‹ Dictionnaire du département de la MoselleChapitre 3 sur 118 · IO · texte numérisé non relu

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Ravage la Ligurie , pille et détruit Gènes. Il revient à Metz chargé d'un inimense butin.

Deul ans après , il se ligue avec son oncle ^Cldldebert, contre Clothaire, roi de Paris- Ils "étaient prêts icPen venir aux mains auprès delà ibrét 4dê Brétôrie, sïir la Seine, lorsqu'un violent orage r&para les cotabattans. Alors les deux frères ëtïe neveu ire réconcilièrent. Les premiers tournèrent *lèurs armes contre les Visigôts, en Espagne , et Théodebert envoya de nouveau , en 547^ ses armée* , "sous le fcoihmaïtàèment de Bucelin éu Italie , pourV °détr1uire la puissance des Ostrogots , celle dés 'etnperetirs , et réûriir ces belles provinces à sés Etats. Lui-même avait conçu le dessein de pêne*rtrer jusqu'à CÔnstantinople j mais tandis que sés troupes subjuguaient presque toute l'Italie , ét même la Siéile, la mort le surprit à Châlons, dans la i2f.c année de son règne, en 547- II* fin généralement regretté des Australiens.

iit.« Roi. • Théodebert légua sdn royaume à Théodebatflt * ou Thibaut son fils , âgé de i3 ans, et d'une tirés— faible constitution. En mourant, il ctârgèa trofis "inïnistrcs habiles de protéger ce jeûne prince et

àe guider son inexpérience. L'un d'eux, le prince Condons, resta près de lui ( i ) ; les deux aiitres , Leutbaris et Bucelin , pénétrèrent avec 75,000 hommes en Italie , où Bucelin s'était déjà illustré.

Cette expédition ne fut pas heureuse. Une partie des

(i) St. Gai, évêque de Clermont , étant mort sur ces entrefaites, son successeur refusa de Tenir demander l'investiture au jeune Roi, qui, pour le punir de sa désobéissance , le fit déposer s, Metspar une assemblée de prélats.

'troupes mourut de ta peste $ Narsès tailla U teste en pièces, et lés Australiens 4 permirent enfin, en 553 , toutes leurs possessions dans les Etats vénîtiens et dans la Ligune.

Théodêbaldt avait épousé VàlâVade, fille du roi des Lombards. Il mourut à Compiègjrie en 553, paralytique et sans postérité, âpres un règne de six ans.

Gôthaire , son grand ôricle et roi de Soissôris . W.« Roi, lève aussitôt une armée, vient a Metz, se tait reconnaître roi par les seigneurs Atitrasiens^ et pour mieux affermir sa domination, il épouse la veuve de Theodebaldt après avoir répudié sa femme Radegonde qui $e fait diaconesse ( i ). La mort de Childebert son frère, en 558,1e rend maître de toute la monarchie. Enfin il meurt lui-même en 56 1 , après un règne de 5i ans. Ses quatre fils se disputèrent ses Etats. Ghilpérïc , qui s'était emparé des trésors de son père , avait levé une armée et prétendait régner seul} maïs ses frères l'eurent bientôt forcé d'entrer en partage. Le sort en décida. Caribert famé eut Paris et la Neustrie. Gontrant , la Bourgogne } Chilpéric , la Belgique, et Sig^bert TAustrasie. Tandis que les trois premiers Rose rendaient odieux par leurs déporteinens, Sigeberi fut un exemple de sagesse, de modération et de bravoure.

En 563, les Huns, qui habitaient les bords du

(i) Il a eu »ix femmes a la fois. Pen de tenu après avoir énovU Vajdrade, il la donna ça mariage à Garibald, d«c de BaviéT»

Danube , font une irruption dans la Thuringe ; Sigebert marche à leur rencontre , les rejette sur l'Elbe, leur accorde la paix, et tourne ses armes victorieuses contre son frère Çhilpéric , qui avait profité de son absence pour envahir une partie de ses Etats. Il lui enlève Soissons sa capitale, y fait prisonnier Théodebert son fils , met son armée en déroute , recouvre Rheims , et après des succès si rapides et si éclatans, il pardonne à son déloyal frère \ et lui rend son fils comble' de présens.

En 566 , il épouse à Metz Brunehault ou Brunéchilde r fille puînée d'Athanagilde , roi des Yisigots en Espagne. Elle était la princesse la plus accomplie de son siècle. Venance Fortunat, qui fesait alors les délices de la cour d'Austrasie, fit son épithalame.

La mort de Caribert , sans enfans mâles , fit partager entre les deux frères son royaume , dont Paris, qui en est la capitale, resta en commun.

Çhilpéric avait depuis long-tems pour maîtresse 'Frédégonde , fdle d*un paysan de la Picardie. Cette femme qui, par sa beauté et son esprit naturel, subjugua^ qepùis long-tems le roi, l'avait amené, sous de -frivoles prétextes, à faire enfermer dans un cloître, sa femme Audovère. Les vices, les cruautés, et sur-tout l'orgueil insupportable de Frédégonde avaient attiré sur élle et sur le roi la haine de la nation. Pour faire cesser les murmures, Çhilpéric épousa Galsuinde, sœur aînée de Brunehaut, et non moins intéressante qu'elle par ses grâces et par la douceur de son caractère. Il avait renvoyé

Frédégonde*, maïs il ne tarda pas de la rappeller. La reine en conçut du chagrin et demanda de retourner en Espagne. Chilpe'ric dissimula, prodigua à Galsuinde de fausses tendresses et la fit étrangler dans son lit en 567. Brunehaut vengea aussitôt la mort de sa sœur, en armant Sigebert son époux et Gontrant son frère contre Chilpe'ric, dont les états furent bientôt envahis. Chilpéric obtint la paix en cédant à Brunehaut Bordeaux, Limoges, Cahors, Bigore et Lescars, qui avaient fait l'apanage de sa sœur Galsuinde.

Peu de tems après les Huns firent de nouvelles incursions sur les terres de Sigebert 5 vaincu cette fois et fait prisonnier, il recouvra sa liberté par des présens, des largesses et sur-tout par de nobles et généreux procédés qui lui concilièrent l'amitié de ces barbares.

Sigebert de retour à Metz, entre en guerre avec ses frères; tandis que, par surprise., il enlève Ârles à Gontrant , Chilpéric s'empare de plusieurs villes d'Austrasie. Sigebert est battu par Clovis. Dans cette extrémité , il lève une armée nombreuse dans ses provinces allemandes de la Turinge, de la Bavière , etc. , se porte sur la Seine , où ses deux frères allarmés demandent et obtiennent la paix. Les Allemands qui avaient déjà fait un immense butin et beaucoup d'esclaves, veulent continuer la guerre et se révoltent. Sigebert fait aussitôt arrêter et lapider les plus mutins. Cette sévérité impose aux autres et ils retournent dans leurs pays. — * ' *

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Vannée suivante, en 575, Chilpéric entraîné, Gontrant dans une nouvelle guerre contre le roi d'Austrasie. Ils commencent par mettre tout à feu et. à sang dans la Champagne. Sigebert irrité rappelle les Allemands, envoie eu Tourraine une armée contre celle de Théodebert qui perd la bataille et la vie. Paris ouvre ses portes à Sigebert victorieux, et Chilpéric s'enferme avec Frédégonde dans Tournai, où ;1 est assiégé par son frère. Les affaires du roi de Soissons étaient désespérées , lorsque Frédégonde fait assassiner Sigebert dans son camp auprès de Vitry. Ainsi périt, à l'âge de 4° 309 7 dftns la i4-e année de son règne, un prince illustre et le plus parfait des monarques* L armée consternée se retira en Austrasie.

Frédégonde envoya en toute hâte à Paris des satellites pour se saisir de Brunehaut et de son fils Childebert II. G onde ha ut , habile général, sauve vi«« Roi. le jeune prince , âgé de 5 ans , le ramène par des chemins détournés à Metz , où il est proclamé roi la veille de Noël 575.

La reine Brunehaut est envoyée prisonnière à Rouen. Mérovée, fils de Chilpéric, épris de ses charmes, Pépouie. L'évêque Prétextât hénit leur mariage. Chilpéric couronné fait enfermer son fils au couvent de Su-Calais dans le Maine, renvoie Brunehaut à Metz , et deux clercs soudoyés par Frédégonde., poignardent sur les marches de l'autel le malheureux prélat, après de longues persécutions.

Brunehaut, impatiente de venger la mort tra-

gique de sa sœur , l'assassinat du Roi son premier, époux, et l'enlèvement du second, arma les Austrasiero contre Çhilpéric. La fortune Ait loin de seconder ses ressenti m eus. t'armée du jeune monarque^ éprouva devant Soissons un revers qui ouvrit les, portes de cette ville à Çhilpéric. Alors Gontrant, roi de Bourgpgne, prit sous sa protection Childebert son neveu, près de succomber: il lui envoya c^es. secours conside'rables , et l'armée, de Çhilpéric battue perdit a5ooo hommes. Rlérovée s'était alors échappé de son couvent; il

vint à Metz se jette r dans les bras (Je Jii unehaut •

mais forcé par des seigneurs australiens de renoncer à son épouse , il erra fugitif en Bourgogne, tomba dans un parti des troupes de Çhilpéric, qui assassinent ce prince iu/ortuné, sous les yeux de. son père.

ï#& Austrasjejis craignant les ressejHjmens dq Chilpériç , qu plutôt de Frédégonde , éloignent Bi UDei^uV de? affaires. Ce fut alors que son fils Chjldebf.rf se brouilla avec son oncle Gontrant, sous prétexte de la possession de Marseille que* Çhilpéric lui fit restituer. Le roi de Bourgpgnç reprit qett^, ville, l'année suivante à Childebert, qui la recouvra, de nouyeau par l'aide de Çhilpéric. Mais Brunchaut. ayant epfm gngné la cçnfiapçe. de spn fils, rentra dans les conseils , forma, un,e étroite alliançç avec Gontrant, e^ réunit contre Çhilpéric et Frédégonde, ses imr placables ennemis, toutes les forces des Austrasiens et des Bourguignons. Çhilpéric , trop faible pour

résister à des armées si puissantes, se retira à Cambrai avec tous ses trésors } Childebert était déjà parvenu jusqu'à Meaux, lorsque Chilpéric revenant de la chasse, est poignardé près du château de Chelles. Les uns ont attribué ce crime à Brunehaut, d'autres prétendent qu'une imprudence de Ffédégonde ayant fait découvrir à Chilpéric les amours de cette femme impudiquè avec Landry, les deux amans résolurent de faire assassiner le Roi pour se soustraire à sa juste vengeance.

Dans ces circonstances, Gontrant se détache de Childebert et protège contre lui Frédégonde et son fils âgé de quatre mois. Alors Brunehaut rappelle de Constantinople Gondebaut qui se disait fils de Clotaire i.er, pour l'opposer à Frédégonde. Childebert le met à la tête d'une armée avec laquelle il s'empare d'une grande partie des états de Frédégonde ; mais Gonbebaut est bientôt abandonné de Childebert, par les sollicitations de Gontrant} il se retire à Comminges où, après une brillante défense , il est déloyalement assassiné en 585. ;

Gontrant attire Childebert à sa cour, l'adopte solennellement et le proclame son héritier. Ils font tous deux en Espagne la guerre aux Yisigots, pour venger les outrages et les mauvais traitemens qu'y recevait la# princesse Ingunde, fille dè Brunehaut.

De là Childebert, gagné par les présens de l'empereur Maurice , envoya ses troupes en Italie

pour en chasser les Lombards ; mais il ne put réussir dans son entreprise. Une seconde expé-^ dition n'eut pas plus de succès. Cependant il fit la paix avec les Lombards et leur imposa un tribut. Les troupes de la Champagne en partant pour cette guerre, s'étaient portées aux plus cruels excès dans la ville de Metz.

Frédégonde ne cessa de former des conjurations, de corrompre des seigneurs, tantôt pour aSsassiner Childebert, tantôt pour faire répudier la reine son épouse et chasser Brunehaut. Gilles évêque de Rheims, était l'âme de ces complots* Gontrant qui faisait épier toutes les démarches de Frédégonde et qui s'efforçait de tenir la balance, déconcerta ces criminelles intrigues. En 588, dans une assemblée des seigneurs à Bastogne, Childebert fait percer de coups le duc Reucingue, chef des conjurés $ il envoyé à la poursuite d'Ursion et de Berchefreide, ses complices, qui s'étaient retranchés dans le château de Woivre : ils y sont tues. A Metz on fait de sanglantes exécutions : deux jeunes seigneurs y sont punis du dernier supplice, après avoir eu le nez, les oreilles et les mains coupés.

En 5go, Févêque de Rheims, qui avait eu le talent jusqu'alors d'écarter les soupçous, est traduit à Metz par Childebert devant un concile; Il est convaincu d'avoir fabriqué des lettres fausses et calomnieuses, de faux traités, d'avoir soufflé la discorde entre les princes français, d'avoir attenté aux jours de Brunehaut et de Childebert

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pour servir les fureurs de Frédégonde. Il est déposé et exilé à Strasbourg,

En 593 , Childebert réuuit à ses états le royaume de Bourgogne, par la mort de Gontrant qui l'avait adopté par deux traités, Tun en 577 et l'autre en 588 5 ce dernier avait été apporté à Metz par notre célèbre historien Grégoire de Tours.

Cette même année, Frédégonde, jalouse de la puissapee de Childebert, tenta encore de faire assassiner ce prince qui leva une forte armée pour détrôner ^cette méchante femme 5 mais elle excellait en courage comme en scélératesse : elle prend la résolution de marcher au-devant de Childebert, quoique ses troupes soient bien inférieures en nombre; au moment du combat, elle parcourt les rangs avec son fils âgé de 10 ans; elle anime, elle enflamme les soldats par ses exhortations et ses harangues : la victoire se décide en fa faveur , sous les murs de Soissons. Les Austrasiens perdent 3o,ooo hommes. Pour faire une diversion , elle soulève contre Childebert le duc de Bretague et les Varnes , peuple qui habitait l'embouchure du Rhin. En Bretagne , les succès et les revers furent balancés ; mais Childebert fut plus heureux contre les Varnes qu'il extermina : ce peuple a entièrement disparu. Childebert ne survécut pas à cette victoire, et mourut en 5g6, à 26 ans, après un règne de vingt années. La reine Faileube le suivit TU • Roi. Je près. Ita laissèrent deux fils très-jeunes. Théodebert, âgé alors de 10 ans, eut FAustrasie, et

Thierry la Bourgogne. Bruneliaut , quoique fixeë à Metz avec son fils aîné ^ n'en gouverna pas moins les deux royaumes qu'elle entretint en paik pen^ dant plusieurs années , en renouvellant les traité! d'alliance avec les Huns , les Arabes et les Lombards } mais pour s'assurer un empire absolu su* son petit-fils Théodebert , elle éVeiile et favorisé les passions dans le cœur de ce jeune prince ) lui fait même épouser une servante qu'elle se fia* tait en Vain de dominer. Cette nouvelle reine eut bientôt secoué le joug que Voulait lui imposer Brunehaut, et la fit bannir de la cour d'Austrasie* La reine douairière se retiré auprès de Thierry ^ fet, dissimulant ses affronts , elle engage ses deu* petits-fils à se liguer contre Clotaire, pour luirepren> dre Paris dont Frédégonde sa mère s'était émparéè en 596 , dans l'année qui précéda sa mort. En 600 3 les trois jeunes princes se livrent bataille à Uor* meille dans le Senonois. L'armée de Clotaire est taillée en pièces^ il est forcé de demander la paix, et de se soumettre aux conditions les plus dures* Les deux rois d'Austrasie et de Bourgogne enflés de ces succès , reculent encore lés limites de leurs États, par de nouvelles acquisitions en Gascogne (et au-delà du Rhin.

Clotaire mit quatre ans à réparer ses pertes ; en 604 , il chercha a surprendre Orléans } mais Thierry déconcerta ses projets et dispersa son. armée à Etampes:lé petit prince Mérovée fut pris êt tué sans respect pour son âge : il n'avait que <ânq aiiSi Thierry marchait sur Paris pour détrôner

Clotaîre , lorsque Théodebert , jaloux des succès de son frère , se réconcilia subitement avec Cl o taire , força Thierry à signer la paix à Cornpiègne , et lui fit perdre le fruit de'la victoire.

Brunehaut crut alors que le moment était favorable de se venger des outrages qu'elle avait reçus à Metz. Elle persuade à Thierry que le roi d'Àustrasie n'est pas son frère, qu'il est fils d'un jardinier; elle l'excite à venger leurs communs ressentimens , en chassant Théodebert de ses Etats. Or arme des deux parts , les deux rois sont prêts de se livrer bataille à Kersy- sur-Oise. Protade , Maire du palais et favori de Brunehaut, commande l'armée de Thierry. Les soldats , les seigneurs des doux cours murmurent, font des représentations à leurs souverains } Protade est accusé de souffler la discorde ; le roi de Bourgogne l'abandonne à la haine publique : il est mis en pièees dans sa tente , et les deux frères font la paix en 6o5.

Brunehaut, que la reine d'Austrasie avait fait exiler de Metz , craignit le même sort à la cour de Bourgogne : elle détourna long-temps Thierry de se marier ; cependant , à la sollicitation de Claude, nouveau Maire du palais, il avait enfin consenti d'épouser la fille de Viteric , roi des Visigots ; mais il fit l'affront à cette princesse de la renvoyer après qu'elle eut passé un an à sa cour. Viteric outragé , déclara la guerre au roi de Bourgogne : Théodebert , Clotaire et le roi de$ Lombards épousèrent sa querelle. Brunehaut fut assez habile pour conjurer cet orage j mais alor*

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Théodebert us» de violence et de perfidie pour arracher, en 610, à son frère, la cession de l'Alsace , du Turgau , du Suntgau et de la Champagne, qui avaient été démembrés du royaume d1 Australie. Thierry employa deux ans à rassembler des forces pour recouvrer ces provinces. Les deux princes se livrèrent, en 6 12, un combat sanglant où la Victoire se décida pour Thierry. Le roi d'Austrasie rallia à Metz les débris de sou armée j mais ne s'y croyant pas en sûreté , il se retira à Cologne , d'où il leva de nouvelles troupes dans la Saxe , !a Thuringe et dans le reste de la France germanique. Thierry joignit cette seconde armée auprès de Tolbiac , la tailla en pièces , et entra victorieux à Cologne, où il prit les trésors de Théodebert. Ce prince , en voulant passer le Rhin, tomba entre les mains de son frère qui , après l'avoir dépouillé à Cologne des insignes de la royauté , l'envoya à Châlons-sur-Saône où Brunehaut , implacable dans ses ressentimens , fit massacrer son petit-fils. Ainsi périt Théodebert , dans sa 27.* année , après avoir régné quinze ans. Brunehaut alla au-devant de Thierry , ils se rencontrèrent à Metz , et là ils firent périr les deux fils de Théodebert, pour en éteindre la race. Thierry devint aisément maître du royaume d'Austrasie. Enhardi par ces succès, il aspira bientôt à régner sur toute la France, et menaça Clotaire, roi de Soissons , qui se préparait à une vigoureuse résistance , lorsque Thierry fut tout-â-coup arrêté à Metz, dans ses ambitieux projets t par une dyssen-

terie qui le conduisit subitement au tombeau, Clotaire, à son tour, voulut usurper sur les fils de Thierry les royaumes d'A ustrasie et de Bourgogne, où il se ménagea des intelligences. Brunenn.» Koi haut fit aussitôt proclamer roi Sigebert, l'aîné des en fa us de Thierry, âgé de 10 ans, renvoya, sous la conduite de Garnjer, Maire du palais., rassembler une armée dans la France germanique, pour l'opposer à Clotaire. La fidélité de Garnier devint suspecte à Brunehaut, elle donna Tordre.de l'assassiner ; cet ordre tomba entre les mains de Garnier x qui dissimula jusqu'à ce que les deux armées fussent en présence ; alors il entraîna, par son crédit, les Austrasiens et les Bourguignons dans le parti de Clotaire. Brunehaut et les quatre fils de Thierry tombèrent en son pouvoir. Clotaire fit périr les deux preqiiers , Sigebert et Corbu ; Childebert •e sauva et ne reparut plus. Le dernier, Mérovée , fut condamné à une vie obscure dans la Neustrie : quant à Brunehaut, sa haute naissance, son grand âge, la majesté royale qu'elle avait soutenue avec tant de dignité, ne purent fléchir Clotaire r il eut la barbarie de livrer aux bourreaux cette mère de tant de rois , qui , après avoir reçu mille outrages , fut traînée autour du camp par un .cheval indompté , et mise en pièces. Brunehaut fut une femme d'une beauté extraordinaire : on lui attribue de grau-r des vertus et des vices odieux; elle a eu des apologistes et des détrac eurs. S.1 Grégoire écrivit des lettres très-flatteuses à cette reine d'Austrasie , qui fonda grand nombre de monastères et d'hôpitaux ^

qui restaura les voies romaines et fil construirè de nouvelles chaussées. Clotaire montra , par ses cruautés envers sa tante , qu'il était issu du sang de Frédégonde. Ces attentats le rendirent, en6i 3^ paisible possesseur des trois royaumes. Celui de Metz fut alors gouverné par un Maire du palais : mais les Austrasiens., mécontens d'être soumis à un vice-roi, obtinrent de Clotaire, après sept ans d'interrègne, qu'il leur envoyât son fils Dagobert, qui, en 622 , monta sur le trône d'Austrasie, a IX.« Roi. l'âge de 20 ans. Son père lui donna pour ministres deux hommes d'un rare mérite , Pépin , Maire du palais, et Arnoult , évêque de Metz, dont les sages conseils , l'équité sévère , mirent le jeune monarque en si haute renommée, que les barbares voisins de la France germanique, demandèrent de vivre sous ses lois. Les provinces que Clotaire avait retranchées du royaume d'Austrasie , voulurent y rentrer. Son fils ajouta donc à ses domaines le? Ardennes , la Champagne , les Vosges , le Cambrésis , etc. Clotaire ne retint que les pays situés au-delà de la Loire. Le commencement de son règne fut troublé par la révolte des Saxons. Dagobert , en voulant les réduire à l'obéissance, pensa perdre la vie dans le combat ; mais Clotaire vint heureusement à grandes journées au secours de son fils ; les Saxons s'étaient retranchés derrière le Veser: Clotaire le passe à la nage sous leurs yeux. Sa garde et quelques seigneurs le suivent. Us chargent avec impétuosité les Saxons ; Clotaire tue de 59 main Bertfcoalde leur chef, fait porter sa tête an

bout d une pîque. Enflammés par son exemple , les soldats taillent en pièces Famée saxonne.

Après avoir donué, pendant quatre ans, ses soins à l'administration du royaume , Arnoult renonça au ministère et à l'épiscopat en 626, pour vivre dans la plus profonde solitude, aii milieu des Yosges 1 où il mourut en 640. Cet illustre prélat, tige de la race Carlovingienne, fut canonisé, moins pour ses pieuses austérités, que pour ses Vertus et ses taiens, auxquels les Australiens devaient plusieurs années de paix et de bonheur^ .Héritier en 628 du royaume de Neustrie, par la mort de Clotaire, maître en 633 de l'Aquitaine, à l'exclusion des enfans de Caribert, Dagobert régna sur toute la France , et transporta sa cour de Metz à Paris. Encore pénétré des sages leçons qu'il avait reçues de S.1- Arnoult, il s'appliqua à rendre la justice , à préserver les peuples de l'oppression des grands. II parcourut ses Etats , moins en roi qu'en bon père , accessible à tout le monde et empressé d'écouter les plaintes de ses sujets. II réforma les lois, établit des parlemens dont les assises prirent le nom de Plaids ^ parce qu'elles se tenaient dans les maisons royales appelées Plaisla.

Mais bientôt les mœurs de Dagobert se corrompirent 5 il se livra aux excès de la débauche. Indépendamment d'une foule de maîtresses, il eut en même, tems trois femmes légitimes. Dans un voyage qu'il fit à Metz, en 63o, il s'éprit d'une jeune austrasienne nommée Ragnétrudç^ qui donna naissance à Sigebert,

Les prodigalités de Dagobert envers les femmes qui le subjuguaient; les guerres malheureuses qu'il eut à soutenir contre les Esclavons, alors gouvernés par Samon , français d'origine, et qui de marchand était devenu roi de ce peuple barbare j l'invasion de la France germanique, firent multiplier les impôts, les confiscations, etc. Au milieu de ces calamités, les Austrasiens demandent un Roi. Dagobert leur accorde Sigebert, né parmi eux et qui n'avait pas encore trois ans. Il le fait reconnaître à Metz, en 63a, dans une assemblée des seigneurs, et lui donne pour gouverneurs Adalgiste, duc du palais, et S.l-Cuslibert, archevêque de Cologne. Les Austrasieus eurent bientôt chassé les Esclavons de leurs frontières , et affermi la paix dans le royaume. Dagobert étant mort en 637, après avoir régné seize ans sur l' Austrasie , Pépin et plusieurs grands d'Austrasie, que ce monarque avait retenus à sa cour par politique , se hâtèrent de revenir à Metz. Pépin reprit auprès de Sigebert la charge de Maire du palais, et mourut deux ans après généralement regretté des Austrasiens qu'il avait gouvernés avec autant d'habileté que de douceur. Ses vertus le firent canoniser. Son fils Grimoald lui succéda, en tuant Othon , son concurrent. Ce fut alors que s'obscurcit la gloire de la race Mérovingienne, dont les derniers rois furent dépouillés de leur puissance par les entreprises et les usurpations des Maires du palais. Griomalde régna donc sous le n jiu de Sigebert, qui ne conserva que l'ombre

de la souveraineté, Radulphe, gouverneur de la Thuringe, avait déplu à Grimoalde qui voulut le déposer, mais il désobéit. Le Maire du palais lève le premier ban , passe le Rhin avec le jeune monarque, taille en] pièces le premier corps des rebelles; mais en haine de Grimoalde, la division se met dans l'armée , elle éprouve de sanglants revers , et Sigebert conclut un traité peu honorable avec Radulphe.

Ce prince, d'un caractère doux et pieux, parait avoir gouverné en paix ses Etats, entièrement occupé des soins de la religion. Il fonda, suivant les uns, douze monastères, et vingt suivant les autres. Cependant il ne se laissa pas subjuguer par le clergé , puisqu'il défendit de tenir un concile dont il n'avait pas autorisé la convocation. Il voulut même déposer Rustique , évêque de Metz, dont les moeurs lui étaient suspectes, et lui substituer S.'-Gour, pieux anachorète, qui refusa obstinément l'épiscopat. Sigebert mourut à Metz, en 65a, âgé de 26 ans, dans la a3.c année de son' règne } il fut enterré dans l'abbaye de S.l-Martin-lès-Metz , où on le vénéra comme un saint Grimoalde, Maire du palais, à qui Sigebert avait recommandé, en mourant, Dagobert son fils, eut l'audace, en prétextant une adoption , de placer sur le trône d'Austrasie son fils Childebert, à l'exclusion du prince encore enfant dont il publia la mort, mais qu'il fit raser et transporter en Ecosse par Didon, évêque de Poitiers. 11 ne jouit pas long-temps de son forfait :

Àrch*mbfwt, l^aire du parais de Feustrie , conspira contre l'usurpateur, et dans la même année 658 , Childebert fut détrôné et son père conduit a Paris, où Clovis II, neveu de Sigebert, le laissa mourir dans une prison. Cette révolution rendit Clovis possesseur des trois royaumes de Bourgogne , de N eustrie et d'Ausirasie. Il mourut quelques moi* «près , laissant trois fils en bas âge , Clotaire , Childéric et Thierry. Balhilde leur mère gouverna pendant quatre ans les trois royaumes , avec beaucoup d'habileté ;mais les Àustrasiens ayant témoigné ouvertement leurs regrets d'être assujettis à la reine de Neusirie , elle leur envoya, sous la conduite du duc Wulfoalde, Maire du palais, son second fils Childéric , âgé de 8 ans , qui fut proclamé roi eu 660 , et gouverna sous la intelle d'Imnéchilde , veuve de S/ Sigebert. Pour affermir son autorité, cette reine douairière fit épouser, en G69, à Childéric , sa fille Bliohilde ,sœur du malheureux Dagobert* Childéric occupait en paix, depuis dix ans, le trône d'Austrasie , lorsque Clotaire , son frère aîné, meurt sans postérité en 670. Eboin, Maire du palais de Neustrie et de Bourgogne, veut faire reconnaître pour roi Thierry, le troisième des fils de Clovis, alors âgé de 10 ans, et qui avait été exclu de sa succession , parce qu'il était encore à la mamelle lorsque son père mourut ; mais les grands, qu'Eboin traitait avec durelé , ne voulurent point de ce pbantôroe de roi ; ils le firent raser , reclure dans un monastère , pillèrent les trésors d'Eboin, qui, pour sauver ses jours, fut réduit à se cacher

dans un couvent , et donnèrent la couronne au roi de Metz. Mais Childéric, qui avait gouverné sagement FAustrasie, se corrompit, lorsqu'il fut à la tête des trois royaumes ; léger, inconstant, adonné à ses plaisirs , il s'attira le mépris de sa nation par ses débauches et la haine des grands , par son despotisme et ses cruautés. Enfin , en 673 , il est assassiné , lui , sa femme et son fils , dans la forêt de Livri , par un seign eur nommé Bodisson , qu'il avait fait battre de verges, pour le punir de représentations un peu vives qu'il lui avait adressées sur de nouveaux impôts. Volfuade , M^ire du palais , s'enfuit k Metz auprès de la reine Imnéchilde, Sur ces entrefaites, instruite que Dagobert son fils vivait en Ecosse , elle envoyé de fidèles serviteurs à Wilfride-, évêque d'Yorck , qui s'interpose généreusement pour rendre ce jeune prince à sa mère, à ses peuples. L'histoire se tait sur le règne de Dagobert II ; on sait seulement qu'il eut le bonheur de donner l'hospitalité dans sa cour à Wilfride , persécuté par Egfrid, roi d'Angleterre , et qu'il fit une guerre à outrance à Thierry dans les environs de Langres , où tout fut mis à feu et à sang. Ce prince fut assassiné en 679, par des évêques et des seigneurs , restes de la faction de Grimoalde. On le révéra comme un martyr.

Les trois royaumes étaient alors livrés à toute? les fureurs de l'anarchie. La couronne revenait à Thierry III; mais en haine de ce prince, et surtout d'Ebroin, Maire du palais, qui exerçait sous son nom une tyrannie insupportable , les Austra-

siens refusèrent de lui obéir ; d'ailleurs accoutumés depuis 168 ans à être gouvernés par des rois particuliers , ils ne pouvaient se résoudre à passer sous une domination étrangère. On rapporte cependant qu'Ebroin eut l'adresse de retenir quelque temps les Austrasiens dans sa dépendance, en leur en-, voyant pour roi, sous le nom de Clôvis ,un jeune enfant qu'il disait fils de Clotaire III. Mais enfin , deux seigneurs issus de S.1 Arnoult , dont la mémoire était en grande vénération dans FAustrasie, se font déclarer ducs ou gouverneurs du royaume en 680. Le premier, Martin , descendait de Saint- Cloud, évêque de Metz : l'autre, Pépin d'Héristal, était petit-fils de Pépin , qui avait rempli avec tant de distinction la charge de Maire du palais sous Dagobert I.er et sous Sigebert II : ils avaient donc, bien des droits à l^confiance et à l'affection des peuples. Ils eurent aussitôt une guerre cruelle à soutenir contre Ebroin , qui leur livra bataille dans le Toulois et les mit en déroute. Ebroin poursuit vivement ses premiers succès , en brûlant et saccageant tout jusqu'à Laon , où il assiège Martin qui s^y était réfugié : il attira ce seigueur dans une entrevue où il le fait déloyalement assassiner , après lui avoir fait jurer par les évêques de Paris et de Rheims, sur des reliquaires <vuides , qu'û\ne lui serait fait aucun mal. Peu de temps après, Ebroin, est tué, lui-même par Ermanfroy, au moment où il tournait ses armes contre Pépin. Celui-ci , dont île gouvernement doux et équitable lui attirait chaque jour de nouveaux partisans f

reçut à Metz, en politique habile, tous tes mécontens des royaumes de Bourgogne et de Neustrie} efr quoique Bertraire , nouveau Maire du palais, qui se faisait suivre du fainéant Thierry , opposât des armées formidables à Pépin, le duc d'Austrasie le défit enfin complettement en 687 , entre Péronne et Saint-Quentin, dans Une bataille sanglante où la victoire fut long-temps disputée. Bertraire fut ^ dans sa fuite, assassiné par ses soldats qui se parta-* gèrent sa dépouille. Pépin entra à Paris, en même temps que Glovis, qui tomba en son pouvoir. Loiii de détrôner ce roi faible , il se contenta de régnér sous son nom. Il rappela les exilés, restitua aux familles leurs biens confisqués, l'établit par- tout Tordre et la justice , força les grands à l'obéissance ^ et par une administration mêlée de douceur et de fermeté, il se concilia l'amfeir et le respect des peuples. Non-seulement il fit rentrer dans le devoir* la Bavière et d'autres provinces germaniques, qui, dans ces temps d'anarchie , avaient secoué le joug, mais ses vertus lui méritèrent encore Thom^ ttiage volontaire des EsclaVons , des Huns et du roi des Lombards* Thierry vécut encore trois ans dans cet état de nullité. Pépin lui avait laissé la couronne , mais il exerça l'autorité royale dan* toute sa plénitude , et ce fut véritablement alors que la race de Glovis cessa de régner.

En 691 , Thierry mourut âgé de 39 ans, et laissant deux jeunes fils, Clovte et Childebert* L'aine n avait que dix ans, Pépin le fait monter sut le trône çt va combattre les Frisons qui s'étaient

mutines. Clovis , après un règne de quatre ans î meurt en 695. Son frère Childebert, âgé de 1 1 ans, lui succède , et Pépin lui donne pour Maire du palais , son second fils , qui nMtait pas d'un âge plus avancé } il donne â l'aîné le duché de Bourgo^ gne, et ne conservant pour lui que le titre modeste de duc d'Austrasie , il régit cependant toute la France. Childebert passa obscurément seize années dans l'oisiveté et dans la molesse , occupé à fonder des monastères , à doter des abbayes , tandis que Pépin s'appliquait à rendre heureux les peuples soumis à sa domination.

Childebert étant mort en 711, Pépin installe sur le trône de Neustrie, Dagobert fils de ce roi fainéant, dont Grimoalde reste Maire du palais. Ce prince vivait retiré, dans son palais, lorsqu'on 714 Pépin tomba dangereusement malade à Jupil, près de Liège; On le crut mort un moment, et les ennemis de sa famille assassinèrent Grimoalde à Liège , dans une église où il était en prières. Pépin ayant recouvré la santé n fit périr les meurtriers de son fils, et proclama Théobaldt, son petit-fils , Maire du palais de Neustrie à la place de son père ; ce fut la dernière action de sa vie. Ce grand prince mourut à la fin de décembre de la même année 714 , après avoir, sous quatre rois, gouverné souverainement l'Austrasie pendant 34 ans, et les trois royaumes pendant 27 ans.

Plectrude sa femme, qu'il avait répudiée en 697, pour Alpaîde , dont il eut Charles Martel et Chil— debrand , mais qui était rentrée en grâces , s'empara

Dig

du gouvernement en qualité de tutrice de Théobaldt son petit-fils, fit enfermer Charles dont le caractère déjà entreprenant lui portait ombrage , et tint Dagobert relégué au fond de son palais. Alors on vit avec étonnement la veuve du duc d'Austrasie dominer en souveraine 9ur toute la France : mais la faction ennemie des Pépins se soulève en Faveur de Dagobert, et nomme Rainfroy Maire du palais : Plectrude arme les Àustrasiens ; ils sont battus en 715 dans la forêt de Compiègne ; Théobaldt se sauve avec peine et meurt 5 Plectrude cherche une retraite à Cologne où elle est poursuivie par Dagobert et Rainfroy. Dans ces extr émités , Charles Martel s'échappe de sa prison , est reçu avec joie par les Austrasiens , dont il se fait déclarer duc à l'exemple de son père, et rassemble les débris de leur armée U marchait à la rencontre de Dagobert, lorsque ce roi mourut en 716, après un règne de cinq ans. U laissa un fils au berceau , appelé Thierry de Chelles; mais dans ces conjonctures difficiles, les Neustriens sentirent le besoin démettre à leur tète un prince ferme et courageux: ils tirèrent du cloître Daniel, fils de Childéric II, et le proclamèrent roi' sous lé nom de Chilpéric II. Ce prince se met à la poursuite des Austrasiens , et appelle les Frisons à son secours. Charles Martel se trouve placé entre deux armées. Plectrude enfermée dans Cologne, engage, par de riches pré- •ens, les Frisons à se retirer. Alors Chilpéric est forcé lui-même à la retraite. Charles le harcelle, pénètre par la forêt des Ardennes dans son camp,

€t lui tue beaucoup de monde; ces succès raniment le courage des Austrasieus , à la lête desquels Charles demande à Chilpéric la restitution des emplois et des dignités dout sou père avait joui en Neustrie. Il éprouve un refus , livre une bataille , et remporte , le 19 mars 717, une victoire complette entre Arras et Cambrai. II ravage tout jusqu'à Paris , et ramène à Metz les Austrasiens chargés de butin. Il cède même à leurs vœux , en leur donna ît un roi de la race de Clovis, qui se nommait Clotaire. Plectrude lui livre les trésors de Pépin, et se retire dans un cloître.

Chilpéric appelle à son secours Eudes, duc d'Acquitaine, mais ils n'osent tenter le sort des combats. Enfin, en 720, Eudes livre le roi à Charles Martel. Loin de détrôner son prisonnier, Charles ajouta encore à la couronne de ce roi captif, celle d'Austrasie qui, depuis un an, était vacante par la mort de Clotaire.

Débarrassé des guerres intestines, Charles bat les Scaves, les Frisons, les Saxons, les Allémands, qui s'étaient soulevés.

Chilpéric mourut peu de temps après : alors Charles tira du couvent de Chelles, Thierry âgé de 7 ans , et lui fit prendre le titre de souverain des trc is royaumes. Relégué au fond de son palais, ce roi ne s'appliqua , comme ses prédécesseurs , cju'à des œuvres de piété. On a de lui une charte datée de l'abbaye de S.'-Arnoult, à Metz, le i.er mai 725, en faveur de l'abbaye de Maurmoutier, près de Saverne. Mais Charles- Martel, tou-*

toujours en armes, impose aux grands, au cierge qu'il dépouille même pour récompenser ses braves. II fait rentrer sous le joug les peuples tributaires , et contient les barbares. La nation ne souffre point de ses guerres continuelles \ il en fait payer les frais aux vaincus. Habile à prévoir les événemens, jamais il ne se laissa surprendre. Eudes, duc d'Acquitaine , était le plus puissant, le plus redoutable de ses rivaux. Les Maures avaient envahi et dévasté ses Etats, lorsque Cbarles-Martel vint enfin à son secours en 731 ; il les atteignit entre Tours et Poitiers , et après sept jours de combats, les Maures furent taillés en pièces dans une grande bataille où la victoire fut long-temps et vaillamment disputée. Le petit nombre de Maures qui put échapper au carnage se réfugia dans les Pyrénées. Repoussés l'année suivante de cette province , ils se jettèrent sur la Provence où Charles les poursuivit encore, et leur reprit Avignon. Il les chassa aussi du Languedoc

Eudes supportait impatiemment la présence d^n si dangereux allié. Il chercha donc à l'éloigner de ses Etats 5 mais battu et humilié par Charles , il mourut de chagrin. Hunalde son fils ne lui succéda qu'en prêtant à Charles lui-même le serment d'obéissance. Sur ces entrefaites Thierry meurt à l'âge de 23 ans, après avoir porté le nom de roi pendant dix-sept ans. Charles ne lui donna point de successeur, mais à son titre de duc d'Austrasie , substituant celui de duc des Français, il garda le pouvoir suprême pendant

quatre ans , dissipa les conjurations , battit les Frisons, tua leur duc de sa propre main, s'allia aux Lombards , prit le pape Grégoire 111 sous sa protection, reçut de lui les clefs du tombeau de S.l-Pierre , et allait être proclamé consul de Rome, lorsque la mort l'enleva dans sa 53.e année, en 741. Il avait eu la précaution de partager la Fiance entre les deux fils qu'il eut d'une Austrasienne. Carloman, Faîne, eut l'Austrasie, la Souabe, la Thuringe, etc. Pépin eut la Neustrie et la Bourgogne.

Ces deux princes régnèrent un an sous le titre modeste de Ducs ou de Maires. Etroitement unis, ils continrent les Saxons, les Bavarois 9 les Acquitains} mais Pépin s'appercevaut que son autorité était méconnue de la plupart des grands , donna pour roi, en 743, à la Neustrie, Childéric, fils de Thierry de Chelles, qui vécut dans l'obscurité (1).

La seconde femme de Charles Martel, dont le fils avait été dépouillé de son héritage par ses frères, Pépin et Carloman, souleva contre eux, en 742, son oncle le duc de Bavière et les Saxons. La guerre s'alluma donc sur les frontières de l'Austrasie. Pépin

(1) Il paraît que Childëric fut reconnu en Australie, quoique plusieurs auteurs en doutent. En effet, la charte de foudation de l'abbaye de Gorae par Godegrand, évêque de .Metz, en 745 , s'exprime ainsi : cum voluntate illustris viri Pipinis, majoris donna, senior is nos tri, .... anno sexto Childerici régis.

et Carloman firent diligence ( i ) , poursuivirent leurs ennemis jusques sur le Lech, et remportèrent sur eux une victoire complette. La Bavière fut ravagée , et Carloman fit prisonnier Théodoric, duc des Saxons.

Le duc d'Acquitaine avait profité de cette guerre lointaine pour entrer dans la Neustrie : il avait pénétré jusqu'à Chartres, mettant tout à feu et à sang. Il fut si cruellement puni de cette incursion, que de dépit il se retira dans un cloître. A peine les Acquitains furent -ils réduits, qu'il fallut voler de la Garonne à l'Elbe , pour combattre encore les Saxons, dont Carloman fit le duc prisonnier pour la seconde fois, et ne le traita pas avec moins d'égards 5 mais dégoûté d'une vie aussi agitée, le duc d'Austrasie, qu'avait illustré sa vaillance, ses nobles sentimens, ses procédés généreux envers ses ennemis, se dérobe à tant de gloire et va se confiner dans un cloître auprès de Rome, et ensuite au Mont - Cassin. Quelques-uns prétendent que Drogon succéda à son père dans le duché d'Austrasie ; d'autres soutiennent au contraire que Pépin fit enfermer les enfans de son frère Carloman. Toutefois cette abdication le rendit maître de tout l'Empire en 747. Cinq ans après Pépin se fit proclamer roi dans uue assemblée générale qu'il avait convoquée à Soissons,

(1) Pépin, en partant pour cette expédition, au mois de janvier 743, donna dans le palais des rois d'Austrasie, à Mets, une eharle en faveur du Téglbe de S-t- Vincent de Mâcom

en 752. Childéric descendit du trône et fut enfermé dans un cloître où il ne survécut que trois ans à sa déposition.

Alors s'éteignit la race Mérovingienne, après avoir donné à TAustrasie douze rois particuliers , dont la plupart illustrèrent leur règne. La race de Charles-Martel , qui monta sur le trône de France, s'en était préparé les voies en gouvernant depuis cent vingt-neuf ans, tantôt l'Austrasie, tantôt les trois royaumes ensemble, sous le titre de major dômes , major domus r de Maire de palais , de duc d'Austrasie , à dater de S.l-Ar-* noult, évêque de Metz, Austrasien de naissance, et qui, nommé pour ses rares vertus , Maire du palais de Metz en 628, eut pour successeurs dans cette importante dignité, son fils Anchise, Pépin d'Héristal , son petit-fils , et Charles-Martel , fils de Pépin, tous nés dans le royaume de Metz qui fut donc le berceau de la seconde race.

Pépin qui avait hérité des grandes qualités de ses ayeux, se concilia, par son équité, sa prudence et sa modération, le respect et l'affection des peuples. Dans des assemblées générales des seigneurs et des évêques , il fit faire de nombreux réglemens pour la restauration des mœurs publiques, de Tordre, de la police. Pépin convoqua dans la seconde année de son règne, en 753, une de ces assemblées ou parlemens à Metz, ou Ton prononça des amendes contre les Laïcs et les prêtres incestueux , etc.

Dans la même année , il envoya Grodegrand ,

évêque de Metz, a Pavie, pour soustraire le Pape Etienne II aux persécutions cTAstolphe , roi des Lombards. Ce prélat s'acquitta de sa commission avec autant d'habileté que de diligence. Le pape traversa les Alpes en hiver, et Pépin qui était alors à Thionville, s'empressa, au bruit de son arrivée, d'aller recevoir le Saint Père dans un de ses palais en Pertois , ou ils se rencontrèrent le jour de l'Epiphanie. On sait qu'Etienne II donna en récompense l'onction sacrée à Pépin , qui de son côté força le roi des Lombards de renoncer à Rome , à TExargat de Ravene , et donna au pape de belles provinces dont on fit le patri- , moine de S.1 Pierre.

Pépin fit de grandes libéralités aux monastères d'Austrasie et sur-tout à ceux de Metz. On a même prétendu qu'allant en 761 rétablir l'ordre dans ses états de Germanie, il voulut assister à la dédicace de l'église abbatiale de Gorze, fondée par Grodegrand ; quoiqu il en soit, il fit des donations à cette abbaye.

Enfin Pépin était occupé à terminer la guerre contre les ducs d'Acquitaine et de Gascogne, en 767 , lorsqu'une ambassade qu'il avait envoyée en 764 au calife ou roi des Sarrazius, revint à Marseille avec des ambassadeurs de ce prince. Pépin les fit conduire à Metz dans le palais des rois, où ils passèrent l'hiver.

Ce prince mourut en 768, âgé de 54 ans j Charles, son fils ainé, lui succéda dans les royaumes d© îiv.» Roi Pîeustrie et de Bourgogne 5 Carloman monta sur

le trône cPAustrasie , et ne tarda pas de se brouiller avec son frère qui lui enleva plusieurs de ses provinces. Carloman, pour s'en venger, se retira brusquement avec ses troupes, lorsqu'ils e'taient prêts tous deux de combattre Hunalde duc d'Acquitaine; mais l'habilité et le génie de Charles suppléèrent à l'affaiblissement de son armée.

On ignore si le roi d'Austrasie établit sa cour à Metz} on sait seulement qu'il était à Thion ville au mois de mars 7705 et malgré tous les soins de la reine Berthe, pour reconcilier ses deux fils, ils étaient sur le point d'entrer en guerre, lorsque la mort surprit Carloman en 771 à Samoncy. Il n'avait que vingt-ans et en avait régné quatre. Charles s'avançait avec son armée sur les fr.ontières d'Austrasie. Les députés de la nation allèrent à sa rencontre près de la forêt charbonnière , carbonaria sïlva^ et lui offrireut la couronne. La veuve de Carloman se réfugia avec ses deux fils chez Didier roi des Lombards. Ce monarque et le pape firent, en 772, de vaines démarches auprès de Charles pour rétablir les fils de Carloman sur le trône de Metz. Charles, dès-lorsappelé Charlemagne , devint maître de toute la monarchie. U répudia Hermengarde, sœur de Didier , parce qu'il avait donné azile dans ses -états 1 à la veuve et aux enfans de Carloman.

Charlemagne aimait beaucoup d'habiter l'Austrasie. Il vint souvent en hiver se reposer à Thionville , in palatio publico , des fatigues de la guerre sans cesse renaissante contre les Saxons ,

que ses prédécesseurs avaient eu tant de peine à soumettre. On voit par des chartes et des capitulantes dates de cette ville, qu'il y était en 772, tn 77 5, en 783, en 780. C'est au mois de mai de cette même année quil perdit à Thionville la ïeine Hildegarde, sa tendre épouse; elle fut enterrée à S.1 Amoult , et le lendemain de sa mort Charlemagne donna la terre de Cheminot à cette abbaye , pour entretenir continuellement des lampes et des prêtres en prières sur le tombeau de cette reine universellement regrettée.

Charlemagne passa encore l'hiver de 806 à Thionville , et y fit le partage de ses vastes états entre j ses trois fils ; mais Pépin étant mort en 810, Charles en 811 , Louis devint seul héritier de l'empire , lorsque Charlemagne mourut en 81 4, après un règne de ^5 ans.

Charlemagne, ami des lettres, protecteur des sciences, établit à Gorze et à Metz des Ecfoles qui furent longtems célèbres. Metz fut la première ville de son Empire où il introduisit le chant grégorien. Il y fit de grandes donations au Clergé.

Son fils, qui lui succéda sous le nom de Louis-

Ie-Débonnaire, était instruit. Les langues grecque

et latine lui étaient familières; il montra un amour

éclairé de la Justice, un saint respect pour les mœurs, et un attachement si scrupuleux aux devoirs

de la religion , que souvent il réprima lui-même la

conduite scandaleuse d'ecclésiastiques turbulens et

licentieux ; mais doux, modeste, timide, irrésolu,

trop faible de caractère, il ne sut porter le sceptre

avec le courage et la fermeté nécessaires pour commander l'obéissance et imposer aux factieux. Son règne qui avait commencé sous les plus glorieux auspices, fut sans cesse agité, troublé par les révoltes de son neveu Bernard, roi d'Italie, et de ses trois fils, Lothaire, Pépin et Louis, aux^ quels il avait eu l'imprudence de donner des royaumes , et que la jalousie arma contre leur père, lorsqu'il voulut doter Charles qu'il avait eu de Judith, sa seconde femme. Sans entrer dans les détails de la vie de ce malheureux prince , il suffit d'en citer les événemens qui se sont passés en Austrasie dont il aima le séjour autant que son père. Louis passa une partie de Tannée 81 6 à Thionville. Dans le mois d'octobre 821 , il y assembla les Etats, y fit célébrer le mariage de Lothaire, qu'en 817 il avait associé à l'Empire. Des envoyés du pape Pascal i.er y vinrent excuser le Saint Père de ce quïl s'était fait couronner avant que Louis eût ratifié son élection : ils offrirent à l'Empereur de riches présens. Ses généraux lui rendirent compte du succès de leur expédition contre Luidwit, roi des Huns établis en Hongrie, et contre les Esclavons qu'il avait attirés dans son parti. Enfin il pardonna aux complices du roi Bernard, dont il avait puni la rébellion en lui fesant crever les yeux, sans se laisser toucher par son repentir, supplice auquel cet infortuné neveu ne survécut que trois jours. Il paraît que le remords dont Louis ne cessa d'être tourmenté après cet acte d'une extrême sévérité, lui ôta pour jamais ?a force de punir aucun des coupables qui depuis empoisonnèrent ses jours.

Dans cette même assemblée de Thionville, on fit plusieurs ordonnances relatives aux péages, aux forêts du domaine, etc. Enfin les évêques, au nombre de trente deux, tinrent un concile pour faire protéger et respecter les ecclésiastiques. Ils établirent diverses amendes, suivant la qualité des personnes , contre ceux qui outrageraient , blesseraient ou tueraient un prêtre: l'Empereur et les seigneurs ratifièrent les canons de ce concile.

En 8a8, Louis fit à Thionville des dispositions , pour envoyer, contre les Sarrasins d'Espagne, une armée dont il confia le commandement à Lothaire.

En 83 1 , il tint dans la même ville une diète générale, où les Sarrasins d'Afrique, qui avaient été battus par le comte Boniface, vinrent apporter des tributs et demander la paix.

Louis avait été abreuvé d'outrages et d'humiliations par ses fils, dans la première assemblée de Compiègne, dont les abbés de S.l-Denis et de Corbie étaient les principaux auteurs ; le pape Grégoire IV avait, dans la plaine appelée le Champ du Mensonge, fait tomber ce prince trop crédule entre les mains de ses fils dénaturés. Traîné en captif de Marlem à Metz, de Metz à Soissons, de Soissons à Compiègne, il avait été livré à une assemblée de prélats factieux présidée par Ebbon , évêque de Rheims , dont il était le bienfaiteur. Ignominieusement dépouillé des ornemens impériaux , il fut revêtu d'un cilice , chassé de l'église et enfermé dans une célule. Le peuple et les grands s'indignèrent de cet attentat. Drogon ,

Evêque de Metz et frère de Louis-le-Germanique, qui, après la journée du mensonge, s'était réfugié en Bavière, en reprochant au pape l'indignité de sa conduite 4 profite habilement de la disposition des esprits , ramène les deux fils Pépin et Louis à de meilleurs sentimens, soulève les Austrasiens. dont il est merveilleusement secondé} il convoque à S.l-Denis des Evêques qui annullent comme séditieux et criminel , ce qui s'était fait à Compiègne ; il rend à Louis-le-Débonnaire sa liberté et ses Etats le i.cr mars 734.

Louis vint s'établir à Thionville vers la fin de Tannée , passa les fêtes de Noël à Metz , et convoqua , pour le mois de février , une diète qui se tint à Thionville. Louis y fut de nouveau proclamé empereur dans la semaine de la sexagésime. Le dimanche suivant, il fut solemnellement rétabli sur le trône dans l'église cathédrale de Metz , en présence de toute la cour. Drogon y publia les actes de la diète, et l'archevêque de Rheims fut obligé de lire en chaire la révocation des actes iniques du conciliabule de Compiègne.

Ce prélat , traduit ensuite devant un concile composé de quarante- trois évêques, se démit de Fépiscopat,dont ils'avoua indigne, et Louis lui fit grâce.

Plein de confiance dans la fidélité des Austrasiens, dont il venait d'éprouver le dévouement, Louis continua d'habiter presque toujours Metz et Thionville , où il tint une diète en 836 et en 837. En 8 58 , il avait eu la douleur de voir son fils Louis -le- Germanique s'armer contre lui 5 mais

Àdalbert, comte de Metz, homme d'un grand caractère, ayant gagné les Saxons sur lesquels Louis comptait, la guerre cessa bientôt. Des soulèvemens ayant appelé l'empereur en Àcquitaine , Louis profita de son absence pour recommencer les hostilités. Le comte de Metz Adalbert et l'évêque de Metz Drogon, se portèrent aussitôt sur le Rhin pour en défendre le passage } l'empereur ne tarda pas de les y joindre; mais accablé de fatigues et de chagnns, il tomba malade dans une île du Rhin, et mourut six semaines après, le 20 juin 840 , âgé de 64 ans , dans la 27^ année de son règne. Il légua l'Empire à Lothaire. Sollicité de pardonner à Louis , il y consentit en disant : » il doit aussi » demander pardon à Dieu , et n'oublier jamais qu'il » a conduit ma vieillesse au tombeau ». Son corps fut déposé à Metz, dans l'abbaye de S.VArnoult , à côté de celui de la reine Hildegarde sa mère.

Lothaire se prévalant du titre d'Empereur, voulut dépouiller ses deux frères, Louis-le-Germanique, et Charles, roi d' Acquitaine et de Neustrie. Adalbert , comte de Metz , homme d'un rare mérite , et Olgaire, archevêque de Mayence, lèvent une armée en Austrasie, et la conduisent sur le Rhin, ou Lothaire lui fait passer ce fleuve au printemps dç l'année 841 : il allait livrer bataille à son frère Louis , lorsqu'il fut obligé de détacher une partie de ses troupes pour les opposer à son frère Charles qui , pénétrant les desseins de Lothaire , était entré en campagne. Louis profita de cette diversion , attaqua vivement au mois de mai , dans la Réfhie 9

les Austrasiens commandes par leur comte Adalbèrt, qui perdit la bataille et la vie. Louis profitant de la victoire se hâta de faire sa jonction avec Charles sur les confins de l'Austrasje. Malgré la supériorité de leurs forces , ils eurent la générosité de proposer des accommodemens à Lothaire qui feignit d'y consentir. Les conférences s'ouvrirent à Attigni, et l'empereur y députa l'évêque de Metz Drogon } dans cet intervalle , son armée fesait toujours des progrès eu Neustrie ; enfin, rapproché du jeune Pépin son neveu, duc d'Acquitaine, il rompit aussitôt les négociations, présenta le combat dans la plaine de Fontenai ? entre Auxerres et Bourges, le 25 juin 841. Lothaire fut totalement défait : on assure que 100,000 français périrent dans cette sanglante bataille. L'empereur se retira à Mayence avec les débris de son armée, et la renforça des Saxons auxquels il avait permis de retourner au paganisme. Il menaça de nouveau Louis } mais inquiété par Charles , il revint sur la fin de Tannée à Thionville, où il assembla les seigneurs pour pousser vigoureusement la guerre dans la INeustrie, eu refusant avec hauteur la paix que Charles lui offrit de nouveau. Ce fut alors que Lothaire visita l'abbaye de S.1 Martin-lès-Metz, s'y fit aggréger, et ordonna qu'on lui fît une copie du livre des Evan giles , qui est aujourd'hui déposé à la bibliothèque royale.

Charles et Louis, étroitement unis^ poursuivaient toujours l'Empereur leur frère avec une

ardeur égale à son opiniâtreté : ils Pavaient fart déposer dans une assemblée d'évêques , à Aix-la- Chapelle en 842 , et Lotliaire furieux avait appelé les Normands à son secours , lorsque la Providence mit fin à tant de calamités, en réconciliant les trois frères dans une entrevue qu'ils eurent au mois de juin près de Mâcon. Ils convinrent d'envoyer à Metz des députés au mois d'octobre ^ pour régler le partage de leurs domaines. Ces députés furent <au nombre de cent dix. Lothaire , au mépris des conventions , était veuu à Tbionville , d'où il influait secrètement sur les résolutions du congrès. Son frère Charles , passant à Metz pour aller visiter Louis à Vorms, en fut informé, s'en plaignit, et le congrès fut transféré à Coblentz. Les députés ne purent se mettre d'accord et s'ajournèrent à Verdun pour l'année suivante. Les trois princes signèrent enfin dans cette dernière ville le partage de l'Empire, au mois d'août 843 : Chai les eut la Neustrie, TAcquitaine et le Languedoc; Louis conserva toute la France germanique, dont il portait le nom; et l'empereur Lothaire se réserva l'Italie , la Provence , la Franche-Comté , le Lyonnais et toutes les provinces comprises entre' le Rhône , le Rhin , la Saône , la Meuse et l'Escaut. Metz fut la capitale de ses Etats.

Profitant de ces guerres intestines et désastreuses, le pape Sergius s'était fait consacrer sans l'agrément de l'empereur qui , pour le punir , envoya à Rome , immédiatement après la paix , Louis son fils et Drogon, évêque de .Metz, avec de nombreuse*

troupes: Le pape les désarma par des pfésens et des caresses : il s'excusa dans une assemblée d'évêques présidée par Drogon , et où Ton décida que désormais les papes ne pourraient être ordonnes suivant l'ancien usage , que du consentement de l'emreur et en présence de ses envoyés. Le pape couronna son fils Louis , roi de Lombardie,et nomma Drogon son vicaire général dans les Gaules.

Au mois d^ctobre de la même année , les trois frères se renouvelèrent à Thionville leurs protestations d'étroite alliance : ils reçurent les longues doléances des prélats assemblés à Yutz, sur l'état déplorable du clergé , don t les biens étaient envahis , usurpés al sur les désordres qui régnaient dans les monastères.

En 848, Lothaire tint encore une assemblée générale à Thionville, où Louis-le-Germanique son frère fit solliciter la grâce d'un seigneur qui- avait osé enlever et épouser une fille de l'empereur.

Après avoir partagé ses Etats entre ses trois fils , Lothaire malade et tourmenté de remords pour les guerres civiles dont il avait ensanglanté la France, se fit transporter à labbaye de Pruim , où il mourut le 28 septembre 855 , six jours après * avoir pris l'habit monastique. Il avait 60 ans et en avait régné quinze.

Par son testament il légua le titre d'Empereur et l'Italie à son 'fils aîné Louis; la Bourgogne et la Provence échurent à Charles. Lothaire eut le xv.«Roî royaume d'Austrasie qui, du confluent de la Saône et du Rhône , s étendait jusqu'aux bouches de la

Meuse et du Rhin. Ce démembrement de TEm~ pire s'appela Lotharii regnum, en langue romaine, Loherregne , et par contraction Lorraine. Mais quoique ce royaume eut changé de nom , Metz n'en resta pas moins la capitale, titre qu'Aix-la- Chapelle lui disputa. Des chartes datées de Metz en 857 et 858, attestent qu'alors Lothaire y tenait sa cour. Ces princes se brouillèrent bientôt en se mêlant des querelles de leurs oncles. L'empereur Louis fit alliance avec Louis -le -Germanique qui voulait détrôner Charles-le-Chauve, dont Lothaire avait épousé les intérêts. Les évêques assemblés à Metz le 28 mars 859, envoyèrent des députés à Vorms auprès de Louis -le -Germanique, pour le menacer d'excommunication s'il ne se reconciliait avec son frère et son neveu ; ils ne sont point écoutés. Louis pénètre en France et fait déposer Charles par d'autres évêques à sa dévotion. Lothaire soulève contre lui la nation par son divorce avec Teuteberge, que les évêqu s assemblés à Aix-la- Chapelle ont la faiblesse de prononcer, à la sollicitation de Gonthier, archevêque de Cologne, dont la sœur entretenait avec le roi un commerce scandaleux. Le pape Nicolas refuse de ratifier cette sentence, convoque un concile à Metz, en 863. Lothaire séduit les deux légats du pape ; Advence, évêque de Metz, intrigue vivement pour le roi, et la dissolution du mariage est confirmée. Le pape indigné de cette décision , l'annulle , déclare que ce concile est un brigandage semblable à celui d'Ephèse, et dépose les deux archevêques de Trêves et de

MaVSntté qui s'étaient laisse corrompre. Lothaîré Reprend Teuteberge et la conduit solemneliement à i*église de Gondreville, auprès de Toul^ le jour de l'Assomption , où elle reçoit tous les honneurs dus à son rang. Ces troubles appaisés, Lothaire eut à repousse*- les Normands qui s'étaient avancés jusqu'aux portes de Metz, en 866 ; alors il eut une entrevue avecLoUis-le-Germanique, dans cette ville où Charhes-te-Cbauve devait aussi se rendre, pour secourir Louis contre son fils révolté. Chartes s'arrêta à Verdun avec une armée dont le retour en Neus-> trie fut marqué par mille excès* Cependant Charles . et Louis eurent en 86*) une entrevue sécrète dans l'abbaye de S^-Arnoult, pour régler d'avance entr'.eux le partage des Etats de Lothaire et de l'empereur Louis son frère, qui n'avaient pas d'enfans» Lothaire fut aussi offensé qu1alarmé de ce partagé prématuré : il déféra ses deux oncles du pape en 868 , et entreprit même Tannée suivante le voyage de Rome, tant poui- faire annuller ce partage que pour renouVeller auprès du nouveau pape Àdrieri: H, ses tentatives de divorce* On ignore cô qu'il obtint du papeç mais la mort le surprit à son rçtour, du taois d'août, dans là ville de Plaisance. La reine Teuteberge n'y arriva qué peu de jours après Cet événement: elle donna des larmes à la mort de son royal époux, présida a ses funérailles , et revint à Metz où elle se retira dans l'abbaye de S.u-Glossinde qu'elle avait en commande, (i)

(I) Les rois* las ducs disposiifcat alors dés domaines ecclésias»

L'empereur Louis devait hériter du royaume de Lorraine; mais occupe' en Italie contre les Sarra-^ sins, il ne put faire assez de diligence pour en prendre possession* Louis-lt-Germanique combattait les Esclavons révoltés, et ne pouvait faire valoir le partage arrangé à MJetz entre son frère et lui, en 867. Charles-le-Chauve profite donc de ces circonstances pour entrer en Lorraine , où Advence , évêque de Metz, dispose les esprits en sa faveur. Il se fait couronner et sacrer, le 9 septembre 869, dans la cathédrale de cette ville, en présence des seigneurs et des prélats du royaume que séduisent et entraînent les harangues d'Advencê et de Hincmar , archevêque de Rheims.

Charles ne jouit pas long-temps de son usurpation. D'un côté , le pape Adrien lui reprocha vivement de dépouiller son neveu Louis , empereur. De l'autre, Louis-le-Germanique, qui venait de battre les Esclavons et de faire leur roi prisonnier, se plaignit avec plus d'aigreur encore. Charles sentit alors qu'il ne pouvait conserver seul toute la Lorraine, et il entra l'année suivante en accommodement av ec son frère , qui lui laissa Lyon ^ Besançon rToul , Verdun, Cambrai, etc. ; Louit eut Utrech , Cologne , Trêves , Metz, Strasbourg, Bâle , le duché de Mosellane , etc. L'empereur

tiques à titre de libéralité ou de récompense en faveur de» Laïcs. On vit des abbayes de femmes possédées par des militaires. Souvent des filles reçurent eu doi une cure dont elles affermèrent les revenus et adjugèrent la déferle au rabais. On \eudail les t^li»*», les cloches, les oruemeus et même les reliques.

Louis fut exclu de cette succession qui devait lui appartenir : cependant d'après de fausses promesses que son oncle Louis-le-Germanique lui avait faites, il se fit couronner roi de Lorraine à Rome en 872 $ cette vaine cérémonie fut le seul acte de souveraineté qu'il exerça. Son oncle Louis ne lui restitua rien : il tint au mois d'août 872 une cour plénière à Metz, où il reçut une ambassade des Danois et des Saxons, qui Pavaient fait arbitre de leurs différends. En 875, ce prince fit restituer, par trois chartes datées de Metz aux abbayes de Longeville, de S.te- Glossinde et de S.VArnoult, les biens qu'on leur , avait usurpés. Il assigna aux moines de S.VArnoult leur provision de vin sur l'octroi de la Moselle , jus Mosellam navis ou naulœ.

Ce prince mourut le 28 août 876. Il avait , en 872 , partagé ses Etats entre ses trois fils : Carloman eut la Bavière , l'Autriche , la Hongrie , etc. Louis régna sur la Saxe , la Thuringe , la Frise , la Haute-Lorraine. Les domaines de Charles-le-Gros s'étendirent depuis le Mein jusqu'aux Alpes, en y comprenant la Basse-Lorraine.

Aussitôt après la mort de Louis-le-Germanique, Charles-le Chauve essaya de reprendre la Lorraine ; mais Louis son fils ne fut pas moins diligent à la lui disputer , et il força , en passant le Rhin , Charlesle-Chauve, qui se dirigeait sur Metz, de prendre la route de Coblentz. Les deux rois se rencontrèrent à Andernach , où Charles fut complettement battu le 2 mai 876. Il ne survécut guère à cette ■défaite. Louis-le-Bègue , son fils, ne régna qu'un

an et demi. Sa mort augmenta en France des trembles que la faiblesse de son gouvernement avait fait naître. Une faction appelle Louis-de-Germanie au trône de France, il accepte , vient à Metz, s'avance jusqu'à Verdun, et ne renonce à la couronne de France qu'en se faisant céder 1% partie de la Lorraine qui autrefois était échue à Charles-le- Chauve. A la même époque , Carloman meurt 7 Louis et Charles - le - Gros héritent de ses Etats. Charles , après avoir conquis la Lombardie , s'était fait revêtir de la dignité impériale : il agrandit bientôt ses possessions , par la mort de son frère Louis-de-Germanie, en 882. La fortune semblait le favoriser et l'élever au faîte de la puissance. Il est appelé l'année suivante au trône de France , après la mort de Louis III et de Carloman son frère. Ce faible descendant de Charlemagne n'eut pas la force de tenir les rênes d'un aussi vaste Empire* Attaqué, en 88a, par les Normands auxquels il avait eu l'imprudence de céder la Frise , Charles ne put arrêtçr leurs brigandages qu'à prix d'argent. Ces barbares avaient pillé la plupart des églises et dévasté les villes. Il fallut dépouiller la cathédrale de Metz pour payer un honteux tribut.

Enhardis par la pusillanimité de Charles, les Normands finit de nouvelles incursions, en 883 , clans la Lorraine. Ils menaçaient Metz , lorsquç Vala , évêque de Metz , et Adélard } comte de Meta, eurent le courage de les prévenir et d'aller leur livrer bataille au-delà de Sierck , près de Rémich. JLa fortune ne seconda pas leur noble

dévouement. Vala périt glorieusement dans le combat , mais la ville fut préservée. Ces Normands , qui désolaient toujours la France , poussèrent enfin f audace jusqu'à faire le siège de Paris. Dans ces extrémités , Charles assemble en vain 4 au mois de juillet 086, un parlement à Mctz1 pour mettre un terme à tant de maux. Enfin il tombe malade , semble perdre l'esprit et descend du trône sans violence , en 887. Mais les seigneurs qui l'Ont déposé ont la barbarie de le laisser dans un dénuemeilt affreux. Ce prince , que de longs revers avaient flétri , meurt en 888 , après avoir vécu un an dés charités de l'archevêque de Mayence.Dansla même année , on tint un concile à Metz ^ pour déplorer l'état misérable de l'Empire, réformer les ttœwfs du clergé, excommunier les couleurs, etc.

Après la mort de Charles-Ie-Gros , Eudes fut élu roi de France, à l'exclusion de Gui, duc de Spolette , de Bérengcr, duc de Frioul, de Rodolphe y fils du comte de Paris ^ de Hubert , comte de Vennandois. Les Allemands choisirent Arnoult, bâtard de^ Carloman , roi de Bavière. Les Lorrain* , plein* de confiance dans ses vertus, se donnent à lui. Ce prince fait des libéralités aux églises de Metz, et y envoie, en 895, Zuentibole son fils naturel en qualité de gouverneur. Il était loin de posséder les grandes qualités de son père. Tous les esprits furent bientôt aigris contre lui , à cause dé ôés violences et dé se* rapines. Les Lorrains appellèrent le roi de France à leur secours } Zuentibole s'enfuit à Florepges auprès de ThionviUè ;

Digi

mais , rentré en grâce , il commit de nouveaux excès qui le firent encore une fois expulser par les Lorrains. Us choisirent alors pour roi Louis III , fils légitime d'Arnoult, qui fut couronné àïhionville , en 900. Zuentibole , irrité , ramassa quelques troupes, pilla etNdévasta plusieurs cantons; on se mit à sa poursuite , il fut battu et tué sur la Meuse r son corps fut transféré à Saint-Arnoult.

Louis III s'occupa de rétablir Tordre et ramener les seigneurs à l'obéissance. Obligé de partager ses soins entre la Lorraine et la Germanie, qu'il avait héritées de l'empereur Arnoult son père, en 898, il vint à Metz en 906 pour faire rentrer dans te devoir des grands du royaume qui s'étaient révoltés. De nouvelles agitations l'y ramenèrent en 908. Il tint dans cette ville une diète générale où deux comtes furent proscrits ; mais ce prince fut plus sérieusement occupé contre les Huns qui , sous le nom de Hongrois, pénétrèrent dans ses Etats, dévastèrent la Souabe et étendirent même leurs ravages jusqu*en Lorraine. Louis III mourut de chagrin à 20 ans, vers la fin de 91 1 , et avec lui s'éteignit en Germanie la race de Charlemagne (1).

Charles-le-Simple , roi de France, devait succéder à Louis , mais les princes allemands élurent en 912, Conrad, duc de Franconie. Les Australiens

toujours fidèles aux descendans de Charlemagne ,

(1) (Test à cotte époque que s'arrêtent les annales de Meta qui •nt été si utiles pour l'histoire des premiers siècles de la mouarchie. On n'eu connaît pas l'auteur- Elles étaient déposées dans l'abbaye 4e Saint-Arnoult. On les confia au père Sirmou qui ne le* rétabli* point.

« reconnurent Charles pour leur souverain. Il vint en g\2 à Metz, pour prendre possession de ce royaume, et Tannée suivante pour le défendre contre les agressions de Conrad ; il y établit alors pour gouverneur Gislebert , gendre de Henry , duc de Saxe , qui avait disputé à Conrad la couronne de Germanie. Gislebert, ambitieux et turbulent, veut se rendre indépendant; il est dépouillé, en 916, à Metz, de son gouvernement par Charles-le-Simple, et se réfugie en Saxe : mais son beau-père Henry ayant été élu roi de Germanie en 919, Charles rechercha son alliance et rétablit Gislebert dans fon gouvernement. Après une entrevue que le roi de France eut avec celui de Germanie surle Rhin , en 92 1 , où ils conclurent le traité de Bonn , il revint à Metz pour punir Rienin, comte des Ardennes, qui s'était révolté. A peine en est-il parti, que Gislebert se révolte de nouveau : Charles rentre en Lorraine et la dévaste. Il est lui-même détrôné par les seigneurs trop puissans de son royaume, avec lesquels se ligue Gislebtrr. Henry l'Oiseleur favorise les rebelles et pénètre avec une armée en Lorraine. Metz, fidèle à Charles-le-Simple, quoique fugitif, leur ferme ses portes. Elle est assiégée eu 923 , et n'ouvre ses portes qu'après une longue résistance. Gislebert est encore rétabli dans le gouvernement d'un royaume appauvri par des guerres sans cesse renaissantes, par les incursions des Normands et des Hongrois , et par les déprédations de tous les hommes puissans qui se disputaient les débris de l'Empire de Charlemagne. La peste et la famine détruisaient ce que le fer des soldats avait épargué.

(5fl)

Au milieu de tant de désastres , Cliaries-le^imple était mort dans uue prison à Péronne, en 939, et Raoul qui s'était fait couronner roi de France , meurt en 936. Au mois de juillet de la même année , la mort enlève aussi Henry-l'Oiseleur, lorsqu'il se disposait à se faire proclamer Empereur.

Louis d Outremer , fils de Charles-le-Simple , est rappelé d'Angleterre où sa mère lui avait procuré un azile : Qthon le Grand est salué roi dé Germanie par lçs seigneurs allemands. A peine sont-ils couronnés , qu'ils se disputent la Lorraine. Gislebert se déclare pour Louis, contre Othon son beau-frère, qni passe le Rhin , met le siège devant Rrizac , (ait poursuivre Gislebert qui périt avec son armée près d'Andernac. Tout cède aux armes vie-* torieuses d'Othon. Louis fait d'inutiles efforts pour conserver la Lorraine : il épouse en vain Gerbcrge , yeuve de Gislebert et sœur d'Othon. Le roi de Germanie pénètre même jusqu'en France, et Metz, toujours fidèle à la race Garlovingienne , est la dernière ville de la Lorraine qui enfin reconnaisse à regret Othon pour son souverain, en g45. Ce prince en confia le gouvernement à Conrad soù gendre qui, peu d'années après, se ligua avec Lu^dophe , fils aîné d'Othon , pour le détrôner. Battu auprès de Mayence , en 953, Conrad reçut de son beau-père un généreux pardon dont il abusa bientôt après pour s'emparer de nouveau de Mayence, et pour se jetter dans Metz, qu'il livra au pillage et p toute la férocité d'une troupe de hongrois qu'il avait imprudemment attirés dans ce malheureux

pays, dont la dévastation fin suivie d'mle pe*tè qui fit périr dans la seule Ville de Metz plus dé dix mille ames.

Othon envoyé en Lorraine Brtmôn son frété $ archevêque de Cologne. Pendant que ce saint prélat s'occupait à réparer les maux que cès con* trees avaient soufferts , les Hongrois tentent une nouvelle invasion. Conrad qui les avait àttirés en j)53 , se réconcilie avec Othon , son beau* père , devient leur plus implacable ennemi , les défait sur le Lecb , en 955 , et meurt le lende^main dans le dernier combat qui «chère d'ester*miner ces barbares.

Bru non, duc de Lorraine, homme d une haute sagesse , s'était appliqué pendant cinq ans à réta*bltr Tondre, la justice et la paix dans ces contrées. Il avait exilé au-delà du Rhin le comte de Ha*- Baut qui fomentait des trouble» 3 il avait fait rastir les châteaux et les forteresses de plusieurs autres seigneurs turbulens. Malgré ces exemples de sévérité ^ il sentit qu'il ne pourrait contenir dans le devoir tant d'botnm€& accoutumés à la guerre, au brigandage, à la révolte, et qui ne reconnaissant y\m de maîtres , se rendaiént redoutables aux souverains et ne cessaient d 'être le fléau des peuples. L'anarchie féodale était alors dans toute sa force.

Bruhon résolut donc , en 959 , de partager la Lorraine en deux provinces. La Haute-Lorraine *ii midi se composa de l'Alsace, du Luxembourg, des Trois-Evêchés , etc. On l'appela le duché de Mosellane. La Basse-Lorraine comprit au nord le

Cambrésis , le Brabant , l'Artois , le Hainaut , Liège , Limbourg, etc. Frédéric , comte de Bar, eut la gouvernement de la Haute-Lorraine, et Brunon conserva l'autre où, modèle de piété et de vertu, il mourut en 965, vivement regretté des peuples dont il avait fait le bonheur.

On ne sait qui succéda à Brunon ; mais il parait qu'après la mort d'Othon- le -Grand, les Lorrains qui étaient toujours attachés aux princes du sang de Charlemagne, se remuèrent pour rentrer sous leur domination. Lothaire, fils de Louis d'Outremer, occupait alors le trône dfe Franc*». Charles son frère qui n'avait point d'apanage, se fait un parti considérable en Lorraiue. Othon II vient à Thionville et à Metz d'où il observe les dispositions des esprits, et craignant que ces provinces ne lui échappent, il offre, en politique habile, la Basse-Lorraine à Charles , qui l'accepte avec joie et en fait hommage au roi de Germanie, subjection qui indigue les seigueurs français, et qui, dix ans après, sert de motif à Hugues-Capct pour exclure du trône ce dernier rejeton de la race Carlovingienne.

A peine Charles avait pris possession de la Basse- Lorraine , que son frère Lothaire voulut conquérir le reste de l'ancien royaume d'Austrasie , où il était a ppelé par le vœu de la nation. Metz , qui avait résisté à Henry-l'Oiseleur et à Othon I.er, reçut le descendant de Charlemagne avec enthousiasme, en 978. Lothaire ne sut pas garder ces belles provinces , auxquelles il renonça, en 980, dans une entrevue

qu'il eut sur la Chier avec Othon H. Cet empereur se reudit aussitôt à Metz pour recevoir le serment des grands du royaume. Les seigneurs français , et sur-tout Hugues-Capet , murmurèrent hautement de la faiblesse du roi. En 983 , il essaya en vain de reprendre la Lorraine , en s'emparam de Verdun et en lâchant de surprendre Cambrai. Ses tentatives n'eurent aucun succès : Othon III reprit Verdun en 985 ; Lothaire eut la douleur de voir son frère Charles, loin de le seconder, s'attacher j au parti d'Othon. Ce prince en fut cruellement puni , puisque Lothaire étant mort Farinée suivante sans postérité , les Français refusèrent de reconnaître pour roi un vassal du roi de Germanie , et donnèrent, en 987, la couronne à Hugues Capet. Charles , assiégé et pris à Laon , fut eufermé à Orléans où il mourut. Avec lui s'éteignit en France la race Carlovingienne, après avoir possédé cette monarchie pendant deux cent trente-six ans. Cependant Othon son fils hérita du duché de Lorraine, et mourut sans enfans. Ce fut alors que le grand nom deCharlemagne cessa de rallier les Lorrains , qui , sans respect , sans affection , pour les nouveaux empereurs de la maison de Saxe , s'affranchirent de leur dépendance. On vit donc s'établir les comtes héréditaires de Luxembourg , d'Alsace , de Bar , de Hainault , de Namur , de Limbourg. Deux duchés seuls subsistèrent , ceux de Basse-Lorraine ou de Ripuaire et de Mosellane, ou de Haute-Lorraine. Des prélats, des abbés s'arrogèrent la souveraineté dans leur ville épiscopale. Nous verrons Metz la disputer à son évêque, et se constituer ville libre impériale.

Les Norînands ni les Hongrois n'avaient pu pé* nétrer à Metz, qui était forte , peuplée, opulente, tandis qu'une foule d'autres cités se relevaient à peine de leurs ruines j il importait donc beaucoup ou de la posséder, ou de s'y former un parti. Après la mort d'Othon III, en iooa 7 l'avènement de Henry II au trône fut tin sujet de discordes. Baudouin , comte de Flandres , Herman , comte d'Alsace, Théodoric, doc de Môsellane , se soulevèrent Contre ce nouvel Empereur, qui , par sa haute sagesse , parvint à appaiser les troubles. D^ns une diète qu'il tint à Thionville , en ioô3 , il se concilia les Messins , et les détacha du parti de Théodoric , qui fut obligé de faire sa paix. Ce fut même en faveur de ce duc que l'Empereur vint, en 1007, porter la guerre dans le pays messin , pour rétablir , sur le siège épiscopal de Metz , Adalberon , jeune fils de Théodoric ^ que Thierry, administrateur du diocèse et fils de Sigefrôy, comte de Luxembourg , avait supplanté. La résistance fut opiniâtre et dura plus de trois ans. Dans la querelle de ces deux évéquea, les villes, les bourgs, les villages autour de Met» , furent réduits en cendres , les campagnes dévastées et abandonnées de leurs malheureux habitons.

Aussi brave guerrier que prélat zélé, Thierry fit Théodori c prisonnier , le conduisit à Metz dont les habitans et lui soutinrent un long siège ( 1 ).

( 1 ) Cest dans ce siège que Tabbaye cL S^-Martin-des-Champs fut déliait* par lté Stl*vou*. Le" piéux Empereur en dédommagea les religieux , qui transportèrent à 5oo pat de la ville leur monastère , d'où il prit \c nom de Saint-Martin-lès-MeU^ ou de* faubourg^.

Enfin la mort de FEvêque enfant mit fin à eette guerre désastreuse, et Thierry conserva l'Evêché, mais l'Empereur Henry ne voulut pas lui pardonner; il le fit citer à Coblentï, en 1012, devant une diète générale ; il craignait la vengeance du monarque, et se contente d'y envoyer des députés. L'Empereur refusa de les recevoir, et exigea que TEvêque comparût lui même ainsi que plusieurs autres seigneurs accusés comme lui de rébellion. La diète s'ajourna à Mayence 5 PEvêque Thierry et son frère le duc de Bavière qui dépouillé de ses états , s'était retiré à Metz , n'obéirent pas, mais attendirent dans une ambuscade le* seigneurs et les prélats qui avaient voté contre eux : ils en tuèrent un grand nombre , entre autre» Théodoric, duc de Mosellane et Heunon, Evêque de Verdun, t^pnry irrité de ces attentats, fit interdire, dans un synode général, TEvêque de Met2 qui , loin de s'en mettre en peine , gouverna habilement et paisiblement son diocèse , et jetta même en 1 o 1 4 «> les fondemens de la Cathédrale. Enfin , en 1007 , il rentra en grâces auprès de l'Empereur qui rétablit même son frère dans son duché de Bavière* Après une entrevue que l'Empereur eut en ioa3, sur la Chiers, avec Robert, roi des Francs, au sujet du duché de Flandres , il vint à Metz oit il fit de grandes libéralités au clergé. Ce prince mourut, en 1024 , sans postérité (2). L'Evêque « 1 p ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■

(a) On rapporte que Henry II fécut avec Cunegonde sa femme 4»tu une eontmenee absolus, par un eaeès de pieté que l'impératrice sembla partager. Cependant accusée d'adultère, elie s'en justifia pas

Thierry et son frère le duc de Bavière , qui étaient très-puissans, firent donner la couronne à Conrad-* le-Salique. Conrad, duc de Franconie, la lui disputa et fut soutenu par Frédéric duc de Mosellane , qui attira Robert, roi de France, en Lorraine, où il ne put le maintenir» Conrad dissipa ses ennemis, et Frédéric fut réduit à implorer sa clémence.

La Lorraine fut encore une fois troublée eu io32, à l'occasion du Royaume de Bourgogne, dont le dernier souverain, Rodolphe III, était mort sans postérité. L'Empereur Conrad , Henry I.er , roi de France, et Eudes comte de Champagne son frère, se disputèrent cette riche succession. Popon , abbé de Stavels, ménagea en io35 une entrevue entre les deux monarques à Disvrilers dans le pays messin : là ils s'accordèrent sur le partage de la Bourgogne. Le Dauphiné, la Bresse, Je Lyonnaise! une partie de la Provence appartinrent à Henry qui érigea ces provinces en duché et les donna en apanage à son frère Robert. Le comte de Cbampa* gne exclu de cette succession, veut s'en venger par les armes : il pénètre dans le Jura, s'empara de plusieurs villes, fond sur la Lorraine, met une garnison dans le château de Bar; mais tout lui résiste et il est forcé d'en lever le siège , par Godefroi, fils de Gothelon, duc de la Basse-Lorraine, à qui l'Empereur avait donné le duché de Mosellane,

l'épreuve du feu , en marchant sur des fers rouges. Ils furent tous deux canonises en n5a. La duchesse de Bavière, pour accomplir un vceu, envoya, en 1701 , le chef de ce saint Empereur aux religieuses préchercsses de Metz.

•près la mort de Frédéric; et tandis que l'empereur Conrad ravage la Champagne 7 Godefroy poursuit Eudes avec vivacité , et le joint sur la rivière d'Orne, h i3 novembre 1037. La victoire est longtems disputée, mais uu renfort amené par Thierry, évêque de Metz, la décide en faveur des Lorrains.

Gothelon étant mort en ie>44 » l'empereur Henry III. mécontent de Godefroy son fils , surnommé le Preux , lui refusa l'investiture des deux duchés. Il donna la Basse-Lorraine à Frédéric de Luxembourg, et la Haute ou le duché de Mosellane à Albert de Namur , qui , marié à la fille de Charles de France, dernier prince de la race Carlovingienne , était agréable aux Austrasiens. Godefroy Arma contre son souverain , et attira dans son parti Beaudouin , comte de Flandres , et Thierry, mar~ quis de la Flandres hollandaise. Cette guerre appella Henry dans la Lorraine , en 1046, où il se rencontra avec Henry I.cr, roi de France auprès de Metz. Dans cette entrevue , la paix fut cimentée entre les deux souverains 5 mais les princes rebelles se défendirent pendant cinq ans contre l'Empereur avec des succès balancés. Albert , duc de Mosellane , fut tué par Godefroy, en 1048 : enfin, en 1049^ les princes rebelles étaient retranchés derrière les marais de la Hollande } on profite de l'hiver pour les y attaquer. Les évêques de Liège , d'Utrecht et de Metz, arrivent avec des renforts, on livre bataille sur la glace ; Thierry est tué , et Godefroy prend la fuite. U se réconcilie avec l'Empereur qui lui accorde l'investiture de la Basse - Lorraine , et donne le

duché de Mosellane à Girard d'Alsace, qui aVait épousé Hadwide, fille d'Albert , et par conséquent petite-fille, par Erraengarde sa mère, de Gharles dernief , prince Carlovingien , mort possesseur du duché' de Lorraine* Ce duché devint héréditaire dans la famille de Gérard , qui fut la tige de lu maison de Lorraine^

Alors , tandis qu'une longue famine Causée par des pluies continuelles et une peste nommée ardente ou Jeu de St. Antoine , moissonnait les peuples , des discussions scandaleuses affligeaient l'Eglise : plusieurs papes élus à la fois par des factions opposées, se disputaient la tiare. L'un d'eux Benoit IX, n'avait que douze ans. Enfin, lassé de; tant de désordres , l'empereur Henry III fit nom-» mer dans un concile tenu à Vorms, en io/f8, Brunon , évêque de Toul. Cet humble et vertueux chef de l'Eglise, rétablit la paix et la discipline dans le monde chrétien qu'il gouverna pendant sik ans \ mais après sa mort , Hildebrand , moine ambitieux , fit élire successivement Victor , Nicolas, Alexandre ^ et jetta les fondemens de la puissance où la papauté parvint sous son pontificat. L'empereur Henry III y donnâtes mains par sa déférence envers l'autorité ecclésiastique» Aussi, dans l'année qui suivit la mort de ce prince, Nicolas II ne se contenta pas, dans le concile de Latran , de soustraire l'élection des papes à l'autorité des Empereurs , il fit plui, il soutint que les papes avaient le droit de nomme? les Empereurs.

Henry IV, jeune encore et livré à la fougue dé

fassions déréglées; ne songea pas à reprimer sévèrement dans leur naissance ces attentats à la dignité impériale, et Hildebrand, devenu en 1073 souverain Pontife sous le nôrai de Grégoire VII ^ tiattà 1'empèreùr qui eut l'imprudence de confirmer son élection. Affermi sur le trône de S.1- Pierrè, il aspira dès-lofs à la domination absolue, et ne balança pas, pour y parvenir, k employer les voies tes plus iniques. Sans entrer dans le détail affligeant des troubles qui agitèrent I'Àllcinagné ët lltalie, il suffira d'observer que Metz n'en fut point exemple; Hérimann, évêqué de cette ville, d'abord créature de l'empereur ,* dievint un des prélats les plus dévoués à Grégoire. Il fut chassé ^ èn 1079,. de son siège, par Théodorifc-le- Vaillant, fils de Gérard, duc de Lorraine (î). ïl sè réfugia èn Italie auprès dë la cômîtesse Mathilde , et revint plusieurs fois à Metz où il souffla la discorde et èntretint une guerre intestine : il causa l'exil dé plusieurs ecclésiastiques qu'il avait entraînés dans' ion parti. Il paraît qu'en sa qualité de légat, il contribua beaucoup à faire nommer empereur, èn 1681 , Hermann de Metz (2) , que les partisans de Grégoire opposèrent à Henri IV, après la mort Lodôlphe. Ce prince , aussi vaillant que modeste, 'avait accepté la couronne qu'avec répugnance. H s'empressa d'abdiquer en io85 , après la mort dii fougueux Grégoire VII , et se réttra à Metz où il

(1) Mets liait encore alors la capitale des ducs de la Haute-{<or-~ faine ou de Mosellane.

(a) Sigebert de GembloufS dit qu'il évdt a h solde de l èvéquc, miUs kirmani epùcopi.

fut inhumé en 1088 (1). Dans cette même année , Hérimann recouvre son 'évêché } mais Tannée suivante il fut obligé de s'en éloigner , lorsque l'empereur Henri IV vint à Metz, et y ordonna la punition de quelques rebelles, entr'autres deLubricus, chancelier de la Cathédrale, qu'il fit jetter dans un cachot, et dont il fit raser l'hôtel, domum magnificatn (2). L^évêque Hérimann, rétabli dans son siège, en 1090, y mourut peu de temps après ( 3 ). L'empereur , sans consulter , selon Pusage, le peuple et le clergé, donna l'évêché de Metz à son parent Adalberon : les Messins refusèrent de le reconnaître, moins à cause de son dévouement au monarque, que parce qu'on ne leur en avait pas déféré l'élection : ils firent choix de Popon, frère de Henry, comte Palatin. Cette élection attira de grandes calamités sur la province. ïhéodoric-le-Vaillant ne cessa de la ravager } les environs de Metz ne furent plus qu'une vaste solitude , et l'empereur confisqua les biens de l'évêché. Plusieurs seigneurs , à son imitation , usurpèrent les domaines ecclésiastiques, et trafiquèrent

même des abbayes, des bénéfices. Popon, aimé

(1) Et in patria sua Métis hohorijicè sepultitur. Il fut la tige •de la maison de Salm en Ardennet.

(a) Ce fut lui qui fonda en 1096 l'abbaye de Su-PierremonL

(3) Treis jours avant sa mort il institua une foire franche et des courses de chevaux dans l'abbaye de Saint-Clément, située alors au JSablon ,• le prix de la course devait être un cheval de la valeur de i5 sous» La charte qui contienteette fondation est souscrite par Théodoric-le-V ai liant, ainsi qualifié: Mmnarchiwn auUm regmtmmU Thè+

dorico duc*.

du peuple, rentra sans doute en grâce auprès de Henri IV; car on remarque qu'après avoir tu le nom de l'empereur dans une charte de iog5 , où, il donne ta seigneurie du faubourg de St Julien-lès- Metz à l'abbaye deS.'-Yincent, il le reconnaît pour son souverain, en 1096, dans une autre charte qui concerne les seigneurs voués d' Amélie. D'ailleurs , sans cette réconciliation, il n'aurait pu se maintenir sur son siège épiscopal , parce que les Messins étaient attachés à l'empereur et à Théodoric. Aussi, après la mort de Popon, en 1 io3 , Henry IV n'eut pas de peine à faire élire ce même Adalberon , l'un de ses plus fidèles sujets , qui , treize ans auparavant, avait été repoussé de la chaire épiscopale. Henry V eut, pour ce zélé défenseur des droits du trône, la même affection que son père : il vint à Metz , en 1 107, pour affermir l'autorité du prélat qui , étroitement uni avec les habitans de cette ville , les seconda puissamment dans l'attaque qu'ils firent, en iïio, du château de Dieulouart, pour se venger de l'emprisonnement d'un de leurs concitoyens. Ce château fut détruit et le pays saccagé. Cependant les assiduités d'Adalbèron à la cour servirent de prétexte aux partisans du S.1 Siège, pour l'accuser de ne prendre aucun soin de son Eglise. Us le firent déposer à Rheims , en 1 1 15 , dans un concile tenu par le fameux cardinal Conon. Les Messins refusèrent d'élire nn autre évêque; enfin après deux ans d'intrigues et d'efforts, quelques ecclésiastiques se réunirent secrètement pour élire Théodgire , prêtre vénérable, frère de Folmar, comte de Metz, con~

firme par le concile de Cologne dans Tépiscopaf qu'il n'acceptait qu'à regret. Tous ces titres ner purent lui ouvrir les portes de Metz : il fut obligé de s'éloigner de cette ville. H ne fut pas même en sûreté à Gorze, et il se retira k Cluni où il mourut en 1 1-20. Les Messins restèrent inébranlablement attachés à Àdalberon. La promotion d'Etienne de Bar à l'évêché de Metz, par l'ascendant du pape Calisle II son oncle , ne changea point la résolution des habitant de Metz. Ils ne voulurent point recon^ naître ce prélat, qui fut obligé en 1 122 de donner les ordinations sur le mont S.* -Quentin. Mais la paix s'étant faite dans la même année entre le sacerdoce et TEmpire', Etienne reçut l'investiture deson évêché par le sceptre ( 1 ) , et s'y établit sans opposition.

Quoiqu'on ignore l'époque précise où Metz se constitua ville libre , tout porte à croire cependant, que cette cité saisit habilement, pour s'affranchir, le moment où, au milieu des troubles religieux et civils , se formaient dans De duché de la Haute- Lorraine, des comtés héréditaires, tels que ceux de Luxembourg, de Chini, d'Arlon, de Bar, etc. Le duché de Lorraine perdit alors une grande partie de son territoire. La puissance de Théodorie s'affaiblit avec l'âge de ce prince, et il paraît que lorsqu'il mourut, en 1 1 1 5 , Metz

(1) Les Empereurs donnaient auparavant l'investiture par ta cross f 0t Vanneau. Grégoire prétendit que c'était usurper sur les droits d» Saint-Siège : telle fut la cause de ce long et malheureux schisme qui ensanglanta. Tltali* et l'Allemagne pendant 60 ans.

n'était d'éjà plus la capitale de ses Etats, Il avait établi sa résidence à Chatenoy., et le duc Simon, son fils ^ la fixa dans son palais auprès de Nancy, ville qui à peine commençait à se former.

On a remarque que Metz avait résisté aux incursions des Normands et des Hongrois, 'qui avaient détruit tant de cités opulentes dans les royaumes de Lorraine, de France et de Germanie. Fermement attachée au souverain , cette ville avait repoussé les légats, les évêques, les missionnaires envoyés par la cour de Rome, pour y souffler la discorde- Il paraît même que les prédicateurs de la première croisade, ou n'eurent pas de crédit à Metz, ou n'y furent pas même reçus, et tandis qu'à Trêves, à Cologne, à Mayence, etc. une foule de croisés se livraient à mille excès, massacraient horriblement les juifs, Metz jôuissait d'une pai* profonde : elle conservait intacte sa population, son commerce, son industrie, ses richesses (i). Etrangère aux querelles du sacerdoce, indifférente à la conquête des lieux saints, Metz n eut d'autres soins que d'assurer sa liberté, de la faire respecter au dehors et de protéger ses citoyens par de bonnes lots. Le premier article de ses statuts porta que nul n'était de condition servile (2).

(1) Cependant' quelques ecclésiastiques se croisèrent avec Hugues de Foltnar comte de Metz, et l'histoire de nos evêques rapporte qu'Adalberon, archidiacre de la cathédrale, fut tué an 1 109, sous le* murs d'Antlbche , par les Turcs , qui le surprirent clans un verger oA il se divertissait avec une darne d'une rare beauté et d'une haute naissance. Histoire des évéques, page 387.

(a) Coutume de Mets, art i«f.

Le territoire de la République s'étendait sur deux cent quatorze villages , dont les habitans furent affranchis et s'assurèrent la libre propriété de leurs champs par des redevances foncières et par des prestations personnelles ( i ).

L'histoire des premiers tems de la République messine est très-obscure \ il n'en reste que de faibles traces ; il paraît néanmoins que les commencemens furent orageux et que les Messins eurent à lutter contre les seigneurs mécontens de ce qu'ils avaient aboli la servitude dans leur pays} mais TEvêque Etienne de Bar , loin d'imiter plusieurs autres prélats qui disputaient aux bourgeois la liberté , seconda les Messins dans leur noble entreprise. Il les soutint contre Tevêque de Verdun ; il alla même trouver à ClairvauxS.MJernard, pour l'engagera venir réconcilier les seigneurs avec les habitans de Metz, Ce pieux et éloquent abbé s'interposa deux fois dans cette ville f en n3aeten n537 pour pacifier les esprits. A. cette dernière époque, les querelles furent si vives queronselivrabaumeguprèsdeBouxièresCa^Le»

(1) Jean, abbé de Saint-tArnoolt avait déjà en 967, accorde' aux, habitans de Afcrvule la libre, disposition , non-seulement de leurs personnes et de leurs terres , mais encore des fermes de l'abbaye qu'ils cultivaient, en exigeant do chacun d'eux quelques corvées et une once d'argent par année. De cattero terra* tant sortium suarum% quàm quoique md se pernitentia % nomine aç jure ingenuitatis habeant, teneant^ liber eque possidçant*

(2) Peu de tems après y eut grande dissension à Metz ; car pour ce qu'ils voulaient tenir leurs franchises nouvellement acquises , les seigneurs du pays ne le voulaient souffrir et les voulaient mettre à suhjcction Pourquoi ceux de Mets saillirent aux. champs avec grande puissance de leurs gens pour combattre, çt Curent lors les

bourgeois, quoique plus nombreux, furent défaits et perdirent plus de deux mille hommes; mais Saint-Bernard parvint à faire conclure la paix, dans une isle de la Moselle , sous les murs de Metz f ou Ton dit qu'il fit plusieurs miracles , ainsi se consolida la République naissante, par l'intervention du saint abbé et du vertueux prélat (i).

Ces différends terminés, la ville fut exposée à d'autres troubles. Le chef de la République était le Maître-Echevin, Magistrat à vie, il jouissait d'une grande autorité. Non-seulement son élection était un grand sujet de brigues et de dissensions, mais le long exercice du pouvoir le portaitsouvent à en abuser. Jaloux de leur liberté , les Messins se crurent opprimés et firent éclater leur mécontentement. L'évêque Berthold ou Bertram (2) offrit sa médiation,

deux parties assemblées et encloses entre Froimont et la. Moselle t où il y eut si graude déconfiture, qu'il y en eut plus de aooo de eeulx 4e Metz qui furent morts à Pépéc, comme de ceitlx qui furent noye's, en sorte que la cité fut en grand péri). L'archevêque de Trêves vint requérir Saint- Bernard qu'il lui plût y apporter quelqu'accord Enfin on fit la paix, et les parties se donnèrent les mains et s'entrebaisérent en signe de bonne et ferme paix. On tient que cette paix fut faite le jour de Saint - Fiacre t devant la porte Serpeneise, au lieu où est la chapelle Saint-Fiacre % à cause de laquelle paix on fit bâtir ladicte chapelle. Annales M. M. S. S. p. 59.

(1) Quoiqu'Eticnne de Bar eût illustré son siège par sa bravoure et par ses lumières , qu'il eût enrichi son église par ses conquêtes, ses acquisitions et par une foule de pieuses libéralités , cependant le pape Àjcxandre III l'interdit pour te puuir de soir attachement à l'empereur Frédéric Barberoosse. Il en fut bien vengé par l'amour des Messins dont irg'uveçna le diocèse prndaiiiquaronti'-trois ans.

(a) Ce prélat, homnic'd'uu rare mérite , était le favori de l'eui-

'in)

et du consentement des citoyens de tous les états, ( i ) il statua que l'électiop du Maître-Echevin se renouvellerait chaque année au mois de mars , pour qu'il gouvernât ayec moins d'insolence et plu$ d'humanité (2)5 qu'il pourrait être pris parmi les çitoyens de tqutes les conditions, soit de la vilie, soit des communes qui en dépendaient (3); que le chois en serait Référé à six dignitaires ecclé$iastiT ques qui furent le princier de la Cathédrale et les abbés de Gorze, de S.VAxnoult, de SZ-Clément, de S^-Symphorien et de S.^-Vincent (4)- Cette charte, datée de 1 1 79 , fut confirmée par Temp ereur

pereur Frédéric Barberousse. Ce fut lui qui, à la sollicitation des Messins, rédigea en 1197 une \oi qui obligea d'écrire les obligations et les contrats de vente, de les déposer dans une arche. à deux clefs , dont la garde appartiendrait à deux prudhommes choisis par le peuple. Chaque église paroissiale eut son arche. Les prudhommes devinrent ensuite rédacteurs des actes, et prirent le nom damans. Cette institution dura jusqu'en 1728, où les notaires qui avaient été créés en i634 1 parvinrent à les faire supprimer. Ils avaient été confirmés en 119g par une charte de Philippe de Souabe , roi des Romains, adressée à ses fiables les et— tains de Metz»

(1) Clcri nostri. . . militum et civium communicato coosilio. Charte rapportée par Meurissc, page 4a9*

(2) Ut humaniter agerent potes ta tem et stabiliuteoûicii cessante, çonsueta parler cessaret insolentia.

(5) Cujuslibet sûtes homo, tam miles , quam ci vis, in-ciyitate, ycl in aliquo suburbicorum.

(4) Le clergé étant exclu des, charges municipales, on devait espérer qu'il ferait un choix équitable et impartial. Les électeurs devaient jurer de n'accorder leur suffrage qu'à celui .qui aurait le plus de talens, de mœurs e^ de dévouement aux intérêts de la Rén^ublique.

Frédéric Barberousse, en 1181 , et par le papa Urbain III, en 1 186 ( i ).

L$ plus ancien Maître-Echevin dont il soit parlé dans nos chartes , date de j o3a (2) , sous l'empereur Henry II. Cependant tout porte à croire que cette magistrature remonte à une époque plus reculée. En effet, la cité des Médiomatriciens avait conservé sous les Romains, en qualité de ville alliée, socia civitas, son pouvoir et se$ lois municipales (3), Les rois de la première et de la seconde race respectèrent ces privilèges sous Fautorité des ducs et des comtes qui avaient remplacé les présidens établis par les Romains dans les provinces. Aussi aux duumvirs, aux décurions, succédèrent les échevins : ils eurent comme eux le pouvoir d'établir les impôts, de régler les dépenses delà cité, de nommer aux emplois , d'administrer la justice. Ces prérogatives souffrirent en France de fortes restrictions , mais dans les grandes cités d'Allemagne elles prirent au contraire plus d'extension, et les magistrats municipaux finirent même par s'arroger le pouvoir souverain. Metz fut une des premières à se rendre indépendante : ses évêques essayèrent quelquefois de l'asservir, mais loin de lui imposer des lois, ils furent souvent chassés de la ville, sous prétexte que dans les guerres allumées entre l'empire et

(1) La huile du pape est adressée à ses chers habitais de Me U y dilectis ciuibus metensibus.

(a) La plus ancienne municipalité de France est celle de Laon , instituée vers Tan n3a.

(3) "Voyez sur les lois municipales le 5o.° livre du Digeste, et le io.« liyre du Code , titre 3i.

le sacerdoce, ils étaient trop dévoués au S^-Siège ( i ); et les empereurs trop occupés de leurs querelles avec les papes, se gardèrent bien de réprimer les usurpations de sujets qui paraissaient épouser leurs intérêts avec tant de zèle. Cependant les Messins ne jouirent de toute la plénitude de l'autorité souveraine, qu'après l'extinction des comtes de Metz, dont le dernier fut Thibaut duc de Lorraine, à qui Gertrude fille de Hugues de Folmar et de Dasbourg , avait apporté le comté de Metz en dot, dans Tannée 1 206. Thibaut n'eut dans cette ville qu'une ombre de pouvoir : il mourut en 1220 sans postérité. Depuis 765 jusqu'à lui, Metz a eu vingt-huit comtes.

Si l'on arrête ses regards sur l'état des sciences à Metz, lorsque cette ville se rendit libre, on y distinguera Paulin , primicier de la cathédrale , qui

fut en commerce de lettres avec le fameux Béren-

(1) On voit, par les chartes qui nous restent, que les ëvêqncs ont souvent cherché à s'emparer du gouvernement de la cité. L'histoire ecclésiastique convient d'ailleurs que les évéques étaient ennemis déclarés des communes (*). Aussi, malgré la haute vénération et la reconnaissance des Messins envers l'évéque Bertram^ il n'en fut pas moins exclu de son siège en 1187, et n'y rentra qu'en 1190. Frédéric de Pluvoise, son prédécesseur, en avait été banni en 117^, et ne l'avait recouvré qu'en 1179* Ils n'avaient pas montré tous deux assez d'attachement à Frédéric Barberousse. Mais ce qui preuve combien les Messins étaient attentifs à réprimer les entreprises du sacerdoce, c'est l'expulsion, en 1171, de Thierry , qui avait succédé sur le trône épiscopal à Etienne ds Bar, son oncle. 11 tut obligé de s'enfuir à Nommcny, pour se dérober; à la vengeance des Messins, irrités de ce qu'un de ses o{ficiers avait osé arrêter des bourgeois dans une ému tiou populaire, témérité que cet officier avait payée de sa vie.

(*) Tome XIV, Titre 66, pag.

ger (1)5 Richer, abbé de Saint-Symphorien (3)5 Guillaume Wallon, abbé de Saint-Arnoult (3); Sigebert de Gemblours, qui long-temps enseigna les lettres avec un grand succès dans l'abbaye de S.*- Yhx ent (4)î Théodvin, abbé de Gorze, bouoré, par ses rares talens, de la pourpre romaine (5); Ri her^ abbé de Saint-Martin, qui écrivit en vers la vie du patron de son église , et en prose celle de Saint-Sigebaut, évêque de Metz (6)5 Gauthier 7

(() Scolastique de Tours, condamne pour ses opinions sur l'Eucha tic dans le concile de Borne, en io5o. t

(1 II écrivit la vie de l'évoque AdaJberon II, imprimée dans la colleciion du P. l'Abbe. Il est mort en io56.

( •) D. Mabillon a publié un recueil de lettres de ce savant abbé qui, après avoir occupé, en i<85, le trône cpiscopal dr Metz, loritiu'Hérimann en fut chassé, alla diriger les écoles de Got^e. Il uourut en 1097.

f\) Il publia dans cette ville la vie de Thierry !•*% évêque de jfte~&; celle de Saint— Sigebert, roi d'Australie, des chroniques, un, poème en l'honneur de la cité. Cest dans cet ouvrage qu'il exprime son admiration pour les arches de Jouy.

Wiror aquœ ductus sex millibus ire per arcus. Non alti montes , non imae denique v ailes, InUr currentis non impetus ipse Mosellae, Impediere viam .......

I1 possédait les langues anciennes , et les juifs «raient pour lui une haute vénération, parce qu'il leur expliquait les obscurités du tex c hébraïque dans la Bible «t dans le Thalmud , bien différent en cela des ecclésiastiques de France, qui, en ia3o,, firent bi&ler i Paris vingt charetées de livres pris aux juifs du royaume, sous pré exte qu'ils contenaient des fictions et des fables. Sigebert de Ge nblours mourut en 1 1 1 2. >

(-5) Après avoir rendu de grands services anx églises d'Allemagne, en qualité de légat, par son esprit de sagesse et de concilia ion, il eut encore le bonheur de rétablir, en 11 35, la paix à Tout, dont les habit mis étaient en querelle avec le chapitre.

( ) Quoique son po< me se sente de la grossièreté du teins où il vsa .t, il renferme cependant quelques. beautés.

écolâtre de la cathédrale, précepteur de l'évêque Thierry (i); Hébert, surnommé Jean de Haute- Seille, parce qu'il était ropine de cette abbaye; tl dédia, vers Tan n84, son roman des Sept- Sages à l'évêque Bertram , dont il faijt la plus bel floge (a).

Quoiqu'il ne se rencontre aucun laïc parmi ces hommes célèbres, pour le temps où ils vivaient, H n'est cependant pas douteux que les lettres ne leur fussent aussi familières, puisqu'ils traduisirent (su français les livres saints qui devinrent alors pour les fidèles un objet particulier d'études et même de discussions. L'instruction se répandit bientôt dans toutes les classes, même parmi les femmes. On affecta du mépris pour les prêtres qu'on taxait d'ignorance. LTévêque s'en plaignit au pape Innocent IV; mais loin de blâmer le désir d'entendre les Saintes-Ecritures et cCen

(1) U publia en français, dans l'année ji45 , on poème intitule' la mappemonde , et qui commence ainsi : chê sont les matières qui son contenues en c'est livre. ...sy lejh maistre Gauthier de mes un très Boin philosophé. Cest le premier ouvrage qui ait paru en français ou en langue Romane, d'où est venu le nom de Roman, qu'on donna d'abord indistinctement en France à tous ces livres écrits en langire vulgaire. Le plus ancien ouvrage que Ton connaisse en français t*.t rhistoire des ducs de Normandie , qui date de 1160. Meta a donc la priorité.

(3) Ce Roman a paru en latin et en français. Bçcace y a pris la seconde nouvelle de la troisième journée de sou Décaméroa , f heureux Pal/renier. 11 fourmille de sentences et de proverbes. Ceux-ci n* çont pas sans mérite ,

On sert le chien por le seigneur, Et por l'amor, le chevalier, Bajsç la dajas l'essuyer.

tirer des sujets d'exhortation , le Saint-Père 4cn* vit en 1 199 une lettre très-sage au peuple de Metz* pour l'engager à ne point s'éloigner de ses pasteurs, à ne pas mépriser leur simplicité, à considérer qu'encore que la science soit très-néces* saires aux prêtres , toutefois lys scavans mêmes doivent honorer en eux le ministère sacerdotal (1)- Ces divisions qui furent si funestes au midi de la France, ne prirent aucun caractère sérieux a Meft où elles furent entièrement appaisées en 121 a. On a prétendu qu'elles avaient été le germe du schisme de Luther.

U paraîtra sans doute étonnant que Metz , ville d'Allemagne, ait été la première à traduire en français les livres saints et à écrire dans cette lan-* gue ; mais quoique située au milieu des Allemands^ elle n'en a jamais pris Tidiome, ni les usages. Oa en trouve un exemple dans les longues disputes qu'excita la translation des religieux de Buris (a) à Justemont. Vers l'an 1 i3o, cette nouvelle maison conventuelle, bâtie chez les Allemands (3), reçut

(1) HisL eccles. L. 65, n. a/J» Ce* versions qui causèrent chet le* Vaudois et ches les Albigeois des disputes sanglantes f des persécutions et des massaeres , furent sévèrement interdites en par le concile de Beziers. 11 ne fut pas même permis aux Laïcs de lire des livres de Théologie, en quelque langue qu'As fussent écrits. Ce ne futque trois siècles après que le concile de Boulogne, transfère' depuis à ÎVente, ordonna de traduire les Saints-Pères en langue vulgaire.

(a) Buris , Turris ou Thury est un hameau situé aux portes de Metz. On y voit encore les fondera eus des anciennes tours, d'où il tire son nom : il y avait autrefois deux monastères, l'un d'hommes et l'autre de femmes.

(3) Il n'y a pas deux siècles qu'on parlait allemand dans tout ce canton. A Richement même la langue française n'était pas es/ usage au commencement du 17.* siècle.

dès moines de cette nation, avec lesquels les Français se déplurent bientôt : ils demandèrent de retourner à Buris ( i ) , et furent secondés par les Messins qui, soos prétexte qu'ils avaient doté cette abbaye, ménagèrent d'en reprendre les biens, si on ne la rétablissait, Les Français (2) y rentrèrent donc après de longs et vifs débats, et ^abbaye subsista encore plus de quatre cents ans.

Cependant, malgré Téloignement des Messins pour les Allemands, il paraît qu'ils se joignirent à éux dans la croisade prêchée , en 1 195, à Vorras où l'Empereur Henry VI tint une diète générale (3). L'évêque Bertram, au retour de cette assemblée 7 donna solemnellement dans la cathédrale le bourdon à quinze prêtres, à trente bourgeois, et ceignit Fépée à douze écuyers partant pour la Syrie. Les annales de Trêves disent que , huit ans auparavant, Henry de Salm était parti avec un grand nombre de soldats d'élite du pays des Médiomatriciens pour la troisième croisade (4). Les Messins ne furent sans doute pas alors aussi sages que Pavaient été leurs ayeux à la fin du siècle précédent. Peut-être

(1) Crcvitquaerimonia ciri iramcln «ium etepiscopi • . . erescente numéro sororum et fratrum diver. a? linguae et diversorum morum t çrescit discussio. Romasi nitebautur redire ad locutn su» profesaionis, inde lites , inde jurgia , inde odia Hist des évoques , page 4°9» - (>) Ceux qui parlaient la langue romane ou française.

( \) H s'agissait alors de recouvrer la Terre-Sainte après la mort du grand Saladin.

(4) Il s'agissait d'arrêter les conquêtes de Saladin qui avait prifr Jérusalem. La nouvelle de ces reyer» avait fait mourir de chagrin 1* pape Urbain llly

doit-on attribuer les famines qui désolèrent ce pays en n5o, en 1162 et en 1 194 9 autant à la pieuse émigration qu'au goût de la vie oisive et monastique qui domina tous les esprits dans ce siècle si fécond en disputes religieuses , en schismes , en hérésies , en guerres saintes et désastreuses. On vit alors fonder, dans le seul diocèse de Met* , douze abbayes , neuf prieurés , deux collégiales , deux ordres de chevalerie , et un hôpital des frères de Saint-Antoine.

Dans des circonstances aussi favorables à l'accroissement de la puissance ecclésiastique , les évêques s'appliquèrent à augmenter leurs domaines. On les vit acheter Conflans , Rembervillers , la tour d'Epinal, reprendre Hombourg , le comté de Sarrebruck , etc. ^ et pour assurer le repos de leurs sujets inquiétés par les incursions des seigneurs f détruire les châteaux de Vie , de Marsal , de Saverden , etc. Désespérant de dominer à Metz , ils avaient , dès l'an 1 aoo , établi à Vie le siège de leur juridiction. Dès-lors ils furent tantôt les alliés, tantôt les ennemis des Messins , suivant que leurs intérêts les y portaient.

Cependant la paix était loin de régner à Metz j déchirée en-dedans par des divisions intestines , inquiétée et menacée au - dehors par des voisins jaloux et ambitieux, la République eut beaucoup de peine à s'affermir. En 1 199 , elle soutint la guerre contre Simon, duc de Lorraine , qui , excité par l'évêque Bertram , favorisait la faction des seigneurs ; les Messins battus a Boulay, se réfugié-

i-èht à Freistroff où ils furent forcés et pris. ÏU eurent alors recours à Thiébault , cômte de Bar qui rétablit leurs affaires. La guerre continua entre les deux prônées. Simon mourut en i 207, ët Ferrjr son filsf^ accablé de revers, tomba, en 1208, au pouvoir du comte dé Bat , son beau-père. Âpres' six mois de captivité, il ne recouvra la liberté qu'à des conditions dures et humiliantes. Simon , avoué du défenseur dé Metz^ fut une des cautions dix traité (1)^ ainsi qûe Laurent de Rites, dont le château , situé auprès de Morhange , fut détruit en 1 2 i 5 , par Henry II, fils du comte de Bar , parce qu'il causait dû dommage aux Messins.

Mais , en 1 22 1 , Thibaut , comte de Champagne ,> qui venait d'épouser Gërirude ^ veuve dè Thibaut * duc de Lofraine ^ et dd-nier comte de Metz , crut avoir des droits sur la ville. II attira dans son parti' les comtes dé Bar , dé Luxembourg et de Limbourg ^ qui vinrent avec lui attaquer les fauxbourgs de Metz ; mais ils échouèrent dans leur entreprise (2).' Les Messins les rèpoussèrènt vigoùréusement.

Le comte de Champagne répudia , l'année suivante , Gertrude qui épousa le comte de Linânge én troisièmes noces: Ellé mourut sans enfans , en*

ï225 , laissant un riche héritage que plusieurs , — . —

(1} Le» orateurs, Où a Voues, ou défenseurs des Villes exerçaient une sorte de tribunat : ils étaient chargés spécialement, sous le»" Empereur» romains, de protéger tes habitans dé» Villes et des campagnes, même les magistrats municipaux, contre Popprosionr des grands et des officiers de l'empire. Code de Justinien, livre r.**^ titre LV.

(a) Confusi recesstmnt. Ch. de Saint-Vincent.

( Si )

ptïhtes se disputèrent. Jean d'Àprëmônt , évèqud de Metz , se mit en possession de la plupart des fiefs de l'ancien comté de Metz î il réunit à ses domaines les villes de Sarralbe , de SarfebQurg, etc. tl assiégea le château de Dasbourg , contre lequel il fit construire une forteresse, ne pouvant s'en rendre maître. Cet accroissement de puissance lui inspira sans doute l'idée d'opprimer la cité. Allié à la famille ou Paraigede Port-Sailly, il s'en servit pour traverser l'élection du Maître-Echevin. Cette première magistrature fut quelque temps vacante. Enfin après une longue lutte , où le prélat avait employé vainement les ressources de l'excommunication et de l1 interdit, il fut obligé de sortir de Metz où ses jours étaient én danger ^ et se réfugia avec la fa-» mille dé Port-Sailly dans le château de Saint- Germain. Les Messins Ty tinrent assiégé pendant trois ans. Ils avaient, à force d'argent, détaché de son parti le comte de Bar h le duc de Lorraine, avec lesquels ils ruinèrent Floranges, NeufchâteaU et plusieurs terres de FEvêché (i). Enfin la paix se fit en 1235, oû ne sait à quelles conditions } mais les Messins conservèrent leur liber té*

Dans ces conjonctures difficiles, la cité eut de fortes charges à supporter* Les dépenses, pendant la guerre , consistaient dans une taxe d'un denier, pàr semaine, sur chaque individu de tout

(l) Le traité conclu avec le comte de Bar est du 5 Octobre nï-j; il débute ainsi : Je Henry, Cuens de Bar; . .fas sçavoir que je suis alliez, au Maistre-Escheving et' à tout son commun de Mes*, qua je les aiderai en banne foi et à mon pooir*

§tie et de tout âge , établi dans la ville et dans

Fétendue de sa juridiction. Les ecclésiastiques n'en étaient point exempts (i). Ses revenus ordinaires se composaient de redevances féodales ou foncières, d'un droit sur les successions , d'un octroi ou tonneu sur les marchandises introduites dans la ville (2), d'un droit de pesage et de mesurage. Ces diverses impositions , dont la date n'est pas connue, existaient déjà au 1 2.c siècle : elles fournissaient des sommes considérables avec lesquelles le gouvernement fortifiait sans cesse la ville, construisait des châteaux , entretenait des troupes , achetait des alliés et imposait à ses ennemis. Mais s'il fut habile à se créer des ressources , il paraît que, dans la crainte d'attenter à la liberté publique, il se montra faible et timide envers les turbulens, les factieux et les criminels , puisqu'un atour ou loi publiée au commencement du 1 3.e siècle pour la conservation de la paix, porte que quiconque occira dedeus lé pais , devra être occis par ses propres parens^ que si ses parens ne sont pas assez forts, ils seront aidés par les PVardours , et que si le coupable s'échappait, sa maison serait rasée. Cet

(i) En im;, le clergé protesta contre ces impositions et sur-tout contre le tonneu , en invoquant les immunités , les privilèges de l'église. Ses représentations ne furent pas écoutées. La seule exemption dont les annales de Metz fassent mention, est la dispensa accordée en To56, par l'empereur Henry III, aux chanoines, de monter la garde, excepté en cas de siiîge.

(aj Chaque juif qui entrait à Meta payait 33 deniers, tandis qu'un cheval n'était taxé qu'à quatre deniers. Les villes de Nuremberg, Arles, Cambrai, Thionville, Saint-Tr^u et Aix-la-Chapelle : étaient exemptes de cet octroi.

•tour prononce, pour l'enlèvement d\rae femme , la même peine que pour le meurtre ; pour la mutilation d'un membre, une amende de neuf francs(i) et un an cU bannissement ; pour une fracture trente sous ; pour s être trouvé en armes dans une querelle, dix- sous : il fut même défendu aux magistrats de sq présenter , avec glaives ou espées , pour appaiser les querelles , por défaire la meslcie. On voit par cet ajtour que trop jaloux de leur libellé, ils avaient restiaintle pouvoir de leurs magistrats aiu pçjnt qu'il ne leur était permis , ni de dissiper les émotion* populaires par la force , ni même de punir le citoyen coupable d'assassinat. Le soin en était réservé à sa famille.

Le gouvernement de la cité se composait alors du Maître-Echevin qui s'adjoignait vingt conseillers ou échevins. U réglait toutes les affaires publiques, jugeait souverainement les procès par appel des Treize qui statuaient en premier ressort : il nommait et révoquait à son gré les officiers civils et militaires. Trois mayours ou maires avaient l'administration des finances (a). Douze wardours, prudhommes ou gardiens de la. paix balançaient l'autorité des échevins , relativement sur-tout aux

■ - 1 ■ .- 1 1 mmt

(1) Le marc dVgeut valait alors i t 90 centimes.

(a) La mairie de Porte-Musette qui détendait depuis la rue de la garde jusqu'à Sainte- Segoiène , exerçait sa juridiction sur 57 villages ou hameaux. La mairie de Port - Sailly embrassait les quartiers de Serpenoise v jusqu'en Tai&on \ de Saulnerie jusqu'à la porte des Allemands avec 114 villages. La mairie tVOutre-Mosdte comprenait les quartiers de la Gta/delle, de Fournirue et les bourgs au-delà de la Moselle, avec 4«* villages.

tailles , aux amendes et aux hannissemens. Enfin les comtes jurés étaient les représentons de la cité dans les grandes assemblées où il s'agissait de faire des lois , de régler les impôts , de traiter de la paix ou de la guerre : ils étaient au nombre de vingt-cinq, élus par les paroisses, dans la classe du peuple, pour balancer le pouvoir des familles de Paraiges ou de Lignaiges , dans lesquelles étaient exclusivement choisis le Maître - Echevin et les Treize (i) On craignit ensuite que ces dignités ne se perpétuassent dans l'un ou dans Pautre des Paraiges : on statua donc, par un nouvel atour, que le Maître -.Echevin serait pris alternativement dans chacun des six paraiges. Enfin,pour rompre les bri-

(i) Ces paraiges que les Empereurs ont appelés dans leurs ehartree

Parente!*, eognatione*% étaient des familles décurione* ou patriciennes, entre lesquelles se concentrèrent les premières charges de la république. Ce privilège ne leur fut légalement acquis que vers Tau i25o. Elles en avaient Joui auparavant par l'influence que donne la richesse et une longue illustration. En ia5o, le paraige de Porte— Muselle comprenait quatorze chefs de famille; celui de Jurue , yingt-huit ; celui de Saint— Martin quinte ; celui du Port— Sailly quinze; celui tfOutre-Seille quinze, et enfin le paraige du Commun , trente et un. On ne pouvait entrer dans ces paraige* que par des alliances- Les cinq premiers ne formaient chacun qu'une seule rt même famille; mais le paraige du commun était composé de plusieurs familles différentes- Ces six paraiges n'étaient pas plus nobles les uns que les autres. On trouve dans chacun des artisans et des chevaliers, qui tous avaient un droit égal aux dignités. Cette égalité avait fait fleurir l'industrie, et les bourgeois de Metz étaient si opulens, que plusieurs d'entr'eux prêtèrent de» sommes considérables aux comtes de Bar et aux ducs de Lorraine. On en trouve cent exemples dans les archives de Lorraine , à dater do 1277.

gues , on voulut que le sort décidât du choix entre les six candidats qui auraient été désignés dans le paraige en tour, par les cinq abbés et par le princier.

Le pouvoir du Maître - Echevin parât trop grand : on lui ôta la nomination des échevins j il n'influa plus sur l'élection des Treize , dont le choix fut déféré aux chefs-d'hôtel [des cinq premiers paraiges (i), et 1 quatre députés du paraige du commun. Mais le Maître -Echevin sortant d'exercice devint de droit le premier des Treize.

Si les Messins étaient quelquefois divisés sur la forme de leur gouvernement , ils furent toujours unanimes et inaltérables dans leurs sentimens de fidélité aux Empereurs. Ils eurent encore une occasion éclatante de les manifester dans les longues dissensions qui durèrent pendant près de 35 ans entre les papes et Frédéric II, relativement à l'investiture de la Sicile. Cinq excommunications, sa déposition prononcée, en ia45, par Innocent IV, dans U concile de Lyon , la croisade prêchée contre lui 9 n'ébranlèrent point l'attachement des Messins pour cet Empereur. Ils bravèrent les menaces de Jacques de Lorraine leur évêque , qui était dévoué à Guillaume de Hollande, usurpateur de l'Empire, En i a5o , ils assistèrent les Toulois contre Roger

(i) Chaque paraige arait son hôtel , dont le clicf était celui qirf occupait dans cet espèce de «hâteau l'appartement le plus considérable. Chaque intmbre du paraige du commun «ait un hci4

leur évêque , qui voulait les entraîner dans le parti de Guillaume. Enfin, après la mort de Frédéric, ils se déclarèrent courageusement pour son fils Conrad IV, malgré la croisade que le pape avait fulminée en is5i coutre ce prince de même que contre son père (i).

Pendant ces nouveaux troubles religieux, s'augmentèrent encore la puissance des évêques et les établissemens ecclésiastiques. Jacques de Lorraine fortifia Sarrebourg, Vie, Marsal, Rembervillers, Conflans , construisit la citadelle de Hombourg , réunit sept grands fiefs à sa Manse épiscopaie , et fonda trois chapitres de chanoines à Sarrebourg , à Vie et à Hombourg* Dans le même tems s'établirent à Metz les Cordeliers , les Grands-Carmes, les Augustins et les Urbanistes.

Quoique les dépouilles du comté de Metz et de riches acquisitions eussent mis Févêque en état de

(r) On s'étonne de voir un pape tourner les armes des Croises contre des princes chrétiens, et sur — tout contre Frédéric , qui lui-mùmc avait fait une glorieuse croisade contre les infidèles. Aussi *l'hkiebi*, \ de Suisse , son ambassadeur au concile de Lyon, y re— poissa avec une mâle éloquence, l'accusation d'hérésie portée contre sou maître , en relevant , entr' autres preuves , le soin qu'il avait °hc ne souffrir aucun usurier dans ses Etats , tandis que la cour de Borne était accusée de ce crime ( * ). Les Messins , quoique plus attachés à l'Empire qu'au sacerdoce , n'étaient pas de mœurs moins révères. Par un atour de 13)5, ils avaient défendu les jeux de hasard,' parce qu'on i reniet Deuy Nostre-Dame et tôt SaincUi et Ij en fans y deviennent glouton et larron*

(*) Hist. ecclés. L. 8a.

déployer des forces imposantes , puisque Guillaume lui dut la victoire dans la bataille qu'il livra à l'empereur Conrad , cependant ce prélat n'osa rien entreprendre contre les Messins. Les foudres ecclésiastiques ne firent mêmeaucune impression sur le clergé qui, aussi fidèle que les laies envers le souverain légitime, resserra les liens de la confraternité par des lettres publiées en i ?5o. La célébration des saints mystères ne fut donc point interrompue 9 et tandis que la plupart des autres villes de l'Empire étaient en proie à de violentes dissensions , Metz sut garder la concorde et la paix. Sa conduite ferme et sage prévint de sanglans débats entre les citoyens. Deux atours de i a5o et de 1 254 avaient ordonné que, dans une émotion populaire , chacun se retirât, sans armes, devant l'hôtel de son paraige : ils défendirent, sous peine d'être exilé à St.-Jeau-d'Àcre, de frapper ou de blesser avec des armes quelconques , un citoyen , dans une meslée ou dans une querelle. Il ne fut pas même permis d'avoir des armes dans son hôtel } et si un paraige avait osé appeler des étrangers à son secours, tels qu'archevêques , évêques, ducs ou comtes , le paraige entier devait être banni pour cent jours et condamné à cent francs d'amende (i).

Dès-lors la ville de Metz jouit pendant de Ion-

(i) Por Bestans qui avisgne entre ceulx de Mes, nul ne doit amenier estrange homme dedans Mes. Qu'il amanrait, c1il estait arceregques on évesques, ou dux ou cuens, li paraige en eus aide cVanroit, paierait mo Ûy. de Measaiua et videroit cent jors la b aulne. (A tour de xa5o).

gues années des douceurs de la paix (i), ettandta que ses e'vêques , dont l'opulence et les vastes do« inaines portaient envie aux princes voisins y étaient sans cesse obligés de les défendre par les armes , la cité, renonçant à de dangereux projets de con* quête , évita soigneusement toute occasion de guerre, fit respecter ses limites, entretint l'union parmi les citoyens, perfectionna ses lois, favorisa J'industrie et protégea l'agriculture. Aussi, dans l'espace de plus de 6o ans, elle n'eut que deux courtes brouilleries , Tune en 1288 avec le duc de Lorraine et le comte de Bar , on ne sait pourquoi. Les Messins battus aux Genivaux , prirent leur revanche sous Morisberg ou Marimont, château ruiné près de Morhange. La paix se fit aussitôt , et il en coûta au duc Ferry 2000 francs pour la rançon du sir dç Çboiseuil quç pris.

L'autre guerre s%engagea , en 1289, contre le même duc de Lorraine, à la sollicitation de révolue Bouchard d'Avesnes qui combattait ce prince à toute outrance. Aussi le secours que les Messins lui prêtèrent fit conclure la paix l'année suivante «l'avantage du prélat, (a). Les Messins rendirent

(1) En 13$7, elle fil un traité d'alliance a?cc la ville de Tuai, en i?53 ajec Philippe de Floranges, son évéquc, et ave* le çomu do Bar. Alors l'Allemagne Itait en proie à la plus cruelle anarchie pen-? dant le long interrègne qui suivit la mort de Conrard IV, et le supplice de son fils Cenradin , dernier rejetton de l'illustre maison do Souabe, excommunie par Qe'ment IV, et decanity) à Naples par l'ordre cfo Q»arles. d'Anjou.

(a) Les l^e&sins avaient fait alliance avec lui en 1)83, de même qu'avec la ville de Trêves, en saga. Ce prélat vendit pour ciua ac^ * U ville le droit 4e battre monnaie au co^n de rtfêcbf.

généreusement au duc douze seigneurs qu'ils avaient faits prisonniers. Bouchard , fils du comte de Hainault, était aussi preux chevalier qu'évêque zélé *t désintéressé. Loin d'imiter ses prédécesseurs r il sacrifia son patrimoine pour recouvrer les biens de son évêché. Il eut toujours une petite armée aur pied , et Ton ne crut pouvoir mieux honorer sa mémoire qu'en faisant porter ses bannières et sa cotte d'armes devant les reliques de Saint-Etienna k la procession des Rogations. Mais si Bouchard mourut aimé des Messins et regretté du clergé , dont il avait été le protecteur , il n'eu fut pas. dû même de Renault de Bar qui monta sur le siègeépiscopal en i3çi. Il eut des démêlés avec les chanoines qu'il voulut dépouiller $ il s'attira la haine des curés, de tout le clergé séculier, qui se plaignirent amèrement au pape de ses vexations et de ses rapines (i). Il se brouilla aussi avec les Messins qui lui firent une guerre sanglante. Renault , gouverneur des Etats de Henri M son frère, qui était parti pour la Terre-Sainte (a), se crut assez fort pour ne garder aucuns ménagemen*. Mais les Messins lui opposèrent le comte de Luxembourg. Son temporel fut saisi : une ordonnance

(1) Dans un appel au Saint-Siège, du 3 juin U07, et dans des voûtions faites les 99 avril, a et 3 mai, à révéque Renault, par les ardu-prêtres, les chanoines, les abbayes, il est accusé de soudoyer des malfaiteur» , de connue ttre des violences, de piller, d*atsasîner, de deVastcr, et même de ruiner les églises, au point qu'on n'y neut plus célébrer l'office divin.

(a) Cette huitième et dernière croisade avait été prêches sans succès à Meta en 1396. Lesele religieux y était alors si peu fer- Vf Hh fj^on fut ohhgt d'interdire ks églises pour obtenir la

i3o8 défendit même aux amans ou notaires de lui prêter leur ministère ; ses tribunaux furent méconnus ; la justice séculière fut chargée de juger les clercs et laïcs indistinctement (1). Ce fut pendant ces désordres scandaleux que le gouvernement de la cité se distingua par plusieurs lois sages et dignes des siècles les plus éclairés. En i3o4 , il déclara les religieux inhabiles à succéder. Il défendit à leurs familles de leur donner rien , et obligea les abbés à reprendre ceux qui auraient quitté le monastère ou à leur payer leur prébende annuelle, c'est-à-dire une pension. En i3o8, il réduisit à dix le nombre des moines mendians dans chaque couvent (2). On s'était aperçu que le clergé s appropriait les revenus des meilleurs héritages , en les grévant de cens qui rendaient la condition des citoyens misérable. Le gouvernement défendit, en i3a3, aux citoyens d'établir sur leurs biens aucune redevance en blé ou en

d'un prêtre de Thionville, qu'un bourgeois de Mete tenait en prison. An reste, le comte de Bar n'entra dans cette croisade que malgré' lui. Fait prisonnier par Philippe -le -Bel qu'il avait eu l'imprudence d'attaqner à la sollicitation de l'Empereur Adolphe de Nassau et du pape Boniface VIII, il ne recouvra la liberté qu'à la condition d'aller en Syrie.

(1) Il était défendu de reconnaître une autre juridiction, soue peine d'être mis fuers de la Warde de la cité, hors de la garde, de la protection de la cité.

(a) On les accusait de s'iminuer dans les familles, de les dépouiller au point que les enfans étaient défraudés et deskèritiéê , #• gui est centre Dieu et contre raison» On ordonna la confiscation au profit de l'hôpital Saint-Nicolas, des biens que oe* nomes achèteraient

vin au profit d'aucun établissement ecclésiastique y

sous peine de vingt livres d'amende (i) , même contre le notaire qui aurait rédigé le contrat. Ces rentes étaient des engagemens usuraires dontRomft et l'Italie avaient donné le premier exemple (a), et qui dars les botdeversemens causés par la va* cance de l'Empire , étaient devenus très-commun*. Ce fut un moyen , pour le clergé, d'opprimer le peuple. Li projfîs des terres, porte Tatour , en venait tout à la clergiet , sans poinne et sans labbour. Mais il ne suffisait pas de réprimer la cupidité des prêtres , il fallut encore les ramener à l'ancienne discipline. Un atour de la même année interdit aux ordres religieux l'usage des habits séculiers , la fréquentation du Champ-à- Panne(Z) et des lieux où se font les noces, où ie donnent les fêtes , les joutes , les danses, etc. (4)i

(i) Le marc d'argent valait alors \ f. 65 centimes.

(a) Le* Lombards et les préteurs sur gages Tinrent d'Italie. Un atour de ia38 avait défendu d'en admettre à Metz sans le Consentement d'un conseil composé de cent quarante députës des Paraiges» Malgré . cette précaution , les Lombards y avaient déjà en 139g trois maisons de prêt, tenues par Jean de Montenier., Jacques Doxnméne et Georges de Riers , à qoi Ton avait accordé le droit -de bourgeoisie* -ft y ;

(3) Le Champ-è— Panne était le lien eù Ton se rassemblait pour la promenade, les bals, les divertissemens.

(l) L'atour s'exprime ainsi : Com nous aieiens lonc temps vent et souffert la mauvaixe governation, et lai grant dissolueion qui estoit en moines de Gone, de St.— Arnout, de St.— Clément, de Su— Martin— devant— Mes, etc., si com de haistencier ( quereller ) as bonnes gens, d'alleir perles te'vernes et de brisier osteis per nut...et an demonreivet le servixe nostre signour à faire en 1er Eglises. ... doient 1y moianes pourteir warnemens noirs et chappes noires dessus clozes , et chauces noires et souliers clos de demi-* pietde haut aavs lais et sans novvw, (nœuds).

sons peine d'être emprisonnés pendant un an. Les magistrats ne furent pas moins attentifs à porter des lois civiles , monumens de leur vigilante sollicitude , et qui attestent les progrès de la civilisation , radoucissement des mœurs et une sage politique. Loin , par exemple , d'obéir aux ordres donnés par Adolphe de Nassau et par Boniface YIII (i), d'entrer en campagne contre Philippe^-

Bar, les Messins accordèrent, en 1297, des sauvegardes aux Français : lorsque leur évèque Renauld porta la dévastation dans le Pays-Messin , sans res« pect pour l'âge , le sexe , la condition des habitans y les Messins donnèrent à ce prélat des leçons de modération et d'humanité , en défendant à leurs troupes , par un atour de 1 3o5 , d'arrêter aucune femme, de lui prendre ses chevaux, ni de la chasser de son héritage , à moins qu'elle n'ait ellemême commis des violences contre les Messins. Un autre atour de l'année suivante défendit de mettre le feu aux châteaux ou aux maisons des débiteurs ou des ennemis, sans un ordre exprès du magistrat. Une foule d'autres ordonnances ne firent pas moins d'honneur aux magistrats de Metz. Un atour de i3o3 ordonne que les pavés de la

(1) En 1296, Boniface avait défendu an clergé, par la bulle, •lericis laicoty de payer aucuns subsides sans la permission du Saintr-Siègc , et le roi de France avait protesté contre cette constitution. Les Messins qui, depuis long — tems, soumettaient les prêtres aux mêmes impositions que les laïcs , se seraiutU don.* kien gardes d'appuyer les prétentions du papa.

ville et des fauxbourgs seront entretenus et réparés par la ville aux frais des propriétaires de chaque maison (i), que les rues auront vingt-quatre pieds de largeur, que les nivellemens et les pentes en seront exactement maintenus. D'autres atours établissent Tordre et la police sur les marchés , confient à Thopital l'étalonage des mesures , droit qui avait appartenu au comte héréditaire $ des peseur* publics sont institués , et ne peuvent employer que des poids de cuivre , pour qu'ils soient plus exacts (a). Un atour de 1 3o3 accorde une sauvegarde à quiconque introduirait des laines à Metz pour ses fabriques de draperies (3). La ville sV>ccupa aussi du soin des pauvres : Tadministration des hôpitaux de Saint-Nicolas et de Saint-Ladre fut réglée par un statut , monument de sagesse % d'humanité et de prévoyance , dont les principales dispositions sont encore suivies aujourd'hui (4)*

(t) U n'est peut-être point de ville» dont les rues soient pavé«*

depuis aussi long-4ems. Pari» ne Ta été qu'à la fin du 17." siècle.

(a) Les magistrats étaient d'une délicatesse si scrupuleuse , qdétendirent, par Fatour de i3o6, aux peseurs , de peser pour leur compte personnel et même &hêbergier nuls marchans^ ne marchandes qui vignet achetier ne vandre.

(.1) Ce qui prouve que l'industrie e*tait active d*n* cette ville, Vest que les corps et métiers y étaient puissans. On en troiw la preuve dans une discussion qui s'éleva en i?83 au sujet des bannières. Chaque Paraigc s'était arrogé le droit d'en avoir une; abaque corporation d'artisans voulut aussi avoir la sienne, on s'y opposa, elles se soulevèrent, «t pour rétablir la paix, on convint de ne porter désormais que les seules bannières de la cité.

(4) L'hôpital de Si-Nicolas fut fondé sous Cbarlemagfne, et doté par la ville sur ses biens et ses octrois. H eut jusqu'en 1789 le droit de prendre le plus bel habit dés morts. Le clergé toujours

civil et la justice ne furent point oubliés. Un atour de 1391 prescrit, pour le mariage des filles, le consentement de leurs païens ou de quatre amis , si tous leurs parens sont morts , sous peine, contre ceux qui les épouseraient, d'être déshérités et bannis pendant soixante ans. Un autre

de i3o6, voulant mettre un frein aux prodigalités ruineuses que de jeunes époux se permettaient

envers leurs femmes , ep se mariant , porta que

\es joyaux ne pourraient désormais excéder le

vingtième de la dot. La forme des tutelles , des

émancipations, fut déterminée, ainsi que la manière

de purger les hypothèques par la publication de

quatre bans pendant un an et un jour. Chaqué

procès dut être jugé dans l'espace de quarante jours.

On créa des pardezours ou juges rapporteurs ; pu

rétablit, sous le nom de Prudhommes , les Ewarr

dours qui avaient été supprimes et qui devinrent

les gardiens de la justjpe \ ils veillèrent à ce que

les treize et les comtes jurés suivissent, dans leurs

jugemeus , les règles de l'équité , les dispositions

des lois. Enfin on statua, par un atour de i3oo ,

que les étrangers qui auraient causé du dommage

à quelque habitant de Metz, serait ajourné devant

les. treize \ que s'il ne comparaissait pas , la cité

devait embrasser la défense de son citoyen , user

de représailles , prendre des otages , etc. (1)

invoquant ses immunités, avait refusé de le donner; mais il fut condamné* par un atour ds 1377.

(1) Cest à l'occasion de ces représailles qu'on trouve dans l'histoire de Mets uns foule d'actes par lesquels des seigneurs

Enfin , pour donner plus de considération et, d'éclat à la première magistrature , il fut décidé , par un atour de i3o5 , que le Maître-Echevin se/ ferait armer chevalier dans le délai de trois mois r sous peine de 5oo £ d'amende.

Quoique la famine et la peste eussent succédé, en 1 3 io , aux désastres causés par l'évêque Renault dans le pays Messin, qu'en i3i6 et en i3ao les quartiers deSaulnerie et de V ézenieuf ou du Chauga eussent été réduits en cendres, cependant la ville set soutint dans un état florissant- Elle fit généreuse-» ment la remise au duc de Lorraine des nombreuses créances qu elle avait sur lui-, elle prêta des sommes considérables au comte de Bar , dont plusieurs , babitans de Metz étaient devenus créanciers , notamment la dame Poince pour 19,000 hvres tour^ nois. Ce prince donna même des fiefs dans se* domaines à quelques Messins, pour reconnaître les services qu'il en avait reçus. D'autres en achetèrent en grand nombre dans les provinces de Luxembourg , de Lorraine et de Bar. Tant de prospérité enfla leur orgueil , excita leur ambition : ils refusèrent les services auxquels les feudaiairea étaient assujettis envers leurs seigneurs suzerains, Çes refus , non - seulement mécontentèrent les princes, mais leur causèrent de vives allarraes, parce que c'était un moyen de ruiner sourdement leur autorité et d'agrandir la puissance des Messins, dont le gouvernement mettait un soin par- » .

<«" du 9fMméà déclarent ne rien répe'ler à la CÏU pour U *t 1» «"union, faite. Mf leur, terre..

tteulîer à augmenter le nombre dés terres frati-ches, comme des personnes libres. Ce fut dans le même esprit qu'en i3ao il renouvella l'autorisation donnée en i3o4 ^ de rembourser les rentes ou redevances perpétuelles dont les biens des laïcs pouvaient être grévés au profit du clergé* Cet atout éprôuva de fortes oppositions : plusieurs dignitaires ecclésiastiques forent bannis. On alla plus loin encore : par un atour de tai3 , les prê* Cres et les religieux lurent exclus des tutelles, des exécutions testamentaires i et ne purent recevoir aucun legs (i).

Les princes voisins et le clergé unîreût leur* tessentimens. Au mois d'août i3a4 * l'archevêque de Trêves , le roi de Bohême , le duc de Lorraine et le comte de Bar , formèrent la première confédération à Rémich. La seconde fut souscrite le iS novembre à Behrin 1 entre Boulajr et Sarrelouis , par les mêmes princes auxquels se joignit Henry Dauphin, évêque de Metz.

Dès Tannée 1 3a3 , les Messins avaient vu Forage âe préparer contre eux. Ils avaient créé un comité militaire qu'on appela les Sept de la guerre, pour veiller constamment à la défense de la ville ^ du Pays-Messin et poursuivre la réparation des dommages que les seigneurs voisins pourraient causer sur les terres des citoyens* Aussi, quoi-

■ I ■■ !■ Il I I ■ ■ I

(i) La $.* discours sur l'Histoire ecclésiastique fait remarquer que cet abui liait une des priacipalts causa» du relâchement des

qu'immédiatement après le premier traité , les princes fussent venus avec une armée nombreuse (i), fondre inopinément sur la ville , ils en furent chassés aussitôt. La trahison du Maître-Echevin et d'une partie des bourgeois qui passèrent dans le camp des ennemis , lut loin d'abattre le courage des habitans restés fidèles à la patrie* Après la levée du siège , le G octobre i324, les Sept de la guerre firent raser les manoirs détruire les jardins qui environnaient la ville, entourer les fauxbourgs de larges fossés, garnir les remparts et les tours d'artillerie, de coulevrines , de serpentines, d'arbalètes (2J, et lorsque la ville fut mise dans un état respectable de défense (3) , leur armée entra en Lorraine et investit Sampigni, qui était alors une place forte ) mais une nouvelle trahison leur en lit lever le siège. Les ennemis revinrent sous les murs de Metz, d'où ils furent encore une lois repoussés. En se retirant, ils brûlèrent le fauxbourg de Saint- Julien. L'évêque de Metz sentit le premier la

nécessité de se reconcilier avec la cité , et fit sa

(1) Ils avaient deux mille chetaux et beaucoup d'infanterie : la ville avait pris à sa solde plusieurs seigneurs , entre autre* les comtes de Bilche, de Savcrne, de Deux-Ponts , quarante-deux chevaliers, un grand nombre d'ecuyers et un ebauoine.

(3) Metz est la première ville où l'on ait fait usage de l'artillerie, puisque les Français ne s'en servirent quYn «339 , H's Maures d'Espagne en i iï j3, les Vénitiens en i38o, et les Anglais, a la bataille de Cre'cy, en i346. La ville avait alors dix-sept portai et ses remparts étaient flanqués de soixante— huit tours.

( 3 ) Au nombre des Sept de la guerre se trouvait alors un Delaitre , dont la famille est encore très —connue à Metz, et parmi les enseignes un Louyat de Louvigny , famille encore très— nombreuse d'honnêtes agriculteurs.

paix le 29 mars i3a5 , cinq mois après sa décla~ ration de guerre. Par une convention du surlendemain 1 les Messins se soumirent à supprimer les prudhommes , à ne point acquérir de fiefs dans les domaines de Tévêque sans sa permission, à no

ht

aux usuriers (1) , a ne plus bannir les ecclésiastiques,, à respecter leur juridiction, et à re'server aux abbés le soin de corriger le* moines.

Mais la guerre dura encore un an contre les quatre seigneurs* Après de longs débats , le traité de paix fut signé le 3 mars i3a6. Les conquêtes furent restituées sans aucune indemnité pour les dommages faits de part et d'autre. Les Messins promirent de ne point acheter de fiefs désormais dans les états des quatre seigneurs 1 sans leur agrément. Ils s'obligèrent , pour les fiefs qu'ils y possédaient alors , à faire la garde dans les châteaux , à fournir les subsides accoutumés. L'on convint en outre des deux parts , de ne donner asile à aucuns malfaiteurs , de se les livrer réciproquement , de veiller à la sûreté des chemins , et de protéger les voyageurs , les marchands , etc. et enfin de faire juger selon la coutume cTEstault 7 (a) les démêlés ou les contestations qui pourraient survenir.

(1) IV s'agissait sans doute des Lombards , auxquels la cité ayaît accordé le droit de bourgeoisie.

(a) On se rappelle que la cité était dans l'usage de réclamer à force ouverte la réparation des dommages ou le remboursement des dettes qu'on lui refusait, à elle, ou à ses citoyens dans les

Quoique les Messins n'eussent pas succombé dans cette guerre , cependant ils perdirent de leur autorité sur Tordre ecclésiastique , ils se reconnurent vassaux des princes pour les fiefs qu'ils avaient sur leur territoire* Ils renoncèrent au droit de traduire devant leurs tribunaux les sujets des Etats voisins. Us furent donc arrêtés dans leurs projets ambitieux. Les dangers qu'ils avaient coik frus les portèrent à ménager davantage leurs voisins. Ils s*empressèrent ,1e 3o mai suivant, de faire un traité d'alliance avec Louis de Poitiers , successeur de Henry Dauphin à févêché de Meta (1)5 mais ils réfusèrent de se réconcilier avec les habitais qui étaient sortis de la ville. Le roi de Bohême èt lie comte de Bar reprirent les armes en faveur de ces exilés qui, par un traité du 27 octobre,

Etats voisins. Cette manière dè procéder entretenait une sorte de guerre perpétuelles Pour y remédier, on résolut de faire juger les griefs par des arbitres choisis entre les conseillers, prévôts ou officiers des gouvernemens respectifs* Les lieux d'assemblée «'ap-*pelèrent Marches aVEstault, et leurs séances Journées* La cité eut ses marches , t.* avec l'archevêque de Trêves, à Katenhem, maison noble à deux lieues de TITionvillc; a.° avec le comte cfa Luxembourg, à Richement; 3o. avec le comte de Bar , à Vallerain*- Fré, auprès de Saint— Privât— la— Montagne et à Voisage \ 4*° avefc le due de Lorraine, pour les Allemands , à Luttange, et pour les Romans^ à Voisage $ 5.* avec révêque de M eu, pour les Allemands > à Chaussy en deçà du pont , et pour les Romans , à Soigne ou à Verny*.

(i) H futfpermis à Tévéque d'introduire dans la ville jusqu'à deux cents hommes armés de fer, et réciproquement les Messins purent envoyer un pareil nombre de gens de guerre dans les châteaux et dans les forteresses de l'éveché.

s'engagèrent à leur fournir 54,ooo fr. ( i ) Cette nouvelle guerre dont on ne sait aucune particularité^ Se termina par une amnistie du 27 juin a 3^7 , où Ton stipula que Ton ne restituerait rien aux exilés de ce qui leur avait été pris pendant leur absence , niais que le gouvernement de la cité serait rétabli dans son ancien état (2). Ce pacte fut ratifié I e même jour par les deux princes confédérés. Enfin le 1 7 .août de la même année , le comte de Bar fit alliance avec la ville de Metz qui , par un acte du 19 du jnême mois , accorda une pension de 200 francs à Pierre de Bar , sire de Pierrefort et frère du comte 7 .pour le récompenser des services qu'elle en avait reçus (3). Pour cimenter la paix et estanchier plujours maléfices , une convention fut souscrite en 1 33 1 , entre Isabelle d'Autriche , régente de Lorraine, Edouard, comte de Bar, Adhémar de Monthil

(1) Le marc d'argent valait alors 4 fr. 35 cent,

(a) Cet acte portait que chaque paroche ou paroisse reprendrait sa bannière , sans autre enseigne^ que chaque mestier sa governerait par lour maistre. Dans ces teins de trouble on avait .créé un grand— mattre des métiers , qui avait pris une grand* autorité sur les nombreux corps d'artisans î supprimé par l'acte .d'amnistie, il fut rétabli en i335, et ne tarda pas d'étendre sa .domination. On fut encore obligé d'abolir cette charge par un atour de i336. L'industrie était donc très-active à Mets» puisque .le chef des artisans y balançait l'autorttés de magistrats.

(3) Une foule de rôles déposés dans les archives de l'hôtel-deville, prouvent que la cité donna des gratifications à un grand nombre d'écuyers qui l'avaient secourue dans cette* guerre. Us étaient la plupart de Strasbourg et de l'Alsace. Leur solde était .de vingt sous par semaine, ee qui fêtait à-pan-prés ia fr. dt notre monnaie d'aujourd'hui.

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qui avait succédé dans l'épiscopat à son oncle Louis, comte de Poitiers et les Messins. Cette convention renouvella rengagement réciproque de ne rien enlever , de n'arrêter personne , dans les Etats des uns des autres, que par l'autorité de la justice ; dë veiller à la sûreté des chemins , de protéger les* marchands allant aux foires et aux marchés, etc.

Les Messins employèrent ces années de repos à rétablir Tordre que la guerre des quatre seigneurs avait altéré. Dans ces temps de. troubles, les déréglemens de moines avaient causé de nouveaux scabdales. En i33o,la cité se vit forcée de supprimer l'abbaye du Pontifroi , dont elle réunit les biens à l'hôpital Saint -Nicolas : elle donna des administrateurs laïcs à l'abbaye de Saint-Vincent , dont les religieux dissipaient follement les revenus. Elle condamna à un bannissement de 66 ans et à 3oo livres d'amende , Galérus Alberti^ chancelier de îa cathédrale et conseiller au parlement de Paris, et A lard de Thicourt, chanoinè de Saint- Sauveur, pour avoir fait citer à l'olficial des citoyens, à l'occasion des dixmes (1). Loin de combattre l'autorité civile , Tévêque Adémar s'interposa comme arbitre avec Poisignon de Vy, aman ,

(1) Dans la guerre de i3a4 i plusieurs amans avaient fui, emportant leurs archives. Des titres se perdirent : on déféra au* débiteurs le serment sur t autel y mais les ecclésiastiques voulurent su contraire être crus x sur leur simple parole s pour les dixmes qui leur étaient dues. Les Laïcs s'y opposèrent^ La chapitre lança des excommunications qu'on le força tout aussitôt de révoquer en chassant les moteurs de ces injustes prétentions. t

pour régler les dixmes de Plantières. Leur sentence fut confirmée par la cité. Le même éyêque eut recours aux magistrats pour corriger les mœurs dissolues deç mornes : par une ordonnance du 16 septembre 1 33a , il prescrivit l'observation rigoureuse de Fatour de i3a2, sur la réforme des personnes engagées dans les ordres monastiques, en appelant, dit-il , justice et toute la comtnu-r naulteit en notre ayde comme le brais séculier t çùm // dicts moines ne weulent obéir ai eomr jnandement dou bras espirituel (t). Par celle ordonnance , le prélat rendit un bel hommage aux mœurs des magistrats , qui d'ailleurs étaient d'une probifé si rigide que, par un atour de i33"7, ils défendirent aux Cures d'absoudre une seconde fois» les citoyens qui auraient manqué à l'engagement pris envers léur pasteur, de faire les restitutions que leur conscience leur prescrivait.

(r) Cet oubli de l'ancienne discipline était deyenu général en Europe. Les magistrats de Metz furent les premiers à la rétablir \ car ce ne fut qu'en i336 que Benoit XII pubbà une bulle poum. la reforme des mornes, et la métropole de Trêves ne s'en occupa qu'on 1 3 ^. On peut juger de la conduite licencieuse des moines par Ire expressions mêmes de j'ordonnance épiscopale , où on leur reproche, i.° de porter des solers destranchiés , com chevaliers^ jples chausses de çalour ^ des robes des plous précïaux et sentes de sintures aV argent , avec las ou novyes de soie , ( l'usage de la *$oiè ne s'introduisit en France qu'un siècle et demi après. ) si isstrôits Cûm damoiseltes y et des flos tant qu'ils puissent covrir

'lotir espatiles; a.° de chevaucher à gràns espées com ung

monte , les jambes décovertes ; ï.° £ aller de neu et de jor en, place commune, en nosses, en danses et en austres leus que ne sont tnie à dire; 4-° de méhjaer ën jardins avec femmes sêcu~ Hères et nonains, dUsoUùneM s à grant foison de ménêstriés.

la permission ae lapnquer , ^ • 1

pendant deux ans , de petites pièces de monnaie appelées Messains (i). Aussi elle ne cessa de le défendre dans les guerres continuelles qu'il eut à soutenir contre les ducs de Lorraine et de Luxembourg 5 ils le vengèrent des dommages que lui avaient causés les sirs de Boulay et de Rodemack ; ils détruisirent Frouard, Rozières, les fauxbourgs de Nancy, et remportèrent auprès de Pont-a- Mousson une grande vietoire sur les Lorrains , qui , en se retirant vers la Seille , brûlèrent Cheminot et Fleury, sans oser s avancer jusquàMetz, quoiqu'ils eussent reçu un renfort d'Allemands et de Français. Le pays était tellement infesté de brigands, qu'on fut obligé de faire une trêve en 1346, pour les détruire. Ils furent poursuivis à toute outrance par les Messins qui, en peu de jours , rasèrent *ept des châteaux qui leur servaient de repaire. A Dudclange, deux de ces brigands furent déca^ pités et douze pendus.

. Cette trêve fut courte. Les hostilités recommencèrent entre Marie de Blois, régente de Lorraiiie,, *t révêqu* de Metz. Les Messins, en alliés fidèles , prirent Conflans , menacèrent Boulay; mais Char-

(i) On voit par l'atoor puUié d'après cette convention, qu« les sept messains valaient un gros, et qu'un marc de cette monnaie devait contenir sept onces quatre deniers dVgcntfin. Le mémo Atour ordonna de frapper , por despertir au mmus f^uplex de» - on denù-mçssains.

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les IV, alors roi des Romains , et Jean II, roi de France, réconcilièrent toutes ces petites puissance* divisëes , qu'ils amenèrent à souscrire une foule de traités de paix particuliers. Malgré les soins de Charles , la guerre allait encore se rallumer, lorsqu'au mois de janvier i354 , il cita tous les princes et seigneurs 3 une diète qu'il convoqua à Metz au mois de Pasques , pour juger leurs difféV rends (i), en leur recommandant toutefois d'obser-»ver la commune paix de Lohérenne(o). Illesdybafv na encore à Thionville pour le 1 3 septembre de la

même année. Charles ne cessa d'aflfectionner ces provinces. Au mois de mars i354 , il érigea, dans la ville de Metz, les provinces de Luxembourg et du Barois, en duchés; en i356, il y convoqua la diète solennelle où furent rédigés les sept derniers chapitres de h Bulle tfor, dont les vingts

(i) Pour obtenir les bonnes grâces de l'Empereur , la ville fit don à son secrétaire et au sir de Mecklenbourg, d'une somme de 800 fr. qui valait 7400 fr. d'aujourâ'ui.

(a) Cette commune paix avait été conclue en 1 353 entre Charles IV, les ducs de Luxembourg, de Lorraine, de Bar, les cites de Mett, de Toul et les évèques de ces deux villes. On y avait fait . adhérer les seigneurs voisins \ mais ce traité fut si peu. respecté , que Tannée suivante les sirs de Fénétrange et de Boulay attaquèrent les Messins , auxquels cependant ils s'allièrent dans le mois de janvier i355. Il paraît que les Messins eux— mêmes HP furent pas plus fidèles observateurs de la commune paix , puisque l'Empereur Charles IV fut obligé de leur écrire au mois de novembre suivant, pour les engager à suspendre, jusqun son arrivée dans leurs murs , les hostilités qu'ils avaient commencées contre Son frère Venceslas, duc de Luxembourg. .La ville avait alors à sa solde un grand nqrnbre d'étrangers , chevaliers et écuyet<$ qu'on nommait soldofturs.

sept premiers avaient été réglés à Nuremberg. Ce fut à Mete que les princes de l'Empire stipulèrent l'inviolabilité des électeurs , Tordre des successions, te rang, les prérogatives attachées à chaque électorat , les hommages dus à la dignité impériale. Le dernier chapitre obligea les électeurs à faire instruire leurs enfans dans les langues anciennes et modernes (i),

La publication de h Bulle dor, fut suivie d'un magnifique banquet sur la place du Champ-à* Seille (2), où pour la première fois s'observèrent les cérémonies prescrites par cette Bulle. L'Empereur, adsis sur un trône, y fut servi par les sept électeurs à cheval. Il changea trois fois de diadème, et prit successivement les Couronnes de fer, d'argent et d'or. Le lendemain , jour de Noël, il assista dans la Cathédrale , à matines , et chanta la septième leçon, tenant son épée nue à la main.

L'Empereur resta environ quinze jours à Mete avec tous les princes d'Allemagne, le Dauphin de France, les comtes de Poitiers, d'Anjou, etc. If accorda des exemptions et des privilèges aux villes de Luxembourg , de Thionville, aux abbayes <FOrv*l, de Saint*- ArnouU , à l'église de Verdun.

(1) Pendant cinq siècles et demi cette bulle fut la loi fondamentale de l'empire germanique. Elfy: cessa d'être en vigueur en 180S après le trailé de Presbourg , où François II prit le titre d'empereur d'Autriche.

(a) La ville fournit les provisions de bouche pour la table o> l'Empereur. Cette dépense fut de 1600 fr. ou de i4i{°° fr* de notre monnaie actuelle, Le quintal de bled valait alors U sous ? deniers.

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Il nomma l'abbé de Saint-Amoult , son chapelain f et fit rentrer la ville de Sarrebourg sous, la domination de l'évêque de Metz,

Les chroniques de la ville rapportent que les bouchers proposèrent à l'empereur de le rendre maître absolu de la cité, en massacrant dans une nuit toutes les familles de Paralge; mais que , révolté d'un projet aussi atroce, l'empereur le révéla aux magistrats qui firent arrêter les traîtres, et qu'aussitôt après le départ de S. M. , ils furent noyés au Pont-des-Morts.

L'année suivante Charles IV, écrivit aux Messins aine lettre très-pressante pour les engager a secourir le Dauphin de France contre ses ennemis ( i ). Ils se montrèrent aussi empressas à défendre leurs «Hiés qu'attentifs à maintenir la paix commune, Thierry de Xelme l'avait violée} pour l'en punir ils rasèrent 6on château à Hellimer. L'évêque Àdéjnar avait aidé Robert, duc de Bar, à chasser les compagnies blanches , qui après la paix de Ber- -tigoy, s'étaient jettées dans ses Etats; il en fut ^payé d'ingratitude , et les Messins k vengèrent en prenant Conflans et en faisant des incursions sur la Meuse?lls forcèrent le duc à , payer une indemnité de 57,OQO l. (2) ou 486,000 f. d'aujourd'hui à l'évêqueymais les ravages causés par c&>compagfiies que commandait Armand de Cervoles , surnommé T^r-*

(1) Jean II son père était prisonnier en Angleterre, depuis U bataille de Poitiers.

(a) Le roi de Bohême, duc de Lnxemhourg, les ducs de Lorraine et de Bar , Tevêque de Metz et treute-cinq seigneurs firent une trère de trois a#s, dont ils «xcept&ent les Messins.

çhiprétre,) firent ajourner un moment toutes les ri* values , toutes les haines, pour se réunir contre l'ennemi commun (i ). Le 4 mai 1 36o , le roi de Bohême . duc de Luxembourg, les du es de Lorraine et de Bar, les Messins et leur Evêquesc liguèrent pour repousser cesirigands (a).En 1 36 1 , les mêmes princes firent une semblable ligue avec les villes de FAl-

s de Strasbourg. Mais le duc de Bar d'attirer ces brigands dans la guerrequ'il lit, en 1 363, au comte de Vaudémont:

gèrent Jouy et Çorny , ils campèrent même pendant quelque temps sur te mont S.l-Quentin. Ils reparurent encore dans ce pays, en 1 365 , avec Pierre de Bar, sir de Pierrefort, qui disputait la terre de Norroy-le-Veneur à Poince de Vy , dont la cité çpousa la querelle. Ils avaient établi leur camp à Magny. Les Messins parvinrent à les congédier pour la *omme de 18,000 francs. Pierre de Bar et Je duc son parent, se voyant abandonnés, demandèrent la paix qui fut conclue le 2 juillet i365. Ces deux: seigneurs s'engagèrent à mettre en otage douze gentilshommes avec quatre chevaux chacun , 4an3 le château de Vry , jusqu'à ce que Jes Messins, , -

* "(i)Xavflle prit « sa solde Ferry, comte de Iànange,, avec jrente-cmq dry, sir de Fénestrauges , et beaucoup

d'autres seigneurs, au nombre desquels tut Rembaldcs de Sancy avec un glaive e% deus atbalestries monteis chacun «Ton loin roncin^ et armeis êCune cotte de fer et d'un chépel de fer.

(2) En i36i le pape ordonna une croisade contre les compagnies blanches qui dévastaient le raidi de la Fiance, et l'Italie.

prii par les compagnies blanches , eussent recouvré leur liberté.

A peine les Messins furenMls débarrassés de ces coureurs qui désolaient leurs campagnes, qu'un conflit avec la juridiction épiscopale les occupa sérieusement. Un citoyen avait été arrêté par les officiers de Févêché, qui réfusèrent de le rendre aux Magistrats. Ceux-ci firent enfoncer les portes de ïqfficialité. Jean de Vienne, qui avait succédé dans Tépiscopat à Adémar de Monthil, voulut se venger de cet outrage : il convoqua un synode à Vie où il tenait sa coujr. Les curés qui s'étaient rangés du parti des laies ne voulurent point s'y reudre. Le prélat frappe les églises d'interdit, lance des anatbêmes. Son autorité est méprisée, il en eonçoit tant de ebagrin qu'il abandonne son diocèse (O. Thierry de Boppart lui succède, et son premier sein est d'anéantir toutes les procédures r de révoquer toutes les sentences ecclésiastiques, par un accord du 24 janvier 1 366 entre la cité et lui. Ces troubles domestiques appaisés, les Messins font une guerre implacable aux seigneurs , dont la plupart étaient devenus, pour les campagnes, un fléau non moins redoutable que les compagnies blanches (2). Ils détruisirent, en 1367, leschâ^

(1) n fut transféré à révéché de Basle. Il avait présenté au pape le* Messins comme des gens sans fbi, ni /oi\ et ne croyant mie en Dieu. L'empereur Charles IV soutint au contraire qu'il n'avait vu nulle part un clergé plus religieux observateur de ses devoirs, ni un peuple plus craignant Dieu*

(1) Mathieu de Gournay, qui appartenait à Fune des plus anciennes familles de Mets, avait pris parti dans ces compagnies, J] suivit le conctable du Çuesçliu en Castille.

teaux de Haye» , de Mandres , de Luttange , d1Ancerville. Les seigneurs de ces deux derniers villages furent décapités devant la cathédrale (i). Ces exemples d'une grande sévérité n'empêchèrent point Jean de Mars, autre chef de partisans, de défier les Messins. Après quelques hostilités , il proposa un cartel qui fut accepté par Robert d'Herviliers , gentilhomme au service de la cité. La cour de Saint-Pol â Ligni fut choisie pour Je lieu du combat. Robert s'y rendit avec cent vingt cavaliers messins. Le duc de Bar s'était mis en embuscade sur Je chemin pour les tailler en pièces. Averti de sa déloyauté , Robert l'attire dans un piège et le défait entièrement. Le duc de Bar tombe avec soixante gentilshommes au pouvoir dçs Messins 5 le comte de Salm et plusieurs autres seigneurs restent sur le champ de bataille. Colard des Armoises se réfugie dans la tour de Gondrecourt «vec les reste de la troupe. Les Messins Investissent, et ne pouvant prendre la tour d'assaut, ils la minent (2) : elle était près de sauter^ lorsque Colard se rend à discrétion. Il est décapité devant la

• (1) l*%k de Boulay fut traité moins rigoureusement. Ses gens avaient tué un citain de Meta nommé Périllard; pour venger *a mort, les Messins firent une course sur ses terres de Boulay. On entra en accommodement, et le sir de Boulay s'engagea à fonder., pour le repos de Tarne du défunt, une chapelle dotée de aoo liv. de rente.

,•(*) Cest le premier exemple qu'on ait eu de remploi de la mine en Europe pour détruire une forteresse Le premier qui en ait £alt un usage dans un siège, est Henry de Navarre, ver» la fin du i5«e siècle.

(tto)

cathédrale , et treiiè de ses compagnons soùt p^tidus. Les Messins brûlent AfQéville , prennent le château de Mu9sy , celui dë Belleville près de Dieulouart , dont ils font pendre la garnison: Enfin j après deux ans de captivité à Metz , le duc die Bar obtient la paix et recouvre la liberté (i); Sa rançon est fixée à 1 20,000 florins , par nn traité du 9 août 1 3yo (2). Il en paye la moitié sur-le-champ. A peine cette guerre est terminée que Pierre de Bar , sir de Pierrefort, soutenu du duc de Lorraine et des frères des Armoises, renouvelle ses aggressions contre lé» Messins. Ceux-ci admettent dans leurs rangs plusieurs capitaines des anciennes compagnies blanches (3). Ils dévastent là Lorraine jus4qu'à Neufchâteau et Rozières qu'ils livrent aux flammes, et rentrent à Métà chargés de butin*

Le duc de Lorraine vient assiéger Mfetz dû coté de la SeiUe. Ses efforts sont inutiles, il se retire au mois de novembre i3^ On conclut alors une

(1) On dit que pendant sa détention à Metz, ce grince contribua à l'achèvement de la grande église des Grands-Carmes , et que même, en reconnaissance des bons traitemens qu'il recevait des Messins, il 6t construire à ses frais les trois autels en architecture mauresque d'un travail très-délicat, et qui déctorent aujourd'hui les jardins de la Malmaison.

(a) Mais la paix ne se fit avec les frères des Armoises que le 2 3 août 1377, quoique leurs cousins et plusieurs autres seigneurs se fussent réconcilie'» ayec les Messins dés l'année 1369» Ils redoutaient la potence*

(1) Ivain de Galles amena cent quarante hommes d'armes, JaheU Rolland de Brétaigne, trois cents, dont deux cents lanciers; Jean de Mariceurt, vingt— cinq; tous bien appar i liiez , bien armiê* de piet <n cappe, bien monteitz de trois chivaU*

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