AME
êtres par les lois qull leur a imposées, ainsi TAme, après avoir rormé les organes du corps, contioae, par Peiercice constant de sa force TJtale» de présider è leur conservation, en leur donnant la faculté de réagir aciivenient contre toutes les causes de trouble et de destruction qui peuvent les affecter.
« La force vitale est donc formatrice, conservatrice et médiatrice.
« Cette définition de la force vitale est la plus belle synthèse de tous les faits de la vie organique, de tous les actes de l'organisme vivant » dans Tétat de santé, comme dansTétat de maladie. Embryologie, physiologie, pathologie» tout est compris dans cette synthèse. »
Il y a certainement, dansles lignes qui précèdent, de grandes et incontestables vérités ; mats on n en peut rien conclure, ce nous semble, cootre l'opinion du principe vital iUtinct. D'abord, il est clair qu on peut regarder ce principe vital comme conrempomm de Fâme,. sans être obligé d'admettre qu'il se confond avec elle, qu'ils sont tous deux de la même nature. Quant aux deux opinions sur >'origine de l'êmè, elles se concilient aussi bien avec la théorie qui admet un principe vital spécial, qu'avec la théorie contraire. Les aatres arguments que M. Cayoi oppose i M. Lordat ne nous paraissent pas plus solides. De ce que le derr>ier a le tort d'accordeij l'itUf f/î^ene^ au principe vital, s'ensuitil que l'on ne peut admettre dans l'homme «0 principe vital analogue à celui qui cause dans les animaux les phénomènes de la vie, et <^ui est certainement dénuée de toute tnieUigenctt dans le sens propre de ce mot? M. Csyol demande aussi : Le principe vi- Mil de M. Lordat est-il une substance «oa* térielle ou une substance ^irituelle? Il ne s'aperçoit pas qu'on peut lui faire la mène question au sujet du principe Tital qu'il adaiet. »e plus, dit-il, « que devient (avec ce système) l'unité du moi humain? que devient la personnalité humaine? ArrétoDs-DOus. Un principe qui conduit è de telles conséquences ne peut plus soutenir la discussion. » La discussion roule précisément sur la question de savoir si ce principe 0 de UIU$ conséquences. Si la dualité de na* tares dans l'homme (l'âme et le corps. Tintelligence et l'animalité) n'empêche pas l'unité de personne, pourquoi le principe vital empêcberait-il cette unité, lui qui n est autre chose qu'un des éléments cle la nature animale? £nQn, M. Cayol a raison dédire que rime pourrait fort bien produire deux ordres de phénomènes tout à fait différents, savoir les fonctions de l'intelligence et l<|s fonctions organiques. Tout ce que dit il.Carol prouve uniquement qu'il n'y a pas de contradiclion h attribuera l'âme ces deux sortes d'opérations. Mais il ne s'agit nulleo^dQt delà |K>ssibilité; il s'agit de savoir l'i en fait, c'est l'âme quiaccomf)lit les fonctions organiques; or l'observai ion semble prouver clairement la négative, et M. Cayol • oublié complètement de suivre son adversaire sur ce terrain.
Terminort» en faisant remarquer que sM est certain que Tâme est unie au corps dès le premier moment de la conception, M. Cayol se trompe en donnant pour preu?e de cette vérité la nécessité de Tame pour les évolutions de la vie embryonnaire. Pour raisonner ainsi, il faudrait avoir prouvé préalablement que le principe vital ne peut expliquer ces évolutions. Les preuves de l'union originelle de l'âme et du germe sont d'un ordre purement métaphysique. Il répugne que ranima/ et Vintelliaencef qui constituent 1 homme, existent à I état séparé, avant le moment où Dieu les unit.
Ecoutons maintenant M. Maret [Phit. et relig., p. 228) :
« La prétention du sensualisme est d'expliquer la raison par la sensation même oa par le travail de l'âme sur la sensation seule. Pour bien se rendre compte de la vanité de cette prétention, il sufat de comparer une idée avec une sensation et une image, et un principe avec un fait. J'ai la sensation et Timage du soleil, j'en ai aussi l'idée, et ces choses sont profondément différentes. La sensation du soleil est une impression du dehors perçue par mes yeux et transmise au cerveau ; cette impression me donne la vue ou l'image du soleil. Cette image me le représente comme un disque lumineux qui éclaire la terre, monte sur l'horizon, parcourt les cieux et descend ensuite le soir au point opposé à celui où il s'est montré le matin. Voilà ce que les sens m'apprennent. Est-ce là l'idée rationnelle du soleil? Jamais d'opposition plus marquée. L'idée rationnelle me le représente comme une sphère immense, placée è une prodigieuse distante de la terre, et immobile au centre d'un système d'astres, qui tournent autour du globe, source de la lumière. Comment suis-je arrivé è cette idée rationnelle si différente de celle que les sens me donnent? Sans doute par des observations, mais aussi par des calculs savants et compliqués qui supposent les idées, les lois mathématiques et divers principes. Il serait facile de vous prouver que tous ces éléments de l'idée rationnelle du soleil , que toutes ces lois et que tous ces principes n'ont pas une origine sensible et ne peuvent pas être ramenés à la sensation. Mais cet examen serait trop long. Admettons pour un moment que toutes ces lois et que tous ces principes ont leur origine dans la sensation et ne sont quedes sensations; le produit définitif, l'idée rationnelle du soleil doit être analogue aux éléments qui la constituent. Eh bien 1 le fait donne le démenti le plus formel à la théorie sensualiste; l'idée rationnelle du soleil, loin d'être analogue aux éléments sensibles et è l'image sensible du soleil, en est la négation la plus décidée. Je vois le soleil cornme un disque, et c'est une sphère; je ne le vois pas très-loin, je le vois posé sur la montagne voisine, et il est è trente millions de lieues; je le vois se mouvoir, et il est immobile. Si donc je suis réduit h la sensation, s'il n'y a dans mon idée du soleil
DteTlONNAIRE DU PARALLELE.
que «a sensation au soleil, il en résulte gue la sensation me donne ce qu'elle ne renierme pas, et que mes yeux me montrent ce qu*ils ne peuvent pas voir, c'est^-à-dire que j'arrive à une contradiction palpable... » Et page 2b0 : « Les idées sensibles elles-mêmes ne peuvent être ramenées à la sensation. Un exemple éclaircira cette vérité capitale. Je suis au milieu d'une campagne, et j*ai un arbre devant les ;eux. Dans cette vue d'un arbre, il y a deux choses à distinguer, . la sensation et la perception ou connaissance. La sensation me montre quelque f chose qui s'élève déterre, un tronc. Ce tronc- est surmonté de branches qui portent des feuilles , des fleurs et des fruits. .Tronc,.branches, feuilles et fruits, voilà ce que me donne la sensation de la vue. Mais est-ce la sensation oui réunit toutes ces parties dans un tout, aans une unité, qui est la perception même ou Tidée de l arbre? l^ans la sensation, je suis passif» Lorsque dans une opération instantanée^ et inaperçue à cause de sa rapidité extrême, je réunis tous ces éléments dans cette unité d'arbre, je suis actif... Il est donc vrai q.ue dans toute perception, dans toute connaissance d'un objet malériel quelconque,, il se^ trouve un élément, une forme, une loi d'unité; et cette unité qui seule rend la connaissance possible, qui sait la constituer, ne part que de moi •t de ma faculté primordiale de connaître. 9> M. l'abbé Hugonin, dit sur une question dont nous reparlerons h l'article Existence BB DiBu : c Ia psjrchologisle dit : La vraie méthode philosophique est l'observation interne, nous le prétendons comme lui, et nous croyons être, plus que lui, fidèle h cette méthode... Est-ite l'observation interne qui lui a découvert (à l'école éclectique) cette ingénieuse mais frivole conciliation du réalisme et du nominalisme? Je veux parler de la distinction de nos idées, en idées contin-
{;entes et en idées nécessaires, ou plutôt de a confusion et de l'identification aes idées avec les réalités particulières et contingentes auxquelles elles s'appliquent. Est-ce l'observation qui a découvert aux philosophes de cette école que l'idée d'homme ou d'humanité est identique avec tel homme, avec Pierre ou Paul, que l'idée d'espace est identique avec tel espace déterminé, Tidée de temps avec le temps réel? £st-c^ par l'observation qu'ils,' ont constaté Texistence de cette merveilleuse faculté qui consiste, selon eux, à extraire le général du particulier, comme si on pouvait extraire d'une chose ce qu'elle ne contient pas, ce qu'elle ne peut contenir, ce qui est contradictoire h sa nature? Est-ce 1 observation interne qui leur a fait connaître le passage des phénomènes subjectifs aux réalités objectives, contingentes ou nécessaires? Que d'autres oxempies nous pourrions citer pour démontrer que le psychol ogisme, loin de débarrasser les philosophes de toute hypothèse, en a inventé de nouvelles 1 Une difiiculté se présente-t-clle ? Au lieu de cherchera la résoudre ])ar une analyse scrupuleuse
de la pensée, on invente une facnllé.
(Exemples des facultés spéciales pour percevoir le monde extérieur, pour percevoir les modifications passées de 1 Ame, etc..)
« Le psycholoffiste dit : La pensée s'accomplit tout entière dans l'intelligence qui pense; il n'y a rien en elle que de subjectif; par conséquent l'étude de la pensée appartient exclusivement è la psychologie. Puis cette- pensée toute subjective s'applique aux réalités objectives : è la vérité, au bien, au beau, è Dieu, au monde, et l'étude de ces différents objets, qu'elle saisit, constitue les autres parties de la science philosophique. L'ontologiste dit : Oui, la pensée parfaite s'accomplit ^out entière dans TAtre parfait gui pense; elle est indépendante de tout objet, de tout être qui n'est pas lui. Mais il n'en est pas de même de la pensée imparfaite; elle ne peut être sans la vérité, ou mieux sans l'être qui est vérité et bien ; cet être est un des éléments essentiels qui la constituent; par conséquent i'é^ tude de la pensée appartient en même temps à I» psychologie et à l'ontologie. Ce point de départ de la seience n'est pas Télément subjectif seul, ni Félément objectif seul,
il est la pensée tout entière La science
n'est que la connaissance réfléchie de cette oonnaissaniie primitive et spontanée. ,Nou&. sommes convaincu avec Rosmini que^ le psychologisme rigoureux et conséquent n'est qu'un esprit de sentimentalisme ou de sensualisme moins grossier, gui n'ar rive h ridée que par une incompréhensible trans* formation du sentiment, comme le sensualisme par une incompréhensible transformation de la sensation. ( Selon lui) la connaissanc-e de Dieu ou du monde, de la vérité ou des couleurs se fait par des moyens à peu près semblables, elle n'est qu'une relation qui s'établit entre la pensée et ces divers objets : l'objet diffère, la relation est la même. La pensée peut exister sans la vérité^ comme la volonté sans le bien^ Sans doute la pensée peut atteindre la vérité, et la volonté, le bien, mais elle n'en dépend pas. De même que si l'on disait que l'acte de voir s'opère avec l'œil seul sans la lumière, pais quune fois cet acte produit, il peut entrer en relation avec la lumière comme avec le corps. Or nous disons que la pensée ne peut ni exister ni se concevoir sans la vérité, qui est- la lumière des intelligences; que le passage de la pensée à la vérité, ou de la volonté au bien, est une hypothèse que condamnent et l'observation et le raisonnement ; qu'isoler un seul instant la pensée de la vérité, ou la volonté du bien, c'est rendre impossible toute connaissance du vrai et du bon, c'est détruire la science spéculative et la science pratique... Il n'y a pas la vérité et son image; la pensée même imparfaite n*est |)as un rapport établi entre une intelligence et l'image de la vérité... Comment le créé pourrait-il représenter l'incréé, et le .fini, l'infini? Et supposé cette représentation possible, comment lo constater? Comment connaître la vérité et sou imagCi et établir entre elles
it
AKCES.
es
une eomparaison... Comment passer de la psjrchologie à l'ontologie... Aussi les psychologistes les plus conséquents avouent que ce passage est impossible. »
ANGES. — - Rien de plus remarquable et de plus certain, en môme temps, dit M. Creiizer, 1. 1'% p. 452, ft que cette idée toute spirituelle que les anciens peuples se faisaient de la nature et de ses différentes parties. Nous autres Européens modernes, qui, peu à peu, l'avons dépouillée, nous sommes étonnés aujourd'hui quand no^is entendons parler de rèsprit du soleil, de la lune^ des animaui, des plantes, des métaux; de génies qui rési* dent dans chaque corps, dans chaque membre d'un corps; et quand on nous rappelle, ft ce sujet, les traditions populaires el les dogmes religieux de Tantiquité, nous sommes tentés de crier au mysticisme^ comme si l'on était mystique pour reconnaître un fait constant. Toutefois^ nous croyons nécessaire de répéter ici, en peu de mots, une vérité que nous avons déjà eu occasion d*é- BOiicer à la tète de cet ouvrage. Le sens naturel et droit des peuples de l'antiquité, tout à lait étrangers à ces idées d'une mécanique et d'une physique entièrement matérielles, qui depuis ont fait tant de progrès et sont devenues dominantes, loin ae voir dans le grand édifice de Tunivers, une machine ina* nimée et sans vie, y admirait la vie ellemême dans son ensemble le plus beau; ua être vivant, un animal immense : pour eux, les astres n'étaient point des masses de lu-* mière ou des corps ojpaques se mouvant circulairement dans les cieux, d'après les lois de l'attraction ou de la répulsion, mais des corps vivants, animés par des esprits; et ils en voyaient ainsi dans tous les vogues de la nature jusan'au degré le plus bas de I*écbelle des êtres, jusqu'à la pierre. •
M. Tissot, dans son Parallèle du chrisUa^ nisme et du rationalisme ^ sous le rapport dogmatique^ Paris, 1829, dit au chap. 21, p. 182 ; « Nous avons vu Plularque assurer que le dogme des deux principes se trouvait répandu chez toutes les nations de l'antiquité. Du puis se charge de nous le montrer chez les Juifs, crainte qu'on ne puisse donner un démenti à Plularque, qui connaissait fort peu et fort mal la théologie de ce peuple, f/fecavemen^, dit-il, avec avidité, nottf Doyoftf dafu la cosmogonie ou Genèse des Hébreux, deux principes : Tun, appelé Dieu, qui fait le friffi, et ^ui, à chaque ouvrage auilproduit^ répîie quil voit que tout ce qu il a fait est bon; et après lui voient un autre principe appelé démon ou diable et Satan, qui corrompt le Hen au a fait le premier, et qui introduit le mal^ la mort et le péché dans l'univers.
< 11 n^est pas vrai que la Genèse, ni aucun livre de l'Ancien ou du Nouveau Testament )»arle de deux principes, tels que les entendaient les autres peuples. Si les Juifs et les Chrétiens ont cru à des démons, à des anges, c'est-à-dire à des créatures au-dessus de l'homme, ils ne les ont jamais regardés comme égaux en puissance au premier prinçii>e créateur de tout, et comme pouvant se
soustraire à son empire, ainsf qu^en étaient généralement persuadés les Perses et les manichéens, héritiers des fables défigurées de Zoroastre. Puisque les démons ou génies sont des créatures, il est donc assez clair qu'ils sont sous la dépendance de leur auteur, à la puissance duquel ils ne peuvent pas plus résister que la plus faible des créa* tures, puisque, entre eux et lui, existe l'infini. Aussi n'ont-ils de pouvoir qu'autant qu'il plaii au suprême Ordonnateur de leur en accorder. Ce sont des ministres qu'il çeut employer pour cbfttier les hommes, ou les éprouver, mais dont le pouvoir n'excède jamais sa volonté.
« Il n^est peut-être pas hors de propos de remarquer, à cette occasion, que le terme dé^ mon fut d'abord générique, et qu'il ne signifie, chez les nations païennes, que génie, intelligence supérieure (^mu, je yois); mais que les Juifs et les Chrétiens ay&ni aussi leurs génies, dont les uns s'appelaient anges et messagers; les autres, diables ou entraveurs; ils appelèrent indifféremment diables ou démons, les mauvais génies, dès
Su'ils s'a}>erçurent que les gentils leur renaient un culte spécial. Or, il est certain, quoique les protestants nous accusent du contraire, que le culte que nous rendons aux anges n'aboutit point entièrement h eux, pas plus que celui que nous rendons aux saints ne se termine en leurs personnes. En effet, que signifie culte en ce sens? veut-il dire autre chose que respect, égard, honneur rendu? Or, il y a une différence énorme de ce culte qui est certainement très-raisonnable, si les anges et les saints existent, à celui que nous rendons directement à la Divinité, que nous adorons, que nous prions comme 1 auteur et la fin de tout, supérieure à tout ce qui est ; car c'est encore Dieu que nous adorons dans ses saints; c'est encore lui que nous prions en les priant. C'est donc là en* core une différence que Dupuis ne pouvait se dispenser de signaler sans manquer à la bonne foi, avant d'envelopper, dans une même proscription, et les fables du paganisme et les vérités révélées. Ce manque d'exactitude prouve certainement ou que l'auteur ne connaissait pas la religion qu'il diffamait, ou qu'il l'altérait à dessein pour pouvoir l'outrager. Dans tous les cas, l'auteur manque le but (]u'il se propose; car il faut que le christianisme soit irréprochable dans son enseignement, puisqu'on ne peut l'attaquer sans le dénaturer; et le tas de fables qu'il ramasse laborieusement chez tous les peuples passés et présents, sauvages et civilisés, pour étouffer la révélation sous le poids de ces erreurs accumulées, loin d'en hltérer la vérité, ne sert au contraire qu'à la faire ressortir davantage. Quoique lumineuse en elle-même, la clarté en devient plus sensible encore dès qu'on lui oppose une erreur; semblable à ces gaz dont la température est élevée au degré nécessaire à hgnition, et qui ne donnent jamais de plus belles Hommes que lorsqu'on leur oppose uu coros ouaque où ils unissent se fixer.
DICTIONNAIRE Dl) PARALLELE.
« On prétend que sous .e régime d'ua Dieu bon» il ne peut exister de génies malfaisants. Il faut avant tout convenir de ce )qu*on entend par mauvais génie. Est-ce une puissance indépendante qui fasse le mal à son gré» ou n'est-ce qn^une puissance secondaire, entièrement subordonnée à ce bon principe? Dans le premier cas» nous pensons» et les Juifs aussi, comme vous pensez vousmême; dans le second» ce que vous appelez mauvais principe n'est point dangereux» n*a rien de ce caractère pour rhomme> sur laquel lout pouvoir arbitraire- lui est interdit; en sorte qu'il est pour Thomme encore comme s*il n*était pas; ou plutôt ce qu*il fait est bien» puisqu'il n'ajgit jamais que par les ordres ou la poroussion expresse d une puissance supérieure.
« En supposant» en effet, que le mauvais
(*;énie exerce son pouvoir sur Thomine» s'il e tourmente» ce n'est çiirautanl qu*il en a reçu la commission; si c'est un mal pour celui qui souffre» c'est un mal mérité; et qu^importe d'où il vient, et qui l'exerce» puisqu'il ne peutiamais ôire l'effeldu hasard ou des caprices d un génie? Donc le manque fait le démon est un bien relativement à la jttstice universelle; donc» lors même que le mauvais génie n'existerait pas comme mi- Bistre d'un Dieu très-juste» l'homme pourrait être éprouvé comme le fut Abraham» et uuai par Dieu même ou par un bon génie. Le mauvais génie» faisant les fonctions de tentateur pour toujours tenir la vertu de l'homme en haleine» ne doit donc point être considéré comme mauvais principe» puisque les anges» qui sont les exécuteurs du bien» sont dits également avoir tenté l'homme» l'avoir puni, témoin celui qui lutta avec Jacob» témoin la ruine de Sodome» témoin celui qui promit un fils à Sara ; car» par le fait» elle fût éprouvée» puisqu'elle fut punie pour ne pas avoir cru; témoin encore Zacharie qui devint muet, pour avoir douté dans une semblable circonstance.
« Si l'exécution de la justice est un bien, alors le soin de la punition des méchants, qu'on regarde comme dévolu aux démons» loin d'être un mal, est un bien; et les démons» loin d'être des génies malfaisants» considérés sous le rapport absolu, contribuent à l'accomplissement et au règne de la justice, fonctions dont d'autres pourraient être chargés » si les démons n existaient pas. Ils peuvent être très-justement comparés aux exécuteurs des hautesKBuvres de la justice humaine. Le mal qu'ils font est un mal nécessaire. Donc le mauvais génie comme le bon n'est que le ministre d'un maître commun ; la différence» c'est que le bon génie agit dans l'intention de rétablir l'ordre et par amour du bien, tandis que le mauvais le rétablit sans le vouloir, prenant plaisir è chAtier l'infracteur de la loi. C'est cette complaisance à punir les méchants qui le rend haïssable» comme le serait celui qui» chargé de venger la société d'un attentat» prendrait plaisir è faire mourir longuement sa victime.
« D'après ce que nous venons de dire, { I est donc faux» tràs-faux».que les Juifs et les Chrétiens croient A l'existence d'un mauvais principe, lla^ croient i l'existence d'un mauvais génie» mais soumis en tout è l'autorité d'un^ principe unique parfSiitement bon, etv sorte qu'il est pour eux comme s'il n'était pas. Dire le contraire, c'est se montrer grossièrement ignorant ou menteur impudent, deux caractères qui ne sont profères nia mériter l'estime ni à inspirer la conOance.
« D'ailleurs» une preuve bien plus simple, que des mauvais génies peuvent exister sous le régime d'un Dieu, bon, c'est que 1* des hommes méchants existent; c'est que 2* des monuments constatent le fait. Nous voyons l'Envoyé chasser les démons en plus d'une circonstance; nous voyons les Juifs mêmes lui en faire un crime, comme employant àcette fin l'autorité de Beoizébub. »
Si l'on veut lire un traité complet sur les anges et les démons, il n'y a qu'à recourir h. Suarez» qui a consacré A cette matière plus dedeux mille deux cents colonnes in-4*. (T. II de la nouvelle édition que nous publions.) Ce traité comprCTid huit livres : le i" divise en quinze chapitres (De angelorum nalura^ produettone et attributisY; le »* en quarante chapitres {De inunectim potentia angelorum naturalique cognitione); le iiren douze rha-^ pitres (De roluntate angelorum in puro statu fMturœ eorum spectalà); le iv* en trente-neuf chapitres (De angelorum potentia ad trans^ euntes actiones ef/icienda$); le V en douze chapitres {De statu gratiœ^ et meriti quem in via tam sancti angeli quam reliqui hàbuerunt) ; le VI* en 21 chapitres {De statu beatitudinis sanctorum angelorum eorumque ministeriis) ; le Tii* en vingt et un chapitres (De malis anyeUs, eorumque lapsu et eulpa]\ le viii* en vingt et un chapitres (/>é pœnis angelorum qui peecaterunt^ et de oello quod contra Deum et hominesgerunt).
ANTBRÔPOGONIE.— La question de l'origine de la race humaine est une decelies qui doivent le plus aux découvertes de la scienre moderne. Comme elle intéresse Tiveraent la vraie religion, nous allons résumer quelques-uns des meilleurs écrits dont elle a été récemment l'objet.
il a paru en 1856 un ouvrase intitulé : Cours de physiologie comparée; Se F ontologie ou étude des étres^ leçons professées au muséum d'histoire naturelle ^ par M. Flourens^ recueillies et rédigées par Charles RouXy revues par le professeur. Dans cet ouvrage sont traitées les questions de la formation des êtres, de la fixité des espèces» de la variation ; des races. Âu sujet de la formation^ Tauteur commence par réfuter l'opinion de Leibnitz. La théorie de Leibnitz se résume en ceci: « Un être vivant ne peut être formé que par un miracle. Il y aurait donc miracle à chaque naissance.il est bien plus simple et plus commode pour l'esprit de réduire tous] les miracles à un et de concevoir le prodige une fois S)Our toutes. L'ouvrier suprême» Dieu, en ormant le premier individu de chaque esuècc» a mis en lui les germes de tous les ia-
AIN'I tlKOPUGOINlE.
(iiYidiis qui devaient en provenir, de toutes les générations futures. Ainsi, le premier homme a contenu les germes de son lils. du 61s de son fils, et ainsi de suite, jusqu'à la consommation totale des siècles. Étant tous contenus dans le premier individu, ces germes s*jr trouvaient enveloppés, emboUés les uns dans les autres; le premier germe enveloppait immédiatement le second et médiatement tous les autres. » A Tobjection tirée de Tioconcevable petitesse à laquelle il réduisait les derniers germes, Leibnitz ré<pondait ainsi : « L*idée de petilesse et Tidée de grandeur ne sont que des termes relatifs. Une montagne grande pour nous est petite par rapport au globe terrestre. Mais
? n'est-ce que la terre comparée an seleii ? elui-ci n'est k son tour qu'un point dans Tonivers; et au delà même de cet Bui^ers, il y a d'autres univers, d'autres espaces dont notre pensée ne pourra jamais savoir les limites. Noas n'avons donc pas l'idée de la grandeur absolue ; nous n'avons pas davantage celle de la petitesse absolue. Divisez la matière tant que vous le voudrez, ce qui aura été divisé sera encore, nar la pensée, divisible, et dirisible jusqu'à l'intinî. »
H. Flourens expliqije ainsi comment Leibnitz avait été conduit à ce système : « Jusqn'è Swammerdam, on avait cru que le pa«pillon se transfarmaii tont h coup en ehrysalide et celle-ci en chenille : papillon, cfirysalide et chenille étaient considérés comme autant d'êtres distincts, nouveaux, ayant chacun sa vie propre. Swamoierdam démon^ tra qne le papillon est contenu tout entier dans la chrysalide. En préparant celle-ci atec soin, il en dégagea les ailes, les antennes et successivement tontes les parties do papillon. De même il démontra que toutes les parties de la chrysalide sont contenues dans la chenille. Ces expériences physiologiques avaient singulièrement frappé Leibnitz, qui, voyant que la chenille contenait la cbrysalide et la chrysalide le papillon, en déduisit l'embottement infini des germes dcpais le premier individu de chaque es« pèce jusquau dernier. Mais, disons-le, les raits que Leibnitz suppose n'ont aucune analogie avec les faits que Swammerdam démontra. Le papillon, la chrysalide et la chenille sont le même individu dans difl^érents états d'évolution. Le papillon préexiste danslachrysalide, la chrysalide préexistedans la chenille; mais le papillon, la chrysalide, la chenille, tont cela n est que le même individu, le même germi*. Or, Leibnitz, dans son système d*évolution, passe d'un germe à un autre, d*nn individu a un autre, d'une génération ë une autre. Entre ces deux données, il y a un hiatus, un abtme. »
Ce système de la préexistence ou de Temboitement des germes fut adopté par Donrt«l» Haller et Cuvier. M. Flourens le réfute ainsi par une expérience à laouelle il n'y a fien k répondre :
« J*UDis un chacal et une chienne. Il résulte de l'union un être moitié chacal et tûoitié chien. Cet être, que l'on suppose
préexistant, qui. aurait dû être tout à fait chien suivjint Haller, tout à fait chacal suivant Leibnitz, le voilà mixte, mi*parti, composé de deux moitiés, d'une moitié chacal et d'une moitié chien. Je prends ce métis et je l'unis avec une chienne t cette fois le produit ne représente plus qu'un quart de chacal. J'unis encore ce métis (quart de cbacal) avec une chienne; le produit ne représente plus qu'un huitième de chacal. Enfin j'unis ce métis (huitième de chacal) avec une chienne; le produit n'a plus rien de chacal; c'est un chien. Remarquez qu'il dépend de moi d'obtenir un chacal au lieu d'un chien; il me sufiit pour cela d'employer, dans la série des croisements, la femelle du (4iacal, au lieu de celle du chien. — Par conséquent, f ai pu, par mes expériences, changer le prétendu germe préexistant.»
M. Flourens réfute ensuite le système de la génération spontanée, et il parle en ces termes des travaux d'un savant professeur de rUniTcrsité catholique de Louvain : « M. Van Beneden, professeur h l'Université de Louvain, devait porter le dernier coup à la génération spontanée. Dans un mémoire fort remarquable, et couronné cette aniTée même par llnstitut, il étudie l'anatomie, les fonctions, le mode de génération des tré« matodes et des cestoïdes, grou(>es de vers intestinaux. Il décrit avec précision leurs organes génitaux, et, chose merveilleuse, ta complication de ces organes y est portée bien plus loin que dans les animaux supérieurs. C'est dans les vers intestinaux que M. Van Beneden a surpris, a suivi un autre fait non moins curieux. Certains d'entre eux subissent des métamorphoses plus nom* breuses et plus complètes que celles des insectes, métamorphoses oui se compliquent de migration. Ainsi, tel de ces vers reste à l'état de larve dans les tissus d'un animal, et lorsque cet animal est dévoré par un autre, le ver guidé par son instinct, se trace une route de l'intestin de l'un dans l'intestin de Tautre; dans ce nouveau milieu qui lui était nécessaire pour sa transformation, il se mélamorf^hose.
« Le mémoire de iltf. Van Beneden est rempli d'antres observations neuves et intéressantes. L'Institut, en décernant à l'auteur le grand prix des sciences physiques, lui a rendu justice. La ville de Louvain, fière du lauréat de Tlnstitut de France , lui préparait une réception brillante. A son retour, les autorités locales et toute la jeunesse savante se portèrent à la rencontre du professeur, et les cloches sonnèrent à toutes volées, comme dans les jours de fête. C'est le tour de la science d'avoir ses triomphes. 9
M. Flourens rejette donc également la préexistence des germes et la génération spontanée. Pour expliquer la formation des êtres, « il en revient tout simplement, dit la Revue catholique de Louvain, au ereicile et muUipHcamini de TEcriture sainte. Dans chaque espèce, le Créateur a doué le premier être de la faculté de reproduire iudé-
Uniment son espèce. La Tie ne commence pas à chaque individu; elle se continue; elle n*a commencé qu'une fois pour chaque espèce. »—« Déposé,» dit M. Flourens, a par l'Ouvrier suprême dans le premier couple de chaque espèce^ la vie se continuel depuis, dans tous les individus de cette espèce : c'est une chaîne donlious les anneaux se tiennent. Si un anneau vient à manquer, 1 espèce est perdue; elte ne renatt plus. Nous trouvons dans la terre les débris des mastodontes , des palœotheriums, espèces dont un cataclysme a rompu la chaîne ^ cette chaîne ne se reformera pas , ces espèces sont à jamais détruites... Les philosophes nous disent : La nature <ie fait que des individus; aller au delà, ajoutent-ils, c'est faire de l'abslraction, de l hypothèse. Nous arons pourtant vu q^ue la nature va plus loin ; elle groupe les individus par parenté, par consanguinité : elle a fait les espèces. »
Lbl Revue oaUwlique de Louvain, en rendant compte de l'ouvrage dont bous venons de parler, ajoute : « Par cette doctrine, que M. Flourens fonde ici sur l'observation, et plus clairement encore dans un autre ouvrage {De la longévité humaine et de la quan" tité de vie eur le globe)^ le célèbre naturaliste conQrme, au moyen de sa méthode expérimentale , pour toute l'étendue du règne animal, le réalisme naturel, relevé avec succès dans leurs écrits par les profe^H seurs de philosophie de l'Université catholique. En effet, en quoi consiste cette théorie philosophique, sinon à soutenir que, dans tous les êtres d'une môme espèce véritablement naturelle, il y a, outre ce qui est tout à fait particulier è chacun d'eux, une force ou une vie commune à tous, en ce sens que celle-ci ne commence pas avec chaque individu, mais qu'une fois créée, elle se propage par voie de génération, en s'iudividualisant dans chaque être particulier qui parvient à l'existence. »
M. le baron d'Eckstein répondant [Corree*
fwndant du 25 février 185b.) aux naluraisles qui arguent de la couleur de la peau de certaines races, et de l'infériorité de leur jugement, pour contester Tunité d'origine de l'espèce humaine, s'exprime ainsi : « D'où vient que chez un même peuple^ parlant le même idiome, il se rencontre une si grande diversité d'intelligences, unesi grande multitude de capacités, à proportion du degré de civilisation de ce peuple? D'où vient que ce même peuple repose sur lui-même avec plus d'aplomb, présente une plus grande unité de vues et de sentiments, un genre d'aptitude plus identiaue en son état de simplicité barbare? D'où vient qu'il y a plus d'élan, plus d'initiative , plus d'indépendance et ,de force de volonté dans son état de rudesse que dans son état de culture ? On est vraiment stupéfait de voir le grand nombre d'imbéciles, les diverses nuances de l'espèce crétine, qui peuvent ndllre, chez lôs peuples civilisés, dans tous les rangs de J'ordre social, plus encore par en haut que par en bas. Dans ce phénomène curieux,
rien ne s'explique donc par un manque d'éducation et de culture. Il faut que l'on ait recours aux vices et aux passions d'un ordre de civilisation avancée, à l'influence de ces vices et de ces passions sur l'ordre des générations^ si on veut s*en rendre compte» Dieu est grand, et ni dans le présent ni dans le passé de l'espèce humaine, nous ne connaissons pas encore toutes les voies de la justice divine. Si les naturalistes qui me. questionnent voulaient Atre conséquents avec eux-mêmes, ils me répondraient qu'il y -a autant d'espèces que d'individus; Toseraient-ils? »
Le savant écrivain prouve ensuite que les traditions de tous les peuples admettent : l"* un état primitif différent de l'étal arluel de l'humanité ; S"* un commerce primitif de Dieu et de l'homme. Invoquant, pour prouver la même thèse, le témoignage de la philologie^ il dit ^ « Quiconque étudie le pro-. blême du langaae de lespèce humaine, quelque rude qu on le suppose dans ses origines; et certes^ l'homme ne s'exprimait pas du premier jet comme un Sophocle ou comme un Platon, bien moins encore avec la correction d'un Virgile, avec l'ampleur d'un Cicéron; est forcé (le convenir de deux grands faits. L'un de ces faits, c'est l'intuition du système de l'univers, même dans le langage inculte des peuples les plus grossiers, même chez les sauvages qui errent dans les bois, s'ils ne restent pas accroupis pour ruminer leurs rêves. L autre de ces laits nous est révélé par l'activité d'une raison et d'une intelligence manifestées en ces mêmes idiomes; 1 esprit s'oriente déjà et combine instinctivement les rapports des êtres et des choses au milieu du monde de ses perceptions. » Nous regrettons de trouver dans la même page quelques mots contre la Science infuse d'Âaam.
M. Flourens, après avoir prouvé, dans l'ouvrage mentionné plus haut, la Gxilé des espèces, applique cette vérité à l'homme; et,
Eour montrer Vorigine commune des races umaines, il réfute ainsi Tobjection qu'on a tirée de la couleur de la peau : r La peau humaine se compose fondamentalement de trois lames ou membranes distinctes : l"L'épiderme externe; 2"* l'épiderne interne (avant M. Flourens, on ne connaissait qu'un épiderme); 3° le derme. Nous retrouvons cette structure dans toutes les races. Entre l'épiderme interne et le derme réside la matière colorante appelée pigmentum. C'est cette matière qui existe abondamment dans le nègre, tandis que, dans le blanc, on n'en découvre de traces qu'avec le secours du microscope. Remarquons bien que le pigmentum n'est pas une membrane, un organe : c'est une sécrétion, un simple enduit, une partie morte. La peau du nègre commence par être sans
Eigmentum, et, d'un autre coté, celle du lanc peut l'acquérir. Le pigmentum prend un certain déve-loppement dans les peuples de la race caucasique, les Arabes. Voici un fait plus décisif encore : M. Guyon, chirurgien en chef de l'armée d*Afri<iae, m'avait.
ANTHROPOGONIE.
envoyé des fragments de la peau d*un de nos soldats mort en Algérie. J*ai trouvé dans cette peau y que le climat avait basanée, un pÎKmentum très-marqué. Cela prouve que la coloration noire de la peau est un caractère tellement superficiel» tellement accidentel» que toutes les races peuvent le prendre» et nous comprendrons maintenant cette belle phrase de Buffon : L'homme, blanc en Europe, noir en Afrique, rouge en Amérique, n*est que le même homme teint de là couleur du climat.
« D'ailleurs, ce n'est ni le crâne ni la peau qui constituent l'homme. Ce qui fait notre essence, ce qui est nous, c'est notre âme. Cette âme est la même dans tous les élres (Je l'espèce humaine, notre fonds d'idées est le même, et cette identité procUme l'égalité entre toutes les races humaines. Aucune race n*est fondée à s'attribuer une suprématie sur une autre. On otyecte que les nègres ne savent pas cultiver les sciences et les lettres; que, uar ce côté, ils sont inférieurs aux Européens, et cela est vrai; mais ce n'est là ou'une infâriorité accidentelle, tem|)oraire. Crovons que, placés dans des circonstances plus heureuses, les nègres l»ourront s'élever progressivement, et s'élèveront en effet, un jour, au niveau intellectuel des peuples civilisés. »
Dans le Journal des Savants de novembre 1838, H» Flourens parait dire le contraire de ccqu*il soutientdans son dernier ouvrage. Selon Tarticledu Journal des Savants^ leptgmen^ ium du nègre serait un appareil composé de deux lames, ce qui |est une difficulté « pour l'opinion de la transformation successive de toutes les races humaines les unes dans les autres. Quelque influence que l'on veuille accorder h toutes ces causes externes, et les seules agissantes pour la transformation des races, le climat, le régime, les habitudes, etc., il est difficile d'admettre que cette influence puisse aller jusqu'à donner ou retrancher un appareil. Du reste, pour bien entendre toute cette question de la transformation ^ ou (ce qui revient au môme, puisque ces races sont actuellement distinctes) de Vunité primitive des races humaines, il faut commencer par en bien poser les termes. L'espèce humaine est une; car ce qui constitue rispèce est la succession, et la succession pu nliation combinée est constante pour tous les rameaux de l'espèce humaine. Les races humaines seules sont multiples. »
Quoique, dans ce passage, H. Flourens afiirme encore l'unité de l'espèce humaine, on ne voit pas trop comment cette unité peut se concilier avec l'impossibilité, pour les races, de se transformer les unes dans les autres. Nous aimons beaucoup mieux la manière dont M. Flourens pose et résout la question dans son dernier ouvrage, où nous ne pouvons nous empocher de voir une rétractation de l'article dont nous venons de ciler un extrait.
U. de Quatrefages a publié, dans la Revue des deux Mondes (i'' juillet 1856), un article de physiologie comparée , dont nous repro-
duisons en partie la conclusion : « Nous Tenons d'analyser rapidement les trois gratids phénomènes présentés par le règne animai dans le développement des ôtres. En résn^ mant ce que nous avons dit de chacun d'eux, nous voyons la transformation se montrer partout, et suffire à elle seule pour la plu^ part des animaux supérieurs. La métamdr' phose^ proprement dite, apparaît ensuite, mais n'est au fond qu'un phénomène de transformation s'accomplissent sous nos yeux, au lieu de se passer dans les profondeurs d'un organisme, ou sous la coque d'un œuf, La gënéagénise se montre en dernier lieu (M. de Quatrefages appelle ainsi ce que Owen appelle à tort parthénogenèse^ et ce que M. Van Beneden appelle digenise, c'est-à-dire l'ensemble des phénomènes reproducteurs qui s^accomplissent sans l'intervention des sens, phénomènes oui correspondent au bourgeonnement du règne végétal); mais ramenée, dans son essence, à un fait d'accroissement et d'individualisation progressive, elle rentre, par cela môme, dans les deux autres phénomènes. Ainsi, nous pouvons répéter, en toute assurance, ce que nous disions au début de ce travail : La trans formation , la métamorphose^ et la gènéagénise^ ne sont que trois formes d'un seul et môme fait entraînant les mômes conséquences Jusqu'ici,
on avait entendu fpar là) une succession d'ôtres procédant directement les uns des autres, et dont l'individualité persistait à travers un nombre quelconque de changements plus ou moins apparents. Aujourd'hui, il faut ajouter que, dans certains cas, l'espèce se compose d'ôtres parfaitement distincts, procédant, par multiplication, les uns des autres. A l'idée de continuité dHndividus^ qui se trouvait au fond de toutes les définitions données, il faut joindre Tidée de suc^ cession de cycles. C'est là ce que Cbamisso a le premier parfaitement compris, ce que Strenstrup n'a fait que répéter après lui.
« Sous sa forme cie métamorphose proprement dite et de généagénèse , le phénomène qui nous occupe a paru longtemps fournir des armes aux partisans de la génération spontanée. Jusqu'à Redi et à vallinieri, les larves d'insectes étaient regardées comme formées par l'action des forces phjsico-chimiques sur la matière organique en décomposition. Dans quelques ouvrages , môme des plus modernes, les intestinaux sont cités comme des produits immédiats de Torganisation qui les renferme. Nous avons vu que les faits mieux connus conduisent à une conclusion diamétralement opposée. On sait depuis longtemps que toute chenille provient de deux papillons préexistants; nous avons dit comment les travaux récents démontraient l'origine des cercaires, des cysticerques , etc. Nous savons aujourd'hui que tous ces individus neutres, se reproduisant sans sexe, et dont la multiplication fut si longtemps un mystère, sont les équivalents de' simples bourgeons ; nous avons montré que le bourgeon ne peut enfanter (|ue des individus, qu à Vœuf seul est réserré
Ifî pouvoir cTengendrer des générations et d'assurer la perpétuité de l'espèce. Or, tout œuf suppose une mère pour le sécréter, un père pour Te féconder. Médialement ou iinmédiatement, tout animal remonte donc h un père et à une mère, (Nous avons dit plus haut que les expressions de père et de mère s*appliquent à de simples appareils quand ces appareils sont portés par le Eûéme individu.) Et ce que nous disons en ce moment des animaux s'applique, nous l'avons vu, également aux végétaux. Par conséquent les découvertes relatives à ta généagénèse sapent jusque dans ses derniers fondements la doctrine des générations sponlaoées.
« Dn père et une mère» c'est-à-dire un mflle et une femelle, telle est donc l'origîno de tout être vivant.... Leur séparation , de plus en plus tranchée est un signe de per* fectionnemeat. On ne rencontre d'hermaplirodites que dans les groupes inférieurs des (rois derniers embranchements du règne animal ; pas une des espèces placées en tète deces grandes divisions, pas un vertébré, si ce n'est quelques poissons, ne présentent ce caractère. (IH.Dufossé, médecin i Marseille, vient dérap^ieler l'attention sur des faits presque oubliés^ et de démontrer que dans les diverses espèces du genre serran^ on trouve un hermaphrodisme bien caractérisé. Cette exception est jusqu'à ce jour unique dans l'embranchement des vertébrés.) »
Plus haut, M. de Quatrefages dit ?« Toute reproduction agame n'est en réalité qu'un phénomène de nourgeonnement. Le fait est évident chez l'hydre, chez l'aurélie et chez tous les animaux ofi les choses se passent è l'extérieur. L'observation micrographinue démontre qu'il en est de même chez les i)ipnores,chez les helminthes, chez les pucerons. Seulement dans ces dernières espèces, le germe se détache parfois de très-bonne heure et tombe dans des cavités où il subit des transformations qui le rapprochent plus ou moins de sa forme définitive. Ici le germe, au lieu d'être un bourgeon proprement dit est une véritable bulbilU^ c'est-à-dire un bourgeon ccLdue destiné à se développer dans l'animal même qui lui donna naissance. (Les bulbxlles sont des bourgeons qui se détachent spontanément de la plante qui les a prpduits, s'enracinent et donnent naissance a un nouveau végétal comme l'eût fait une g.raine.) S'il se forme quelque part un bourgeon externe ou interne, fixe ou caduc, c'est que le tourbillon vital accumule les matériaux plastiques sur un point spécial au lieu de les répartir dans l'ensemble du corps. Ainsi toute génération agame se rattache à
V accroissement proprement dit Quand
nous coupons la queue à un lézard.... l'animal reproduit les parties violemment retranchées, voilà un premier degré de reproduction par bouture. L'hydre qui peut être hachée, et dont chaque fragment reproduit un animal nouveau,, nous montro cette
Taculté élevée à son maximum Dans les
plantes comme dans les animaux la repro-
duction agame est un simple fait d'accroissement ayant pour résultat Findividualisatron progressive et plus ou moins manifesie d'une partie du parent.... Or, chez les plantés, comme chez les animaux, raccroissement a des limites ; ia reproduction agame doit donc avoir les siennes, et dès lors, ici pas plus que dans le règne animal, elle ne saurait propager indéfiniment une es]>èce. Par conséquent, au bout d'un temps plus ou moins long, la reproduction par graines doit redevenir nécessaire; par conséquent aussi, dans les plantes comme chez les animant, cette dernière est seule une fonction de premier ordre, et la reproduction agame n'est qu'une fonction subordonnée. »
En rejetant l'expression de parthénogenèse d'Oieen, M. de Quatrefages dit : « Peut-être s'applique-t-elle avec une grande justesse, à des faits encore peu connus , quoique bien dignes d'attirer l'attention. On sait que certains papillons, venus de chenilles élevées dirns un complet isolement, pondent très* souvent des œufs. Ces œufs, produits par des femelles bien caractérisées et vraiment vierges, devraient toujours être stériles , et il en est ainsi dans l'immense majorité des cas. Pourtant, chez certaines espèces nocturnes, il arrive parfois que quelques-uns de ces mufs soustraits enapparenceàïoute fécondation, n'en donnent pas moins naissance àdes chenilles. Tel est le fait très-extraordinaire qu^ont observé à plusieurs reprises les Bernouilli, les Treviranus, les Burmeister, etc., et dont il n'es^ guère possible de mettre la réalité en doute. Mais ces observateurs ontils eu affaire à de véritables œufs , ou bien à des espèces de bulbilles enveloppés d'une coque?... S*agit-ild'un phénomène de bourgeonnement quelque peu déguisé, ou bien doit-on invoquer réellement la transmission, de mère è fille, de la force fécondante d'Owen ? L'hermaphrodisme jouerait-il ici un rôle inattendu? La solution de ces questions n'a pas même été tentée , croyonsnous, et jusqu'à nouvel ordre, on peut considérer ces reproductions par œufs non fécondés comme de véritables exemples de génération virginale; mais il est facile de voir en même temps combien ce phénomène diffère de ceux qui nous occupent aujourd'hui. •
M. de Quatrefages termine en consacrant les lignes suivantes au tourbillon vital: « Quoi est donc l'agent qui remue ici la matière? Avec quelques physiologistes, invoquerons-nous tes six ou nuit forces admises par les physiciens et les chimistes pour exjiliquer les phénomènes qui se passent dans les corps bruis ? Depuis longtemps nous avons répondu à celte question. Oui » il y a . dans les êtres organisés des phénomènes de chaleur, d'électricité, de lumière; oui, les ailinités chimiques, les attractions capillaires s'y manifestent à chaque instant. Oui, l'on y trouvera peut-être des faits qui se rattachent à la catalyse et à l'épipolisme ; mais ces phénomènes s'accomplissent, ces faits se produisent sous rinnuance d'un agent plus élevé, dont il est impossible de nier l'exis-
iO
AaCliltECTUAE.
leDce. L'électricUéf ta chaleur , les afflniiés chioiiquest agissent daos Tôlre \ivant et ne sont certainemeot pas étrangères h la production du tourbillon ?ital. £lles ne fonctionnent néanmoins que dominées et réglées par une force supéf ieure, par la tde , qui modifie ces forces brutales» et leur fait proiiuire«au lieu de sels ammoniacaux» du sang et des muscles; au lieu de cristaux de phos-
thate calcaire , des os ; au lieu de corps ruts , des plantes et des animaux.
« Mais toute force est aveugle et veut être dirigée. Pour produire une espèce déterminée et non pas l'espèce voisine» pour ne |>as s*égarer au milieu des phases si variées de la uiétamorphose et de la généagénèse» il faut que la vie elle*mâmesoit maîtrisée par quel- <|uectiose de supérieur.Ce quelque cbose,c*est I essence propre de chaque être» essence que toute plante» que tout animal a reçue d^e ses ancêtres par Tintermédiaire des germes qui sortiront Je lui. Nous aurons beau remonter les générations et les â^es, toujours les mfimes questions se dresseront devant nous» et toujours les mêmes faits amèneront les mêmes réponses. Pour expliquer la nature vivante» il nous faut donc atteindre jusqu'à Torigine mâme des choses. Et si nous voulons allerau delà, quereste-t-ilà rencontrer» »inon la cause dos causes, le créateur » Dieu I »
ARCHITECTURE.— L'heureuse inauence du christiaDisme sur les arts» et eo particulier sur i'arahitecturei est reconnue par tous les bons esprits. On lira avec plaisir» sur ce ^ujet» la note suivante ajoutée par M. Guignault à la traduction de la Symbolique de Creuzer (t. 1» p. 546) : « Quant h i'archi.tecture chrétienne» et particulièrement à celle qui caractérise la dernière partie du moyen Age et le génie des nations modernes» ou à cet ordre original d'architecture qu'on oomiue improprement gothique; pour se faire une idée du rAle important qu'y joue le symbole» il faut lire la description aussi savante qu'animée que vient de nous donner» d'un ^ plus beaux monuments de ce genre»
M. Sulpice lioisserée» compatriote et ami de U. Creuzer. (Histoire et deecriplion de lacathé' irait de Cologne^ accompagnée de recherches <ttr rarchiteciure des anciennes cathédrales^ en français et en allemand, Paris et Stultgard» 1823.) L'idéal de l'Eglise» la Jérusalem céleste» et cette autre cité divine où se trouve reproduite et transGgurée, en quelque sorte, avec son fondateur, TEglise terrestre» telle est la conception sublime et profundément symbolique que l'art, régénéré comme tout le reste, entreprit de réaliser, avec l'histoire complète de l'ancienne et de la nouvelle alliance. Pour cela» tout lui servit, depuis les formes géométriques, les i'roponions générales et Ta figure de l'édi- Ike: depuis cette ordonnance végétale» si variée et si h rmonieuse dans ses effets» si simple et si organique dans son principe, ju>qu à ces murailles transparentes formées pftr les vitraux peints» à ces autres peintures l^rsemées de riches incrustations» qui cou-
DiCTiONN. DU Parallèle.
vraient les parois et les voûtes, et \ ces innombrables statues qui décoraient soit l'intérieur» soit l'extérieur de la nouvelle Sion. L'arc en pointe, qui lait le caractère propre de cette architecture» et se répète dans toutes ses parties» les tours qui s'élanoent en flèches aiguës et découpées è jour» ces lignes ' perpendiculaires et pyramidales partout dominantes, et la prodigieuse élévation qui en résulte, tout cela n'est qu'un grand symbole^ une idée sublime réalisée par des formes, un élan vers le ciel, prodqitde l'enthousiasme religieux de ces temps» et qui» aujourd'hui encore, réagit sur l'Ame avec une puissance irrésistible. La hauteur générale do rédi&ce est divisée en trois parties princi«pales, et ce nombre sacré se représente dans toutes les parties secondaires. La croix flgu-» rée par le vaisseau de l'Eglise est la base mystique sur laquelle il semble reposer^ de même que sa structure entière repose sur te triangle; le si^ne du saint se retrouve et se reproduit à I infini ài^ns les ornements et dans cette riche décoration végétale où il fleurit, pour ainsi parler, comme un rameau verdoyant, comme un arbre de vie. La tour de ia cathédrale de Strasbourg esi elle-même, suivant Gœtbe» un arbre immense et divin, qui» par des milliers de branches, de rameaux et de feuilles, annonce è tout le pays d'alentour la magniUcence de son Créa-^ teur. Les quatorze colonnes qui soutiennent la voûte principale du cbcaur de la cathé^ drale de Cologne, sont ornées de quatorze statues représentant Jésus-CJbrist» la Vierge, et les douze apôtres^ qui sont comme Tes colonnes de TEglisechrétienne.Les sept cha-
f»elles qui entourent le même chœur font alusionaux sept dons du Saint-Esprit, aux sept sacrements» etc. Aux quatre colonnes du centre de la transversale, l'on eût vu» sans doute, comme le conjecture ingénieu* sèment M. Boisserée, les quatre évangélistes et les quatre docteurs de l'Eglise; dans la nef et le porche, les prophètes et les autres principaux personnages de TAucien Testament. Les fenêtres eussent offert k la
f)ieuse admiration des fidèles une série anaogue de tableaux, correspondant k ceux qui décorent les vitraux du cticsur» où l'on voit» peintes des plus vives couleurs» les scènes diverses de la vie du Sauveur avec la famille de la Vierge» et toute la généalogie des rois ses ancêtres. Une autre idée fondamentale du christianisme est figurée dans celte multitude de nains, de singes et de monstres» de satyres et de formes bizarres ou naturelles d'animaux» qui se montrent principalement dans les parties extérieures des églises, et y font avec les statues des saints et des an*ges un frappant contraste. C'est l'opposition des bons et des mauvais esprits qui veillent autour de la maison du Seigneur, animés de desseins contraires; c^est le dualisme chrétien, et voilà pourquoi les sujets grotesques paraissent k c6té ms sujets nobles, les figures féroces à côté des figures pacifiques et le profane k côté du sacré.
« Que ne nous est-il permis de suivre
lO
DlGTIOiNNAlRE DU PAHALLELE.
réioquent antiquaire dans son récit de la dédicace du temple chrétien qu*il crée, pour ainsi dire, une seconde fois, en ressuscitant flulour de lui son siècle tout entier? On y verrait Faction allégorique s'unissant dans toute sa Tariété et toute sa grandeur h l'allégorie des formes et des images : tout reportait les ndèles à l'origine du vrai culte, et à la destination mystique du lieu... Ce n'était pas l'autel seul, mais l'édifice entier qui devait être consacré comme emblème de la Jérusalem céleste, dont l'autel n'est que la pierre fondamentale ou angulaire... L'archev6(]ue y répandait l'huile sainte, tandis que l'assemblée entonnait le cantique suivant : <c Toutes tes murailles seront de pierres
Kécieuses, et les tours de Jérusalem seront ties d'une pierre de prix.
« Les portes de Jérusalem seront de saphir et d'émeraude, et ses murailles b&ties de pierres précieuses. »
« Mais 1 idée principale qui devait dominer dans la cérémonie de la dédicace, et qu'elle devait graver profondément dans les esprits, c'est que l'Eglise chrétienne n'est point un édifice de pierres, mais un édifice vivant^ dont Jésus-Christ est la pierre angulaire, et dont les fidèles sont les membres. »
M. l'abbé Bourassé, après avoir montré le peu de solidité des divers systèmes imaginés pour expliquer Torigine de l'ogive (Archéologie chrétienne^ p. 216), ajoute : « Nous voulons établir nettement la différence qui existe entre l'origine de l'oKive et celle du style ogival. La forme de l'arcade en tiers point est un caractère d'une grande valeur, sans aucun doute , mais elle n'est que la partie d'un tout immense. Dans le style o^vai, il V a un ensemble dont tous les détails s'harmonisent admirablement , s'unissent étroitement... Outre l'arc aigu, ce sont les piliers couverts de nombreux faisceaux de colonnettes efllilées, les nervures arrondies qui soutiennent les voûtes, les larges fenêtres divisées par des meneaux gracieusement couronnés de trèfles, do quatre feuilles ou de rosaces; les flèches élevées, transparentes, et chargées de ciselures; les mille clochetons élancés , semblables è des sentinelles qui veillent autour de la cathédrale , les portes aux voussures garnies de saints et (ranges; ce sont enfin les ornements si riches, si capricieux et si variés, qui constituent un vaste et magnifique système , le système ogival. Quelle en est l'origine? Ne la cherchons pas dans des causes malérieiles ; allons demander aux artistes chrétiens où ils ont puisé leurs inspirations; ils nous répondent : Dans la foi catholique. Oui certainement, c'est la foi religieuse qui a enfanté ces magnifiques cathédrales qui feront à jamais la surprise des siècles froidement positifs comme le nôtre, des siècles qui ne comprennent plus les œuvres, de la foi. A l'époque où le style ogival prit de si glorieux développements, la foi avait de profondes racines au cœur de tous les hommes, et cette foi so produisit extérieurement par des effets dignes de sa grandeur et de sa célesie
origine. A l'enthousiasme des croisades succéda la sainte ardeur des constructions religieuses. Une puissante énergie restait encore au cœur des populations catholiques de l'Occident, et elle fut consacrée à élever k Dieu des demeures nobles, grandes, magnifiques, telles que les hommes n'en avaient pas encore érigé à sa gloire. On se croisa, non pour s'en aller guerroyer en pays d'Orient , mais pour travailler humblement à l'œuvre de Dieu , de Noire - Dame et des saints. Tout dans la Cathédrale gothique ne révèle-t-il pas la pensée de l'architecie chrétien? De tous côtés ne voit-on pas des emblèines et des symboles? Ne lit-on pas dans le plan en forme de croix, dans les chapelles qui rayonnent autour de l'abside, mystérieuse couronne du Christ, dans tous les détails de Téglise, les intentions religieuses de l'artiste catholimie? Dans l'élancement des colonnes, dans 1 élévation des voûtes , dans cette tendance générale k tout diriger vers le ciel, ne voiton pas l'exaltation de la foi , l'ardeur de l'espérance, une exhortalion è diriger en haut nos pensées, nos sentiments, nos actions? Cette immensité d'étendue, cette mystérieuse obscurité du sanctuaire, ne font-elles pas nattre naturellement des sensations religieuses? Tout dans la cathédrale gothique prend voix et parle liaulement ; il faut avoir perdu tout sens chrétien pournepasentendrecesublime langage.»
Plus loin, après avoir fait ressortir l'élégante simplicité des lancettee oéminée$t ces gracieuses fenêtres du xm* siècle, le savant auteur ajoute :
t Si des fenêtres nous passons aux roses, la merveille des cathédrales gothiques, nous les admirons dès le commencement dans leurs harmonieuses proportions. Elles s'ouvrent, elles s'épanouissent, elles étalent leurs riches compartiments ciselés comme de gracieux pétales. Quoi de plus ravissant que cette fleur immense, incrustée dans la muraille, brillant des mille couleurs des vitraux peints, portant au cœur l'image de Dieu, et, dans toutes les divisions qui s'en échappent en rayonnant, celles des anges, des patriarches et des saints 1 Admiranle symbole ! le cercle, c'est l'éternité au centrede laquelle Dieu se repose. Les esprits bienheureux, les prophètes, les martyrs, les saints, toute la création gravite , en chantant des hymnes , vers ce majestueux centre de toutes choses I
« Les portes restèrent la partie privilégiée des sculpteurs. Au xm* siècle, on fit complètement disparaître les pierres du linteau, du tympan et de la voussure, sous une profusion incroj^able de ciselures fines et délicates. La pierre ne semblait opposer aucune résistance aux sculpteurs de ces temps, et se façonnait dans leurs mains comme l'argile ou la cire. Les statuettes, les grandes statues, les niches, les dais, les pinacles, les ai- ^ gui Iles, les dentelles, les feuilles, les fleurs, ^ lés guirlandes, les couronnes se pressent, s'unissent de tous les côtés. Tout autour dii rrand portail sont rangés en longues file:>«
ARCHITECTUIIE.
suivant les lois de la hiérarchie» les archanges, les anges, les patriarches» les prophètes, les rois ancêtres de Jésus-Christ, les marlyrs et les confesseurs. Quelquefois on y plaça les portraits des iirinces, des évôgues, des abbés» des ebevaliers» des moines, fondateurs ou bienfaiteurs de l'église. Ils n'étaient pas mêlés à la compagnie des bienheureux; ils semblaient, par leurs regards passionnément attachés sur eux» soupirer après le moment qui devait les réunir au ciel.
« Outre les srandes statues» on admire de magnifiques oas-reliefs représentant des compositions historiques complètes» des scènes relatives soit au jugement dernier» soit au triomphe des justes, soit au supplice des méchants. Tous les détails sont exprimés avec un bonheur et une justesse incroyables. Les figures, malgré leur petite dimension, semblent respirer, tant elles traduisent fidè* leraent les sentiments qu*on a voulu leur faire expriaier. Quelques-unes de ces scènes peuvent à juste titre être regardées comme des chefs-d'œuvre de goût et d'exécution.
« A partir du xiii* siècle» l'ouverture de la porte principale, fut partagée en deux |iar uu pilier dont nous connaissons la destination sy mboliçiue. Sur le tympan, au fond de cette suite d'arcs concentriques et décroissants qui simulent une perspective fuyante» le jugement dernier se trouve re*'» présenté avec tout son appareil de majesté et de terreur. Le sculpteur chrétien a cherché ï frapper Tesprit par cette effrayante image ; et pour produire une plus profonde impression sur la conscience» il a voulu que la Forte présentât deux voies» l'une à droite, autre à gauche; l'une pour les bons, Tautre pour les pécheurs , suivant les paroles de la terrible sentence. Chacun» en franchissant le seuil du lieu saint» devait se rendre témoignage de ses bonnes ou mauvaises œuvres, et choisir sa voie. C'était une impo* sanle leçon! Le pjlier symbolique fut conservé constamment jusqu'à la renaissance, épooue 01^ l'on perdit toutes les traditions de 1 architecture catholique.
« La principale porte de l'ouest fut magnifiquement décorée... Le moyen Age ne nous a rien laissé de plus merveilleux en ce genre (il s'agit des porches) que le ravissant portail septentrional de la cathédrale de Chartres. Il est impossible de donner par des descriptions, quelque pittoresques qu on les suppose » une idée exacte de ce bijou de la sculpture gothique. Il faut l'avoir contemplé , avoir passé plusieurs heures à admirer ces incrovables magnificences» pour connaître à quelle hauteur put s'életer le génie chrétien dans ces beaux siècles d'enthousiasme et de foi !
« Le véritable triomphe des architectes chrétiens au xiii* siècle est l'art admirable avec lequel ils ont su élever à des hauteurs prodigieuses des voûtes si légères et si solides. Traversées par des nervures peu saillantes qui les soutiennent sur leurs longs bras croisés, elles bravent ^ après une durée
de plusieurs siècles, les efforts des temps et
les ravages des éléments Considérez ces
vastes et nombreuses fenêtres séparées les unes des autres par de fluettes colonnes; ces murailles transparentes » couronnées de ces admirables voûtes, suspendues comme par enchantement; avez- vous jamais rien vu de si merveilleux» de si audacieux » de si téméraire ? »
L'auteur sort ensuite de la basilique, et donne des détails non moins intéressants sur les hautes tours , les flèches aiguës, les clochetons pointus, les contre-^forts pyrami»daux, les arcs-boutants cintrés.
Une citation des Etudes philosophiques de M. Auguste Nicolas complétera les notions qui précèdent, et fera surtout ressortir la supériorité de nos temples sur ceux des païens. (Eludes phiL^ t. Itl, p. 510.) ' « L'architecture de nos basiliques respire, de la manière la plus naïve et la plus hardie, l'esprit chrétien. C'est la pensée chrétienne bâtie. Aussi un abîme la sépare-t-elle de l'architecture antique.
« La direction de ses édifices vers le hailti leur élévation» est le premier caractère qui les distingue. L'architecture antique occu*pait beaucoup de place; mais c'était en éten* due horizontale. Il semble oue le regard de l'homme ne se levait pas alors vers le cieh En relevant ce regard» le christianisme a dû relever la voûte des temples. Cette in^ tenlion est manifeste. Les tours et les flèches de nos cathédrales nous forcent en quelque sorte à détacher nos yeux de la terre, et ^ redresser sur elles nos vues vers un monde supérieur.
« En conservant même le style ancien, le christianisme l'a modifié d'une manière re<* marquable en ce sens. Il a soufflé ses voûtes^ et en a fait saillir la coupole^ Lorsque Michel-Ange, à la vue du Panthéon, s'écria : Je le mettrai dans les airs, c'est le génie chré-^ tien qui l'animait; et c'est aussi la foi chrétienne, cette foi à laquelle il a été promis de transporter les montagnes, qui le lui fit exécuter.
H Mais où la pensée chrétienne s'épanouit^ c'est surtout dans l'architecture si improprement appelée gothique.
« La légèreté^ la hardiesse, et pour mieux dire la fugue de toutes ses directions, ex" priment au plus haut degré le détachement, la foi» l'espérance, la réascension de notre nature. Dans le genre grec, les colonnes portent l'édifice ; dans le gothique, elles l'emportent. Leur petite dimension ajoute encore à l'effet de leur hauteur^ Ces colonnettes en faisceau (vive expression catholique de la pluralité dans l'unité) s'élancent comme des jets que rien n'arrête et qui par» tenl sans retour. Là, point de chapiteau» point de corniche» qui fassent temps d'arrM: c'est de plein vol que ces colonnes ou plutôt ces tiges vont se perdre dans les voûtes. Et ces voûtes elles-^mémes, auel caractère remarquable ne présentent-elles i^àsl Dans Tarchitecture antigue, la voûte (dans le style grec c*esl un plaiond) est une seule ligne
VJ
cintrée qai retombe des deux cftlés, et vient se reposer sur les corniches. Dans le goihiqae, ce sont deux lignes qui se coupent dans leur essor, deui paraboles qui se croisent et dont aucune ne revient. L'ogive ajoute par là, h la hauteur déjè prodigieuse de rédifioe, une hauteur imaginaire et in-déGnie ()ui spirituaiise le regard. Elle exprime ainsi énergiquement la tendance distinctive du christianisme. Elle semble donner à la pierre même Timpatience de la terre et l'ardeur des cieux. — Les bas-côlés, par opposition à la nef, concourent encore pour en faire ressortir Télévation. En multipliant les entre-colonnements et les arêtes ogivales, en variant leur croisé à chaque pas, ils offrent à la pensée un dédale mysté* rieux où elle s'enfonce, où elle aime à se
Î)erdre, et où elle puise le sentiment de 'infini. Ce sentiment ressort surtout de ces innombrables découpures et ornements qui épuisent l'attention, qui semblent purger entièrement la pierre de sa nature brute, et faire de Téditice moins une construction matérielle, qu'une pétrification spirituelle. Les significations tbéologiques qui y soni représentées et qui paraissent l'animer, ajoutent encore à l'illusion : on dirait le monde invisible surpris dans ses mystères, et y attirant notre âme comme une sœur. — Que dire de cette {multitude de chapelles et de retraites si favorables h la méditation, à la pénitence, à la crainte, à l'amour, et qui invitent le cœur fatigué h se reposer, ë s'isoler des hommes, à se rapprocher de Dieu? — ËnRn le magique effet des vitraux, leurs belles peintures, leurs représentations mvstiques, semblent jeter sur tout cela une lumière surnaturel le ; et lorsque le soleil levant ou couchant vient les traverser de ses rayons, s'y teindre de leurs couleurs et les semer dans l'intérieur de l'édifice, on dirait voir cette Jérusalem céleste dont parle l'Apôtre, toute reluisante d'or, de pierreries et de rubis*
c Telle est l'architecture chrétienne. Elle constitue une véritable création, tant elle contraste avec les types de l'architecture antique. Sans doute nous ne sommes pas de ceux qui méconnaissent les beautés de celleci quand elle se renferme dans son domaine, et dont l'admiration trop exclusive pour le gothique, borne le goût. Mais il faut convenir que l'architecture antique ne s'atlie qu'avec des idées terrestres, sensuelles, bornées. Elle presse le sot et s'y attache comme è la seule patrie. Sa régularité systématique, la pureté de ses lignes et cette harmonie d*ensemble qui se perçoit d'un seul coup d'œil, qui re|)Ose de tous cAtés. le regard et ne lui laisse rien è désirer, k deviner, expriment le contentement de ce qui est, le bienêtre absolu, le repos de la satisfaction actuelle : rien au-dessus, rien au delè. Aussi convient-elle parfaitement à un théâtre, h une bourse, au palais des grands. Mais elle refoule, elle écrase, elle insulte la douleur, le sacrifice, la foi, l'espérance, rinimortalité, toutes ces tendances spirituelles ci morales
dont la fin n'est pas ici-Ins et dont la culture fait l'homme grand, divin. L'architecture gothique, au contraire, s'harmonise merveilleusement avec ces tendances, elle les exprime, elle les inspire. Sa fuite vers les cieux» la puissance et la légèreté de ses élancements, l'indéterminé de toutes ses directions, l'infinité mystérieuse et changeante de ses perspectives, cette vastité sombre^ comme dit Montaigne, et ces échos prolongés, immenses, tout y spirituaiise l'âme, rompt ses attaches terrestres et la fait frémir de je ne sais quel pressentiment mystérieux d'un avenir meilleur, et qu'elle ne saurait trop payer par toutes les vertus,
« Au reste, comment Tarchilecture chrétienne n'inspirerait-elle pas ces idées et ces sentiments? elle en est le produit le plus spontané et le plus naïf. Les temples grecs expriment le goût individuel à la solde du pouvoir; les monuments d'Egypte, la force brute et servile ; nos cathédrales respirent la force spirituelle, collective, sociale, dévouée lil)rement à une œuvre de prédilection. On y sent circuler comme une sève mystique puisée dans les entrailles de la foi catholique. On dirait que ce ne sont pas des mains, mais des idées qui les ont bftties, des cœurs qui les ont cimentées; on dirait que ces pierres se sont anihiées au souffle de la foi ae tout un peuple, et ont été s'arranger d*elles-mèmes au cnant des sacrés cantiques qu'elles se plaisent à répéter. »
On lira avec intérêt le morceau suivant dont quelques idées sont contestables, mais qui doit trouver place ici comme pièce à consulter.
« Quelles sont les causes du grand mouvement de l'art qui, vers la fin du xii' siècle, se manifesta par l'érection simultanée detantdecatbédrales?L'activitéprodigieuser l'immense déploiement de ressources et de capitaux que la création des chemins de fer excite aujourd'hui, peuvent seulement fournir un terme de comparaison à l'ardeur aue nos grandes villes mirent, il y a sept siècles, h baiir des églises. L'intérêt, l'amour du gain expliquent les efforts auxquels nous assistons. Jusqu'à présent on n a attribué qu'à la ferveur religieuse les gigantesques constructions du xii* et du xiii* siècle. De vieilles chartes relatent que tel corps de métier a fourni tant de charretées de pierres pour l'œuvre d'une cathédrale; que telle princesse a donné tant de livres de plomb pour ta couverture d'une nef, et, Ià-de5sus» on a conclu, un peu légèrement peut-être^ que tout s'est fait gratis, sans qu'il en^coûtftt rien que des prières pour les Ames généreuses... Nul doute (jne des travaux si prodigieux n'aient exigé des dépetises énormes et l'emploi de toutes les ressources que possédaient des populations animées d'un vif enthousiasme. Mais cet enthousiasme étaitil uniquement religieux?... Remarquons d'abord q^i'il n'est nullement question de contester la vivacité du sentiment religieux chez nos aïeux du moyen fige ; mais supposé môme que ce sentiment fût che2 eux exclu-