XLVI.e ADALBERON I
Après l'abdication de ce malheureux prélat, le peuple et le clergé 5 reprenant leur droit d'élection , se choisirent pour évêque Adalbéron 5 frère ' de Fréderich I.er, comte de Bar.
Attaché aux rois de France par inclination et par les liens du sang , il fit tous ses efforts pour leur conserver les débris de FAustrasie ou de la Lorraine que ne cessaient de leur disputer les rois de Germanie.
Lorsque , devenu maître de Brisac , Othon envahit la Lorraine qu# Fréderich , archevêque de Mayence, lui livre par trahison, Adalbéron s'enferme dans Metz , et seul il résiste long-temps à toutes les forces réunies d'Othon ; mais enfin 7 désespérant de recevoir des secours de France , il ouvre .au roi des Allemands les portes de Metz , eu 939. Sa noble et courageuse défense lui méritent F estime d'Othon qui le prend en amitié (1).
Adalbéron se rendit très-utile à Louis d'Outremer , dans la guerre que lui fit Hugues , comte de Paris, n marcha contre Hugues son fils , qui se prétendait toujours archevêque de Rheims , Fas-
(1) Dans une ebarte datée du mois de juin 960, par laquelle Olhon réforme l'abbaye de Saint - Pierre , cet empereur appelfa Adalbéron son compère : Qualiter computer noster Adalbero ^ Jîfregius Metensis eccUsiœ pretuL
siégea et le prit dans Mousson, en ç)fô. Il fit totn* Ler également Montaigu en son pouvoir, après une longue résistance. Enfin , il fut un de ceux qui , dans les deux conciles d'Ingelheim et de Trêves , contribuèrent le plus à faire excommunier Hugues et son fils comme rebelles.
Les affaires politiques ne détournèrent point cet évêque des soins qu'il devait à son église. IL en fut un zélé et pieux réformateur. Il réédifia les temples et les monastères , leur fit et leur procura de ricbes dotations, substitua la règle austère de S.» Benoît à la vie désordonnée des clercs séculiers (i). Ost sur-tout à Gorze que cette règle s'observa si rigoureusement, quelle jeta un grand éclat dans le monde chrétien. Le célèbre Jean de Vandières prit alors la direction de cette abbaye, dont Adalbert, comte de Metz, avait usurpé les biens 5 mais Adalbéron le força de les restituer.
Le princier et l'archidiacre de la cathédrale , des chanoines de Toul , de Verdun , Fonde même d1 Adalbéron viennent à Gorze se ranger sous la conduite de Jean. Ses talens et ses vertus inspirèrent une telle confiance qu1 Adalbéron ne craignit pas de le désigner à Othon pour être envoyé
(i) Adalbéron avait une telle prédilection pour l'état monastique, qu'il fut surnommé le pire des moines. lient même recours à l'autorité d'Othon pour fair^ admettre les Bénédictins dans plusieurs abbayes, et notamment à Saint A mou h. L'empereur, dans 1 i charte par laquelle il expulse les Chanoines de celte abbaye 1 leur adresse, les reproches suivans : Laïco more vivere maluerunt. . . . Post creber rimas ammonitionnes , incorrigibîles esse cognovit^ et inhostestatem vitamducere. Cette charte est du mois de janvier 9^1.
en Espagne. II passa plus de trois ans à Cordoue, et s'y fit estimer du roi par la simplicité de ses moeurs, par son savoir et par la noble fermeté de son caractère.
Adalbéron mit encore a la tête de l'abbaye de S.* Arnoult un autre Jean qui fut l'émule de Jean de Gorze. Les écoles de ces deux monastères s'acquirent alors une autre réputation. On y accourait de toutes les provinces de France et d'Allemagne*
Ces deux abbés donnèrent les premiers la liberté à leurs serfs. Ainsi , tandis que toute l'Europe était encore sous le joug de la puissance féodale, les communes qui dépendaient de ces deux abbayes, furent affranchies de la servitude.
Adalbéron mourut en 960 , dans la 3i.e année de son épiscopat.