‹ Dictionnaire du parallèle entre diverses doctrines philosophiques et religieuses, d'une part et la foi catholique de l'autreChapitre 3 sur 87 · TOME UNIQUE · texte numérisé non relu

TOME UNIQUE

S'IMPRIME ETSEVENDCHEZJ.-P.HIGNE ËDITEUB,

AUX ATEUERS UTBOUQDIS, SUE S'AUBOISE, AD PEnirHOHTRODGI,

BlHHliRB D'BRrBB DB PiBII.

0UYEA6BS PU VÈMR AUT^JR.

QUATRE ANNÉES EN «MENT ET BR ITAUB, 00 COMWANnNeH&. JÛWSM'EII ET ROUE EN 18tt, 18». 1850, 1811. 1 vA, ln-8*, trix : 9 fr.

ESSAI PlflLQSunilQIIE SUR LES DROITS DE Là R&ISOfI, I foU IB-It. Prii : tir. 80.

SOOAUSIIE ET CBARtXt, I WL ilHR. PrU : 1 Ir.

laprimerk de L. MGNB, an Pedt-llM«M|*

Ce que nous avons* éiodié soas le nom de myinôlogie , pendant notre enfiince » n'est qa'ane^ paiodie greiesciae^ des oroyances de la Grèce et de Rome. Si le paganisme eftt été, dès son origine» aussi absurde qu*il le paraît dans les ouvrages anciens et modernes , calqués sur le» MékmforphoieM d'Onde ^ on ne pourrait expliquer comment it aurait pria naissance* 11^ ne suffit donc pas de hausser les épaules au récit des aventures de Jupiter et d'ApoMon; la science doit rechercher la signification de ces fables, qui tout extravagantes qu'elles sont, peuvent» à la suite d'études bien dirigées, révéler k nos yeux, avec plus de vérité que les événements eox-mèmeS| la physionomie exacte des anciens peuples.

Ce n*est pas, il est vrai, chose facile que de découvrir le sens de ces fables, car il était déjà perdu avant l'^re ciirétienne» et les païens d'il y a deux mille ans étaient presque aussi embarrassés que nous pour expliquer leurs religions nationales. Évhémère prétendait que les dieox étaient des hommes déifiés ; d'où Ton appelle Miémériimê le système qui donne yapoihé0$e comme l'origine principale de l'idolâtrie. Les néoplatonicien^,' au> contraire, Proclus, Plolin, Jamblique^ Porphyre^ regardaient toutes les fables comme des allégories qui exprimaient les idées philosophiques les plus ai>straites. Les éîpicuriéna prétendaient que toutes oes' fables avaient été forgées sans but^ et étaient- le fruit de l'imaginAtion des polies. Les Pères dé Tfiglise se sont partagés entre ces trois opinions {- ceux de l'Église latine inclinaient plutôt vers rexplicalion d'Évbém^e-t' oii ver» celle* de fépîcurien Lucrèee; qoelqaes*uns, comme TertuUien, donnaient encore aux démons une large part dans Il formation des eul tes païens. Plusieurs Pères grecs^ comme Origène , saint Grégoire de Naiianxe 9 se rapprochèrent dve système allégorique des Alexandrins. Dans les temps modernes, un graed nombre de théologiens ont soutenu, une cinquième hypothèse ; selon Bossuet, Huet, Bochart» Guérin du Rocher, Delovt de Lavaur, de Bovet, Perrîn,. et plusieurs autres cités par ce dernier, la mythologie n'est autre chose qu'une altération de l'histoire du peuple juif. Les autres écrivains qui, au siècle dernier, ou au commencement du nôtre, ont examiné en France le môme sujet,- adoptent soit l'évhémértsme , comme LeelerC , Banier, Larcher, Clavier, Petât-Radel, soit l'allégorie comme Boulanger» Bailly, Dupuie, Sainte-Croix, Bergf^r, Emeric David^ Il va sans dire qu'il y a entre les divers partisans de chacone de ces deux opinions de graves divergences.

En 1702, au moment où la France^ déjà sur le bord de Tablme, allait être en preie à toutes les horreurs de l'anarchie , un membre de la société de Saint-Laxare, nonuné 'ninel,, publia un ouvrage en cinq volumes in-4*, intitulé ParaUile dareligitmi. L'aùtanr, devenu, en i80l>, vicaire général de sa compagnie, mourut en 1806. Nous allons faire oonoattre, en peu de mots, le plan de ce livre, qui résume, assez complètement, tout co que l'on savait, k la fin du xviu* siècle, sur les religions de l'antiquité.

L'ouvrage est divisé en huit parties. La première se compose de deux sections , dont Tona est consacrée au paganisme moderne, et l'autre au paganisme ancien. La première section examine, en onze chapitres, la religion actuelle de la Perse, des deux Indes, du Thibet, de la Chine, du Japon, de la Tartarie, de la Laponie , de l'Amérique , des terres aastrtlesr de l'Afrique. La seconde section, comprenant dix-sept chapitres,- donne des détails sur l'ancienne religion des Finnois, des Sarmates, des Scandinaves , des Celtes , des Scythes, des Arabes, des Arméniens, des Éthiopiens, des Africains, des Romains, deslllyriens, Gètes et Tbraces, des insulaires de la Méditerranée, des peuples de l'Asie Mineure,

DlCTlOaa. du PABALtiLE. 1

Il INTRODUCTION. 43

des Grecs, des Égyptiens, des Syriens et Phéniciens, et enfln des Assyriens et Bebyloniens. La seconde partie est un parallèle des religions païennes les unes avec les autres. La troisième est consacrée au mahométisme. La quatrième est un parallèle du mahométismeavoc le paganisme. La cinquième est consacrée au judaïsme. Dans la sixième , di- Tîsée en deux chapitres, le judaïsme est comparé successivement avec le paganisme et le mahométisme. La septième partie est consacrée au christianisme. Enfin, dans la huitième, divisée en quatre chapitres, le christianisme est successivement comparé avec le judaïsme, le mahométisme, le paganisme et le déisme.

Ce plan, sauf les répétitions qu*il entraîne, est assez bien conçu; et l'exécution en atteste de patientes recherches. Cependant Fauteur n*a guère d'autres guides que Bergier, Batteux, d*Herbelot, Pluche, Saumaise, Price, Doughteins, Bogan, Bompart, Thomassin, Court de Gébelin et Dupuls ; c*est assez dire combien est aujourd'hui arriéré un ouvrage publié avant les travaux modernes des érudiLs allemands. Un autre reproche qu'on peut adresser à l'ouvrage de Brunet, c'est d'être intitulé Parallile des religions^ titre qui, malgré la foi bien connue de l'auteur, semble mettre sur la même ligne la sainte Église, ouvrage de Dieu, et les cultes faux, dans lesquels on ne retrouve, qu'au prix de longues études , une trace de la vérité primitive.

Avant l'ouvrage de Brunet, en 1770, il avait paru un Dieiionnaire des cultes religieux^ en trois volumes, par Delacroix, Dictionnaire qui a été réimprimé en 1821 avec un suppléluent, par M. Chaud. Cet ouvrage est encore plus imparfait que celui de Brunet. VQrigine de ious les culteSf par Dupuis, offrait au moins, au milieu d'erreurs énormes, des aperçus pleins de sagacité» et appelait l'attention sur un fait important de la mythologie , ses rapports avec l'astronomie. Le Dictionnaire que nous venons d'indiquer, ainsi que plusieurs ouvrages postérieurs sur les diverses religions, ne sont que des compilations, dans lesquelles aucune étincelle de génie ne vient compenser i'insufiisance de l'érudition. C'est dans cette catégorie qu'il faut ranger l'ouvrage de Grégoire , et celui qui a pour titre : Cérémonies et coutumes religieuses de tous les peuples du monde^ représentées par des figures dessinées de la main de Bernard Picard et autres.

Cependant l'Allemagne qui, par aa tendance intuitive, paraît mieux disposée pour comprendre les formes religieuses -da vieux monde, l'Allemagne entrait dans la lice. Déjh Gœthe, Lessing, Winckelmann, Herder, avaient pressenti l'importance des études mythologiques. Au commeneement de ce siècle, Majer résuma ce qne l'on savait sur cette matière, dans un Dictionnaire bien préférable à ce que nous avions en France jusqu'à ces derniers temps. Les ouvrages de Wagner, de Kanne, de Frédéric Schlegel, de Gœrre^, de Hug, de Creuzer, professeur à Heidelberg, de Heeren, de Schelling lui-même, vinrent bientôt transformer la mythologie, et la faire passer définitivement da domaine de la littérature légère» dans celui des hautes sciences. La Symbolique |de Creuzer surtout , pHbliée eous le premier empire, contribua puissamment à diriger sur les religions païennes Tatlention des hommes studieux.

Creuzer s'était proposé surtout d'expliquer le sens des symboles et des mythes , qui diffèrent, suivant lui, eu ce que les premiers parlent aux yeux, et les seconds aux oreilles. Grand helléniste, et grand latiniste , le professeur d'Heidelberg exploita largement les auteurs -grecs; mais, dans ce secours, il trouva un écueil, et se laissa égarer parles stoïciens et les néoplatoniciens, ses guides habituels; Comme eux , il crut voir parloat des symboles d'idées philosophiques; il voulut trouver de la raison dans les productions de l'instinct, et tombant dans un excès opposé è celui de.nos traducteurs d'Ovide, il s'attacha à justifier le paganisme comme doctrine, et à faire voir toutes les ressources que pouvaient y trouver les facultés religieuses de l'Ame humaine.

Ce point de vue, assez peu chrétien, comme on le voit, le parut trop encore à plusieurs des chefs de l'Allemagne savante. Wos, G. Hermann, et Lobeck attaquèrent Creuzer avec une grande violence, lui reprochant de préparer par son symbolisme , le triomphe du mysticisme et de la théocratie. Selon eux, aucun sens mjstériettx n'est caché derrière les fables païennes. Ils sont en cela de l'opinion d'E|)icure.

15 INTRODUGTKIN. 44

Uoe assertion de Creuzer sur la mythologie grecque lui attira d*autres attaques. Selon luit une époque tlïéologique a précédé» en Grèce » l'Age épique chanté par Homère, hes colonies orientales» égyptiennes surtout, ont apporté cette religion dogmatique, dont répopée n'est qtt*une décadence. Bultman, Weicber» Scbweuk, Gerhard» Panofka combattirent celte thèse» et prouvèrent» les trois premiers par les textes, les deux autres par les mouaments, Toriginalîté de la mythologie grecque. Ottfried Muller admit Texistence d*un culte pélasgiqae» différent de celui des beaux siècles de la Grèce ; mais il nia aussi le varactère théologique et oriental que Creuzer attribuait h ce culte primitif, il n y a , selon lui» d'antres rapports entre les Pélasges et les Orientaux que ceux qui découlent de leur commune origine. Les dieux des Pélasges» Pan» Hermès » Vulcain » les Cabires , sont des dieux agricoles, industrieux, pasteurs; ceux des Hellènes, des Doriens surtout» sont moins matériels. Apollon est le type du guerrier, comme Artimis^ de la vierge ; et ces dieux nouveaux se font servir par les anciens dieux » relégués à un rang secondaire » comme les Pélasges sont réduits en servitude par les Doriens. Les dieux partagent la fortune de leurs adorateurs. 0. Muller qui a porté tant de sagacité dans Tétude de la mythologie grecque» a cependant été trop exclusif» en niant les rapports d'Apollon et du soleil. Ce Dieu s*est vengé cruellement, dit M. Wercher, faisant allusion à la mort d'Ottfried Muller, mort causée par un coup de soleil reçu à Delphes en 1840. Preller a continué les travaux d*0. Muller» sur les variations de la religion grecque. Le progrès réalisé par le triomphe do Tanthropomorphlsme des Hellènes sur le naturalisme des Pélasges, est contrarié , nous dit«il, an temps de Selon» par une réaction en faveur des anciens cultes , et aussi , au vil* siècle» par l'invasion des mystères sabaziens de Phrygie qui se greffent slir le mythe de Bacchus. Alors seulement, et non à l'origine de la nation, se fait sentir uiie influence orientale, qui accélère la décadence» et qui grandit jusqu*à entraîner plus tard en Grèce le culte d'Isis» de Sérapîs» de Mitbra» et à rendre possibles les tentatives de fusion des néoplatoniciens.

Notons en passant les lignes suivantes» tirées d'un ouvrage iutitulé : Impres$iont de ooyo^e» par le docteur Félix Maynard, (p. 302) ; « Je ne veux pas quitter Thermia sms indiquer aux savants l'occasion d'élucider un point obscur de l'histoire des religions antiques. 11 serait possible» m'ailirm^ un jeune Grec» passager sur notre paquebot» il serait possible^ dis-je» de prouver à l'aide des inscriptions qui peuvent être déchiffrées sur les marbres de Paléo et d'Hebreo-Castro» et sur ceux enlevés par les Russes en 1770 » que les prêtres des Qrclades» ceux principalement voués au culte d'Apollon, ont eu des rapports directs avec des druides des forêts de la Celtique. >»

Las détails qui précèdent donnent une idée des progrès qu*ont accomplis les études mythologiques depuis la publication de la Symbolique de Creuzer. Ces progrès n*ont pas été moins grands relativement aux Egyptiens, aux Hindous et aux autres peuples , qu*ils ne Vont été relativement aux Grecs. Aussi M. Guignault» en publiant en 1825 le premier volume de la traduction de Creuzer (publication achevée en 1852 avec le concours do UM. Maury et Vinet» et comprenant 10 vol. in-8* avec 300 planches}» a-t-il eu soin do compléter Tauteur allemand par des notes nombreuses qui font de Tédition française une oBuvre originale. L'ouvrage» auquel M. Guignault a attaché son nom, forme ainsi un vaste répertoire des mythes de tous les peuples» el un résumé critique d*une foule de livres consacrés k l'étude de ces mythes. II possède une haute valeur scientiGque et doit être nécessairement consulté en première ligne par tous ceux qui s'occupent de ces matières. 11 n'est pourtant pas irréprochable. Indépendamment d'une certaine confusion» qui provient en partie du mode de publication à longs intervalles, on y regrette l'absence de ce que j*appellerai la critique dogmatique. 11 ne suffit pas de comparer entre eux les mythes des divers peuples» et d'en rechercher l'interprétation authentique, c'est-k-dire celle qui explique leur origine. Il faut examiner jusqu'à quel |H>int chaque culte a résolu d'une manière satisiaisante tous les problèmes sur lesquels le christianisme nous a révélé la vérité. Il est k remarquer» en outre, que le travail de M. Guignault sur les Religione de tfmiiquUi, se trouvera bientôt incomplet et qu'il l'est même déjà » par suite des orot^rès

15 INTROINICflOll.

incessants des élodcs mythologiques. Aossi les meUleops esprits pensent el proelanent tout beat que le moment est loin où Ton pourra réunir en un seul ouvrage des boéioos exactes sur tous les anciens cultes. Longtemps encore les savants devroot borner totate leur ambition à éclairer par des dissertations spéciales quelques parties de ee vaste sujet, et i préparer les matériaux d^un édifice dont les fondations sont à peine posées.

L'on des grands mérites de M. Guignault c'est de s*6tre occupé surtout des mff$iiru et du eulte^ qui offrent bien plus d'importance que les mythes, au jugement d^an écrii^aiD b qni personne ne ()eut refuser la compétence en cette matière, M. Ernest Renan. Bans un article de la Revue des Deux-Mondes (15 mai iSSA) où nous avons puisé plusieurs des données qui précèdent, H. Renan, parlant delà mythologie grecque, dit en substance: Pour la bien comprendre, il faudrait avoir vécu de la vie des anciens peuples. L'homme primitif ne séparait pas le mythe de la chose signifiée; il était comme Tenfant. Les Telchines de Rhodes, les Curetés de Crète, les Dactyles de Phrygie , les Carcines et lea Si»* tiens de Lemno6, les Gabires de Samolhrace, les Trolls de Scandinavie, étaient des races extatiques, en rapport immédiat avec les forces de la nature. A celte époque, tout ee qui frappe Tbomme est divinisé; une sensation, une analogie lointaine, une ètymologie même, donnent naissance à un mythe. Minerve et Vénus représentent le côté spirituaKste et le cAté voluptueux de la nature féminine, comme Mercure et Racchus, les deux faces de la nature masculine. Glaucus est la personnification des impressions du marin. Il y a saga doute des allégories, des personnifications d*6tres moraux, comme la fortune» le sommeil^ etc., et des mythes inventés ou développés avec réflexion, comme celui de Psyché; mais c'est Texception. — Phidias et Praxitèle, en humanisant les dieux, ne représentent pas une décadence, mais un progrès sur le naturalisme antérieur ; Thistoire nous apprend qu*un accroissement de piété coïncide avec la production de leurs chefs-d'œuvre. S'il est injuste d^attribner aux Pélasges une religion monothéiste, il ne Test* pas moins de méconnaître les éléments tbéologiques, secondaires il est vrai, mais réels des Hellènes , efr que noua révèlent les orficles, les mystères, l'orphisme, la théogonie d*BMsiode. Quéntaux mystères, il faut y voir, dit M. Renan, une transformation do paganisme par une époque 11 laquelle ne sulBsaient plus les imaginations enfantines des premiers Ages. Ces mystères» sorte» ée drames mystiques, ayant une forme déterminée et un sens peu arrêté , étaient des rites eommémoratlis du passage sur la terre de Gérés et Proserpine, d'Adonis, d^Attis,dé Zagriu«» de Sabazios. Souvent comiques et grotesques, incompris de la foule , ils produisaient pourtant, par leur ensemble, une impression utile. Les symboles obscènes no faisaient pas sur les anciens le même effet que sur nous.

L'article, d'où nous tirons ces aperçus, atteste un talent réel'; mais on n'y trouve pas malheureusement assez de suite dans les idées,- et quand on arrive ir la fin, on éprouve une grande dilDcuUé à coordonner dans son esprit ce qu'on a lu. M. Renan fitit réfléchir; mais il semble qu'il ne mûrit pas lui-même suffisamment ses pensées. Un autre reproche plus grave que nous lui ferons, c'est d'affecter le dédain pour les vérités surnaturelles. RIAmani H. Lobeck de son mépris pour les fables mjthologiqnes et de son antisymbolisme excessif^ il s^écrie : • Il ne sert de rien de chicaner les religions sur les absurdités qu'elles peuvent offrir au point de vue du bon sens : c'est vouloir argumenter Tamour et prouver è la passion qu'elle est bien peu raisonnable. L'homme fait la vérité de ce qu'il croit, comme la beauté de ce qu'il aime. » Et plus loin, il ajoute que le grotesque, étant un des éléments de la vie humaine, doit se réfléchir dans la religion. Ce qui ramène à comparer à VéUmeni ridicule du paganisme les injures que les Napolitains adressent à saint Janvier, comme il a comparé auparavant, quant à Tinfluence moralisatrice , les mystères d'Eleusis k la se^maine sainte. Partout cette tendance, si affligeante pour un lecteur chrétien , à mettre le catholicisme sur la même ligne que les religions fausses» Il va jusqu'à* dire que les Pères ont attaqué le paganisme avec des armes eo/totrtcnnef, et qu'en le condamnant à cause des excès récents qui le souillaient, ils ont fait comme celui qui jugerait le catholicisme d'après certains abus locaux. M. Renan oublie que Voltaire se servait des abus pour attaquer la religion chrétienne en elle-même ; tandis que les Pères n'attaquaient pas, dans les arra-

menis qu'il leur reproche, la mythologie prîmilive el épurée, mais le pagam'sme des derniers Gicles, dont il avoue lui-même la niaiserie. M. Renan oublie, en second lieu, que les eftcis grossiers, dans lescjuels vint s'abîmer le paganisme, découlaient naturellement de son priAcipei, el peuvent ainsi lui être imputés justement; tandis que les abus, dont la société ckrélieiiiie est le théâtre n'ont pas de plus grands ennemis que le code évangéllque et i*Mtorité qoî en est giudienne. Car le pag^misme le plus épuré, qu'esl-il autre chose que ladtvkiiealioadeJaBatBrehufnMnerEtqaine sait à quels excès tend, par son propre poids, notre tiatare, m elle ne trouve en lace d^elle un frein, que le christianisme seul a su lui opposer? Que les cultes païens soient présentés comme l'image de notre nature, nous ne TéclameroBs pas. Mliis la répulwon qu'inspire aux libres penseurs la religion de Jésus- Christ, devrait lenr faire oomprendre que cette religion n'est pas l'te^vre de la raison humaine, el ^e, bien loin d'être faRe à notre image, elle est au contraire le modèle divin h limage duquel notre nature doil se réformer. Telle est la grande vérité qu'oublie M. Benaa, quand il dit, en terminant son article, que le symbole est de l'essence de la religion, et ^ne toujours le genre humain voudra des symboles , quoique , aux yeux des sages, le Hlénee soit plus digne de Dieu. Non, les véritables sages ne diront jamais que Dieu est honoré plus dignement par le silence que par l'hommage d'un cœur chrétien. Que le paganisDie, image de l'homme, n'eût qu'une vérité relative, veus pou'eez le dire. Mais le Ghristianisme ne contient-il rien autre chose que des symboles , dans le sens où vous prenez ce mot T Outre son culte, qui d'ailteurs n'est pas purement symbolique, mais qui se rattache intimement à la doctrine et à la morale, ne comprend-ii pas des dogmes éternelicmenl vrais, des préceptes essentiéllemenl tons, des faits dont la certitude a de quoi conlondre tous les sceptiques? Et si le christianisme est la vérité même , comment la vérité seraii-elle indigne de l'Être inGniî Vous avez beau faire, tous vos rapprochements plus ou moins ingénieux ne parviendront jamais à confondre l'oeuvre de Dieu avec l'csuvre des tommes, et i faire oublier que, sur tous les grands problèmes qui intéressent le genre

numaîo, le christianisme seul a des solutions qui ont résisté aux assauts d'une raison exercée.

Nous pourrions signaïer encore dans te travail de M. Kenan bien des détails inexacts ; mais ce serait fort long, et c'est peu nécessaire. Qu'on en juge par ce seul exemple. Selon loi, les races sémitiques doivent au désert leur penchant au monothéisme, penchant qui se révèle par le judaïsme et le mahométîsme. Est-il besoin de iSiire observer que la loi mosaîque a eu toutes lës peines du monde à vaincre le penchant des Juifc pour l'idolâtrie, et que le rôle qu'a joué Mahomet sur la scène du monde n'a été possible qu'après six siècles ue christianisme 7

M. Renan, dit-on, a reçu une éducation chrétienne. Ainsi, c'est en acquérant sa science des doctrines païennes qu'il a eu le malheur de perdre la foi. Triste témoignage de la fti- Wesse humaine, et de la nécessité de convictions solides pour s'aventurer dans le dédale oes (aux systèmes sans s'y égarer 1 Mais tandis que beaucoup de ceux qui explorent tous les sentiers de la science, ferment les yeux & la lumière de la foi, une foule des hommes qni jouissent en paix de cette divine lumière ne soupçonnent même pas les faorisons immenses qu'ont ouverts, devant les hommes du xïx* siècle, les découvertes des orientamies. Quand cessera complètement ce fatal divorce? Quand les uns s'inquîéterootrils des incalcalables ressources que doit trouver la science religieuse, dans le développement des «otres siences? Quand les autres comprendront-ils que ta science peut, sans se compromeure, s'incliner devant la vraie religion?

Tandis que M. Cuignault commençait à importer en France les produits de Pérudilîon allemande, M. de Lamennais s'efforçait dans le troisième el le quatrième volume de Y Essai ' ^«r rindifférence^ de défendre le système qui fait du consentement unanime le fondement <le la certitude. En traitant ce sujet, il était conduit tout naturellement à s'occuper des reli- ^ giODs païennes. ïl lui fallait montrer que le genre humain ne S'était jamais trompé sur la '^ligion,et que les grandes vérités du christianisme avaient été crues, en tous temps et en tous lieux, plus ou moins explicitement. Les deux volumes dans lesquels M. de Lamen-

13 INTRODUCTION. ÎO

iidis soutient cette thèse, exagération (l*une idée vraie, attestent d^iinmenses lectares; on y retrouve même de temps en temps quelques éclairs de génie, quelques pensées sublimes, qui rappellent le premier volume de VEssai; mais l'ensemble laisse trop à désirer; Terreur et la vérité s*v mêlent h chaque pas. Relativement à notre sujet, M. de Lamennais est trop exclusif, en voulant expliquer uniquement par le culte des esprits (anges, démons» âmes (les morts), l'origine de TidoIAtrie. Il tombe dans une méprise bien autrement grave, quand il essaie de prouver que TidolAtrie était, non pas une erreur, mais seulement un crime; qu'elle était un culte, et non une doctrine; et qu'ainsi les païens, en adorant les créatures, conservaient encore la notion du Créateur. D'abord, les ignorants qui se prosternaient devant les idoles ne voyaient rien au delà; ensuite, pour les savants, les religions païennes étaient des systèmes d'explication universelle, systèmes qui, bien loin d'être basés sur le monothéisme, aboutissaient presque tous à quelqu'une des grandes erreurs où va s'abîmer la philosophie incrédule: le panthéisme, le dualisme ou l'athéisme.

M. de Lamennais est tombé encore dans une autre erreur au sujet de l'idolAtrie. Eti s'attachant à prouver que le christianisme possède seul les caractères d'unité, d'uûiversa*» ittér etc., qui doivent appartenir à la vraie religion, il exagère l'indépendance des cultes idolâtres comparés entre eux, et il va jusqu'à nier qu'il y ait aucun rapport entre les divinités des différents peuples. Une erreur toute contraire a été soutenue par un écrivain, trèsrecommandable du reste, et qui brille au premier rang parmi les philosophes de ce siècle, M. Kiambourg. Dans son ouvrage intitulé : Rationalisme et traditioPf au milieu de conseils forts sages sur la manière d'étudier la mythologie, il avance, h la suite do Qrucker, que TEgypte est le berceau do la religion de l'Inde. Ce n'est pas la seule méprise qu'on puisse lui reprocher. 11 attribue à Bouddha la composition des Védas^ et l'établissement du cuUo brahmanique, se fondant sur le peu de différence qu'il y a entre la doctrine dos bouddhistes et celle des brahmanes. EnQn, il tombe dans l'excès opposé à celui de Creuzer, en ne voyant qu'un chaos informe dans \a Symbolique de ce dernier, qu'il ne nomme pas pourtant, et en rejetant comme arbitraires toutes les explications que la science allemande a fournies sur les mythes et sur les symboles du paganisme.

Il y aurait, dans !a revue qui nous occupe en ce moment, une grave lacune, si nous ne disions rien de l'ouvrage de Benjamin Constant sur la Religion, Cet ouvrage, où l'on trouve des vérités partielles élégamment exprimées, repose tout entier sur une erreur énorme l'hypothèse do l'état sauvage primitif. Tous les véritables savants reconnaissent aujourd'hui» contre les philosophes panthéistes, qu'il faut voir dans l'état sauvage, non un germe, mais un débris de civilisation. Benjamin Constant n'avait du reste aucune des connaissances préliminaires sans lesquelles il est plus que téméraire d'entreprendre un ouvrage comme le sien. Les contradictions foisonnent dans son livre, parce qu'il s'inspire, non des faits, mais -d'idées préconçues, qu'il adopte aveuglément, sans examiner si elles ne sont pas incompatibles entre ^Iles, Ainsi aprè^ avoir pris sous sa responsabilité cet axiome cher aux ra* tionalistes, que chaque religion est bonne pour le temps oî^ elle paraît, il veut expliquer toutes les mythologies par la lutte do deux religigns, l'une oaturelle et primitive que perfectionnent les poêles, l'autre sacerdotale et théocratique qui supplante la première par des moyens illégitimes. Cette dernière théorie sépare deux choses qui ont toujours été unies. Au<si l'application que Benjamin Constant en fait à la Grèce no soutient pas l'examen. Ottfried MuUor a prouvé, contre Vos$,que la religion des Pélasges était sacerdotale, quoiqu'elle ne fût pas monothéiste comme le veut Creuzer. I^s mystères sur lesquels Benjamin Constant veut appuyer sa théorie, ne sont autre chose que cette ancienne religion, réduite è se cacher après la conquête, jusqu'à ce que les Hellènes en s'y faisant initier, vinssent reconnaître la supériorité religieuse des vaincus.

M. Edgard Quinet, dans son Génie des religions n'a guère fait que reprendre poétique- v ment la thèse du progrès continu, qui fait commencer l'humanité par le fétichisme, pour la l conduire insensiblement au monothéisme le plus épuré. C'est la thèse de«Benjamin Constant, dégagée doses nombreux accessoires.

M. Th. Befuard^qui a traduit do l'allemand le Dictionnaire mythologique de Jacobin

INTWODUCTION. 22

a publié une étude sur les variations du polythéisme grec, étude qui n*est que le prologue d'un ouvrage plus considérable sur la même question. Il est à regretter que Tauteur, (|Ui |)aralt bien posséder son sujet, quoiqu*il n'ait pas le don de rendre sa pensée facilement accessible, n*ait pas su se dégager du point de vue pantbéistique, auquel paraissent condamnés tous les écrivains qui s'occupent des religions, sans prendre la foi catholique poui^ point de départ.

H. Prosper Leblanc, dans son livre intitulé : Des religions et de leur interpriiation chrétienne^ ne mérite pas ce dernier reproche; mais il laisse à désirer au point de vue de la clarté et de la méthode. Son travail se distingue moins par la sAreté de l'érudition que par l'originalité des aperçus. On ne peut lui refuser une grande force de conception dans la comparaison qu*ii établit entre le christianisme et le polythéisme. Tous les esprits sérieux le liront avec an véritable plaisir, surtout dans son troisième volume, qui a para assez longtemps après les deux autres.

H. Félix Nève, professeur à l'Université de Louvain, est connu par son Essai sur le mythe des RibhavaSf et par plusieurs articles de Revues^ auxquels nous avons emprunté une partie des renseignements qui précèdent. Il a combattu avec succès l'hypothèse éclectique qui fait commencer l'idolÂtrie par le fétichisme, et il peut k bon droit être rangé |iarmi les mythologues chrétiens du premier ordre.

M. Lefebve, également professeur k l'Université de Louvain, a bien mérité aussi de la science et de la religion par son Essai sur Foriginsp ta nature ei la chute de tido^ latrie. D'accord, quant au fond, avec son collègue, il a su jeter an grand jour sur plusieurs questions importantes.

II. Goagenot des Mousseaux a publié sur le culte des pierres un ouvrage intitulé: Dieu et les Dieux — Monographie des pierres^dieux et de leurs transformations. — Le , il montre» avec une grande érudition, que les bétyles du paganisme sont une corruption de ces pierres appelés Beth-el ou maison de Dieu, dont les patriarches faisaient un signe de la présence divine. Il passe successivement en revue, et compare entre eui, tous les monunients de ce genre qu'on trouve en Asie, en Egypte, en Grèce, en Amérique, et dans les contrées occupées autrefois par les Druides.

Un des livres les plus importants qui aient paru depuis peu sur l'idolâtrie, c'est celui de M. François Chesnel, prêtre du diocèse de Quimper. Il est intitulé, Du pa* gonismef de son principe et de son histoire^ et il roule sur des considérations générales. L'auteur commence par montrer que les découvertes modernes confirment l'ordre dans lequel le Livre de la Sagesse place les diverses phases de l'idolfltrie : d'abord, ado* ration des forces de la nature, surtout de celles qui se rattachent aux phénomènes lumineux ; ensuite, culte des morts et des animaux ; puis, adoration des idoles proprement dites. Après un chapitre consacré au dogme de la création , vient une réfutation intéressante des théories rationalistes sur la naissance spontanée des religions, et leur progrès indéfini. Nous n'entreprendrons pas d'analyser le reste de l'ouvrage ; Il contient tant de choses, qu'une analyse exacte nous mènerait fort loin ; mais nous n'hésitons pas à en recommander la lecture à tous ceux qui aiment les profonds aperçue chaleureusement exprimés ; nous leur prédisons qu'ils y trouveront à la fois instruction et agrément.

Urne. Laure Bernard est l'auteur d'un nvre intitulé, Les mythologies de tous les peuples, racontées à la jeunesse. La pensée qui a dicté ce livre esC fort louable ; car nous manquons de livres classiques où la mythologie soit h la hauteur de la science moderne. Mme Laure Bernard cherche à éclaircir la mythologie par des explications philosophiques ; mais on regrette dans son livre l'absence du point de vue chrétien, qui donne tant de valeur à l'ouvrage de M. Chesnel. Impossible d'expliquer l'origine de Tidolttrie, à moins de parler des' notions que nous fournit la Genise sur l'élat pn miiif Je l'homme. Les passer sous silence, c'est, dans un traité de mythologie, une grave lacune.

M. rabbé Bertrand, jnembrc de la société asiatique de Paris, a publié en fc volumes'

SS INTAOlWGTIQilC. M

in-^% UD IHcUonnaire des diverses religions^ qui fait partie de la première série de Y Encyclopédie théologique. Noas nous bornons à mentionner Texiatence de ce livret dont il ne nous appartient pas de faire Téloge.

Nous arrivons enfin è un homme qui a porté dans l'étude des religions palenoes deux qualit^és rarement unies dans le même individu, l'érudition la plu^ vaste, et la critique la plus habile ; nous voulons parler de H. le baron d'Eckstein, qui est à nos yeus, âe tous les .savants do TEarope, le plus capable de rés^mer tout ce qu'on sait aujour* d'hyii sur la mythologie. M* le baron d'Ëckslein, originaire d'un foyê protestant, eoi'^ brassa le catholicisme en 1809, et vint se fixer en France aous la Reslaufation. Après avoir Qccupé plusieurs postes politiques importants, il fonda le Coâhotique^ recueil mensuel, qui embrassait Vunivérsité des eonmisMûii^s humaines aana ts point de tme de funiié de doctrine» Ijbl collection de ce reeuailf qui cessa de paraître en 18S0, forme k2 livraisons, que M. le baron d'Ecksleio i composées à peu près seul. Oeptiis il a gardé le silence pendant 25 ai^s^ sans jamais cesser de se livrer )i ses études favorites. Quelques articles récemment publiés dans l'il^ikefiinMii, fe Çorr^pos^iant^ le jouT" fia/ Asiatique^ la Revue archéologique^ nous font espérer qu'il va décidément reprendre )a parole et communiquer au putdic les trésors qu'il a amassés pendant sa retraite. Malheureusement M. le baron d'I^ckstein n'a pas suffisamment la conscience de ses iorces, et le désir de mieiux faire lu! fait reculer sans cesse le moment <de publier le fruit de ses rechjdrobes. ^ous qui, par des ciitfsonstances parfioulières , avons été à mAme de constailer tous les services qu'il pent rendre ft la religion et i la ecience^ nous osons lui rappeler qu'il y a pour lui obligation de conscience à aider de ses conseils et de «es lumièaes tant de jeunes gens que dévore famour de i*étude, mais qui ont iiesoin d'rae direction. M. le baron d'Bekstein, qui connaît ai parfaitement tous les p6tés ftiibles des méthodes d'enseignement sqiyies en France, et qui sait ai bien ce qu'il y aurait à faire pour donner m nhrieUanisme des défenseurs de plus en \^ns ûl" goes de son éternelle vérité, de f>ltts en plus utiles |i tant d'esprits que le sophisme abuse, ne se déçidera^-il pas k recommencer aujourd*hoi ce qu'il a fiiit avec tant d'éclat sous la Restauration? Alors, il fut le seul, parmi les esprits distingués que la France possédait en foule, à savoir se diégager des partis el des systèmes. Toutes les autres publications de la même époque ont vieilli; elles devaient leur vogue à des luUes gui ont c^sé^ è des passions qui aont refroidies. Ls eoHectioa du Catholique <e relit encore avep plaisir; et l'on y trouva, presque à chaque page, des réflexions, des conseils, qu'on croirait avoir été écrits il y a deux jours. Au milieu de l'acbamemeot des attaques qui se croisaient eu 1838, au milieu da raaimosHé des plaidoirsea^ la voix du baron d'Eckstein é^ait tcelie d'un juge impartial, lequel, étranger aux intérêts éphémères qui s'agitent autopr de lui, a leis yeux toiuours fixés sur Ja vérité qui ne passe point. Aujourd'hui, sans doutCi la srituation n'est plu^ la mé^iie, et il p'aurait plua è intervenir dpna des dissensions, defs déchirements cofume ceux qe*il trouva devant lui à l'époque de sa première apparitipu dans le monde littéraire } wais il y a» aujourd'hui encore, des tAtonnqments à diriger, des horizons h ouvrir^ des erreurs è combsUre, des problèmes è résoudre, et des laux pas k prévenir. U l'hooMoe émanent doQl nous parlons, aurait encore, ft la fin d'une carrière déjà bien remplie, une noble lAche pour ses facultés^ un vaste champ pour son ardeur.

Pour compléter le tableau des écrivains qui opt coutribqé aux progrès des éludes mythologiques, il resterait l^ mentionner ceux qui opt parlé inoidemment du polythéisme, dans des ouvrages philosophiques ou historiques^ consacrés h un objet plus général ; mais ils sont tellement pombreux qu'il faut renoncer môme à Tidée de les énumérer; car il est è peine un livre sérieux qui ne touche par quelque eodroit la grande question de l'idolAtrie. U resterait en second lieu k parler des écrivains qui se sont appliqués k rétude d'une mythologie particulière, ou plutôt d'une seule nation, envisagée sous toutes ses faces. Nous passerons en revue les principaux de ces savants, en parlant des sources spéciales à consulter sur la religion de chacun des anciens peuples. Mais, aupara*

» iEfTAODUGTlOM. S0

yant^ il est bon d*ezposer» sur I9 polythéisme , quelques ooiisidérAtions généraleâ.

Lt comparaison du christianisme a^ec les religions païennes a divisé en deux [camps les adTersaires» comme les partisans de la réTélaiion. LUncrédulUé a commencé par dire à l'Bglise catholique : Vos dogmes sont absurdes; ils ne ressemblent h aucune des idées .qui ont jamais eu cour^ parmi les hommes. *- Vous vous trompez, ont répondu las ajpologifites ; dans toutes Les doctrines humaines» on trouve réimpression plus ou noîM claire, mais toujours réeJle, de ebacun de ces dogmies qui vous offusquent tant; 49ac nos mjstères peuvent invoquer ten leur liveur Tautorité da ^sonsentement uni- TOissel. Alors l'ineréduiiié a changé de système. C'est vrai, a-t^Ue dit, on retrouve chi^z ions les peuples quelque cb^se dViealogue k ehaciia des dogmes chrétiens ; mais c'est là une preuve .que tous ces lio^mes $ofU le produit de te raison ; leur harmonie avec noir» neftore, harmonie qui se mimifioste sous tant de climats si divers, k .tant d*é« poques si éloignées les unes des autres, nous est un sûr garant qu*il n*y a j^s eu besoia de vévélatioo divine pour les connattre. A ceUe nouvelle aUaque, les défeoseurs de la vérité ont k leur tour changé de tactique; ils ont tAohé d*amoiodrir les analo<gles admises par leurs devanciers entre la vraie religion ei les religions (susses ; ils i>ot iosisté sur les différences capiiales aupràs des quelles pâlissent les plus spécieuses àe ces analogies. C*est toujours par ce mouvement de va-et* vient que la raison arrive dans le milieu où est la vérité. Incrédules et apologistes ont insisié tour à tour sur Im difftfretnees et sur les rapporU entre le christianisme et les cultes païens. Impossible d'être complètement dans le vrai, que par la réunion de ces deux points de vue. Et il est à remarquer qu'en admettant h Ja fois, entre nos dogmes et les mjlbologies, des rapports réels, et des différences radicales, on ^ape du même coup et par la base, les deux objections opposées dont nous venons de parler. En montrant d'abord qne tous les peuples ont conservé, dans leurs croyancest des vestiges de la Trinité, de nncuroation, de rEucharistie, on prouve par là même que ces mystères étaient pressentis par le genre humain avant la prédication de T^vangilej qu'ils éiaieni pressentie, les uns par suite d'un vague souvenir de la science primitive, les autres par suite de leurs affinités secrètes avec la nature hunuiine. Mais s'il est important de ne pas négliger les malogia^ il est plus important encore, dans l'état actuel de la polémique religieuse, d'insister sur Jes différences : de montrer les abîmes sans fond qui séparent la doctrine oatbolique des doctrines païennes; d'en conclure, que, ni la morale évangéliqne, ni les mystères chrétiens n'ont pu naturellement sortir d'aucune des religions hexoeines.

Les adversaires du christianisme ont tlkM d'exploiter surtout les analogies qu'ils ont cm découvrir entre lliglise catholique et le ^ulte bouddhiste. Rien de plus fiicile que de montrer combien sont grandes leurs illusions à cet égard. Qu'on écoute un instant l'illustre Frédéric Sohlegel, s'exprimant ainsi dans sa Philoiophie de fkieloirtf leçon 3* : « On a i>rétendu voir dans cette reUgioo (le bouddhisme) une certaine ressemblance avec le christianisme, soit à cause de ses institutions et de ses pratiques extérieures, soit à cause du dogme de rincarnation qui sert, à la vérité, de base à la mythologie indienne, mais qui s'y rencontre bien grossièrement appliqué. Les écrivains de Topposition ou du côté gauche de Tesprit du siècle, tels que Voltaire et consorts, n'ont pas manqué de diriger à cette occasion des allusions piquantes contre les doctrines du cbristianiseae, et d'appliquer i ses prêtres le nom de bonzes. Cependant la ressemblance qu'on Teut bien trouver entre ces deux religions n'est pas réelle ; elle est comme celle de i'jK>mnie, k la figure contrefaite du singe, laquelle de sou c6té donna lieu à plusieurs erreurs commises dans l'histoire naturelle, quoique le singe n'ait pas du tout d'affinité ni de sympathie organique avec Tbomme, et qu'il n'en approche que comme une parudie malicieuse qu'aurait imaginée un méchant esprit pour tourner en ridicule le chef-d'œuvre de la création, cette imago de Dieu sur la terre, et que l'homme dégénéré n'a que troj) cooQrmée' par ses faiblesses et ses défauts. On peut^ au contraire

poser en principe que plus 'une religion essentiellement fausse a de rapport arec la Traiêi alors que sa tendance intérieure et spirituelle et sa dirf)ction morale en diffèrent totalement, plus cette fausse doctrine est réprébensible, plus elle est contraire à la vérité. Un exemple qui est bien à notre portée, expliquera et conflrmera ce que nous aTaoçons.

« Supposons que Mahomet, au lieu ûe se donner pour un prophète , se fAI annoncé comme Fils de Dieu, comme le Verbe éternel, THommo-Dieu, enfin comme le seul ▼rai Christ ; sa doctrine paraîtrait alors et serait effectiverpent encore plus abjecte H )»lus repoussante qu'elle ne lest aujourd'hui aux yeux des hommes imbus de la cirilisation européenne, et pénétrés même à leur insu de sentiments chrétiens. Cest le cas de la religion de Bouddha; et tel est en effet le caractère particulier de oe colle, qui n*adore pas FEternel seul comme une dirinité incarnée, mais qui étend cet bOB* mage jusque sur les grands prêtres ses descendants, éternisant ainsi une idolâtrie per^ sonnelle I •

Puis, après quelques paroles sur la morale, paroles qu*on retrouvera à notre article Mariage^ le seyant écrivain continue ainsi : « La confusion et la complication qni régnent dans leurs récits mythologiques (ceux des bouddhistes), la prolixité et Totiscurite fatigante de leur métaphysique, consignée dans cette foule de livres dont parle Rému* s^t, signalent suflbamment.la direction essentiellement perverse des idées et delà |>bilosophie des bouddhistes, lesquelles par une voie dialectique et idéaliste conduisent vers un chaos d'abstractions vides de sens, et n'aboutissent en résultat qu*au néant ; c'e^t IKiurquoi les critiques judicieux les ont toujours déclarés décidément athées. Quand même on admettrait que les Nestoriens ou d'autres sectes dégénérées du christiauisoM ont inOtté sur le développement de la doctrine de Bouddha, il ne s*en suivrait nollement que la perversité essentielle, la tendance vicieuse, et la fausseté intérieure de ce culte aient été corrigées ou amendées par cette influence; bien loin de li, elles restèrent toujours les mêmes ; ou plutôt il est problable que le mal et l'absurdité oe firent que s'accroître avec le temps.

« Les monastères des bouddhistes, l'espèce de rosaire dont-ils se servent, n'établissent donc pas un rapport de ressemblance entre le christianisme et la religion de Pô (nom chinois de Bouddha). Mais, au contraire, de même que TidolAtrie chinoise envers l'état et la personne du souverain ne ressemble aucunement au vrai principe de la politiqoe chrétienne et de la légitimité, de même cette fausse religion s'écarte plus que toute autre du christianisme, auquel elle est même tout è fait opposée, et bien loin qu'on puisse la regarder comme ayant avec lui d'intimes rapports, elle doit être au contraire considérée comme positivement anticbrétienne. »

11. Lefebve, professeur è l'Université catholique de Louvain, répondant dans la Revue catholique (novembre 1855} ft un professeur de l'Université de Gand, d'après lequel le bouddhisme peut rivaliser avec le christianisme pour raction bienfaisante quil a exercée^ s*ex- |Mrime ainsi : « A ces assertions opposons les témoignages des hommes les plus compé» tents. Rémusat affirme que le bouddhisme est un système athée (Mélangea poethumeif p. 9k). Bnrnouf, dont l'autorité est si grande en ces matières, confirme ce jugement {Introduction à rhiitoire du bouddhisme indien^ p. 520, 521), et, de plu9, il montre que le suprême bonheur, la fin vers laquelle le bouddhiste doit tendre, c'est l'absorption de la vie individuelle dans le néant, la destruction finale de l'esprit précipité dans le vide. M. Barthélémy Saint Hilaire croit aussi qu'au fond la doctrine bouddhiste c'est l'athéisme et le nihilisme [Le bouddhieme.^Joumat des savante fiiikeildSi.) Les missionnaires, qui ont iSiit une étude approfondie du bouddhisme, abondent dans le même sens. (L'abbé Bioahdbt, Prinei* paux pointe du sj/ethne bouddhiste. ^Rev. cath.f iVkk.) La morale devait se ressentir d'ane telle doctrine : aussi Bnrnouf, eu pariant de la morale bouddhiste, s'exprime en ces termes : € La plume se refuse è transcrire des doctrines aussi misérables. » Il nous semble que ces témoignages nous permettent de conclure, avec M. Nève, que « le bouddhisme est la lilas monstrueuse erreur qui ait signalé les temps antérieurs è Jésus-Christ, » {De tanif-

rioriié du brahmantime sur le bouddhiimet Rev. eath.f 18Ui; et JBe téiai pré$eni de$ éiudeê sur le bouddhisme^ Gand, 18%6.) Geax qui se bornent à soatenir qoe le bouddhisme est un progrès sur le brahmanisme sont réfutés, en ces termes, par Guillaume Schlegel, frère du savant que nous avons déjàcité : « Jusqu'ici je n*ai pu réussir à me faire une idée claire de la doctrine de Bouddha, soit en elle-même, soitdansson rapport ou dans son opposition avec le brahmanisme. Nous savons que dans les temples bouddhistes on trouve ex|M>sé aux yeux tout le panthéon des idoles de Tlnde, que non-seulement la théogonie, mais encore la mythologie héroïque, si intimement liée au dogme et à la loi brahmaniques, ont été trans* plantées bien loin dans les contrées où règne le bouddhaisme. Celui-ci les a sans doute héritées ou empruntées des prêtres de l*ancienne croyance; mais où donc est la nouveauté, où est le caractère propre qui le distingue? Est-ce le monothéisme qui réside au fond de toute cette idolâtrie ? Mais assurément les brahmanes le professent comme les bouddhistes, et d^auiant plut pur qu*on remanie pluê haui dane rhistoire. Des savants de nos jours ont cru que le panthéisme constituait la doctrine secrète des sectateurs de Bouddha; que c'était là leur vrai monothéisme; ils leur ont attribué en propre cette morale mystique qui enseigne à rhomme le moyen de s'unir h Dieu par la contemplation et par l'extinction de la chair (dn moi); mais les écrits des brahmanes sont remplis des mêmes idées. La différence est-elle dans la défense de verser toute espèce do sang pour les sacrifices ou pour la nourriture? Mais cette vertu est exaltée déjb chez les saints fabuleux des brahmanes. »

Aussi H. Creuzer se demande pourquoi les brahmanes qui comptent encore Bouddha parmi les incarnations de Vichnou ont détruit ses temples et expulsé ses adorateurs, de sorte que, tandis le bouddhisme enveloppe l'Hindostan, an sud, au nord et k l'orient» THindostan le repousse comme hétérodoxe. Et il répond (t. 1*', p. 305) : « Le trait qui distinguo le bouddhisme du brahmanisme, ce n*est pas le dogme, c'est la hiérarchie. Les brab«anes formaient uncT grande corporation disséminée dans l'Inde entière, et jouissant de privilèges considérables; mais ils n'avaient pas, à proprement parler, de hiérarchie; ils n'avaient pas décentre commun, de chef unique. Ils composaient une aristocratie sacerdotale... Mais nulle part ils n'aspiraient à former un Etat dans l'Etat... Telle fut, au contraire, et telle fut de bonne heure, à ce qu'il paraît, la prétention des prêtres bouddhistes... N'est-il pas naturel de penser que dans cette différence fondamentale glt la cause des persécutions et des guerres religieuses, par suite desquelles les bouddhistes furent totalement expulsés de rinde, leur culte proscrit, leurs temples renversés ou abandonnés, enfin, le nom de Bouddha lui-même, de ce Bouddha identique à Crichna si révéré... couvert d'un voile épais cbes les Hindous, et le jour auquel ce dieu préside à titre de planète, maudit à jamais comme un jour malheureux. » Ajoutons que les progrès du bouddhisme furent lents, que les innovations des samanéens (nom des prophètes bouddhistes) se firent peu jk peu, et qu'ils ne fur rent persécutés qu'au moment où ils attaquèrent la séparation des castes. Cotte persécution, qui dura du m' au vu' siècle dQ noire ère, servit h propager le l)ouddhisme à Ceyian, dans rindo-Chine, en Chine, au Thibet, et dans toute l'Asie centrale. La secte des Djainas, presque identique à celle des bouddhistes, la remplaça dans l'Hindostan. Il ne faut [tas confondre le bouddhisme, né certainement dans l'Inde au sein du brahmanisme, avec le culte d'un autre Bouddha que Ritter croit avoir été le dieu primitif de l'Inde, et qui lui a paru présenter quelques analogies avec le dieu Odio ou Wodan des peuples septentrionaux.

H. Lefebve,dans l'article déjà cité, résume ainsi ce que Ton sait aujourd'hui sur l'origine de ridolfltrie : « On comprend facilementque les incrédules et les partisansdu progrès indéfini aient cherché des preuves è l'appui de leurs théories dans les monuments de la littérature saoscrite. Cette littérature n'est pas encore assez connue pour ne pas donner place au vaste champ des conjectures et des hypothèses... Quelques écrivains ont soutenu que les plus anciens monuments de Tlnde nous conduisent è une époque où le culte du vrai Dieu était la base de la religien indooe. Cette conclusion n'a pas été confirmée par les savants, et si nous acoefflons leur autorité, on doit dire que le paganisme régnait dans l'Inde k l'époque où les Védas furent composés. Celte conclusion est conforme à notre foi ; car,} à cette éud*

qae, aa témoignage de là Bible, Tidolttrie s'éUU répandue dans le monde. Nous n avons donc aueum raison de oooiester les données de la science.

« Un orietnUdistes s^aciDondenl à dire que io première forme de Tidoifttne liiodoue fat le natoraiisme on une espèce de sabéisme, c^esuk^dire la natore déifiée dans ses éléments el ses lois, fitsartont dans ses phénomènes lumineux. Celle opiaioii n'a rencontré que peu de eontradieieufs; M. leteitm d*Eeks(ein, qui iû combat, recoonaliqn'olle est partagée par les indianisias los plus distingués : Manry, Langlois, N6ta, Pavie, Rotb, Huiler, Kuhn, Weber.

« Il est dqjne de remarque que, selon la Bible, le naturalisme ou le sabéisniè est aussi la fvemière forme de ridoIMrâe.<Ji»&xx:xi ;ileu/. i?;&ip. xiti.) Bi, ifailleure, le monothéisme fut la religion primitiTe du genre bumain, il est iSicile de -comprendre que le naiuralisme dut ACre la première forme du polythéisme. En effet, dans cette hypothèse, voici l'explication la plus naturelle de l'idolâtrie.

<« L'esprit humain qui, à l'origine, avait été éclairé des Iptendeurs de la vérité, s'obscurcît peu k peu par l'effet des passions et par ie défaut de ôultnre, suite nécessaire de la confusion qui dut régner lors de la dispersion des peuples^ L'hooune déchu et livré aux sens se percevaU plus la notion de Dieu parla pensée pure : a devait s'appuyer sur Timagina- 4ion, et la vérité, pour ne pas éblouir les regards de l'homme, devait se couvrir d'un vètetnent 6 de là 4a nécessité de recouril* aux symboles pour r^ésenter la Divinité sous des iraits accessibles è la IDiiblesse bamaine«

« Or, les phénomènes lumineux, les corps eéleslesqof brillent au firmament manifestent la puissance divine dans toute sa majesté, et ils annomcent à toute intelligence la gloire du Très-Haut. En fsHait-il davantage pour y voir des symboles de la Dîvinttét Bientôt les ténèbres s'épaississant de plus^en p1us>le symbole fultionfondu avec la chose symtwiisée et la nature fut déifiée. Les créatures environnées de tant d'éclat auraient dû élever la pensée •de l'homme ¥ers l'auteur des merveilles de' ce monde ; mais, peu à peu, l'esprit humain s*«Téta A IVnivrege sans remonter Jusqu'à l'ouvrier; {k la magnificence des dons, il ne «ut pas recOnnattre la main qui les répand ; il prostitua to «ulie divin aux éléments ^ aux parties do l'univers.

« Oe cette manjère, le sabéisme fiit substitué au monothéisme, ^pendant les traœe de la religion primilîve ne s'effacèrent pas entièrement; ou conserva une notion plus ou moine dlaire du rrA Meu, falussement appliquée, et cette ootiân se retrouve dans les attributs «Otts Jesqueis les dieui du paganisme sont dépeints. C'est ainsi que, daps les plus anciens monaments de llnde, les louanges des dieux eont parfois célébrées en des kermès qu'un Chrétien ne dédaignerait pas en parlant du vrai Dieu. Voici un extrait du Mig-VMa :

« RéêHùni éMM» eùnfhn de cei eipoo^ iihMf fort iê $a propre foree^ maUre d'une in- ^lUgenee iMineible^ 6 Indru^ iu a$ fait pwr notre bien la terre^ image de ta pmesanee : iu environnée et tu poeeêdèe Vatmoephirt^ Fair^ le ciel... tu e$ le eoutien du ml immtnee^ pMn d>une fàree reeplendieeante ; tu remplie Pair de ta grandeur ; eertee pereonne nysi eembleàh à loi, toi que le del et ta tetre ne peuvent ùontenir , toi dont lee torrènti de Tair {lee maeeee de nuages) n^atteignent point ta limite; pereonne ne poseide ta force.^.. f eut /u as fait complètement tout ce qui exiete autre que toi.

« Ces paroles prouvent que le naturalisme indien n'était pas un matérialisme groseier; il airait conservé des vestiges de la notion du vrai Die u« Il avait donc été précédé d'une religion plus parfaite. Ainsi la religion consignée dans les plus anciens monuments sanscrits nous apparaît comme ayant sa source dans l'altération du monothéisme primitif! a

n Les hommes iostruitSi s dit IL Félix Nève {Revue cath.f mars 1854), « sont aujourd'hui d'accord sur ce point, qu'il faut chercher dans les conceptions mythologiques dés anciens peuples autre chose que des créations de pure fantaisie, que des produits de rimaginalioil* Quand même il est juste d'en stigmatiser l'immoralité, on ne peut eet»ndant les traiter tout simplement d'absurdes, puisque, jusque dans eeUe région des iàusses croyances , l'esprit humain ne fait aucun travail sans raison et sans but. U y a lieu d*y étudier sérieusement toutes les transformations du seutimcnt re-

s IRTRODCCHOIIL Jl

ligleoi» ses aberrations malliptos chez les* divers peapres, et eela h f û«le» les 4|MKiMi de levrs bisloires.

c On est déjà panrena à découirnr certaines iofispq^bologiiques qui ont amené lès inéoieti erreurs dogmetiqHes et niopales chez plusieurs nations séparée» Ihing' de t^ntre par une grande distance de .temps et de lieux. On a distingué dM» tes annales du paganisme des phases capitales qu*il a parcourues à peu près dans chaque contrée s la premiàre» qui a précédé partput la véritable idolâtrie, est. celle du naturoUenie. oi^ du sabéisme qni a divinisé les principes et les forces, du monde ^ysjqiie. Puis teis uw seconde période, l'adoration du divin dans les créatures, les pierres» les. plenies on les animanx, et d'autre part la déification de Thomme et.de ses passions, ont. produit, les formes dn pagsnismei qu'on appellerait l'ane fitkhi$me^VàaitQapoikéo$e4>namthropokU$ik, Ajoutons qu'une autre loi s!est manifestée aa profit surtout de cette dernière foroe da poljrtbéisme : c'est l'aU^ef te on la persûnniflcatioa d'êtres moram.

« A la fiiveur des investigatkNaS' phis 'profondes des écoles. modemeSi on est à mdma de reconnaître et de défendre fuelquesv vérités de fait qui sont d'un grand poids^ dans Jlustotre des idées religieuses. Ce serait une erreur que de s'expliquer tout, le paganisme exclusivement ou par le natujiatismey on par rallégoriai , on bien encoce par J*^AM^trtsjNs ^i supposait, tons las dioux issus de rapothéose. On aperçait plne clair remeut aujourd'hui que ces trois éléments ont concouru k la formation des . raUgions nationales ^rbomme déchu a divinisé ses passions, et il a invoqué les puissaneea^niystéricases dent il avait peur ; dans presque tous les ciiUes la cruauté s'est alliée à la volupté, et la terreur a toujours dominé, parmi leurs adhérents, la confiance et la \iété envers les dieux. Une autre vérité a de, même été mise en lumière : c'est la déchéance toujours pins profonde des nations, païennes. Parteut d'aveng^es> superstitions s'emparent du vulgaire^ atoiis que la foi aux dieux nationaux succombe, avec la liberté et la grandeur de chaque Etat. Tandis que les phik)soj^e3 sa fojtt par réelectisme une religion raiionnella idéalisée, les cultes publics, sont en pleine décadenca;. la crédulité est poofséeà Texçès, la. volupté aux derniers, raffinements* la perturbation morale* à ses extfèmes limites.

« Cesl en vata qu'on apposerait è ceUe décaaence l'attitude n^orale dM PortiqnA«(Fatf. la dissertalêon deJU. Félix RoMonilta finfluencûdm sleicim^ A iVppgfia dea F4avUmtti du AmiommJi le panthéisme stoïcien accueille toutes, les. doctrtnas, maia: les explique rationnellement ; il tue le sentiment religieux. Divinisant les penchants, il subordonne la vertu au bien-être; il confond le mal avec le trouble, le crime avec l'erreur, et il détruit par le fatalisme l'indignation que provoquent les excès ; il n'a point souci de l'immortalité de l'âme. (Sans partager Topiniof^ de KF. Anédée' Fhiury sw-le christianisme de Sénèqae, nous pensons que ce philosophe a dû à' fa^ première disenssion des idées chrétiennes lee notions étrangères et' supéri(9ures h eelfes de son- école que l'on a relevées depu4s longtemps dans* ses éerils, )•

c Aa miKea des éludes qui ont été faites sur la paganisme dans^ ses^ premieni» âges et dans sà décadencoi on découvre toujours' le* sentiment' de* preasanle néeessitéaaaa Tempife duquel l'homma a recannn l'ordre, surnatorelb Après ^ Êf^r- perdti la noMon vraie de Dieu aTec celle de créatibn, il a poursuivi Te^^ divin hors de Dieu*; Haeher^ ché les attributs divins dhns les phénomènes cosmiques» a plaeé^dàns une Ibule d^èlres animés on matériels une participation quelconque h la pmssanee dirine-, et enCn s'est divinisé. Lai-mènia à lu fiiia dans; sa^ pins: héroïques: vertua^ eti dus* ses penchants les plusbas«

c Ba- même tempa^ l'histoire du pagaaisme faiti apereevioir da. grandi mystères dans la via da^ Hmmoie; moral ; cari elle nous montre à quelques épaqnaa de tels eiao^ries de pecversité et. d'aveoglement» de crédulité et de lanatiaffle«, qu'on: est porté à oroire k l'intecventioifc d'onei puissance mauvaise,. ennemie de.Dâeu: oomoia da. l'honme». el>.q« a égaré, œluiroi ; en d'autnes- termes, l'action sunbumaine. de Sataft sa manifestai dans reatralnement irrésistible d^ notions anciennes: vers 103' e^tteavagencee etJea énormités

lie leurs tulles dépravés. D'autre part on ne peut fermer les yeux à Topiniltre résjstance que le cbristianismo a rencontrée, il y a 2000 ans^ chez les nations les plus civilisées f malgré les efforts qu^avaient tentés quelques écoles philosophiques pour épurer It^ croyances et la morale de ces nations. Etudiée dans les fiiits avec sincérité» This* toire doit nous faire considérer comme surnaturel le triomphe de la religion chr^ tienne.

c Serait-il nécessaire de montrer longuement le haut intérêt des religions» au point oà cotte étude est portée aujourd'hui dans la littérature des principaux peuples de FEurope? ETidemment, la science seule n*y est point intéressée; quand on a éclairci la genèse des croyances et des su|)erstitions d*une nation ancienne, quand on y a rattaché le déTcioppe* ment des sciences, des lettres et des arts, il reste encore un sujet d'observations fort instructif dans les caractères que Terreur a affectés au sein de chacune des religions fausses. Si on les oppose aux titres de la révélation chrétienne, une vive lumière en rejaillit sur ee(le-ci : la vraie foi reçoit par le contraste même une nouvelle et éclatante justification. C'est à une étude critique et approfondie du polythéisme qu'il faut demander des armes IHior combattre les illusions de grand nombre d'auteurs modernes sur l'origine spontanée des religions, sur leur perfectibilité, par laquelle ils prétendent expliquer l'avènement da christianisme et proclament la nécessité d'une religion de l'avenir, plus rationnelle» plus parfaite encore.

« Mais, à quel prix la science religieuse fera-t*elle de solides conquêtes, ou reprendra-t-el!e glorieusement les conquêtes de la science incrédule de ce siècle? Que les Chré* tiens qui se préoccupent du sort intellectuel de la société se persuadent bien que sans de longs et patients efforts, ils n'atteindront point cette fin, et n'assureront pas à l'Eglise une teHe gloire. Qui assume une pareille tâche est tenu de posséder une érudition égale à eelle de ses adversaires, d'acquérir une foule de connaissances auxiliaires sous peine de ne Totr jamais qu'un seul terme de la question. Les membres du clergé qui auraient dessein d*interpréter au profit de la religion les découvertes incessantes de la mythologie, ne peuvent dédaigner de s'initier ft la lecture des sources, aux problèmes des antiquités, à l'histoire de Tart ancien. Ils seront ainsi préparés à soutenir avec honneur toute discussion sérieuse» et c*est à cette condition seulement qu'ils feront de l'histoire critique des fables mythologiques de Tancien monde une heureuse application, non-seulement ft la théologie» k la clémonstratioB chrétieoue» ainsi qu'aux études bibliques» mais encore à Thistoire universelle, m

Bu jetant un coup d*CBii sur les sources spéciales qu'il est nécessaire de consulter pour étudier la religion de chacun des anciens peuples» on est effrayé de l'immensité de la lâche à accomplir. La moindre question d'archéologie» exige, outre l'inspection des dkk nnmenU et une critique sûre» le dé|K>uillement d'un nombre effrayant d*ouvrages aocieos et modernes. Ceux de nos lecteurs qui voudraient des renseignemenu plus détaillés» trouveront» dans le graûd ouvrage de H. Guignault» l'indication de tous les auteurs qui ont traité chaque question» ainsi que l'appréciation du mérite de chaque auteur. Nous devons nous tiorner à un rapide aperçu, qui ne pourra certainement suffire à diriger ceux qui veulent se vouer à l'avancement d'une branche de la science» mais qui donnera au moins une idée des btigues auxquelles se condamnent les mythologues modernes.

Pour commencer par TEgypte, Hécatée de H ilet, Hellanicus de Lesbos, Hérodote, Théopompe de Chio» Ephore de Cumes» Eudoxe de Cnide» Philiste de Syracuse»^ visitèrent TBgypte avant les Ptolémées Plus tard, nous trouvons les ouvrages de Manetbon» de Diodore de Sidle» Plularque, Pbilostrate» Jambllque, Porphyre» Horapollon. L'autorité de Manetbon a été contestée par Meiners, Tychsen et Larcher; elle a été défendue par Heyne, \ Gatterer et Heereo» en Allemagne» par Saint-Martin et Champollion en France; il fout main- ' tenant» dit M. Guignault» comparer aux fragments de Manetbon recueillis dans Josèt4je« dans Eosèbe^t dsps le Syncclle, la traduction de la Chronique du secondi traduction laito

n ^ INTRODUCTION. «8

d*après rarménien, et publiée à Milan, par les soins réunis de MM. Mai er Zohrab.

Ces anciens documents ont d'abord été étudiés par Kircher, Marsham et Perizonius. Le copte attira ensuite l'attention de Lacroze* Jablonski, de.R08si, puis de MM. Sylvestre do Sacj, Etienne Quatreroère et Cbampollion le Jeune. Les voyageurs modernes ont jeté un grand jour sur les antiquités égyptiennes» par la description d'une foule de monuments. Sans parler du grand ouvrage français auquel travaillèrent Denon, Jomard, etc.» ni d*une foule d*autres relations» dont on peut voir le résumé dans la Géographie de Ritter» on connaît les découvertes de Belzoni, et surtout celles ^de Caillaud» notre compatriote» qui pénétra au sud (Je l'Egypte jusqu'au) 10* degré de latitude. MM. Niebhur et Letronne ont consacré de laborieuses veilles à l'explication des inscriptions rapportées par les voyageurs, marchant ainsi sur les traces de Zoëga qui» au dernier siècle» avait consacré aux obélisques un important ouvrage.

Nous compléterons ces indications» empruntées au grand ouvrage de M. Guignault par Tanalyse simultanée de deux articles publiés» l'un par M. Emmanuel de Rougé dans le numéro d'octobre 1855 des Annales de philoêophie chritienne^ l'autre par M. Alfred Maury. dans la Revue des Deux-Mondes (1" septembre 1855). Ce dernier intitulé : Découvertes nouvelles sur VEgypte ancienne^ fait suite au travail sur Cbampollion» inséré dans la même Aevue, par M. Lèbre» le 15 juillet iVk% ainsi qu'à plusieurs autres articles dus à M. Ampère» et publiés de 18i6 à i9M. M. Maury commence par faire connaître les perfectionnements apportés à la méthode de Cbampollion par M. Richard Lepsius, par M. Emmanuel de Rougé et par M. Bircb» qui sont à la tète des études philologiques sur l'Egypte» le premier en Allemagne» le second en Francç» le troisième en Angleterre. Ils ont montré la différence de l'égyptien antique et du copte actuel» confondus par Cbampollion» et ils ont déterminé avec plus de soin les caractères phonétiques de l'écriture hiéroglyphique. L'égyptien antique se montre aujourd'hui comme une transition entre les langues sémitiques» dont il se rapproche par la syntaxe» et le berbère ou kabile auquel il ressemble par les ra^ dîcaux et le système grammatical» ce qui donne à penser que les Égyptiens sont sortis do ralliance du sang africain et du sang arabe. — Quant à la chronologie des dynasties égyptiennes» de grands progrès ont été faits, grâce à la table d'Abydos» à la chambre des Rois (salie des ancdtres du roi Toutmès Ul)» rapportée en France par M. Prisse» et au papyrus royal de Turin. MM. de Rougé et Biot ont aussi tiré un grand parti des levers héliaques de rétoile Sirius; M. Biot a fixé par là trois dates qui servent de point de repère pour les époques reculées de l'histoire égyptienne. On sait aujourd'hui que les fameuses pyramides sont bien plus anciennes qu'Hérodote ne le croyait. Un simple aperçu des nouvelles découvertes nous en convaincra. Le règne des pasteurs^ qui étaient probablement une race sémitique de la terre de Chanaan» dure depuis la Cn de la treizième dynastie» jusqu'au commencement de la dix-huitième» c'est*è-dire trois ou quatre siècles au moins. (C'est pendant celte époque que les Hébreux [Sémites aussi] sont accueillis en Egypte.) Ces |misteors détruisent les monuments dont on reconnaît encore les arrasements et les fondalions» sous les constructions de la dix-huitième dynastie» qui s'appliqua k restaurer les anliqaes sanctuaires. Amosis» premier roi de cette dix-huitième dynastie» chasse les pasteurs aa XTU* ouxviir siècle avant Jésus-Christ. (Ici commence la persécution des Hébreux.) Lrs soecesseurs d'Amosis» savoir: Toutmès V% Toutmès III, Aménophis II» Aménophis Ht, ToQimès IV» par une réaction naturelle contre les pasteurs» étendent leurs conquêtes iosqu'en Mésopotamie. Après les désastres essuyés par Achenaten» Séii !*' (Sothos) fondo la dix-neuvième dynastie vers 1500 (1)» et son CIs Ramsès II Maïamoun (Sésostris) étend plos Ida que jamais l'influence de l'Egypte» et persécute Moïse. Sous son successeur Aménophis ou Ménephtah a lieu la sortie des Hébreux de l'Egypte et le passage de la mer lloQge» dont le roi ne fut probablement pas victime en personne. Deux dates trouvées |)ar

(t) M. de Roogé, qui donne ce chiffre cofnm«^ probable, dit qu'à celle époque une erreur de 200 ans«'st pûiiiUe, b durée -du temps des juges d'Israël n étant pas assez connue pour que Ton profite du synchro» >ttac de Moïse et de Rharasès 11.

39 If^TRODUCnON. 10

H. Btoi par les levers héUaqueSr 1909 et 12M, s^apptiqtsent è Rbattsè^ III ti l Râam&ès VI« rois de la vingtième dynastie. Les grands prêtres d*Acûon s'emparent alors de Tautorité. Scbesdionfc {S68ac)v roi de. la vlngt-deaiEiàiffe» {«rend Jérusalem vers 965. Boccboris, vers I^IS, forme à loi seul là vlngt^quatrième dynastie, la dyirastie éthiopienne est ia vingtcinquième. etrPsammétik 1^ inaegttre ta vifigt-sixlète» en 651. A partir d^ la dix-lHiitième clynastie» leségyptologacs sont dènc ass^z sûk*s d^ui-mèores. lHaFis pour les é^poques antérieures c*est tout âîHérent; ïfeadam le règne des rois«pasteufS, les rois nationaux s^'étaieBt probabLemenI refegiâS' daiis^ la baute Egypte; à Thèbes t ou en connaît q.iieTques*uns de la dixrseptième d^ynastie. La tueizième, qoidbrt être- antérieure S Tan 2»O0O,.est celle des Sevékotep^ etadttiéfdlt^Hafiefhon) 4B3 ans. Ladouzièuraft sous laquelle la civilisation de Tancieii emrpire arriv» è^ son -apogée (c'est la secomie époque de grandeur de TËgypte, la première remontant à la quetiièmfe dynastie), compte plusieurs Sésourtesen et Amenemhès. La onzième est celle des Entef. Plus haut est une grande lacune dans les monuments jasqit'k la sixième dynastie^ terminée par la reine NitocriSt qui établit le revêtement en granito rose qui enveieppait la troisième pyramide (celle de Hycérinus), et dont la magniflr ceoce excifeail» cinq milie ms plo9 tard, Tadmiratton de lliistorien arabe Abdallatif. A cette sixièBie dynastie appartient Fapi Hairé, qui fit probablement creuser le lac Mmris, Au delà, on n*a de monumentaque sur les rois de la 3% de la 4* et de la 5* dynastie ; c'est l'époque des pyramides de Giseb, bftiee pstChovfou^ Schafta et Uènkeriê de la quatrième dynastie. Un bafr*relief# sculpté è* Ouatfi-Magara, représente un roi de Ta troisième dynastie, Snifrout £nsatil la.comqoète de la presqu'île deSinaï. Ainsi les pyramides sont antérieures de plus de treis milie ans sans doute à l'ère chrétienne, puisque l'époque de leur construction en est sé[4rrée, d*abord par tes dix-sept ou dix-huit siècles du second empire égyptien, puis par le temps tjfès-long.derinvaston asialfque, et enfin par les b*, 5% 6«, 7% 8*, a% 10% li% 12'' et 18* dynasties^ déni; plusieurs furent puissantes et durèrent longtemps.

Les décottvectesqni ont jeté tant de jour sur la chronologie égyptienne ont fait évanouir certains élémenls de:soleiion sur lesquels on comptait' beaucoup. « Lorsque M. Biot, » dit M. Haury, « entreprit ses reeliercbes sur la chronologie égyptienne, on pouvait encore espérer que Ui déterminalÂNi d'ua cycle ou'd'tine période astrotiomique fixe, fournirait le moyen d'asseoîrdéflmtivemenllèsdatesabsolues du règne des principaux rois de l'Egypte^ mais cette espérance s'est désormais éf anouie. Le nouveau travail de M. Biot achève de démontrer un fait qii'il avait déjà énoncé defmis trente atfnées ; c^est que la période sotbiaque, ç'esWà-dire une période de li,MO animes de 965 jours un quart, dont le commencement anraii été réglé s«r le lever béltaqne dé l'étoile Sirius ou Sothis, était absolument jncoaniie aux .aneteas Égyptiens, et que e'étatt une cenceplion factice dés mathématiciens dascprtemiecssièolea denotre ère^ Bn. effets Hipparque, Eratosthène, etPtolémée lui-même, neTont peint- eonnue^ un n'en trouve également aticune mention sur les monuments, et il feut en dire autant daa ejpcles dont H. Lepsius, H. Poole et quelques autres érudits, veulent que les Égyptiens aient eik eosnaissance.

« Les déoouyertes et les traivaux de IL Mariette au» Sérapéum defifempliis ont fait subir le même sort à une autre périodequi avait aussi Aiit grand bruit, ceflè d^Apis, et dont on n'espérait pas moins^pour lai chnonalogiei. C'était, disait^on', un cycle lunaire de 25 années civiles, ou de 309 révolutionsilonairesrdont le commencement était marqué par l'apparition d'un neuv6lApis9.auqttelS& années (pas plus} étaient attribuées. L'animal s'apprètait-il à vivre au delà de se terme, le ppétee donnait nrison à Tastronomte en Pimmolant secrètement. Les tombeaux de ces bœu& sacrés nous fournissent aujourd'hui la preuve que c'est là une pare légende dont les. Grées ont été'dupes^ou inventeurs. Chaque tombeau porte râgeauqiielestmorl le>bœu£saeré,et ces Ages, très^ifférents, necadrent en aucune façon' avec le eyele.

« Le beauJraivail entrepris- par H. Biot Ta conduit en même temps à étudier la Table d'influencée des comteUations pour teutee lee heures de /a nuti^et grAceà la^tAdnction qu'en a donnée- H. de Rongé,: il a- pu tirer de la mention du lever de chaque étoile la détermination desastérij^mes de notre sphère correspondant à ceux de la sphère égyptienne.

U INTRODUCTION. 4i

Ce travail, eiécuté aven une précision et une sagacité faites pour commander la conviction, nous prouve définitivement que les constellations des Eg}'ptien$ n'avaient rien de commun avec celles des Grecs, lesquels groupaient et dénommaient autrement les étoiles, en sorte que les derniers débris du système qui fait découler la mythologie des Grecs, et le nom de leurs astérismes, de TEgypte, sont déQnilivement réduits en poussière. »

M. Bffaury termine la section de son travail relative h la chronologie égyptienne par TaDalyse des deux meilleurs mémoires de M. de Rougé. L'un roule sur l'inscription du tombeau d'Àhmës« ctief des nautonniers, sous le roi Amosis, premier monarque de la dix-buitième dynastie; l'autre a pour objet le Naophore du Vatican, déjà étudié par Cbampollion et par M. Ampère. L'inscription qui couvre cette statuette du musée grégorien nous {>roave que Cambyse, loin de mépriser la religion égyptienne, comme le prétendent les Grecs, vint à Sais adorer la déesse Neilh, se fit initier h ses mystères, rendit aux prêtres et au temple tous leurs droits, et restaura le culte dans sa forme primitive. Il se fit reconpaltre comme roi légitime, en vertu du droit de sa femme, la fille d'Apriès, détrôné par AiDOsis. A Memphis il se conduisit comme à Saïs, et parmi les sarcophages d'Apis trouvés au sérapéum, on voit celai du bœuf que Cambyse adora, quoiqu'il Teût tué dans un mouveaient de colère.

L'étude de la langue et de la chronologie des Egyptiens se rapporte à celle de leur religion, de leurs arts, et de leur littérature. M. Maury nous fait connaître les découvertes réalisées sur ce terrain. Tous les monuments prouvent, selon lui, la permanence des races €i la constante mobiliti des langueSy des croyances et des arts^' — deux vérités qui sont pré' eisésnent Finverse de ce que Fon avait longtemps admis; nous nous bornerons à quelques remarques relatives à la religion égyptienne.

Les Grecs s'étaient attachés à identiGer leurs dieux avec ceux de l'Egypte ; et ces rapprochements avaient trompé beaucoup d'érudits. « Champollioni lui-même, dans son Panthéon égyptieUf n'avait pas su se défendre d'une confiance alors naturelle pour les témoignages helléniques. 11 arriva pour le culte ce qui était aussi arrivé pour l'étude de la langue. Ou commença par les bas temps, et on apprit à connaître la religion égyptienne par des notions empruntées à une époque où l'influence grecque l'avait déjà quelque peu transformée. Alexandrie et la cour des Ptolémées étaient surtout le théâtre de ce mouvement syncrétique qui rapprochait la théogonie pharaonique du polythéisme grec systématisé par les philosophes. C'est à Alexandrie que finit par se transporter le siège principal du culte de Sérapis, divinité dont le nom joua un si grand rôle dans les derniers temps du paga« nisme. »

Les découvertes de M. Mariette nous expliquent la yogue de Sérapis (Apis mort, identifié avec Osiris ou le soleil, dont il était l'incarnation }. D'abord le culte d'Apis était particulier h Memphis, et quoique très-ancien, il n'avait pas une grande importance. Mais Chaem-Djom, fils deRhamsès II fit construire une longue galerie qui remplaça, pour la sépulture des Apis, les caveaux isolés, et qui fut en usage jusqu'à Psammetichus 1". Celui'ci fit construire une nécropole plus somptueuse encore par ses dimensions et par lea sarcophages magnifiques qu'elle contient.

« La date de cet agrandissement du sérapéum, » dit M. Maury, « et de l'importance nouvelle

que prend le culte d'Apis, est k remarquer. Les Grecs pénétrèrent alors en Egypte par leurs

factoreries de Maucrates, et Psammetichus, désireux d'obtenir leur alliance, chercha à

flatter leurs idées. Sérapis semble avoir été donné par lui, par les prêtres qui l'entouraient,

pour la même divinité que Dionysos ou Baccbus, représenté souvent avec des cornes de

bœuf. Le dieu du vin, qui avait fini par devenir le dieu de la végétation, puis de la pro-

duction, dont le point de départ est sous le sol, et qui s'était transformé par suite en un

vériuble Pluton, se prêtait merveilleusement à Tidentification réclamée par la politique.

Osiris et le Dionysos infernal, celui des mystères athéniens, offraient une conformité d*at-

tribuu dont les Grecs furent frappés, lis accoururent len foule adorer leur divinité sur le

sol antique de l'Egypte, et beaucoup ne doutèrent plus qu'ils ne dussent ^ ce pays le bien-

biide son culte. C'est là un premier trait de celle adresse sacerdotale qui fit tomber dana

DiCTio!«N. DU Parallèle. 2

43 INTKUDUCTION. 44

ses pièges taat de voyageurs grecs. Toutefois, on ne voulut pas laisser péuétrer ces étran- , gers dans le temple égyptien; on ne voulut pas du moins qu'ils y inscrivissent leurs pro<* cynimes (adoration), et un propylée spécial^ une sorte de nartheXf fut réservé aux proscy^ nêmes des Hellènes» tandis que le véritable sérapéum ne devait recevoir que des adorations écrites dans la langue et accomplies sans doute selon le rite des Egyptiens. » !

M. Maury termine son travail par quelques notions sur les papyrus hiératiques qui nous ont conservé la véritable littérature égyptienne depuis la dix-huitième dynastie. Outre les égyptologues dont nous avons déjà parié, il nomme encore MM. de Saulcy, Bufisen, Tirlandais Hincks, M. Brunet de Presie, qui a étudié TEg^-pte hellénique, et enfin M. Henri Brugsch qui, en ISi^S, a déchiffré récriture démotique, abréviation de l'écriture hiératique, comme celle-ci est elle-même une abréviation de récriture hiéroglyphique. Voilà donc trois sources qui sont ouvertes pour nous fournir des lumières, de plus en plus vives^ sur Tancienne civilisation égyptienne.

L'écriture démotique renferme plusieurs systèmes de notation cursive; en s'afterant, se simplifiant, elle engendrait une obscurité qui rendit nécessaires les progrès du système alphabétique.

Sur la religion de l'Inde nous avons de précieux reuseignements dans Hérodote, Ctésias^ Arrieu, Diodore, Strabon, Quinte-Curce, Pline, Philostrate {Vie (C Apollonius)^ Clément d*IAexandrie, Porphyre, Palladius, Cosmas. La plupart des ces auteurs nous parlent des régions arrosées par l'Indus; car ils n'avaient aucune idée des contrées arrosées par le Gange qui nous sont beaucoup mieux connues que la partie occidentale de Tlnde, grâce aux travaux des érudits modernes.

Les quatre Livres sacrés des Hindous, appelés Tédas (et Tabrëgé qu^en ont fait les Persans, sous le nom d'OupneAAa/, au xvu' siècle), sont la principale source nationale. Viennent ensuite : 1" les dix-huit Pouranai qui contiennent la théogonie et la cosmogonie des Hindous. Le dix-huitième s'appelle Bhagavat^ et contient la vie de Crichna. 2^ Les grands poëmcs épiques ou historiques, le Ramayanf et le JfoAaôAara/, dont fait partie le Bhogavai- GUa; 3* les codes, dont le principal est celui de Menou^ appelé Manava Dharma Sa$ira; i* les deux systèmes philosophiques Nyaya^ les deux autres appelés Mimansaf enfin les deux Sankya. William Jones compare les deux premiers aux écoles péripatéticienne et ionique; lea deux suivants ft Técole de Platon, et les deux derniers aux écoles italique et stoïcienne.

Les principaux monuments qui restent de l'Inde ancienne sont: I* les cavernes qu^on trouve au Kachemir, et près des bouches de l'Indus; 3" les grottes d'FUora, dans le Décan ; 3* Jagematf près de Calcutta|, et Mavalipouram^ en face de Ceyian, où l'on voit d'immenses pagodes couvertes de sculptures. Quant aux indianistes modernes, nous avons eu Occasion de nommer les principaux en parlant du polythéisme en général.

Pour la religion des Perses il faut consulter avant tout les livres de Daniel, d'Ezéchiel, d'Esdras, de Kéhémias, d'Esther. Viennent ensuite Hérodote, Ctésias, Xénophon, Diodore, Strabon, Arrien, Philostrate, Diogène Laërce, Clément d'Alexandrie, Eusèbe [Prép. évang,)^ Damascius (De jprînetptts), PI marque, chez les Grecs, puis Pline l'ancien, Quinte-Curce, Justin chez les Romains. Les Perses eux-mêmes nous offrent le Zendavesta^ livre attribué à Zoroastre, et traduit en français par Anquetil du Perron ; ils ont aussi une épopée intitulée Scbah-Nameh (livre des rois), et composée au xi' siècle de notre ère par Ferdoussi. La ville de Persépolis, dont les magnifiques ruines excitent fadmiration des voyageurs, et*' dont les inscriptions ont exercé la sagacité de MM. Grotefend et Saint-Martin, peut fournir encore des données nouvelles. Quant aux écrivains modernes qui ont exploité ces sources antiques, il serait impossible de les énumérer tous. Les principaux sont : Kleuker, Brissonius, Hyde, de Hammér, Herder, Rhode, Heeren, Tychsen, Gœrres, de Sacy, Malcolm, Ouseley, Johnson, Ker-porter.

Nommons encore, sur les Phéniciens, les travaux de Barthélémy, Swinton, P^frez Bayer, Aterblad, Bellerman, Hamaker, Kopp, Qualremère, Movers (de Breslau), de Saulcy.

Sur les Etrusques et les religions italiques : Niêhbur, Ottfried Muller, Wacb^musth.

in INTRODUCTION. 49

A.-G. Schlegel» Micali» Rich. Lepsius qaî, s appuyant surDenys d'Haîicarnasse, réfute Niebbur; puis Grotefend, Hartung, Klausen* Abeken, Ambrosch.

Sur les divinités grecques : O. Muller, Welcker, Gerbard, Panofka, Lobeck, Preller, Raoul Rochette, Letronne» Lajard, de Luynes» Leuormant, Lebas, de Wilte, Roli,Gail, Bôlliger, Voss, Eckermann, Schwench, Sainte-Croix, édité par de Sacy et complété par Ouwaroff.

Un trouvera des détails sur tous ces auteurs dans les éclaircissements igoutés par MM. Guignault, Maury et Viuet à la traduction française'de \à Symbolique de Creuzer (Religions de l'antiquité).

Les études orientales ne peuvent manquer de recevoir une impulsion immense du percement de rislhme de Suez. Cette colossale entreprise sera l'un des événements les plus féconds de ce siècle. Trois projets ont déjà été présentés pour vaincre les difScuhés de Texécotion. MM. de Lesseps, Mongel, Linant proposent le percement de Tisthme dans sa plus |)etiie largeur de Suez à Tineh (Péluse), où il faudrait créer un port. MM. Talabot et Baude l>roposent on canal d'Alexandrie à Suez, afin de profiter de l'excellent port d'Alexandrie et d'éviter les difficultés que présente la rade limoneuse de Tineh. Ce canal traverserait le Nil près du barrage, non loin du Caire, au moyen d'un pont-canal d'un kilomètre de long. MM. Barrault ont proposé, dans l^Revue des Deux-Mondes du 1*' janvier 1858, un troisième projet qui, h leurs yeux, évite k la fois la difficulté de créer un port à Péluse, et celle do construire un pont-canal au barrage. Leur canal va aussi d'Alexandrie au Caire, mais il suit la mer presque jusqu'à Péluse, traverse le lac Menzaleh, coupe les deux bouches du Nil près de leur embouchure, ne prend ainsi l'eau de ce fleuye qu'après qu'elle a fertilisé l'Egypte, et enfin se lie à un système de petits canaux qui, en améliorant le régime des eaux du Nil, porteraient la fertilité sur une immense étendue de terres désertes. Le premier plan a réuni les suffrages d'une commission internationale d'ingénieurs, et il sera proba- Uemeat réalisé. La politique, il est vrai, s*oppose pour le moment à l'exécution des travaux. Hais malgré la puissance des obstacles, malgré les gouvernements qui croient avoir intérêt à prolonger le statu quo^ le canal se fera» parce qu'il est dans les vœux de l'immense majorité des peuples, et dans les besoins de l'humanité entière. A l'inverse de Moïse, l'Europe chrétienne, pour passer la mer Rouge, dira aux jeaux du Nord et ft celles du Midi de se rejoindre, et la civilisation envahira de tous côtés les plages barbares et les profondeurs inconnues de l'Asie, de TAfrique et de l'Océanie.

Nous avons cru devoir nous étendre ici sur les religions païennes, parce que nous ne pmrrons leur donner dans le Dictionnaire qu'une place restreinte. En effet, une foule de notions mythologiques ne peuvent rentrer dans le cadre d'aucun de nos articles; de plus, il y a beaucoup de ces articles qui ne comportent pas une notion mythologique ; souvent enfin la mèmefable correspond égalementàplusieursarticles, et il ne convenaitnide la répéterni de la scinder. On pressent, parce peu de paroles, quelles difficultés présentait l'exécution de ce Dictionnaire. On comprend aussi pourquoi nous avons renfermé en un petit nombre d'ar« ticles tout ce que avions à dire sur la mythologie, et pourquoi nous tenions è présenter sur le même sujet, dans l'introduction, des notions générales développées.

On motif contraire nous dispense de nous étendre ici longuement sur les philosophies hétérodoxes : c*est qu'elles tiennent une grande place dans le Dictionnaire. Disons pourtant comment nous comprenons le parallèle de la philosophie avec la religion. Il y a d'abord entre l'une et l'autre un domaine commun ; puis chacune d'elles a en outre son domaine propre. Ainsi les vérités religieuses naturelles sont, tout à la fois, comprises dans la révélation et démontrées par la vraie philosophie. Puis, cette dernière science a un domaine particoUer, lequel est en dehors de l'enseignement religieux; et enfin la religion a ses mystères que la vraie philosophie est impuissante à prouver directement et rigoureusement, en partant des premiers principes de la raison. Donc on ne peut pas comparer en détail les liarties du symbole catholique avec les parties de la vraie philosophie , car d'abord celte

47 INTRODCCTION. 43

dernière ne compresd rien de correspondant aux vérités surinteliigibles; puis, dans sapor^ tion purement profane» elle n'a rien qui corresponde môme aux vérités religieuses natu'rellesj et enfin,' si elle se rencontre avec la religion sur le terrain de ces dernières vérités, il uf a ici encore nulle matière à parallèle, puisque des deux côtés les conclusions sont identiques, bien qu'obtenues par des procédés difiérents. On ne peut donc mettre en pa* rallèle la vraie religion arec la vraie philosophie qu'en prenant l'une et l'autre en bloc, et faisant voir comment chacune des deux excède l'autre, que ce soit en étendue, en certitude, en importance, ou en évidence démonstrative. Hais les fausses philosopbies peuvent fort bien être comparées avec la vraie religion, car il n'est pas une seule partie du symbole catho>> lique à laquelle ne corresponde quelque erreur rationaliste. Ainsi, puisque beaucoup de faux systèmes dénaturent les vérités religieuses naturelles, il est clair que ces faux systè^ mes, en s'écartant ainsi de la vraie philosophie, s'écartent en même temps de la religion. De sorte que sur ce terrain le parallèle est entre la religion et la yraie philosophie d'une part, et les faux systèmes de l'autre. Quant aux vérités surnaturelles, le rationalisme n'imite pas à leur égard la réserve de la vraie philosophie qui, en telle matière, se déclare incompétente ; il les attaque, ou les dénature, ou les confond avec des doctrines toutes différentes, soit vraies, soit fausses, oii tâche de les remplacer par des produits de l'imagination, ou enfin essaye de les enter sur les premiers principes. A raison de tous ces écarts^ les doctrines rationalistes peuvent être comparées avec les parties même les plus incompréhensibles do symbole catholique.

Les articles de ce Dictionnaire ont pour titres les mots de la théologie. Nous n'avons pas cru devoir suivre une marche uniforme. En commeoçant par exposer sur ehaque point les faux systèmes et la foi catholique, en réfutant ensuite les premiers,, et en terminant par les preuves directes de nos dogmes, nuus aurions dû répéter souvent des considérations banales, et nous aurions répandu sur l'ouvrage entier une teinte monotone qui en aurait rendu la lecture fatigante. La marche que nous avons suivie présente plus de variété. Swms chaque mot de la théologie catholique, nous avons rangé tout simplement les réiextons des meilleurs écrivains qui ont comparé le dogme exprimé f»ar ce mot, avec les doctrises analogues des penseurs hétérodoxes. Nous avons souvent analysé et souvent cité, mais toujours entre guillemets, et en nous fiiisant scrupuleusement un devoir de nommer les auteurs que nous mettons à contribution. Noos avons consulté de préférence les moins répandus et les plus récents des meilleurs ouvrages sur chaque point, les Mémoires des sociétés savantes, les publications périodiques estimées, afin d*épargner à nos lecteurs des recherches souvent difficiles, pour ne pas dire impossibles.

Quelques personnes pourront blAmer l'idée d'un parallèle par ordre alphabétique. Nous n'avons choisi quant à nous ni le plan ni le titre de ce Dictionnaire; l'un et l'autre nous ont été imposés par la puissante intelligence qui préside ft l'exécution de V Encyclopédie théo-^ logique tout entière. Mais, ce plan, dont l'idée sans doute ne nous serait pas venue, nous Tavons accepté, parce qu'il nous a paru de nature à former le cadre d'un ouvrage utile. Nous ne pouvions songer, dans le peu de temps qui nous était accordé, à tracer un parallèle complet de la foi catholique avec toutes les erreurs. Môme sous forme alphabétique, un tel travail, s'il ne devait rien laisser k désirer, ni quant à l'exposition, ni quant aux appréciations, serait l'œuvre d'une vie entière, et d'une vie bien employée. On ne trouvera donc dans ce volume que des malériaux pour le parallèle dont il s'agit. Et encore ces matériaux, nous devons le dire et le répéter, ne forment pas un ouvrage qui nous appartienne. Sauf un article considérable, dont nous dirons un mot tout è l'heure, sauf une grande partie de l'article Thomisme , et quelques fragments, soit de l'Introduction, soit d'une vingtaine d'articles, ce Dictionnaire contient uniquement l'analyse d'une partie de nos lectures pendant deux ans. C'est là du reste ce qui en fait le mérite» et ce qui nous permet d'en faire l'éloge. On y trouvera le résumé souvent textuel d'une foule d^excellentes publications qu'il n'est pas toujours facile d'avoir sous la main. Notre but principal a. été de fournir aux membres du clergé qui sont éloignés des grandes bibliothèaues. et

qaioe peuvent acheter beaucoup de livres nouveaux, une espèce de réperlolre qu'ils puissent avec fruit consulter dans leurs études.

On remarquera que nous avons préféré les vues d'ensemble aux détails. Ces derniers ont été suffisamment exposés dans le Dictionnaire des diverses religions.

Devions-nous, pour rester fidèle à notre plan et à notre titre, ne comparer qu^aux doctrines hétérodoxes la foi catholique 7 Nous ne Pavons pas pensé. En effet les motifs que nous avons donnés plus haut pour exclure de notre cadre la vraie philosophie, n'existent |ias tous, pour certaines opinions qui s'écartent delà vérité en des directions contraires, sans aller jusqu'à l'hérésie. Quoique la vraie doctrine, à laquelle correspondent ces erreurs opposées, sok purement philosophique, et qu'ici les deux termes du parallèle possible soient en deboRS de la foi,. il est important de réfuter ceux qui confondent avec le dogme les opinioM busses qu'ils soutiennent, et qui assimilent h Tbérésie les opinions vraies qu'ils rejettent. C'est ce que nous avons fait relativement aux récentes controverses sur la tradition, la nécessité de la révélation, et autres questions semblables. Pour faciliter les Kcherches, comme pour laisser h ce volume son caractère, nous avons renfermé en un seul article, qui forme un ouvrage à pari (l'article Enseigneukrt) toutes les discussions qui n'intéressent- qu'indirectement l'orthodoxie. Nous n'avons abordé è Tarticle Raison le même sujet,, que pour donner les pièces qui se rattachent aux dernières décisions du Saint- Siège sur la philosophie (2),

Aux termes principaux de la théologie, nous avons ajouté quelques noms d'institutions et de sciences, pour faire connaître à nos lecteurs d'intéressants travaux qui touchent de près k la religion. Quelques systèmes ont dû former aussi des articles è part,Hparce que la même erreur correspond quelquefois à plusieurs dogmes. Il est d'ailleurs des systèmes dont Userait encore plus regrettable de scinder que de répéter l'exposition. C'est une des rai-^ sons pour lesquelles nous avons cra devoir présenter en un seul morceau l'exposé et TappréeiatioD de la philosophie thomiste.

Avant de clore cette Introduction, offrons à nos lecteurs quelques extraits d'un magniiqoe article que M. Mercier de Lacombe a publié, sur la logique du P. Gratry, dans le Carrespondani du 25.juin 1855, et qui rentre tout à fait dans la comparaison du christfa- Disme et des doctrines hétérodoxes : «* La philosophie du xvni^ siècle a interrogé en vain Ponivers. L'univers estmuet pour elle; çà et Ik des contradictions; aucun plan secret.... le rationaliste contemporain.... a vu la création se faisant par degrés... et a appelé l'homme QD Anneau dans la thaînt des créaiions de moins en moins imparfaites.*.. Combien la philosophie chrétienne l'emporte sur ces tristes maximes 1.... Ce type d'une humanité nouvelle qu'une fausse sagesse rdve encore sur les débris de l'humanité présente, elle aussi Ka annoncé, et beaucoup plus heureuse, voilà 1800 ans qu'elle l'a. vu descendre du ciel !

La divinité s'est abaissée vers Inhumanité Ces vérités incompréhensibles, la religion les

a répandues dans le monde; c'est à la raison k les méditer avec un pieux. amour, et k remonter vers elles de tous les replis de la création par une induction féconde. Qu'elle contemple l'univers; là dans cette enceinte des choses créées, tous les êtres,5uivant une marche confuse et profondément inconnue d'eux-mêmes,, se disposent vers une élévation dont ils n'ont pas le secret. Qu'elle regarde l'homme et la terre; admirable spectacle! Entre eux, Tonité s'accomplit ; c*est un perpétuel échange, c'est un indéfinissable commerce, celle-ei. noarrissant l'homme de son lait, du suc de ses plantes, de ses parfums, de ses saveurs» celai-lk la pénétrant de ses sueurs, de ses austérités, de ses vertus, et jetant en elle la fleur de sa vie qu'elle rendra à ses descendants en moissons fécondes; celle-ci lui formant sa chair, tabernacle sacré de son fime, celui-}à lui confiant jusqu'au dernier réveil sa dé'*' poaiile où se sont mêlées avec te corps et le sang d'un Dieu des semences d'immortalité, qui sont peut-être la matière k venir des nouveaux cieux. Ce n'est pas tout encore. Lliomme soumet son corps, image et merveilleux abrégé de la terre d'où i^ vient et où il

Çt) Utnlde Thomisk fait seul exception k cette règle. Nous avcms cro éeroir doneer le tableau de lé pkikMo^ie de saiol Tliomas tout eoiiére, ^compris même ses parties les plus éiraiigôrcs ài la religion, à caisÊdttpûvilége qu'a auiourd^hùi cette philosopliie d'occuper raiteniion publique.

£ft INTRODUCTION. ^

rentre; il rillumiue de ses pensées^de ses joies, de ses eilases^il le transGgure» il ranime, il lui donne une langue, des ailes, un cœur tout brûlant d'enthousiasme; en sorte qu'au moment où il tombe aux pieds de son Dieu,, c'est la création qui tombe avec lui, et qui, avec lui, s'agenouille devant son Créateur. »

L'élégant écrivain montre ensuite que si l'homme est le médiateur de la nature visible, il a besoin lui-même d'un médiateur. H loue Malebranche, nouveau Platon,, pour qui les pressentiments du Banquet se sont effacés devant les réalités de la Cène, et. qui demande au monde de la nature des inductions pour le monde surnalureL « Ce soupir que le sentiment de son infirmité arrache à l'Ame, épurez-le dans l'humilité, consacrez-le, donnez-lui une issue par où il s'épanche dans le sein de Dieu, témoin secret et compatissant de ses misères : c'est la confession. Cette aspiration,, qui attire Tâme vers Tinfinif poussez-la à son comble, et l'élevant toujours à travers les sphères qu'elle trace devant elle et qu'elle épuise à mesure, rassasiez-ia en Dieu de la cbair et du sang de cet infini qu'elle cherche : c'est la communion.... C'est la théorie du procédé infinitésimal appliquée auz. choses- surnaturelles Quel changement, queile lamentable chute, si nous considérons maintenant

ce que les doctrines tout humaines ont pensé de l'homme, ce qu'elles ont fait de l'humanité. Le XVIII* siècle eut sa logique ; Condillac la rédigea.... La philosophie de cette logique^

développée par les disciples du maître, c'est l'athéisme Une politique athée s'engendre

dans ces maximes Elle ne comptait renverser que le christianisme; c'est l'homme encore^

ce sont les assises de l'humanité qu'eUe va détruire-Qu'on étudie en effet toutes les institutions dont elle veut la ruine, ^ liberté, le pouv^oir, l'hérédité^ monarchique; au fond^ quelle est l'idée , quelle est l'âme invisible de- ces institutions qu'elle poursuit t Toujours. une vérité cbrélienner expression de la nature humaine;- tantôt la notioamôme du sacrifie» et de la lutte; lanlôt le principe d'une déchéance originelle qiii sollicite des freins pour lev conduite des peuple?; tantOt la grande loi de la solidarité,^ qui, s'élcndant à la suite des générations et les rassemblant dans l'unité, confond le passé, le^présent et l'avenir sous uiv seeptie incontesté. ... Le ohristianisme est le centre où toutes les pentes du monde,, où:

tous les penchants des flmes vont aboutir L'Eglise ne cherche, elle n'a cherché à ira^

vers les siècles qu'une chose, le règne de Dieu sur la terr« comme au ciel. Faire descendre le christianisme parmi les nations, le faire descendre dans l'homme, dans sa raison, dans son cœur, dans son imagination, dans sa sensibilité..., c'est le couronnement qu'elle propose à l'histoire. Les grands siècles ont montré un commencement de ces merveilles. Le xur siècle, qu'est-il, sinon une plus large effusion, de l'Evangile dans les entrailles de l'humanité l La société se renouvelle ; des enthousiasmes, des clartés, des vertus inouïes jusqu'alors la possèdent. Monarchie de saint Louis, cathédrales gothiques^ Dante, saint Thomas d'Aquin, saint François et saint Dominique, sainte Elisabeth, c'est la semence divine s'é|>aB0uissanl dans la. politique, dans les arts, dans la- poésie^ dans la philosophie, dans les institutions publiques, dans le sanctuaire de^la vie domestique. Le xvii* siècle se précipite dans ces voies^ il marche k Dieu, comme un éloquent Jésuite le disait de Descaries, avec toutes les forces de l'esprit humain rassemblées. Quel ordre!, quelle touchante Providence ! U s'ouvre par des saints, et il se ferme par des hommes de génie. La 3aintelé a envahi les hauteurs de la société, elle se répand alentour, comme I ambroisie de la poésie antique,, qui, retombant du cieUur la terre, y faisaU natlre une moisson de fleurs. La moisson de fleurs aprè^ saint Vincent de Paul, le cardinal de Bérulle , madame Accarie,la Mère Agnès, M. Olier, ce sont les hommes de génie. La religion est le fond de toutes leurs pensées. C'est elle seule qu'on cherclw. Dieu ! Dieu toujours ILes mathématiques l'érudition, la poésie, la philosophie racontent sa gloire/, la foi et la raison s embrassent à ses pieds; les Bénédictins, dans leurs travaux immenses où ils ont enseveli sans nom leur renommée impérissable, Corneille et Racine,, dans leurs chefsnl'œuvre, Pascal, Bourdaloue, Malebranche, Fénelon, Bossuet, dans toutes leurs démarches, l'ont toujours présent devant eux Ces nobles essais, sont-ils brisés à jamais....? Ne le pensons pas Comme d illustres vivants, le P. Gralry croit à des temps meilleurs; il convie l'humanité à reprendre les constructions interrompues des grands siècles, il lui donne l'exemple Nous vou^

W DICTIONNAIRE DU PARALLELE. ^ AME. 54

lirions parler en détail du livre, des chapitres surtout qui Je terminent, les vertus inteller, iueUês inspirées, et les-scurces. L'élnge est peu de mise ici. La louange s'élance en vain sur les lèvres, elle expire dans une prière, et l'âme entraînée et ravie remonte vers la vérité dont toute cette beauté est la splendeur. Le plaisir, la délicieuse surprise que trouvait Pascal i rencontrer un homme, l&où|il cherchait un auteur, on les goûte h chaque pas dans '*ouvrage du P. Gratry. Derrière toutes les déductions de la raison, derrière toutes les richesses de la science, derrière tous les élans de la ()oésie, il semble qu'on entende une voix tour à tour forte et tendre, pleine de sérénité et d'émotion, enchanteresse et pathétique, et qui s'élève comme l'harmonie de cette vie doucement passée dans l'amour de la

sagesse C'est là Je charme de ces pages sublimes, toutes baignées des larmes de l'extase,

tout éclairées d'nn saint enthousiasme. On ne peut les lire sans croire au bien, à la vertu, au ciel. Comme ces parfums qui annonçaient aax navigateurs les îles Fortunées, elles révèlent aux âmes les rivages éternjsis. »

SNTRfi

US MYI1SI& DOCTRINK nULOSOPnOIllS IT REUClIHISlS.

n'UNB PART,

DE l'autre.

icBSTINENCK. Voy. Jeune.

AME. — Parmi les systèmes erronés touehanl la spiritualité de l'flme, l'un des principaux est.celui auquel arrive Hegel en partant de ce principe : « Arriver à I existence, c'est subir un changement et néanmoins res-. ter le même. » Voici comment Balmès combat ce svstôme daqs ses Lettres à un scspfi" que^ p. 216 : c H est assez étonnant, on Vavouera, (]ue des philosophes si fiers de. leur spiritualisme élevé, si courroucés contre le matérialisme français du dernier siècle, retombent de plein-pied dans le même matérialisme en détruisaqt le spiritualisme, l'immortalité, Porigine diviae de notre âme.

Quand celle-ci commence à exister, s'il n'y a là autre chose c|ue la modifieationd'upètre,, s'il ne faut y voir que le phénomène d'un eerme qui se transforme en se développant,^ loree nous sera d'en conclure que le vaste sein de la nature produit et développe une Ame atisolument comme un germe matériel. Caserait là, si Ton veut, un produit plus ou Qioins subtil, plus ou moins actif, plus ou moins épuisé, mais un être», après tout, qui

existait déjh, comme la piante existe dans la semence. Or, c'est le, s'il en fut jamais, une doctrine matérialiste, et pour la laver de ce reproche, le langage énigmatique et mystérieux de la nouvelle école ne sert absolument à rien. Ce qui est simple, ce qui est indivisiblCr ne saurait être le résultat d'une transformation quelconque. Cequi passe d'un état à un autre en. revétanl une novivelle forme,.en prenant une existence nouvelle, comme le font les végétaux en sortant de leur germe, est nécessairement composé; car ces modifications successives ne sauraient être comprises sans l'idée de divisioncietde parties. Nous pouvons, parfaite* ment admettre qu'une substance simple et indivisible exerce différents actes, reçoive diverses impressions, puisque toutes ces modifications peuvent se réahsersans altérer la nature de cette substance, comme nous l'éprouvons, en effet, è chaque instant par rapport h notre esprit; mais affirmer que la substance elle-même n'est qu'une autresubstance transformée etdéveloppée, c'est poser en principe que cette substance se compose

li^

DlCTiOlSNAtRE DU PAUALLCLE.

de plusieurs parlîes qui peuvent se combi* ner de différentes niaDières. »

A rarlîcle Thomisme on trouvera l'exposé et rappréciatioo de diverses opinions sur la question de savoir si rAme est le principe vital du corps. Saint Tbonaas, on le sait, répond par ) affirmative : c'est aussi l'opinion de M. Cayol, qui dans la Revue médicale a combattu Topinion contraire, soutenue vivement par M. Lordaty professeur de physiologie i Montpellier. Nous reconnaissons Sue M. Cayoi a raison sur certains points do étail; quelques-unes des expressions employées par M. Lordat ne nous plaisent pas; mais M. Ca^ol a tort d'appeler Topinion contraire h la sienne la doctrine des deux âmes dans Vhomme; les défenseurs intelligents du princine vital distinct ne lui donnent pas le nom â'âme. De plus, M. Cayol ne réussit nullement selon nous à réfuter l'opinion qu'il combat; il échoue notamment d'une manière complète, quand il essaye de faire voir que cette opinion conduit au matérialisme. Citons quelques paragraphes du célèbre médecin; ce sera le meilleur moyen de justifier notre assertion : « Si Tâme e^t jumelle (contemporaine quant 6 l'origine) du principe vital, elle est nécessairement de même nature que lui; ce n'est plus dès lors une substance spirituelle, c'est une Ame organique qui se confond avec le principe vital, çt il n'y a plus de doulfle dynamisme. St le piincipe vital 0 vu nailre Fàme^ d'oài estelle née cette Ame? d'où vient-elle? (i*où Ïrocède-t-elle? M. Lordat n>n sait rien, lais en suivant la tiliation de ses idées, on est conduit naturellement à cette conclusion que l'Ame est le produit ou lerésuUat de l'or" ganisalion. On voit qu'il ne faut pas. presser beaucoup la doctrine du double dynamisme pour en faire sortir le matérialisme.

c Notre manière de concevoir la vie humaine est beaucoup p^us simple et ne se prête pas à d'aussi tristes interprétations. Le genre humain est constitué rfar l'union substantielle d'une Ame spirituelle avec une matière amorphe. Si ce germe se trouve placé dans les conditions nécessaires f>aur son développement, la matière amorphe revêt peu à peu les formes et les caractères de l'organisation, sous la puissante impulsion de la substance spirituelle qui l'anime, c'estk-direque l'Ame se construit à elle-même sa maison, comme on Ta dit depuis longtemps. Elle forme non-seulement tous les organes des fonctions végétatives et sensitives, mais encore les organes ou instruments qui lui sont nécessaires pour la manifestation de ses facultés intellectnelles. Lorsqu'elle est en possession de ses organes, elle établit avec le monde extérieur ces admirables rapports oui font de Thomme le roi de la création. Il n'y a rien dans cette doctrine qui ne soit en parfait accord avec la raison, aussi bien qu*avec la foi, et qui ne puisse être accepté sans etTort par le sens commun.

« Ldrt écoles de théologie et de philosophie sont divisées sur la question de savoir comment t*dme est transmise à t homme. Les

uns pensuBt que Tâme est transmise par la génération, et que la vie natt de la cte, sui* vant l'expression de Cuvier, et le sentiment de presque tous les naturalistes. Cette opinion, qui paraît être celle de saint Augustin, est aassi la plus probable et la plus naturelle, c'est-à-dire la phis conforme aux lois de la nature. D'autres croient que la transmission de l'Ame par Ds générationr n'est admissible que pour les bètest et que TAme hutnalne est l'obiet d'une création piirticulière et individuelle pour cbaquehomme venant au monde. C'est ainsi qu'on a interprété cette proposition de saint Thomas r Anima brutorum ex aliqua virlute corporem producitur^ anima vero humana a Deo.

«•Il ne m'appartient pas de discuter la valeur absolue etcomparaiive de ces deux opi» nions au point de vue théologique, je me^ contenterai de remarquer que ^ quelle quo^ soit ceHe de ces deux opinions qu'on adopte, elle se concilie parfiiitement avec la déùnition que j*ai donnée du genre humain : Union d'une âme spirituelle avec une matière^ amorphe.

« Que TAme soit transmise par la génération, et qu'elle soit créée directement et individuellement par Dieu, elle n'en existe pas moins dans le germe fécondé; car soo: existence y est nécessaire. Sans elle le germe^ ne serait qu'une matière inerte, incapable* d'aucun mouvement de transformation et d'organisation. Ces évolutions saccessives de la vie organique que nous observons aveo admiration dans la vie embryonaire et fodtaie ne seraient que des effets sans cause ,. si l'esprit n'était là pour animer la matière.

« Je sais que de graves théologiens oni cru et enseigné que le footus humain n'a aucune vie à lui, qu'il ne vit que d'une vie végétative dépendant de la vie de la.mère • jusqu'à ce que l'Ame,, créée à part,^ lui soil unie.

• Mais cette opinion ne peut plus être 4d* mise dans l'état présent de la science. Il est acquis aujourd'hui que le fœtus humain dès le moment de la conception, a sa vie propre, quoiqu'il en puise les matériaux dans le sang de la mère, en attendant qu'il puisse former lui-même ces matériaux aux dépens dû monde extérieiu*.

« Ainsi, ^rAce aux progrès de la science embryologique. Inobservation des faits naturels sumt aujourd'hui pour décider la question de la vie propre, individuelle, du fijBtus humain, et pour motiver une législation protectrice de son existence dès les premiers temps de la conception...

« L'esprit de Dieu a créé le monde matériel en le tirant du néant, ex nihilo, L'Ame, créée aussi par l'esprit de Dieu, avec mission de développer l œuvre divine du microeosme^ a créé en quelque sorte les organes du corps, en les faisant sortir, non pas du néant, mais du germe préexistant, auquel elle est substantiellement unie.

n De même que Tesprit de Dieu, toujours présent dans l'univers, continue l'œuvre de l** créatiouen présidant à la conservation des

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