‹ Dictionnaire du département de la MoselleChapitre 46 sur 118 · BOPPART · texte numérisé non relu

BOPPART

A la demande de l'Empereur ' Charles IV, le Pape Urbain V nomma Thierry Bayer de Boppart 7 d'une illustre maison d'Allemagne, et qui occupait alors la chaire épiscopale de Worms.

Il passait pour un homme habile et très-éclairé. Son premier soin fht d'abolir toutes les procédures formalisées par le tribunal de l'Officiabilité

contre les magistrats de Metz, afin cPôter tout , sujet de discussion. Il fit alliance avec les ducs de Lorraine et de Bar.

Après avoir ainsi pourvu à la paix de son Eglise, à la sûreté de ses domaines, il alla joindre l'Empereur Charles IV, l'accompagna dans son expédition contre le duc de Milan , le servit auprès du Saint-Siège, et fit reconnaître Vinceslas, roi des Romains, par le Pape Grégoire XI.

De retour dans son évêché , il fait sa résidence à Vie, garde la neutralité dans les guerres que se font les Messins, les ducs de Lorraine, de Bar, de Luxembourg, etc. Si quelques hostilités sont commises sur ses terres, il est prompt à les réprimer. Des seigneurs Lorrains, entre lesquels se trouve Bertrand de Novéant, osent surprendre Marsal; FEvêque y court et les en chasse dans le même jour (i).

Le comte de Saverden affecte de méconnaître sa suprématie 5 il le prend dans son château : il assiège Sarrebourg dont les bourgeois voulaient se rendre indépendant , et les fait rentrer sous son obéissance.

U se ligue avec les ducs de Lorraine et de Bar contre les pillards qui désolaient les campagnes et infestaient les chemins. Ce traité est juré solennellement le 10 février 1873 sur l'autel de Saint-Antoine, à Pont-à-Mousson. Mais ils

(1) En parlant d'une joie de courte durée, on diiait alors % c'est une joie de Marsal*

ne peuvent empêcher les compagnies blanches de reparaître dans ce pays. Au lieu de les. combattre, on juge plus prudent de les congédier à prix d'argent : il en coûte 16,000 fr. à l'Evêque.

La ville de Metz avait fait aussi de grands sacrifices pour éloigner ces brigands: elle avait voulu que le clergé y contribuât 5 mais il se prétendit exempt des charges publiques. Les magistrats firent enlever les meubles, des abbayes et des chapitres. L'Evêque excommunia les Treize et mit la ville en interdit (i). Cet état de choses dura deux ans et trois mois. L'Evêque leva l'excommunication moyennant 5ooo fr. que les Treize lui payèrent. Mais en même temps il fut lui-même excommunié par le Pape Clément VII, à l'occasion de vingl-neuf muids de sel qu'il contes- . tait aux chanoines. Il se soumit à les leur délivrer.

Ces difficultés applanies, il vient à Metz et consacre les églises nouvellement bâties des Célestins, des Cordeliers, de Saint- Vincent et des Grands-Carmes.

Il se brouille de nouveau avec le chapitre, parce qu'il veut y introduire la réforme, et le chapitre lui-même a de vifs démêlés avec les Treize

(1) La charte par laquelle l'Evêqae jette un interdit sur la ville s'exprime ainsi, relativement aux persécutions exercées contre le clergé par les laïcs : Proprid auctoritate taillaverunt , banni-' verunt et proscripserunt. . . . personas ecclesiastUas et multos prtssbitheros . . . ,

au sujet d'un chanoine qui avait assassiné un prudhomme (i).

Enfin, une source d'eau salée «pie lui dispute le duc de Lorraine, excite entre eux une guerre où PEvêque a des avantages assez marques 5 mais le duc ayant enlevé dans un seul jour tous les grains de 5o villages dans les domaines de TEvêché , Thierry aime mieux renoncer à la source que d'affamer ses sujets.

Après avoir gouverné son église dix-huit ans , il mourut à Metz en i384-

La mute Fut fondue sous sonépiscopat en i38i. LXXV.e PIERRE DE LUXEMBOURG.

Thierry de Boppart avait vu , dans ses dernières années, un nouveau schisme produit par ia double élection des Papes Urbain VI et Clément VII. Son clergé et lui s'étaient déclarés pour Panti-Papè Clément qu'avait reconnu l'Empereur et le Roi de France ; mais Charles IV étant mort sur les entrefaites, Venceslas son fils prit le parti d'Urbain qui, à la vacance du siège de Metz, nomma Tillemann de Woise 5 mais les Messins voulurent rester fidèles à Clément et reçurent de lui pour Evêque, Pierre de Luxembourg, fils de Gui, comte de Ligny et frère de Valeran , connétable de France.

(a) Les Treize consentirent à faire la remise du coupable à FOlK— cialité qui le cendaniua à dix ans de prUou.

Il avait été élevé à l'université de Paris. Son mérite et ses vertus furent si précoces, que dès l'âge de 10 ans, il fut nommé chanoine de cette capitale , et à 12 ans archidiacre de Dreux. Il n'avait pas encore seize ans lorsqu'il monta sur la chaire Episcopale de Metz } il était déjà en réputation de sainteté et il fut reçu dans cette ville avec les plus grands égards (1). Il débuta par faire la visite de son diocèse, accompagué du maire de Porte-Muselle. Il rédigea plusieurs statuts sur Tordre et la discipline écclésiastique. Il fit trois parts de ses immenses revenus, Tune pour l'entretien et l'ornement des Eglises, l'autre pour les pauvres , et la troisième pour sa maison.

Dans la même année de son intronisation , Venceslas vint à Metz avec Tillemann de Woise et ne put parvenir à le faire reconnaître pour Evêque, tant le jeune prélat avait gagné les cœurs par sa modestie et par sa piété.

Cependant l'élection des Treize à laquelle il devait présider, d'après les statuts municipaux, le brouilla avec la Cité: sous prétexte qu'il était trop jeune , on lui contesta ce droit (2). Le comte de S.* Pol son frère, le soutint par la force des armes; mais Pierre de Luxembourg , plus occupé de son salut que de ses intérêts temporels, se déroba, pour ainsi dire , à l'ennui de querelles qu'il jugeait

(1) Il fat le premier qui, à son avènement, reçut des présens de la cité' : elle lui envoya cent quartes d'ayoint, deux bœufs et deux queues de vin.

(a) Voyex page 117.

incompatibles avec son ministère de paix; il se retira donc à Àviguon , auprès de l'anti-pape Clément. $es libéralités envers les pauvres, ne lui ayant pas laissé de quoi faire le voyage, le Roi de France lui envoya 2000 fr.

Pendant que ce saint Evêque édifiait les fidèles par la pratique de toutes les vertus religieuses, son frère continuait ses hostilités contre les Messins ; mais l'Archevêque de Strasbourg, qui prit l'administration du diocèse,y mit ordre. D'un autre côté, Tillemann de Woise entreprit la conquête de l'Evêché et manqua son expédition.

Sur ces entrefaites, les veilles, les jeûnes excessifs, les austérités de tout genre , abrègent la vie de Pierre de Luxembourg, que le Pape Clément venait de faire Cardinal. Il meurt en 1387, âgé de 18 ans. La foule du peuple accourt de toutes parts sur sa tombe , et 1 on publie qu'il fait des miracles, -

Le Roi de France ne peut néanmoins obtenir sa canonisation, sans doute parce qu'il était mort dans le schisme; mais il avait trop de simplicité et de douceur dans les mœurs, pour se ranger sous la bannière ensanglantée d'Urbain YI (1). Il fut seulement béatifié en 1527.

On a de lui quelques ouvrages de piété et un, recueil de lettres.

(x) Histoire ecclésiastique, Uyre 98.

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