LXIX.* RENAULT DE BAR
Cet Evêque fut élu à l'unanimité des suffrages. Il était frère du comte de Bar, avait été élevédans l'abbaye de Saint-Arnoult , et sa haute naissance lui avait valu la dignité de princier , de la cathédrale.
Dans l'année même de son intronisation, en 1 3ôa , Henry son frère , partant pour l'île de Chipre , avec les Croisés , lui confia la garde de son fils et de ses Etats.
Les Magistrats de Metz avaient fait des réglemeos pour la réformation des mœurs du clergé 5 ils s'étaient emparés, à titre de déshérence, des biens d'un ecclésiastique mort sans héritiers et sans testament. L'Evêque prétendit qu'ils usurpaient sur ses droits et sur son autorité. La dispute devint si sérieuse, qu'il fut obligé de quitter la ville. Il jura, en partant, de n'y rentrer qu'à la tête d'une troupe nombreuse, et comme il ne tarda pas de se réconcilier avec les Messins , il attendit que la procession des Brandons vînt, tn quelque sorte, le chercher, le jour des Rameaux , dans l'abbaye de Saint-Àrnoult , alors située au Ghamp-à-Panne , et son serment s'accomplit.
Peu après , il se brouille avec le chapitre pour les salines de Marsal. Les chanoines cessent de faire l'office divin , et FEveque alarmé leur donne satisfaction (1).
A peine a-t-il terminé cette contestation , qu'il se fait citer par le seigneur dé Blamont devant le légat du Pape à Verdun , pour des extorsions (3).
Mais la guerre dans laquelle il s'engage en 1 21 3 avec son neveu le comte de Bar, contre le duc de Lorraine, a des suites funestes pour l'un et pour l'autre. Il obtient d'abord quelques succès,
(i) On remarque , dans sa transaction avec le chapitre, qu'il est le premier des Evêqucs dt Metz qui se soit intitulé : Par Uk grâce du Saint—Siège.
. (2) Vojez page 89 et sa fautes.
s'empare de Lunéville et la livre au pillage : mai* le duc de Lorraine l'atteint auprès de Frouard t le met en pleine déroute ,. et fait prisonniers Edouard son neveu , ainsi que le comte de Salai. Un grand nombre de leurs gens périssent dan» la Moselle.
Le comte de Bar ne recouvre la liberté qu'en. i3i4- L'Evêque engage au duc de Lorraine une partie de ses états pour payer la rançon de son neveu portée à 90,000 liv. Blamont est livré pour 10,000 , Conflans et Lamarche pour 30,000, etc* Le traité porte que, si dans un an les sommes ne sont pas remboursées, ces domaines appartiendront irrévocablement au duc de Lorraine* Les Messins lui prêtèrent beaucoup dVgent pour l'aider à se libérer»
Renault humilié, méditait tou jours. des projets de> vengeance.. Enfin, après trois ans d'efforts, il préparait une nouvelle expédition contre la Lorraine, lorsqu'il mourut subitement en i3i& On le crut empoisonné.
LXXA HENRY DAUPHIN.
Le chapitre ne put se mettre d'accord sur h choix d'un nouvel Evêque. Les uns tenaient pour Philippe de Bayon , qui était appuyé du comtç de Bar; les autres pour Pierre de Sierck, que recommandait le duc de Lorraine.
Après deux ans de dispute , le Pape écarte les deux conourrens , et nomme Henry Dauphin ^ frère d'imbert , dernier souverain du Pauphiaé.
Il fut dispensé d'entrer dans les ordres sacrés , parce que son frère noyant pas d'enfans, il devait hériter un jour de ses états.
En i3i9, il vint prendre possession de son évêché , et pour en jouir plus paisiblement , il fit avec le duc de Lorraine un traité d'alliance offensive et défensive.
Lorsque les princes voisins se liguèrent contre Metz, en i3a4, il entra dans cette confédération; et pour donner à ses alliés des gages de sa fidélité, il engagea au duc de Lorraine et au comte de Bar ses plus beaux domaines, entre autres Vie, Rembervillé, Hombourg (1)5 mais il se fit donner pour prix de cet engagement plus de 200,000 florins. Les Messins parvinrent néanmoins , à force d'argent, non-seulement à le détacher de la ligue, mais encore à lui faire promettre de leur envoyer des secours du Dauphiné, >
Henry ne tient parole ni aux uns ni aux autres : il emploie les sommes qu'il a amassées dans cette province à faire la guerre au duc de Savoie : il est tué dans un combat, et son frère, désolé de n'avoir point d'héritiers, se jette, dit-on, dani un cloître, et donne à la France le Dauphiné, à condition que le fils aîné de nos Rois prendra le nom de Dauphin. > . : >
C'est sous son épiscopat que Jean Louvias et
la dame Poince fondèrent l'abbaye du Pontifroy.
(t) On raconte que les bourgeois de Vie sVtant opposes aux •sacrions du comte de Bar , celui-ci , pour les punir , détruisit la fitto de fond ca comble, et y fit passer k charrue.
LXXLe LOUIS DE POinERS.
On ne sait comment Louis de Poitiers obtint l'évêché de Metz, si c'est par la voie d'élection t)u par Tordre du Pape. On présume néanmoins que s'étant rendu désagréable au clergé de Langres où il était Evêque, pour avoir fait briser par ses soldats les portes de la cathédrale, dont le chapitre lui avait fermé l'entrée ; le Pape le transféra, en i3a6, dans un autre siège. Il ne fut pas plus heureux dans le diocèse de Metz , et malgré le soin qu'il avait pris dès son arrivée , de faire des traités d'alliance avec les Messins, le duc de Lorraine et le comte de Bar , il fut tellement dégoûté de voir le patrimoine de son église , ou chargé de dettes par son prédécesseur, ou usurpé par les princes voisins, ou insulté par une foule de seigneurs, que Tannée suivante il se démit de son évêché , et se retira à Montélimart , lieu de sa naissance. Il était fils du duc de Vaientinois.