rhin et s'étaient établis dans cette province, d'où ils avaient expulsé les Gaulois (3)* Eii décrivant le cours du Rhin, César donne aux Médiomatriciens ce ileuve -pour limites (4) ,
(1) Les Gaules furent d'abord divisées eu trois provinces , TAcquitaine, la Celtique ou Lyonnaise et la Belgique. Auguste y ajouta U Narbonaise qui s'étendit jusqu'en Savoie. Enfin , sous le régne do Constantin, les Gaules furent partagées en dix-sept provinces qui comprenaient cent dix-sept cites. La# première Belgique ou Bel— gique-Supe'rieure se composa des villes de Trêves , de Metz, de Toul et de Verduiu
(2) Horum omnium fartissimi sunt Bctgra propterea quod à euh» longissimé absunt, minimé que ad eos mercatores saepe corameant atque ca quae ad effeminandos animos pertinent, important. Proximo que sunt Germani qui trans Rhenum incolunt, quibuscumque continenter bcUum gérunL Cœsar, L. 1.
(3) Sic reperiebat plerosque Belgas esse ortos à germants,
Bhenumque anliquitùs transductos propter loci fertilitatem ibi concessissc, Galles que qui ea loca incolerenl expulsisse. Cœsar , Lib. IL
(4) P#r fines Mediomatricorum fertur. Cœsar, Lib. IV. -
tl selon Strabon ils avaient pour voisins , à l'occident les lUiémois, au nord les Trévirois et au midi les Lucquois. Us embrassaient donc une giande étendue de territoire et devaient occuper un rang distingué dans la Confédération des Gaules. Cependant il ne paraît pas qu'ils soient entrés daus les ligues souvent formées contre les Romains : ils ne sont pa$ même cités au nombre des peuples de la Belgique qui se soulevèrent deux fois contre les armées de César 5 mais lorsque dans rassemblée générale de la nation, on résolut d'envoyer à Vercingentorix des\secours pour faire lever le siège d'Alisse, secouer le joug des Romains et recouvrer la liberté, alors les Médiomatriciens fournirent j pour cette grande entreprise, 5ooo hommes (1). César détruisit l'armée gauloise dans une bataille sanglante où des deux parts on fit des prodiges de valeur. Cette défaite n'empêcha point les nabitans de Chartres, de Beau vais, de Trêves, etc. de reprendre les armes Tannée suivante, où ils ne furent pas plus heureux j mais les Médiomatriciens, plus sages, évitèrent prudemment de se mesurer avec un ennemi si supérieur dans Fart de la guerre : ils recherchèrent son alliance et l'obtinrent. Bientôt les Romains leur accordèrent le droit de cité, les admirent dans leurs rangs, les élevèrent aux dignités de l'Empire. La sixième des légions romaines appelées Pseudocomilatenses ^ était toute composée dé
(1) Mediomatricb quina milita. Ce soulèvement général des Gaules eut lieu 5a ans ayant notre ère. Cœiar , Lir. VII.
Médiomatriciens. Ces légions se nommaient ainsi pour les distinguer de celles qui accompagnaient l'Empereur.
Le de'vouement et la fidélité des Messins né purent cependant les préserver de la fureur des soldats Romains qui, marchant contre Galba, furent saisis d'une terreur panique a Metz , où cependant ils avaient été bien accueillis. Ils prirent, subitement et sans sujet , les armes pour égorger les habitaus de cette Yille. Après beaucoup de sollicitations, Valens, leur général, parvint k faire cesser le carnage ; il en coûta la vie à quatre mille Messins. Ce terrible événement jetta l'effroi dans les Gaules, et de toutes les provinces où devait passer l'armée, on voyait accourir audevant d'elle magistrats, femmes, enfans, pour la fléchir (i).
Cependant, loin de garder aucun ressentiment
de ce cruel accès de frénésie qui avait fait périr tant de citoyens, les Messins réfusèrent, la même
année, d'entrer dans la ligue formée par Claudius Civilis, général batave, pour détruire la puissance des Romains dans les Gaules ; et même lorsque plusieurs légions Romaines qui, à la sollicitation de Classicus et de Tutor, avaient lâchement pris le parti des rebelles, et juré de combattre pour Tin-
(i) Divoduri (mediomatricorum id oppidum est) quanquamomni comitate exceptos, subitus pavor interruil, raptis repenté armis, ad caedem innoxiae civitatis non ad praedam , sed furore et rabie et causis incertis : donec precibus ducis niiiigati ab excidio civitatis temperavère, caesa tamen ad quatuor millia homiaiun. Isque terror galbas invasit Tacite, I- I, §. 63. \
dépendance des Gaules, s'enfuirent de Trêves , honteuses de leur défection, elles trouvèrent un azile à Metz. (i).
Lorsque Pétilius Cérialis, après avoir défait les Belges à Rigols, rentra victorieux à Trêves, il y rappela ces mêmes légions. Touché de leur repentir et de leurs larmes, il leur accorda un généreux pardon , et fit publier dans toute Tannée la défense expresse de leur reprocher jamais ni leurs revers , ni leur sédition (2). '
Metz , avantageusement située dans un . pays fertile, au confluent de deux rivières, dont Tune est navigablô jusqu'au Rhin, fut pour les Romains un poste important, un agréable séjour. De nombreux monumens, dont il ne reste plus que de faibles vestiges , attestent le haut degré de splendeur où cette ville était parvenue, sous les Empereurs. Elle eut un vaste amphithéâtre, une naumachie, des thermes, un palais impérial, des magasins militaires et une garnison toujours nombreuse, pour repousser les Allemands qui sans cesse menaçaient d'envahir les Gaules. Metz était traversée par six grandes routes d'où les légions pouvaient au besoin se porter rapidement sur tou*
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(x) Legioncs in inediomatricos , sociam civitatem abscessera. Tacite, Liv. IV, g. 70. Cet événement se rapporte à l'an 70 de Père
chrétienne. *"
(2) Convertit indé animos accitafam è Mediomatriciç fegionum mificrabilis adspectus . . . 'f une recepti in castra et edictum pçr manipulos, ne quis in certamine jurgis vc, seditionem . aut «la-* dem lommiciioni objectaret, lbidtm, 72*
les points les plus éloignes du vaste Empire romain.
Inébranlables dans leur fidélité , les Messins furent assez sages pour se préserver des soulèvemens^ des troubles , des dissensions qui désolèrent si souvent la plupart des autres provinces gauloises. Cinq siècles de paix et de prospérité sous la protection des Romains furent cependant troubles *par deux sanglantes catastrophes: la première vers Tan 262 , sous l'empereur (iallien, lorscmé Chrocus, roi des Allemands , pénétra par Mayence dans les Gaules et parvint jusqu'à Arles,, laissant partout des traces de sa férocité. Metz tomba en son pouvoir, et il fit passer lès babitans au fil de Vépèe*
Cette ville fut saccagée de nouveau en 45 1 , par Attila qui, la veille de Pâques, s'en empara de vive force, fit massacrer les babitans, égorger les prêtres au pied des autels , et réduisit la ville en cendres. Les flammes n'épargnèrent que le modeste oratoire de S^-Etienne, situé alors dans le lieu où, six siècles après, la Cathédrale fut J>âtie.
II faut sans doute rapporter à ce dernier événement la destruction des grands édifices dont les Romains avaient décoré la ville de Metz, qui fut entièrement bouleversée. On en a trouvé de prépeux restes, en divers tems, sous la rue des Murs, au pied de la, porte Serpenoise, sous la place d'Armes, etc. Plusieurs de ces antiquités encore noircies par le feu, attestèrent l'incendie (ÏÇM Me# fut dévorée a çette époque désastreuse,
il)
Cette cité ne tarda pas à sortir de ses ruines : un siècle après, elle eut la gloire de rétablir k Soissons JKgidîiis ou Gillon , général romain , que 'Œtéèïric l^rot'tfes Francs, en avait expuise.
L Empire rôinaîn était tombe én et èependant Childéric n'avait encore eu que cl e faibles succès tfarislës Gaulés. Après la mbrt de ce Pfitice, en 481 , Cloyîs son fils rassemble au-delà du Rbin uné petite arniée , passe ce 'fleuve a Cologne', pénètre jusqu'à Soissons par la forêt des Ardènnesr, "et remporte, en *4 86, sous les murs de cette ville, une victoire décisive * qui enlève à Siàgrius^ fils Vr&gidius le reste du pouvoir qu'il avait conserve • aux Romains dans les Gaules. Cependant ce général reçut encore l'hospitalité à Metz, avant de se réfugier à Toulouse chez Alafic, roi des Visigots.
Cl 0 vis avait porté ses armes jusqu'au fond de TAcqùitaîne }'Alaric même avait succbihbé en 5on sous lés murs de Poitiers, et lés Mediomatricieds conservaient encore leur indépendance } inali après , la réduction de Verdun , en 5 10 , ils se rângèrèni volontairement sôûs la domination de Clovis. Ce grand prince mourut Tannée suivante ; il avait partagé ses Etats entre ses quatre fils, Thierry, Clodomir , Childebert et *Clothairé. Thierry, qui était l'aîné, eut les provinces arrosées par la Meuse et le Rhin. Il choisit Metz pour la capitale de son royaume, qui prit le nom d'Anstrasie , parce qu'il était situé à l'Orient.
Monté sur le\trône à l'âge de x8 ant, il jouît
pendant plusieurs années des douceurs de la paix ; elle fut troublée en 5ao par une descente que les Danois firent à l'embouchure de la Meuse. Thierry fit équiper une flotte, et envoya son fils Théodebert à la poursuite des Danois qui, entièrement défaits, furent obligés de s'enfuir précipitamment. Leur roi Cochiliac fut tué dans le combat
Eu 53 1 , Thierry s'empara de la Thuringe dont il dépouilla Hermanfroi, après lavoir aidé, onze ans auparavant, à chasser son frère* Balderick de ses Etats (i).
Pendant cette expédition, le bruit de sa mort se répandit, et son frère Childebert se hâta d'entrer dans l'Auvergne qui appartenait à Thierry. Forcé bientôt d'abandonner cette province , il y excita des soulèvemens que Thierry réprima par la force des armes et en fesant couler le sang des rebelles , et assassiner Munderick , qui en était le chef. Trois ans après ces peuples se révoltèrent de nouveau, parce que Sigivalde, leur gouverneur , les avait réduits au désespoir par ses violences et par ses rapines; mais le roi les apaisa en fesant arrêter ce seigneur qui , conduit à Metz , y fut décapité.
Pendant que Thierry occupait son fils à chasser de l'Acquitaine les Visigots et les Ostrogots, ce prince s'emparait de plusieurs royaumes au-delà
M °n rapporte que Thierry, se promenant sur les remparts de T olbiac avec Balberick . un seigneur de ia suite du roi poussa ee prince plans le fossé ou il mourut de sa chute.
du Rhin, et les réduisait en duchés, tels que ht Bavière , la Slave , une partie de la Saxe , etc.
On attribue à Clovis la publication de la loi Salique; mais Ton s'accorde généralement à regarder Thierry comme le législateur des Francs, dont il fit rédiger les constitutions à Châlons. Il mourut en 534, après un règne assez glorieux de vingt-trois ans. Il fut enterré à Metz.
Théodebei t qui , de bonne heure , s'était acquis Koû une gloire militaire , sous les ordres de Thierry son père , ne s'occupa , en montant sur le trône , que du soin id'étendre ses possessions par la force des armes 5 mais en portant la guerre au loin, il veilla au bonheur de ses peuples dont il fut adoré : il leur prêta même, dans Jeurs besoins , des sommes considérables , dont souvent il leur faisait la remise. Il employait à ces libéralités les cié^ouilles des ennemis. Dans la première année de son règne , il acheva , avec ses deux oncles, la conquête du royaume de Bourgogne, Eu 538, sollicité par Vitigès, roi des Ostrogots, et par l'empereur Justinien , qui se faisaient/ en Italie une guerre cruelle , de venir à leur secours, il reçoit des présens de l'un et de l'autre , les trompe tous deux, envoie secrètement Tannée suivante io,ooq hommes à Vitigèsi, et enfin voyant les R >mains et les Ostrogots épuisés dans de nombreux et sanglans combats, il entre en Italie à la tête de 1 00,000 hommes , enlève le camp des Ostrogots, les taille en pièces, poursuit jusqu'en Toscane les Romains commandés par Bélisaire , *